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Lutte de Classe, Série 1986-1993 (trilingue)
n°41 (septembre 1991)
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Madagascar Une dictature et une opposition soumises aux diktats de l’impérialisme

Quatre mois de crise sociale et politique

La crise politique et sociale qui secoue depuis près de quatre mois l’île de Madagascar, n’a pas encore trouvé de conclusion politique. Le dictateur en place Didier Ratsiraka, venu au pouvoir il y a 16 ans à la suite d’un coup de force qui mit fin à une période de troubles politiques, refuse jusqu’à maintenant de lâcher les rênes du pouvoir comme le réclament les dirigeants d’une opposition qui depuis la mi—juillet ont mis en place un gouvernement parallèle. Et pendant ce temps d’amples manifestations regroupent régulièrement dans les rues de la capitale des centaines de milliers de manifestants exigeant la démission du chef de l’État devenu aux yeux des masses populaires le responsable de la misère, des injustices et de l’oppression.

L’agitation politique de l’opposition doit bien sûr beaucoup au contexte international où l’on a vu, entre autre sur le continent africain, un certain nombre de dictatures tenter d’évoluer vers le multipartisme ou passer la main sous l’oeil bienveillant des puissances impérialistes - en particulier de la France - voire avec leur appui. Les dirigeants des pays impérialistes, qui savent que dans cette période de régression économique l’exploitation effrénée des pays pauvres leur est indispensable, ont le souci de prévenir les explosions sociales incontrôlées et incontrôlables qui peuvent surgir dans des pays où des régimes usés, faisant l’unanimité contre eux, risquent de devenir de dangereux détonateurs.

La France a d’ailleurs officialisé cette orientation au sommet franco—africain de La Baule en juin 1990, où elle encourageait les régimes à procéder à des réformes libérales et à recourir à des élections organisées plus démocratiquement que de coutume. Elle prévoyait même de moduler son aide économique en fonction des progrès accomplis dans cette voie.

Il ne s’agissait bien sûr pas là, pour les dirigeants de la bourgeoisie mondiale, de prendre en compte les aspirations démocratiques des populations mais d’opérer à froid un certain nombre de transformations dans le but d’éviter les crises. Et le fait qu’à Madagascar la crise ait déjà éclaté explique sans doute en partie la modération des dirigeants de l’impérialisme français et aussi américain. On les voit hésiter à lâcher complètement le régime et se garder de prendre position pour le départ de Ratsiraka comme le réclament les centaines de milliers de Malgaches qui manifestent tous les jours. Même après les affrontements du 10 août 1991, où des dizaines de manifestants furent tués, les champions de la défense de la démocratie que prétendent être les dirigeants nord—américains et français continuent de préconiser la conciliation : tandis que les dirigeants nord—américains demandent aux représentants de l’opposition de maintenir de toute façon en place l’actuel ministre de l’Economie, les dirigeants de la France n’en finissent pas de s’affirmer partisans d’un compromis qui laisserait une place à Ratsiraka.

Craignent—ils que les dirigeants de l’opposition, une opposition visiblement très divisée, ne soient pas capables d’instaurer un pouvoir stable ? Craignent—ils aussi que les masses populaires, encouragées par un succès, ne débordent leurs dirigeants ? Toujours est—il que les représentants des puissances occidentales n’ont pas choisi de précipiter la chute de celui que la presse française de droite continue de présenter comme un dictateur marxisant qui, par ses nationalisations passées et sa gestion « socialisante » de l’État, aurait transformé l’île prospère de Madagascar en un des pays les plus pauvres du monde.

Là où il y a dans les affirmations de ces journalistes une part de vérité, c’est que Madagascar est bien l’un des pays les plus pauvres du monde ; et la population qui depuis plusieurs mois reste mobilisée malgré l’état d’urgence, malgré les affrontements et malgré les menaces de licenciement contre les fonctionnaires en grève, est bien en révolte contre la misère dont elle rend le régime responsable. Mais cette situation n’est pas la conséquence des choix - présentés un temps comme « socialisants » - de Ratsiraka mais au fait que si cette ancienne possession française a échappé, il y a trente et un ans, au joug colonial direct de l’impérialisme français, elle n’a jamais cessé de voir ses richesses pillées par l’impérialisme, et en particulier par l’impérialisme français.

