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Lutte de Classe, Série actuelle (1993 - )
n°135 (avril 2011)
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Côte d’Ivoire - les dégâts d’une guerre interne qui n’est peut-être pas terminée

Ainsi donc, l’armée française est de nouveau intervenue en Côte d’Ivoire pour jouer les arbitres entre les deux clans qui se disputent le pouvoir. C’est son intervention qui a permis aux troupes de Ouattara d’emporter Abidjan. Comme pour la Libye, les dirigeants français clament que leur intervention est purement humanitaire et vise la protection de la population. L’intervention militaire, comme le discours cynique censé la justifier, est la dernière en date de plus d’un siècle de politique de l’impérialisme français qui, de la conquête et du pillage colonial à l’indépendance surveillée, a saigné la Côte d’Ivoire et a posé toutes les bombes à retardement qui ont amené ce pays à la situation catastrophique qui est la sienne. L’impérialisme français a une responsabilité majeure dans le découpage des frontières morcelant des peuples d’une même langue et d’une même culture ; dans le jeu de division qui consistait à jouer les groupes ethniques les uns contre les autres. Il est responsable d’avoir imposé et soutenu pendant plus de vingt ans un régime dictatorial, au profit d’un de ses séides, Houphouët-Boigny, ancien ministre en France, lié toute sa vie à la « Françafrique », c’est-à-dire serviteur fidèle des intérêts du grand capital français dans son pays. Il est surtout responsable de la grande pauvreté de la majorité de la population, dans un pays que la nature a fait riche, mais dont la richesse enrichit surtout quelques gros requins de la bourgeoisie française, genre Bolloré ou Bouygues, et accessoirement quelques milliers de margoulins venus en Côte d’Ivoire pour faire fortune.

Gbagbo n’a certainement pas à être pleuré, pas plus qu’il n’y a à se réjouir de la victoire de Ouattara. Les deux hommes ont du sang sur leurs mains, le sang des pauvres de leur pays, victimes des bandes armées des deux bords, dressées les unes contre les autres dans une guerre qui n’est en rien celle des classes exploitées, une guerre dont ne voulaient surtout pas les pauvres. Ils sont d’ethnies différentes, de nationalité différente mais vivaient la même vie dans les mêmes quartiers. Pour eux tous, c’est la même catastrophe.

Pour avoir une immense part de responsabilité dans la transformation de leurs rivalités en guerre civile, Gbagbo et Ouattara, comme Bédié, ne sont cependant que des marionnettes, plus ou moins dociles mais interchangeables. L’un peut être substitué à l’autre, mais ceux qui tirent les ficelles et qui coulent des jours tranquilles à Paris, continuent à encaisser les dividendes du pillage de la Côte d’Ivoire. Ce sont eux que protège l’armée française. Les travailleurs de France ne peuvent avoir qu’une seule position : retrait de l’armée française de la Côte d’Ivoire comme de toute l’Afrique !

Avec les succès des forces militaires d’Alassane Ouattara, les commentateurs comme les dirigeants politiques, aussi bien ceux des puissances impérialistes que ceux des pays africains, se félicitent de « l’avancée de la démocratie ».

Les classes pauvres de Côte d’Ivoire n’ont cependant pas vraiment de quoi se réjouir du changement du personnage qui occupe le palais présidentiel. Pas seulement parce qu’il n’est pas dit que la prise d’Abidjan par l’armée naguère considérée comme rebelle, baptisée depuis peu « Force républicaine », signifie la fin du conflit. Des bandes armées se revendiquant de Gbagbo peuvent continuer le combat avec, symétriquement, des actes de vengeance ou de représailles des bandes armées se revendiquant de Ouattara. Sans même parler des bandes de voyous qui se sont procuré des armes à la faveur du conflit et qui rackettent et pillent la population – pour autant qu’elles soient différentes des précédentes.

Ces quelque trois mois de conflit armé opposant les deux hommes qui, après l’élection présidentielle de décembre 2010, se sont tous les deux proclamés président de la République, constituent déjà un drame. Un millier de morts, probablement plus. Des centaines de milliers de réfugiés, chassés de la capitale économique par la guerre ou, pour beaucoup, simplement par la faim. Une économie ruinée, des entreprises fermées, le retour de maladies endémiques. Et ce n’est malheureusement pas fini.

