Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,
Je voudrais d’abord exprimer, au nom de mes camarades, la joie de nous retrouver nombreux dans notre fête mais aussi le plaisir de bénéficier du soleil magnifique que voici !
Nous nous retrouvons cette année dans un contexte particulièrement pesant puisque la crise économique s’aggrave.
Plus on s’enfonce dans la crise financière, plus le monde capitaliste apparaît comme un asile de fous. Des Bourses qui jouent au yo-yo, qui s’envolent avant de retomber aussitôt. Des milliards qui s’évanouissent puis réapparaissent. Des états menacés de faillite. Des paniques boursières à la moindre rumeur. Des monnaies menacées. C’est une économie que personne ne maîtrise, pas même ceux qui en sont les bénéficiaires. Et surtout pas les dirigeants politiques qui ne sont là que pour justifier ce qui se fait, c’est-à-dire ce qui est favorable aux intérêts du grand capital.
Cette agitation désordonnée de la finance se répercute à toute l’économie parce que c’est la finance et les financiers qui dominent le monde. Et, surtout, ces milliards que les financiers jouent au casino de la spéculation viennent en dernier ressort de l’exploitation, des efforts, de la souffrance, du travail de centaines de millions d’êtres humains de par le monde !
On nous parle de « marchés financiers », comme s’il s’agissait d’une entité vague et mystérieuse. Mais il ne s’agit en fait que de l’activité de quelques dizaines de banques, parfaitement identifiées dont les ramifications enserrent toute l’économie, toute la société à l’échelle de la planète. Et ces grandes banques d’affaire n’agissent pas avec leurs seuls capitaux, mais avec l’argent de milliers et de milliers de capitalistes.
Les opérations financières, la spéculation ne sont pas le fait de quelques fonds spéculatifs spécialisés. Il ne suffirait pas de réglementer leurs activités ni de les couper de leurs bases arrière des paradis fiscaux, pour que le capitalisme puisse ronronner paisiblement. Tous les groupes capitalistes, même ceux dont l’essentiel des activités se déroule dans la sphère productive, consacrent une part croissante de leurs capitaux aux opérations financières, c’est-à-dire à la spéculation.
Alors, ce qui se passe actuellement dans l’économie n’est pas le fait de telle ou telle catégorie de capitalistes. Ce n’est pas non plus le résultat d’une politique particulière inspirée à la classe capitaliste par telle ou telle école d’économistes libéraux. Non, la crise actuelle est la crise du capitalisme lui-même, d’une organisation économique basée sur l’exploitation, imposée à la majorité de la société au nom de la propriété privée des usines, des banques, des moyens de production. Une économie régie par le marché aveugle, par la concurrence, dont le seul moteur est la recherche effrénée du profit.
Tous ceux qui, face aux dégâts gigantesques qu’entraîne la crise actuelle, nous parlent de réforme ou de régulation du capitalisme et donnent des recettes pour l’améliorer, sont au mieux de doux rêveurs. Mais, le plus souvent, ceux qui sortent ce genre d’âneries, sont des ennemis de toutes les classes sociales qui souffrent de la crise.
Ce n’est pas la crise que nous vivons aujourd’hui qui fonde nos convictions communistes révolutionnaires parce que, même en temps normal, le capitalisme est une société injuste qui aggrave les inégalités entre classes sociales et les inégalités entre pays. La conviction qu’il faut renverser cette organisation économique et sociale n’est pas basée sur des faits conjoncturels. Elle est basée sur ce constat que ce système économique constitue l’obstacle essentiel devant tout progrès véritable de l’humanité.
Cependant, la crise financière, et en particulier sa dernière phase engagée en 2007-2008, dévoile les mécanismes du capitalisme dans toute leur absurdité. Et elle les pousse jusqu’au bout. Rappelons-nous seulement les événements des deux dernières années !
Il y a deux ans, lors de l’éclatement de la crise boursière, tous les dirigeants politiques nous disaient : « il faut sauver les banques » et nous répétaient que sauver le système bancaire était une nécessité pour toute la société. Sans banques, l’économie ne peut pas fonctionner, disaient-ils. C’était un mensonge énorme ne serait-ce que par omission car sauver le système bancaire ne signifie pas automatiquement « sauver les banquiers » qui ont été, rappelons-le, les principaux responsables du déclenchement de la crise.
