Pendant près de trois semaines, des milliers de manifestants ont tenu les rues de Cayenne et d’autres communes du département de la Guyane. Bloquant les carrefours, les avenues, les routes, le port et l’aéroport international, ils réclamaient une baisse de 50 centimes du prix de l’essence et du gazole.
Le 5 décembre, les manifestants obtenaient satisfaction. Le gouvernement acceptait de baisser les prix de 30 centimes, tandis que le Conseil régional, financièrement soutenu par l’Etat, attribuait une aide à la société pétrolière pour lui permettre de diminuer les prix de 20 centimes. Si pour le consommateur il y aura donc bien une baisse de 50 centimes, la société pétrolière, la Sara appartenant au groupe Total aura, elle, rien ou bien peu à débourser. Pourtant c’est d’abord l’importance de la marge que s’octroient les raffineries qui grève le prix à la pompe. Alors, quand on connaît d’une part les profits considérables des compagnies pétrolières, et d’autre part les difficultés économiques croissantes de la population, il y avait vraiment de quoi se mettre en colère.
Le mouvement a été déclenché par les regroupements de petits transporteurs ainsi que par des associations de consommateurs. Mais il a été vite rejoint par la population, ce qui lui a donné son caractère populaire. Dans certains quartiers pauvres, les manifestants ont même dressé des barricades, et des affrontements ont eu lieu avec les forces de répression.
Une autre raison qui a poussé le gouvernement à reculer a certainement été la crainte que de la colère guyanaise puisse s’étendre à la Martinique et la Guadeloupe. Dans ces deux îles, plusieurs associations de transporteurs et de consommateurs ont d’ailleurs menacé de journées de protestation « comme en Guyane ». Prudent, le gouvernement a alors fait baisser les prix de 15 centimes pour le sans plomb et de 10 centimes pour le gazole à compter du 1er décembre aux Antilles, et de 5 centimes à la Réunion.
C’est une bonne chose que la mobilisation ait réussi à imposer l’allégement des dépenses de carburant, qui pèsent lourd sur le budget des travailleurs et de l’ensemble de la population laborieuse. D’autant que dans les départements d’Outre-mer les petits salaires sont globalement plus bas qu’en France et le chômage bien plus important, alors que le coût de la vie y est plus élevé.
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