Sur les conséquences de cette rivalité pour le pouvoir, nous donnons la parole à nos camarades de l’UATCI de Côte d’Ivoire. Les textes ci-dessous sont extraits du numéro 170 de Pouvoir aux Travailleurs, organe édité par nos camarades de l’UATCI, qui continue à être publié malgré la situation de guerre et malgré la haine ethniste ou xénophobe propagée d’en haut par les deux clans rivaux. Ce numéro est daté du 20 mars 2011, c’est-à-dire d’avant la conquête d’Abidjan par les troupes de Ouattara. Ce qu’il décrit de la situation des classes exploitées garde cependant toute son actualité.

8 avril 2011

Les deux clans rivaux se font la guerre

Éditorial

La guerre est maintenant à l’intérieur de nos quartiers. Dans nos cités. Elle fait des victimes par centaines. Ces victimes, c’est d’abord nous les pauvres. Les hommes armés de kalachnikov et de mortiers tirent et bombardent nos quartiers, faisant des morts parmi nous. Les morts à Abobo, Anyama, Adjamé, Attiékoubé, Williamsville, Yopougon, pour ne parler que de l’agglomération d’Abidjan, se comptent par centaines.

Femmes et hommes, jeunes et vieux, tous ceux qui le peuvent fuient les endroits où la guerre fait rage pour se réfugier dans des quartiers plus calmes. Mais la guerre les rejoint. Elle a commencé à Abobo dans les sous-quartiers de PK18 et N’Dotré ; aucun quartier pauvre d’Abidjan n’est aujourd’hui épargné. Cette nouvelle souffrance s’ajoute à la misère créée par le chômage, les bas salaires et la cherté de la vie.

Les clans Ouattara-Bédié-Soro d’un côté et Gbagbo et les siens de l’autre sont les auteurs de ces massacres.

Les dernières élections n’ont pas pu les départager. Chacun a triché comme il a pu. Au final, les deux clans crient à la victoire. L’un dit tirer sa légitimité du Conseil constitutionnel et l’autre de la Cei et de l’Onu-ci.

La Côte d’Ivoire compte donc aujourd’hui deux présidents. Alors, pour se départager, ils se sont engagés dans une lutte armée. L’un, le clan Gbagbo, a le soutien des Fds ; l’autre, le clan Ouattara-Bédié-Soro, a le soutien des Fn ainsi que celui des Fds qui ont rejoint ses rangs et aussi des forces onusiennes et françaises présentes à Abidjan.

Le clan Gbagbo ou Ouattara qui sortira victorieux de cette lutte s’arrogera le droit de puiser dans les caisses de l’État et celui de contrôler l’argent du racket ; il aura le droit d’occuper les postes lucratifs dans les entreprises d’État et les cabinets ministériels. C’est tout cela qui constitue le principal objet de la lutte qui les oppose depuis des années.

Dans tous les cas, quel que soit le clan qui sortira gagnant de cette lutte, les perdants, eux, sont connus d’avance : ce sont nous les pauvres ! Parce qu’aucun d’entre eux ne lutte pour nous ! En plus de la souffrance causée par la guerre, nous aurons le droit de crever dans notre misère !

Quant à eux, les clans Gbagbo et Ouattara, il n’est même pas impossible qu’ils finissent par décider de se partager le butin. En contrepartie de quoi, ils auraient pour tâche de veiller ensemble à ce que les riches, ivoiriens ou pas, à commencer par les plus riches d’entre eux, c’est-à-dire les patrons d’entreprises françaises et américaines, puissent continuer à piller les richesses du pays et à exploiter la classe ouvrière, en les maintenant dans la misère ! La nouvelle « Force républicaine » ou une autre appellation de leur cru qui serait l’union de toutes les bandes d’assassins, Fds-Fn, serait là pour maintenir l’ordre des riches, contre les pauvres !

Quant aux forces onusiennes et françaises présentes en Côte d’Ivoire, il y a encore des naïfs parmi les pauvres qui pensent qu’elles sont là pour les défendre. Ont-ils une seule fois vu ces forces intervenir pour protéger les pauvres depuis qu’elles sont dans ce pays ? Même quand on tue devant leurs yeux, ça ne leur dit rien ! Elles restent impassibles ! Par contre, tuer les pauvres, ça elles savent le faire ! Même ici en Côte d’Ivoire, on les a déjà vues plusieurs fois à l’œuvre ! Ces bandes armées, dont les soldats du rang sont d’ailleurs généralement issus d’autres pays pauvres, sont là pour défendre les intérêts des puissances impérialistes !

