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Meeting de Paris - discours de Jean-Pierre Mercier

Paris, le 11 mars 2010

Chers camarades, chers amis

La région Île-de-France est probablement celle du pays où sont concentrées les plus énormes disparités sociales. Entre les cités de la Courneuve ou de Vitry-sur-Seine et les hôtels particuliers de Neuilly-Auteuil-Passy, il y a un monde. En Île-de-France, on trouve d’un côté le 8e arrondissement de la capitale et ses boutiques de luxe, là où les montres se vendent à 800 000 euros ; et de l’autre côté, les friches d’usines abandonnées, les cités où le taux de chômage avoisine les 30% – sans parler des pelouses qui bordent le périphérique, ou des abords du métro aérien du côté de la Gare du Nord, qui sont peu à peu en train de se transformer en bidonvilles pour SDF et travailleurs sans papiers. Entre ces deux mondes, il n’y a que quelques kilomètres de distance, géographiquement. Mais socialement, il y a des années-lumière. Il n’y a rien de commun entre eux. Le seul, l’unique lien qui existe entre ces deux mondes, c’est que l’un, le monde de la bourgeoisie, ne vit et n’existe que grâce à l’autre, le monde du travail.

Il est inutile de dire que nous ne sommes pas allés faire campagne du côté de Neuilly, Saint-Cloud, ou dans le 16e arrondissement de Paris. Les bourgeois grands et petits qui vivent là, ils n’ont pas peur de perdre leur travail : parce que, pour beaucoup d’entre eux, ils ne travaillent pas. Ils n’ont pas peur de se voir expulsés de leur logement : parce que la plupart du temps, leur logement, il est à eux ou à leur famille depuis longtemps.

Ils ne craignent pas de ne plus pouvoir se soigner, parce que, le jour où le dernier hôpital public aura fermé, ils pourront toujours s’offrir les meilleures cliniques privées – et d’ailleurs, c’est ce qu’ils font déjà. Ils n’ont pas peur de voir leurs enfants victimes d’une éducation au rabais, parce qu’ils les envoient dans de coûteuses écoles privées, parce qu’ils leurs payent des professeurs particuliers. Et puis, de toutes façons, même si leurs enfants rataient leurs études, qu’est-ce que cela pourrait leur faire ? Ils hériteraient quand même des actions ou des entreprises de papa ; et il n’y a pas besoin d’avoir le bac pour encaisser les dividendes de ses actions.

Non, nous sommes allés faire campagne chez les nôtres, nous sommes allés nous adresser aux travailleurs. Nous sommes allés les voir sur leur lieux de travail, à la sortie de leurs usines, de leurs bureaux, aux entrées des restaurants d’entreprise, partout où ils se trouvent. Et ce n’est pas très difficile parce que des travailleurs, en Île-de-France, il y en a partout.

Car n’en déplaise à tous ceux qui croient – peut-être parce qu’ils ne sortent jamais des beaux quartiers de Paris – que la région s’est transformée en un domaine d’habitation verdoyant uniquement peuplé de bobos. L’Île-de-France renferme toujours la plus grande concentration de travailleurs de tout le pays. Aux quatre coins de la région, il y a des dizaines de milliers d’entreprises, c’est-à-dire des millions de salariés. Il y a certaines des plus grosses usines du pays – les Renault, PSA, Snecma – mais aussi leurs centaines de sous-traitants, les plates-formes logistiques et leurs milliers de manutentionnaires, les tours de bureaux... Et pour que ces tours de bureaux soient construites, il faut des milliers d’ouvriers du bâtiment ; pour qu’elles fonctionnent, au jour le jour, il faut bien sûr des milliers d’employés, mais aussi des milliers de chauffagistes, de plombiers, d’électriciens, d’informaticiens, sans parler des employés du ménage – souvent ces femmes africaines que l’on croise dans le métro à cinq heure et demie du matin, qui traversent toute la région pour aller faire quelques heures de ménage avant l’ouverture des bureaux, puis rentrent chez elle pour retourner au travail le soir, après 19 heures. Il n’y a pas une autre région, dans ce pays, où l’on trouve, concentré sur un si petit territoire, une telle population de travailleurs.

