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Meeting de Lyon - discours d’Olivier Minoux

Lyon, le 10 mars 2010

Chers camarades et amis,

Dans ces élections nous voulons nous adresser en priorité aux travailleurs, à notre camp. Et notre liste, conduite par Nathalie Arthaud, en est le reflet. Elle est composée de travailleurs du secteur privé, d’ouvriers de la métallurgie, de la chimie, du secteur automobile, d’employés de bureau, de techniciens et d’ingénieurs, de conducteurs de bus, de salariés du nettoyage ou de l’aide à domicile. Elle est aussi composée de travailleurs du secteur public : de personnels de l’Education nationale, des hôpitaux, de la Poste ou de la SNCF, d’agents de différentes administrations ou des collectivités territoriales. Notre liste est représentative de ce que nous sommes, et dont nous sommes fiers. C’est aux travailleurs en activité ou pas, aux chômeurs en fin de droit ou pas, aux jeunes ouvriers, diplômés ou pas, aux retraités, aux travailleurs handicapés, que nous voulons nous adresser en priorité. Car ce sont les nôtres. Et nous en avons plus qu’assez que patronat et gouvernement s’entendent comme larrons en foire pour nous faire payer leur crise en poussant une partie grandissante des classes populaires vers la misère.

Et quand je parle de misère, je n’exagère pas. Dans le seul département du Rhône, plus de deux millions de repas ont été servis par les Restaurants du cœur l’an dernier. Les bénévoles de cette association ont du faire face, cette année, à une augmentation de 30 % du nombre d’inscrits. Ils voient arriver des travailleurs au salaire insuffisant, des retraités ne disposant que des 680 € du minimum vieillesse, des chômeurs qui doivent se débrouiller avec les 460 € du RSA pour survivre un mois entier, y compris en payant un loyer !

Et nombre de travailleurs, et surtout de travailleuses, enchaînent des heures de ménage ici, de l’aide à domicile là, avec des journées coupées et à rallonge, le tout pour un salaire si faible qu’il ne leur permet pas de vivre. Ainsi près de la moitié des aides à domiciles peuvent prétendre au RSA tellement leurs salaires sont bas.

De la perte de son emploi à la pauvreté et la misère, le chemin est parfois très court. Alors que la région Rhône-Alpes est l’une des plus riches de ce pays, le chômage y a explosé depuis un an. Il y a désormais plus de 350 000 chômeurs officiellement inscrits à Pôle Emploi en comptant tous ceux qui doivent se contenter de quelques heures de travail par mois.

Derrière ces statistiques froides, ce sont des dizaines de milliers de travailleurs licenciés, d’intérimaires non repris à la fin de leur mission. Il n’est pas possible de dresser la liste de toutes les entreprises qui ont fermé ou réduit massivement leurs effectifs dans la région. De Caterpillar dans l’agglomération grenobloise à Siemens dans la Loire, en passant par Florence-et-Peillon, Rénolift, Majorette, ou encore Lennox, dans l’agglomération lyonnaise, c’est une véritable hémorragie d’emplois.

A chaque fois, les patrons de ces entreprises invoquent la baisse de l’activité et la crise pour sacrifier les travailleurs. Mais pourquoi serait-ce à nous de payer la crise d’un système qui n’est pas le nôtre ? Au nom de quelle fatalité ? Si le grand patronat, aidé par le gouvernement veu nous faire payer chèrement sa crise, c’est pour sauver ses profits. Mais d’où viennent-ils ces profits, sinon du travail de tous ? Les capitalistes nous les ont extorqués en nous exploitant, et maintenant ils veulent les maintenir en nous déclarant la guerre, une guerre qui vise encore à appauvrir la classe ouvrière.

Toutes les entreprises que j’ai citées appartiennent à des grands groupes ou sont des sous-traitants directs de grands groupes. Siemens veut supprimer 274 emplois dans la Loire, 15 000 dans le monde, mais au même moment, il accumule les commandes : 230 millions d’euros pour une ligne de métro dans l’Etat de NewYork, 450 millions pour du matériel ferroviaire en Chine ou encore un milliard d’euros pour des turbo-compresseurs en Iran. Le total dépasse les deux milliards d’euros.

