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Meeting de Clermont-Ferrand - Discours de Marie Savre

Camarades et amis,

Lutte Ouvrière sera donc présente, dans notre région comme dans toutes les autres de France continentale, pour les élections régionales.

Tous mes camarades, qui sont sur la liste Lutte Ouvrière, et moi-même sommes des femmes et des hommes du monde du travail.

Il y a parmi nous des ouvriers du caoutchouc, du bâtiment, de l’industrie ; des employés de ménage, de service, des salariés des hôpitaux - infirmières, aides-soignantes- ; de la Poste. Des techniciens dans l’industrie et dans les télécommunications, des employés communaux ou secrétaire, des éducateurs, des chauffeurs de bus ou des enseignants.

Toutes et tous vivons la vie et les problèmes de la classe ouvrière.

Toutes et tous nous sommes confrontés aux menaces de licenciements et à la baisse du pouvoir d’achat.

Et toutes et tous, nous avons la conviction qu’une société qui est capable d’aider les plus riches, qui sont responsables de la crise, à coups de centaines de milliards d’euros, doit être combattue.

Je voudrais commencer par dénoncer la multitude de situations rien que dans la région, où des entreprises riches à millions licencient.

C’est le cas à Moulins chez Potain. Cette entreprise appartient à un groupe américain Manitowoc, leader mondial dans les grues, qui affichait un résultat net en 2008 de 448,4 millions de dollars, ce qui représente 31 % de plus par rapport à 2007. Il y avait 481 ouvriers en CDI et 228 intérimaires en septembre 2008, il ne reste que 346 ouvriers début 2010. C’est au cours de plans de licenciement appelés cyniquement plans de sauvegarde de l’emploi que les actionnaires maintiennent leurs profits. Janvier 2009, annonce de 104 licenciements à Moulins, octobre 2009 : 31 licenciements.

Sans compter les deux à trois semaines de chômage partiel par mois par roulement pour toute l’année 2009, avec les pertes de salaire que cela engendre. Les syndicats ont calculé qu’avec les bénéfices de 2007 et 2008, le groupe Manitowoc France pouvait mettre tous ses ouvriers en congés pendant deux ans !

Il y a également : Altadis – Seita à Riom.

Cette usine qui fabrique des cigarettes, a été rachetée par Impérial Tobacco l’an passé, il reste 227 salariés sur les 380 qui y travaillaient en 2008. Mais pour assurer la même production, ceux qui restent font des heures supplémentaires. Les dividendes des actionnaires de ce groupe ont augmenté de 16%, et le directeur général Gareth Davis se félicite du rachat d’Altadis et assure, je cite : « nous (sommes) en bonne position pour continuer à créer durablement de la valeur pour nos actionnaires ».

Lundi 1er février, les travailleurs de cette entreprise ont fait grève et ont bloqué l’usine pour revendiquer des augmentations de salaire.

Face à la même politique patronale, dans l’usine Alcan-Rhénalu à Issoire, les travailleurs ont réagi également. Il s’agit d’une entreprise appartenant au groupe Canadien Rio Tinto, un des leaders mondiaux de l’Aluminium, et qui supprime 79 postes sur les 1 400 salariés d’Issoire, avec des licenciements pour, selon le patron, « sauvegarder la compétitivité », alors que l’usine a enregistré 32 millions d’euros de bénéfices.

Mercredis 27 janvier et 3 février, des salariés de cette usine ont fait grève et manifesté contre les suppressions de postes et pour des augmentations de salaire.

Plusieurs jours de grève et blocage de l’usine par des salariés de Trelleborg, à Clermont-Ferrand, là aussi pour des augmentations de salaire. Ils ont obtenu une augmentation de 40 euros pour tous par mois et la direction s’est engagée sur 10 euros de plus en juillet.

Ca correspond au prix d’un tuyau offshore, alors qu’ils en produisent une quinzaine tous les mois ! Et ce n’est qu’une partie de la production de l’usine.

Pour ce qui concerne Michelin, avec 11 500 salariés sur Clermont-Ferrand et 640 au Puy-en-Velay pour la région, la presse s’est fait écho fin janvier de l’enquête du fisc sur l’existence de fonds secrets au Liechtenstein.

