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Introduction au débat fête de Metz 5 février 2012

Chers camarades et amis,

Nous sommes à quelques semaines de l’élection présidentielle et Lutte ouvrière y sera présente avec la candidature de Nathalie Arthaud.

Nous présenter aux élections est une tradition du mouvement ouvrier. Nous voulons y défendre les idées que nous défendons au quotidien, autour de nous, dans notre milieu, dans nos quartiers et nos entreprises.

Depuis que le mouvement démocratique et le mouvement ouvrier a arraché le droit de vote au suffrage universel, la bourgeoisie a su faire des élections un moyen de sélectionner qui serait le plus apte au sein de son personnel politique à gérer le gouvernement et l’Etat pour son seul service.

Toute la machinerie étatique, toutes les institutions sont conçues, organisées, prévues pour être au service des classes possédantes. Le corps des hauts fonctionnaires est lié, humainement, socialement, à la grande, voire à la très grande bourgeoisie, et ce n’est pas demain qu’on verra la Police intervenir contre les patrons licencieurs et la justice jeter en prison ceux qui volent le travail et le revenu des travailleurs en leur volant leur emploi.

Prétendre qu’être élu à la tête de l’Etat permette de transformer la société est une tromperie à laquelle se livrent tous les politiciens qui disent « votez pour moi ça va changer ».

Non, les élections ne changeront pas la société. Les acteurs peuvent changer, mais le film sera le même et joué pour que les mêmes, la grande bourgeoisie, tire son épingle du jeu malgré la faillite de son système économique.

Alors bien sûr, l’acteur Sarkozy ne fait plus recette et de voir la succession des Guéant, Coppé, Fillon, Hortefeux à la télé donne la nausée et envie de fermer la télé. Nous comprenons et nous partageons ce dégoût pour ces hommes politiques réactionnaires amis des riches et méprisants vis à vis des classes populaires.

Mais j’invite tous ceux qui pensent que cela peut être mieux, en tout cas ne pas être pire, avec la gauche de méditer ce qui vient de se passer en Grèce, sans même parler de l’Espagne avec des gouvernements socialistes.


Il y a deux ans, les socialistes avaient chassé la droite du pouvoir en Grèce et promis de faire le ménage.

Deux ans après, sur 11 millions d’habitants, 3 millions sont au bord de l’exclusion. Les salaires de ceux qui ont la chance d’avoir encore un emploi ont diminué de 20%. La malnutrition fait des ravages dans les écoles primaires et dans les grandes villes, les sans domicile se comptent par milliers alors que justement, le gouvernement a coupé dans les aides sociales et dans les structures d’accueil.

Sur le plan politique, la droite, et même l’extrême droite, est de retour au gouvernement. La gauche a déçu et démoralisé la population. Elle a appliqué à la lettre les recommandations du FMI, dirigé par un autre socialiste à l’époque, DSK. La politique menée par le PS a fini par accélérer le retour de la droite. D’une part parce que la gauche a déçu l’électorat, et d’autre part, parce que autant la gauche est timorée contre la droite au pouvoir, autant la droite ne l’est pas.

Ce qui est vrai en Grèce peut très bien l’être ici aussi demain.

Alors, la victoire de Hollande à la présidentielle ne résoudra aucun des problèmes des classes populaires et il n’y a rien mais vraiment rien à en attendre.

Hollande dit aimer les gens, mais c’est sans passion, en tout cas sans engagement. Il ne promet rien aux travailleurs en ce qui concerne les deux choses fondamentales qui sont l’emploi et le salaire. La seule chose à laquelle il s’engage, c’est de rembourser la dette publique aux banquiers et diminuer l’endettement du pays. C’est à dire que c’est d’une manière ou d’une autre les classes populaires qui payeront le remboursement d’une dette dont elles ne sont pas responsables et dont elles n’ont pas profité.


Si les élections ne peuvent pas servir à changer les choses, elles permettent de populariser un programme et des idées. A travers la candidature communiste de Nathalie Arthaud, nous voulons permettre aux travailleurs d’approuver le programme de lutte que notre camarade met en avant et de faire un vote qui soit clairement contre la droite et l’extrême droite mais ne donne pas un blanc seing à la gauche.

Comme Mario l’a rappelé tout à l’heure, il est vital pour la société de mettre fin au chômage.

