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Lutte de Classe, Série 1972-1977 (bilingue)
n°1 (juin 1972)
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Le mouvement gauchiste quatre ans après mai 68

La manifestation organisée à l’occasion du 1er mai 1972 par l’ensemble des groupes « gauchistes », hormis l’AJS résumait, de façon sommaire mais saisissante, les problèmes du courant révolutionnaire en France.

Fait difficile à concevoir avant 1968 mais qui, aujourd’hui, fait partie des données de la vie politique française, en une occasion qui n’était pas en elle-même particulièrement mobilisatrice, le courant gauchiste est capable d’organiser une manifestation comparable par l’ampleur à celle du PCF et de la CGT.

Cependant cette manifestation était composée essentiellement d’étudiants et charriait dans ses rangs toute une faune d’éléments déclassés, folkloriques, totalement étrangers au socialisme et à la classe ouvrière et pas seulement socialement.

Le courant gauchiste, dont l’existence fut révélée à l’ensemble de la population en mai 68, n’a pas, depuis, sombré dans l’anonymat ; il existe, il croît dans une certaine mesure, et apparaît comme un pôle politique sur la gauche du PCF.

Mais en même temps, bien que la plupart de ses composants se réclament de la classe ouvrière, il demeure marginal par rapport à celle-ci ; son audience, lorsqu’il en a, n’est significative que dans certaines franges de la petite bourgeoisie, estudiantine en particulier, où s’effectue, pour l’essentiel, son recrutement.

Le bilan des quatre ans écoulés depuis Mai 68 est, à bien des égards, décevant. Il l’est par rapport à la tâche essentielle du courant révolutionnaire : s’implanter dans la classe ouvrière. Il l’est par rapport aux possibilités ouvertes par Mai 68 sur ce plan.

La coupure entre le courant révolutionnaire et le mouvement ouvrier est un fait historique résultant pour une large part des conditions objectives particulièrement difficiles dans lesquelles il a dû se perpétuer après les vides sanglants que le stalinisme a fait dans le mouvement ouvrier entre les deux guerres. Mais les perspectives du mouvement révolutionnaire ne sont pas seulement déterminées par les circonstances objectives, Et, de surcroît, celles-ci aujourd’hui sont infiniment plus favorables qu’elles ne le furent pendant des décennies. Elles le sont en particulier depuis Mai 68 où, pour la première fois après toute une époque, de larges masses de travailleurs ont pris conscience de l’existence du courant révolutionnaire et, qui plus est, l’ont considéré avec une, certaine sympathie.

Cependant, quatre ans après 1968, la physionomie du mouvement révolutionnaire n’a guère changé : sa composition sociale est la même et il n’a pas plus de liens avec les travailleurs ni de sens des responsabilités.

Qui plus est, et ce n’est paradoxal qu’en apparence, Mai 68, au lieu de permettre au mouvement révolutionnaire de sortir du marais petit-bourgeois, a finalement contribué à l’y enfoncer encore plus profondément.

La petite bourgeoisie intellectuelle, estudiantine en particulier, bien plus profondément touchée par le mouvement de Mai 68 que la classe ouvrière, s’est découvert avec émerveillement des vertus révolutionnaires insoupçonnées. Parce qu’elle s’est mobilisée sous le drapeau des révolutionnaires alors même que la classe ouvrière laissait les staliniens fouler aux pieds ce même drapeau, elle s’est crue investie d’une mission historique révolutionnaire. Parce qu’ils étaient liés de toutes leurs fibres à l’intelligentsia estudiantine et pas du tout à la classe ouvrière, et parce qu’ils n’avaient pas la capacité et la volonté profonde d’agir en sorte que cela change, les groupes révolutionnaires se sont fait pour la plupart les porte-paroles et les théoriciens de cette prétention. Les uns, sans fard. Les autres, en continuant à se référer à la classe ouvrière. Mais en agissant, les uns et les autres, fondamentalement de la même manière.

La trame de l’activité et des interventions du courant « gauchiste » dans sa grande majorité pendant les quatre ans qui suivirent Mai 68, a été donnée par les sautes d’humeur de cette petite bourgeoisie intellectuelle. Même si, par moments et au rythme des flux et des reflux du milieu petit-bourgeois « gauchisant » tel groupe au tel autre prit du champ par rapport à la politique et aux pratiques propres à ce milieu.