La famille Michelin a fait rapatrier 400 millions d’euros déposés au Liechtenstein depuis 1937 et dont les revenus servaient à des œuvres charitables, en particulier religieuses. Comme on sait, la charité est une spécialité de la famille Michelin, réputée pour son ardeur catholique autant que pour son sérieux dans l’exploitation des ouvriers. Comme quoi, charité bien ordonnée commence par soi-même !

Selon une enquête réalisée l’an passé par le site Alternatives Economiques sur les entreprises du CAC40, le groupe Michelin ne compterait pas moins de 27 sociétés dans des paradis fiscaux. Ainsi, c’est en toute légalité que la Compagnie Financière Michelin est située en Suisse. Cette holding, qui appartient à la Compagnie Générale des Etablissements Michelin, est en quelque sorte la banque du groupe. Elle possède elle-même 60 % de la Manufacture Française des Pneumatiques Michelin et la plupart des sociétés industrielles, commerciales et de recherche du groupe hors de France.

C’est un montage financier, sans doute en réalité encore beaucoup plus complexe. En tout cas, pour connaître la réalité des sommes énormes brassées, pour connaître les profits réels et non ceux affichés publiquement, les travailleurs auraient les moyens de mettre en commun toutes les informations dont ils disposent dans les services financiers, comptables, techniques et dans les ateliers. Il faudrait que puissent être dévoilés en toute transparence les circuits financiers de l’entreprise afin que tout le monde sache réellement ce qu’il en est.

Mais il existe une loi qui empêche tout salarié d’une entreprise de divulguer des informations même aux autres travailleurs de l’entreprise, même quand cela les concerne et même s’il s’agit d’annonces de mauvais coups ou licenciements.

Et il est quand même aberrant que, si des salariés sont au courant de détournements financiers par exemple et qu’ils en parlent, eh bien ce sont eux qui risquent de se retrouver condamnés ou virés !

Les salariés sont toujours les derniers au courant, mais s’ils connaissaient les projets du patron des mois ou des années avant qu’ils ne les réalisent, ils auraient alors bien plus les moyens de s’organiser et de se défendre. En fait, ces lois du secret des affaires existent pour permettre aux patrons, aux plus riches de dissimuler la réalité et de ne jamais exposer au grand jour, à l’ensemble de la société les comptes en banques et les décisions des actionnaires. Ces lois entretiennent le mensonge et cachent le fait que rien ne justifie que Michelin licencie et mette au chômage à son gré, et qu’il pourrait largement augmenter les salaires.

Comme vous le savez, Michelin est un trust multinational. La direction de l’usine de Laem Chabang en Thaïlande a décidé, par exemple, en début d’année, d’imposer unilatéralement des baisses de salaires de 13 %. Une pétition a circulé pour refuser cette baisse de salaire et exiger l’arrêt des persécutions contre ceux qui refusaient.

La direction a répliqué en suspendant huit représentants des travailleurs et en imposant une baisse de 35 % des salaires de ceux qui refusaient de désavouer la pétition. Elle a aussi ramené la durée de leur congé annuel à six jours. Ensuite, le 25 mars, elle a déclenché un lock-out contre 383 des 458 signataires de la pétition.

En avril, était annoncée la fermeture d’une usine aux USA avec mille emplois supprimés.

Quelques semaines plus tard, en juin, c’était au tour de la France, avec un plan de plus de 3 000 suppressions d’emplois d’ici fin 2011.

Après la fermeture de l’usine Kléber de Toul en 2008, c’est l’usine de Noyelles-les-Seclin près de Lille, et ses 276 salariés, qui est sacrifiée.

Ce sont aussi 477 suppressions d’emploi à Montceau-les-Mines et 340 à Tours. Sans compter près de 2 000 départs en retraite progressive ou « volontaires » qui ne seront pas remplacés.

A Montceau, les salariés se sont fortement mobilisés. La direction a licencié cinq travailleurs pour l’exemple, pour essayer de faire taire ceux qui n’acceptaient pas d’être sacrifiés sur l’autel des profits.

Et en ce début d’année 2010, la série continue avec l’annonce de la fermeture de l’usine d’Ota au Japon ou travaillent 380 salariés. Le prétexte est toujours le même : les coûts de production seraient trop élevés.

Michelin jette des travailleurs à la rue partout dans le monde et met en chômage partiel ceux qui restent pour répondre à la baisse des commandes.

