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Meeting de Marseille - discours d’Isabelle Bonnet

Marseille, le 5 mars 2010

Camarades et amis,

Je voudrais vous dire d’abord quelques mots sur la liste Lutte Ouvrière de la Région. Sur les six têtes de sections départementales, il y a trois femmes et trois hommes. Les 135 candidates et candidats sont très représentatifs de ce qu’est le monde du travail. Il y a des ouvriers de la métallurgie, de l’aéronautique, ou mécaniciens dans les transports publics. Ceux qui travaillent en CDD ou en intérim subissent des périodes de chômage, comme beaucoup d’autres en ce moment. Mais il y a aussi des employés, des vendeuses, des caissières, qui connaissent les temps partiels imposés. Certains travaillent dans le privé et sont aide à domicile, femme de ménage, cuisinier, chauffeur-routier ou encore une peintre en bâtiment ; d’autres sont salariés dans le public comme enseignants, éducateurs, assistantes-maternelle ou employées des Chèques postaux. La santé aussi est bien représentée, des aides-soignantes aux médecins, en passant par les secrétaires médicales.

Mais, comme tous les salariés, nous subissons de plein fouet les conséquences de la crise. Le chômage, déjà plus important dans la région que dans le reste du pays, a explosé, avec la multiplication des plans sociaux, la mise au chômage brutale des travailleurs intérimaires.

Par exemple, l’entreprise Azur Chimie vient de licencier une centaine de travailleurs à Port-de-Bouc. Depuis sept ans, elle est passée de main en main, supprimant au passage de nombreux postes. Tout a commencé en 2003 lorsque le groupe Total s’est débarrassé de son site Atochem de Port-de-Bouc, qui produisait du brome extrait de l’eau de mer, en vendant l’usine à un groupe chimique américain, Albemarle. En janvier 2009, Albemarle revend à son tour les installations au Fonds d’investissement ICIG, et le site devient Azur chimie. Un an plus tard, le directeur met la clé sous la porte. Pour la centaine de travailleurs licenciés et leur famille, c’est la catastrophe qui s’abat sur eux. Pourtant, le site appartenait autrefois à Total, un grand groupe industriel, qui a fait encore cette année près de 8 milliards de bénéfices et qui s’est aussi enrichi par le passé sur le dos de tous ceux qui vont se retrouver aujourd’hui au chômage. Lui comme les repreneurs qui lui ont succédé, qui ont tous tiré profit de l’affaire, auraient pu maintenir l’emploi en prenant sur leurs profits passés et présents !

Ceux qui ont encore un emploi vivent avec la crainte de tomber au chômage, ou de voir leurs proches y tomber.

Mais le chômage peut aussi enrichir certaines entreprises. C’est le cas des agences privées chargées, depuis quatre mois, par Pôle Emploi d’accompagner les chômeurs pour retrouver un travail. On retrouve des noms connus comme Manpower, leader de l’intérim. Touché par la crise de l’intérim, Manpower compte se refaire une santé financière sur le dos des chômeurs auxquels il ne trouvera pas d’emploi, mais aussi des Assedic, car chaque prise en charge d’un chômeur lui est payée 719 euros pour un résultat plus qu’incertain !

Même lorsqu’on travaille, les salaires sont maintenus à un niveau si bas qu’on peut être un travailleur pauvre, ou vivre avec des fins de mois de plus en plus difficiles. Pour faire face à la flambée des prix alimentaires, du chauffage, des loyers, les salaires sont bien insuffisants. Lorsque les ouvriers des Constructions Métalliques, situées à Arles, ont touché une augmentation de 20 euros net chacun pour 2010, ils se sont dit qu’il manquait un zéro à cette somme pour faire les 200 euros minimum dont ils auraient besoin !

