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Meeting de Paris - discours de Nathalie Arthaud

Paris, le 11 mars 2010

Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,

C’est peu dire que la majorité des travailleurs ne se sentent pas concernés par les élections régionales. Mais pourquoi le seraient-ils ?

Ces élections qui se réduisent en fin de compte à des duels entre les deux grands partis institutionnels, l’UMP et le Parti Socialiste, pour déterminer qui dirigera les régions pour les six ans à venir, sont à cent mille lieues de la situation catastrophique que vit le monde du travail.

Les entreprises ferment les unes après les autres ou réduisent leurs effectifs. Trois millions de femmes et d’hommes, plus de 10 % de la population active, se retrouvent sans travail et sans salaire. En réalité, c’est deux fois plus, car les statistiques officielles sont conçues pour dissimuler la réalité en ne comptabilisant pas les précaires et ceux qui n’ont qu’un emploi momentané.

Et les chiffres des statistiques ne mesurent pas le désespoir de toutes celles et de tous ceux qui, une fois licenciés, dans l’impossibilité de retrouver du travail, se sentent poussés vers la pauvreté. Pas plus qu’elles ne mesurent leur sentiment d’injustice et, de plus en plus souvent, leur colère d’avoir trimé pour une entreprise dix ans, vingt ans ou toute leur vie et être mis, brutalement, à la porte.

Au-delà de ceux qui se retrouvent déjà au chômage, quel est aujourd’hui le travailleur qui peut être sûr de garder son emploi ? Pas même ceux qui bénéficient encore du statut de fonctionnaire puisque le gouvernement annonce qu’ils pourront désormais être licenciés.

Quel est le retraité du monde du travail ou le futur retraité qui ne s’inquiète pas pour sa retraite ?

Le gouvernement n’attend que la fin de la campagne des élections régionales pour imposer une prétendue « réforme » de plus qui visera, comme les précédentes, sous la droite comme sous la gauche, à allonger le temps de travail pour une retraite diminuée.

Au cours des deux dernières années de crise économique, la situation des travailleurs s’est déjà brutalement dégradée.

Mais ce n’est pas fini et on n’a sans doute pas encore vu le pire. Parce que voilà que l’emballement de la spéculation autour de la dette de l’État grec menace d’une nouvelle crise financière.

Et pendant ce temps-là, la campagne électorale ronronne comme si de rien n’était. Des conseillers régionaux sortants ou qui voudraient le devenir, s’invectivent sur leurs bilans respectifs, brandissent des promesses pour dans 10, 20, 30 ans alors que des millions de familles vivent au jour le jour, dans l’angoisse du lendemain. La maison brûle mais ces notables n’ont pas l’air de s’en apercevoir.

Tous les partis, de la droite à la gauche et même jusqu’à un bout de l’extrême gauche, essaient de convaincre les électeurs que la composition des conseils régionaux est importante. De toute façon, le seul qui a un pouvoir de décision c’est son exécutif, c’est-à-dire son président choisi non seulement en fonction de la majorité du premier tour, mais, plus encore au gré des tractations entre le premier et le second tour, voire des magouilles après le deuxième tour.

La composition des exécutifs régionaux n’a aucune espèce d’importance pour résoudre les problèmes majeurs des classes populaires. Ni les conseils régionaux, ni le gouvernement, ni Sarkozy n’ont empêché une seule fermeture d’entreprise, un seul licenciement !

Le rôle de tous ces gens-là est de justifier la politique qui leur est dictée par le grand patronat, par les banquiers. Leur rôle, c’est de faire passer la pilule et de présenter les aides et subventions qu’ils versent aux entreprises, c’est-à-dire à leurs propriétaires, comme utile voire nécessaire à la collectivité. Mais quelle importance pour les travailleurs de savoir quelle est l’étiquette politique de celle ou de celui qui signera les chèques destinés aux patrons ?

