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Lutte de Classe, Série actuelle (1993 - )
n°135 (avril 2011)
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Cuba - Une tentative désespérée d’échapper à l’impérialisme : la voie sans issue du nationalisme radical

C’est en avril prochain que le Parti communiste cubain, lors de son congrès, doit « tracer un nouvel avenir économique » pour l’île. Raúl Castro, qui préside l’État cubain depuis le retrait de son frère, Fidel, a annoncé que le congrès « prendrait des décisions fondamentales sur la façon de moderniser l’économie cubaine ». Cela fait suite à la déclaration de Fidel Castro, le 8 septembre dernier, à un mensuel américain, The Atlantic, soulignant que « le modèle cubain ne fonctionne même plus pour nous ».

En fait les intentions des dirigeants cubains sont claires et ont même reçu un commencement de réalisation. Le 14 septembre 2010, la Cen-trale des travailleurs cubains (CTC) annonçait la volonté du gouvernement de se débarrasser de plus d’un million de salariés de l’État, dont 500 000 avant avril 2011 (alors que l’ensemble de la population active n’est que de 5,1 millions). En outre, pour faire faire des économies au budget de l’État, Raúl Castro propose de « diminuer des dépenses sociales énormes, éliminer les gratuités indues et les subventions excessives ».

Les dirigeants cubains s’orientent donc vers une remise en cause des efforts de l’État en matière de santé, d’éducation, de protection sociale, qui étaient une des particularités du régime. Le chômage va exploser. Et toutes les tares dont Fidel Castro et ses compagnons ont voulu libérer la société cubaine reviennent au galop.

Tout cela a relancé les interrogations sur l’avenir de Cuba.

Cuba va-t-il connaître un recul tel que la société se trouve rejetée des dizaines d’années en arrière, avant même la prise du pouvoir par Fidel Castro, à nouveau sous la coupe des États-Unis, comme du temps de Batista, le protégé des États-Unis qui avait transformé Cuba en « bordel des Amériques » ?

La révolution cubaine et ses objectifs

La prise du pouvoir, le 1er janvier 1959, par Fidel Castro qui combattait le régime de Batista depuis des années déjà, fut le résultat d’un véritable soulèvement paysan qui permit à Fidel Castro et à ses guérilleros de sortir de leur montagne et de marcher triomphalement sur La Havane. Le renversement du régime honni de Batista déclencha une véritable liesse populaire.

Le projet de Castro et de ses compagnons était de débarrasser Cuba des tares les plus odieuses du régime, de mettre fin au pillage et à la corruption, de permettre un certain développement agricole et industriel du pays, une progression du niveau de vie de la population. Fidel Castro s’appuyait sur la population des campagnes, sur une partie de la petite bourgeoisie des villes en particulier l’intelligentsia, et il reçut au début le soutien de bourgeois libéraux. Il voulait libérer le pays d’une dictature féroce et corrompue à la solde des compagnies américaines et desserrer un peu l’emprise de ces grandes compagnies qui mettaient le pays en coupe réglée et réduisaient la population à une misère noire. Il aspirait au développement d’une bourgeoisie nationale qui permettrait à Cuba de prendre sa place parmi les autres nations.

Le gouvernement provisoire mis en place était modéré. Il devait assurer la transition vers des élections et remettre en route le système parlementaire. Les politiciens des partis traditionnels y étaient nombreux et détenaient les postes clés. Le Premier ministre, par exemple, était le représentant des grands cabinets d’avocats d’affaires capitalistes et l’un des politiciens les plus proaméricains de l’île. Il y avait aussi des militaires opposants à Batista, des anticommunistes déclarés ralliés à Castro.

Quant aux dirigeants de la lutte armée, Fidel Castro, Raúl Castro et Che Guevara, ils n’avaient aucun portefeuille ministériel. Mais leur rôle était décisif. Pour la population, Fidel Castro était le seul capable d’arbitrer les forces hétérogènes cohabitant dans le gouvernement. Il n’était pas question alors de « socialisme ». Il s’agissait seulement d’acquérir une indépendance politique véritable à l’égard des États-Unis, avec qui Castro tenta de trouver un modus vivendi. En 1959, Cuba dépendait des USA pour les deux tiers de ses exportations et les trois quarts de ses importations. Les compagnies américaines possédaient 90 % des mines du pays et 50 % des terres.

Mais les gouvernements américains n’ont jamais accepté de reconnaître un régime qui s’était appuyé sur un soulèvement populaire pour se débarrasser d’un de leurs protégés. D’autant que cela se passait au cœur des Amériques, devant toute l’Amérique latine que les USA s’étaient depuis longtemps attribuée comme zone d’influence.

