lutte ouvriere La question du logement en France
Exposé du Cercle Léon Trotsky du 13 juin 2008
mis à jour le 14/06/2008   

  Sommaire   Page suivante  
table des matières
•• 1815-1889 : le capitalisme généralise les taudis, un problème pour la bourgeoisie elle-même
•• 1889-1918 : la bourgeosie cherche une solution à la question du logement pour résoudre la question sociale... et appelle l’État au secours
•• 1918-1945 : l’État prend des mesures d’urgence. la bourgeoisie déserte la construction mais pas la spéculation foncière
•• 1945-1953 : l’État actif pour secourir le patronat, passif pour résorber la crise du logement
•• 1953-1977 : l’État décide de construire massivement du logement social
•• 1977-2000 : L’État s’engage à favoriser le marché...
•• La crise actuelle
sur cette page
•• La révolution industrielle pose la question du logement ouvrier
•• La bourgeoisie généralise les taudis
•• Les taudis : un danger pour la bourgeoisie elle-même
•• Les grands travaux
•• Les cités ouvrières
•• Une solution utopique au problème du logement ouvrier
 Version imprimable
La révolution industrielle pose la question du logement ouvrier

     Dans toutes les sociétés de classe de l’antiquité à nos jours, les exploités ont été logés dans des conditions abominables. Au Moyen-âge on parle de chaumières mais c’est encore beaucoup dire : nombre de paysans ne furent guère mieux logés que le bétail, quand ce n’était pas avec lui.
     Le capitalisme n’a pas inventé les taudis. Mais il a porté le problème du logement au niveau de catastrophe sociale. Il a permis au progrès et au confort de faire un bond extraordinaire pour la fraction riche de la société tout en rendant encore plus difficile, plus incertain, plus précaire le logement de la grande masse des travailleurs.
     La révolution industrielle a bouleversé la vie de millions de personnes et en concentrant dans des grandes villes des centaines de milliers d’habitants, elle a provoqué une véritable régression en matière de logement. Cette révolution a commencé en Angleterre, c’est donc là que l’urbanisation fut la plus précoce. Engels rendit compte de ce bouleversement en 1844 dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre: « L'histoire de l'industrie anglaise dans les soixante dernières années, est une histoire qui n'a pas d'équivalent dans les annales de l'humanité. Il y a soixante ou quatre-vingts ans, l'Angleterre était un pays comme tous les autres, avec de petites villes, une industrie peu importante et élémentaire, une population rurale clairsemée, mais relativement importante; et c'est maintenant un pays sans pareil, avec une capitale de deux millions et demi d'habitants, des villes industrielles colossales, une industrie qui alimente le monde entier».
     Un demi-siècle plus tard ce fut le tour de Paris ou de Vienne, le même phénomène d’urbanisation se reproduisant parfois de façon plus rapide et plus radicale encore. Par exemple Berlin comptait 700 000 habitants en 1867 et près de 4 millions en 1913, moins de 50 ans plus tard.
     Aujourd’hui les lois du capitalisme s’imposent à toute la planète et bouleversent jusqu’à l’économie du village le plus retiré d’Afrique ou d’Asie d’où les populations sont chassées par la misère ou par les guerres. Le rythme d’urbanisation que connaît le tiers monde aujourd’hui est sans commune mesure avec celui que connut l’Angleterre au 19ème siècle. Si Londres multiplia sa population par 7 en un siècle, Dacca, Kinshasa, Lagos l’ont multiplié par 40 en 50 ans. Si les migrants de 1850 échouaient dans les taudis de Manchester ou de Berlin ils avaient une chance d’y trouver aussi du travail car il y avait du travail dans l’industrie, les ruraux qui échouent, eux, dans les bidonvilles de Nairobi, du Caire ou de Calcutta n’y trouvent que la misère. A l’échelle de toute la planète le capitalisme fut et continue d’être une gigantesque machine à déraciner les ruraux. C’est ce processus qui commença au début du 19ème siècle.
  Début

