Nous reproduisons ci-après quelques extraits de l’intervention faite par un de nos camarades lors de la fête annuelle de Lutte Ouvrière qui s’est déroulée les 11, 12 et 13 mai dans la région parisienne
[…] À la Réunion, une île qui compte près de 800 000 habitants, le taux de chômage fluctue depuis des décennies entre 30 et 40% de la population active. Sur les 300 000 personnes que compte la population active, près des deux-tiers sont donc privés d’emplois, soit obligés d’accepter un travail à temps partiel en sachant que temps partiel signifie Smic partiel. 58 000 personnes n’ont que le RMI pour vivre.
Si les revenus du travail sont plus faibles à la Réunion qu’en Métropole, les prix par contre sont plus élevés. […] Concernant le logement, 25 000 familles sont sur listes d’attente. […] La couche de population qui souffre le plus du manque de logements est la communauté mahoraise et comorienne qui, bien souvent, n’a pas d’autres choix que d’avoir recours à des marchands de sommeil sans scrupules.
J’ai parlé du chômage et du manque de logements. Il faudrait aussi souligner l’insuffisance des transports en commun. La plupart des travailleurs n’ayant pas d’autres choix que de se déplacer en voiture pour se rendre à leur travail passent parfois et chaque jour plusieurs heures dans les embouteillages.
En ce début de 21ème siècle, on estime que la Réunion compte entre 100 et 120 000 personnes illettrées. Et plus les catégories sociales sont en difficulté, plus la situation est aggravée. En 2001, 39 % des bénéficiaires du RMI étaient illettrés. Rappelons que la moyenne nationale est de 9 % d’illettrés. […]
La Réunion connaît également un bien triste record dans la consommation d’alcool. Les spécialistes estiment qu’il y a au moins 50 000 consommateurs excessifs et 20 000 personnes en réelle dépendance. À la Réunion, l’alcool est en cause dans près de la moitié des accidents de la route et le syndrome d’alcoolisation foetale est la première cause des déficiences mentales constatées. L’excès d’alcool n’est pas sans lien non plus avec les violences commises contre les femmes à la Réunion, bien qu’il n’en soit pas la seule cause.
Loin de moi, l’idée de brosser un tableau sombre et pessimiste de l’île. Mais voilà la réalité à laquelle est confrontée la majorité de la population.
Alors, quels remèdes apporter ? Actuellement le maître mot est : « Le développement de la Réunion ». Dans les bureaux ministériels, en passant par la Région ou le Département ; dans les groupements patronaux et y compris dans des organisations syndicales de salariés, on discute, on réfléchit, on élabore des plans pour faire de la Réunion « un pôle de compétitivité », « un espace d’excellence internationale », « une vitrine de l’Océan Indien », etc.
Que le monde patronal regroupé sous l’étiquette « La Réunion économique » présente des dossiers susceptibles de faire tomber l’argent public dans leurs escarcelles privées, il n’y a là rien d’étonnant. Ces gens-là sont à l’affut de toutes les opportunités, nombreuses d’ailleurs, pour les satisfaire. […]
Mais cette satisfaction n’est pas seulement affichée par le patronat. Elle l’est aussi par ceux qui disent vouloir se situer auprès de la population et des travailleurs. C’est le cas du président de la Région, Paul Vergès, par ailleurs dirigeant du Parti Communiste Réunionnais qui, commentant toutes les mesures abondamment discutées dans les cercles patronaux, n’y voit rien moins que l’ouverture d’une « ère nouvelle ».
Des responsables syndicaux considèrent même que le monde patronal regroupé dans « La Réunion économique », s’est emparé de certains domaines d’activités stratégiques définis par les acteurs sociaux, y compris les syndicats donc, et ayant recueillie l’approbation de la CGTR. C’est là une façon d’acquiescer aux plans patronaux présents et futurs.
Le secrétaire général de ce syndicat, le plus important de l’île, reconnaît certes qu’il s’agit avant tout d’une « entreprise de communication » de la part du patronat. Mais il reste que les objectifs patronaux et ceux présentés par les directions syndicales apparaissent liés. Et ce sont précisément ces liens maintes fois répétés, cette communauté d’intérêts sans cesse soulignée, même de façon insidieuse, qui empoissonnent la conscience des travailleurs.
Oh certes, les travailleurs savent bien que les patrons agissent d’abord et uniquement en fonction de leur seul intérêt. Cette réalité ils la vivent tous les jours. Ils savent en particulier que pour obtenir la moindre augmentation de salaire, la moindre amélioration dans leurs conditions de travail, la moindre prime qui puisse leur permettre de boucler un peu mieux une fin de mois, il leur faut se battre. […]
Mais pour pouvoir améliorer totalement et durablement la situation du monde du travail, il faut d’abord la conscience que les intérêts des patrons et ceux des ouvriers sont antagonistes et que l’organisation sociale que nous connaissons aujourd’hui, celle du capitalisme, ne peut amener aucun progrès stable et permanent. Cette conscience, la plupart des travailleurs ne l’ont pas, ou plutôt ne l’ont plus aujourd’hui. Ils estiment au contraire que leur avenir dépend uniquement de la bonne santé de leur entreprise et plus généralement de la bonne santé du régime capitaliste. C’est là une illusion malheureusement entretenue par tous ceux qui, dans le monde ouvrier, propagent l’idée qu’il peut y avoir un avenir commun, « une ère nouvelle », entre la bourgeoisie d’un côté et le monde des travailleurs de l’autre.
La bourgeoisie, classe dominante, aspire évidemment à ce que les travailleurs viennent sur son terrain car ils ne peuvent le faire qu’en abandonnant leurs intérêts de classe. Au lieu de mettre en garde les travailleurs contre ces dangers, les organisations qui prétendent vouloir défendre les classes laborieuses cautionnent les objectifs du patronat en expliquant qu’elles pourraient elles les améliorer. C’est là un mensonge. Pire encore, cela contribue tout simplement à embrumer la conscience ouvrière, voire à la faire disparaître tout simplement.
Pour ce qui nous concerne, une des raisons fondamentales de notre existence est de maintenir le drapeau de l’indépendance programmatique et politique du monde ouvrier. Nous sommes peu nombreux certes, mais nous sommes les seuls à dire que le programme et les objectifs qui doivent être ceux des travailleurs ne peuvent se confondre avec ceux du patronat. Qu’entre les deux il y a un fossé d’intérêts, qui ne peut être franchi. […]
A vouloir se situer sur un terrain prétendument commun au patronat et aux travailleurs, des militants qui se voulaient pourtant socialistes ou communistes ont fini par entretenir les pires confusions et épouser les pires idéologies distillées par la bourgeoisie au sein du monde ouvrier. […]
Voilà, camarades dans quelle perspective nous situons notre combat. Nous sommes peu nombreux, bien trop faibles encore, mais nous avons la conviction que les idées que nous portons et qui n’ont rien d’originales puisque ce sont celles qui furent portées par le mouvement ouvrier dans sa période la plus glorieuse et la plus faste, restent néanmoins les seules qui sont porteuses d’avenir, pour tout le monde du travail et avec lui pour toute l’humanité.
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