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03/05 - Communiqué d'Arlette Laguiller, à propos de Chirac, de la gauche et du 2ème tour
Hier à Villepinte, Jacques Chirac a largement commencé la campagne des législatives de la droite.
Il n'a visiblement pas le souci de sa réélection et il est d'autant plus à l'aise pour commencer sa campagne anti-PS, que la gauche s'est chargée de la campagne anti-Le Pen.
Du coup, les dirigeants de la gauche gémissent lamentablement de l'absence de la droite dans leur combat contre Le Pen et, surtout, de ses attaques contre le Parti socialiste.
Chirac a montré hier qu'il n'avait l'intention de tenir compte ni de l'ampleur des manifestations du 1er Mai, ni du soutien apporté par la gauche à sa réélection. Ce qu'il défend, c'est son propre programme de gouvernement.
Le 5 au soir, les Hollande, les Mamère et les Robert Hue prendront un virage à 180º. Mais on ne peut présenter comme un "sauveur suprême" jusqu'à dimanche 20 heures celui qui sera à partir de 21 heures l'adversaire des masses populaires, ce qu'on a oublié de dire depuis quinze jours..
La gauche s'est prostituée gratuitement et elle le sait. Qu'elle ne s'étonne pas, par la suite, d'être de moins en moins comprise de l'électorat populaire.
01/05 - Appel d'Arlette Laguiller pour le second tour
LE 5 MAI, SURTOUT PAS LE PEN, MAIS PAS CHIRAC NON PLUS !
Travailleuses, Travailleurs,
Depuis le premier tour de la Présidentielle, les partis de gauche, comme un seul homme, se sont rangés derrière Chirac et ont demandé de voter pour lui au deuxième tour pour faire, paraît-il, barrage à Le Pen.
Ils n'ont pas honte ! Si Le Pen a augmenté ses voix, c'est en grande partie parce que ceux qui étaient au pouvoir ces dernières années, n'ont pas réduit le chômage, la cause de la paupérisation du monde du travail et de la petite délinquance.
Et aujourd'hui que Jospin a été éliminé, il faudrait que tous les travailleurs votent pour Chirac, pour un homme de droite qui est un représentant avoué et officiel du patronat !
Même le Parti Communiste s'y est mis. Non content d'avoir défendu pendant cinq ans la politique du gouvernement Jospin et s'être ainsi déconsidéré auprès de ses électeurs, voilà maintenant qu'il nous demande de plébisciter Chirac. Les partis de gauche s'aplatissent devant Chirac.
Le Pen est le pire ennemi des travailleurs.
Mais c'est une escroquerie de le présenter comme pouvant être élu au deuxième tour. Rien que les voix de la droite du premier tour, c'est-à-dire celles de Chirac, de Bayrou et de Madelin représentent près de deux fois celles que Le Pen et Mégret ont obtenues.
Pourquoi donc Chirac devrait-il être élu avec les voix de la gauche ? Celles de droite devraient lui suffire ! C'est que Chirac va être élu pour cinq ans. Et en cinq ans, il peut se passer bien des choses. Que les élections législatives de juin prochain amènent une majorité de gauche ou une majorité de droite, nous aurons à subir la politique de Chirac, directement ou indirectement pendant cinq ans.
Alors, pourquoi nous demande-t-on de cautionner, à l'avance, tout ce qu'il pourra faire contre les travailleurs ?
S'il est élu avec 80 % des voix, il pourra nous dire "vous avez tous voté pour moi, vous étiez d'accord avec mon programme". Car, contrairement à ce que disent certains, en votant pour Chirac on approuve qui il est socialement, ce qu'il dit politiquement et ce qu'il va faire. Et ne serait-ce que parce qu'on nous le présente comme un moindre mal, il pourra nous dire "vous m'avez voulu, vous m'avez, et c'est moi ou Le Pen".
Il pourra même, un jour, dissoudre la Chambre des députés. Il pourrait y avoir, à ce moment là, une majorité qui ne puisse pas gouverner sans l'extrême droite et qui pourrait même appeler Le Pen à diriger le gouvernement, répétant ainsi ce qui s'est passé en Autriche.
Bien des hommes qui soutiennent Chirac aujourd'hui à droite, ont fait alliance avec Le Pen il n'y a pas si longtemps et pourraient le faire à nouveau.
Alors, il faut que pas un seul travailleur vote Le Pen et il faut aussi que ceux qui ont voté pour lui au premier tour n'oublient pas qu'avec ce vote il font tort à toute la classe ouvrière.
