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Lutte de Classe, Série actuelle (1993 - )
n°146 (septembre-octobre 2012)
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Côte d’Ivoire - La situation, un an après la fin de la guerre

L’article ci-dessous est issu d’un forum animé par les militants de l’Union africaine des travailleurs commu-nistes internationalistes, lors de la dernière fête de Lutte Ouvrière (26-28 mai 2012).

Ouattara vient de fêter sa première année de pouvoir. La lutte pour le pouvoir entre lui, Gbagbo et Bédié a commencé avec la mort de Houphouët-Boigny et aura finalement duré presque vingt ans. Elle s’est dénouée par une lutte armée dans la ville d’Abidjan. La guerre a duré quatre à cinq mois et a fait plusieurs milliers de morts.

Ouattara a eu le soutien des ex-rebelles de Soro Guillaume, qui contrôlaient déjà le nord du pays depuis plus d’une dizaine d’années. Ces ex-rebelles ont été renforcés par le recrutement de plusieurs milliers de miliciens dans la paysannerie et le lumpenprolétariat des villes, notamment à Abobo, une des grosses communes de la ville d’Abidjan. À elle seule, Abobo compte environ deux millions d’habitants.

Mais ce qui a été déterminant dans la victoire de Ouattara, c’est l’appui des forces françaises qui ont agi sous le couvert de l’ONU. Sans elles, Ouattara n’aurait probablement pas pu l’emporter, parce que Gbagbo avait tout de même avec lui des forces relativement importantes. Il avait le soutien des forces d’une armée régulière, une armée de métier, même si elle ne valait peut-être pas grand-chose. Il avait aussi de son côté toute la puissance que lui donnaient les moyens de l’État. Et, comme le camp d’en face, il avait aussi ses propres miliciens recrutés parmi les étudiants et le lumpenprolétariat de la capitale économique. Adjamé, Koumassi et Yopougon étaient leurs bastions. À ceux-là s’ajoutaient des mercenaires sanguinaires venus du Liberia voisin.

Quand Ouattara a pris le pouvoir à la mi-avril 2011, après avoir capturé Gbagbo, il n’y avait plus de police, plus de gendarmerie, plus d’administration dans la ville d’Abidjan. Tout cela avait disparu dans la nature. Les locaux administratifs avaient le plus souvent été pillés. Les pillards faisaient la razzia sur tout ce qui tombait sous leurs mains : portes et fenêtres, interrupteurs, câbles électriques qu’ils arrachaient, jusqu’aux cuvettes des WC.

Parmi les pillards, il y avait les miliciens et ex-rebelles des Forces nouvelles de Soro Guillaume. Ils ont été rebaptisés FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire) juste quelques jours avant l’intervention française. Ça fait plus propre ! Mais le comportement de ces gens-là n’a rien à envier à ceux qu’ils venaient de détrôner. Après leur victoire, ils sont devenus les nouveaux occupants des casernes et des commissariats. Les commissariats, par exemple, étaient dirigés par des commandants ne sachant souvent ni lire, ni écrire. Ils peuvent vous demander vos papiers. Ils font tout juste semblant de les contrôler, parfois en les tenant à l’envers, et vous disent, en fonction de leur humeur : « Oui, c’est bon », ou « C’est pas bon » !

Avec le temps, les FDS, les Forces de défense et de sécurité, c’est-à-dire l’armée, la gendarmerie et la police de Gbagbo (ceux qu’on désigne par le vocable de « corps habillés »), sont réapparus aussitôt que le nouveau pouvoir a menacé de les radier s’ils ne se présentaient pas avant une date butoir. Tous ceux-là ont été réintégrés après avoir fait allégeance au nouveau pouvoir. Toutefois, durant longtemps, et encore parfois jusqu’à aujourd’hui, même quand les anciens policiers ont repris leur place dans les commissariats, ils ont été interdits de port d’arme. De plus, ils ont été soigneusement flanqués d’éléments des FRCI pour les surveiller de près.

Les miliciens dans la nature

Les nouvelles autorités estiment à environ 110 000 le nombre de combattants qui auraient participé à la guerre. De ce total, elles estiment au nombre de 36 000 ceux qu’elles appellent, dans leur vocabulaire, les « éligibles » à la réinsertion. Mais pour l’heure, seulement 13 000 ont été effectivement réinsérés. Les 23 000 autres ont été désarmés et attendent dans la nature. À ceux-là s’ajoutent 70 000 ex-combattants qui, eux, ne seront jamais recasés et probablement pas désarmés. Ils continuent à se balader dans la nature. On peut imaginer leur force de nuisance sur les populations.