Pour la France, plus de 6 000 salariés ont été touchés, certains faisant près de 70 jours de chômage sur l’année. Pour les salariés, cela a eu pour conséquence des pertes de salaires pouvant aller jusqu’à 800 € sur l’année. Et il est révoltant que ce patron ait touché environ 2,5 millions d’euros d’aide de l’État pour financer ce chômage partiel !

Rien d’étonnant donc que Michelin soit une des familles les plus riches et puissantes du pays.

En 2008, 357 millions de bénéfices. Pour 2009, malgré un chiffre d’affaire en baisse de 10% le groupe a annoncé hier 104 millions d’euros de bénéfices.

Mais cela n’est pas tout, ce bénéfice ne prend en compte ni les 412 millions d’euros que le groupe Michelin a provisionnés en 2009 pour les restructurations aux quatre coins du monde et principalement en France - avec le plan annoncé en juin dernier - et aux USA pour fermer une usine ; ni le renflouement du cash-flow libre, c’est-à-dire sa réserve d’argent de 1 milliards 387 millions.

Les actionnaires vont se distribuer autant qu’en 2009, soit 146 millions d’euros, plus que le bénéfice net 2009, annoncé hier !

Et du côté des travailleurs, à côté du chômage partiel, il y aussi des heures supplémentaires ou des congés imposés. Michelin voudrait des salariés à disposition de la production. Les uns sont jetés dehors, les autres perdent du salaire ou travaillent comme des forcenés.

La production baisse, mais où est-il écrit que c’est aux travailleurs de servir de variable d’ajustement ? La solution est simple, il faut partager le travail entre tous sans perte de salaire. Cela nécessite de l’argent, mais Michelin en a à foison, celui qu’on connaît et celui qu’il a stocké par le passé dans des coffres-forts ou dans des paradis fiscaux.

L’AIA, Ateliers Industriels de l’Aéronautique, est également une des grandes entreprises de la région. Contrairement à Michelin, propriété privée d’une dynastie capitaliste, l’AIA est une entreprise d’État. Mais l’État licencie, comme les entreprises privées. C’est 400 suppressions d’emplois d’ouvriers d’État qui sont programmées par le ministère de la Défense et donc trois fois plus de monde touché si on inclue les sous-traitants.

Il y a eu des réactions du personnel qui a multiplié les débrayages et les manifestations depuis. Les ouvriers sont remplacés par des militaires et des nouveaux travailleurs contractuels pendant trois ans, renouvelables une seule fois.

Quant aux sous-traitants, il y a eu une grève à AERTEC, entreprise de peinture spécialisée, les travailleurs ont revendiqué une augmentation de salaire et un 13ème mois. Les marchés de ces entreprises sous-traitantes sont renouvelés tous les trois ans, le personnel reste mais comme ils sont réembauchés par un nouveau patron, ils se retrouvent avec un nouveau contrat proche du SMIC, ils travaillent pendant 30 ans et ont des salaires de l’ordre de 1 200 euros nets.

La Poste, de son côté, est un des principaux employeurs de la région. Il faudra bientôt dire cela au passé car, comme partout, l’État impose à La Poste des transformations qui se font, à la fois, contre l’emploi et les conditions de ceux qui y travaillent et au détriment du service public.

De nombreux petits bureaux de postes dans les zones rurales ont été fermés. A la place : des agences postales avec des horaires réduits ont poussé comme des champignons, de 29 en 2004 dans le Puy-de-Dôme à 235 actuellement. Avec du personnel détaché des communes et à leur charge. La direction régionale prétend qu’il y a des améliorations en soutenant que le temps d’attente est de deux minutes en Auvergne ! Ce directeur ne doit pas souvent se rendre dans le bureau de poste de Dellile, Montferrand ou Saint-Eloy, où les files durent bien souvent 20 à 30 minutes. Mais c’est vrai que maintenant dans une poste on trouve des livres, des magazines, de la pub pour la banque postale, des boites multicolores pour expédier les colis et même des nounours, bref de quoi passer le temps avant d’atteindre les guichets !

Et l’Auvergne n’est pas épargnée par la réorganisation des institutions judiciaires. Deux tribunaux de grande instance rayés de la carte cette année : à Riom et à Moulins, pourtant préfecture de l’Allier. Dans cette ville, il manque un juge pour enfant, un juge d’instruction et une dizaine de personnel administratif. Mais, grâce à la mobilisation des employés, avocats, greffiers et des associations, cette décision pourrait être annulée.