Bien sûr, le mouvement « gauchiste » est hétérogène. Bien sûr, il est divisé en une multitude de tendances qui ont, sur la plupart des questions, des positions divergentes. Mais derrière les traits particuliers, même importants, l’incapacité congénitale de se lier au prolétariat dessine une même physionomie.

Cela se concrétise différemment pour les deux courants dominants du mouvement « gauchiste » en France : le courant maoïste-spontanéiste et le courant trotskyste mais n’ayons garde d’oublier que les racines sociales sont les mêmes.

Les courants maoïstes

Bien que sa dislocation eût été annoncée à plusieurs reprises depuis 1968 comme proche, quand ce ne fut comme déjà accomplie, le courant maoïste demeure un des composants dominants du mouvement gauchiste. Là encore, la manifestation du 1er mai, sans parler des funérailles de Pierre Overney, était significative. L’audience du courant maoïste est sensiblement égale à celle du courant trotskyste.

Que n’a-t-on dit et écrit sur sa crise perpétuelle, sur son absence de structuration, etc... Constatations fort justes au demeurant Cependant, toute une partie, si ce n’est la majeure partie du « milieu gauchisant », continue à se reconnaître dans la politique et dans les pratiques des organisations maoïstes. Et ce fait-là, justement, est révélateur de la nature de ce « milieu gauchisant » qui demeure la base de recrutement essentielle de toutes les organisations « gauchistes », la plupart des organisations trotskystes comprises.

Manquant de programme comme de références révolutionnaires, manquant de traditions, le courant maoïste est en fait une infinité de courants aussi divers qu’hétérogènes. On y trouve aussi bien des gens qui se disent staliniens orthodoxes et se croient dans la continuité du PCF des années cinquante, que des anarchistes qui se contentent de remplacer le coup de chapeau à Bakounine par celui à Mao ; on y trouve aussi bien des gaullistes, et qui le proclament publiquement, que la grande variété des tendances dont la seule raison d’exister est d’apporter leur soutien aux mouvements nationaux de tels pays sous-développés ; on y trouve les contemplateurs passifs des actions dites spontanées de la classe ouvrière, comme ceux qui prétendent lui montrer par des actions terroristes ce qu’elle doit faire ; on y trouve enfin, et peut-être surtout, ceux qui défendent successivement ou indifféremment toutes ces positions.

Ce qui est commun cependant à la plupart des tendances du courant maoïste c’est l’abandon clair et net de toute référence au prolétariat comme seule classe historiquement révolutionnaire, comme seule classe capable de transformer la société dans un sens socialiste.

Ce n’est pas seulement dans leur pratique, mais dans leur programme même, que les maoïstes se placent sur un terrain fondamentalement hostile aux intérêts historiques de la classe ouvrière.

Ce qui distingue fondamentalement le révolutionnaire socialiste de tous les autres, c’est la volonté de lutter pour que la classe ouvrière prenne conscience de ses intérêts et de son rôle en tant que classe indépendante ; c’est la conviction qu’il ne peut y avoir de transformation socialiste de la société sans que la classe ouvrière prenne-effectivement le pouvoir, sans qu’elle l’exerce elle-même, démocratiquement. Tous ceux qui s’opposent à cette prise de conscience de la classe ouvrière en tant que classe, tous ceux qui prétendent prendre le pouvoir en son nom et place, militent en fait pour un autre pouvoir que celui de la classe ouvrière, pour un pouvoir qui s’exercera inévitablement contre elle et, inexorablement, à terne, contre toutes les classes populaires.

Les tendances maoïstes refusent volontairement de s’adresser au prolétariat en tant que classe, de s’appuyer sur la classe ouvrière, de tenter de l’organiser en tant que telle. La force sociale sur laquelle ils veulent s’appuyer, et dont ils veulent être les représentants, ce n’est pas la classe ouvrière, c’est le « peuple » tout entier. La révolution dont ils parlent n’est pas la révolution prolétarienne, mais une révolution « populaire », et même quand ils s’adressent à la classe ouvrière, ce n’est pas en tant que classe exploitée par le système de production capitaliste, mais comme groupe social opprimé d’une façon particulière par les « oppresseurs du peuple », et tout cela, pour la plupart d’entre eux, au nom d’une idéologie anti-autoritaire.