Le résultat de tout cela, c’est la prolifération de coupeurs de routes et autres bandits de grand chemin, semant la terreur dans les quartiers pauvres des grandes villes ainsi que dans les villages. Un préfet a déclaré que 80 % des coupeurs de route au nord du pays, par exemple, sont ces ex-combattants sans revenus. Cela peut encore durer longtemps.

Multiples évasions des prisons et rafles dans les quartiers populaires

Même quand ils sont arrêtés et mis en prison, ils n’y restent pas longtemps, étant donné que ce sont leurs propres amis des FRCI qui sont les gardiens des prisons. Rien que ces derniers temps, il y a eu plusieurs centaines de prisonniers évadés des maisons d’arrêt. Tout dernièrement, cela a été le cas dans la grande prison d’Abidjan.

Sous prétexte de rechercher les évadés, le gouvernement multiplie les contrôles d’identité, notamment dans les transports en commun. Cela s’accompagne souvent d’exactions à l’encontre des travailleurs et des populations pauvres. À cela s’ajoutent aussi les rafles, toujours dans les quartiers pauvres. Tout est prétexte pour ce genre d’opération. Parfois, il s’agit d’une simple rumeur d’une prétendue préparation de coup d’État. Gare à ceux qui sont ainsi embarqués. Ils seront victimes de tabassages et de maltraitances. Surtout que ces rafles s’effectuent souvent sur des critères ethniques. Les nordistes étant maintenant au pouvoir, ce sont les autres qui sont maintenant raflés.

Que deviennent les partisans de Gbagbo ?

Maintenant qu’il a le pouvoir, Ouattara fait tout pour rallier ses anciens adversaires afin de consolider sa nouvelle situation. Pour le moment, on ne peut pas dire qu’il y a réussi. Seuls s’y sont ralliés les opportunistes qui étaient avec Gbagbo pour les mêmes raisons. Mais ce qui reste du parti de Gbagbo, le FPI, finira inévitablement par éclater si ce dernier est effectivement condamné par le Tribunal international à passer ses jours en prison.

Le FPI est aujourd’hui le grand absent de l’Assemblée nationale, où il était pourtant majoritaire. Les hauts dignitaires de ce parti y trouvaient là un revenu assuré. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même pour eux. Ils vont devoir trouver un autre filon pour s’enrichir. L’une des possibilités qui s’offrent à eux, c’est de se vendre au plus offrant. Or, il n’y a pour l’instant qu’un seul acheteur : c’est Ouattara qui leur tend la perche.

Le cas de l’ex-président de la Cour constitutionnelle est une bonne illustration en la matière. Il s’agit du même monsieur qui avait décrété que Gbagbo était le vainqueur officiel de la dernière élection. Mais aussitôt que Gbagbo a été renversé et mis aux arrêts, ce même type a déclaré officiellement que c’est Ouattara qui est le vainqueur. Il y a certainement eu des pressions, mais pas seulement, on peut l’imaginer.

Le second cas que j’ai envie de vous citer, c’est celui de Laurent Donna Fologo, un spécialiste du retournement de veste. Il s’agit d’un vieux politicard originaire du Nord, de la même ethnie que Ouattara mais catholique. Il a servi sous Houphouët. Lorsque Bédié a succédé à Houphouët, il a naturellement été à ses côtés. Mais une fois que ce dernier a été renversé par le général Robert Guei, il a aussitôt retourné sa veste, malgré le fait qu’il a été tabassé par les soldats qui avaient participé au coup d’État. Mais dès qu’il a vu le vent tourner en faveur de Gbagbo, il s’y est aussitôt rallié. Maintenant que Gbagbo est à son tour renversé, le voilà qui fait le griot de Ouattara, sur qui il avait pourtant craché hier. Fologo était un de ceux qui accusaient Ouattara d’être un Burkinabé pour l’empêcher de se présenter aux élections. Il a rendu service à Gbagbo. Aujourd’hui, il fait partie de ceux qui ont rejoint Ouattara.

Néanmoins, parmi les anciens dignitaires du régime de Gbagbo, il y en a quelques-uns qui continuent de se réclamer du FPI et qui prétendent jouer la carte de l’opposition officielle.