Ainsi, sur la région en 2009, sur 5 400 affaires à traiter, seulement 572 ont été rendues. C’est aussi le reflet de la crise, avec l’augmentation considérable des cas de surendettement, de loyers non payés par exemple. Plus de temps, plus de frais de transport, des délais interminables, rien qui ne résoudra les démêlés des plus pauvres.

Pour l’enseignement, les conséquences des réductions d’effectif de l’Education Nationale aboutissent à des classes surchargées ou à des batailles contre des fermetures d’école à chaque rentrée. Et les moyens des collèges et des lycées diminuent tant au niveau des personnels que des conditions matérielles. Au lycée professionnel de Brassac-les-Mines, les lycéens ont été obligés de manifester le 19 janvier parce qu’ils avaient des problèmes de chauffage depuis la Toussaint à l’internat et qu’ils se sont retrouvés sans eau chaude depuis la rentrée de janvier !

Quant aux hôpitaux, les fermetures de services se multiplient : à Ambert et Riom, il n’y a plus de maternité.

Fin 2009, le gouvernement a annoncé la fermeture des blocs qui pratiquent moins de 1 500 opérations par an, dans la région : Saint-Flour, Brioude, Issoire, Thiers, Ambert et Riom sont menacés de voir leurs blocs opératoires fermer. Quand un bloc ferme dans un hôpital, c’est la maternité, les services de chirurgie - parce qu’il n’y a plus d’anesthésistes - et les consultations qui risquent de suivre.

L’ouverture du NHE, Nouvel Hôpital Estaing, qui doit débuter en mars, se fera avec 16 suppressions de postes et probablement des contrats non renouvelés, sans doute après les avoir utilisés pour le déménagement. La direction interdit au personnel de prendre des congés dans cette période pour « faire les cartons ».

Deux Assemblées Générales à l’Hôtel-Dieu ont réunis 250 puis 100 personnes le 2 et le 9 février. Les agents veulent savoir la réalité, ils entendent parler de suppressions d’ASH, de privatisations supplémentaires, de réductions d’effectifs sous prétexte de regroupement de services. Personne n’est réellement informé et les informations qui circulent sur les effectifs sont loin d’être rassurantes. La grève a été lancée mercredi 10 février, et un rassemblement jeudi 11 a réuni, malgré les conditions climatiques, une centaine d’agents.

Ils ont distribué un tract à la population et se sont invités dans un colloque où le directeur de l’Hôpital était présent, ils se sont réchauffés et ont bien appréciés les petits fours qui ne leur étaient pas destinés, en scandant : « Un hôpital neuf, oui, mais avec du personnel » !

Et puis, au départ, le Nouvel Hôpital devait changer de matériel à 70 %, mais faute de crédits suffisants, ce sont 70 % qui seront déménagés, la part du neuf étant réduite à 30 %. Comme partout dans les hôpitaux, pour remplacer des infirmières ou aides-soignants absents ou malades, on prélève du personnel sur d’autres services, provisoirement, pour boucher un trou. C’est déshabiller Pierre pour habiller Paul. Et ça devient de plus en plus difficile de soigner les malades correctement.

Mardi 9, là aussi pour demander des effectifs, c’est le service des bureaux des entrées des urgences de l’Hôtel-Dieu qui a installé un piquet de grève.

Avant l’hiver, les cadres ont réuni le personnel de médecine pédiatrique, alors que la campagne de prévention de la grippe A battait son plein, que Bachelot claironnait que tout était prêt pour faire face à une épidémie éventuelle, on a annoncé au personnel qu’il n’y aurait pas de renforts pour l’hiver car l’année précédente, l’hiver 2008-2009, il n’y avait pas eu autant d’enfants hospitalisés que prévu ! Depuis, les masques de protection s’entassent et on ne sait plus où mettre les cartons. Mais la grippe saisonnière, les bronchiolites, les gastros, causes de nombreuses hospitalisation d’enfants en cette saison, elles, sont bien là.

Alors, les salariés de l’Etat n’accepteront pas toujours de faire les frais de la politique du gouvernement qui versent des sommes astronomiques à fond perdu aux industriels et aux banquiers.