Et c’est bien ce nombre, cette concentration, qui font la force du monde du travail.

Une autre particularité de la région Île-de-France, c’est qu’on y trouve aussi le cœur et le cerveau du capitalisme. A part Michelin, dont le siège est toujours à Clermont-Ferrand, il y a dans cette région la direction de la totalité des groupes du CAC 40 – regroupés dans des quartiers d’affaires comme La Défense, où, sur quelques hectares, sont concentrés les sièges sociaux de Total, de la Société Générale, d’Axa, de la BNP, de Dexia, d’Areva, et de bien d’autres encore.

Les travailleurs franciliens ont sous la main, tout près d’eux, les cibles vers lesquelles il faudra se tourner lorsque les grandes luttes sociales éclateront.

Derrière les vitres fumées des tours de La Défense, comme celle de la Société Générale où travaillent quelque 10 000 salariés, il n’y a pas, évidemment, que des hauts cadres et des traders. Il y a aussi des milliers d’employés, qui seront particulièrement bien placés, quand ce sera à l’ordre du jour, pour se livrer eux-mêmes, directement, au contrôle des comptes des entreprises et du patronat.

Alors oui, il y a peut-être moins d’ouvriers d’usine en région parisienne qu’il n’y en a eu à une époque - en tout cas proportionnellement à la population ; mais cela ne veut certainement pas dire que le monde du travail n’occupe plus une place essentielle.

Et cela a été une préoccupation primordiale pour nous, pendant cette campagne, de convaincre les travailleurs de cette idée fondamentale que nous devons prendre conscience de notre force collective.

Sans nous, sans le monde du travail, il n’y aurait pas un train qui circulerait, pas un hôpital pour soigner les gens, pas une route, pas un immeuble, pas une voiture, il n’y aurait pas de banques, pas d’assurances, pas d’écoles, pas de ministères, il n’y aurait pas d’ordinateurs et pas d’éclairage dans les rues, pas de réseaux de communication et même pas de télévision et de radio pour propager tous les mensonges des politiciens et des patrons. Il n’y aurait rien à manger, même dans les assiettes de Sarkozy, Fillon et Parisot.

Nous, le monde du travail, nous faisons tout tourner, tout fonctionner. Sans nous, la société s’arrête.

Le jour où les travailleurs prendront conscience de cette force collective qu’ils représentent, et qu’ils décideront de s’en servir, les jours du patronat seront comptés.

La liste que Lutte Ouvrière présente en Île-de-France est le reflet de cette préoccupation qui est la nôtre, de représenter le monde du travail. Ses 225 candidats sont tous des travailleurs, en activité ou en retraite. Ouvrières et ouvriers de l’automobile, de la chimie, de l’aéronautique, techniciens, postiers, instituteurs ou enseignants, infirmières, cheminots, employés, livreurs, tous représentent le monde du travail dans sa diversité. Et c’est essentiellement cela qui nous permet de nous adresser aux travailleurs d’une façon bien différente de ce que peuvent faire tous les autres candidats.

Parce que nous savons et nous partageons ce que vivent les travailleurs ; parce que nous sommes des travailleurs. Nous savons ce que c’est que les cadences qui augmentent. Nous savons ce que c’est que les salaires qui stagnent, ou qui baissent. Et nous savons ce que ça peut signifier d’avoir la peur au ventre parce que l’on redoute, jour après jour, la visite du facteur qui apporte la lettre recommandée annonçant qu’on est jeté dehors.

Nous savons ce que c’est d’être chômeurs. D’être réduits, après avoir travaillé pendant des années en CDI, à se retrouver à quarante ou cinquante ans obligés d’aller chercher des CDD ou d’aller quémander du travail chez ces véritables négriers que sont les boîtes d’intérim ; de devoir tout accepter, n’importe quel travail, à n’importe quel horaire, dans n’importe quelles conditions, parce qu’il faut bien qu’il y ait un peu d’argent qui rentre à la fin du mois. Oui, nous savons ce que c’est que la rage de se dire que l’on a deux bras et un cerveau en état de fonctionner, mais qu’on est jeté sur le carreau comme un malpropre et rendu à vivre de pensions minables.