La « réconciliation nationale »

Depuis son arrivée au pouvoir, Ouattara parle de faire la « réconciliation nationale » en voulant copier un peu ce que Mandela avait fait en Afrique du Sud après la fin de l’apartheid. Chacun est appelé à faire une autocritique pour montrer qu’il veut se repentir avant de passer du bon côté de la caisse.

Aujourd’hui, cette messe est toujours au point mort. Les dirigeants du FPI exigent d’abord la remise en liberté de Gbagbo avant de faire le moindre pas dans ce sens. Du coup, rien n’avance, bien que la commission chargée d’organiser cette tâche existe bel et bien et ponctionne à grands frais les caisses de l’État. Parmi eux, il y a des prêtres, des imams et autres notabilités. Autant dire qu’ils ne doivent pas être très pressés que les choses avancent. Plus ce cinéma dure, plus c’est intéressant pécuniairement pour eux.

Pour le moment, devant le blocage du FPI, on ne sait pas trop si finalement cette réconciliation se fera sous cette forme ou si, à défaut, ils en inventeront une autre. Dans tous les cas, dans l’état actuel des choses, même si parfois il y a des rumeurs de préparation de coup d’État, les forces armées pro-Gbagbo sont pour ainsi dire invisibles. Et même si Gbagbo a encore des partisans en Côte d’Ivoire, ils ne font pas le poids face à Ouattara, surtout que celui-ci bénéficie de la bienveillance de l’impérialisme français, qui détient les véritables cartes.

La reconstruction

Le nouveau pouvoir parle beaucoup de sa volonté de reconstruire le pays. Beaucoup de choses ont été détruites par la guerre, sans compter les pillages et tout ce qui a été laissé à l’abandon durant les dix dernières années. Par exemple, les voiries de la ville d’Abidjan, qui étaient en piteux état, ont été plus ou moins rafistolées. Ouattara n’a pas manqué, à juste raison, de dire qu’il a déjà fait plus en un an que Gbagbo en dix ans. Mais il n’y a pas que les routes qui sont à refaire. Les écoles ont aussi été pillées et souvent vandalisées. Pareil pour l’administration. Le gouvernement s’attelle à l’achat de bancs, de bureaux, de fournitures informatiques, etc., mais aussi des véhicules de toutes sortes qui ont disparu du parc automobile de l’État. L’université et les cités universitaires sont fermées pour un an pour cause de réfection. En tout cas, le prétexte a été tout trouvé par le gouvernement pour empêcher que la Fesci reprenne ses forces. La Fesci, c’est le syndicat estudiantin pro-Gbagbo, d’où ont émergé des politiciens comme Blé Goudé et consorts. Soro Guillaume est aussi issu de la Fesci. Il faisait alors partie des proches de Gbagbo avant de devenir son adversaire. C’est lui qui avait, en son temps, présenté Blé Goudé à Gbagbo.

La lutte contre la corruption

Je disais qu’en matière de construction, il y a beaucoup à faire. Il y a l’achat de matériel divers, il y a la réhabilitation des locaux, etc. Cela demande évidemment des entrées d’argent pour les financer. Or, c’est justement là qu’il y a problème. Vous imaginez bien que, sans administration et sans archives, qui ont disparu, ce n’est pas le commerçant ou l’industriel qui sera pressé d’aller déclarer ce qu’il doit à l’État. Autant dire que c’est la grande porte ouverte à toutes sortes de corruptions. Que ce soit à la douane ou aux impôts, l’État perd de l’argent.

Ouattara dit qu’il est particulièrement soucieux de lutter contre la corruption parce qu’il a besoin que l’argent rentre un peu dans les caisses de l’État. Mais ceux-là mêmes qui sont censés lutter contre cette corruption sont eux-mêmes des grands spécialistes en la matière. Ainsi, par exemple, le nouveau Premier ministre de Ouattara a été désigné par l’ex-président Bédié, c’est-à-dire par celui-là même qui, lorsqu’il n’était que ministre sous Houphouët, avait fêté son septième milliard et qui a poussé la vantardise jusqu’à faire fabriquer des cigarettes portant ses initiales. Les caisses de l’État n’ont jamais été autant pillées que sous son régime. Avec Ouattara, ce sont aussi les Bédié et tous les voleurs qui sont revenus à nouveau au pouvoir ou proches du pouvoir. Alors, autant dire que la prétendue lutte contre la corruption n’est qu’une publicité mensongère à laquelle pas grand monde ne croit.