Toutes les tendances maoïstes se réclament de la Résistance, celle dirigée par les de Gaulle les Moulin, les Bidault. Oh certes, toutes ne vont pas jusqu’au bout des idées qu’implique leur choix fondamental. Tous ne vont pas comme Le Dantec, ancien directeur de La Cause du Peuple, déposer une gerbe au Mont Valérien en compagnie de dignitaires gaullistes notoires. Mais à partir du moment où l’on abandonne la classe ouvrière pour le « peuple », à partir du moment où l’on substitue l’oppression autoritaire politique, à l’exploitation dans le cadre du système de production capitaliste, on détourne la classe ouvrière de la conscience de classe et l’on se place dans le même camp que les staliniens, les réformistes et, au-delà, que tous les hommes politiques de la bourgeoisie.

La politique et les méthodes d’action des maoïstes reflètent ce même refus fondamental, programmatique, de se considérer comme responsables devant la classe ouvrière et elle seule et d’agir en fonction des intérêts historiques de celle-ci.

Là encore, la diversité des groupes maoïstes laisse place à de multiples variantes, et tous n’utilisent pas les mêmes moyens ou le même vocabulaire. Mais, dès lors que l’on n’a pas le souci profond et constant de gagner la confiance et d’élever la conscience de classe des travailleurs, tout devient possible et parfaitement justifiable, du moment que cela semble « efficace ».

Du moment que c’est le « peuple » qui est révolutionnaire, et cela de façon indifférenciée, autant s’appuyer sur toutes les catégories ou franges de ce « peuple » qui, momentanément, semblent plus radicales. Sur les étudiants, sur le lumpenprolétariat, sur les éléments déclassés, peu importe. Tous ceux qui sont opprimés ou réprimés à quelque titre que ce soit, sont opposés à ceux qui les opprimant ; on attribue donc à leur opposition une signification révolutionnaire socialiste. Homosexuels et drogués se retrouvent finalement affublés des mêmes vertus révolutionnaires que les travailleurs, plus même, puisque les premiers se révoltent et que les seconds seraient encore apathiques.

La démagogie, la flatterie à l’égard des déclassés, le parti pris de dire et faire toujours ce qui plaît, est une constante, sinon de tous les courants maoïstes, du moins du courant majoritaire des spontanéistes. Avec une telle « politique », il est possible de se trouver des troupes dans la milieu de déclassés qui gravitant autour des gauchistes, mais pas de construire un parti, en tout cas, pas un parti révolutionnaire socialiste.

Les efforts incontestables et sincères de certains militants du groupes maoïstes pour tisser des liens avec la classe ouvrière ou participer à ses luttes sont, en l’absence justement d’une ferme conscience de classe, eux-mêmes inutiles, voire nuisibles à l’implantation des idées révolutionnaires dans la classe ouvrière.

Le terrorisme individuel qui dénote en fin de compte un profond mépris des masses, l’idéalisation des « actions exemplaires » de la part de minorités agissantes destinées à « réveiller » les ouvriers, voire à agir pour eux, le parti pris systématique d’appuyer dans les catégories les plus exploitées, les plus opprimées de la classe ouvrière (travailleurs émigrés, etc...) le sentiment de ce qui les distingue des autres travailleurs, voire de ce qui les y oppose, de chercher à développer non pas leur conscience de classe mais la conscience de leur particularité, ces pratiques ne peuvent, en aucun cas gagner les travailleurs à la révolution socialiste. Pis, elles peuvent aboutir à dresser d’une part les travailleurs contre les idées révolutionnaires, et à former d’autre part, des militants habitués à combattre en étrangers à la classe ouvrière telle qu’elle est, contre elle peut être, quand bien même ce serait avec la conviction de le faire en son nom.

Courants trotskystes opportunistes

Il est de toute évidence une différence de taille entre ceux qui parlent du peuple et ceux qui parlant du prolétariat ; entre ceux qui abandonnant clairement le programme révolutionnaire socialiste au profit d’un vague populisme et ceux qui ne la font pas ; entre ceux qui, on un mot, se réclament du courant maoïste et ceux qui se réclament du courant trotskyste.