Mais il ne faut pas plus voter pour Chirac qui nous préparera de tristes lendemain.
Une autre forme d'intox, alors que tout le monde voit bien que Chirac sera élu, c'est de nous dire qu'il faut qu'il le soit avec les pourcentages les plus importants pour que ce soit un référendum contre l'extrême droite.
Mais ce qui importe c'est le nombre d'hommes et de femmes qui n'auront pas voté pour Le Pen. Pas le pourcentage car, au premier tour, il en avait déjà 80 % des électeurs qui n'ont pas voté pour lui.
Si l'on cherche à faire rejeter Le Pen par 80 % des électeurs, cela ne fera rien de plus qu'au premier tour.
Il faut qu'il ait le moins de voix possible en valeur absolue, en nombre d'électeurs. Mais les voix pour Chirac venant du monde du travail nous lieraient les mains pour l'avenir, car cela renforcera la droite et le patronat, car il n'y a pas que Le Pen qui soit un danger.
Chirac n'a pas besoin des voix de la gauche. Qu'il soit donc élu avec les voix de son camp, les voix de la droite. Les travailleurs n'ont pas à le plébisciter..
Alors, le 5 mai, allez voter et, pour voter contre Le Pen sans plébisciter Chirac, mettez une enveloppe vide dans l'urne, votez blanc.
Cela comptera autant qu'un vote Chirac pour écarter Le Pen et cela ne compromettra pas notre avenir.
Arlette Laguiller
30/04 - Appel d'Arlette Laguiller aux manifestations du 1er mai
Arlette Laguiller porte-parole de Lutte Ouvrière appelle à participer largement aux manifestations du premier mai, pour affirmer qu'il est plus que jamais nécessaire de défendre les intérêts politiques et sociaux du monde du travail et, qu'à quelques jours du 5 mai, il est important d'affirmer que pas une voix ne doit se porter sur cet ennemi juré de la classe ouvrière qu'est Le Pen, mais aussi que le second tour ne doit pas être un plébiscite pour cet homme ouvertement au service du grand patronat qu'est Chirac.
29/04 - Editorial des bulletins d'entreprise
CONTRE LE PEN MAIS PAS POUR CHIRAC : UNE ENVELOPPE VIDE DANS L'URNE
Tous les partis de la gauche plurielle, cette gauche qui dirige encore le gouvernement, se sont enchaînés eux-mêmes derrière le char de Chirac pour lui faire un triomphe.
François Hollande, le premier secrétaire du PS, vient de dire que le 5 mai doit être "un référendum contre l'extrême droite" et que Chirac ne sera pas élu sur son programme, mais "sur un mandat simple qui sera d'écarter toute dérive d'extrême droite". Pourtant, au premier tour, il y a déjà eu un référendum contre Le Pen puisque 80 % des votants n'ont pas voté pour lui.
Pour Hollande, à partir du 6 mai "le choix entre la gauche et la droite reprendra toute sa valeur". On ne peut mieux se moquer des idées qu'on peut mettre au vestiaire un jour et reprendre le lendemain.
Chirac pourrait être largement élu avec les voix de la droite, sans celles de la gauche. Mais en faisant cette campagne, le PS, le PC et les Verts évitent d'avoir à discuter leur politique passée.
Si Chirac gagne avec un pourcentage écrasant, la différence politique entre la droite et la gauche socialiste sera bien faible. De fait, c'est la gauche elle-même qui l'affirme.
C'est pour cinq ans que Chirac sera élu. Et son programme, il y tient et le répète dans chaque meeting, est loin d'être favorable aux travailleurs. S'il est élu avec leurs voix, il pourra dire "vous avez à 80 % voté pour moi et pour mon programme".
Si, dans cinq semaines, au soir des Législatives, une majorité de gauche est envoyée au Parlement, ce sera une nouvelle cohabitation, mais peut-être pas pour longtemps car Chirac, qui a la dissolution facile, pourrait très bien renvoyer les députés de gauche devant les électeurs.
Et pourquoi ne sortirait-il pas des Législatives une majorité de droite, puisqu'il y aura des candidats de Le Pen partout et que le même raisonnement pourrait faire dire qu'il faut faire front contre Le Pen en se rassemblant derrière les candidats du Président.
Si les voix de Le Pen ont augmenté, c'est bien parce que le gouvernement de la gauche plurielle n'a pas su répondre aux aspirations du monde du travail.
