L’élection présidentielle américaine a donc été remportée par le candidat du Parti démocrate, Barack Obama. Cette élection a d’autant plus passionnée, même au-delà des Etats-Unis, que pour la première fois, le candidat du Parti démocrate est un métis de père africain. Et étant donné le passé des Etats-Unis où l’esclavage des Noirs n’a été aboli qu’en 1865 à la suite d’une guerre civile sanglante et où, il y a une quarantaine d’années encore, la ségrégation raciale était officielle dans plusieurs Etats, l’élection d’Obama est un fait sans précédent. Elle est ressentie comme une victoire par les Noirs américains, mais aussi par ceux d’origine hispanique ou indienne qui se sentent opprimés ou exclus.
Le fait qu’Obama soit sorti vainqueur du duel qui l’a opposé à McCain, peut amener une certaine satisfaction, ne serait-ce que parce qu’il signifie l’échec du camp qu’incarne le duo McCain et sa très réactionnaire colistière Palin, le camp du conservatisme social et de la bigoterie affichée. C’est aussi le signe que ce ne sont pas les « beaufs » version américaine avec leurs préjugés racistes qui dominent l’électorat.
Mais cette satisfaction, pour importante qu’elle soit, s’arrête là. Contrairement à son slogan électoral qui promet le changement, Obama gouvernera, comme tous ses prédécesseurs, en fonction des intérêts de la grande bourgeoisie américaine. Nous vivons dans des sociétés extrêmement divisées : divisions par nationalités, par religions, par couleurs de la peau. Mais il est une opposition essentielle, qui conditionne même les autres : l’opposition entre les classes sociales, c’est-à-dire entre ceux qui possèdent et dirigent l’économie et les autres qui n’ont que leur travail pour vivre. Et de ce point de vue, comment imaginer que la puissante bourgeoisie américaine qui domine non seulement les Etats-Unis mais aussi, à certains égards, le monde entier, puisse jouer la défense de ses intérêts sur les aléas d’une élection ?
Pour être sûre de gagner à tous les coups, la bourgeoisie américaine a financé les deux rivaux. Et il semble bien qu’Obama ait récolté plus d’argent encore que son concurrent. À sa façon, la bourgeoisie a voté avec des billets verts en guise de bulletins de vote. La chose n’est certainement pas nouvelle, mais jamais les sommes en jeu n’ont été aussi gigantesques.
Si les grandes banques de Wall Street ont financé massivement Obama, ce n’est pas seulement parce qu’elles ne le craignent pas. C’est aussi en raison du crédit dont il bénéficie en particulier dans la partie de la population durement frappée par la crise financière, qu’il vaut mieux bercer d’illusions et endormir avec des paroles doucereuses.
La crise de l’économie capitaliste a déjà durement frappé les classes populaires de ce pays. Deux millions de personnes, et sans doute plus, incapables de payer les remboursements de leurs logements aux banques sont jetées à la rue. D’autres, ou les mêmes, qui ont cotisé toute leur vie durant à des caisses de retraite privées, menacées aujourd’hui de faillite, n’auront rien sur leurs vieux jours. Et puis, il y a aussi les entreprises qui réduisent leurs effectifs les unes après les autres ou ferment leurs usines.
Dans cette Amérique, le pays le plus riche du monde capitaliste, une partie des classes populaires est poussée vers une misère aussi effroyable que dans bien des pays pauvres. Il serait illusoire de penser qu’Obama les en protégera, lui qui a apporté tout son soutien au plan de sauvetage des banques et des banquiers proposé par Bush ; plan qui par ailleurs n’a rien accordé à ceux qui sont expulsés de leur logement, pas même un moratoire sur leurs dettes.
Alors, ce que l’on peut souhaiter de mieux à la classe ouvrière américaine, c’est que, quel que soit son vote, elle ne se fasse pas trop d’illusions sur le président élu, même et surtout s’il promet le changement. Et, rappelons-le, la génération qui a subi la plus grande crise du passé, celle commencée en 1929, a été aussi celle qui a su réagir et mener les plus grandes luttes grévistes que le mouvement ouvrier américain ait jamais menées.
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