Les États-Unis craignaient en effet plus que tout que la révolution cubaine fasse école dans une Amérique du Sud où les inégalités étaient criantes. En 1961, la CIA avertit Kennedy : « L’ombre de Castro plane parce que les conditions sociales et économiques dans toute l’Amérique latine favorisent la contestation des autorités au pouvoir et l’agitation sociale en faveur d’un changement radical. »

Les années soixante : années de révoltes sur le continent américain… et ailleurs

Effectivement dans les années soixante, le succès des guérilleros cubains suscita une levée de vocations révolutionnaires en Amérique latine. Ils furent nombreux à engager le combat, les armes à la main, dans une vingtaine de pays du souscontinent américain, y compris dans les plus développés, l’Argentine et le Brésil. La détermination des dirigeants cubains, les frères Castro et Che Guevara, servit alors d’exemple et d’inspiration à tous ceux qui cherchaient à rompre avec l’emprise politique et économique des grandes puissances, y compris en Afrique ou en Asie. La formule de Che Guevara, « créez un, deux, trois Vietnam », fit le tour du monde. Elle séduisait y compris une fraction de la jeunesse des pays développés où pourtant il ne pouvait être question de lancer une guérilla paysanne. Ces tentatives furent presque toujours des échecs, faute de révolution paysanne pour porter les guérilleros au pouvoir, comme à Cuba. Malgré tout « l’agitation sociale en faveur d’un changement radical » était telle que la CIA favorisa partout par la suite en Amérique latine des coups d’État militaires qui réprimèrent férocement la classe ouvrière et ses organisations.

Très vite, quelques mois seulement après la prise du pouvoir par Castro, les USA ont tenté d’abattre le régime et ce qui a fait l’admiration des peuples du monde entier, c’est que ce petit pays a tenu tête au géant américain.

Sous la pression de Washington… la révolution se radicalise

En avril 1959, Castro se rendit aux États-Unis où il ne put s’adresser qu’à la presse car les ÉtatsUnis refusaient de le considérer comme un homme d’État. « Le capitalisme sacrifie l’homme, déclara alors Castro. L’État communiste, par sa conception totalitaire, sacrifie les droits de l’homme. C’est pourquoi nous ne sommes d’accord ni avec l’un ni avec l’autre. » Il ajouta, à destination du gouvernement américain, qu’il souhaitait conserver des relations cordiales avec ses voisins. En fait, il espérait obtenir de l’impérialisme américain qu’il desserre son emprise, accepte que le gouvernement cubain mène la politique économique et sociale de son choix et accepte donc des échanges un peu moins inégaux avec l’île. C’était demander l’impossible. Car non seulement les États-Unis voulaient garder la mainmise sur leur semi-colonie mais, loin de vouloir faire des concessions à un régime issu d’une révolution, ils voulaient se débarrasser au plus vite de ce mauvais exemple et montrer aux opprimés du continent ce qu’il en coûtait de se rebeller.

Le 17 mai 1959, Castro lança une réforme agraire modérée puisqu’elle reprenait les termes de la Constitution de 1940, promulguée à l’époque par un Batista démocrate (« Les propriétés ne doivent pas dépasser 402 hectares pour la plupart des cultures, et 1 342 hectares pour les plantations de riz et de sucre »).

Les terres visées étaient celles laissées en friche et les propriétaires expropriés devaient être indemnisés avec des bons de compensation dont les taux d’intérêt étaient supérieurs à ceux de la réforme agraire du général MacArthur au Japon !

Néanmoins, la réforme annoncée déclencha une chute des cotations des compagnies sucrières à la Bourse du commerce de New York et les grands propriétaires cubains dénoncèrent la loi. Les États-Unis exigèrent que la compensation soit plus importante et payable pour l’essentiel immédiatement. Mais Castro ne céda pas. L’armée cubaine s’empara des terres des compagnies américaines dont la surface dépassait 1 342 hectares.

Ces pressions des États-Unis eurent surtout pour résultat de désolidariser du régime des couches sociales et des forces politiques bourgeoises qui l’avaient soutenu jusque-là.

Dès mars 1960, l’administration Eisenhower élaborait un plan de renversement de Castro et son remplacement par un régime « plus […] acceptable pour les États-Unis ».

Des nationalisations nées de l’intransigeance des États-Unis

Face à ces pressions, Cuba se tourna vers l’URSS. Le 20 avril 1960 arrivait à Cuba le premier tanker de pétrole en provenance d’URSS.

Le lendemain, les États-Unis suspendaient toute aide au pays. Plusieurs compagnies américaines de Cuba annoncèrent qu’elles refusaient de raffiner le pétrole russe. Castro saisit les raffineries. Les États-Unis espéraient que les Cubains n’arriveraient pas à les mettre en marche, mais ils y parvinrent. Alors le Sénat américain, sur proposition du président Eisenhower, piétina l’accord existant avec Cuba sur le sucre en réduisant ses commandes de 700 000 tonnes.

En conséquence de quoi, le 6 juillet, Castro nationalisa une partie des biens américains de l’île (téléphone, compagnies électriques et sucrières). Et il accéléra la réforme agraire. Les confiscations de terres entraînèrent des réactions violentes des grands propriétaires et des compagnies américaines, mais fin 1960, 41 % des terres étaient propriétés de coopératives ou de l’État.