La bourgeoisie généralise les taudis

     Avec le développement des bagnes industriels et les chemins de fer, l’urbanisation fut l’un des aspects les plus frappants du 19ème siècle. Et elle s’accompagna partout d’une crise aiguë du logement. L’afflux de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants dans les villes aiguisa l’appétit des propriétaires et des constructeurs. Ils utilisèrent tous les espaces laissés vacants dans les vieux centres villes, ils y bâtirent de nouvelles maisons, élevèrent de nouveaux étages. Lorsqu’ils avaient une grande pièce ils montèrent des cloisons de façon à en faire plusieurs logements. Ils louèrent les cours, les greniers et les caves. En 1844, à Liverpool un cinquième de la population, soit plus de 45 000 personnes, habitait dans des caves.
     En Angleterre les promoteurs construisirent de nouveaux quartiers ouvriers à côté des usines. Mais il faut voir comment ! Engels fit la description d’un de ces quartiers, la petite Irlande à Manchester : « La population qui vit dans ces cottages délabrés, derrière ces fenêtres brisées et sur lesquelles on a collé du papier huilé, et ces portes fendues aux montants pourris, voire dans ces caves humides et sombres, au milieu de cette saleté et de cette puanteur sans bornes, dans cette atmosphère qui semble intentionnellement renfermée, cette population doit réellement se situer à l'échelon le plus bas de l'humanité ; telle est l'impression et la conclusion qu'impose au visiteur l'aspect de ce quartier vu de l'extérieur. Mais que dire quand on apprend que, dans chacune de ces petites maisons, qui ont tout au plus deux pièces et un grenier, parfois une cave, habitent vingt personnes, que dans tout ce quartier, il n'y a qu'un cabinet -le plus souvent inabordable bien sûr - pour 120 personnes environ. »
     A Berlin la crise du logement fut aussi massive et brutale que l’urbanisation. En 1872, les hausses de loyers étaient telles que 200 000 Berlinois durent abandonner leur logement. Certains s’installèrent dans de vieux wagons désaffectés, d’autres sous des tentes ou dans des baraquements. Ceux qui ne pouvaient pas louer une pièce louaient un lit pour huit heures, ce qui fait qu’un même lit pouvait faire dormir par roulement trois travailleurs.
     Là aussi la bourgeoisie construisit pour les ouvriers. Ce furent les Mietskasernen, littéralement les « casernes locatives », de grands immeubles à 7 étages qui entassaient autant de logements qu’il était possible d’en faire. Malgré l’exiguïté des logements, le manque d’aération, plusieurs personnes s’entassaient dans une seule pièce. La militante socialiste Adélaïde Popp en a témoigné : « Nous louâmes une pièce où nous étions seule ma mère et moi. Mon plus jeune frère revint loger à la maison et amena un camarade qui partagea son lit. Nous étions donc quatre personnes dans une petite chambre qui n’avait pas même de fenêtres et qui ne recevait le jour que par une porte vitrée. Une domestique de notre connaissance se trouvant sans place vint aussi chez nous. Elle coucha dans le même lit que ma mère, tandis que j’étais étendue à leurs pieds, soutenant les miens au moyen d’une chaise. »