Cela passe par une mesure d’urgence : l’interdiction de tout nouveau plan de suppression d’emplois, de toute nouvelle fermeture d’usine. Cela passe aussi par la répartition du travail entre tous sans baisser le salaire, ce qui impose aussi de répartir entre tous les profits accumulés par les grandes entreprises qui, je le rappelle, continuent à faire davantage de bénéfices qu’avant malgré la crise.

Il est vital aussi de maintenir le pouvoir d’achat, c’est à dire d’augmenter tous les salaires et les pensions et de les garantir par leur indexation sur la hausse des prix, c’est à dire l’échelle mobile des salaires. Il n’est plus possible que l’augmentation de nos revenus s’essouffle dans l’escalier tandis que les prix caracolent dans l’ascenseur.

Tout cela ne pourra s’imposer que si les travailleurs contrôlent les comptes des entreprises publiques et privées.

Parce qu’il y a ce qu’on sait, la partie émergée de l’iceberg, la publications des bénéfices des grosses sociétés comme LVMH, le géant du luxe qui appartient à Bernard Arnault. Il a annoncé que 2011 avait été une année record avec un bénéfice de plus de 3 milliards d’euros. Les actionnaires devraient toucher des dividendes en hausse de 24% tandis que les caissières de Carrefour, qui fait aussi partie de LVMH, devront se contenter de clopinettes.

Mais il y a surtout ce que l’on ne sait pas, tous ces plans de licenciements ou de fermeture d’usines prévus, planifiés, organisés des années à l’avance dans le secret des cabinets d’administration. A cela il faut mettre un terme et il n’y a que le contrôle direct des travailleurs sur la marche des entreprises qui peut y arriver. Alors, tout de suite, ce qu’il faudrait c’est abolir toutes les lois qui empêchent, qui interdisent de rendre publiques leurs sales coups qu’ils manigancent en douce. Oui, il faut abolir le secret des affaires.


Dans cette période de crise, le pire serait que les travailleurs se mettent à la remorque des idées réactionnaires, nationalistes et chauvines. Ces idées ne sont pas seulement véhiculées par la droite la plus stupide à Le Pen mais aussi par tout l’éventail politique jusqu’à Mélenchon.

Bayrou explique qu’il faut « acheter français » comme si cela avait un sens, Hollande parle de « patriotisme économique », Montebourg partage avec Le Pen la revendication de la dé mondialisation et Mélenchon, lui, met en avant le protectionnisme européen.

Toutes ces idées sont dangereuses par leurs conséquences politiques car elles consistent à dire que la source de nos maux ce ne sont pas nos patrons mais le peuple d’à côté.

D’ailleurs, les délocalisations ne sont pas les vraies responsables du chômage. D’après une étude de l’Insee, seulq 7% des suppressions d’emplois sont dues à de vraies délocalisations, bien plus nombreuses sont les suppressions d’emplois dues à la recherche de la rentabilité à outrance, une recherche de profit que ne veulent pas dénoncer ceux qui veulent arriver au gouvernement.

Mais ces idées protectionnistes sont aussi profondément absurdes. Je vous le demande un peu : qu’est-ce qui est le plus français, une Toyota Yaris fabriquée à Valenciennes ou une C3 fabriquée chez PSA à Aulnay avec des ouvriers de nombreuses nationalité ou encore une Renault Twingo de marque française produite en Slovénie. Et si nos politiciens veulent faire rouler leur voiture avec de l’essence française, ça va être vraiment compliqué pour eux !

L’an dernier, un groupe de 143 députés UMP, Nouveau centre et PS avaient réclamé en chœur qu’Air France n’achète plus de Boeing mais rien que des Airbus, selon eux bien français ou en tout cas bien européens. C’était complètement démagogique, les députés ne pouvant ignorer qu’un Airbus A380, par exemple, contient une bonne moitié de produits américains !

Prenez l’exemple d’un IPhone fabriqué en Chine, moins de 6,5 dollars reviennent à la firme chinoise qui le vend, et encore moins aux ouvriers chinois qui le fabriquent, c’est à dire une part dérisoire de la vente de ces appareils qui rapportent des fortunes aux firmes occidentales Apple et consorts.

La mondialisation n’est pas une nouveauté et elle est indissociable de l’industrialisation et d’une internationalisation des échanges à l’échelle de la planète. A moins de revenir à l’âge des cavernes, et à moins d’un retour en arrière considérable, elle est inévitable.

D’ailleurs, le fait que les firmes occidentales aient couvert la planète d’usine n’est pas pour nos déplaire.