Depuis janvier, les grèves pour les salaires se sont multipliées. A la Grande Minoterie de Méditerranée, à Marseille, les travailleurs se sont mis en grève fin janvier parce que la direction proposait une augmentation de 1% alors que le salaire des ouvriers à la production tourne autour de 1300 euros. Pourtant cette entreprise, autrefois « Les Grands Moulins Maurel », a été rachetée par le groupe Nutrixo, leader européen de la farine alimentaire et de la fabrication de pain, qui réalise un chiffre d’affaires en hausse atteignant un milliard d’euros… Elle aurait largement les moyens d’augmenter décemment les salaires

Dans le même secteur de la Valentine, ce sont les employés du magasin Ikéa qui ont fait grève au début du mois de février, comme dans tous les magasins du pays, pour dénoncer les trop faibles augmentations proposées par la direction. Leurs « salaires en bois » -selon leur propre terme-, tournent autour de 1200 euros net. L’intersyndicale rappelait que le groupe Ikea France a fait 52 millions de bénéfices nets en 2009, ce qui permettrait de payer des salaires corrects aux 9000 salariés des magasins français, sans mettre sur la paille le propriétaire suédois, dont la fortune personnelle est estimée à 23 milliards d’euros !

C’est aussi l’exaspération devant l’accumulation de bénéfices pour les actionnaires d’Arcelor-Mittal, tandis que les salariés subissaient en 2009 des pertes à cause du chômage partiel, qui a poussé les 650 salariés d’Arcelor-Mittal de Fos-sur-Mer à débrayer en janvier et février pour les salaires. « Les dividendes, c’est eux qui les ont pris et pas nous » expliquait un délégué, qui ajoutait « on a moins d’argent que les autres années malgré tout ce qu’on a fait ». L’intersyndicale demande une augmentation générale de 5% avec un minimum de 150 euros, car le tiers des salariés ont moins de cinq ans d’ancienneté et gagnent moins de 1.500 euros par mois, selon la CGT, pour un travail pénible, au haut-fourneau ou au laminoir, une charge de travail qui ne cesse d’augmenter et des conditions de travail dangereuses. Et, depuis le 27 février, ce sont les employés de l’ancien Mr Bricolage, pas loin d’ici, à Mazargues, qui sont en grève pour leurs salaires. On leur souhaite de gagner !

Je voudrais citer aussi l’exemple des conditions de travail des jeunes embauchés sur les plates-formes téléphoniques. Qu’il s’agisse d’un opérateur Internet ou d’un service après-vente, on a tous déjà eu affaire à un employé d’une telle plate-forme, et elles ne sont pas toutes situées de l’autre côté de la Méditerranée, car celle-ci est située sur le pôle d’activité d’Aix-en-Provence.

Cette entreprise emploie environ deux cents jeunes, les plus anciens embauchés avec des CDI, ceux embauchés depuis cet été avec des CDD ou en intérim, mais tous payés au SMIC, avec des primes au rendement. Les salariés les plus anciens ont des horaires de travail compris entre 8 h et 22 h, et travaillent soit le matin soit l’après-midi, samedi compris, avec une coupure repas qui peut tomber à n’importe quelle heure, à 10 h du matin comme à 16 h, coupant la journée de façon complètement inégale.

Mais les contrats précaires plus récents ont des horaires encore pire, dits en « coupures étendues » c’est-à-dire qu’ils ont une coupure repas de 4 h. Ils commencent le matin à 10 h finissent à 13 h, reprennent à 17 h pour finir à 21 h. Au départ, ces horaires s’accompagnaient d’une contrepartie, le samedi libre, mais peu de temps après, ils ont aussi travaillé le samedi. Beaucoup jettent l’éponge car un tel rythme est dur à tenir, et ils sont remplacés par de nouveaux contractuels.

Les patrons profitent de la crise pour pressurer encore plus ceux qui sont au travail, tout en jetant dehors les précaires. L’usine Eurocopter de Marignane, qui appartient au groupe EADS, est la plus grande entreprise de la région, employant plus de 6000 salariés et de nombreux sous-traitants. Mais depuis juin, près de 600 intérimaires et CDD ont dû quitter l’usine, et des centaines d’autres sont dans l’incertitude complète. Ils ont été licenciés brutalement, après avoir enchaîné parfois plusieurs contrats de dix-huit mois.

Mais il n’y a aucune raison pour que les travailleurs soient les seuls sacrifiés de la crise, aucune raison qu’on supprime des emplois. C’est sur les profits accumulés par le groupe, ou sur la fortune personnelle des principaux actionnaires, comme Lagardère, qu’il faut prendre pour maintenir l’emploi de tous et les salaires. C’est pour cela que nous disons qu’il faudra interdire les licenciements et répartir le travail entre tous, sans baisser les salaires !