Parce qu’on est inutile ? Non… Mais parce que des patrons ont décidé qu’il fallait que leur société passe de 10 à 20 % de taux de rentabilité. Oui, nous savons ce que c’est que d’être des retraités du monde du travail. Pas des bénéficiaires des « retraites chapeau » à je ne sais combien de millions, comme les grands PDG du CAC40, mais des retraites ridicules que la société nous accorde après avoir travaillé trente-cinq ou 40 ans à suer du profit pour nos patrons. Et nous savons quel est l’écœurement de tous ces retraités qui se disent qu’ils sont, décidément, bien mal remerciés pour avoir vécu une vie d’efforts – sans compter ceux qui ne profiteront jamais des soi-disant joies de la vie de « sénior », comme on dit aujourd’hui, parce qu’ils seront morts un ou deux ans après la retraite, tués prématurément par une vie de travail ou une maladie professionnelle.

Oui, nous savons tout cela, parce que c’est notre monde, celui dans lequel nous vivons et militons chaque jour. Et, nous en sommes fiers.

Nous sommes loin, bien loin, de ces politiciens professionnels qui se battent pour la direction de la région, pour qui la politique est finalement un métier bien payé – mais qui savent aussi, lorsque les aléas de la vie politique les privent d’emploi, retourner dans le giron qui est le leur, celui de la bourgeoisie.

La tête de liste PS et actuel président de l’Île-de-France, Jean-Paul Huchon, en est un très bon exemple. Voilà un homme qui a oscillé toute sa vie entre la politique et les affaires.

Ancien collaborateur de Rocard sous plusieurs gouvernements, il a également été, pendant les périodes où la droite était au pouvoir, le directeur du Crédit agricole ; puis, entre 1993 et 1998, le principal conseiller du milliardaire François Pinault – tout en dirigeant un prestigieux cabinet de chasseurs de tête.

On le voit, on a affaire à un homme particulièrement proche du peuple !

Quant à la candidate de l’UMP, Valérie Pécresse, si elle n’a elle-même jamais été directement à la gestion des affaires des capitalistes, il lui suffit de rentrer à la maison pour se retrouver en plein cœur du monde des affaires ! Elle est en effet non seulement la fille de Dominique Roux, patron de Bolloré Télécom, mais aussi l’épouse de Jérôme Pécresse, directeur général de la société Imerys. Vous ne connaissez sans doute pas cette société, mais sachez tout de même qu’il s’agit du leader mondial de la transformation et de la valorisation des minerais rares – une société qui fait 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Inutile donc de préciser que chez les Pécresse, on est plutôt à l’abri du besoin. Quant à son parcours politique, Mme Pécresse est bien connue des étudiants et profs de fac, puisque c’est elle qui a porté la loi sur l’autonomie des universités, qui a permis d’ouvrir celles-ci aux appétits des entreprises privées.

Il y a au moins un point commun entre ces candidats : ils ne parlent que très peu de l’emploi, qui est pourtant la préoccupation essentielle des travailleurs de la région et du pays. Et s’ils en parlent si peu, c’est parce qu’ils savent qu’ils n’ont ni l’intention, ni les moyens, de s’attaquer à ce problème. Quand ils y font allusion, il faudrait prendre une loupe à très fort grossissement pour faire la différence entre leurs programmes. Chez Huchon et Pécresse, on trouve toujours la même litanie : il faut aider les salariés à se reconvertir dans la petite entreprise !