Un sous-developpement herite du colonialisme

La mainmise de l’impérialisme français sur la « Grande île » date de près d’un siècle, puisque c’est en 1895 que Madagascar fut conquise et passa sous protectorat français avant d’être annexée, un an plus tard, comme colonie. Il fallut plusieurs années pour que les troupes de Galliéni viennent à bout de la révolte provoquée par la conquête coloniale et assurent une domination sans partage de pouvoir à l’impérialisme français qui s’appropria les richesses de l’île en imposant aux populations la misère et l’oppression coloniale.

Il y eut par la suite quelques révoltes mais c’est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, en mars 1947, qu’éclata une insurrection dirigée par des indépendantistes. La riposte du gouvernement français fut terrible. La nouvelle « pacification » dura plus d’un an. Une véritable terreur organisée par les forces de l’ordre françaises fit près de 80 000 morts du côté malgache. Mais l’heure des indépendances n’allait pas tarder à sonner. En 1958, De Gaulle finit par « octroyer » par referendum et consentement mutuel l’autonomie à Madagascar, comme il l’attribuait à ses autres colonies. L’homme qui prit la tête de l’État malgache, Philibert Tsiranana - qui se réclamait de la social—démocratie - fut directement installé par l’État français qui prit en charge l’entretien de son administration, de son armée et de sa police en échange de conditions favorables aux sociétés françaises. La situation était alors mûre pour que Paris reconnaisse l’indépendance de Madagascar sans que soient menacés les intérêts français.

Apres l’independance, la dependance economique reste totale

Pendant les 14 années de règne sans partage de Tsiranana, les sociétés françaises continuèrent de faire main basse sur l’essentiel de la production de café, de sucre, de girofle et de vin, etc. Un code des investissements établi en 1961 était destiné à séduire le capitalisme étranger. Tsiranana, animé par un anti-communisme viscéral, se disait chaud partisan d’un resserrement des liens avec les puissances occidentales en même temps qu’il cherchait à établir des relations avec l’Afrique du Sud ; à une époque où le pays de l’apartheid connaissait officiellement un certain isolement, Madagascar servit plus d’une fois d’intermédiaire aux sociétés - françaises entre autres - qui désiraient maintenir des relations discrètes avec les dirigeants sud—africains.

C’est en 1968 que se développa un mécontentement parmi les couches populaires ainsi que dans la petite bourgeoisie qui aspirait à une malgachisation de l’administration et de l’économie. L’un des épisodes les plus marquants de cette crise sociale et politique fut, en mars 1971, une jacquerie paysanne animée par un parti nationaliste radical.

La violence de la répression ne suffit pas à rétablir le calme dans l’île. L’agitation gagna toutes les couches de la société, en particulier la petite bourgeoisie d’Antananarivo (Tananarive). En mai 1972, une vague de grèves étudiantes et lycéennes déboucha sur une émeute qui aboutit le 16 mai au renversement de Tsiranana.

Ce n’était encore que le dénouement du premier acte d’une période troublée où la lutte pour la succession se régla par les coups de force, les règlements de compte et les assassinats tandis que les hommes qui se succédaient au pouvoir procédaient en toute hâte à ce qu’ils appelaient une malgachisation de l’administration et de l’économie, une économie d’ailleurs totalement en ruines.

Ratsiraka : du verbiage socialisant...

C’est en 1975 que l’actuel dictateur Ratsiraka sortit vainqueur de cette âpre compétition pour le pouvoir. Le calme était revenu dans l’île. Et cet officier de la marine, formé en France et qui avait été pendant de longues années attaché militaire à l’ambassade de Madagascar à Paris, devint le chef de la révolution de palais qui mit un terme à la crise.

