lutte ouvriere
Présidentielle 2002
- ce que nous écrivions après la présidentielle de 1995 -
mis à jour le 26/04/2002   

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•• Présentation
•• Après le premier tour 2002
•• Ce que nous écrivions après 1995
•• Textes divers de la campagne
•• Les affiches de la campagne

Sommaire de cette rubrique

•• Déclarations au soir du premier tour
•• 28/04/95 - Après le premier tour
•• 28/04/95 - Nos résultats
•• 28/04/95 - Le parti qu'il faudrait
•• 12/05/95 - Construire le parti
•• 02/06/95 - Le parti à construire

12/05/1995 (LO # 1401) - Construire un parti qui se place sur le terrain de la défense des intérêts politiques de tous les exploités

     L'appel adressé au soir du premier tour, par Arlette Laguiller, à tous ceux qui ont approuvé le programme qu'elle a défendu au cours de la campagne des présidentielles, pour qu'ils participent autour de Lutte Ouvrière à la construction d'un grand parti ouvrier, a été interprété par un certain nombre de militants d'extrême-gauche comme un simple appel à un regroupement ou à un rassemblement detous les groupes considérés par eux comme objectivement "anticapitalistes", même s'ils ne se qualifient pas ainsi eux-mêmes, comme des écologistes ou des militants catholiques se battant sur les problèmes des exclus.
     Dans notre idée, il ne s'agit pas du tout de rassembler des forces déjà existantes, mais d'aller au-delà. Cependant, les militants de Lutte Ouvrière n'ont pas d'autre conception du parti nécessaire à la classe ouvrière que celle que s'est forgé le mouvement révolutionnaire, à travers les combats de la deuxième puis de la troisième Internationale. C'est-à-dire qu'ils pensent que le rôle du parti ouvrier ne saurait en aucune façon se limiter à la participation (nécessaire, et primordiale, bien entendu) aux combats de la classe ouvrière pour la défense de ses intérêts dans les entreprises où elle subit l'exploitation capitaliste.
     Le but fondamental d'un tel parti, ne serait pas de faire en sorte que la part des salaires dans la répartition du revenu national s'élève, ce sera d'oeuvrer à la disparition du salariat, en tant que système d'exploitation. II ne pourra se donner d'autre programme que celui de la transformation socialiste de la société et, partant, il devra agir dans tous les domaines de la vie sociale, s'adresser à toutes les couches de la population.
     Cela signifiera participer à tous les combats qui intéressent les exploités, et pas seulement ceux dont l'entreprise est le lieu : ceux qui concernent le cadre de vie (coût des loyers, opposition aux expulsions, relogement des sans-abri, entretien des immeubles d'habitation, équipement sportif et culturel des quartiers populaires, transports en commun, etc.), la santé, la sécurité, la lutte contre les idées réactionnaires sous toutes les formes (racisme, xénophobie, religion)...
     Cela signifiera aussi être présent dans toutes les couches sociales pour y défendre le programme socialiste, pour convaincre le maximum de gens que la société toute entière aurait tout à gagner à une autre organisation sociale.
     Mais un tel parti est justement à construire. Et l'une des idées qui distinguent Lutte Ouvrière des autres groupes qui se réclament des idées révolutionnaires, c'est de considérer qu'un petit groupe politique ne peut pas jouer impunément au grand parti, parce qu'à prétendre tout faire, quand on n'a pas de forces suffisantes, on finit inéluctablement par ne faire que le plus facile, qui n'est jamais l'essentiel. Et que cela amène en outre le plus souvent à s'éloigner du programme communiste.
     Dans les années 1950-1960, quand le mouvement révolutionnaire se trouvait réduit à des groupuscules de quelques dizaines de militants, les raisons de ce choix étaient particulièrement évidentes. Alors que le stalinisme, principal obstacle entre la classe ouvrière et les véritables idées communistes, tirait sa puissance de sa présence dans les entreprises, les quelques rares forces dont disposait le mouvement trotskiste (en dehors de notre tendance) n'étaient présentes que dans le mouvement étudiant, ou parmi les intellectuels.
     Le mouvement de mai-juin 1968 a certes permis aux différents groupes trotskistes de grandir notablement, par rapport à ce qu'ils étaient auparavant. Mais il n'a pas changé fondamentalement les termes du problème.