Comme Castro ne pliait pas, le 13 octobre 1960, les dirigeants américains déclarèrent l’embargo sur toutes les exportations américaines à Cuba, sauf certains produits alimentaires et médicaux. En réponse, le gouvernement cubain saisit de nouvelles entreprises. C’est dans cette période que des industriels, des capitalistes, des cadres et tous ceux qu’ils entraînaient derrière eux prirent la route de Miami, en Floride.

Les nationalisations ne furent donc pas le fruit d’une quelconque idéologie socialiste des dirigeants cubains, mais la réponse pragmatique d’une direction politique défendant avec détermination sa souveraineté nationale face à l’impérialisme. En mai 1958, Castro avait d’ailleurs expliqué : « Le Mouvement du 26 Juillet n’a jamais parlé de socialiser ou de nationaliser les industries. II n’y a là qu’une peur stupide de notre révolution. Nous avons proclamé dès le premier jour que nous luttons pour faire respecter la Constitution de 1940, dont les règles établissent des garanties, des droits et des obligations pour tous les éléments qui prennent part à la production. Ceux-ci comprennent la liberté pour les entreprises et le capital investi, en même temps que nombre d’autres droits économiques, civils et politiques. »

Mais le mérite de Castro et de ses compagnons est d’avoir répondu aux pressions américaines en s’emparant des biens de production, terres, usines, mines, et en substituant l’État aux propriétaires défaillants.

Les États-Unis en guerre contre Cuba

En juillet 1960, Cuba fournit au Conseil de sécurité de l’ONU des rapports très précis sur une vingtaine d’atteintes aériennes de la part des États-Unis, en appelant à la résolution du conflit par des voies diplomatiques. L’ambassadeur des États-Unis, Henry Cabot Lodge, répondit « que les États-Unis n’avaient aucune intention agressive vis-à-vis de Cuba ». Pourtant, les préparatifs de l’invasion de la Baie des Cochons étaient déjà en cours. Le 3 janvier 1961, les États-Unis rompirent les relations diplomatiques avec Cuba et le débarquement sur l’île des troupes anticastristes eut lieu le 17 avril 1961. Ce fut un fiasco retentissant pour les commandos et leurs conseillers américains, mais aussi une occasion de mesurer la ferveur populaire en faveur du nouveau régime car la population se mobilisa pour défendre l’île. Kennedy, qui avait pris ses fonctions en janvier 1961, multiplia les agressions contre Cuba.

C’est seulement à cause de cette détérioration des relations avec les USA et à cause de son rapprochement avec l’URSS que Castro proclama, le 16 avril 1961, le caractère socialiste de la révolution cubaine. Le 1er décembre 1961, Castro ajouta : « Je suis un marxiste-léniniste et je serai un marxiste-léniniste jusqu’au dernier jour de ma vie. » L’aide de l’URSS, qui ravitailla l’île en pétrole et lui acheta du sucre au-dessus du cours mondial, permit à Cuba de tenir, malgré l’embargo renforcé mis en place en février 1962 par les USA.

Au mois d’août 1962, les attaques des ÉtatsUnis s’intensifièrent. Des cargos furent attaqués. Un site industriel fut dynamité, tuant 400 ouvriers. Des cargaisons de sucre furent contaminées. Ces actes de sabotage furent là encore exécutés par des organisations d’exilés cubains et les services secrets américains.

Dix jours avant son assassinat, Kennedy approuva un plan de la CIA « d’opérations de destruction » par l’intermédiaire de forces mercenaires « contre les raffineries de pétrole et les entrepôts, une grande centrale électrique, les centrales sucrières, les ponts de chemin de fer, les structures portuaires, et la démolition des quais et des navires ». Une des premières mesures prises par Nixon lors de son accession à la présidence en 1969 fut d’ordonner à la CIA d’intensifier les opérations clandestines contre Cuba. Cela déclencha de nouvelles attaques contre des bateaux de pêche, des ambassades, des bureaux cubains dans le monde et un attentat contre un avion de ligne cubain qui coûta à la vie à ses 73 passagers.

Au total, Washington a tenté, sans succès, une large variété de méthodes pour renverser le régime castriste : tentatives d’assassinat, invasion militaire, embargo économique, menaces de destruction nucléaire et même des guerres biologiques : la CIA lança la fièvre porcine sur le pays en 1971, obligeant les Cubains à détruire 500 000 porcs. Il y eut récidive, en 1981, avec l’introduction de la dengue hémorragique !

Les tentatives armées de déstabiliser Cuba ont causé la mort de 3 500 Cubains et en ont blessé plus de 2 000. Fidel Castro a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat de la part des services secrets américains, ce qui n’a pas empêché les administrations américaines successives de le traiter, lui, de « dangereux terroriste » !

Un embargo économique sans fin

L’embargo mis en place par l’administration Kennedy devait être a priori insupportable pour un petit pays qui, depuis soixante ans, dépendait des États-Unis. L’embargo avait pour objectif initial de rétablir la domination des États-Unis sur Cuba. Les arguments mis en avant par les États-Unis pour le justifier ont varié. Si, pendant trente ans, les liens de Cuba avec l’URSS avaient été la vraie raison de l’animosité des États-Unis contre l’île, ces derniers auraient dû y mettre un terme après la fin de l’URSS et de l’aide économique qu’elle accordait au régime castriste. On vit au contraire les États-Unis durcir encore leur arsenal de sanctions économiques à l’encontre de Cuba, avec les lois Torricelli de 1992 et Helms-Burton de 1996. Aucun navire qui accoste dans un port cubain ne peut entrer dans un port américain pendant une période de six mois. Les sociétés qui commercent avec Cuba sont découragées et même empêchées de faire du commerce avec les États-Unis.