La population laborieuse en a assez de voir les services publics qui lui sont vitaux se déliter. Il faut stopper dès maintenant toutes les subventions aux entreprises sous un biais ou sous un autre afin de conserver l’argent pour embaucher du personnel dans les hôpitaux, les écoles, la Poste, et pour construire les logements dont ont besoin tous ceux qui dorment dehors, chez des proches ou dans des abris de fortune.

Et si les subventions pleuvent pour les plus riches au niveau de l’État, il en est de même au niveau de la région.

Les hommes politiques sont différents mais la politique est la même : « il faut sauver les entreprises », dixit « sauver les patrons ».

Laurent Wauquiez, maire du Puy-en-Velay et secrétaire d’État à l’Emploi, vient de lancer ce qu’il appelle « les ateliers de l’apprentissage », pour dit-il « répondre à des questions concrètes : comment aider les jeunes, comment ouvrir la voie de l’alternance dans tous les métiers et à tous les niveaux et comment motiver les entreprises ».

Dans le Centre d’Apprentissage du Bâtiment où je suis formatrice, on connaît bien ces discours-là.

C’est vrai que l’apprentissage a explosé avec plus de 8 000 apprentis en Auvergne. Rien que pour le Puy-de-Dôme, et dans le Bâtiment seulement, il y a plus de 850 apprentis. Même si la baisse des chantiers se fait sentir et que les intérimaires ont été renvoyés, il n’y a pas une diminution équivalente de jeunes apprentis.

Parce que, comme le dit une directrice d’un CFA de Bretagne, interviewée sur le site « l’apprenti.com » : « Pour certains apprentis, l’entreprise ne dépensera pas plus d’un euro par heure, c’est-à-dire pratiquement plus rien ».

Le salaire d’un jeune varie entre 400 et 800 euros nets, et parfois il cumule deux années de CAP, une année pour un autre CAP, deux années de Brevet Professionnel, donc 5 ans de travail avec des salaires aussi peu importants, à temps plein avec 12 semaines dans l’année passées au Centre. Ces jeunes vivent dans des familles populaires où les difficultés deviennent parfois dramatiques et ils ont bien des problèmes de logements, de transport. Comment se payer le permis de conduire, un véhicule ou se loger avec des salaires aussi bas ?

Mais les patrons, eux, y trouvent leur compte, et largement. Ils ne payent presque aucune charge, peuvent prendre plusieurs apprentis et cumulent les aides régionales en faveur de l’apprentissage : à la signature des contrats et par année d’apprentissage, le tout pouvant être de l’ordre de 4 000 euros sur deux ans c’est-à-dire 10 mois de salaire à 400 euros.

Le Conseil régional d’Auvergne se vante d’avoir versé 16,7 millions d’euros d’aides aux entreprises au titre de l’apprentissage.

Et il se targue également de millions au titre des « aides aux apprentis ».

Ce que les hommes politiques de droite comme Laurent Wauquiez ou ceux de gauche comme les socialistes du Conseil régional appellent les « aides aux apprentis » se sont en réalité, là aussi, des aides déguisées aux entreprises.

Prenons l’aide de la région au premier équipement pour que les jeunes puissent acquérir des outils. C’est donc bien ça en moins que le patron ne débourse pas. Tout comme les transports et les repas que la région prend en charge quand le jeune vient au Centre, mais quand un salarié part en formation ou sur un chantier, c’est bien au patron de payer ces frais. Eh bien dans le cas de l’apprentissage, c’est le Conseil régional qui régale !

Et le jeune ouvrier qui travaille sur un chantier pour 500 euros par mois, qui se forme pour être maçon, plombier, électricien ou peintre, a besoin du permis de conduire. Pour lui, point d’aide : il peut contracter un crédit de un euro par jour pour l’obtenir.

Alors, il comprend très vite que c’est son patron qu’on soutient avec l’argent public.

Et ces patrons du bâtiment sont des grosses entreprises. Et les petites sont souvent des sous-traitantes des grandes ou elles en dépendent.

Dernièrement, dans un article de La Montagne à propos des fermetures, des dépôts de bilan et des licenciements annoncés dans ce secteur pour février 2010, on pouvait lire que « les entreprises ont profité de la longue embellie de la dernière décennie pour se refaire une santé et investir, cela ne suffira pas à amortir le choc », selon le secrétaire général de la fédération du BTP de l’Allier.