Mais, en fin de compte, les maoïstes ne font qu’illustrer de la manière la plus conséquente la tendance d’ensemble de la plupart des courants du mouvement gauchiste, qui est d’attribuer à d’autres couches sociales que le prolétariat le rôle que ce dernier peut seul jouer dans la révolution socialiste. Trotskyste, notre tendance a la conviction que la construction d’un parti révolutionnaire prolétarien est impossible sans un programme juste, et ce programme juste est la programme de fondation de la IVe Internationale.

Mais la référence au rôle révolutionnaire du prolétariat, au programme révolutionnaire trotskyste, est une maigre consolation, dès lors que les groupes qui la font ne cherchent pas à réagir contre la faible implantation des révolutionnaires dans la classe ouvrière on consacrant l’essentiel de leurs forces à un travail méthodique on direction des entreprises. Et cette volonté-là, qui guide toute l’activité do notre tendance, est absente dans les pratiques tant de la Ligue que de l’AJS même si la démission face à la tâche primordiale du mouvement révolutionnaire s’extériorise de manière parfois opposée pour les deux organisations.

Et cette démission ne se manifeste pas seulement dans la pratique : les courants qui se partagent les dépouilles de ce que devint la IVe Internationale après la mort de Trotsky, auront toujours un fort penchant à considérer que la principale raison d’être de la théorie est de servir d’excuse à leur inefficacité. C’est ainsi que ce marxisme moderne, que l’on croirait revu par les Pères d’un Collège de Jésuites, permit de découvrir que les étudiants étaient devenus les alliés objectifs et permanents du prolétariat dans la guerre sociale et que, par conséquent, toute victoire remportée par les étudiants, fut-ce en imposant telle forme d’examen plutôt que telle autre, renforce la position des révolutionnaires et va donc dans le sens des intérêts des travailleurs.

Incapables de sortir de leur milieu d’implantation traditionnelle, étudiants, instituteurs, ou franges marginales de la classe ouvrière, plus proches des milieux universitaires que du prolétariat industriel, comme techniciens des centres de recherche, voire femmes de ménage des universités, il leur était plus commode de changer quelques mots à la théorie qui ne leur servait plus guère et de prétendre que toutes ces couches jouent le même rôle que le prolétariat.

Dans la même voie, ils inventèrent la stratégie dite « de la périphérie vers le centre » qui consiste à théoriser le fait - incontestable - qu’il est plus facile de s’implanter dans les couches extérieures au prolétariat, ou dans les fractions marginales de celui-ci, là où l’emprise de la bureaucratie stalinienne est faible ou inexistante, pour en déduire que c’est seulement sur la base d’une solide implantation dans ces milieux-là que l’on pourrait partir à la conquête de l’implantation dans le prolétariat industriel. « Ils sont trop verts » disait plus simplement le vieux renard de La Fontaine qui ne s’embarrassait pas encore de marxisme. Car toutes ces affirmations à prétentions théoriques couvrent un fait simple : la renonciation à gagner le prolétariat industriel aux idées révolutionnaires, la renonciation à combattre la bureaucratie stalinienne et réformiste là où s’exerce son emprise et là où elle est la plus néfaste.

En tournant de la sorte le dos à la classe ouvrière, en lui substituant dans leur tête d’autres couches sociales, ces organisations, malgré leur référence au trotskysme, se placent finalement sur le même terrain que ceux qui affirment clairement militer dans l’intérêt du « peuple » et pas du prolétariat.

Pourtant, répétons-le, les circonstances objectives favorables n’ont pas fait défaut en mai 68 et immédiatement après. Le mouvement trotskyste en particulier avait là une chance particulière de surmonter ce qui est sa tare depuis ses origines, la cause principale au demeurant de sa division et de ses multiples scissions : sa composition sociale petite-bourgeoise et son absence de liens avec le mouvement ouvrier. Mais il fallait savoir saisir l’occasion, avoir conscience des responsabilités nouvelles imposées aux révolutionnaires par les circonstances. Ce qui. signifiait concrètement au lendemain de Mai 68 prendre l’initiative d’un regroupement des courants révolutionnaires, pour former une organisation ou front révolutionnaire unique, situé sur la gauche du PCF et susceptible d’attirer les milliers d’ouvriers qui tournaient leurs regards vers l’extrême-gauche.

