L’action de plusieurs associations a fait bouger les choses pour les sans-logis.
Il faut certes un réel culot de la part de Chirac pour annoncer qu’il veut inscrire « le droit au logement opposable » dans la loi. Cela fait près de douze ans qu’il est au pouvoir et pendant ce temps le nombre de mal-logés et de sans-logis n’a cessé d’augmenter. Mais enfin, au moins en paroles, Chirac reprend une vieille revendication des associations qui militent pour le droit au logement. Seulement, ces associations sont les premières à exprimer leurs craintes que les choses en restent aux mots.
Des lois qui assurent qu’un logement est un droit, il y en a eu dans le passé. La première du genre date de 1982. Aujourd’hui 100 000 personnes vivent dans la rue. Il faut y ajouter près d’un million de personnes qui sont privées de logement personnel, c’est-à-dire qui sont hébergées par la famille, des amis ou vivent en foyers. Et le nombre de personnes inscrites sur les listes d’attente de logement social avoisine 1,5 million.
À la Réunion et dans les autres DOM la situation est tout aussi indigne. Plus de 26 % des résidences principales peuvent être considérées comme insalubres. Il faudrait construire des dizaines de milliers de logements pour répondre aux besoins les plus urgents. Il faudrait aussi arrêter cette politique de défiscalisation, faite pour les riches, et dont les effets négatifs conduisent entre autres à la hausse du prix du foncier. Il faudrait encore que l’État débloque immédiatement les fonds promis pour le logement et jamais versés et que certains estiment à un milliard d’euros. Et pourquoi la loi de Cohésion sociale, même peu contraignante et peu efficace n’est-elle pas appliquée dans les DOM ?
Le problème du logement n’est pas vraiment nouveau car l’économie capitaliste n’a jamais pu assurer un logement correct à l’intégralité des classes populaires. Mais depuis quelques années, cet état de choses s’est aggravé.
L’État pourrait, s’il le voulait, briser la spirale de la spéculation immobilière. Il devrait prendre l’initiative de construire lui-même les logements corrects et à loyer accessible qui manquent, et cela sans générer du profit privé pour les promoteurs. Quant aux terrains dont la rareté et la cherté sont invoquées, l’État pourrait prendre les mesures coercitives qui s’imposent pour les réquisitionner si nécessaire.
Mais pour cela, il faudrait être prêt à marcher sur quelques privilèges et être capable d’appliquer une mesure en faveur des démunis avec la même détermination et la même célérité que lorsqu’il s’agit de favoriser les riches.
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