Le chômage ne fait pas monter que la délinquance, il fait aussi monter la peste brune. Chirac et Jospin ont fait une grande partie de leur campagne sur l'insécurité, ils ont repris les thèmes chers à le Pen et une partie des électeurs a préféré l'original aux copies.
Alors dimanche, Le Pen ne doit absolument pas avoir de voix des travailleurs. Il faut que tous ceux qui ont voté pour lui au premier tour comprennent que ce serait dramatique que l'extrême droite devienne une force importante.
Le Pen fait sa campagne contre les immigrés, contre les étrangers mais en fait, parsemée de quelques propos démagogiques pour les ouvriers, il est fondamentalement contre tous les travailleurs.
Il faut se souvenir qu'aussi bien les fascistes italiens que les nazis allemands tenaient, parmi tous leurs slogans réactionnaires et racistes, des propos tirés du programme des socialistes.
Alors il ne faut pas penser qu'à dimanche, il faut penser à ne pas compromettre l'avenir. Que Chirac soit élu avec les voix des travailleurs, les voix de toute la gauche, ou qu'il soit élu seulement avec les voix de la droite, cela peut changer l'avenir.
C'est pourquoi nous disons qu'il faut aller voter dimanche. En se gardant de le faire pour Le Pen, mais sans contribuer à plébisciter Chirac car, après, il se servirait de nos voix pour justifier une politique anti-ouvrière et pro-patronale.
Le Parti Socialiste n'est pas trop gêné de cela car ce qu'il regrette c'est ses places. Mais le sort des travailleurs il s'en moque. Il l'a montré pendant cinq ans au gouvernement et il le montrera à nouveau, s'il sort une majorité de gauche des élections législatives de mai.
Pas une voix pour Le Pen !
Mais une enveloppe vide en guise de vote pour Chirac.
Arlette Laguiller
29/04 - Brèves des bulletins d'entreprise
CE QU'ILS DISENT... ET CE QU'ILS FONT
Avant le 1er tour, les dirigeants du PS, du PC, des Verts ainsi que la plupart des journalistes accusaient Arlette Laguiller de dire que "la gauche et la droite, c'est pareil".
Aujourd'hui, c'est la gauche gouvernementale elle-même qui ne fait aucune différence entre la gauche et la droite.
La preuve : elle se rallie comme un seul homme à Chirac.
AUCUNE RAISON DE S'ENCHAINER A CHIRAC
Si l'on ajoute aux votes recueillis par Chirac le total de ceux qui se sont portés sur les autres candidats de la droite (Bayrou, Saint-Josse, Madelin, Corinne Lepage), on atteint 10,34 millions de voix. C'est le double des suffrages de Le Pen additionnés à ceux de Mégret (5,45 millions de voix).
Bref, l'électorat de droite assure à Chirac deux fois plus de voix que Le Pen. On le voit, Chirac peut gagner sans la gauche, et il le sait bien.
Quand la gauche prétend qu'il faut voter Chirac pour "faire rempart à Le Pen", c'est un mensonge qui ne servira qu'à renforcer Chirac.
Et cela, pas tant en face de Le Pen, qu'au détriment du monde du travail.
QUESTION DE PRIORITE
Durant la campagne du 1er tour, la majeure partie des journalistes, surtout ceux de gauche, n'ont cessé de calomnier et diffamer Arlette Laguiller.
Jour après jour, tout y est passé : les calomnies sur le "magot d'Arlette", les mensonges sur ses pleurs, les ragots sur Lutte Ouvrière.
Les journalistes roulant pour le PS avaient un objectif : noyer ce que nous disions sous un déluge d'injures et de mensonges pour empêcher que les travailleurs n'expriment, en votant pour Arlette Laguiller, leur rejet du gouvernement de Jospin et de ses alliés.
Ces journalistes auraient mieux fait de s'en prendre à Le Pen. Mais ce danger n'était pas celui qui les inquiétait.
Résultat, ils se réveillent après la bataille et en sont réduits à faire voter Chirac.
EFFET PSYCHOLOGIQUE
Certains disent que si les votes nuls ou blancs (que nous préconisons) étaient nombreux, cela augmenterait le pourcentage de Le Pen et que l'effet psychologique serait désastreux.
Pour mesurer l'importance de l'extrême droite dans le pays, ce qui compte en réalité, c'est le nombre de voix qu'aura Le Pen, pas le pourcentage.
Et si Chirac est élu avec les voix de la gauche, c'est pour les travailleurs que l'effet psychologique sera néfaste !
C'est pourquoi il faut que les électeurs de gauche votent blanc.