En 1999, l’administration Clinton leva les sanctions pour tous les pays officiellement désignés comme des « États terroristes »… sauf Cuba. Avec l’administration Bush, l’hystérie anticastriste reprit du service. Comme pour l’Irak, les États-Unis parlaient maintenant de « rétablir la démocratie », laissant ainsi planer le doute sur une éventuelle intervention armée contre Cuba. Dans un document de 423 pages, où les États-Unis expliquaient leurs intentions de ramener Cuba sous leur coupe, ils évoquaient, sans complexe, la possibilité de fournir une assistance médicale aux Cubains alors que ceux-ci bénéficient d’une couverture médicale parmi les plus efficaces du monde !

Depuis 1992, les Nations unies votent chaque année pour savoir s’il faut lever les sanctions économiques et le blocus contre Cuba. Depuis cette date, il n’y a plus guère que les États-Unis et Israël pour voter pour l’embargo mais, dans le monde qui donne des leçons de démocratie à Cuba, cela suffit à le maintenir.

En 2009, l’administration Obama a annoncé la levée des restrictions sur les voyages et les transferts d’argent des Cubains en exil aux États-Unis, sans toutefois lever l’embargo.

La seule concession réelle des États-Unis, au cours de ces dernières années, l’a été au lobby agricole américain : certaines entreprises agricoles peuvent vendre leurs produits à Cuba, mais c’est resté restrictif. Les partisans de la levée totale de l’embargo estiment que, si ces restrictions étaient levées, les échanges entre les deux pays pourraient tripler.

Face à l’embargo américain, l’aide de l’URSS a aidé Cuba à tenir

C’était là l’avantage de l’existence de deux blocs opposés. Puisque les États-Unis barraient la route à Cuba, la direction castriste se tourna vers l’URSS. Pendant trente ans, l’aide économique de l’URSS permit au régime un certain nombre de réalisations économiques et sociales, et Cuba était un pays plus égalitaire où la santé, l’éducation, le logement même étaient gratuits et où finalement la population laborieuse vivait mieux, malgré les pénuries et les rationnements, que dans la plupart des pays pauvres.

Les liens avec l’URSS contribuèrent aussi à transformer la direction cubaine, qui aligna son fonctionnement, et certaines de ses prises de position, sur les partis staliniens. Se réclamer du socialisme et du communisme, tout en réprimant les mécontents et tous ceux qui contestaient sa politique, c’est une escroquerie bien commode que le régime a rapidement importée du régime dictatorial antiouvrier de l’URSS. Alors que les difficultés économiques persistaient, le régime cubain devint de plus en plus dictatorial contre la population.

Les accords commerciaux avec les pays du Comecon (l’ex-marché commun des pays de l’Est) ne suffisaient pas à répondre à tous les besoins d’un développement économique de l’île. Les efforts du régime pour pousser au maximum sa production de sucre au détriment des autres cultures a connu des limites et Cuba a dû se procurer des devises en empruntant, au prix fort, sur le marché financier international. Ces crédits représentaient 16 % des entrées de devises dans le pays, mais le tiers de l’économie cubaine en dépendait. Et les intérêts exigés pour les emprunts étaient encore une façon de piller les richesses de l’île.

En 1985, le gouvernement annonça à ses créanciers capitalistes qu’il ne pouvait plus les rembourser. Pour accorder de nouveaux prêts, les établissements de crédit exigèrent alors une forte réduction des dépenses publiques, un programme de privatisation, et la réduction des dépenses sociales, une politique d’ajustement structurel classique du Fonds monétaire international. Mais Cuba refusa de s’y plier et déclara unilatéralement un moratoire sur sa dette. La dépendance de Cuba envers le Comecon en fut encore renforcée : alors que ce sont les deux tiers de ses échanges commerciaux que Cuba réalisait jusque-là avec le Comecon, en 1989 cette proportion atteignait près de 90 %.

À l’origine des difficultés économiques présentes

C’est dire que l’effondrement de l’Union soviétique et de son glacis représenta une véritable catastrophe pour Cuba. En 1992, le niveau des échanges avec les pays de l’ex-Comecon tomba à 7 % de ce qu’ils étaient en 1989. L’arrêt des échanges économiques favorables à Cuba privait l’île de 4,6 milliards de dollars par an. À l’époque le produit intérieur brut se contracta de plus de 35 % et le revenu par habitant chuta de 39 %. Les années quatre-vingt-dix furent donc une période très difficile que les Cubains ont appelée une « période spéciale en temps de paix », qui obligea les dirigeants à chercher d’autres solutions économiques.