Car du travail, il y en a pour tous. D’année en année, la production d’hélicoptères augmente, deux fois plus d’appareils sortent actuellement qu’il y a huit ans à peine, alors que l’effectif, bien sûr, n’a pas doublé. En 2008, 588 appareils ont été livrés, soit 100 de plus qu’en 2007. Et en 2009, malgré la crise, le nombre d’appareils livrés est seulement en baisse de 5 %. Si le chiffre d’affaires a lui aussi presque doublé, passant de 2,5 milliards d’euros en 2002 à plus de 4,5 milliards d’euros en 2009, les salaires stagnent et l’intéressement est lui carrément en chute libre !

Ce qui a augmenté pour les salariés, ce sont les cadences, la fatigue… et les heures supplémentaires à gogo. Il y a peu de temps, Eurocopter fonctionnait avec des semaines à quatre jours, le vendredi étant RTT. Aujourd’hui, on ne compte plus les vendredis passés à l’usine. Du bureau d’études au support client, des chaînes à la mécanique, dans tous les secteurs, les chefs poussent à travailler le vendredi. Il n’y a qu’à voir les parkings un vendredi de RTT théorique pour comprendre que ce n’est plus que théorique. A ce propos, une blague circule : on appelle ces vendredis des jours de RTTT pour « réduction du temps de travail… travaillée » !

L’augmentation des cadences et les conséquences des changements d’horaires se ressentent dans les muscles, les nerfs. Les contraintes se multiplient, depuis le pointage quatre fois par jour, aux congés annuels devenus obligatoires à des dates précises. La direction peut également décider de faire travailler en plus, quand elle le veut, en fonction des « impératifs de production » selon ses termes.

A ces journées plus usantes, le problème des transports rajoute à la fatigue. Depuis janvier 2010, les cars de ramassage de l’usine ont été remplacés par le train. La nouvelle gare de Marignane, construite principalement pour les salariés d’Eurocopter, n’a pas coûté un centime à l’entreprise, puisque ce sont les collectivités locales et l’Etat, qui ont déboursé les 14 millions d’euros nécessaires. Le hic, c’est que comme la SNCF supprime depuis des années des postes de mécaniciens, d’ouvriers d’entretien des voies, mais aussi de conducteurs, il manque souvent des trains, le matin ou le soir, ce qui oblige à attendre parfois des heures pour prendre les suivants. L’argent public utilisé pour financer la gare a permis à Eurocopter d’économiser sur les transports, économies qui vont gonfler d’autant les profits, bien privés eux, des principaux actionnaires, qui n’en ont vraiment pas besoin !

Ces actionnaires sont décidément choyés, puisqu’en décembre dernier, l’Autorité des marchés Financiers les a blanchis du délit d’initié. Il aura donc fallu trois ans d’une enquête que l’on imagine bien poussive, pour montrer que c’est par le plus grand des hasards que 17 hauts dirigeants, dont l’ancien co-président d’EADS ainsi que les principaux actionnaires, Lagardère en tête, ont vendu leurs actions seulement deux semaines avant qu’elles ne chutent, empochant au passage des centaines de millions d’euros. Ce blanchiment scandaleux révèle surtout que l’AMF, abusivement appelé le gendarme de la Bourse, est d’abord le complice des voleurs. Le seul vrai contrôle sur les finances des actionnaires, c’est celui qu’imposeront les travailleurs et la population mobilisés contre les mauvais coups des possédants !

Comme vous le savez, le gouvernement de Sarkozy continue de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, aggravant les conditions de travail des agents publics, mais aussi bien sûr la qualité du service rendu à la population. Et ce sont les plus démunis, les plus pauvres qui en paient le plus durement toutes les conséquences.

Les suppressions d’emplois de postiers entraînent non seulement des tournées à rallonge pour les facteurs, qui ne peuvent plus distribuer tout leur courrier chaque jour, mais aussi des horaires réduits d’ouverture des guichets, quand ce ne pas leur fermeture pure et simple. Quant aux jeunes recrutés, ils enchaînent missions d’intérim, CDD, sans espoir d’embauche. Cette réorganisation, la direction l’appelle « facteur d’avenir », tout un programme !