Comme on peut le voir, c’est la crise ! Et ce groupe n’aurait pas les moyens de maintenir chaque emploi ? Il y a vraiment de quoi alimenter la rage des travailleurs de Saint-Chamond qui refusent d’être jetés comme des kleenex et dont la mobilisation se renforce au fil des semaines.

Rénolift, à Meyzieu, a été rachetée par Ruget, un affairiste local, propriétaire de plusieurs usines de la métallurgie, amateur paraît-il de chasses en Afrique. Il vient de mettre l’usine en liquidation en laissant 103 salariés sur le carreau. C’est après une nuit de « réflexion » forcée que leur patron a fini par lâcher les malheureux 8000 € de prime supplémentaire qu’ils réclamaient. Mais Rénolift, c’était un fournisseur exclusif de Schindler, le deuxième fabricant mondial d’ascenseurs, propriétaire de cette usine jusqu’en 2004 et qui vient de lui retirer toutes ses commandes.

Schindler aurait largement les moyens de la reprendre directement et de maintenir chaque emploi !

Florence-et-Peillon, à Vaulx-en-Velin, Saint-Jean Industrie, à Vénissieux, ou encore Rencast, à Thonon-les-Bains, sont des fonderies qui ont supprimé cette année plusieurs centaines d’emplois. Elles travaillaient pour Renault, Peugeot et Renault Trucks.

Depuis des années, ces fonderies sont passées de mains en mains, au fil des mises en liquidations judiciaires. Des vautours les ont rachetées à bas coût en proposant des « plans de continuation » de l’activité, en touchant au passage des aides publiques. Ils n’ont pas investi un centime et ont supprimé des emplois.

Sous prétexte de la crise, les constructeurs automobiles ont réduit leurs commandes ou se sont tournés vers d’autres fonderies encore moins chères, mettant leurs sous-traitants en difficulté.

Mais où est-il écrit que ce sont les travailleurs tout au bout de la chaîne des donneurs d’ordre qui doivent payer intégralement les pots cassés et servir de variable d’ajustement ? Ou sont passés les 6,5 milliards versés par l’Etat à Renault, PSA et Renault Trucks au prétexte de sauver l’emploi ? Ou sont passées les diverses subventions versées aux margoulins repreneurs successifs de ces fonderies ?

Les travailleurs de ces fonderies se sont défendus le dos au mur. Tous seuls, ils n’étaient pas en situation d’imposer le maintien des emplois. Mais ils se sont battus pour obtenir des indemnités de départ un peu plus conséquentes, ce qui est bien le minimum. C’est leur détermination ainsi que la menace de détruire des stocks de pièces vitales qui ont permis aux travailleurs de Rencast, puis de Florence-et-Peillon neuf mois plus tard, de toucher une indemnité extra légale de 30 000 €.

Partout dans la région, des bassins industriels sont transformées en zones sinistrées, victimes d’une tempête économique : la crise du capitalisme. La vallée de l’Arve avec l’industrie du décolletage, le bassin d’Oyonnax et les usines de la plasturgie, la Vallée du Giers qui subit les fermetures d’usines à répétition. Après les travailleurs et leur famille, ce sont les commerçants qui sont pris à la gorge faute de clients solvables.

A chaque nouvelle annonce de licenciement, on voit s’agiter les élus, députés, conseillers généraux ou régionaux. Ils déplorent la situation, réclament l’intervention de l’État et au final… ils offrent de nouvelles subventions.

Le socialiste Queyranne se vante de « faire tout pour l’emploi, tout le temps ». Au prétexte de l’emploi, il s’est transformé en VRP du patronat régional, ouvrant un bureau de promotion économique à New Delhi, construisant un pavillon Rhône-Alpes pour l’exposition universelle de Shanghaï.

Ah, il ne mégote pas ses efforts… pour aider les patrons !

Pour l’année 2010, la région versera 182 millions d’euros au titre de « l’aide à l’économie et à l’emploi ». Grossetête, la candidate de l’UMP, n’a rien de mieux à proposer sinon de « simplifier l’accès des subventions aux PME ».

Nul doute que les patrons, un peu les petits mais surtout les gros, sauront trouver l’accès à tout cet argent public. Mais, depuis des années que la manne des subventions coule à flot pour arroser le patronat, cela n’a jamais sauvé un seul emploi.