Aucun État n’a pourtant envisagé d’exproprier les banquiers et de mettre sous contrôle le système bancaire. Non. Les États leur ont, au contraire, accordé des centaines de milliards, qui plus est sans leur demander la moindre contrepartie et sans leur imposer la moindre obligation. Et ce qui devait arriver arriva : aussitôt sauvés, les banquiers se sont remis à spéculer comme avant. Mais cette fois, ce sont les États eux-mêmes qui sont devenus leurs principales cibles !
Pour sauver les banquiers, tous les États se sont endettés jusqu’au cou. Ils sont tous obligés d’emprunter toujours plus pour rembourser les échéances de leurs dettes antérieures. Se met alors en place un mécanisme que connaissent bien, pour leur malheur, les ménages surendettés. Plus on est endetté, plus on emprunte pour respecter les échéances. Et plus ces échéances sont lourdes, plus on paie d’intérêts aux banques, et moins on a une chance de sortir de cette spirale infernale !
Tous les États capitalistes sans exception sont aujourd’hui surendettés. Tous sont, de ce fait, entre les mains des grandes banques d’affaire. Ils ont besoin d’emprunter et d’emprunter encore pour faire face à leurs dépenses. Et comme les sommes à payer aux banques croissent sans cesse, il leur faut diminuer les autres dépenses. Y compris et surtout les dépenses les plus indispensables à la population. Alors, plus les États paient aux banques, moins ils ont de l’argent pour les services publics, pour la protection sociale, pour les retraites.
Voilà pourquoi, partout en Europe, les gouvernements prennent des mesures de blocage, voire de réduction des salaires des employés de l’État. Partout, ils diminuent les effectifs du secteur public, y compris dans les domaines les plus indispensables à la société : santé publique, enseignement, transports collectifs. Partout ils augmentent les impôts, oh pas ceux des riches, mais les impôts indirects que tout le monde paie mais qui frappent essentiellement les classes populaires.
Face à la crise actuelle, celle qu’on a appelé, en cette année 2010, d’abord « crise grecque » puis « crise de l’euro », on ressort les mêmes recettes : se porter au secours des banquiers avec l’argent public.
Il en est qui reprochent aux États et à leurs dirigeants de n’avoir rien appris de la crise de 2008.
Mais ce n’est pas que les dirigeants des États n’ont rien appris ! Ce n’est pas que tous leurs conseilleurs, sortis des écoles les plus huppées, n’ont rien compris ! C’est qu’ils sont tous au service de la bourgeoisie. C’est qu’ils ont tous été formés, dressés, pour rester sur le terrain du capitalisme. Leur unique préoccupation dans toutes les situations difficiles, c’est comment sauver la mise aux capitalistes, comment sauver leurs profits, leur fortune, leur peau, quitte à ce que la société en crève, de leurs solutions !
Sarkozy vient d’annoncer qu’il compte inscrire dans la Constitution l’objectif de revenir à l’équilibre des finances publiques.
Ce n’est pas seulement symbolique, c’est risible : ce n’est pas la Constitution qui empêchera l’État de dépenser sans compter en faveur de la bourgeoisie.
Mais ce qui n’est pas risible, c’est l’attaque contre les classes laborieuses que cela recouvre. Le gouvernement annonce d’ores et déjà qu’il compte réduire le RSA, les aides au logement ou les contrats aidés. Il veut faire des économies sur la Sécurité sociale, c’est-à-dire couper dans les dépenses de santé. Il veut bloquer les dotations de l’État aux collectivités locales. Et tout cela s’ajoute au gel des dépenses de l’État déjà annoncées par Fillon.
Et voici aussi l’attaque en cours contre les retraites. Cela fait des mois, des années, que les gouvernements, toutes tendances confondues, préparent cette attaque.
À commencer par l’idée que des changements sont indispensables en raison de l’allongement de la durée de vie. C’est un mensonge grossier. La durée de vie a augmenté mais bien moins que la productivité du travail.
S’il n’y a pas assez d’argent dans les caisses de retraite, c’est d’abord à cause du chômage mais c’est aussi et surtout parce que c’est la classe capitaliste qui a empoché le fruit de l’accroissement de cette productivité. Alors, s’il n’y a pas assez d’argent dans les caisses de retraite, c’est sur la caisse des capitalistes qu’il faut reprendre ce qu’ils ont volé aux travailleurs !
La question des retraites fournit à la gauche, en ce moment, l’occasion de s’opposer, à fleurets mouchetés, à la droite au pouvoir. Mais ils sont d’accord sur l’essentiel. Ils présentent tous l’allongement de la durée de cotisation comme une nécessité. Et d’aligner des phrases creuses sur la justice en matière de retraite.