Commentant la transformation de la Poste en Banque Postale, son directeur se réjouit d’inaugurer des espaces dédiés aux entreprises dans des quartiers d’affaires comme celui d’Euroméditerranée à la Joliette, et se félicite de faire partie du « paysage bancaire ». Eh bien nous, usagers ou employés des services postaux, nous avons toutes les raisons de combattre cette privatisation rampante, cette volonté de rentabiliser le service rendu et de mettre l’argent des plus modestes sous la domination des financiers !

L’hôpital public, lui, est le plus gros employeur de la ville avec 12 000 agents. Il est au premier plan pour faire face à l’appauvrissement de la population. On y reçoit de plus en plus des personnes en situation très précaire : des SDF qui sont refusés par les hôpitaux privés, des personnes âgées qui n’ont plus où aller à leur sortie, des malades qui n’ont pas de couverture sociale et pour lesquels il faut faire des aides médicales d’urgence. Les assistantes sociales sont débordées et subissent la pression des médecins et chefs de service pour libérer des lits. Il n’y a pas de structures pour accueillir toutes ces personnes qui sont surtout malades de la misère matérielle et morale.

A l’hôpital psychiatrique Édouard Toulouse, les agressions de personnel se sont multipliées, cinq en un mois : aide-soignant blessé par un coup de couteau à la permanence d’accueil, infirmière renversée par un malade et qui se fracture la hanche, médecin victime d’une tentative de strangulation. Les syndicats dénoncent la suppression de vingt emplois et la réduction du nombre de chambres d’isolement à douze alors qu’auparavant il en existait vingt. Un pavillon, qui était destiné à recevoir des patients transférés de la prison des Baumettes, accueille, depuis 2003, 40 SDF placés par le Samu Social car les foyers de sans- abri débordent.

A l’hôpital de la Conception, il manque du personnel dans tous les services, qu’il s’agisse d’infirmières, d’aides-soignants, de secrétaires, de techniciens. Les agents sont épuisés par les changements incessants de plannings et les dépassements d’horaires. Pour les contraindre à travailler dans ces conditions inacceptables, l’encadrement utilise de plus en plus souvent la menace de rapports ou d’avertissements

Et que dire de la dégradation que subissent les employés qui font le ménage ? Lorsque ce service a été sous-traité à une société de nettoyage il y a dix-huit ans, il y avait près de 40 employés. Il en reste aujourd’hui seulement 17, plus de deux fois moins, alors que les surfaces à nettoyer, elles, ont augmenté. Sans compter, que les sociétés de nettoyage qui se succèdent au fil des appels d’offres rognent sur les produits d’entretien et fournissent des serpillères usées jusqu’à la corde, pour satisfaire aux exigences d’économies imposées par l’hôpital.

Le matériel hospitalier manque aussi et il n’est fourni qu’au compte-gouttes. Par exemple, le personnel des urgences manque toujours des chariots tout prêts qu’ils demandent depuis des mois. Dans les services, il n’y a pas de lève-malades, alors qu’il y a de plus en plus de patients âgés ou qui ne peuvent pas bouger. Ce sont le dos et les bras des personnels, moins chers aux yeux de la direction, qui trinquent.

Les rémunérations des personnels sont attaquées. Dernière attaque en date : la baisse de la rémunération des astreintes. Cela touche des ouvriers, des infirmiers, des techniciens et informaticiens. Pour ces personnels, cela entraînerait une baisse de leurs salaires, jusqu’à 500 euros en moins sur une paye déjà pas bien épaisse. Leur mobilisation a fait reculer la direction pour l’instant, mais elle doit remettre le sujet sur le tapis en juin. Tout cela alors que les salaires sont pour la plupart très bas, puisque 50 % du personnel est payé au Smic et parfois même en dessous en jouant sur les indemnités compensatoires.