La seule utilité de ces élections est qu’elles offrent l’occasion de montrer qu’une fraction de l’électorat populaire est consciente que les élections sont une duperie et que les hommes de gouvernement ne sont que des pantins manipulés par les puissances de l’argent. Cette prise de conscience est indispensable pour s’en prendre non pas aux seules marionnettes, mais à ceux qui tirent les ficelles, c’est-à-dire le grand patronat, les banquiers, la grande bourgeoisie !

Puisque les élections offrent l’occasion d’exprimer son opinion, il faut la saisir !

Il n’y a aucune raison de laisser le monopole de la parole aux partis qui s’accommodent d’un ordre social injuste et d’une organisation économique stupide. Il faut que l’indignation qui monte dans le monde du travail et dans les classes populaires s’exprime aussi dans les élections qui viennent.

Bien sûr, c’est par l’abstention que nombre d’électeurs des classes populaires montreront leur dégoût du jeu politique où on autorise les électeurs à changer la majorité pour que rien d’autre ne change. Mais s’abstenir, ce n’est pas une prise de position claire et encore moins une prise de position consciente. L’abstention, si elle est massive, alimentera seulement les discours sur le désintérêt de la population à l’égard de la politique. Mais ce qu’il faut leur signifier, ce n’est pas le désintérêt à l’égard de la politique en général, mais un rejet de leur politique.

Les différents partis qui s’affrontent représentent, tous, une politique qui reste sur le terrain de la bourgeoisie, de l’organisation capitaliste de la société. Il faut leur opposer une autre politique, celle qui représente les intérêts de classe des travailleurs.

La crise dévoile comme jamais l’opposition irréconciliable entre les intérêts de la grande bourgeoisie et ceux des travailleurs. C’est leurs profits ou nos emplois, c’est leurs profits ou nos salaires, c’est eux ou c’est nous !

Les listes Lutte Ouvrière ne prétendent pas représenter une politique « pour tous les Français » ou pour « tous les citoyens ». Tous ceux qui le font croire veulent camoufler la guerre de classe qui est menée contre les travailleurs.

Personne ne pourra se tromper sur le sens des votes pour Lutte Ouvrière. Ils seront interprétés comme un cri de colère, mais un cri de colère des salariés, chômeurs, retraités, qui sont victimes de la crise et qui sont conscients que ce n’est pas à eux de la payer !

Oui, il est important que se fasse entendre la voix de ceux du monde du travail qui ne se résignent pas, qui ne croient pas aux promesses de politiciens et qui ne font confiance à personne et à rien d’autre que la force collective du monde du travail pour arrêter les coups qui sont portés aux classes populaires !

Car les coups continueront parce que la crise se prolonge et s’aggrave.

Les spéculations des grands groupes capitalistes orchestrées par les banquiers étaient déjà responsables de la crise financière qui a ébranlé l’économie capitaliste en 2008 et en 2009. Et qu’est-ce que les États ont fait pour que cela cesse ?

Ils n’ont rien fait ! Ils ont au contraire tout fait pour que cela recommence ! Les États ont mis des centaines de milliers de milliards à la disposition de ceux-là mêmes qui étaient les responsables de la débâcle.

Et maintenant cet argent, il faut le trouver quelque part. Et comme toujours c’est en faisant des économies sur tout ce qui est utile à la majorité de la population, en fermant des hôpitaux et des maternités de proximité, en diminuant les remboursements de Sécurité sociale.

C’est pour consacrer toujours plus d’argent à la classe capitaliste qu’on tape dans le porte-monnaie des assurés sociaux en remboursant de moins en moins les médicaments. Les plus pauvres, ceux dont la vie est déjà la plus difficile, ne pourront pas payer de leur poche la dépense supplémentaire qu’on leur impose, ils cesseront d’utiliser ces médicaments et se soigneront plus mal.

C’est aussi pour sauver les banquiers qu’on diminue le nombre d’instituteurs, de professeurs, de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales dans les établissements scolaires.