Qu’est-ce que cela veut dire, dans la société capitaliste, une retraite juste ? Que peut même signifier un salaire « juste » ? Tant qu’il y aura le salariat, il n’y aura pas de justice ! Dans une société future, débarrassée de l’exploitation et donc du salariat, un être humain aura droit à sa part des richesses sociales tout au long de sa vie.
Ce dont il s’agit depuis des années n’a rien à voir avec la justice. Mais cela tient de la volonté de tous les gouvernements successifs depuis Balladur d’allonger la durée de cotisation, ce qui, avec le chômage qui frappe les anciens, signifie réduire les retraites. C’est un des aspects de l’offensive du patronat contre le monde du travail.
Aussi, revendiquer l’annulation de toutes les mesures prises en matière de retraite depuis Balladur, revenir aux 37 ans et demi de cotisation, est ni plus ni moins de la légitime défense.
Que la gauche ne s’engage même pas sur cette exigence modeste est le signe qu’une fois au gouvernement, elle ne fera rien pour les travailleurs.
Avec les derniers développements de la crise financière, c’est l’aggravation de l’endettement qui devient le prétexte de toutes les mesures d’austérité imposées au monde du travail. C’est de l’escroquerie !
Les mêmes dirigeants qui ont déversé des milliards sur les banques, qui ont inventé le bouclier fiscal, se répandent aujourd’hui sur les ondes pour répéter que la dette est devenue insupportable car elle représente 22.000 euros par habitant, nouveaux-nés compris !
Eh bien, que l’on fasse payer ceux qui en ont profité ! Que l’on fasse payer ceux qui ont vidé les caisses ! Ce ne sont pas les ouvriers, ce ne sont pas les chômeurs, ce ne sont pas les retraités qui ont vidé les caisses de l’État. Les milliards qui ont été débloqués n’étaient pas pour eux. Les milliards, ils sont allés dans la poche des banquiers, des grands groupes, des capitalistes qui ont continué leurs affaires et qui ont d’ailleurs renoué avec les bénéfices.
Toute cette dette, elle a été fabriquée au profit de la classe riche. Les plus pauvres dans cette histoire-là n’y sont pour rien. Ce n’est pas leur dette. Ils ne sont pas redevables. Alors, c’est à la classe riche de payer. Et qu’ils ne prétendent pas qu’ils ne peuvent pas payer ! Ce n’est pas vrai. Eux, ils ont de l’argent. Et ils en ont à revendre. À commencer par les banques, justement, qui en 2009 ont affiché les bénéfices les plus importants de tout le pays !
Une des règles d’or du capitalisme est résumée dans le dicton : « Qui paie ses dettes s’enrichit ». Il serait plus exact de dire : « Qui fait payer ses dettes par les exploités, s’enrichit » ! Eh bien, je vous rappelle qu’une des premières mesures du gouvernement né de la révolution prolétarienne d’octobre 1917 en Russie a été de supprimer la dette publique, c’est-à-dire de ne pas reconnaître les dettes contractées par le tsar et de refuser de les faire payer par les classes exploitées. La bourgeoisie mondiale, ses créanciers n’a jamais pardonné à la Russie soviétique ce lèse-majesté aux règles capitalistes, mais voilà ce que peut imposer un Etat ouvrier !
Toutes les coteries politiques, gauche et droite confondues, répètent qu’il faut rembourser cette dette. Cela prouve qu’ils sont tous à plat ventre devant la classe capitaliste et qu’ils en sont les serviteurs, tous autant qu’ils sont, de plus fiers de l’être.
La crise économique elle-même, comme le montant de la dette publique et la volonté de la bourgeoisie de les faire payer aux exploités se traduiront inévitablement par une intensification de la lutte de classes. Pour le moment, elle est à sens unique. Seule la bourgeoisie, la classe capitaliste, la mène contre la classe ouvrière.
Nous sommes, nous les exploités, terriblement en retard.
Sachons cependant que tout le contexte économique amènera le patronat, la bourgeoisie, à porter des coups de plus en plus durs aux travailleurs, à revenir en arrière sur ce que la gauche réformiste appelle « les acquis » mais qui, dans la société capitaliste, ne sont jamais définitifs. Il leur faut de l’argent, ils le prendront sur les exploités sous toutes les formes imaginables et même celles qu’on n’imagine pas aujourd’hui.
Alors, il faudra que les exploités se défendent. Ils ne pourront pas se défendre sur le terrain électoral. C’est pourtant sur ce terrain que le Parti socialiste et ses acolytes réformistes, comme le Parti communiste, le Parti de gauche essaieront de les amener.
