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Le mensuel de La Réunion
Île de la Réunion
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Ma seule préoccupation, l’intérêt des travailleurs.

Nous publions ci-après une déclaration d’Arlette LAGUILLER adressée aux travailleuses et aux travailleurs de La Réunion.

Pas plus que la France métropolitaine, la Réunion, comme tous les autres départements d’Outre-mer, n’échappe à l’opposition entre une minorité de possédants qui monopolisent les richesses et la classe qui n’a que son travail pour vivre.

Pour tous les actes de la vie économique, il faut des travailleurs. Des planteurs, des ouvriers agricoles pour cultiver les terres, des ouvriers dans les usines sucrières, dans le bâtiment et d’autres pour charger et décharger les marchandises au Port. Il faut des employés pour faire fonctionner les transports collectifs, encore trop peu nombreux il est vrai dans votre île. Les hyper et supermarchés qui font la richesse de grands groupes capitalistes, ne pourraient fonctionner sans les caissières, les magasiniers et les manoeuvres. Que seraient tous les services publics sans les employés qui y travaillent, les nombreuses banques, les compagnies d’assurance, ainsi que toute l’industrie touristique ?

Pour être peu nombreuse, la bourgeoisie réunionnaise, qu’elle soit d’ascendance créole ou originaire de l’Hexagone, est avide dans l’exploitation. Elle mène une guerre permanente contre les travailleurs, contre leurs conditions de travail et leur niveau de vie. Elle est toujours à l’affût pour bafouer ce qui, dans la législation sociale, protège les travailleurs et leur dignité. Et bien, dans cette lutte de classe, je suis sans réserve du côté des travailleurs lorsqu’ils revendiquent le droit à des salaires corrects, lorsqu’ils refusent les licenciements et lorsqu’ils cherchent à faire prévaloir leurs droits et leur dignité face à l’arrogance patronale.

Dans ma campagne électorale.

Ma campagne électorale est dans la continuité de ma politique : faire prévaloir les intérêts politiques et matériels du monde du travail. Le chômage, les licenciements, la précarité, la dégradation des conditions d’existence et de travail que je dénonce concernent évidemment le département de la Réunion autant, et plus même, que ceux de la métropole. Car le chômage y est plus élevé, la précarité plus générale, les salaires de la plupart des catégories sont plus bas, alors que les prix y sont plus élevés.

Juridiquement, la Réunion, comme les autres départements d’Outre-Mer, sont des départements français mais des départements qui, du point de vue social, sont moins égaux que d’autres. Il aura fallu attendre plus de quarante ans, après que la départementalisation ait été décidée, pour que le montant des allocations familiales soit aligné sur celui de la France et plus d’un demi-siècle pour que le Smic et le RMI le soient aussi.

En finir avec ce mal qui ronge toute la société.

Il n’est pas normal qu’une fraction aussi importante du monde du travail soit réduite au chômage et obligée de vivre du RMI. Plus de 100 000 chômeurs, 73 000 Rémistes, ce n’est pas humainement acceptable. Les besoins de la population étant fort nombreux, les emplois nécessaires à les satisfaire devraient l’être tout autant. Rien que dans le domaine des équipements, de la santé, de l’éducation, des transports collectifs et, de façon plus générale, dans tous les services publics, les insuffisances sont criantes.

Beaucoup parmi les classes populaires sont mal logés. Il manque à la Réunion des dizaines de milliers de logements sociaux, et si l’on construit dans votre île c’est, dans le cadre de la défiscalisation, uniquement pour les catégories sociales les plus aisées. C’est pourquoi, la construction doit être considérée comme un véritable service public. Il est plus qu’urgent que ce soit l’Etat et les principales collectivités territoriales qui prennent directement en charge, et à prix coûtant, tous les travaux nécessaires à la population, que ce soit dans le domaine routier, dans les transports collectifs ou bien encore dans celui du logement, là où les besoins sont tellement importants.

