C’est en coup de vent, protégé par toute une armada de policiers que Sarkozy viendra à la Réunion le 19 janvier. Pour l’occasion, toutes les entreprises de la zone industrielle du Chaudron seront fermées. On est loin du « Président du pouvoir d’achat », prétendument proche des travailleurs. Le masque est depuis longtemps tombé et bien peu se font encore des illusions sur la politique menée par le gouvernement que dirige Sarkozy.
A la Réunion, l’année 2009 s’est d’ailleurs soldée pour beaucoup de travailleurs par une nette dégradation de leurs conditions de travail et de salaire. C’est le cas dans le bâtiment où des milliers d’ouvriers ont perdu leur emploi, sans pouvoir en retrouver un autre. C’est le cas aussi pour les 1200 salariés licenciés de l’Arast, qui se retrouvent aujourd’hui sans salaire, et même sans indemnité de licenciement. C’est le cas encore pour les salariés de nombreuses autres associations dont les employeurs, souvent des collectivités territoriales, font défaut.
En fait, en un an, c’est plus de 10 000 travailleurs qui ont perdu leur emploi. Et pourtant, il y a un peu moins d’un an, lors de la grève générale aux Antilles, lors des grandes manifestations à la Réunion, un espoir naissait, vite déçu par le peu d’empressement des directions syndicales à le conduire au bout de ses possibilités, arguant que la situation à la Réunion était différente de celle des Antilles , qu’il fallait des solutions réunionnaises aux problèmes réunionnais ; bref, prônant une politique qui ne pouvait pas renforcer le mouvement.
Au bout du compte, l’augmentation salariale découlant de l’accord Bino a été réduite ici à 150 €. Il a cependant fallu attendre des mois pour que les 100 € de l’Etat soient effectivement perçus par les bénéficiaires, tandis que le bonus patronal de 50 € complémentaire est loin d’avoir été versé dans toutes les entreprises. Quant aux prix, ils ont continué à grimper comme si de rien n’était. Les seules avancées enregistrées ont concerné le blocage des loyers en 2009 et la baisse des frais bancaires.
Aujourd’hui, d’autres catégories de travailleurs manifestent leur mécontentement et leur impatience de voir améliorer leur quotidien. Il s’agit par exemple des retraités. Des dizaines de milliers d’anciens, après avoir trimé toute leur vie et souvent plus de 40 ans, sont réduits à survivre avec des retraites indécentes, inférieures au minimum vital. Ils ont crié leur colère à plusieurs centaines devant la CGSS le 13 janvier dernier. Les responsables de leur situation sont bien connus, ce sont des patrons qui ne les ont pas toujours déclarés. Il s’agit aussi de l’Etat qui a fermé les yeux sur ces agissements indignes.
Enfin, il y a la jeunesse qui sort des écoles de formation professionnelle, des lycées et des facultés ; il y a aussi tous ces jeunes sans aucune formation mais qui ont tout autant le droit de vivre, et qui ne trouvent pas à s’embaucher parce que ce n’est pas l’intérêt du patronat. Ni d’ailleurs celui de l’Etat, pourtant en charge des services publics, mais qui préfère réserver les sommes dont il dispose à aider les industriels et les banquiers responsables de la crise.
D’un côté il y a donc les besoins d’une majorité de la population et de l’autre côté - il vaudrait mieux dire « en face » - il y a tout ceux que cette société compte de profiteurs, de grands propriétaires, d’industriels et de banquiers, avec toute une classe politique à leur service. Embaucher, disent-il, cela mettrait les entreprises ou l’Etat en difficulté financière. Alors, ils licencient à tour de bras !
C’est cette minorité que représente Sarkozy. Sa politique du tout pour les riches est une injure permanente faite aux travailleurs et aux plus pauvres. Il a invité au palais des Expositions pas moins de 3000 représentants de la société civile, patronale et politique pour écouter ses « vœux aux populations des DOM-TOM », en fait ses vœux faits aux riches de ces territoires.
Dans une société où 52 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, tout ce petit monde veut pouvoir se retrouver sans entendre le moindre slogan, le moindre cri de manifestants. A ne pas vouloir voir la souffrance qu’ils provoquent, qu’ils ne s’étonnent pas de ne pas voir aussi venir le retour de bâton.
Les principaux syndicats de salariés appellent à un rassemblement mardi 19 janvier à 16h30 au rond point de la salle Candin à Saint Denis. Lutte Ouvrière se joint à cet appel.
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