Jusque-là, le sucre, vendu essentiellement à l’URSS, avait été la principale source de revenus, d’autant que l’URSS l’achetait au-dessus du cours mondial. L’île en produisait huit millions de tonnes par an. Mais dans les années quatre-vingtdix, faute de matériel et de moyens financiers et d’un marché aussi avantageux que celui de l’aide soviétique, les dirigeants cubains décidèrent de lever le pied. En 1997, un général, vétéran de la lutte contre la dictature de Batista et de la guerre d’Angola, se chargea, à la tête du ministère du Sucre, de la restructuration. Celle-ci a supprimé environ 600 000 emplois. Leur reconversion notamment dans l’agriculture fut rendue difficile par le manque d’argent. Aujourd’hui le pays ne produit qu’autour d’un million de tonnes de sucre alors que la consommation intérieure en requiert presque 700 000 tonnes !

Le régime fait de plus en plus appel à l’initiative privée, au marché et à ses lois, aux capitaux étrangers, tout en essayant de garder un minimum de contrôle sur l’évolution de la société.

Les réformes économiques mises en place à partir de 1993 (dépénalisation de la détention des dollars en 1993, réouverture des marchés libres paysans en 1994, autorisation des investissements étrangers en 1995) vont toutes dans le même sens et ont rendu Cuba plus dépendant du marché mondial.

Les revenus du pays proviennent désormais d’abord du tourisme, mais aussi du nickel et de l’exportation de médecins et formateurs sportifs au Venezuela ou ailleurs. À cela s’ajoute l’envoi d’argent des Cubains vivant à l’étranger (émigrés aux USA ou médecins envoyés en nombre à l’étranger), seconde source de revenus de l’île après le tourisme. Malgré l’aide du Venezuela B qui a tout de même beaucoup moins de moyens que l’URSS B Cuba est entièrement dépendant du marché mondial, c’est-à-dire des grandes puissances impérialistes qui le dominent.

Les discours officiels vantent désormais Cuba comme une « économie de services ». En conséquence, l’économie est sans base productive, avec une pénurie de produits de première nécessité sur les marchés libres. L’industrie, qui était dans les années soixante-dix au cœur du développement, n’a plus beaucoup de place dans la croissance actuelle et l’agriculture est en déclin. Aujourd’hui, un tiers de la terre cultivable n’est pas exploité et Cuba doit importer 80 % des aliments qu’il consomme. Sa flotte de pêche n’existe plus et le poisson est un produit de luxe, comme la viande bovine.

L’essor du tourisme

Le tourisme a connu un essor spectaculaire. Ce petit pays de onze millions d’habitants accueille deux millions de touristes par an. Ce secteur rapporte deux milliards de dollars par an à l’État et 200 000 personnes y travaillent. Mais c’est trois fois moins de salariés que ce qu’employait le secteur du sucre dans le passé.

Le développement du tourisme a contribué à creuser les inégalités. Cuba d’aujourd’hui est divisé entre un système bon marché et accessible qui couvre les besoins de base des Cubains et un système cher, agrémenté de toutes sortes d’offres luxueuses destinées aux touristes. Et de même que le système pour touristes attire l’attention des Cubains, les prix modiques du système destiné aux Cubains séduisent les touristes à faibles moyens. Du coup, la demande grandit dans les deux systèmes et, suivant une logique capitaliste, cela fait monter les prix. Et les marchés ouverts aux Cubains sont de plus en plus chers.

L’attraction du secteur marchand

Le creusement des inégalités est illustré par la coexistence de deux monnaies qui circulent dans le pays : le peso cubain non convertible (25 pesos pour un dollar), qui est utilisé pour payer tous les salaires et avec lequel on peut acheter les produits de base ; et le peso convertible, appelé aussi CUC ou chavito, avec lequel on achète tout le reste et qui s’échange à 1,20 dollar par peso (presqu’au même niveau que l’euro).

Il y a ceux qui accèdent au CUC, le « peso fort » (environ 60 % de la population), dans les secteurs du tourisme, des entreprises mixtes et grâce aux virements reçus de l’extérieur. Et il y a ceux qui doivent se contenter du peso cubain et qui ne peuvent subsister que parce que les services de gaz, d’éclairage et de téléphone sont à prix subventionnés, que la santé et l’éducation sont gratuites, que les logements sont quasi gratuits et qu’un carnet de rationnement, la libreta, donne accès à des produits de première nécessité, mais en quantité insuffisante pour aller au-delà de 12 à 15 jours sur le mois.

Une bonne partie de la population ne pouvant vivre de son seul salaire, les salariés des fabriques de cigares, des raffineries ou de la construction détournent quotidiennement une partie de leur production. Plombiers, mécaniciens, peintres, coiffeurs, vendeurs ambulants etc., exercent leur activité tout en sauvegardant leur affiliation à une entreprise d’État afin de préserver leurs droits sociaux. Avec le tourisme, les emplois de serveur ou de chauffeur de taxi sont devenus plus lucratifs que ceux de professeur ou de médecin. Du coup, de nombreux salariés ont quitté leurs emplois publics de professeur, médecin, avocat, infirmier pour devenir serveur, chauffeur de taxi, guide de musée ou de la ville.

