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Le mensuel de La Réunion
Île de la Réunion
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Mayotte, un département français ou « complètement à part » ?

Dimanche 3 avril, l’île de Mayotte est devenue le 101ème département français. Initialement prévue pour le 31 mars, la cérémonie du changement de statut a du être reportée de quelques jours du fait que les élus UMP avaient boycotté l’élection du président du Conseil général du Mouvement départementaliste mahorais, classé divers gauche.

Depuis 1975, date du premier référendum où une majorité de la population mahoraise choisissait le maintien sous la juridiction française, alors que les autres îles de l’archipel des Comores préféraient la séparation c’est-à-dire l’indépendance, Mayotte a connu plusieurs statuts : de Territoire d’Outremer en 1956, elle devint Collectivité territoriale d’Outremer en 1976 puis collectivité départementale en 2001.

Ces étapes étant censées la préparer à devenir département d’Outremer, comme la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane ou encore la Réunion.

Les intérêts de l’État français à conserver ce territoire de 375 km² sont multiples. Outre le fait de ne pas renier une politique mise en œuvre il y a 36 ans, Mayotte présente l’avantage d’être située au nord du canal du Mozambique, par où transitent et peuvent donc être contrôlés les deux tiers du pétrole exporté du Moyen-Orient. Mayotte abrite également le centre français d’écoute militaire pour l’océan indien, qui a été mis en place en 2000. Ce centre pourrait prendre plus d’importance encore au cas où la piraterie maritime viendrait à descendre plus au sud, près des côtes malgaches.

En tout cas, quelles que soient les motivations de l’Etat français, elles ne sont pas d’ordre humanitaire ! Depuis le rattachement de Mayotte à la France, les conditions de vie des classes pauvres restent très difficiles : le chômage est supérieur à 50% de la population active ; l’illettrisme, c’est-à-dire la non maîtrise du français, est de 35% chez les hommes et de 40% chez les femmes ; la grande majorité de la population vit dans des bidonvilles. Celle-ci pratique l’agriculture vivrière et peine pour se procurer les produits d’importation de consommation courante. La situation a même empiré ces douze derniers mois avec l’envolée des prix des produits céréaliers (+14,1%) et des viandes (+10,3 %).

Dans son discours, la ministre de l’Outremer a rappelé que, lors du référendum du 29 mars 2009, « les Mahorais ont dit oui à la République Française » à plus de 95%. Mais à ce moment-là la population mahoraise se doutait-elle que leur île deviendrait un département à part entière …dans 20 à 25 ans seulement ?

En effet, les lois en vigueur en Métropole, notamment celles ayant un caractère social ne seront applicables à Mayotte que progressivement. C’est le cas, par exemple, pour le RSA qui sera mis en place à compter de 2012….mais au quart du niveau applicable dans les autres départements pour, paraît-il, « éviter de déstabiliser l’économie et la société locales ».

En revanche, dès 2014 seront instaurés les impôts locaux (taxe foncière, taxe d’habitation) qui n’existent pas actuellement à Mayotte. La ministre a également déclaré que la construction des routes, des collèges et des lycées, ainsi que la gestion des personnels ATOS... pouvaient « être transférés rapidement » aux collectivités locales sur simple demande de la part des élus locaux. Mais elle n’a pas précisé si la venue des fonds nécessaires serait aussi rapide et surtout si ces derniers seraient suffisants.

Pour les trois prochaines années, l’Etat débloquera une enveloppe de 30 millions ; moins que le seul déficit du conseil général qui était en 2010 de 35 millions d’euros !

Lors de sa visite à Mayotte le 18 janvier 2010, Sarkozy avec déclaré à la population mahoraise : « Nous avons passé ensemble un pacte […] avec des droits et des devoirs ». Il a simplement omis de préciser que c’est avec bien plus de devoirs que de droits.


 

 
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