     L’avidité des promoteurs défiait les lois de la construction à tel point que les effondrements d’immeubles furent courants en Allemagne dans les années 1870-1880. Mais ce ne fut pas exceptionnel, à la même époque Engels raconte qu’on construisait à Manchester avec tellement d’économies que les maisons tremblaient au passage d'une charrette et que chaque jour certains s'effondraient. En 1890 à Berlin, au plus fort de l’industrialisation, 100 000 personnes habitaient dans des caves. Face à cette régression sans précédent, Heinrich Zille, un dessinateur du petit peuple berlinois de l’époque, résuma la situation ainsi : « On peut tuer un être humain aussi sûrement avec un logement qu’avec une hache. » Oui les taudis tuaient, le plus souvent d’une mort lente.
     L’industrie avait porté les forces productives à un niveau inédit, il n’y avait jamais eu autant de constructions, autant de richesses produites, autant de progrès techniques réalisés. Mais tous ces progrès se nourrissaient de l’exploitation la plus violente et de la dégradation de la situation matérielle et morale du prolétariat. Engels dénonçait : « Il n'y a que l'industrie pour permettre aux propriétaires de ces étables, de les louer au prix fort comme logis à des êtres humains, d'exploiter la misère des ouvriers, de miner la santé de milliers de personnes pour son seul profit ; il n'y a que l'industrie pour avoir fait que le travailleur à peine libéré du servage, ait pu être à nouveau utilisé comme simple matériel, comme une chose, au point qu'il lui faille se laisser enfermer dans un logement trop mauvais pour n'importe qui d'autre et que le propriétaire a le droit de laisser tomber complètement en ruines en échange de ses gros sous. »
     Les taudis furent le complément naturel de la surexploitation patronale. Après avoir payé pour se nourrir il ne restait plus grand-chose à la famille ouvrière pour le loyer. Ce pas grand-chose, cette misère infinie, eh bien il y eut des affairistes et des rentiers pour se l’accaparer en louant tout ce qui pouvait servir d’abri. La généralisation des taudis fut la première solution de la bourgeoisie à la question du logement ouvrier.
  Début

Les taudis : un danger pour la bourgeoisie elle-même

     Cela finit cependant par poser un problème pour la bourgeoisie elle-même.
     Ces villes qui grandissaient très vite, sans plan ni contrôle, sans assainissement, sans l’approvisionnement en eau furent aussi un piège pour la bourgeoisie. A Paris dans les années 1840 le médecin Dulary avertit : « Ces misères, elles vous atteignent : les miasmes exhalés des habitations des pauvres se répandent dans toute la ville, et vous les respirez incessamment mêlés à ceux des ruisseaux et des cloaques de toutes sortes». De fait les maladies contagieuses comme le typhus que l’on croyait disparues revinrent. En 1831 une épidémie de choléra balaya tout le continent de Marseille à Saint-Pétersbourg. En 1849 une nouvelle vague fit près de 20 000 victimes à Paris dont le maréchal Bugeaud, de retour de la guerre de conquête de l'Algérie, le cholera ne faisait pas de différence entre bourgeois et prolétaires.
  Début

Les grands travaux : une solution qui ne fait que repousser le problème, les taudis, en périphérie

     Il est difficile de dire quel était, entre le choléra et la classe ouvrière, le danger qui inquiétait le plus la bourgeoisie. Car la peur de l’insurrection devint quasi permanente. 1831 et 1834 furent marquées par les deux soulèvements des canuts, les ouvriers tisserands de la soie à Lyon. 30 000 ouvriers concentrés dans deux ou trois quartiers prirent le contrôle de la ville. Il fallut faire venir 20 000 hommes de troupe pour que la bourgeoisie en reprenne le contrôle. En 1844 il y eut les émeutes des tisserands de Silésie. Au cours des évènements révolutionnaires de 1848 à Paris, en juin les ouvriers contrôlèrent une partie de la ville. Et dans ces mêmes années le chartisme en Angleterre, le mouvement qui se battait pour l’émancipation politique des travailleurs organisait des pétitions monstres, des meetings de masse, des manifestations. Des émeutes, et même une insurrection armée, ponctuèrent ces années de lutte.
     La perception que la bourgeoisie avait du prolétariat changea. Depuis des années elle voyait s’installer à sa porte, une foule de prolétaires misérables rendus rachitiques et malades par l’exploitation et la misère, une race à part, des « sauvages » aux yeux des bourgeois. Mais dans les années 1840 la bourgeoisie découvrit qu’il ne s’agissait pas seulement d’une masse informe à moitié morte de faim mais d’une classe sociale capable de s’organiser et de tenir tête à la troupe.