De nouvelles catégories sociales, des « nouveaux riches », ont émergé : entrepreneurs privés, propriétaires de restaurants, artisans, paysans qui vendent sur les marchés. Tous ceux-là ont profité des pénuries pour offrir les biens ou les services que l’État n’a jamais assurés. On assiste à une recrudescence de la corruption et à la réapparition de la prostitution. Le marché noir prospère. Malgré les difficultés, les plus modestes vivent mieux que dans d’autres pays de la Caraïbe ou de l’Amérique latine, même si le niveau de vie est désormais en dessous de celui des années soixante-dix et quatre-vingt.

L’armée-entrepreneur

La « période spéciale » a fait grandir le rôle des Forces armées révolutionnaires (FAR) dans l’économie. L’armée est l’autre pilier institutionnel du pays, avec le Parti communiste cubain. Désormais Premier secrétaire « provisoire » du parti, Raúl Castro est ministre des FAR.

L’armée est maintenant une puissance majeure dans tous les secteurs économiques. Des généraux en activité et quelques retraités dirigent 844 entreprises, qui vont des raffineries de sucre aux hôtels et des stations-service aux aciéries. Ils sont formés dans le Groupe d’administration des entreprises. On y enseigne un système qui prétend combiner « l’organisation capitaliste avec les principes socialistes », en fait un système basé sur les stimulants matériels : productivité, effectivité et rationalité sont récompensées.

Selon un colonel qui dirige une partie des entreprises, « l’objectif principal est d’augmenter l’efficience et que celle-ci se reflète dans une augmentation permanente des bénéfices et des apports en devises pour l’État. » L’armée est à l’origine de plus de 60 % des entrées de devises dans le pays.

L’armée avait expérimenté dès la fin des années quatre-vingt le « perfectionnement des entreprises d’État » pour accroître la productivité du travail. Cela impliquait déjà de réduire les effectifs et avait suscité alors des objections sur les conséquences sociales de la part de la centrale syndicale cubaine, des objections qui ne sont plus de mise aujourd’hui.

L’État voudrait garder la maîtrise des réformes

Les réformes économiques marchandes, en multipliant les activités privées, les coopératives dans l’agriculture, l’appel aux investissements étrangers et le développement du tourisme, ainsi que la politique du double change, offrent des possibilités d’enrichissement à une petite et moyenne bourgeoisie qui a tôt fait de réclamer une totale liberté de s’enrichir. C’est là une base sociale qui prospère et peut s’avérer plus redoutable pour le régime que tous les dissidents, à Miami ou à La Havane. Fidel Castro a dénoncé en 2005 le danger inhérent au développement de cette couche de « nouveaux riches » et a lancé cet avertissement : « Les Yankees ne peuvent pas détruire ce processus révolutionnaire, mais ce pays peut s’autodétruire lui-même. »

L’État a essayé de réagir en atténuant une partie des décisions des années quatre-vingt-dix. À l’automne 2004, les transactions en dollars ont été à nouveau interdites. C’est alors que le billet vert a été remplacé par le peso convertible (CUC) pour l’ensemble des transactions en espèces sur l’île.

Depuis 2004, les entreprises d’État qui détiennent des comptes en pesos convertibles ne peuvent plus les alimenter en dollars. Il en est de même pour les sociétés commerciales à capitaux 100 % cubains. Depuis le 1er janvier 2005, banques et entreprises ont aussi besoin de l’agrément de l’État pour disposer des ressources nécessaires à leurs activités. Cela a renforcé les contrôles financiers et a limité en partie l’autonomie des entreprises.

Même enrayé, le développement des entreprises privées se poursuit, y compris par le canal du marché noir. Et les mesures prises pour freiner cette évolution ne sont que peu efficaces.

Ce n’est pas pour rien que des dirigeants cubains sont séduits par les « modèles » chinois ou vietnamien : un contrôle politique fort, via le parti et l’armée, avec des enclaves capitalistes. Mais on sait aussi ce qu’a signifié comme regain d’exploitation pour les masses chinoises le fait que la Chine réintègre le marché mondial et s’offre à être l’« atelier du monde ».

La crise et l’accélération des « réformes »

Mais l’économie cubaine est de plus en plus dépendante du marché mondial. Par exemple, la principale ressource d’exportation, le nickel, voit son cours varier considérablement d’une année sur l’autre et même au cours d’une même année, au gré de la spéculation, comme bien d’autres matières premières industrielles ou agricoles.

Et les conséquences de la crise financière ont frappé Cuba, lui aussi. Il a dû faire face à une crise de liquidités, ne parvenant plus à emprunter de devises, et les pays comme le Canada ont diminué de moitié leurs exportations vers Cuba. La flambée des cours mondiaux de matières premières renchérit les importations, mais n’a pas permis à Cuba de profiter pleinement de l’exportation du nickel car ses capacités de production limitées ne lui permettent pas de satisfaire une augmentation de la demande.

Les difficultés accrues de Cuba depuis l’éclatement de la crise illustrent à quel point l’économie de l’île est dépendante et étranglée par le marché mondial.