Comme s’il s’agissait là d’une perspective réelle pour les chômeurs et les travailleurs menacés de licenciement ! À PSA où je travaille, nous le connaissons bien, ce piège qu’on tend aux ouvriers, en leur faisant croire que s’ils quittent l’usine, de leur plein gré, avec un petit pécule ridicule (qu’il faudra d’ailleurs rembourser par la suite), ils vont créer leur entreprise et devenir de véritables capitalistes. En fait de capitalistes, les travailleurs qui cèdent à cette illusion se retrouvent bien souvent à tenir une baraque à frites au milieu d’une cité… et puis, au bout de quelques mois, ils font faillite et on les retrouve sur les chaînes de production… mais en intérim, cette fois, c’est-à-dire en ayant perdu les quelques avantages et l’ancienneté que leur procurait auparavant le CDI.

L’autre marotte des deux principaux candidats, que l’on retrouve à l’identique dans leurs deux programmes, c’est le « guichet unique francilien » pour les employeurs. Le guichet unique, c’est quoi ? Eh bien, mettez-vous à la place des patrons : ils ont droit à tellement d’aides, tellement d’exonérations diverses, tellement de subventions, qu’ils s’y perdent, forcément. Alors ils sont obligés de perdre du temps et donc de l’argent pour s’y retrouver. Pour le PS et l’UMP, la solution est toute simple : un guichet unique, un seul interlocuteur qui se chargera de trouver à leur place à quelles aides ils ont droit. Comme ça, non seulement les patrons gagnent du temps, mais en plus, ils ne risquent pas de rater une seule aide qui pourrait tomber dans leur poche.

Et quand on sait que le budget de la région en matière de cadeaux aux entreprises est de quelque 100 millions d’euros, on se dit qu’en effet, les patrons auraient de quoi regretter de passer à côté de cette manne. Mais la grande affaire de cette campagne en Île-de-France , ce sont les transports. Et on comprend pourquoi. L’Île-de-France est une région particulière en cela que chaque matin et chaque soir, ce sont des centaines de milliers de travailleurs qui empruntent les transports collectifs, traversant parfois toute la région pour aller au travail. Et le réseau de transports n’est absolument pas adapté à cette situation : RER bondés, dans un état déplorable, avec des systèmes de signalisation et des aiguillages en si mauvais état qu’un RER qui arrive à l’heure, sur la ligne C par exemple, est presque un miracle.

Ah, bien sûr, à Paris, il y a un métro qui fonctionne bien, de beaux tramways, et même des Vélib pour ceux qui ont la chance de travailler à quelques centaines de mètres de l’endroit où ils habitent. Mais dès que l’on sort de Paris, il faut attendre une demi-heure entre deux bus, les transports de banlieue à banlieue sont inexistants, et il faut vraiment être naïf comme un écologiste pour penser qu’à 5h du matin, un ouvrier qui vit dans le Val-de-Marne et travaille en Seine-Saint-Denis va prendre son vélo pour se rendre au boulot !

Les principaux candidats des grands partis jurent tous de s’attaquer au problème. Ils ont dû payer le même cabinet de communication pour trouver leurs slogans, puisque le projet de Valérie Pécresse s’appelle « Faire la révolution des transports », et celui de Huchon… « la révolution des transports a commencé » ! Mais de révolution, il n’en est évidemment pas question : tous sont d’accord pour continuer de faire payer les transports au prix fort par la population laborieuse.

Nous, nous n’avons pas fait de cette question des transports un axe de notre campagne, parce que nous pensons qu’il y a des problèmes plus vitaux dans cette période : dans une tour d’habitation, si les ascenseurs sont tout le temps en panne, il faut réfléchir à les remplacer. Mais lorsque la tour prend feu, la question du remplacement des ascenseurs devient secondaire car ce qui compte, c’est de sauver les habitants et d’organiser les évacuations. Le problème se pose de la même manière, dans la société.

Bien sûr, il faudrait développer les infrastructures de transport. Bien sûr, il faudrait rendre les transports gratuits et surtout, les faire financer entièrement par les patrons, parce que quand des travailleurs se rendent au travail, ce n’est pas pour le plaisir. Alors la moindre des choses, ce serait que non seulement les patrons payent 100% du prix du déplacement et je dirais même, en passant, ce serait que le temps de transport soit payé et compris dans le temps de travail !

Oui, ce serait la moindre des choses.

