À Mayotte, il n’est pas un jour de consultation au dispensaire qui ne se fasse sans le contrôle de la Police de l’Air aux Frontières, témoignent des représentants de Médecins du monde. Alors que le droit aux soins devrait être total pour tout le monde, il est battu en brèche dans cette île de l’Océan Indien, située au nord-ouest des côtes de Madagascar et administrée par la France.
Ainsi, dans le cadre d’une politique visant à stopper la venue de populations en provenance des autres îles de l’archipel comorien, une ordonnance de juillet 2004 a mis fin à la gratuité des soins dans les hôpitaux et dispensaires. De ce fait, 35 % de la population dite irrégulière, soit entre 50 000 et 70 000 personnes, n’ont plus aujourd’hui accès à des soins gratuits.
Les rafles quotidiennes pour atteindre les objectifs de reconduites à la frontière fixées par le gouvernement ont eu d’importantes conséquences sur le système sanitaire. Et bien que Mayotte ait été dotée d’une Caisse générale de Sécurité sociale (l’équivalent des CRAM pour les départements d’Outre-mer), ni la CMU, ni l’Aide médicale d’Etat n’y sont pour l’heure applicables.
Depuis 2005, les consultations ont diminué de 20 % dans les dispensaires. Certes, jusqu’en 2010, la gratuité des soins devrait être conservée pour les affiliés sociaux français ou migrants en situation régulière mais pour les personnes dépourvues de titre de séjour, l’accès aux soins passe par le paiement, au guichet, d’un forfait qui varie selon le type de soins. Cela va de 10 euros pour une consultation médicale avec traitements médicamenteux, à 300 euros pour un accouchement.
L’Agence régionale d’hospitalisation a néanmoins établi deux exceptions pour lesquelles une prise en charge est censée être assurée, sans avance de frais. L’une concerne les maladies transmissibles et durables, l’autre des actes d’urgence scrupuleusement répertoriés. À condition toutefois que le critère d’urgence soit accepté, non par un professionnel de santé mais par un agent administratif, ce qui laisse la porte ouverte à tous les arbitraires. Il n’est donc pas rare que des personnes « en situation irrégulière » mais ayant besoin de soins d’urgence, soient renvoyées vers les autres îles des Comores.
C’est d’ailleurs, entre autres pour ces raisons, que la France a été condamnée par la Commission européenne des Droits de l’Homme pour irrégularité dans ses dispositifs de prise en charge des étrangers.
Mais de cela le gouvernement se moque éperdument, seul compte pour lui le nombre des reconduites effectuées. En ce domaine Mayotte se situe d’ailleurs en tête pour les « bons chiffres » du gouvernement. Avec plus de 16 000 expulsés en 2006, l’île totalise à elle seule plus de la moitié des expulsions. Un bien triste record.
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