C’était l’époque où dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie des mouvements nationalistes se développaient et où se multipliaient des régimes qui cherchèrent un appui du côté de l’URSS, de la Chine, de Cuba ou de la Corée du Nord. Ils puisaient dans l’arsenal du stalinisme des formules, des éléments de programme, des recettes qui pouvaient leur donner une allure marxisante. Ils cherchaient surtout à développer avec les pays de l’Est, avec la Chine ou d’ex-pays coloniaux des relations économiques moins défavorables que celles que leur offrait le marché impérialiste. Ils espéraient sans doute qu’en recourant à un mode de gestion étatisé de l’économie ils parviendraient à donner à leur pays l’infrastructure économique que les anciennes puissances coloniales n’avaient jamais construites et à concentrer suffisamment de capital pour jeter les bases d’une économie rentable. C’était aussi sans doute le projet de Ratsiraka. Un rêve qui, faute de moyens suffisants, sombra bien vite dans l’engrenage du gaspillage, de la corruption et de l’endettement dont les classes pauvres furent les premières à payer le prix.

Le nouveau dirigeant malgache qui avait trouvé les caisses de l’État vides à son arrivée au pouvoir ne trouva ni du côté de l’URSS, ni du côté des pays dits socialistes les moyens d’échapper à la pression du marché impérialiste et à la soif de profits de cette sorte d’investisseurs qui firent fortune sans scrupule en dotant les pays du Tiers monde d’équipements inadéquats.

L’État malgache se ruina d’autant plus en investissements industriels disproportionnés avec les besoins de l’île que les banques françaises, dont l’État malgache avait encore besoin pour faire face à ces investissements, visaient un profit à court terme et que, avides de financer n’importe quoi qui rapporte - à elles comme aux groupes capitalistes chargés de l’exécution - , celles-ci prodiguaient des conseils qui s’avérèrent bien souvent ruineux et stériles. C’est ainsi qu’un rapport officiel de 1985 cite l’exemple de l’implantation d’unités de transformation du soja qui auraient coûté deux milliards de francs sur deux ans à l’État malgache alors qu’elles ne serviront jamais à produire pour cause de pénurie de soja.

Par ailleurs, l’accroissement de la population entraîna une augmentation des besoins en riz qu’il fallut importer. Et ce besoin en importations était d’autant plus grave que le déficit de la balance commerciale s’aggravait constamment sous le double effet du renchérissement de l’énergie et de la dégringolade des cours mondiaux. Alors qu’avant 1975 la seule vente du café suffisait à payer la facture pétrolière, celle—ci n’en couvrait plus que le tiers en 1982.

Les devises faisaient défaut et le régime ne parvint pas à lever la mainmise française sur l’économie malgache.

... a la soumission au fmi

L’endettement de Madagascar conduisit bientôt ses dirigeants à recourir aux bons offices du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale. Madagascar qui avait pris langue avec le Fonds Monétaire International dès 1980 dut accepter dès juin 1982 les conditions que cet organisme lui imposait. Limitation des dépenses publiques et des avances du Trésor, réduction des subventions alimentaires, hausse des prix, dévaluation du franc malgache furent la contrepartie des financements périodiquement accordés pour remettre à flot les caisses de l’État, un temps du moins, jusqu’à la crise suivante. En 1984 le seul service de la dette correspondait à 80 % de la production intérieure en biens et services. Un chiffre d’autant plus conséquent que la valeur totale de la production locale incluait de 50 à 60 % d’importations. Et pendant que les sociétés françaises, les banques françaises et leurs homologues de divers pays tiraient profit de l’échange inégal et de cette situation de dépendance économique, le gouvernement de Paris faisait périodiquement le généreux en annulant une partie de la dette ou en concédant des avances et des prêts.

Tout cela n’avait décidément rien à voir avec les palabres socialisantes de Ratsiraka que ce dernier remit d’ailleurs officiellement en cause en 1984—1985, quand il annonça qu’il fallait faire prendre à l’économie un tournant libéral et s’ouvrir davantage à l’Occident. On s’orienta vers la privatisation des sociétés nationalisées en 1975, et sur le plan politique on s’orienta vers le recours à des élections générales et une pratique respectant la multiplicité des partis et des candidatures.

La France chercha à profiter de ce tournant pour renforcer encore ses positions dans l’île, d’autant plus que, pour Paris, Madagascar n’est pas seulement une source de profits mais qu’elle permettait aussi à l’impérialisme français de mettre un pied dans cette région du monde où l’île de la Réunion qui a le statut de Département d’Outre—Mer et l’île Maurice depuis longtemps indépendante mais liée à Madagascar, sont ses seuls points d’appui.