Pour arriver à leurs fins, ces clans criminels de Gbagbo et de Ouattara ne se contentent pas d’une lutte armée entre bandes rivales. Ils veulent aussi nous entraîner dans un conflit ethnique et xénophobe.

Aujourd’hui, certains d’entre nous sont déjà pris par ce piège mortel de la xénophobie et de l’ethnisme. Combien de morts atroces, à la machette ou brûlés vifs, compte-t-on à Abidjan, à ce jour ? Ces imbéciles tuent leurs propres frères parce qu’ils ne sont pas de la même ethnie qu’eux ou parce que burkinabés ou maliens !

Mais pour l’heure, les clans Ouattara et Gbagbo n’ont pas encore réussi à nous entraîner dans une guerre ethnique. Ceux d’entre nous, toutes ethnies et nationalités confondues, qui n’avons pas encore fui les cours communes à cause des combats et de la montée de l’ethnisme et de la xénophobie, nous continuons à nous côtoyer, à nous entraider et à nous défendre solidairement des salauds qui sèment la terreur dans nos quartiers. Ceux d’entre nous qui sommes des ouvriers, nous continuons comme par le passé à fréquenter nos lieux de travail, quand l’entreprise n’a pas encore fermé ses portes.

Mais les massacres de centaines de milliers de personnes au Rwanda il y a quelques années doivent nous interpeller, si nous ne voulons pas être les prochaines victimes. C’est donc maintenant que nous devons dire : Non à la guerre ! Non à l’ethnisme ! Non à la xénophobie ! Non à la division entre nous, les pauvres ! La lutte du Rhdp et de Lmp pour le pouvoir ne concerne pas les pauvres ! Le pays n’est pas divisé entre Ivoiriens et non-Ivoiriens mais entre riches et pauvres !

Les populations fuient les affrontements et les exactions !

Des dizaines de milliers de familles fuient, depuis mi-février, certains quartiers d’Abidjan qui sont devenus des champs de bataille dans les affrontements qui opposent les forces armées pro-Ouattara à celles de Gbagbo. Certaines familles ont tout abandonné et ont fui Abidjan pour se réfugier au village. Certaines ont été recueillies par des amis et des parents dont les quartiers ne sont pas encore touchés. D’autres encore ont trouvé refuge dans des églises ou des endroits aménagés pour la circonstance. Ces familles vivent dans la précarité.

Ces combats, qui ont commencé dans la commune d’Abobo entre le groupe armé baptisé « commando invisible » et les forces de défense et de sécurité (FDS) restées fidèles à Gbagbo, s’étendent à d’autres quartiers du district d’Abidjan. Les communes de Yopougon, d’Adjamé et certains quartiers précaires de Cocody sont les nouveaux champs de bataille.

S’ajoute à cela l’insécurité dans les quartiers causée par les voyous et des bandits de toutes sortes qui profitent de la situation pour tuer, voler et semer la haine dans la population. À Abobo, ce sont les populations cataloguées pro-Gbagbo, de par leur origine ethnique, qui se sentent en danger. Inversement, à Yopougon et à Williamsville, ce sont ceux qui sont catalogués pro-Ouattara qui craignent pour leur vie. Si à Port-Bouet 2 c’est la chasse aux Malinkés, à Avocatier c’est la chasse aux Ebrié, Attié et autres ethnies censées être proches de LMP. Pour éviter d’être assassinées, des personnes prennent la direction d’Abobo en pensant trouver un peu de quiétude. D’autres prennent la direction inverse ou une autre direction. Dans certains cas, des déplacés sont obligés de regagner leur ancien quartier.

Telle est réalité que vivent les populations de certains quartiers d’Abidjan.

À propos des barrages sur les routes

Le 15 mars dernier, 4 jeunes étaient abattus à un barrage tenu par les partisans pro-Gbagbo aux Deux-Plateaux. On parlait le même jour de deux autres victimes à Williamsville.

Ainsi donc depuis le début de la crise, les barrages qui avaient d’abord été érigés à l’intérieur des quartiers pour se protéger des attaques extérieures de groupes rivaux ont pris une autre tournure.

Dans les zones pro-Gbagbo

Il y a un mois, Charles Blé Goudé demandait aux jeunes de son camp d’ériger des barrages, de fouiller les voitures et de dénoncer toute personne inconnue à leur quartier. Ce, sous prétexte de lutter contre la « guérilla urbaine » et empêcher le déplacement de rebelles. En effet, Abobo et Anyama venaient de tomber aux mains de combattants surnommés « commando invisible ».