Pour continuer à faire des économies, une grande restructuration touche les services des différents hôpitaux, dans le but de les regrouper. Des grands déménagements de services avec tout leur personnel sont prévus. Le but est de fermer des lits, restreindre encore le personnel. La direction de l’Assistance Publique parle de « mutualisation », un mot dans l’air du temps, qui signifie dans les faits une gestion commune de la pénurie générale de moyens et de personnel.

Cette dégradation générale, le plan Bachelot « Hôpital 2012 » l’a encore accentué, en accordant généreusement 54 millions d’euros pour la construction d’un grand hôpital privé, qui regroupera prochainement les structures libérales existantes Ambroise-Paré et Paul-Desbief, tandis que les financements accordés à l’ensemble des hôpitaux publics ne dépassaient pas les 10 millions d’euros, soit cinq fois moins.

L’argent public en faveur de l’hospitalisation privée, alors que l’hôpital public est complètement démuni pour faire face aux besoins élémentaires de santé de la population, particulièrement de la fraction la plus pauvre, cela illustre bien la politique menée par le gouvernement actuel, comme par les gouvernements précédents d’ailleurs.

Dans l’Education nationale, les économies faîtes sur le manque de personnel, d’enseignants, entraînent une situation explosive. Depuis quinze jours, des lycées généraux ou professionnels ainsi que des collèges de toute l’académie, se sont mis en grève pour protester contre la baisse des heures d’enseignement annoncée pour la rentrée 2010. Plus d’élèves à accueillir l’an prochain avec toujours moins d’enseignants, le calcul est vite fait : le compte n’y est pas !

A Gardanne ou Arles, comme à Marseille, le mécontentement contre les réformes qui se succèdent et dont le but est de masquer le manque criant de personnel, s’est manifesté de différentes manières. Ici, des Inspecteurs qui venaient « expliquer » la réforme des lycées se sont fait recevoir par une assemblée d’enseignants qui ont lu une lettre ouverte dénonçant la réforme et la baisse de moyens avant de quitter massivement la réunion. Ailleurs, ce sont des élèves ou des parents qui se solidarisent des enseignants grévistes, en bloquant à leur tour l’établissement.

Au lycée professionnel et technologique de l’Estaque, il y aura deux classes et demie ouvertes,pour accueillir 50 élèves supplémentaires, alors que les moyens alloués à l’établissement sont en baisse ! Avec cinq postes supprimés, tous les enseignements généraux se feront en classe entière, les horaires de mathématiques, français, biotechnologie et histoire-géo seront réduits.

Au lycée général Pagnol, qui accueille des élèves provenant des collèges de ZEP alentour, les enseignants ont voté majoritairement la grève dès la rentrée des vacances de février annulant le bac blanc prévu cette semaine-là. Cette fois, près de cent heures sont supprimées à la rentrée 2010, cela entraînerait trois classes en moins et 35 élèves en seconde !

Mais là où la baisse de moyens est la plus choquante, c’est à l’école maternelle et primaire. Alors que l’effectif est en légère augmentation, 50 classes sont supprimées sur Marseille, près de 90 sur les Bouches-du-Rhône, et combien d’autres dans la région ?

Pourtant, la pénurie est déjà là. Pour ne prendre qu’un exemple, dans le 3ème arrondissement de Marseille, l’un des plus pauvres, certains enfants de deux ou trois ans ne peuvent déjà plus être scolarisés et les listes d’attente concernant les enfants de quatre ans sont conséquentes. Alors que l’école est obligatoire pour les enfants à partir de six ans, plus de 40 enfants de cet âge n’ont pas été scolarisés en 2009 sur le secteur National-Belle-de-Mai-Kléber. Cet arrondissement détient un autre record : une école maternelle y accueille plus de 400 élèves !

A chaque rentrée, c’est un véritable parcours du combattant pour les parents qui doivent patienter plus de trois heures pour inscrire leurs enfants, et obtiennent parfois une place dans une école éloignée de leur domicile, ou bien des places dans des écoles différentes pour des frères et sœurs, comme si les parents pouvaient être devant deux écoles à la fois !

Cette situation catastrophique est à l’origine de bien des difficultés que de plus en plus d’élèves rencontrent au collège et au lycée. Car c’est à l’école que les enfants apprennent non seulement à lire, écrire et compter, mais aussi les comportements sociaux élémentaires. Si leur unique expérience de l’école se résume à être entassés dans des classes surchargées, comment s’étonner qu’ils ne réussissent pas et qu’ils vivent la suite de leur scolarité en situation d’échec scolaire ?