Le pays est encore à deux ans des élections présidentielle et législatives. Cela n’empêche que toute la vie politique tourne déjà autour des combinaisons en vue de ces élections. Mais espérer un changement par voie électorale a toujours été et est toujours une duperie pour les travailleurs.
Les résultats d’une élection n’ont jamais changé le rapport de force entre les exploiteurs et les exploités.
Voilà pourquoi il n’est pas question pour nous de participer aujourd’hui ni demain à des combinaisons électorales. Même si la gauche, le Parti socialiste en tête, devait l’emporter à la prochaine présidentielle, elle mènerait inévitablement la même politique d’austérité que la droite. Il n’y a qu’à voir comment aussi bien en Grèce qu’en Espagne, ce sont des gouvernements socialistes qui prennent les mesures d’austérité anti-ouvrières et avec les félicitations de Strauss-Kahn, aujourd’hui patron du FMI, membre lui aussi du Parti socialiste et peut-être son futur candidat à l’élection présidentielle.
Le Parti Socialiste, tous ses dirigeants, toute sa hiérarchie, tout son appareil sont dévoués corps et âme à la bourgeoisie. Ils peuvent, dans l’opposition, promettre quelques mesures différentes de celles que prendra la droite. Mais, même s’ils le font, ce n’est que pour pouvoir en prendre d’autres, plus dures peut-être. Leur principal argument de vente vis-à-vis de la bourgeoisie est de pouvoir faire passer plus facilement la pilule auprès des masses populaires.
Alors, nous continuerons, pendant la période qui vient, à affirmer plus que jamais l’idée que les travailleurs devront se défendre s’ils ne veulent pas se faire complètement écraser par le capital. Et se défendre avec leurs propres moyens, avec leurs propres armes de classe : les grèves, les manifestations de rue, une explosion sociale assez puissante pour que la classe capitaliste craigne pour ses profits et craigne même pour sa propriété, pour son pouvoir sur l’économie.
C’est pourquoi aussi nous continuerons à mettre en avant des objectifs de lutte qui amènent les travailleurs à la conscience qu’il faut mettre en cause les fondements même de la société capitaliste.
Devant la catastrophe sociale qu’est le chômage, nous continuerons à mettre en avant l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous pour maintenir et créer des emplois.
L’endettement des États entraîne inévitablement une inflation. Elle est déjà là, même si, pour le moment, elle ne prend pas de formes aussi visibles que dans les années 70. Pour accroître le pouvoir d’achat des travailleurs, il faudra imposer des augmentations de salaire conséquentes. Et il faudra surtout protéger cela en imposant que les salaires augmentent automatiquement à chaque augmentation de prix. C’est cela qu’on appelle l’échelle mobile des salaires.
Et nous continuerons à défendre un objectif plus général –qui est la condition même de tous les autres- qui est d’imposer le contrôle des travailleurs et de la population sur les comptes des entreprises et des banques. Sans ce contrôle, les patrons peuvent nous raconter n’importe quoi et nous expliquer qu’ils n’ont pas les moyens d’accorder satisfaction même à nos revendications élémentaires. Eh bien, il faut qu’on puisse vérifier leurs comptes, ce qu’ils gagnent, ce qu’ils dépensent, ce que touchent les actionnaires, ce qui est concédé ou pas aux fournisseurs, ce qu’ils paient aux banques.
Quant aux banques justement, après ce qui s’est passé au cours des dernières années et qui a montré leur irresponsabilité à l’égard de la société, le seul objectif juste, c’est d’imposer l’expropriation des banquiers, le regroupement de toutes les banques en une banque unique fonctionnant sous le contrôle de la population.
C’est au travers des luttes pour ces revendications que les masses exploitées ont une chance d’accéder collectivement à la conscience que le succès de telle ou telle revendication partielle n’est pas tout, que le patronat peut toujours revenir en arrière sur une augmentation de salaire ou une diminution du temps de travail. Tant que la bourgeoisie conserve sa domination sur l’économie et tant que c’est son État qui gouverne, toute concession faite sous la pression de travailleurs en lutte sera provisoire et ne durera que le temps qu’il faut aux capitalistes pour se sentir en position de force pour tout remettre en cause.
Il faut que les travailleurs se défendent, oui, mais il faut aussi qu’à travers cette légitime défense, ils mettent en cause le fonctionnement de l’économie capitaliste dans son ensemble.