Mais ce qui est urgent, vital, c’est d’enrayer la hausse dramatique du chômage, de redonner du travail aux chômeurs et de stopper net la dégradation de nos conditions de vie. Pour cela, il faut imposer l’interdiction des licenciements, le partage du travail entre tous sans diminution de salaire, et le contrôle des comptes par toute la population.

Nathalie reviendra, tout à l’heure, sur ces mesures indispensables. Mais je peux quand même vous en dire quelques mots en partant de mon expérience, en tant qu’ouvrier de l’industrie automobile. Ce que je dis, mes camarades qui travaillent chez Renault pourraient le dire de la même manière et au fond, c’est généralisable à l’ensemble de l’industrie.

Les licenciements, les suppressions de postes, nous savons ce que c’est. En une trentaine d’années, l’usine d’Aulnay-sous-Bois où je travaille a vu ses effectifs réduits d’un tiers. Le patron a employé tous les moyens possibles et imaginables pour se débarrasser de ses ouvriers : licenciements, non remplacement des départs en retraite, plans de départ volontaires… Il a même, récemment, réduit jusqu’à la surface physique de l’usine en « compactant », comme ils disent, c’est-à-dire en supprimant une ligne de montage sur les deux qui existaient auparavant. Les effectifs ont été réduits mais le travail, croyez-moi, ne l’a pas été. Toute cette opération visait uniquement à augmenter au maximum la productivité de l’usine, c’est-à-dire à produire autant, voire plus de voitures, avec moins d’ouvriers.

Vous imaginez ce que cela représente comme profit supplémentaire pour les actionnaires, lorsqu’autant de voitures sont vendues, mais que l’on a économisé un tiers des salaires ! Les chiffres, en la matière sont éloquents : en 1980, il y avait 7 000 ouvriers à Aulnay et la production était de 800 voitures par jour. Aujourd’hui, il y en a 5 000 – intérimaires compris. Et la production est passée à 1 200 voitures par jour, avec une chaîne de montage en moins.

Cet accroissement de la productivité a été obtenu, pour ainsi dire, uniquement au détriment des ouvriers : depuis des années, c’est la chasse permanente aux temps morts, les pauses supprimées, les ouvriers harcelés dès qu’ils soufflent quelques instants. Et c’est surtout, la vitesse de la chaîne qui augmente en permanence. Il faut travailler toujours plus vite, dans des conditions toujours plus pénibles et dangereuses. Les ouvriers se retrouvent usés, parfois handicapés, à 35 ans.

La politique du patron, c’est d’exploiter jusqu’à la dernière goutte de sueur les ouvriers qui restent dans l’usine, tout en laissant à la porte les dizaines de milliers de travailleurs de la région au chômage qui, eux, ne demandent qu’à travailler !

Et quand je dis « exploiter jusqu’à la dernière goutte de sueur », ce n’est pas une image. En ce moment, depuis le début de l’année, tous les samedis sont travaillés. C’est-à-dire que chaque équipe, une semaine sur deux, travaille six jours, 42 heures par semaine.

Aux cadences qui augmentent sans cesse, aux chefs qui font la chasse au moindre temps mort, à la chaîne qu’il faut essayer de rattraper parce qu’elle va toujours plus vite que nous, s’ajoute à présent l’épuisement dû à des semaines de travail à rallonge. Et à cela, il faut rajouter, pour certains d’entre nous, plus de deux heures de transport quotidien pour aller et revenir de l’usine. Quoi d’étonnant, dans ces conditions, que le nombre d’accidents du travail explose, qu’un camarade, par exemple, ait été récemment très gravement blessé en plein atelier, fauché par un car à fourches, parce que tout le monde court dans tous les sens et n’a même plus le temps de regarder où il va ?