Les capitalistes français qui ont contribué à l’industrialisation de la Russie au début du 20ème siècle ont sans doute du se mordre les doigts d’avoir ainsi crée une classe ouvrière assez puissante pour menacer l’ordre capitaliste mondial avec de la révolution d’octobre 1917.

Alors oui, pour nous, les travailleurs de Chine, de Roumanie ou de Pologne sont nos frères en butte au même patronat, aux mêmes exploiteurs qu’ici en France et nous savons que ce n’est qu’en nous unissant par delà les frontières que nous pourrons renverser le vieil ordre social.

(applaudissements)

Ceux qui veulent nous ranger derrière le protectionnisme, le produisons français, veulent rendre les travailleurs solidaires de leurs propres patrons sous prétexte qu’ils sont français.

On entend dire que nous sommes tous dans le même bateau. Peut-être, mais dans le bateau de la société capitaliste, il y a ceux qui voyagent dans les cabines de luxe et il y a les soutiers que nous sommes.

Ce sont ces différences de classe et la claire conscience chez les opprimés qu’ils ont des intérêts spécifiques à défendre qui est porteuse d’avenir et de luttes victorieuses.


On nous dit parfois mais pourquoi toute la gauche ne s’unit pas, ou au moins tout ce qui est à la gauche du Parti socialiste. En réalité, il n’y a que Philippe Poutou qui se réclame de la gauche de la gauche, même s’il ne se réclame plus du communisme.

Mélenchon, lui, refuse d’être classé à l’extrême gauche et ne se réclame pas de la gauche de la gauche, non lui, il se dit, il se revendique de la gauche. Son modèle en politique, c’est Mitterrand, le programme commun et il n’a rien à dire contre la politique du gouvernement Jospin.

La seule chose qui l’a fait quitter le Parti socialiste, c’est le fait que ce dernier ait signé le traité européen de Lisbonne en 2005. C’est cela qui l’a amené après avoir passé 30 ans à la direction du PS a finalement le quitter en 2008, il y a moins de 4 ans.

Evidemment, comme on dit, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Sauf que Mélenchon n’a pas changé d’avis. Il ne dit pas aujourd’hui regretter que Jospin ait plus privatisé que la droite ou qu’il ait appliqué la mise à sac des retraites décidée par Balladur en 1993 en reprenant les conclusions d’un rapport mis au point sous Rocard à la fin des années 80.

Mélenchon ne regrette pas tout cela, sinon, comme ce n’est pas un timide, il le dirait.

Alors libre au Parti communiste de se rallier à son panache rose après avoir servi de marche pied à Mitterrand pour accéder au pouvoir. Le PC a contribué à démoraliser les travailleurs et la conséquence en a été la perte de bon nombre de ses électeurs et de ses militants.


Alors nous nous présentons seuls dans ces élections car nous voulons défendre une autre politique que tous les candidats en lice. Nous voulons promouvoir un programme pour les luttes de demain et permettre aux travailleurs conscients de l’approuver dans les urnes. C’est tout le sens de la candidature communiste de notre camarade Nathalie Arthaud.

Les travailleurs ne pourront se défendre qu’en menant une autre politique et nous sommes persuadés qu’il faudra que se recréé un parti qui renoue avec les idéaux communistes et socialistes portés autrefois par le PC et le PS. C’est de toute cette filiation là dont nous sommes les héritiers et ce n’est pas parce que les dirigeants de ces partis ont trahis ou abandonnés ces idéaux que ceux-ci ne sont plus valables.

On a beaucoup parlé du mouvement des Indignés ces derniers mois et nous partageons l’indignation de tous ceux que révolte l’évolution de la société avec les ravages du chômage et de la misère.

Comme il est révoltant, comme le dénonce un rapport de l’ONU qui vient de paraître que trois milliards d’humains pourraient basculer dans la pauvreté dans les deux prochaines décennies.

Mais s’indigner, se révolter, ne suffit pas, il faut une perspective politique de changement de la société et cette perspective est celle qu’offre les idées communistes et révolutionnaires.

Alors, dans les élections à venir qui seront une occasion de politisation, aidez nous à faire entendre une voix communiste, aidez nous à défendre les idées du programme de lutte défendu par Nathalie Arthaud.

Même si les votes restent minoritaires, les idées que nous aurons semées germeront tôt ou tard car nous sommes bien persuadés que du chaos de la crise économique naîtront inévitablement des luttes sociales de grande ampleur.

L’enjeu est que ces luttes soient conscientes et conduisent à transformer la société en profondeur dans le sens du communisme.


 

 
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