Chirac sera quand même largement élu, mais uniquement avec les voix de son camp.
JOSPIN ELIMINE PAR SES PROPRES ALLIES
Il a manqué 200 000 voix à Jospin pour être présent au 2ème tour. C'est un dixième des suffrages recueillis par Mamère, Hue et Taubira, candidats de partis qui siègent au gouvernement Jospin.
Les Verts, le PC et les Radicaux de gauche ont été solidaires de Jospin durant cinq ans et ils avaient annoncé s'y rallier au 2ème tour de la présidentielle.
Mais ils l'ont empêché d'y arriver en présentant leurs propres candidats. Et cela, pour une question de partage des places car ces partis voulaient échanger leurs voix du 1er tour contre les postes de ministres qu'ils escomptaient de l'élection de Jospin.
Sans Mamère, Hue et Taubira, Jospin serait passé haut la main.
DIS-MOI QUI SONT TES AMIS...
Le meeting de Chirac à Lyon, jeudi dernier, rassemblait les ténors de la droite avec, au premier rang, Millon et Blanc.
Aux élections régionales de 1998, ces deux-là ont pris la présidence de conseils régionaux en passant un accord avec le Front National et en donnant des postes de vice-présidents aux hommes de Le Pen.
La gauche présente Chirac comme un rempart contre Le Pen. Mais Chirac, lui, n'attend même pas d'être réélu le 5 mai pour s'afficher aux côtés de ceux qui frayent avec Le Pen.
MANIFESTONS LE 1er MAI
Partout où des manifestations sont prévues le 1er Mai, Lutte Ouvrière appelle à y participer.
Pour faire entendre la voix et les revendications du monde du travail, pour affirmer que pas une voix de travailleur ne doit aller à Le Pen, pour dire aussi que, puisque le candidat du grand patronat Chirac sera réélu, autant qu'il le soit sans notre approbation.
27/04 - Communiqué d'Arlette Laguiller sur le second tour
Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte Ouvrière réaffirme qu'elle n'appellera pas à l'abstention et que pas une voix du monde du travail ne doit se porter sur Le Pen. Mais elle se refuse à appeler à voter Chirac comme le fait toute la gauche qui s'enchaîne elle-même au char de Chirac, ce qui est grave pour le monde du travail, car cela laisse les mains libres à un homme qui représente ouvertement le patronat pour prétendre, à l'avenir, qu'il aura été plébiscité par l'ensemble de l'électorat. Ce ralliement à Chirac montre le peu de cas que les partis de gauche font de la différence entre eux-mêmes et les partis de la droite.
C'est pourquoi Lutte Ouvrière n'appelle pas à l'abstention mais appelle à se rendre aux urnes pour voter blanc ou nul. Ce qui comptera c'est que Le Pen obtienne le moins de voix possible, et Lutte Ouvrière y contribuera par une campagne contre Le Pen et ses idées dans la rue, dans les quartiers populaires et dans les entreprises.
26/04 (LO #1761)- On ne combat pas Le Pen en soutenant Chirac
Le fait que le deuxième tour de l'élection présidentielle voie s'opposer les seuls Chirac et Le Pen a fait naître une émotion parmi bien des sympathisants de gauche, jeunes et moins jeunes. Des dizaines de milliers de jeunes lycéens ou étudiants sont descendus dans la rue pour faire connaître leur rejet des idées de Le Pen. C'est tant mieux, et Lutte Ouvrière a été, et continuera bien sûr de l'être, totalement partie prenante de ces manifestations.
Mais du côté des partis de la gauche plurielle - PS, PCF, Verts -, la seule perspective proposée est celle du vote Chirac au second tour en se contentant, en guise de raisonnement politique, de ce choix électoral : voter Chirac empêchera Le Pen de passer, disent-ils, en oubliant que cela veut dire aussi cautionner sa politique passée et à venir, dont rien ne nous garantit qu'elle ne rivalisera pas avec celle de Le Pen sur le terrain de la réaction, et dont on est assuré en tout cas qu'elle s'attaquera au monde du travail et à la population laborieuse, aux retraites, aux salaires, aux services publics.
C'est en fait parce que les partis de la défunte "gauche plurielle" n'ont pas d'autre politique à proposer qu'ils voudraient enfermer l'électorat de gauche dans ce piège. Et pourtant, le choix, pour faire réellement barrage à l'extrême droite et à ses idées, ne peut pas être seulement de plébisciter le 5 mai prochain celui qui opprimera demain les classes populaires. Que l'on baptise cette union nationale derrière le candidat de la droite du nom pompeux de "front républicain" ou autrement, c'est lier par avance les mains à la population, la désarmer et la démoraliser, puisque "c'est elle qui aura choisi" son futur président.