Soro Guillaume et le nord du pays

Un mot sur Soro Guillaume. Même si, depuis son remplacement par un autre Premier ministre, il ne fait plus partie du pouvoir exécutif, il est sans conteste l’un des grands gagnants de cette lutte militaro-politique commencée en décembre 1999, avec le coup d’État qui avait renversé Bédié. Aujourd’hui il détient le poste de président de l’Assemblée nationale, un poste qui lui permet d’être en réserve du pouvoir exécutif tout en restant au cœur de l’appareil d’État, avec tous les privilèges que cela lui procure. C’est certainement un chemin en or pour une éventuelle prétention présidentielle future.

Il a été présenté comme un homme ayant les mains propres parce qu’il est sorti vainqueur dans sa lutte contre le clan de Gbagbo, et surtout parce qu’il s’est trouvé dans le camp de l’impérialisme français. Mais il a peut-être autant de sang sur ses mains que Gbagbo, qui est aujourd’hui devant le tribunal de La Haye. Mais, par la grâce de l’impérialisme français, il se trouve du bon côté.

Aujourd’hui, la partie nord du pays est toujours sous le contrôle de sa bande. On peut aisément imaginer tous les trafics douaniers, sur la TVA et autres marchandises non déclarées qu’il doit y avoir. D’autant plus que cette partie du pays est frontalière de plusieurs autres pays enclavés. D’où un énorme flux de marchandises entre Abidjan et ces pays. Depuis dix ans que la bande de Soro contrôle cette partie nord du pays, ils ont eu le temps d’y tisser bien des liens mafieux. Et ce n’est pas demain la veille que Ouattara pourra remettre la main sur les prébendes dans cette région. Il n’a ni les moyens politiques ni les moyens militaires pour le faire. Et il s’avère que le ministre de l’Intérieur de Ouattara est lui-même un prédateur connu de très longue date.

Licenciements dans les entreprises publiques et prolongement des annuités de travail

Le gouvernement a besoin d’argent. À défaut de le chercher du côté de ceux qui en possèdent beaucoup, il a choisi de licencier dans les entreprises publiques. Le prétexte trouvé est qu’il veut lutter contre les postes fictifs dans l’administration. Il a aussi procédé à des licenciements dans quelques secteurs comme la radio-télévision et la société de transport en commun abidjanais. Ce faisant, il donne aussi le ton à tous les capitalistes, qui n’en attendaient pas tant.

Parallèlement, le gouvernement a reporté l’âge de départ à la retraite, qui est passé de 55 ans à 60 ans. Le taux de cotisation à payer à la caisse de retraite a aussi été augmenté.

La situation des travailleurs

Alors, si les travailleurs sont plus que soulagés que la guerre ait pris fin, autant dire que leur situation matérielle continue de s’aggraver. À Abidjan, la vie est chère. Depuis longtemps, les populations pauvres ne mangent plus à leur faim. Et c’est quand même un comble dans un pays où tout pousse mais où la moindre banane coûte cher, comparativement au maigre revenu des travailleurs. Il faut dire que cela fait trente ans que les salaires n’ont pas été augmentés. Entre-temps, il y a eu la dévaluation de 50 % du franc CFA, en 1994. Il y a eu aussi la crise économique mondiale et les spéculations qui ont entraîné la flambée des prix. Ensuite, la guerre est passée par là.

Pour donner deux exemples, dans les années 1990, trois bananes douces étaient vendues à 25 francs (4 centimes d’euro). Aujourd’hui, c’est 18 centimes d’euro. Le riz qui coûtait 150 francs (22 centimes d’euro) coûte aujourd’hui officiellement 53 centimes d’euro. Ce qui signifie qu’au prix du détail c’est bien plus cher pour les travailleurs.

Ainsi, cela fait des années que les travailleurs prennent plein de coups, sans pouvoir les rendre. Aujourd’hui, les patrons se sentent encore plus forts qu’au temps de Gbagbo.

De plus, avec la journalisation du travail en vigueur depuis une vingtaine d’années, les anciens partent à la retraite et les nouveaux sont embauchés le plus souvent avec un statut de journalier. Du coup, les employeurs ont encore moins de problèmes pour jeter dehors les travailleurs dont la tête ne leur plaît pas. Or, le chômage est aussi important. Dans cette situation, les syndicats eux-mêmes deviennent bien plus souvent des représentants de l’employeur auprès des travailleurs, plutôt que l’inverse.

Dans la période actuelle, ce que nous constatons, c’est que les travailleurs ont plutôt tendance à s’en remettre au bon vouloir du gouvernement, en espérant qu’il sera sensible à leur misère.

