Au début des années 50, 220 familles réunionnaises ont émigré dans la région de la Rivière Sakay dans l’Ouest de Madagascar. Pendant 25 ans elles occuperont plusieurs milliers d’hectares avant de commencer à en être chassées à partir de 1972.
En 1950 Madagascar était encore une colonie française et le restera jusqu’en 1960. A cette époque donc, avait été créé en métropole le bureau d’études pour le développement de la production agricole (BDPA). Son projet, financé par le Fonds d’investissement pour l’Outre-mer (Fidom), était d’installer des agriculteurs métropolitains à Madagascar.
Apprenant l’existence de ce projet, des fervents partisans de l’émigration des Réunionnais, en particulier le député et maire de Saint Pierre, Raphaël Babet, firent tout ce qu’ils purent pour qu’à la place des métropolitains, soient envoyés des Réunionnais.
L’idée n’était pas nouvelle. Entre 1941 et 1950, plusieurs chargés de mission étudièrent les possibilités d’une implantation réunionnaise durable à Madagascar, une façon de faire partir des centaines de pauvres. Car c’est bien de cela qu’il s’agissait pour les autorités réunionnaises, se débarrasser des familles de petits blancs des hauts de l’île qui n’avaient rien à perdre, du moins dans un premier temps.
La colonisation de Sakay va se poursuivre durant 25 ans. Jusqu’à un millier de colons réunionnais et des cadres métropolitains s’installèrent sur plusieurs milliers d’hectares achetés notamment par le conseil général, aidé par le Crédit Agricole de La Réunion.
Aux yeux des initiateurs ou des visiteurs tel que Michel Debré, la colonie était florissante. Une véritable petite ville, baptisée Babetville, fut construite. La coopérative abrita la troisième porcherie au monde et fournissait la capitale malgache en lait et fromage...
Ce furent les événements de 1972, qui précédèrent l’arrivée au pouvoir de Ratsiraka, qui mirent un terme à cette colonisation.
Les Réunionnais de la Sakay ont été expulsés. Ils transitèrent pour la plupart par le centre de rapatriés de Sarcelles, ou bien ils vécurent dans l’indifférence, et parfois dans la clandestinité en Champagne ou en Provence. Les derniers quittèrent la Grande Ile en 1977. Un certain nombre préférèrent se donner la mort.
En 1980 le ministère français de l’économie et des finances liquida la Société professionnelle et agricole de la Sakay, avec pour objet l’indemnisation des fermiers réunionnais. Mais aujourd’hui les rescapés de la Sakay attendent toujours.
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