Du jour au lendemain, des barrages sont apparus un peu partout. Dans certains quartiers comme Yopougon ou certains villages ébrié ou attié, on trouvait des barrages pratiquement tous les 100 mètres. Ils procédaient à des fouilles de voitures personnelles mais surtout aux fouilles des taxis, pour dit-on trouver des armes ou des rebelles. Mais ces jeunes ne s’arrêtaient pas là. À certains barrages, ils faisaient descendre les passagers des transports en commun pour contrôler les pièces d’identité. C’était des tracasseries pour les gens du Nord et les « étrangers ». À certains barrages, il fallait payer pour passer. Comble de tout, il ne fallait surtout pas opposer de résistance à une fouille ou avoir un air qu’ils jugeaient suspect. Des personnes ont été ainsi battues et d’autres carrément brûlées vives sous ce prétexte.

Les tracasseries et exactions étaient telles que Blé Goudé a dû passer à la télé pour condamner les barrages anarchiques et dire qu’en tant que « panafricaniste », il dénonce les exactions faites aux étrangers de la Cedeao. Il n’est pas à une démagogie près !

Si après ce discours, dans certains quartiers ces barrages ont quelque peu disparu, ce n’est pas le cas partout. À Yopougon ou à Blockauss, il en existe encore.

Dans les zones pro-Ouattara

De ce côté, les barrages à l’intérieur des quartiers pour se prémunir d’éventuelles représailles ont presque tous disparu laissant la place à des portes d’entrées faites de vieilles taules. Par contre, les grands axes menant à Abobo sont jonchés de plusieurs barrages tenus par des jeunes qui souvent sont armés de kalachnikov, de lance-roquettes ou de simples machettes. Ces jeunes, la plupart sont plutôt des voyous et des petits bandits reconvertis en combattants qui tiennent ces barrages. À certains barrages, les passants, quelle que soit leur ethnie, sont fouillés et souvent volés.

Abobo : la situation sanitaire et sécuritaire empire

Voici le témoignage d’un habitant de la commune d’Abobo dévastée par les affrontements entre les Fds et des éléments rebelles armés.

« Depuis mi-janvier, nous vivons des conditions très difficiles sur tous les plans à Abobo. Tout d’abord sur le plan sécuritaire nous sommes pris entre le marteau et l’enclume des combattants. Les combats qui se déroulent de nuit comme de jour nous tuent ou nous exposent à des balles perdues. Il ne se passe de semaine sans que ces balles ne fassent des victimes. Quand les FDS viennent avec leurs chars, ils tirent à bout portant sur des passants ou dans le vide et c’est toujours la population qui en meurt. L’arrivée de ces engins de mort donne toujours de la psychose, du traumatisme. De l’autre côté, les combattants du commando dit invisible lancent des opérations punitives comme celle de Anokoua-Kouté qui a fait plusieurs morts. Il y a aussi les petits voleurs qui, avec la menace que constituent leurs armes, dépouillent la population. Dans les quartiers où la population a fui les violents combats, ils cambriolent les domiciles. »Pour mettre fin à ces vols, les insurgés ont tenu une réunion à la mairie de la commune et fait le tour des quartiers pour prévenir les parents qu’ils n’ont pas de police, de justice, de prison ni de cimetière. Qu’en cas de flagrant délit, ils exécuteront le commanditaire sur le lieu du forfait. C’est ce qu’ils font depuis un certain temps, traumatisant encore plus la [population et, puisqu’ils] n’ont pas de cimetière, ils attendent un à deux jours et quand le corps commence à se putréfier, c’est alors qu’ils le brûlent.

« La conséquence évidente de cette action est la contamination de l’air que nous respirons. Dès le début du mois de février, la commune d’Anyama avait fait face à une épidémie de choléra qui avait touché le quartier de Ndotré-PK18. Dans ce quartier où les combats furent rudes, les corps en putréfaction sont restés plusieurs jours à l’air libre avant d’être brûlés sur place. Le risque d’une large contagion a été évité par l’exode massif de la population. Mais aujourd’hui, Abobo est une commune sans administration, sans police. Les centres de santé sont tenus par des volontaires et par Médecins sans frontières. Avec l’insécurité due aux combats et aux petits voleurs, avec aussi le manque de moyens financiers, la population ne s’y hasarde même pas. Nous n’avons pas d’autre choix que le recours à l’automédication et à la pharmacopée traditionnelle. »

Abobo : la faim gagne du terrain

Au début, les déplacements des populations fuyant Abobo étaient dus aux affrontements armés et à l’insécurité générale. Maintenant, en plus de cela, d’autres familles quittent cette commune à cause du manque, sinon de la cherté des denrées alimentaires de première nécessité.