     Pour la bourgeoisie, les pauvres étaient un danger, il fallait les chasser de la ville et les taudis devaient être rasés.
     La loi du marché et l’appétit des capitalistes poussait aussi dans ce sens comme Engels l’expliqua en 1872 dans La question du logement : « L'extension des grandes villes modernes confère au terrain, dans certains quartiers, surtout dans ceux situés au centre, une valeur artificielle, croissant parfois dans d'énormes proportions; les constructions qui y sont édifiées, au lieu de rehausser cette valeur, l'abaissent plutôt, parce qu'elles ne répondent plus aux conditions nouvelles; on les démolit donc et on les remplace par d'autres. Ceci a lieu surtout pour les logements ouvriers qui sont situés au centre et dont le loyer, même dans les maisons surpeuplées, ne peut jamais ou du moins qu'avec une extrême lenteur, dépasser un certain maximum. On les démolit et à leur place on construit des boutiques, de grands magasins, des bâtiments publics ».

     A Paris ceci fut réalisé par Haussmann sous le second Empire, entre 1852 et 1870. A la place des îlots insalubres on construisit 200 km d’immeubles bourgeois dont certains avec une salle de bain. Des grands magasins, des halles, des théâtres, des gares, des parcs furent construits. L’éclairage public et les égouts furent installés. Grâce aux grands boulevards, les charges de cavaleries et les tirs de canons devinrent possibles et le danger des barricades disparut. Paris fut tout simplement rendue à la bourgeoisie.
     Une fraction nouvelle de la bourgeoisie tira profit des travaux d’Haussmann en participant à la gigantesque spéculation foncière. A l’image d’Aristide Saccard, le héro du roman de Zola la Curée, les spéculateurs graissaient la patte de fonctionnaires pour connaître avant les autres le tracé des nouvelles avenues. Ils rachetaient pour une bouchée de pain les immeubles que la ville allait être forcée de racheter quelques mois plus tard au prix fort. Des fortunes gigantesques naquirent ainsi en quelques années et selon les quartiers les loyers augmentèrent de 20 à 25 %.
     Les ouvriers, artisans, employés, ou petits fonctionnaires incapables de payer de tels loyers furent refoulés plus loin. Ils rejoignirent les faubourgs que l’on prit soin d’entourer de casernes. Les quartiers encore peu urbanisés, comme Charonne se couvrirent de constructions de fortune, moitié en planches, moitié en plâtras, louées à la semaine.
     Quant aux travailleurs qui restèrent dans le centre de Paris, ils se tassèrent encore un peu plus dans les îlots épargnés par les travaux. Ces rues devinrent des enclaves ouvrières, les « bas-fonds » de Paris où les indigents trouvaient refuge.

     Les mêmes grands travaux, le même processus d’exclusion se produisit à Londres, Manchester, Liverpool, à Berlin, Vienne, Lyon ou Marseille. Mais plutôt que d’apporter une solution à la crise du logement ouvrier, ils ne firent que repousser le problème un peu plus loin.
     Voici comment Engels jugeait l’action de Haussmann : « En réalité, la bourgeoisie n'a qu'une méthode pour résoudre la question du logement à sa manière – ce qui veut dire : la résoudre de telle façon que la solution engendre toujours à nouveau la question. Cette méthode porte un nom, celui de " Haussmann ". (...) Quel qu'en soit le motif, le résultat est partout le même : les ruelles et les impasses les plus scandaleuses disparaissent et la bourgeoisie se glorifie hautement de cet immense succès – mais ruelles et impasses resurgissent aussitôt ailleurs et souvent dans le voisinage immédiat. »

     Dans les villes la bourgeoisie fut incapable de résoudre la question du logement ouvrier, mais en milieu rural la question se posa bien différemment.
  Début

Les cités ouvrières : une réponse spécifique adaptée... au problème de la bourgeoisie

