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28/04/1995 (LO #1399) - Le parti qu'il faudrait aux exploités
Au soir du premier tour, Arlette Laguiller a annoncé, après la proclamation de nos résultats, que les militants et sympathisants de Lutte Ouvrière allaient s'efforcer de rencontrer le maximum de ceux, ouvriers, employés, chômeurs, jeunes, qui ont voté pour le programme qu'elle présentait, pour discuter avec tous ceux qui l'accepteront et envisager avec eux les possibilités et les conditions de la construction d'un parti se plaçant résolument et uniquement sur le terrain de la défense politique des exploités.
II ne s'agit pas, dans notre esprit, d'essayer une nouvelle fois de provoquer la fusion des groupes existants dans ce qu'il reste de l'extrême-gauche, ou autour des écologistes, ou encore autour de ceux qui ont choisi de se nommer les "forces alternatives".
Tous ces militants, dont nous respectons les convictions, ont choisi leur terrain de lutte et, le plus souvent, ce n'est pas, ou ce n'est plus, celui de la défense des travailleurs. Ce n'est pas qu'ils y soient opposés, mais ils pensent qu'il y a des tâches plus urgentes. Ils n'ont peut-être pas tort. Mais ce n'est pas notre avis et ce n'est pas de cela que nous voulons discuter. Car ces discussions durent depuis des années et nous ne voulons pas être paralysés par ce genre de polémique.
Nous, nous croyons que la défense de toutes les catégories sociales opprimées, que ce soient les jeunes, les femmes, les immigrés, les chômeurs ou les sans-abris, ou toutes les minorités vis-à-vis desquelles il y a un ostracisme, passe par le terrain fondamental de la lutte entre les deux principales classes de la société, ceux qui ne vivent ou ne peuvent vivre que de leur travail, et ceux qui exploitent le travail des autres.
Nous pensons qu'ignorer cela c'est, d'une façon ou d'une autre, en rester complices, même involontairement. Bien sûr, il faut aider ceux qui sont dans des situations catastrophiques et les aider sans attendre des lendemains qui chantent.
Mais il faut aussi lutter pour arrêter la machine folle qui fabrique en permanence des chômeurs, des exclus, des pauvres et dont le sous-produit est de créer d'autres types d'exclusions, psychologiques ou morales, vis-à-vis de certaines minorités.
Nous respectons donc le combat des autres. D'ailleurs bien souvent nous l'aidons. Nous participons souvent à des manifestations initiées par d'autres pour leur apporter notre soutien, et il n'est pas rare que nos militants et sympathisants fournissent le plus gros contingent de telles manifestations.
Mais nous, nous souhaitons et voulons rester sur le terrain qui nous paraît le terrain principal, celui des classes sociales.
C'est ce que nous avons défendu durant cette campagne et c'est ce que un million six cent mille électeurs ont approuvé, les deux-tiers de ceux qui ont approuvé le candidat du PCF.
Alors, c'est avec ceux qui ont voté pour la candidature d'Arlette Laguiller et ceux qui, sans aller jusqu'à voter, l'ont approuvée ou ont été touchés par ce qu'elle dit et veulent aller au-delà, que nous voulons essayer de discuter, dans les quelques mois qui viennent. Bien sûr, nous savons bien qu'entre un vote et l'acceptation de participer et d'adhérer à un parti, il y a un pas. Nous ne chercherons donc pas à le faire franchir à ceux qui ne le veulent pas. Mais nous voulons essayer de discuter même avec ceux-là, avec le maximum de nos électeurs, ouvriers, employés, jeunes, enseignants, chômeurs, travailleurs en général, ou intellectuels, pour voir avec eux non seulement ceux qui voudraient participer à la construction d'un tel parti, mais aussi les autres, comment ils l'envisageraient, ce qu'ils en attendraient, ce qu'ils souhaiteraient le voir faire.
Avec ceux qui voudraient en être les artisans, nous envisagerions comment, concrètement, le construire avec eux.
Nos militants et nos sympathisants vont donc, dans les semaines qui viennent, tenter de faire des réunions dans le maximum d'entreprises, de quartiers, de lycées, de facultés, autour de cette question. Ils tenteront aussi d'aller dans des villes ou des régions, trop nombreuses malheureusement, où nous n'avons jusqu'ici pas de présence.
Enfin, nous voudrions aussi faire de la fête annuelle de Lutte Ouvrière à Paris, lors du week-end de la Pentecôte, les 3, 4 et 5 juin, un grand rassemblement politique, orienté vers ces discussions et ces échanges pour la construction d'un tel Parti.
Ce sera, pour tous ceux qui viendront, l'occasion de mieux connaître Lutte Ouvrière et de rencontrer ses militants. Ils y verront le rôle que nos militants voudraient jouer sur le terrain politique. Et ils y verront aussi les objectifs que nos camarades se fixent sur le terrain de la culture populaire.
Des voyages collectifs seront organisés à partir de certaines villes de province. L'hébergement (en camping) sera assuré sur place.
Cela, c'est une première étape. Que tous ceux de nos lecteurs qui seraient intéressés s'adressent à nos vendeurs, à nos camarades, ou nous écrivent purement et simplement. Et le week-end de la Pentecôte, c'est dans cinq semaines et demi.
Et puis, il y aura les élections municipales et nous essaierons d'intervenir dans cette campagne, surtout si nous avons pu commencer à ébaucher notre projet.
Mais nous reviendrons sur ces élections. Car si nous pensons que les dirigeants du Parti Communiste et du Parti Socialiste sont responsables de la situation démoralisante où se trouvent les travailleurs, nous n'avons rien contre les militants de ces deux partis. Et nous ne sommes pas hostiles a priori à des listes communes, dans la mesure où il ne s'agit pas de soutenir une tête de liste qui aurait une part de responsabilité personnelle dans cette situation politique. En tout cas, nous sommes ouverts à cette discussion-là aussi.
Enfin, tout l'été, profitant des vacances, nos sympathisants et nos militants essaieront de prendre contact, d'organiser des réunions, des meetings, dans les quartiers populaires de l'ensemble du pays.
Nous sommes, nous le rappelons, une petite organisation qui n'a aucune existence dans les trois-quarts du territoire.
Mais cela peut changer, cela doit changer, avec votre aide, nous l'espérons.
Roger Girardot
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