     Si les dirigeants des différentes organisations que l'on qualifiait alors de "gauchistes" avaient fait preuve d'un peu plus de sens des responsabilités, il existait peut-être alors la possibilité de rassembler des dizaines de milliers de jeunes, travailleurs et étudiants, au sein d'un parti se réclamant du mouvement de mai, d'un parti qui aurait pu changer la physionomie politique du pays, et dans lequel chaque courant aurait pu essayer de faire prévaloir ses idées. C'est en tout cas la perspective que les militants qui sont à l'origine de Lutte Ouvrière ont défendu à l'époque. Mais quoi qu'il en soit, aucun des groupes révolutionnaires de 1968, n'a accepté cette politique et finalement, quelles qu'aient pu être alors ses illusions sur sa capacité à être un pôle d'attraction pour toute la jeunesse en mouvement, n'est sorti du cadre groupusculaire.
     Certes, les années passant, et les militants vieillissant, l'image du mouvement révolutionnaire cantonné dans les facultés est quelque peu dépassée. Mais toutes les tentatives pour trouver des raccourcis ou des substituts à la construction du parti, à travers "l'alternative" ou la "recomposition" du mouvement ouvrier, comme le choix de privilégier de fait l'activité au sein d'associations se proposant de lutter les unes contre le chômage, d'autres contre le racisme, ou pour le droit au logement, mais ayant toutes en commun de ne pas situer ces luttes dans le cadre du combat pour la transformation socialiste de la société (ce qu'on ne saurait évidemment attendre de l'abbé Pierre ou de l'ex-évêque d'Evreux !), voire de refuser de le faire, ont amené les militants qui ont fait le choix de continuer dans cette voie non seulement à s'adapter aux compagnons de route qu'ils rencontrent dans ces associations, mais aussi à accepter, sinon de perdre leur propre identité, du moins de ne plus combattre en son nom.
     Evidemment, pour tous ces groupes, il a dû être difficile de comprendre comment c'est le groupe trotskiste qu'ils considèrent comme le plus sectaire, parce qu'il a fait de l'activité dans les grandes entreprises, en direction des travailleurs du rang, sa priorité absolue, qui a su trouver le langage dans lequel un million six-cent mille travailleuses et travailleurs de ce pays se sont reconnus le 23 avril. Mais ce sont justement les choix politiques faits par Lutte Ouvrière qui lui ont permis de trouver l'oreille de ces travailleurs.
     II n'est donc pas question, pour les militants de Lutte Ouvrière, de renoncer aux choix qui sont les leurs, à la défense des idées communistes révolutionnaires. Mais parmi ces centaines de milliers d'hommes et de femmes qui ont voté pour notre candidate, ou même simplement qui ont été tentés de le faire, il y en a peut-être un nombre significatif qui seraient prêts à militer autour d'eux, dans leur entreprise peut-être, ou dans leur quartier, parmi leur milieu social, sur le terrain du logement, du racisme, ou de la culture, pour y défendre des idées conformes à la défense des intérêts de la classe ouvrière. C'est en tout cas à ceux-là qu'Arlette Laguiller s'est adressée.
     Bien évidemment, tous ceux qui ont voté Arlette Laguiller le 23 avril ne sont pas prêts à cela. Mais s'il y en avait, ne serait-ce que quelques dizaines de milliers, prêts à donner un peu de leur temps et de leurs moyens pour défendre leurs idées autour d'eux, cela pourrait changer considérablement les choses.
     Comme on le voit, notre perspective n'est pas de nous fondre, en mettant nos idées révolutionnaires dans notre poche, dans un vague regroupement associatif. C'est au contraire de prendre toute notre place, en tant que marxistes révolutionnaires, que trotskistes, dans un parti qui réunirait, si la chose s'avère possible, des milliers de travailleuses et de travailleurs décidés à oeuvrer pour défendre les intérêts de leur classe.
     Voilà pourquoi, dans la période qui vient, les militants de Lutte Ouvrière s'emploieront à multiplier les contacts avec tous ceux qui se sont reconnus dans les propositions d'Arlette Laguiller pour discuter avec eux d'un parti assurant essentiellement la défense des intérêts politiques du monde du travail, que nous pourrions construire avec tous ceux qui voudraient le construire sur cette base.

Daniel MARTI