Pourtant faire campagne contre Le Pen n'implique pas obligatoirement d'appeler à voter Chirac ! Cette position, en fait, est, sur le plan électoral, l'aveu que les partis de la gauche plurielle ne se sentent même pas capables de s'adresser aux électeurs de Le Pen du 21 avril pour les convaincre de ne pas renouveler leur vote.
Bien sûr, parmi les électeurs de Le Pen il y a de fieffés réactionnaires qui rêvent de mettre la classe ouvrière au pas, et accessoirement tous ceux qui se réclament des idées progressistes ; mais il y a aussi malheureusement de nombreuses personnes issues des milieux populaires qui sont trompées par la démagogie de Le Pen, et qui ne voient pas qu'en réalité Le Pen est aussi leur ennemi et même leur pire ennemi. Il est vrai que si l'électorat Le Pen se maintient à un niveau élevé c'est bien souvent parce que la politique menée depuis des années par les partis de gauche les a déçus... et ces partis sont donc mal placés aujourd'hui, entre deux tours d'élection présidentielle, pour changer de langage et de politique et pour trouver le moyen de s'adresser à tous ceux qu'ils ont déçus en menant au gouvernement une politique complètement étrangère aux préoccupations des classes populaires.
Chirac, quant à lui, est le représentant attitré de la grande bourgeoisie, formé et propulsé en politique pour être son représentant zélé dans les allées du pouvoir et le défenseur intransigeant des intérêts particuliers du grand patronat.
Dire qu'on peut s'opposer à Le Pen et à ses idées en votant Chirac, c'est une duperie qui ne peut que renforcer la fausse image du leader du Front National, contribuer à lui donner l'auréole d'un opposant radical au système dans son ensemble, lui le milliardaire chef d'entreprise qui n'est autre que l'ultime rempart du monde des possédants. C'est d'autant plus une duperie que Chirac peut très bien, demain, reprendre lui-même à son compte tout ou partie de la politique de Le Pen. Il n'y a pas de cloison étanche entre la droite et l'extrême droite. Les choix entre l'une et l'autre que font les politiciens sont bien souvent affaire de circonstances et d'opportunités politiques.
Il faut rappeler que Chirac a construit son ascension politique en faisant revivre le mythe de l'ancien parti d'extrême droite de De Gaulle, le Rassemblement du Peuple Français, (RPF), en fondant en 1976 le Rassemblement Pour la République (RPR), qui se présentait comme le représentant d'une droite dure et radicale face au laxisme de Giscard à qui il reprochait de reprendre à son compte les idées de la gauche. Pour plaire à l'électorat raciste et xénophobe il mit en avant les valeurs de "la patrie", parla "des bruits et des odeurs" des immigrés dans les HLM, leur cuisine et le reste... Et c'est bien à dessein, quand Chirac revint au pouvoir en 1986, que son ministre de l'Intérieur Pasqua organisa démonstrativement des charters pour expulser les immigrés et qu'une série de lois répressives furent préparées.
Alors Chirac est tout à fait capable de reprendre à son compte, une fois au pouvoir, la politique qui vise à plaire aux secteurs à l'électorat de Le Pen, en généralisant la chasse aux immigrés et en édictant des lois répressives xénophobes. Sans parler des lois anti-ouvrières qu'un plébiscite en sa faveur l'encouragerait à prendre, en se sentant "légitimé par la nation toute entière".
Rappelons aussi que toute une partie de l'encadrement des partis d'extrême droite d'aujourd'hui vient du RPR ou de l'UDF, certains comme Madelin, eux, ayant fait le chemin inverse. Le passage d'un bord à l'autre n'a jamais posé de problèmes dans ces milieux où l'on se combat surtout pour des raisons d'influence électorale et de choix politiciens. Alors, présenter Chirac et ses compères comme un rempart contre Le Pen et ses idées serait une douce plaisanterie, si les choses n'étaient pas sérieuses.
En réalité, certains à gauche voudraient se servir de cette sorte d'union nationale dans le vote Chirac, pour cacher leur véritable politique, qui refuse de s'attaquer au pouvoir du grand patronat et à sa dictature économique qui pèse sur les conditions de vie de la population laborieuse
Faire cause commune avec un tel ennemi avéré des travailleurs, ce n'est pas faire barrage à la pire des réactions, c'est au contraire faire son lit.
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