     Certaines industries s’étaient installées en rase campagne autour de bassins miniers par exemple. Et elles manquaient de main d’oeuvre. Les industriels devaient non seulement faire venir à eux la main-d’oeuvre mais aussi la garder. Les ouvriers ne se résignaient pas à la condition d’esclave industriel que ce soit dans les mines ou dans les forges, et garder un ouvrier plus de deux ou trois ans était rare pour un patron. Alors pour le retenir, pour le fixer avec sa famille, les Wendel en Lorraine, les Schneider au Creusot, les Dollfuss à Mulhouse, les Menier à Noisiel comme les Krupp et les Thyssen dans la Ruhr construisirent des logements ouvriers.
     La plupart du temps il s’agissait d’une petite maison de deux pièces louée ou proposée à l’achat aux meilleurs ouvriers de l’usine. Presque à chaque fois il y avait un jardin auquel le patron tenait autant que l’ouvrier lui-même parce qu’il apportait une sorte de complément au salaire que le patron n’avait pas à payer. En Allemagne Thyssen alla jusqu’à mettre des étables à disposition des ouvriers, pour que les ouvriers élèvent des chèvres et des cochons en dehors de leur travail.
     La cité ouvrière fut une arme dans la stratégie paternaliste. Suivant la politique suivie par les patrons locaux les avantages offerts par les cités ouvrières étaient plus ou moins importants. Mais elles étaient toutes conçues pour vivre en autarcie avec l’église, parfois avec l’école et le magasin maison où le patron reprenait une grande partie du salaire versé. Le patron pouvait contrôler toute la vie de l’ouvrier, ses loisirs, ses lectures, ses fréquentations, ses déplacements. A tout moment le logement ouvrier pouvait être visité et contrôlé. A Carmaux la pression patronale était telle que la compagnie eut du mal à trouver les locataires : les mineurs installés depuis suffisamment longtemps dans la région se débrouillaient pour loger ailleurs.
     En encadrant ainsi les familles ouvrières les industriels espéraient se doter d’une main-d’oeuvre stable, disciplinée et respectueuse. Tout ouvrier qui revendiquait savait qu’en plus de perdre son travail il pouvait aussi se retrouver sans toit, lui et sa famille. Mais cela n’empêcha pas les grandes grèves comme celle des mineurs d’Anzin en 1884 dont Zola s’est inspiré pour écrire Germinal.
  Début

Une solution utopique au problème du logement ouvrier

     Dans ces initiatives patronales, l’une se distingua. On était à une période, un autre temps où parmi les patrons il y en avait encore qui partageaient des idées de fraternité. L’anglais Robert Owen, fut un des rares industriels à avoir épousé les idées du socialisme utopique. Mais il ne fut pas le seul. En France il y eut Godin, l’inventeur des poêles en fonte. Il construisit autour des années 1860 un palais social pour ses ouvriers à Guise, au bord de l’Aisne. A l’inverse des patrons paternalistes, Godin voulait pour ses ouvriers non pas du logement au rabais, mais ce qui existait de plus moderne ; non pas un logement qui enchaîne l’ouvrier et sa famille mais un logement qui libère ; non pas des maisons individuelles mais des logements collectifs qui favorisent la vie communautaire. Et il mit l’argent nécessaire à réaliser son projet. Dans son palais social qu’il baptisa le « familistère », les logements étaient spacieux, lumineux, aérés : un paradis pour l’époque.
     Godin avait construit une laverie, un séchoir, une pouponnière de façon à ce que les femmes soient libres d’exercer elles aussi une activité professionnelle. En plus d’une école mixte et gratuite jusqu’à 14 ans, le familistère comprenait une bibliothèque, un théâtre, des jardins et même une piscine dont le fond était réglable en hauteur pour permettre l’apprentissage de la natation aux enfants ! Mais il n’y avait pas d’église et personne ne s’en plaignit.
     Godin exerçait comme les Schneider ou les Wendel un contrôle moral et philosophique sur la cité. Mais au lieu de diffuser les idées conservatrices et religieuses du patronat il voulait transmettre sa foi dans le travail et dans la vie collective.
     La solution au problème du logement que Godin a expérimenté était une solution individuelle, la solution d’un militant qui avait suffisamment d’argent pour renverser les obstacles mais qui était à contre-courant de la société capitaliste. Et faut-il le préciser, Godin ne fit pas d’émules !

     La bourgeoisie industrielle installée en milieu rural put construire elle-même pour ses ouvriers et les contrôler étroitement. Mais cette solution était difficile à mettre en oeuvre dans les grandes villes où le problème du logement s’aggrava au rythme de la concentration urbaine.
     Pour suivre plus en détail son développement nous nous centrerons sur le cas de la France où la région parisienne, qui est de loin la plus grande concentration de travailleurs du pays, joue un rôle central.
  Début