lutte ouvriere    Présidentielle 2002 - ce que nous écrivions après la présidentielle de 1995 -
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02/06/1995 (LO #1404) - Le parti à construire pour défendre les intérêts de la classe ouvrière

     L'appel lancé au soir du premier tour de l'élection présidentielle par Arlette Laguiller "pour envisager les conditions de création d'un grand parti se plaçant résolument et uniquement, sur le terrain de la défense politique des exploités" part d'un constat simple. Un parti de ce type n'existe pas aujourd'hui. Il n'existe plus depuis plusieurs décennies. Or, un tel parti est indispensable pour la classe ouvrière si elle veut peser sur la vie politique dans le sens de ses intérêts.
     Les grands partis qui occupent la scène politique - y compris les partis dits de gauche -, qui fournissent les députés et à l'occasion les ministres et le gros du personnel des différents échelons électifs de l'Etat, défendent tous l'ordre social existant dominé par la bourgeoisie. Ils peuvent avoir des désaccords entre eux. Ils peuvent même représenter, à certaines périodes et face à certaines situations, des options politiques différentes. A l'occasion, ces différences peuvent avoir des conséquences plus ou moins graves pour les travailleurs. Mais c'est toujours à la classe privilégiée et en considérant ses intérêts que ces options sont offertes.
     Dans leurs alternances récentes au pouvoir cependant, les deux coalitions de partis, celle de la droite et celle de la gauche, n'ont même pas représenté des options politiques différentes. L'Union de la Gauche a mené une politique si ouvertement au service du patronat, favorisant tellement les couches les plus riches de la société tout en imposant l'austérité et la rigueur pour la classe ouvrière, que la droite n'avait qu'à continuer, sans jamais avoir à réorienter la politique menée.
     Face à cette pléthore de partis qui défendent tous ouvertement ou hypocritement les intérêts de la bourgeoisie, qui présentent mensongèrement ces intérêts comme coïncidant avec les intérêts généraux de la société, il n'y a que de petites organisations comme la nôtre. Elle est forte de ses idées de transformation radicale de la société, mais trop faible pour être présente partout où la classe ouvrière travaille et vit sa vie sociale, sans relais en nombre suffisant ne serait-ce que pour véhiculer largement ses idées dans la société.
     Il faut remonter aux années Vingt en fait pour trouver, dans le Parti Communiste de cette époque-là, un parti défendant les intérêts des exploités, et ayant le nombre de militants, les réseaux de sympathisants et surtout le crédit large aux yeux de la classe ouvrière pour occuper tout le terrain politique et pour prendre en charge la défense des intérêts de la classe ouvrière dans les domaines les plus variés de la vie sociale. Le PC a gardé longtemps - et garde encore dans une certaine mesure aujourd'hui - cette implantation. large et a continué à mener certaines actions de défense des travailleurs.
     Mais les perspectives politiques du Parti Communiste ont changé. C'est son but fondamental que sa direction a abandonné. Au lieu d'avoir pour but la fin de l'exploitation et la transformation socialiste de la société, les directions successives du Parti Communiste sont devenues dans un premier temps les serviteurs obéissants des intérêts de la bureaucratie soviétique puis, par l'intermédiaire de cette dernière, les défenseurs de l'ordre social de la bourgeoisie.
     Placées dans une autre perspective politique que celle de ses origines, les actions du Parti Communiste, même utiles du point de vue de la défense quotidienne des travailleurs, ont changé de signification. Pire, ces actions ellesmêmes ont fini par constituer un alibi, une tromperie, un moyen de maintenir un crédit bradé ensuite, dans les moments cruciaux, au service de la bourgeoisie.
     Voilà pourquoi le parti " se plaçant résolument et uniquement sur le terrain de la défense des intérêts politiques de la classe ouvrière " à construire devra se revendiquer de la lutte de classe, du marxisme et se fixer comme but non seulement l'amélioration du sort de la classe ouvrière dans le cadre de la société existante, mais aussi la transformation révolutionnaire de la société et la suppression de l'exploitation.
