Il y a vingt ans, du 23 février à la mi-mars 1991 ont eu lieu des manifestations suivies d’émeutes dans le quartier du Chaudron. Jours et nuits, jeunes et moins jeunes se sont opposés à la police, s’en prenant aux symboles du pouvoir de l’État français mais aussi à ceux du grand patronat local.
Ce qui à l’origine n’était en apparence qu’une manifestation contre la saisie de l’émetteur de la télévision « Télé Freedom » allait s’avérer être l’expression d’un ras-le-bol contre les mauvaises conditions d’existence de toute une population.
Le samedi 23 février, à l’appel de Camille Sudre, alors propriétaire de Télé Freedom, entre 1000 et 1500 personnes descendirent au Barachois pour protester contre l’ordre de saisie de l’émetteur de la télé. Mais très vite la manifestation vira à la confrontation, puis à l’émeute.
Le soir même, les manifestants se replièrent au Chaudron. Le Géant Score appartenant alors à Jacques De Chateauvieux fut pillé et partiellement brûlé. La mise à sac se poursuivit le dimanche et le lundi.
D’autres magasins de la zone industrielle dont les produits étaient jusqu’alors inaccessibles à la grande majorité de la population furent également pillés et incendiés. Il y eut neuf morts provoqués par les incendies.
Les émeutes se poursuivirent encore pendant plusieurs jours. Arrivé dans l’île au moment des événements, Louis Le Pensec, ministre des Dom-Tom du gouvernement socialiste de Michel Rocard accusa le PCR et son leader Paul Vergès d’être les instigateurs de cette révolte. Il parla même de « complot ». Le PCR s’en défendit, allant jusqu’à menacer de quitter la majorité présidentielle.
Certes, le PCR ne cachait pas sa sympathie pour les jeunes manifestants et même une certaine compréhension pour les pillages auxquels s’était livrée la population du Chaudron. Mais il était loin de jeter de l’huile sur le feu ni même de s’être totalement rangé aux côtés des déshérités en rébellion.
La CGTR par exemple, dont les liens avec le PCR étaient à l’époque encore plus proches qu’aujourd’hui, annula une manifestation des travailleurs en grève sous le prétexte d’éviter de possibles provocations. Le PCR indiquait par là qu’il ne voulait pas voir le mouvement ouvrier organisé soutenir, étendre ou prendre la tête d’un mouvement plus vaste.
En fait, c’est à cause des attaques et des insultes des politiciens de droite, du Parti Socialiste ou de l’évêque Gilbert Aubry qui suppliait « i fo pa mal-parl bann zorey, sé zot i donn larzan RMI », que le PCR apparut aux yeux de beaucoup comme ayant soutenu les émeutes.
L’arrivée dans l’île de Michel Rocard le 17 mars n’apaisa pas la colère de la population. Il déclara qu’il n’était pas « le père Noël ». Tout au plus promit-il d’offrir la plage d’émission de Télé Freedom à une nouvelle télé privée Antenne Réunion. Mais rien pour la population qui s’était soulevée contre la misère, le chômage et le mépris dans laquelle elle était tenue.
Aujourd’hui, vingt ans après, rien n’a changé ou presque pour les masses populaires. Les ingrédients qui favorisèrent cette révolte sont encore présents. Les travailleurs sont toujours aussi pressurés par le patronat et le gouvernement, le taux de chômage est toujours de 30 %, il y a peu de perspectives pour la jeunesse…et les riches continuent d’étaler leurs richesses.
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