Alors voilà la réalité, délirante, de cette organisation capitaliste : d’un côté, des ouvriers que l’on tue au travail, de l’autre des milliers de chômeurs qui allongent les files d’attente des Pôles emploi de toute la région. D’un côté, des vieux travailleurs de 55 ans et plus, sur les chaînes de production, épuisés, physiquement à bout. Et de l’autre, leurs propres enfants qui tiennent les murs dans les cités parce qu’il n’y a, soi-disant, pas de travail pour eux. Et tout ça, pour quoi ? Parce que pour les actionnaires, un ouvrier de moins, c’est un salaire en moins a payé, et donc quelques milliers d’euros en plus de profit. Parce que pour eux, quelques minutes de pause volées à chaque ouvrier, cela représente à la fin de l’année plusieurs millions d’euros en plus sur leur compte en banque.

Alors, tout cela montre à quel point sont ridicules les discours de Sarkozy et de ses semblables sur la « désindustrialisation ». Car les usines de PSA ou de Renault produisent plus que jamais. Il ne s’agit pas de désindustrialisation, mais de destructions d’emplois et d’augmentation de la production tout en aggravant les conditions de travail de ceux qui restent.

C’est toujours plus de production par toujours moins d’ouvriers, plus exploités.

Et vous remarquerez que Sarkozy, quand il est intervenu sur ce sujet la semaine dernière, n’a pas parlé de créer des emplois : il a parlé d’augmenter la production.

Alors si cela doit se faire grâce à de nouvelles augmentations de cadences pour nous, non merci on a assez donné ! Pour empêcher cela, il faudra bel et bien interdire les licenciements et forcer les patrons à embaucher massivement !

Oui, Il faut interdire les licenciements, dans le groupe PSA comme ailleurs.

Oh, bien sûr, si vous écoutez les porte-parole de la famille Peugeot, ils ont les mains propres, ils ne licencient pas, ils se contentent, comme ils l’ont fait depuis deux ans, de pousser vers la porte des milliers d’ouvriers en leur promettant un petit pécule.

Mais PSA, ce n’est pas seulement une société qui emploie directement des dizaines de milliers d’ouvriers. C’est aussi le donneur d’ordre, parfois unique, de centaines d’entreprises sous-traitantes.

Et eux, ils ne se gênent pas pour licencier – même pas de leur propre initiative, mais sur ordre des actionnaires de PSA. En sous-traitant tout une partie de sa production, PSA a aussi sous-traité les licenciements ! Un exemple frappant a été celui de l’entreprise Lear, l’année dernière. Lear, c’est la société qui fabrique une partie des sièges pour les voitures du groupe Peugeot-Citroën. Elle avait auparavant deux usines en région parisienne : l’une à Lagny-le-Sec, dans l’Oise, qui travaillait pour Aulnay ; et l’autre à Cergy, dans le Val-d’Oise, qui fournissait l’usine PSA de Poissy. Lorsque PSA a exigé que Lear baisse ses coûts de production, les patrons de Lear ont trouvé une solution simple : fermer l’usine de Lagny et licencier ceux qui n’étaient pas d’accord pour aller travailler à Cergy, à plus de 80 km. Malgré la longue grève des ouvriers de Lear, ce plan a fonctionné. Et aujourd’hui, toute la production pour Poissy et pour Aulnay est concentrée à Cergy.

Mais le plus révoltant, c’est que Lear a empoché au passage l’argent offert par le gouvernement au titre de l’aide aux sous-traitants automobile… pour payer les primes de licenciement des ouvriers de Lagny et modifier les installations à Cergy !

C’est un véritable scandale.

Les besoins, ils existent : il n’y pas moins besoin de sièges de voitures qu’il y a un an, il y en aurait même plutôt besoin de plus. Car avec la prime à la casse qui a dopé les ventes, les petites voitures produites à Aulnay partent comme des petits pains. Cette usine a donc été fermée uniquement pour de sordides raisons de rentabilité. Et des exemples comme cela, il y en a des dizaines dans tout le pays !

On imagine alors, dans cette situation, comme il serait facile d’organiser le partage du travail entre tous, ne serait-ce qu’au sein de la filière automobile, ne serait-ce qu’au sein du groupe PSA et de l’ensemble de ses sous-traitants. Les ouvriers de Lear qui pointent aujourd’hui au chômage, et ceux de tous les sous-traitants qui ont été décimés par les fermetures d’usine, eh bien les ouvriers d’Aulnay les accueilleraient à bras ouverts s’ils venaient travailler avec nous. Ils pourraient venir alléger les cadences et réduire la semaine de travail !