     Il ne méritera pas vraiment le nom de parti s'il n'a pas la capacité et la volonté de participer à tous les combats de la classe ouvrière. Ceux qu'elle mène dans les entreprises, là où elle subit l'exploitation, comme ceux qu'elle pourrait mener dans tous les domaines de la vie sociale où la classe ouvrière est concernée : dans le domaine du logement, de l'urbanisme, de l'environnement, contre la vie chère comme contre les expulsions, partout où les choix favorables aux capitalistes sont à l'opposé des choix favorables aux travailleurs (et, en général, à toute la société).
     Mais la réciproque n'est pas vraie. Toutes les actions pour s'opposer à telle ou telle conséquence de l'organisation capitaliste de la société dans le domaine de l'écologie, de la santé, du logement ou même du chômage et de l'exclusion, pour utiles et sympathiques qu'elles puissent être, ne constituent pas pour autant des jalons dans la constitution d'un véritable parti ouvrier (qui n'est d'ailleurs pas l'objectif de la plupart de ceux qui militent sur ce terrain).
     Un tel parti devrait bien entendu représenter les intérêts et les perspectives de la classe ouvrière, y compris dans les consultations électorales. Non pas pour faire du combat pour des postes et des positions - de députés, de maires, de conseillers municipaux - une fin en soi, un moyen de participer à la gestion actuelle de la société, mais au contraire pour en faire un point d'appui des combats menés par la classe ouvrière contre cette gestion. Il devra, dans tous les domaines, opposer à la politique des partis bourgeois, une politique correspondant aux intérêts de la classe ouvrière.
     Un tel parti devrait non seulement lutter contre les idées réactionnaires contre le racisme, la xénophobie par exemple ou la misogynie, mais aussi la religion - mais mener cette lutte au nom du programme communiste. Car il devra oeuvrer pour émanciper les travailleurs de l'influence politique et morale de la bourgeoisie.
     Ce parti ne peut pas se décréter. Il ne peut surgir que de la prise de conscience d'une fraction de la classe ouvrière - et de ceux des intellectuels qui ont assez de lucidité pour comprendre que l'organisation sociale devrait être transformée et assez de coeur pour s'y consacrer.
     Nous ne savons pas si l'accroissement des votes en faveur d'Arlette Laguiller et du programme qu'elle a défendu pendant sa campagne constitue le signe d'une telle prise de conscience. Nous disons seulement que si ceux qui se sont retrouvés dans le programme défendu par Arlette Laguiller veulent peser sur la vie politique dans le sens des idées qu'ils ont exprimées par leurs votes, ils ont intérêt à contribuer à la naissance d'une telle force, organisée. C'est-à-dire d'un parti représentant les intérêts politiques de la classe ouvrière.
     Nous sommes nous-mêmes une petite organisation et nos seules forces sont insuffisantes ne serait-ce que pour seulement vérifier si une fraction, fût-elle faible, de l'électorat d'Arlette Laguiller est prête à aller plus loin qu'un simple vote. Voilà pourquoi nous comptons sur tous ceux qui, s'étant reconnus dans les idées défendues par Arlette Laguiller, souhaitent eux-mêmes apporter leur contribution à ce qu'un parti représentant les intérêts politiques du monde du travail puisse naître. Discutons-en ensemble. Nos militants et sympathisants saisiront toutes les occasions pour le faire. Et, là où l'occasion n'existe pas encore, ils tenteront de la créer.
     Mais la Fête de Lutte Ouvrière de ces jours-ci constitue elle-même une excellente occasion de prendre contact avec nous. Ceux qui tiennent nos stands ne vous imposeront pas la politique mais, si vous souhaitez discuter, ils seront bien sûr à votre disposition!

Georges KALDY