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Le mensuel de La Réunion
Île de la Réunion
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Mars 1946, la Réunion devenait departement français.

Il y a 60 ans, le 19 mars 1946, la Réunion devenait département français. Auparavant, son statut était celui d’une colonie, c’est-à-dire que les lois votées en métropole n’étaient pas systéma-tiquement appliquées dans l’île. Pour cela, il fallait une décision du gouvernement français.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la situation de l’île était catastrophique pour l’immense majorité de la population. Les plus pauvres en étaient les principales victimes. Ils souffraient de maladies, du paludisme en particulier. Les salaires étaient très bas, le coût de la vie élevé, les infrastructures scolaires et sanitaires quasi-inexistantes.

Cette situation avait empiré pendant la guerre. Cependant, tous ne la vécurent pas de la même façon : tandis que les riches continuaient à bien vivre, de nombreuses familles réunionnaises n’avaient qu’un seul repas par jour, très souvent constitué de manioc uniquement.

Dans ce contexte, des militants communistes, syndicalistes, militants des droits de l’Homme, démocrates se regroupèrent au sein du CRADS (Comité Républicain d’Action Démocratique et Sociale). Leur objectif était d’obtenir l’assimilation de l’île à la France.

Cette revendication n’était d’ailleurs pas nouvelle. Elle fut évoquée sous la IIème et la IIIème République et plus encore durant les années 30, à l’époque du Front Populaire. Une des revendica-tions des organisations ouvrières était alors : « la Réunion, départe-ment français ». Ce fut surtout des hommes de gauche qui l’a réclamèrent. Les possédants, eux, s’inquiétaient plutôt de voir appliquer dans l’île les lois de la métropole, surtout celles concernant la législation sociale et l’impôt sur le revenu, inexistant dans les colonies.

Pour le CRADS, dont les principaux dirigeants étaient de Lépervanche et Raymond Vergès, cette revendication devait permettre l’application des mesures sociales votées en métropole, et donc une amélioration des conditions de vie des masses populaires. Parmi les slogans de la campagne du CRADS lors des élections municipales et législatives de 1945, on trouvait « La Réunion, département français ; les personnes âgées pourront ainsi bénéficier de l’argent » vieux moun « , d’une meilleure protection sociale, la scolarisation gratuite pour tous les enfants ».

Aux élections d’octobre 1945, Vergès et de Lépervanche furent élus à l’Assemblée. Après quoi, ils demandèrent avec des députés antillais et guyanais le change-ment de statut de l’île, ainsi que celui de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.

Revendiquer l’application à la Réunion de toutes les lois sociales en vigueur en France était tout à fait normal. Mais cela aurait pu se faire sans soutien aux autorités de la métropole, sans pousser la population à placer sa confiance dans un Etat bourgeois et colonial, dont les forces réprimaient les travailleurs à chacun de leurs mouvements. Ce ne fut pas la voie que prirent Vergès, de Lépervanche et les autres députés des Antilles ou de Guyane qui se répandirent plutôt en louanges à l’égard des représentants de l’impérialisme français qui, départe-mentalisation ou pas, restaient des adversaires des travailleurs.

S’il y eut un changement de statut, il n’y eut pas de change-ment immédiat dans les condi-tions de vie de la classe ouvrière. Contrairement à de Lépervanche qui avait assuré qu’à la fin de l’année 1946 tous « jouiront des droits économiques et sociaux accordés aux Français du continent », il fallut en fait attendre des années, voire des dizaines d’années ; il fallut aussi bien des luttes pour que soient appliquées à la Réunion les lois de la métropole. Ainsi, le SMIC local n’a été aligné sur celui de France qu’en 1996 !


 

 
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