A part gémir à chaque fermeture d’usine puis ouvrir les cordons de la bourse, les élus au Conseil régional, comme les députés, sont impuissants pour faire face aux licenciements. Ils sont impuissants car ils refusent de s’en prendre à ceux qui dirigent vraiment l’économie. Ils sont mêmes à plat ventre devant eux. Le cas de Sanofi-Aventis, dont le siège est à Lyon, en est l’illustration. Sanofi vient d’annoncer plus de 8 milliards d’euros de bénéfice. Les achats massifs par l’État de vaccins contre le virus de la grippe A, au prix fixé par les laboratoires, ont contribué à ces résultats.

Dans le même temps, Sanofi poursuit un plan de réduction des coûts qui va provoquer la suppression de 3000 emplois en deux ans dans le secteur de la recherche et du développement. Supprimer des emplois tout en versant aux actionnaires des dividendes en hausse, cela ne leur suffit pas. Sanofi touche en plus des aides directes de la Région et de l’État au titre des « pôles de compétitivité ». Sanofi appartient à « Lyon BioPôle » aux côtés de BioMérieux, Mérial mais aussi du CNRS, des universités et des hôpitaux. Le groupe Rhodia, où je travaille, appartient lui au pôle « Axelera » aux côtés d’Arkema, Suez et d’une brochette de PME.

Il est bien difficile de connaître le montant exact des sommes versées par les différentes collectivités à ces pôles. Mais c’est à cela qu’est destinée « l’aide à l’économie et à l’emploi » du budget de la région.

Selon la CGT chimie et le collectif « Sauvons la recherche », Sanofi-Aventis a bénéficié l’an dernier de 25 millions d’euros d’exonérations au titre du Crédit Impôt Recherche. Les grands groupes de la pharmacie comme Sanofi-Aventis ou de la chimie comme Rhodia sont sous perfusion permanente d’argent public. Mais, pour Queyranne, cela n’est encore pas suffisant : s’il est réélu, il s’engage à consacrer 5 % du budget total de la région à la recherche et au développement.

C’est dire si les travailleurs ne peuvent en aucune façon compter sur ces élus, qui sont avant tout des gestionnaires entièrement au service du patronat.

C’est d’abord sur le dos des travailleurs que les actionnaires réalisent leur bénéfices, en augmentant toujours la charge de travail et en réduisant les effectifs.

Rhodia a lancé l’an dernier un vaste « plan de compétitivité ». En langage clair, cela veut dire supprimer 300 postes dans le groupe tout en imposant plus de flexibilité. Ces suppressions s’ajoutent aux 500 intérimaires renvoyés dès le début de la crise. Sur les usines de Saint-Fons, plus d’une centaine de postes vont disparaître, trois productions vont être arrêtées avec des reclassements imposés.

Au delà des postes supprimés chez Rhodia, il y a les conséquences chez les sous-traitants. Rhodia multiplie les pressions pour obtenir une baisse des coûts. Evidemment, elle se fait sur le dos des ouvriers. Ceux de la société Ponticelli, qui travaillent à nos côtés depuis plus de dix ans, vont devoir se reclasser sur d’autres chantiers car Rhodia a donné la maintenance à une société moins chère.

Dans mon atelier, les économies vont être réalisées sur le dos des travailleurs de Vos qui conditionnent la production : un poste sur deux va être supprimé pour une charge de travail identique. Ce sont tous les travailleurs sous-traitants qui voient ainsi leur avenir menacé.

Pour les actionnaires, le « plan de compétitivité » réalisé sur le dos de tous les salariés est efficace : ils vont se partager 25 millions d’euros de dividendes pour l’année 2009.

Tous ces projets se heurtent heureusement à la résistance des travailleurs du groupe. Il y a eu des débrayages massifs dès l’annonce de ces mauvais coups, en juin dernier. En octobre, les postés de Belle-Etoile ont débrayé tous les jours pendant plus d’un mois.

Les grévistes n’ont pas réussi à faire reculer la direction mais ils ont montré la voie : ce n’est que par la lutte, en utilisant notre force collective et notre rôle dans la production que nous pourrons imposer aux actionnaires de maintenir chaque emploi en prenant sur leurs bénéfices présents et passés pour les financer.

