Après le terrible séisme du 12 janvier 2010, la presse n’a cessé de broder sur le thème de la « malédiction » qui frapperait Haïti. Mais contrairement à ce qui ressort de tous ces commentaires, si malédiction il y a, elle ne doit rien ni au ciel, ni au hasard, ni à la malchance : la « malédiction » du peuple haïtien, c’est d’être étranglé depuis des siècles par la colonisation d’abord – espagnole puis française – et l’impérialisme ensuite.
Les images épouvantables diffusées par toutes les télévisions après le tremblement de terre ont montré toute la réalité de ce pays : ni eau, ni nourriture, ni infrastructures, ni pelleteuses pour tenter de retrouver des survivants dans les décombres. Mais qui cela peut-il surprendre, dans un pays à propos duquel nous écrivions, en 1994, qu’un seul porte-avion américain croisant au large de ses côtes produisait plus d’électricité que l’île tout entière ?
L’histoire d’Haïti, depuis que cette île a eu le malheur d’être sur le chemin de Christophe Colomb en 1492, n’est qu’une longue suite de massacres, de pillages, de violence, de corruption. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la vie politique à Haïti va de coup d’État en putsch, d’interventions militaires en répression de la population. Les deux puissances tutélaires qui ont mis le pays en coupe réglée, les États-Unis et la France, ont protégé depuis des décennies les pires crapules qui ont dirigé Haïti, et quand elles ont cessé d’un soutenir une, c’était pour en mettre une autre à la place. L’île est livrée à la rapacité d’une bourgeoisie locale à la mentalité d’esclavagistes et à celle des « investisseurs » américains ou français, qui y trouvent une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci, payée à des salaires qui ne permettent que de vivre dans des conditions infrahumaines. Elle est aussi livrée, depuis des décennies là encore, à la violence des bandes armées et des gangs, qu’il s’agisse de voyous agissant pour le compte de l’État, pour celui des patrons locaux, ou pour le leur propre.
Mais Haïti, ce n’est pas que cela : c’est aussi un prolétariat nombreux, combatif et courageux, qui a eu bien des fois l’occasion de se lever contre l’oppression. Haïti est le premier pays de l’époque moderne a avoir aboli l’esclavage et gagné son indépendance sous la pression d’une insurrection populaire. Et depuis l’après-guerre, le prolétariat a bien des fois eu l’occasion d’intervenir sur la scène politique – parfois pour réclamer une amélioration de ses conditions de vie, parfois pour jeter dehors l’un ou l’autre de ces dictateurs soutenus par l’impérialisme. C’est de ce prolétariat que viendra, demain, nous en sommes convaincus, la formidable révolution sociale que la bourgeoisie, à Haïti plus que nulle part ailleurs, a mille fois méritée.
À travers des textes publiés entre 1994 et aujourd’hui par Lutte Ouvrière et par l’organisation trotskyste haïtienne OTR (Organisation des travailleurs révolutionnaires) membre de l’Union communiste internationaliste, ce dossier revient sur l’histoire politique d’Haïti et la combativité de sa classe ouvrière.
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NB : ce dossier est également à présent disponible au prix de 10 euros sous forme de livre. Voir ici.
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