L’approvisionnement des marchés locaux en vivres est devenu très limité et irrégulier car les entrées et les sorties d’Abobo sont difficiles voire risquées.

De plus, beaucoup de marchés restent quasiment vides. Dès lors, les prix des denrées, déjà élevés pour la population démunie, ont presque doublé voire triplé en l’espace de quelques jours : le kilo d’ignames est passé de 125 F à 250 F ; le riz de basse qualité est vendu au prix du riz de bonne qualité ; le tas de patates, habituellement à 500 F, est à 1 000 F ; le tas de petits poissons séchés est à 200 F au lieu de 100 F ; la viande est tout simplement introuvable, etc.

D’ailleurs, à cette cherté croissante de la vie vient s’ajouter le manque criant d’argent pour la population pauvre.

L’activité économique est au point mort dans toute la commune. Le transport, que ce soit celui de marchandises ou de personnes (gbakas, wôrô wôrô, etc.), dont vivent beaucoup de chauffeurs, est totalement arrêté. Les petites gens qui se « débrouillent » en faisant de petits boulots comme la menuiserie, la maçonnerie, le commerce, etc., ne peuvent plus aller travailler.

Voici le témoignage d’une femme de retour d’un petit marché : « Au jour d’aujourd’hui, avec 5 000 F, je ne peux même plus faire une popote de deux jours pour donner à manger à ma petite famille (cinq personnes). Tout est devenu cher sur le marché ! Étant ici, on vit dans la peur quotidienne d’être tué par une balle perdue ou une bombe. Maintenant, s’il faut craindre encore de mourir de faim, c’est mieux de sortir d’Abobo ! »

C’est la situation dans laquelle vit aujourd’hui la population pauvre d’Abobo !

Fermetures d’entreprises en cascade : ce n’est pas aux travailleurs d’en faire les frais !

Depuis quelques mois, plusieurs entreprises ferment les unes après les autres. D’autres ralentissent leurs activités. Dans le secteur du cacao, Micao (groupe Cargill), Semoi (en zone industrielle de Yopougon), et Saco et Adm (en zone industrielle de Vridi), ont fermé. Dans le secteur cosmétique, Sivop et Gandhour, tête de proue de ce secteur, ont considérablement ralenti leurs activités et s’acheminent aussi vers la fermeture. Que dire alors des entreprises de petite taille du même secteur qui sont nombreuses à la ZI de Yopougon ? Dans le domaine du textile, Filtisac a fermé ses portes. Les Ports d’Abidjan et de San-Pedro quant à eux tournent au ralenti.

Tous ces ralentissements ou fermetures d’entreprises ont immédiatement pour conséquence la mise en chômage technique voire le renvoi de travailleurs par milliers. La situation est d’autant plus intenable pour ceux-ci que dans la plupart des cas cela se passe sans mesures d’accompagnement, c’est-à-dire sans un sou.

Même lorsque les travailleurs percevaient régulièrement leur salaire, ils avaient tout le mal du monde à joindre les deux bouts. Aujourd’hui qu’ils sont sans salaire, comment faire face aux charges familiales au moment même où les prix flambent ? Comment faire face aux frais de déplacement pour ceux qui doivent mettre leurs familles à l’abri ? En un mot, comment tenir en attendant une éventuelle reprise des activités ?

Le prétexte de la crise est tout trouvé par le patronat pour mettre à la porte les travailleurs sans payer un sou. Mais le patronat a de quoi payer ! Avant la crise, les ouvriers ont largement produit des profits qui pourraient servir à payer intégralement les salaires, le temps que durera cette crise.

Encore faut-il que les travailleurs soient suffisamment organisés pour être en mesure de l’imposer.

Un calvaire pour toucher son salaire

Le gouvernement Aké N’Gbo se vante d’avoir payé sans problème les salaires du mois de février. Alors que ces paiements se sont déroulés dans une bousculade totale. Plusieurs fonctionnaires ont été étouffés, il y a même un qui a perdu un œil et un autre qui a eu la peau de sa tête écorchée jusqu’à l’os. De plus, plusieurs d’entre eux ont eu le salaire ponctionné de 20 % à 30 %. Sans compter que quelques-uns n’ont même pas pu percevoir leur salaire.

Pour la fin du mois qui approche, personne ne sait si les salaires seront payés et combien pourront les toucher.


 
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