Oui, partager le travail entre tous, sans diminution de salaire, ce serait parfaitement simple à réaliser au sein d’une branche comme celle où je travaille. Le seul obstacle, la seule raison pour laquelle cela ne se fait pas, c’est que cela coûterait de l’argent aux actionnaires, à l’heure où, au contraire, ils cherchent à gratter le moindre centime d’euros pour augmenter leurs profits.

Ils essayent de nous faire croire que les caisses sont vides. Qu’il n’y a pas d’argent, ne serait-ce que pour acheter des gants de travail neufs aux ouvriers, de remplacer les chaussures de sécurité – alors vous pensez bien, si on leur parle d’embaucher, ils lèveront les bras au ciel en nous traitant d’irresponsables. C’est que, voyez-vous, « les caisses sont vides, c’est la crise ! » D’ailleurs, PSA a très officiellement annoncé plus d’un milliard de pertes pour cette année.

Les caisses sont vides ? Eh bien, qu’ils nous les montrent ! Pour pouvoir se défendre et empêcher nos patrons de démolir nos vies et nos emplois, il faudra imposer le contrôle des comptes des entreprises par les travailleurs. Nous devrons nous donner les moyens de mettre notre nez dans les comptes de la bourgeoisie, pour savoir une bonne fois pour toutes, combien d’argent il y a, ce qu’ils en font, et où passent leurs profits et les aides de l’Etat.

Nous n’avons aucune raison de nous contenter de croire les bilans comptables réalisés par les cabinets d’experts mandatés par les capitalistes. Leurs experts, ils sont du même tonneau que les « experts » de l’Organisation mondiale de la santé, ceux qui ont convaincu les gouvernements d’acheter des dizaines de millions de doses de vaccins contre la grippe A, et dont on a su par la suite qu’ils étaient tous payés par les trusts pharmaceutiques comme Sanofi.

Eh bien les experts qui publient les comptes de PSA, ils sont payés par la famille Peugeot, pour faire apparaître et disparaître dans les bilans ce qui arrange celle-ci. Alors leurs bilans, leurs comptes, leurs rapports, ce ne sont que des chiffons de papier auxquels nous n’avons aucune raison de faire la moindre confiance.

Peugeot a annoncé des pertes. Renault a annoncé des pertes. Et ils espèrent que cela suffira pour nous, les ouvriers, de continuer à accepter tous les sacrifices ? Pas question !

Ce que nous devons répondre à nos patrons, c’est : « où sont donc passés les dizaines de milliards d’euros de profit que vous avez faits ces dernières années ? Où sont passés les 7 milliards que l’État vous a gracieusement offerts l’an dernier ? Comment pouvez-vous oser annoncer des pertes alors que vous vendez tellement de voitures que vous forcez les ouvriers à travailler le samedi ? Combien, sont réellement rémunérés vos actionnaires ? »

Et nous ne nous arrêterons pas aux comptes professionnels des capitalistes, nous devrons aussi aller mettre le nez dans les comptes personnels des actionnaires, parce que s’il y a besoin d’argent pour sauver le monde ouvrier du désastre, eh bien il faudra forcer les riches à vendre y compris leurs propriétés, leurs jets privés et leurs bateaux de luxe !

Ils osent nous dire que les caisses sont vides ? En tout cas pas celles de Robert Peugeot, dont on a appris dans la presse, qu’il s’est fait récemment voler pas moins de 500 000 euros en lingots d’or qu’il gardait cachés dans un coffre aménagé dans le mur de sa salle de bain !