Mais, ni la Ligue, ni l’AJS n’ont été capables de surmonter ‘l’esprit de boutique. L’audience subite acquise par l’ensemble des « gauchistes » devant de larges couches de travailleurs, au lieu d’inciter ces organisations à s’unir pour capitaliser au maximum cette audience, les a poussés au contraire vers un sectarisme plus grand encore, Ce n’est, là encore, paradoxal qu’en apparence : s’il est vrai que c’est seulement une organisation importante, regroupant toutes les tendances révolutionnaires, qui aurait pu attirer massivement tous les travailleurs qui ont mis leurs espoirs dans l’extrême-gauche mais étaient déroutés par sa division il n’en reste pas moins vrai que, même séparément, chaque groupe s’est gonflé au lendemain de 1968. De là à ce que chaque groupe croie que le regroupement se fera autour de lui, donc qu’il était superflu de consentir aux efforts d’une unification, il n’y avait qu’un pas. La Ligue et l’AJS comme les autres d’ailleurs, l’ont franchi. Le terme de « triomphalisme » pour caractériser cette politique, imbue de soi et méprisante à l’égard des autres, a été inventé par la Ligue pour décrire avec bienveillance, a posteriori, sa propre attitude, mais elle n’avait pas le monopole de l’attitude, l’AJS lui damait le pion en la matière. En attendant, une chance unique d’attirer des milliers d’ouvriers dans les rangs des révolutionnaires a été gâchée par irresponsabilité.

Cette même irresponsabilité a conduit la Ligue pendant toute une période, par désir de ne pas se laisser déborder par les maoïstes dans les universités à flatter et à suivre le mouvement étudiant, voire sa fange.

C’est cette même fuite devant ses responsabilités, autrement dit le refus de reconnaître qu’il n’y a aucun raccourci permettant d’éviter l’effort d’implantation dans les entreprises, qui conduit la Ligue à se raccrocher à toutes les tentatives du genre du « Secours Rouge », fut-ce au prix de compromis graves. C’est encore cela qui la conduit à flatter et à cautionner les Tillon et ses semblables.

La politique de l’AJS est d’apparence fort différente de celle de la Ligue. Elle est, de fait, complémentaire, car chacune semble éviter avec un soin particulier de faire les mêmes erreurs que l’autre, pour s’en tenir aux erreurs symétriques.

Si l’AJS témoigne d’un sectarisme sans bornes à l’égard de toutes les organisations révolutionnaires, elle est d’une complaisance sans limites à l’égard des appareils réformistes ou staliniens.

Si elle proclame refuser la « gesticulation gauchiste », elle soutient et cautionne publiquement la direction pourrie de Force Ouvrière (la Ligue, elle, soutiendrait plutôt celle de la CFDT !).

Mais on ne construira pas le parti révolutionnaire, on ne gagnera pas les travailleurs, en cherchant à s’intégrer à l’appareil d’organisations syndicales réformistes au prix de tous les compromis. Pas plus qu’on ne le construira en témoignant à l’égard du PCF le suivisme de l’AJS.

Ni la Ligue, ni l’AJS, bien qu’elles se réfèrent au seul programme qui puisse servir de guide à l’édification d’un parti révolutionnaire prolétarien, le programme trotskyste, n’ont finalement plus avancé -sur cette voie, depuis Mai 68, que les maoïstes. En fin de compte, malgré la référence trotskyste, et malgré les différences de méthodes elles sont, chacune à sa manière, les porte-parole des mêmes milieux sociaux que les maoïstes.

Avec une grande différence cependant. Les maoïstes ont fait clairement et non d’une manière hésitante, honteuse, le choix de coller coûte que coûte à ces milieux, d’y défendre une politique et d’y pratiquer des méthodes qui y plaisent, de s’adapter parfaitement aux hauts et aux bas de ce milieu. Donc s’il y a une chance pour qu’un groupe se développe à partir de ces milieux, ce sera un groupe maoïste.

Pour ceux qui se réclament des idées trotskystes révolutionnaires, il n’y a qu’une seule alternative : ou mettre leur politique et leurs pratiques à la hauteur de leur programme, gagner à leurs idées ceux à qui elles appartiennent, les travailleurs, ou alors se contenter de rester des groupuscules devant lesquels la possibilité de devenir un parti reste fermée.


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