C’est ainsi que, le 1er mai, beaucoup de travailleurs ont montré leur déception. Ils espéraient vraiment que le gouvernement annoncerait une augmentation des salaires tant attendue. Surtout que patronat et syndicats s’étaient déjà entendus sur la revalorisation du salaire minimum mensuel, qui devait passer de 36 000 francs (55 euros) à 60 000 francs (91 euros). Seulement, la veille du 1er mai, Ouattara a préféré partir en France pour une visite privée, laissant à ses ministres le soin d’annoncer aux travailleurs, non pas une augmentation des salaires, mais au contraire un nouveau serrage de ceinture. En effet le gouvernement demande une « trêve sociale », c’est son jargon, pour permettre, dit-il, au pays de se construire.

Les travailleurs ont pour l’instant encaissé ce nouveau coup dur. Pour faire passer cette mauvaise pilule, le gouvernement prétend lutter contre la cherté de la vie. Mais tout le monde voit bien qu’il s’agit bien plus de propagande qu’autre chose.

Promesses de créations d’emplois

Durant la dernière campagne électorale pour l’élection présidentielle, un des slogans de Ouattara était « ADO, c’est la solution » (ADO étant les initiales de Ouattara). Certains l’ont cru. Beaucoup avaient peut-être oublié que vingt ans auparavant, alors Premier ministre de Houphouët, il avait mené une politique d’austérité à l’encontre des travailleurs, dictée alors par le FMI et la Banque mondiale.

Durant cette même campagne électorale, Ouattara a aussi promis la création de milliers d’emplois, de lancer des grands travaux, genre constructions de routes, d’écoles, d’hôpitaux, etc. Tous les politiciens bourgeois promettent monts et merveilles pour que les gens votent pour eux. C’est vrai pour ici, en France, et c’est vrai aussi pour leurs valets qui sont chez nous, en Afrique.

Soins gratuits, hôpitaux et centres de santé

Pour l’instant, Ouattara bénéficie encore de l’état de grâce. Les populations dioula et baoulée le voient encore comme celui qui a mis fin à la guerre et à leurs souffrances. En plus, à peine installé au pouvoir, il avait aussitôt décrété ce qu’ils ont appelé des « soins gratuits » dans les hôpitaux. Même si on met toutes les réserves vis-à-vis de cette mesure – ce n’est pas tout de dire que les soins sont gratuits si la distribution de médicaments ne suit pas – il faut dire que cette mesure a quand même été mise à son crédit. Comme sont mises à son crédit la propreté des quartiers et la réfection des routes. Le racket des policiers sur les routes a aussi baissé. Le 31 décembre, les Abidjanais ont pu fêter, ce qu’ils n’avaient pas pu faire les deux années passées. Et, pour en mettre plein la vue, la ville d’Abidjan était transformée en « ville lumière », ce que les Abidjanais n’avaient jamais connu auparavant. Alors, tout cela est peu de chose et relève bien plus de la propagande. Mais toutes ces choses sont ressenties pour l’instant positivement par la population.

Mais déjà les premiers coups sont arrivés. Des rumeurs circulent aussi sur une augmentation possible du carburant et de l’électricité. Inévitablement, ces augmentations entraîneront le renchérissement du coût de la vie. Et, dans la situation où se trouvent aujourd’hui les travailleurs, ça peut être ressenti comme le coup de trop, alors que les salaires restent toujours bloqués.

Déjà, une grève a été évitée de justesse par le gouvernement dans les hôpitaux. La revendication portait sur la revalorisation des salaires et le paiement d’arriérés de primes non perçus. Pareil dans l’enseignement, où les instituteurs réclament aussi ce qu’ils estiment être leur dû.

Les luttes des travailleurs

(…) En fait, il est facile de toucher les sentiments de classe des travailleurs, malgré toutes les propagandes ethnistes et la guerre civile qui s’est passée. C’est important pour l’avenir.

Parce que des luttes, il y en aura inévitablement. Pas à cause de ce que nous pouvons y faire ou pas. Mais à cause de la bourgeoisie, de sa rapacité.

Mais il faudrait que notre activité militante permette un jour aux travailleurs de trouver le chemin dans le sens de leurs intérêts de classe ; qu’il y ait, par exemple, dans la Zone Industrielle, des travailleurs qui sachent monter sur la table et s’adresser aux leurs. Notre raison d’être, c’est finalement cela.


 
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