La force de la lutte collective, c’est aussi ce que viennent de montrer les travailleurs des raffineries Total. Alors que ce groupe pétrolier affiche un bénéfice de 8 milliards d’euros, ses dirigeants ont décidé de fermer la raffinerie des Flandres.

Cette annonce a déclenché ce qu’elle méritait : une grève de solidarité des travailleurs des cinq autres raffineries du groupe. A Feyzin, les travailleurs ont voté la grève illimitée dès le 17 février. Leur colère a été renforcée par les déclarations arrogantes du directeur selon qui « pour Total, 8 milliards de bénéfices, c’est des pertes ! ». Ce monsieur, comme tous les commentateurs affolés face à la menace de pénurie d’essence, a appris à ses dépens que ce n’est pas le PDG qui raffine le carburant mais bien les ouvriers.

Cette grève, qui menaçait de s’étendre aux raffineries d’Exxon-Mobil et peut-être à l’ensemble du secteur pétrolier, a montré la force du monde du travail quand il se mobilise. C’est la trouille que le feu parti des raffineries puissent gagner d’autres secteurs ouvriers du pays qui a conduit le gouvernement et la direction de Total à rencontrer les directions syndicales.

Celles-ci ont choisi de suspendre la grève sur la base de vagues promesses de maintenir les autres raffineries pour les cinq ans à venir, mais sans garantie pour celle de Dunkerque. Mais, au delà du choix des directions syndicales, ce que nous pouvons retenir, c’est que la solidarité ouvrière peut se déclencher sans prévenir et représente une vraie menace pour les patrons et le gouvernement.

Il est réconfortant que, malgré le chantage patronal à l’emploi, de nombreux travailleurs décident de se battre pour leurs salaires.

Fin novembre, les ouvriers postés de Toray à Saint-Maurice-de-Beynost ont débrayé contre un projet d’augmentation de la productivité et pour une augmentation des salaires. Après quinze jours de débrayages, la direction de ce groupe japonais de films alimentaires a dû lâcher 40 euros mensuels non prévus au programme.

En décembre, une partie des 3000 travailleurs de l’usine Sanofi de Marc-l’Etoile a arrêté totalement les ateliers de production de vaccins pendant plus de quinze jours. Il y a en effet de quoi se mettre en colère quand un groupe qui bat des records de profits ne propose qu’une augmentation de… 1,2 % !

0,75 %, d’augmentation générale pour les ouvriers et 1,9 % pour les cadres, c’est ce que proposait la direction de Famar, une autre usine de la pharmacie à Saint-Genis-Laval. Cela a décidé les travailleurs à déclencher la grève et à paralyser la production pendant quinze jours. La grève s’est interrompue sans les 80 euros réclamés mais la direction a été obligée de revoir un peu ses propositions. La soixantaine de travailleurs qui ont activement fait grève ont montré qu’ils savaient se faire respecter.

La semaine dernière, ce sont les travailleurs d’Air Liquide qui sont entrés en lutte. Ils réclament 1500 € d’augmentation annuelle chacun, ce qui n’est qu’une infime partie du 1,3 milliard de bénéfices de ce groupe coté au CAC 40.

C’est maintenant chez Renault Trucks que la colère sur les salaires s’exprime. Cela a commencé à Arvinmeritor, l’usine qui fabrique les ponts et les essieux à Saint-Priest. Après plusieurs années sans prime, ni intéressement, après un blocage complet des salaires en 2009, après des jours de chômage qui ont amputé les revenus, l’annonce de 0,6 % d’augmentation pour cette année n’est pas passée. Les ouvriers ont brutalement baissé les cadences, débrayé et fait irruption dans la salle où le responsable Europe du groupe était venu négocier. Le lendemain, la direction lâchait 1,2 % avec un talon à 27,5 € et une prime de 400 € en mars.

A l’usine Moteurs et à la Pièce de Rechange, à Vénissieux, un mouvement de grève a démarré cette semaine pour obtenir une augmentation avec un minimum de 150 €.