Pendant que les compagnies pétrolières américaines s’assuraient la mainmise sur la prospection pétrolière, Paris multipliait rapprochements, accords, contrats. En 1987 le régime parut vaciller sous la pression de vagues de manifestations et de grèves. Mais lors des élections de 1989 Ratsiraka remporta encore 67,7 % des suffrages dans des élections qui sans être bien sûr honnêtes offraient néanmoins une multiplicité de candidatures. Un relatif retour au calme pouvait laisser espérer aux possédants malgaches et aux représentants de l’impérialisme que le dictateur en place restait peut-être encore capable d’assurer une certaine stabilité politique. Et l’on vit se multiplier des signes d’entente entre le gouvernement français et celui de l’île, d’autant plus que les relations semblaient reprendre entre Madagascar et l’Afrique du Sud dont la France craignait la concurrence. En juin 1990, le baromètre pouvait paraître au beau fixe ; on vit le chef d’État malgache promettre en contrepartie d’une annulation de 4 milliards de la dette, une indemnisation « juste et équitable » des sociétés françaises nationalisées en 1975, en même temps qu’il autorisait les forces navales françaises à réutiliser la base malgache de Diego Suarez. Toujours est—il que la France a jusqu’alors défendu sa place et reste le premier bailleurs de fonds de Madagascar en même temps que son premier fournisseur puisqu’elle couvre le tiers des importations de ce pays.

Et aujourd’hui Ratsiraka ne cache pas ses intentions d’offrir encore davantage de possibilités aux capitaux étrangers notamment en instaurant comme à l’île Maurice des zones franches où des usines pourraient s’installer pour exploiter librement une main d’oeuvre encore moins chère que celle de la Réunion ou de l’île Maurice.

Une opposition partisane des reformes pour leurrer les masses.

Les dirigeants politiques malgaches, les classes possédantes malgaches et, avec eux, les dirigeants des puissances impérialistes se trouvent donc confrontés à Madagascar à un problème commun à tous les régimes dictatoriaux qui ont subi l’usure du temps. Car Didier Ratsiraka a beau se targuer de ne pas être un dictateur puisqu’il a dû maintenir un multipartisme de forme et organiser périodiquement des élections, il n’a pas grand chose à envier à son homologue du Benin, du Congo ou du Mali.

Ce problème est celui d’assurer à temps une succession sans ouvrir de crise politique et surtout sociale impossible à maîtriser. Un problème d’autant plus difficile à résoudre que, dans un pays pauvre, les candidats au pouvoir savent eux-mêmes qu’ils n’auront rien de plus à donner à la population que le régime qui les a précédés.

Les politiciens malgaches qui briguent aujourd’hui le pouvoir espèrent qu’en mettant en avant la perspective de réformes démocratiques ils parviendront à prendre appui sur les masses avides de changement pour capter leur confiance et gagner une légitimité qui leur permettra demain de gouverner, un temps du moins, avec un consensus populaire. Et leurs calculs ressemblent en cela à ceux de toutes les équipes politiques qui, dans les quelques dernières années, de l’Argentine aux pays de l’Est, en passant par l’Afrique, ont conduit dans un ordre relatif des transitions entre des régimes dictatoriaux détestés et des régimes s’inspirant du parlementarisme en vigueur dans les pays riches.

C’est là bien sûr une opération risquée tant il est vrai que la volonté qu’ont les classes les plus exploitées de changer leur sort peut s’engouffrer dans les brèches ouvertes par les quelques réformes. Mais elle est rendue possible - et peut même engendrer des caricatures de régimes parlementaires relativement stables - du fait même de l’absence de forces politiques organisées susceptibles de les contester sur leur gauche en s’appuyant sur les masses mobilisées.

S’il s’est trouvé à Madagascar des centaines de milliers de personnes pour manifester régulièrement, malgré l’état de siège, malgré les risques d’affrontements et les menaces de licenciement pour les fonctionnaires qui font grève, c’est que la population veut un changement qui s’identifie pour elle avec le départ de Ratsiraka. C’est si vrai que, lorsqu’à la fin juillet, les dirigeants de l’opposition ont proposé un compromis qui maintenait en place le dictateur, ils furent accueillis par des huées. Et si les dirigeants de l’opposition peuvent chevaucher ce mouvement, le canaliser, c’est en grande partie parce qu’aucune organisation, aucun parti n’est en mesure de proposer une autre politique ni ne dénonce même les contradictions de tous ces vieux routiers de la politique malgache qui, rappelons-le, ont tous soutenu le régime de Ratsiraka pendant des années, et dont certains viennent tout juste de quitter le navire de peur qu’il ne sombre.