C’est pour aider les banquiers et les actionnaires des grandes entreprises que l’État a pris dans toutes ces caisses, en vidant les poches y compris des plus pauvres. Car prendre sur les services publics, les priver de moyens, c’est une des nombreuses manières de voler les plus pauvres, ceux qui n’ont pas assez d’argent pour aller dans des cliniques privées, pour envoyer leurs gosses dans des écoles privées.

C’est aussi pour aider les banquiers et les groupes capitalistes, que les États se sont endettés jusqu’au cou.

Et tout cela, pour quoi ? Pour que les banquiers et les groupes capitalistes se remettent à spéculer avec cet argent ! Ceux qui nous gouvernent osent parler de « plan de relance » mais, s’ils ont relancé quelque chose, c’est la spéculation !

La crise financière actuelle a même accentué l’engouement des groupes capitalistes pour les opérations financières, au détriment de l’activité industrielle.

Ceux qui disposent de capitaux justifient leurs revenus extravagants par le rôle qu’ils jouent dans la production et par les risques que cela implique pour leur argent. Mais leur argent va de moins en moins vers la production, et de plus en plus vers la spéculation ! Quant aux risques, ils en prennent de moins en moins. S’ils gagnent, ils encaissent, et s’ils perdent, l’État est là pour leur sauver la mise en payant leurs dettes.

La classe des capitalistes est une classe de plus en plus parasitaire, nuisible à la société, qui n’a plus aucune justification, aucune légitimité.

Mais c’est cette classe qui domine l’économie et la société. Ce sont ses décisions qui comptent, et pas les gesticulations dérisoires d’un Sarkozy qui a présenté, il y a quelques jours, un plan pour, dit-il, « réindustrialiser la France » afin « qu’elle demeure une grande nation industrielle ». En présentant son plan, il a dressé le constat d’une désindustrialisation « massive à partir de l’an 2000 », aboutissant à la suppression de 500 000 emplois depuis.

Laissons-lui la responsabilité du choix de l’an 2000 qui doit moins à une réalité commencée bien plus tôt qu’aux comptes qu’il veut régler avec son prédécesseur, Chirac.

Mais que propose-t-il donc pour remédier à cette « désindustrialisation » ? En tête, il y a l’objectif de renforcer le rôle des représentants de l’État dans les entreprises dont il est actionnaire. Mais, même là où l’État a la majorité des actions, c’est-à-dire tous les moyens pour investir, il ne le fait pas.

La SNCF crée-t-elle de nouvelles lignes de chemin de fer ? Non, elle en supprime sur les réseaux dits secondaires, en supprimant par la même occasion des emplois de cheminots et elle laisse les lignes de banlieue à l’abandon !

La Poste investit-elle dans la création de nouveaux bureaux pour mieux desservir les quartiers populaires ou les villages ? Non, elle les ferme !

Tout le reste, les 23 mesures du plan Sarkozy, consiste tout simplement en nouvelles aides ou subventions. Deux cents millions pour « aider les relocalisations », cinq cents millions pour les investissements écologiques, quelques autres millions en soutien aux start-up…

Mais si les subventions suffisaient pour inciter les capitalistes à investir dans la production, cela se saurait depuis le temps ! Cela fait des décennies que l’État mobilise de plus en plus d’argent pour « inciter » ces messieurs les capitalistes. Mais ils empochent l’argent, ils l’intègrent dans leurs profits, et n’investissent toujours pas. Et pourquoi le feraient-ils alors que la finance rapporte plus ? Même l’argent que leur distribue généreusement l’État finit par rejoindre les circuits spéculatifs !

Les capitalistes qui ont touché le pactole des aides de l’État n’ont pas bâti de nouvelles usines, ils n’ont pas ouvert de nouveaux chantiers, ils n’ont pas investi dans la production, ils n’ont pas créé des emplois !

Non, tout l’argent dont l’État leur a fait cadeau n’a servi qu’à des opérations financières. Et parmi ces opérations financières, une des plus rentables, une des moins risquées aussi, c’est de prêter de l’argent aux États. Pour renflouer les financiers, les États se sont endettés auprès de ces mêmes financiers. Voilà comment les banques ont gagné le beurre et l’argent du beurre !