Prenons le cas de l’entreprise Vinci.

A Montluçon, une filiale de cette entreprise, TABARD, a récupéré les voitures qu’il avait fournies aux ouvriers et leur demande de prendre leurs voitures personnelles pour aller en déplacement en contrepartie d’une indemnité.

Dernièrement, les salariés de l’Aéroport de Clermont-Ferrand ont, eux aussi, fait les frais de la politique de ce groupe du BTP.

Une filiale de Vinci a reçu une délégation de service public du Conseil régional pour reprendre la gestion de l’aéroport. Vinci a reçu pour cela, la première année, une prime de 1 million 640 000 euros et une prime de 75 000 euros l’année suivante.

En 2008, il y avait 170 emplois à l’aéroport, fin 2009, il en restait 135. Et la filiale de Vinci vient de supprimer 26 emplois. Elle, qui gère aussi les aéroports de Chambéry et de Grenoble, est loin d’être en faillite et les employés ont eu bien raison de faire grève et de se défendre en rendant publiques les aides perçues pour licencier.

Même si les hommes et les moyens sont différents au niveau de l’État et au niveau de la Région, la politique menée est la même : aider les entreprises à licencier, les subventionner à tour de bras.

Alors, les travailleurs, les chômeurs, les retraités, les pauvres, doivent sauver leur peau et ils ont les moyens collectivement de contraindre le grand patronat à prendre sur les profits pour maintenir, pour tous, un niveau de vie correct, pour que personne ne se retrouve plus à la rue.

Confrontés à des millions de travailleurs prêts à en découdre et qui revendiquent le droit de vivre décemment, les patrons, les banquiers, les industriels et les hommes politique à leur botte, lâcheront, de peur de tout perdre, et la peur changera de camp.

Même si cela n’est pas à l’ordre du jour, ce qu’on peut faire dès maintenant, c’est populariser des revendications efficaces. Les luttes se produiront immanquablement mais il leur faudra des objectifs qui changeront durablement le rapport de force, pour qu’ils ne puissent pas tout nous reprendre par la suite.

Alors, si nous présentons des listes aux élections régionales, ce n’est pas pour dire que le bulletin de vote empêchera les licenciements, ou qu’il changera notre vie. Ceux qui disent cela mentent.

Si Lutte Ouvrière est présente, c’est pour que les travailleurs, les chômeurs, les classes pauvres puissent crier leur rage contre tout ce gâchis qui pousse les uns au chômage et les autres à la misère pour grossir les profits d’une petite minorité de riches.

Voter pour la liste Lutte Ouvrière, que je conduis en région Auvergne, c’est affirmer que cette situation n’est pas une fatalité, et la classe ouvrière doit se préparer moralement à la lutte et poser des jalons pour l’avenir.

Voter Lutte Ouvrière, c’est affirmer son accord avec des objectifs clairs : pour combattre le chômage, il faut interdire les licenciements et répartir le travail entre tous, avec des salaires décents. Il n’y a pas de raison à ce que certains se tuent à faire des heures supplémentaires tandis que d’autres vont à la soupe populaire.

Comment financer cela ?

Eh bien, en prélevant sur les fortunes accumulées par les patrons !

Ils n’en n’auraient pas les moyens ?

Qu’ils ouvrent donc leurs comptes et leurs coffres-forts personnels afin que les travailleurs, que la population, puissent vérifier les capitaux qu’ils ont et l’usage qu’ils en font ! On verrait que les richesses existent.

Oui, la législation empêche de savoir ce que possèdent les plus riches, mais la force des travailleurs est bien plus puissante que n’importe quelle loi, et tous ensemble, la population laborieuse a largement les moyens d’exiger l’abolition de ces lois du secret bancaire et industriel et les salariés à tous les niveaux peuvent mettre leur nez dans les affaires des bourgeois.

Alors, votez et faites voter pour la liste de Lutte Ouvrière, pour que s’expriment dans le pays tous ceux du monde du travail qui ne se résignent pas.


 

 
Lutte Ouvrière - BP 233 - 75865 PARIS CEDEX 18 - Tel : 01 48 10 86 20 - enveloppe - enveloppe