Bien d’autres travailleurs, dans l’agglomération et dans la région, se mettent en luttes pour leurs salaires. Ces luttes ne sont pas toujours victorieuses et, quand elles le sont, les sommes obtenues restent bien loin des besoins. Mais elles indiquent la seule voie efficace pour se faire entendre, pour ne plus subir chantage et dégradation des conditions de travail.

Cette seule voie, c’est bien la lutte !

Comme vous le savez, le gouvernement Sarkozy continue de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Après avoir vidé les caisses de l’État pour voler au secours des banquiers, il taille dans le vif dans les effectifs de la fonction publique. L’État est devenu aujourd’hui le premier licencieur du pays !

Ces suppressions d’emploi aggravent les conditions de travail des personnels, mais aussi la qualité du service rendu à la population. Et ce sont les plus démunis, les plus pauvres qui en paient le plus durement toutes les conséquences.

A La Poste, de réorganisation en réorganisation, le nombre de facteurs diminue. Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus pouvoir distribuer la totalité du courrier dans le temps imparti. Beaucoup travaillent au delà de leurs heures sans compensation. Des grèves ont éclaté comme à Dardilly, où les facteurs après dix jours de grève à la mi-novembre ont obtenu des emplois supplémentaires. Mais dans de nombreux bureaux, les facteurs qui refusent de travailler gratuitement au-delà de leurs heures sont de plus en plus durement sanctionnés.

Aux guichets, la situation n’est pas plus enviable : à la Grande Poste, à Bellecour, les derniers travaux ont fait passer le nombre de guichets de vingt à huit. La direction est tellement consciente que l’attente ne peut qu’augmenter qu’elle a fait installer des sièges !

Dans les hôpitaux publics, c’est une érosion continue des effectifs et des lits au fil des années. Aux Hospices Civils de Lyon, où travaillent plusieurs de nos colistiers, 200 à 250 suppressions de postes par an sont programmées d’ici 2013. Le déficit des HCL, une centaine de millions d’euros, sert régulièrement de prétexte aux plans d’économies. Mais comment un hôpital pourrait-il dégager des excédents ? Si les progrès de la médecine impliquent des technologies de plus en plus sophistiquées et coûteuses, ce n’est pas un drame. La seule façon de combler le déficit de l’hôpital, c’est de lui attribuer des moyens à la hauteur des besoins. La société produit assez de richesses pour financer le meilleur accès aux soins pour tous. Le seul problème, c’est de prélever ces richesses là où elles se trouvent, dans les profits patronaux.

En attendant, ces économies provoquent périodiquement une surchauffe dans les services. A plusieurs reprises, il a fallu la mobilisation du personnel des urgences pour empêcher la suppression de postes d’infirmiers et d’aide soignants.

Si les urgences ne saturent pas davantage, c’est uniquement parce que les cas qui donnent lieu à une hospitalisation lucrative sont orientés vers le privé.

En effet, tandis que l’hôpital public est de plus en plus démuni, les hôpitaux privés prospèrent. Le gouvernement favorise systématiquement les cliniques privées à but lucratif en leur distribuant des missions de service public.

La Clinique de la Sauvegarde à Lyon 9ème, propriété de Capio, un groupe suédois, l’un des plus gros opérateurs de santé européens, va ouvrir 100 lits supplémentaires à l’occasion de sa rénovation. Les Hôpitaux privés du grand Lyon, rebaptisés « Noalys », viennent d’ouvrir coup sur coup une maternité et un hôpital privé. Ils s’enrichissent sur le dos de la Sécurité sociale, des mutuelles et des malades qui paient les dépassements d’honoraires. Rhône-Alpes est l’une des trois régions où ces dépassements sont les plus importants.

L’argent public en faveur de l’hospitalisation privée pendant que l’hôpital public s’asphyxie, cela illustre bien la politique menée par ce gouvernement qui ne fait d’ailleurs qu’amplifier celle de ses prédécesseurs.

Dans l’Éducation nationale, les économies faites en réduisant le personnel, les enseignants, entraînent une situation explosive. Avant les vacances de février, plusieurs établissements se sont mis en grève pour protester contre la baisse annoncée des heures d’enseignement et le recours toujours plus grand aux heures supplémentaires. 316 postes d’enseignants disparaîtront à la prochaine rentrée dans l’Académie de Lyon. Ils s’ajoutent aux 240 disparus l’an dernier.