Alors, ce qu’on peut espérer de mieux dans la situation actuelle, c’est que ces mouvements convergent.

Il faudra alors imposer à l’Etat, aux collectivités locales, régions, départements ou mairies, qu’elles cessent de distribuer l’argent public aux patrons au nom de la lutte contre le chômage. Si cela avait permis de maintenir les emplois, cela se saurait ! Il faudrait au contraire utiliser cet argent pour créer massivement des emplois publics dans la santé, ou l’éducation, mais aussi dans la construction de logements.

Aujourd’hui, l’Etat laisse les promoteurs immobiliers, avides de s’enrichir sur l’envolée des prix des terrains, décider du prix du mètre carré de bureaux ou des logements résidentiels. Mais ne pourrait-il pas plutôt embaucher lui-même les maçons, peintres, plâtriers, mais aussi les ingénieurs, les architectes nécessaires pour construire au moins un million de logements sociaux manquants dans les plus brefs délais ?

Dans une ville pauvre comme Marseille, des milliers de demandes de logements sociaux attendent depuis des années. Du coup, ce sont les taudis encore nombreux dans le centre et dans les quartiers Nord qui servent de logement social.

Immeubles insalubres, hôtels meublés vétustes, il n’y a guère de choix, quand les grands ensembles construits dans les années 60 et 70 débordent et se dégradent eux aussi.

La cité Air-Bel en est un exemple. Située dans les quartiers Est de Marseille, elle a vu la paupérisation de ses habitants avec la fermeture de nombreuses usines alentour, comme Lustucru, Nestlé. Aujourd’hui, ce sont plus de 6 000 habitants qui y vivent, enclavés, sans service public autre que l’école, sans poste ni commissariat, sans collège ni lycée, sans commerces ni aires de jeux pour les enfants. Seul un centre social semble résister, mais jusqu’à quand ? Il y a une dizaine d’années seulement, il y avait encore une boulangerie, un coiffeur, un boucher et un Casino. Avec 1 200 logements sociaux construits au début des années 70, des bâtiments de quatre ou cinq étages, quatre tours de 17 étages, la cité Air-Bel attend toujours une rénovation d’envergure. En attendant, les locataires vivent dans des logements qui se dégradent, avec des équipements défectueux malgré des charges très lourdes, comme en témoigne une habitante, qui a vu le montant de ses charges -500 euros !- dépasser celui du loyer. Et cela n’empêche même pas les pannes fréquentes d’ascenseur, de chauffage et d’électricité !

Alors, bien sûr, ce ne sont pas ces élections qui mettront un coup d’arrêt à cette évolution catastrophique. Pour cela, il faudra une mobilisation puissante, générale, qui conteste radicalement la main mise d’une poignée de grands groupes bancaires et industriels sur toute la société.

Mais dans ces élections, les salariés, les chômeurs, les retraités peuvent faire entendre leur colère, peuvent dire qu’ils en ont assez d’être les seuls sacrifiés de la crise, alors que les BNP Paribas, les Total, qui en sont responsables, continuent, eux, de s’enrichir !

Mais le bulletin de vote Lutte Ouvrière ne dit pas que cela. Il permet aussi d’affirmer des objectifs pour les prochaines luttes, comme l’interdiction des licenciements et le partage du travail entre tous, en prenant sur les profits, car c’est le seul moyen de combattre vraiment le chômage ! Cela ne sera possible que si l’ensemble des salariés, la population, imposent leur contrôle sur les comptes des grandes entreprises et des banques, en commençant par lever le secret industriel, bancaire et commercial.

Voter Lutte Ouvrière, c’est aussi affirmer que nous avons confiance dans notre force collective, dans nos propres mobilisations, pour changer notre sort, car nous gardons la conviction qu’une société si inégalitaire, si pleine d’oppressions de toutes sortes, ne pourra pas durer éternellement !

Je passe la parole à ma camarade Nathalie Arthaud pour développer plus amplement nos objectifs dans cette campagne.


 

 
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