Il est bien sûr difficile d’apprécier au travers des informations que donne la presse l’état d’esprit des classes populaires, et les réels rapports de force. Mais il semble que même sur cet objectif simple qu’est le renversement de Ratsiraka, les dirigeants de l’opposition aient en permanence le souci de ne pas préparer les masses à gagner une épreuve de force. Au contraire, ils semblent constamment chercher à différer celle—ci dans l’espoir que le mouvement sur lequel ils s’appuient ne dépassera pas le cadre dans lequel ils veulent le contenir. Evidemment, il n’est pas question pour eux de mettre en avant les revendications sociales qui correspondent aux intérêts des masses pauvres.

La constitution d’un gouvernement provisoire qui ne s’est doté d’aucun pouvoir avait pour but de combler à l’avance le vide de pouvoir que pouvait entraîner la chute de la dictature mais nullement de donner réellement aux masses un organe de pouvoir qu’elles pourraient contrôler. Et le service d’ordre mis en place par ce gouvernement avait comme toute première fonction de se préparer à faire régner l’ordre en cas de débordement.

Les dirigeants de l’opposition ont bien symboliquement intronisé dans chaque ministère le nouveau ministre de l’opposition, mais à chaque fois que Ratsiraka a répondu en séquestrant ledit intrus, les dirigeants ont appelé à laisser faire. Et quand le 10 août Ratsiraka a fait tirer sur la foule, les dirigeants de l’opposition se sont contentés de veillées funèbres et d’enterrements.

Et c’est enfin tout un symbole que l’un des objectifs des manifestations soient l’ambassade de France ou celle des États-Unis devant lesquelles les manifestants sont appelés à demander aux représentants des puissances occidentales - et parmi elles, celle qui pille Madagascar depuis un siècle, la France - qu’ils les aident à établir la démocratie et à faire tomber le dictateur.

La situation mondiale, marquée par un recul non seulement du mouvement ouvrier organisé, mais aussi des courants nationalistes bourgeois qui se réclamaient de la lutte contre l’impérialisme, va peut-être laisser leur chance aux courants oppositionnels qui espèrent que quelques réformes politiques et le changement de personnel gouvernemental leur apportera la paix sociale. Les politiciens qui aujourd’hui représentent l’opposition à Ratsiraka proviennent de courants divers qui, il y a une vingtaine d’années, se disaient socialistes pour les uns, anti-impérialistes pour les autres, tandis qu’une partie d’entre eux sont liés aux appareils religieux, catholiques, protestants ou adventistes qui sont très implantés à Madagascar. Aujourd’hui, ils se retrouvent côte à côte, ouvertement prêts à gouverner pour imposer aux masses pauvres les sacrifices qu’exigent les capitalistes locaux, les investisseurs français ou autres, et prêts à suivre les diktats du FMI et de la Banque mondiale. Cela en dit long sur le type de démocratie dont ils se réclament. Et même s’ils respectent certaines règles et certaines formes issues des régimes parlementaires, ce ne sera que pour mieux tromper ceux qui aujourd’hui sont sans doute en train de les porter au pouvoir.

Il reste pourtant que cette vaste mobilisation qui semble avoir dépassé les espoirs de ceux qui l’ont suscitée, peut donner aux classes populaires conscience de leur force. Il reste que ces centaines de milliers de personnes qui interviennent depuis des mois sur la scène sociale et politique peuvent comprendre au travers de cette crise qu’il leur faudra trouver des appuis ailleurs que dans ces politiciens qui veulent bien se servir de la force qu’elles représentent, mais pas défendre leurs intérêts. Et ces appuis elles peuvent les trouver parmi les masses exploitées de la Réunion, et des divers pays d’Afrique confrontés aussi à ces mêmes problèmes.

27 septembre 1991


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