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Le mensuel de La Réunion
Île de la Réunion
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LES PATRONS PLEURENT LA BOUCHE PLEINE

À l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 2009, le gouvernement a dit vouloir quelque peu écorner certains des avantages dont bénéficient les patrons des départements d’Outre-mer (en particulier les plus grands), et ceux qui investiraient dans ces régions.

Jusqu’à présent l’État fait chaque année plus d’un milliard d’euros de cadeaux au patronat des départements d’Outre-mer sous la forme de diverses exonérations de cotisations sociales. À cela s’ajoute aussi pour eux ou pour tout autre investisseur de métropole la possibilité d’échapper à l’impôt en plaçant leur argent dans l’immobilier ou les PME ultramarines.

Ce sont ces deux dispositions que le gouvernement entendrait limiter en instaurant une dégressivité sur les exonérations de cotisations patronales et un plafonnement des sommes pouvant être défiscalisées, mais qui pourrait tout de même atteindre 40 000 euros par foyer.

Ces intentions qui ne mettraient évidemment pas le patronat sur la paille ont créé un grand émoi. Les patrons de la Réunion se sont ainsi mobilisés à plusieurs reprises et ont même été jusqu’à manifester devant la préfecture leur opposition au projet élyséen.

Les patrons du bâtiment, par exemple, ont insinué que si le gouvernement persistait dans cette voie, cela se traduirait par la fermeture de nombreuses entreprises du BTP et le licenciement de 5 000 à 6 000 ouvriers. Dans un style plus comptable, le président de l’Association pour le développement industriel de la Réunion, a chiffré la perte à 70 millions d’euros « pour la Réunion » : une façon de dire pour ceux de sa classe sociale. Et jouant ensuite sur la fibre sociale, il s’est posé cette question terrible : « Avec l’augmentation à venir de la population et des dizaines de milliers de logements à construire, pourquoi l’angoisse s’installe-t-elle ? ». Mais si angoisse il y a, c’est d’abord celle des dizaines de milliers de Réunionnais mal logés et dont le patronat du BTP se moque éperdument, lui qui, des années durant, a empoché les bénéfices des exonérations et autres défiscalisations en construisant là où cela pouvait lui rapporter, c’est-à-dire dans le secteur du logement privé, pour vendre à ceux qui avaient les moyens d’acheter. Pour les autres, les plus pauvres, il n’y a rien eu puisque les défiscalisations ne concernaient pas le logement social.

Aujourd’hui que le gouvernement prétend vouloir réorienter la défiscalisation vers la construction de logements sociaux, les patrons font grise mine. Un de leur porte-parole, ex-dirigeant d’un groupe sucrier, a même demandé qu’avant de se lancer dans la construction du moindre HLM ou LTS, les patrons aient la garantie que les salaires soient entièrement exonérés de cotisations patronales, jusqu’à 2,5 fois le SMIC.

Seront-ils entendus au parlement ou à Matignon ? En tout cas, ils l’ont déjà été à la Réunion, aux Conseils général et régional, où au nom de « l’unité des Réunionnais », la droite comme la gauche soutiennent les exigences patronales. Une façon de mettre le monde du travail à leur remorque, ce dont il ne peut être question.


 

 
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