Les dirigeants cubains semblent vouloir se lancer dans une véritable fuite en avant visant à réduire le secteur public au profit du secteur privé. Les 500 000 salariés du secteur public dont le gouvernement veut se débarrasser, sont censés retrouver du travail dans le secteur privé ou créer leur propre entreprise. Le gouvernement envisage d’accorder des prêts à ceux qui créeront leur entreprise dans l’une des 178 professions ouvertes au privé dont la liste a été publiée et qui va du forgeron au cireur de chaussures.

Parallèlement, certaines subventions alimentaires ont déjà été réduites, les prix du pétrole, du gaz et de l’électricité ont augmenté. Le gouvernement a supprimé les repas gratuits dans plusieurs entreprises d’État en affirmant ne plus avoir d’argent. Et les dirigeants du pays disent ouvertement que l’État va devoir faire des économies sur les dépenses sociales.

Cuba à la recherche de partenaires

Malgré ses désirs, le régime issu de la révolution de 1959 n’a pas les moyens de développer l’économie du pays comme il l’aurait voulu. Il est bien évident que l’économie cubaine ne peut pas exister coupée du monde. La division internationale du travail est telle que, pour satisfaire les besoins même relativement élémentaires, il est impossible de le faire avec les seules ressources de l’île. Les paysans cubains ont eu beau se tuer à la tâche pour cultiver toujours plus de canne, cela ne put jamais suffire à procurer au pays ce qui lui manquait, d’autant que les cours mondiaux du sucre fluctuent sans que Cuba puisse les maîtriser. Il en va de même du nickel, le principale produit d’exportation aujourd’hui.

Les échanges avec le Comecon ont rendu Cuba dépendant de l’URSS et ne lui ont permis d’échapper que partiellement à l’étranglement capitaliste. Mais depuis la chute de l’URSS, Cuba n’a même plus cette marge de manœuvre sur le plan économique.

Cuba a fait appel aux investissements étrangers et a recherché d’autres partenaires commerciaux. Pour l’aider à maintenir et moderniser son appareil de production, Cuba a engagé des partenariats avec des entreprises de Chine, du Canada et d’Allemagne.

Au plus fort de la hausse du prix du brut, Caraas livrait quelque 100 000 barils par jour à des onditions privilégiées, en contrepartie de l’envoi e milliers de médecins cubains, d’une aide à la modernisation des hôpitaux et des centres de santé du Venezuela. La Chine investit dans le secteur minier.

Cuba a signé des accords avec la Bolivie et le Venezuela dans le cadre de l’Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA). Il s’est engagé aussi dans une coopération avec le Mercosur, le marché commun sud-américain. L’île a des liens avec la Caricom, le marché commun de la Caraïbe.

Le Brésil, première puissance du sous-continent, cherche à réinsérer Cuba dans la communauté sud-américaine. Cuba n’est donc plus aussi isolé qu’il a pu l’être dans le passé. Mais si ces accords, en particulier avec le Venezuela, procurent à Cuba une petite bouffée d’oxygène, ils ne permettront pas à Cuba de sortir du sous-développement, pas plus qu’ils ne le permettront à la Bolivie, au Venezuela et même au Brésil.

En réalité, il n’y a plus aucune place pour un véritable développement économique national dans un monde dominé par les puissances impériaistes. Celles-ci ne peuvent exister qu’en réduisant ’immense majorité de la planète au sous-développement et à la misère. Il n’y a aucune place pour e développement même d’une petite île comme Cuba dans ce monde-là.

Et on peut dire que l’histoire du régime castriste depuis la révolution de 1959 en est bien la preuve.

Les limites du cadre national

Les dirigeants castristes ont eu le mérite d’aller usqu’au bout de leur résistance à l’impérialisme des USA et ils ont fait du mieux qu’ils le pouvaient dans le cadre national qu’ils avaient choisi. Ils ont permis à la population d’accéder à des services nconnus dans la plupart des pays, que ce soit ’éducation gratuite (75 % des salariés disposent d’un niveau d’éducation supérieure), les soins de qualité et gratuits, le logement et les transports quasi gratuits, etc.

Mais malgré tous leurs efforts, les castristes n’ont pas réussi à sortir l’île du sous-développement. Car le problème est que le commerce mondial est inégalitaire, dominé qu’il est par les grandes puissances impérialistes. Sur ce marché, les pays moins développés et moins puissants doivent payer le prix fort pour s’approvisionner et c’est entre autres au travers du commerce que leurs richesses et le produit du travail de leur peuple sont pillés par les prédateurs capitalistes.

C’est par la force, les massacres et le vol, le commerce forcé et les échanges inégaux du commerce international que l’impérialisme domine la planète depuis bien longtemps. C’est ainsi que ses citadelles se sont enrichies à travers le pillage de tous les autres pays. L’essentiel des richesses extorquées aux travailleurs et aux peuples du monde sont aujourd’hui concentrées sous forme d’usines, de fonds dans les banques, de savoir technologique dans quelques grands pays industriels, avec en tête les États-Unis d’Amérique.

