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Le mensuel de La Réunion
Île de la Réunion
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Ne pas se tromper d’adversaires.

Sarkozy a relancé le débat sur les salaires des fonctionnaires dans les DOM. Sous prétexte d’égalité sociale, il veut remettre en cause la prime de vie chère. Il estime anormal qu’une catégorie de travailleurs bénéficie d’une telle prime, alors que beaucoup de Réunionnais vivent difficilement.

En 1997, le gouvernement Juppé avait tenté de remettre en cause cette prime. A l’époque, les fonctionnaires et les étudiants étaient descendus dans la rue pendant plusieurs semaines obligeant le gouvernement à renoncer à son projet.

Si aujourd’hui Sarkozy relance le débat, ce n’est évidemment pas qu’il se soucierait subitement des plus défavorisés. Son but est tout d’abord de faire des économies sur le budget de l’État en diminuant le pouvoir d’achat des tra-vailleurs de la fonction publique. Mais cet argent, s’il était arraché aux fonctionnaires, ne servirait certainement pas à augmenter les salaires les plus bas, ni à créer les emplois qui font si cruellement défaut. Il servirait à subventionner d’avantage encore le patronat et à satisfaire ses exigences.

Les prises de positions de Sarkozy peuvent trouver un écho favorable dans le noyau dur de son propre électorat composé de petits bourgeois, de petits et grands patrons, mais aussi dans d’autres catégories sociales de la population dont celles qui sont touchées par les difficultés de la vie. Et c’est vrai qu’il serait plus juste de réduire les écarts salariaux. Mais pourquoi pas en rehaussant les plus bas d’entre eux, plutôt qu’en diminuant ceux qui sont supérieurs ?

Et puis, envisageons la question sous un autre angle, celui qui peut concrètement se poser. Dans toutes les entreprises des écarts de salaires, parfois importants existent. Ils sont toujours voulus par les directions. Dans toutes les entreprises les travailleurs ont des revendications salariales. Mais envisagerait-on une grève pour réduire les salaires des travailleurs qui gagnent plus que d’autre ? Ce serait évidemment une aberration. Si grève il y a dans une entreprise, elle doit concerner tous les travailleurs. Elle doit s’en prendre au responsable de la situation des salariés, c’est-à-dire au patron et surtout ne pas opposer les travailleurs entre eux. Eh bien, il en est de même à une échelle plus vaste. Si tous les travailleurs devaient entrer en lutte contre les patrons et leur État, c’est tous ensemble, fonctionnaires et autres qu’ils devraient le faire, sans s’opposer les uns les autres, au risque d’être vaincus.

Si Sarkozy pérore sur la question du salaire des fonctionnaires, ici les responsables politique sont bien plus prudents, au point que certains se refusent même à tout commentaire, arguant du fait que le dossier est trop brûlant et pas à l’ordre du jour à quelques mois des élections. En fait, ils n’ont pas oublié les grèves et les manifestations de l’année 1997. Un politicien averti en vaut paraît-il deux, en tout cas il devient plus prudent.


 

 
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