Et Robert Peugeot, c’est le plus connu, c’est en quelque sorte la partie immergée de l’iceberg. Mais il y a les autres. Les dizaines d’héritiers de la famille. L’été dernier, un haut cadre du groupe PSA expliquait naïvement au magazine Challenges : heureusement que nous avons de l’argent de côté pour distribuer des dividendes les années de vaches maigres, sinon, « il y aurait quelques grands-tantes de la famille Peugeot qui auraient du mal à payer leurs jardiniers. » Eh bien nous, nous sommes pour continuer à payer les jardiniers, qui sont des travailleurs éminemment utiles, mais nous sommes pour exproprier la famille Peugeot, ses tantes, et ses grands-tantes !

Après tout, vous savez, pour contrôler les comptes, il n’y aura qu’à s’inspirer de ce que font les capitalistes eux-mêmes. Dans toutes les grandes entreprises, il existe ce que les patrons appellent un « conseil de surveillance ». Les patrons, ils sont riches, mais ils sont pas fous : lorsqu’ils confient leurs affaires à un PDG, ils nomment d’autres PDG pour surveiller ce que fait le premier et vérifier qu’il agit dans l’intérêt des actionnaires – c’est cela, un conseil de surveillance.

Eh bien, quand les travailleurs reprendront l’offensive, quand le temps de la résignation et de la peur sera derrière nous et que nous reprendrons le chemin des luttes, nous apprendrons nous aussi à créer des « conseils de surveillance », mais des conseils de surveillance ouvriers, qui aboliront de fait le secret des affaires, et qui vérifieront à chaque instant ce qui est conforme à l’intérêt des travailleurs et ce qui ne l’est pas. Et croyez-moi, on découvrira alors bien des choses intéressantes. On découvrira que de l’argent, tous les groupes capitalistes en ont, à ne pas savoir quoi en faire !

Ou plutôt si, ils savent quoi en faire : mais ce ne sont pas des investissements productifs, mais des opérations financières. Ou encore, ils se rachètent les uns les autres, dans le cadre de grandes opérations de fusion- acquisitions. Renault a racheté Nissan. PSA avait bien envie de racheter Mitsubishi, mais le morceau était un peu trop gros, ou en tout cas trop cher, pour les actionnaires de Peugeot.

Oui, contrôler les comptes de ces trusts permettrait de vérifier qu’ils pourraient financer non seulement le maintien des emplois, mais aussi, qu’ils pourraient augmenter les salaires. Et il y en aurait bien besoin, quand on sait qu’un trust richissime comme PSA ose embaucher des travailleurs à 1 140 euros net par mois et proposer à peine 15 € d’augmentation chaque année.

Lorsque nous parlons de contrôler les comptes, patrons et politiciens s’écrient que ce serait une attaque intolérable contre la vie privée des entrepreneurs. Mais les patrons, ils ont tout loisir de fouiller dans la vie privée de leurs salariés, ils savent au centime près ce qu’ils gagnent, ils ont tous les moyens d’accéder à leur compte en banque et surtout, quand ils privent un travailleur de son emploi, ou quand ils le transforment en handicapé à force d’exploitation, ils ne se gênent pas pour influer sur sa « vie privée ». Eux ont ce droit, et nous ne l’aurions pas ? Eh bien c’est précisément cela qu’il faut changer !

Voilà, camarades, le programme que nous avons défendu pendant cette campagne en Île-de-France – comme Lutte Ouvrière l’a défendu dans tout le pays. C’est un programme de luttes, un programme qui sera, nous l’espérons, celui que les travailleurs inscriront sur leurs drapeaux lorsqu’ils auront retrouvé l’énergie de se battre et de reprendre l’offensive.

Alors, avant de passer la parole à ma camarade Nathalie, je vous invite à tout faire pendant les trois derniers jours de cette campagne pour convaincre, autour de vous, un maximum de travailleurs de voter pour notre liste.

Pour exprimer leur colère, leur écœurement, pour affirmer que nous, les travailleurs, nous avons assez fait de sacrifices comme ça. Pour affirmer notre conviction que l’explosion de colère à venir sera bien la seule chose que les riches n’auront pas volée !


 

 
Lutte Ouvrière - BP 233 - 75865 PARIS CEDEX 18 - Tel : 01 48 10 86 20 - enveloppe - enveloppe