Repartir de rien pour tenter d’arriver au même développement est une mission impossible, et ce ne sont pas les sacrifices imposés à leur propre population par les dirigeants nationalistes engagés dans cette voie qui peuvent le permettre, même quand ils y aspirent sincèrement comme à Cuba. C’est la division internationale du travail actuelle, fruit de décennies d’histoire, qui a assuré la richesse et le développement des puissances impérialistes. On ne peut mettre fin au pillage du monde, à la dictature des grands pays impérialistes et ouvrir la voie à un développement harmonieux, sans remettre en cause les bases même du système capitaliste dont le marché mondial est un des fondements.

Mais pour repartir sur des bases supérieures à ce qu’est ce marché, il faut impérativement remettre toutes les richesses accumulées dans les pays industriels au service de toute la population, de tous les pays. Cela veut dire l’expropriation de la classe capitaliste. Et c’est en ce sens que les prolétaires, ceux des pays riches comme ceux des pays pauvres, sont les alliés naturels des peuples opprimés. Le prolétariat, qui est une classe internationale, peut seul mener ce combat jusqu’à son terme, en réorganisant toute l’économie rationnellement sur d’autres bases que celles de l’exploitation et de l’oppression.

On peut résister à l’impérialisme, un temps, comme l’ont fait les dirigeants castristes. Mais pour mettre fin à sa loi, il faut le supprimer. Et c’est sur cette contradiction que Castro et ses camarades ont buté. Ils se sont toujours sentis, malgré les étiquettes dont ils ont pu se parer, comme faisant partie de ce système. Ils voulaient simplement que leur propre bourgeoisie y ait sa place au soleil.

C’est ce qui marque les limites de leur radicalisme, illustré par leur refus congénital de s’adresser aux seuls vrais alliés naturels qu’ils auraient pu avoir : les prolétaires des autres pays, en commençant par ceux d’Amérique latine ou ceux encore plus proches, à quelques dizaines de kilomètres de leur île, des États-Unis d’Amérique ébranlés pendant toutes les années soixante par la révolte de la population noire, la plus exploitée, et par un mouvement d’opposition à la guerre qui atteignait même les unités engagées au Vietnam. Mais à l’époque, ce n’est pas à eux, c’est au gouvernement américain, pourtant son pire ennemi, que Fidel Castro s’adressait… avec le succès que l’on sait.

La contestation sociale se développait aussi en Amérique latine, en particulier les luttes ouvrières en Argentine, au Chili ou en Uruguay. Et ce n’est pas pour rien si, pour stopper cette contestation, les États-Unis ont aidé, dans les années soixantedix, à la mise en place de dictatures au Brésil, en Uruguay, au Chili, en Argentine.

Les choix des castristes furent des choix de classe. Comme pour tous les nationalistes, il n’est pas question pour eux de permettre à la classe ouvrière de prendre les rênes de la société. C’est bien pourquoi Cuba est en train de perdre la partie en sacrifiant une partie de ses réalisations dans une course perdue d’avance à la compétitivité sur le marché.

Les tâches des révolutionnaires socialistes

On ne saurait évidemment reprocher à ces dirigeants nationalistes de ne pas avoir mené la politique du prolétariat révolutionnaire. C’est le rôle des militants qui se réclament du communisme révolutionnaire, c’est-à-dire du trotskisme, de proposer une autre politique à la classe ouvrière, une politique indépendante qui lui permette de se placer à la tête de la lutte des exploités et des opprimés plutôt que d’en être réduite à suivre des organisations et des dirigeants qui ne la représentent nullement. Et pour cela, s’atteler à la construction d’un parti révolutionnaire prolétarien, indispensable à l’indépendance politique et organisationnelle de la classe ouvrière. Ce qui disqualifie politiquement complètement bien des organisations se réclamant du trotskisme, et d’abord le secrétariat unifié de la IVe Internationale, c’est d’avoir présenté les dirigeants castristes comme des révolutionnaires socialistes engagés dans la construction d’une société socialiste, renonçant par là même à défendre la nécessité pour la classe ouvrière d’avoir une politique et un parti bien à elle. Ces organisations ont tourné le dos par avance à la construction d’une organisation ouvrière révolutionnaire, estimant que la direction castriste faisait l’affaire, et se sont cantonnées dans le rôle de donneurs de conseils, alors que les dirigeants castristes n’en avaient nullement besoin pour mener leur propre politique. C’est d’ailleurs une politique systématique de leur part de parer les dirigeants nationalistes radicaux de vertus socialistes même quand ces derniers s’en défendent. De Mao à Ho Chi Minh, de Castro à Ben Bella, de Morales à Chavez, à chaque fois il s’agit d’accrocher son wagon à des forces sociales qui sont étrangères à la classe ouvrière, en renonçant à la tâche urgente et essentielle qui est la construction de partis défendant les intérêts politiques de la classe ouvrière, seuls capables d’offrir aux opprimés une véritable perspective : le renversement de la société capitaliste et la construction d’une société communiste permettant l’épanouissement de toute l’humanité.

15 février 2011


 
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