Plus d’élèves à accueillir avec toujours moins d’enseignants, le calcul est vite fait : le compte n’y est pas !

Pour ne citer que quelques établissements où les enseignants ont fait grève, le lycée professionnel Pablo-Picasso à Givors perd ainsi 15 % de sa dotation horaire, une centaine d’heures par semaine. Tout cela, dans un lycée classé « Réseau réussite scolaire » et dans un bassin d’emploi sinistré. Au collège Alain, à Saint-Fons, il y aura une augmentation du nombre d’élèves par classe : 27 élèves en 3ème, cela ne facilitera pas la réussite scolaire dans un quartier lui aussi difficile.

Pour faire des économies à l’Éducation nationale, le gouvernement choisit d’imposer une dégradation considérable des conditions d’enseignement, y compris pour les jeunes qui ont le plus de difficultés scolaires.

La baisse de moyens commence dès l’école maternelle et primaire. Ces réductions de moyens sont à l’origine des difficultés que de plus en plus d’élèves rencontrent au collège et au lycée. Si leur unique expérience de l’école se résume à être entassés dans des classes surchargées, comment s’étonner qu’ils ne réussissent pas et qu’ils vivent la suite de leur scolarité en situation d’échec scolaire ?

Alors, ce qu’on peut espérer, c’est que les mobilisations et les grèves qui éclatent dans divers établissements et dans diverses académies convergent.

Que l’on soit travailleur dans l’industrie ou les services, dans le privé ou le public, que l’on soit embauché en CDI ou travailleur précaire, intérimaire, contractuel, que l’on soit en activité, au chômage ou en retraite, comme usager ou comme salarié, nous subissons tous de plein fouet l’offensive des patrons et du gouvernement. Si on les laisse faire, ils nous feront payer intégralement les conséquences de la crise.

Mais il n’y a aucune raison de nous laisser faire. Et on l’a vu, nombreux sont les nôtres qui résistent, qui se défendent, parfois qui prennent l’offensive.

Oui, le monde du travail a les moyens de changer les choses ! Mais cela ne passera pas par des alternances électorales. Cela passera par une véritable explosion sociale qui bouleverse enfin le rapport de forces.

Dans ces élections, les travailleurs en colère n’ont pas beaucoup de choix. Ils ne peuvent évidemment voter ni pour les candidats de droite, version Sarkozy-Grossetête ou version Azouz Begag, ancien ministre de Villepin, ni pour ceux d’extrême droite.

Le socialiste Queyranne dirige la région depuis six ans sans avoir empêché un seul licenciement et sans qu’on ait vu de différence avec la centriste Comparini.

Le vert est à la mode, c’est pourquoi le pédagoque Philippe Mérieu a rejoint Europe Ecologie. Mais les écologistes sont les alliés du PS à la région. S’ils se présentent à part au premier tour, c’est uniquement pour mesurer leur rapport de forces avec le PS et obtenir plus de sièges.

Quant au Front de gauche, cette alliance du PC, du parti de l’ex-ministre socialiste Mélenchon et de quelques anciens de la LCR, il n’aspire finalement à rien d’autre qu’à participer à l’exécutif aux côtés de Queyranne. Le Front de gauche milite pour une nouvelle version de l’Union de la gauche.

Unir la gauche, mais pour faire quoi ? Pour gérer les régions derrière le PS, comme elle l’a fait jusque-là ? A quoi cela sert-il aux travailleurs, face aux licenciements, au chômage, face à l’offensive du patronat ?

A rien ! Car les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs luttes collectives pour sauver leurs conditions d’existence !

Alors, assez des combinaisons politiciennes ! Ce qui est sûr, c’est que Lutte Ouvrière et les listes que nous présentons ne participeront à aucune combinaison, ni avant les élections, ni entre les deux tours, ni après.

Le vote pour les listes Lutte Ouvrière, c’est le seul vote que peuvent faire les électeurs pour affirmer que les travailleurs ne pourront se sauver que par une explosion sociale.

Alors, votez et faites voter Lutte Ouvrière le 14 mars, c’est la meilleure manière dans ces élections de préparer les luttes futures !


 

 
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