Il faudrait donc embaucher dans tous ces secteurs utiles à la collectivité. Mais comment financer ces emplois ? Et bien, en prenant l’argent là où il est, dans les poches des classes riches. Il faut augmenter les impôts sur les profits et sur les revenus des plus riches justement. Au- dessus d’un certain seuil, les impôts sur le revenu doivent être fortement progressifs. Il faut aussi imposer les profits boursiers et tous les profits spéculatifs, ceux tirés en particulier de la sphère immobilière. Il faut rétablir l’impôt sur les bénéfices au moins à ce qu’il était il y a trente ans sous Giscard, c’est-à-dire à 50 % au lieu de 35 % aujourd’hui. Il faut supprimer aussi toutes les niches fiscales dont se nourrissent les nantis. C’est donc sur l’argent accumulé par la classe bourgeoise, grâce à l’exploitation ou grâce aux cadeaux reçus des fonds publics, qu’il faut prendre, et pas dans la poche des plus pauvres.

Si la droite actuellement au gouvernement et si la gauche socialiste qui aspire à la remplacer voulaient vraiment trouver les financements nécessaires, la solution serait à portée de leurs mains. Les aides publiques aux entreprises se sont montées à 65 milliards d’euros ; alors, si cette somme était consacrée à construire des logements, en deux ans toutes les demandes pourraient être satisfaites.

Dans les départements d’Outre-mer comme dans l’hexagone je défends aussi, vous le savez, l’objectif de l’interdiction des licenciements collectifs sous peine de réquisition des entreprises qui ne respecteraient pas cette interdiction. Mais la défense des emplois existants et la création de nouveaux emplois utiles à la population posent tout naturellement la question de savoir qui contrôle les secteurs décisifs de l’économie : les grandes entreprises agro-alimentaires, industrielles, commerciales et bancaires.

Il faut un contrôle sur l’économie.

Ce contrôle est une préoccupation pour beaucoup d’entre vous. Depuis des mois, nombreux sont ceux qui demandent que soit mis en place un Observatoire des prix et des revenus. Mais pour qu’un tel organisme puisse être utile et aider les travailleurs, il faudrait qu’il soit bien différent de celui qui est proposé. Il ne suffit pas, en effet, de demander au gouvernement de le constituer et de le concevoir comme un organisme paritaire, avec des représentants patronaux et des membres désignés par l’Etat. Sous cette forme, ce serait un « machin » de plus, aussi inutile qu’inefficace. Un observatoire utile aux travailleurs devrait au contraire être un organisme composé par les travailleurs eux- mêmes ainsi que par la population, et qui se donnerait pour tâche non seulement d’observer mais aussi de contrôler tous les aspects de la vie économique et sociale, tant dans le domaine du travail et de la production que dans celui de la consommation ou encore de la santé. Les associations, les syndicats, les travailleurs eux-mêmes auraient les moyens matériels et surtout humains de mettre en place un tel organisme et de faire en sorte qu’il mette son nez partout où des décisions pourraient être prises, qui concerneraient les travailleurs et la population. Durant la crise sanitaire du chick, il aurait été par exemple bien utile que la population se mêle d’un peu plus près de la politique sanitaire qui était alors menée, ou plutôt mal menée.

On ose souvent affirmer que les départements d’Outre-mer sont des départements assistés, en évoquant le nombre de ceux qui vivent grâce au RMI. Eh bien, si les mouvements de capitaux entre les département d’Outre-mer et la métropole étaient transparents, si la population pouvait vérifier qui sont les principaux bénéficiaires des transferts d’argent en direction des départements d’Outre-mer, on se rendrait compte que les assistés ne sont pas à rechercher parmi la population laborieuse, mais parmi la bourgeoisie et plus encore parmi les groupes capitalistes de l’agro-alimentaire, de la grande distribution ou des banques de la France métropolitaine.

Le programme que j’avance dans ces élections, personne d’autre ne le défend. Tous vous parleront des intérêts de la France ou de ceux de la Réunion en omettant volontairement de dire que la France ou la Réunion ne sont pas des entités indifférenciées. Ni en France ni à la Réunion on ne peut mettre dans le même sac les grands capitalistes et l’ensemble des travailleurs.

Pour ma part, je chercherai dans cette campagne à faire prévaloir les intérêts des travailleurs, en entendant par là tous ceux qui vivent de leur travail, même si l’organisation sociale actuelle les en a privé.

Arlette Laguiller.


 

 
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