Bien sûr, nous ne sommes pas ou pas encore dans une situation où la classe ouvrière se pose tous ces problèmes, et encore moins où elle se donne les moyens pour les résoudre.
Les journalistes me posent souvent la question : comment se fait-il que la crise et ses conséquences terribles pour le monde du travail ne se traduisent pas par des résultats électoraux un peu plus en votre faveur ? Question passablement hypocrite car, tout de même, ce sont les médias qui répercutent du matin au soir la vision du monde de la bourgeoisie. Et les moyens de la bourgeoisie pour façonner l’opinion, y compris des classes populaires, sont sans comparaison avec les moyens des communistes révolutionnaires.
Mais, en réalité, ce n’est pas nous, les révolutionnaires, avec nos faibles forces, qui pousserons le monde du travail à la révolte, c’est la bourgeoisie elle-même, c’est le grand patronat, ce sont leurs serviteurs à la tête des États. Personne ne peut dire aujourd’hui quelle sera la mesure de trop qui déclenchera l’explosion sociale. Mais les mesures injustes, infâmes qui s’accumulent avec l’aggravation de la crise, finiront pas dépasser la masse critique.
Vous savez, c’est après la prise de la Bastille, voire après la décapitation de Louis XVI, qu’on a pu déceler rétroactivement tous les signes qui montraient que la révolte couvait. Personne n’avait rien vu avant qu’elle n’explose à la figure de la classe dominante de l’époque. En 1788, le roi, la reine, comme toute la noblesse pomponnée de Versailles, pouvaient croire que leur règne était éternel, et les meilleurs d’entre eux, les philosophes de l’époque, pouvaient déplorer que la population écrasée, opprimée, accepte les coups sans réagir.
Alors oui, même si rien n’annonce aujourd’hui l’explosion sociale et, à plus forte raison, la révolution qui détruira le capitalisme, nous mettons en avant en cette période de crise le programme communiste que nous sommes les seuls à défendre.
Les exploités de ce pays ont besoin d’un parti qui représente leurs intérêts et qui ait la volonté d’éclairer les travailleurs de ce point de vue ; d’un parti décidé à dévoiler les multiples aspects de l’exploitation ; de montrer aux travailleurs qui sont, parmi leurs ennemis, ceux qui tirent les ficelles. Un parti qui soit capable de préparer moralement et matériellement les travailleurs aux épreuves qui les attendent.
Un tel parti ne doit être lié d’aucune façon à la société actuelle, à sa hiérarchie, à ses valeurs, ni par des postes et des positions par lesquels le système parlementaire bourgeois sait si bien corrompre des éléments de la classe exploitée.
Un véritable parti communiste révolutionnaire a pour raison d’être de permettre à la classe ouvrière de disputer le pouvoir à la bourgeoisie. Mais par là même, c’est un tel parti qui peut rendre les plus efficaces possible les luttes des travailleurs, celles de tous les jours comme celles que nécessite l’offensive actuelle de la bourgeoisie.
Ces mots « communisme » et « communiste » ont été dévoyés, pervertis dans le passé par les régimes staliniens en Russie et ailleurs. Comme par la politique de ce parti qui ici, en France, se dit encore communiste mais qui n’a plus rien à voir avec le communisme, si ce n’est par ses origines lointaines.
Nous sommes les seuls aujourd’hui à redonner à ce mot « communisme » son sens premier, c’est-à-dire l’émancipation de la société par l’émancipation de la classe ouvrière. La condition première en est l’expropriation de la bourgeoisie, la prise en main des moyens de production par la collectivité démocratiquement organisée qui mettra en place la planification de l’économie en fonction non pas du profit de quelques-uns mais des besoins de tous.
Alors, camarades, la période qui nous attend sera une période dure, avant tout parce qu’elle sera dure pour tous les exploités. Mais ce sont des périodes comme cela qui forment, qui éduquent politiquement les classes exploitées.
C’est à des périodes comme cela qu’elles peuvent accéder à la conscience qu’elles n’ont rien à attendre de la société actuelle, ni de l’État actuel, quel que soit le gouvernement qui le dirige.
Encore faut-il des militants communistes pour les éclairer et pour leur offrir des perspectives, pas la perspective dérisoire d’un changement de président ou de gouvernement, qui ne change rien à leur condition, mais la perspective du renversement de l’ordre social établi.
Alors, camarades et amis, bon courage et levons haut notre drapeau, celui du communisme !
Et maintenant, profitez du beau temps, profitez de la fête, profitez de la fraternité entre camarades !
-