Les groupes capitalistes sont en train de reprêter à l’État l’argent que celui-ci leur a donné. Et le bouquet, c’est que là-dessus l’État leur paie des intérêts, des intérêts colossaux qui imposent une charge de plus en plus grande au budget. Ce sera à la population de payer, et pas seulement notre génération ; mais nos enfants et petits-enfants !

Et cette dette ne cesse d’augmenter de jour en jour. L’État emprunte en effet des dizaines de millions d’euros supplémentaires chaque jour ! Chaque jour les banques étranglent donc un peu plus les caisses publiques.

Le pire peut-être, mais dans un système aussi fou, on peut s’attendre à tout, c’est que les États ont fourni aux capitalistes et aux banquiers le principal instrument de spéculation à la mode : la dette des États. Parce que voilà maintenant que les financiers spéculent sur les États eux-mêmes !

Ils jouent à parier sur les capacités respectives des États à rembourser leurs dettes, comme le joueur de PMU parie sur des chevaux de course. Depuis quelques semaines, ils parient sur le fait que l’État grec ne sera pas capable de rembourser sa dette. Alors, ils ne lui prêtent de l’argent qu’à des taux prohibitifs et ils poussent ainsi, un peu plus chaque jour l’État grec vers la faillite. Par la même occasion ils spéculent contre la monnaie européenne dont la solidité et la survie même sont menacées.

On nous parle de ces « marchés financiers » comme s’il s’agissait d’une force mystérieuse et puissante. Mais ceux qui spéculent ainsi, aujourd’hui, contre l’État grec et qui commencent à spéculer aussi contre le Portugal ou l’Espagne sont des groupes financiers parfaitement identifiables. Les dirigeants politiques de la planète les connaissent, ils ont le nom des banques, mais ils ne font rien contre eux ! Parce que la recherche du profit n’est pas un crime dans notre société. Au contraire, c’est même la vertu suprême, même si cette recherche conduit à pousser à la misère des millions de femmes et d’hommes.

Ce sont des irresponsables, des irresponsables criminels. Personne, et je dis bien « personne », ne peut faire pire que ce qu’ils ont fait et que ce qu’ils sont en train de faire. La seule façon d’empêcher les banquiers de pousser toujours plus l’économie vers la catastrophe, c’est de les exproprier, tous. L’économie a peut-être besoin de banques, mais elle n’a pas besoin de banquiers.

Regardons la Grèce parce qu’elle préfigure notre avenir. D’un côté, quelques grandes banques qui, en spéculant contre l’État grec, sont en train d’encaisser des bénéfices considérables. De l’autre côté, une population de onze millions d’habitants à qui on impose un plan d’austérité drastique : un mois de réduction du salaire des travailleurs des services publics, l’âge de la retraite repoussé de deux ans et le gel de son montant, hausse de plusieurs taxes dont celle de la TVA de deux points, augmentation du prix de l’énergie, baisse du budget de l’Éducation nationale, baisse des dépenses d’investissement public.

Il manque au budget de l’État grec quelque cinq milliards d’euros pour payer ses échéances immédiates aux spéculateurs. Eh bien, c’est à la population qu’on les fait payer.

Comme une faillite de l’État grec aurait des conséquences graves pour l’euro, les grands États de l’Union européenne jurent qu’ils viendront à son secours mais sans débloquer le moindre centime pour le moment. L’Allemagne comme la France se contentent de faire pression sur le gouvernement grec pour l’obliger à faire payer son propre peuple. Elles soumettent, par la même occasion, le budget de cet État à un contrôle qui a beau se prévaloir de la légitimité européenne n’en rappelle pas moins les relations, dans le passé, entre puissances impérialistes et pays semi-coloniaux !

Incapables de mettre leur nez dans les comptes des grandes banques et des spéculateurs, les États impérialistes d’Europe ne sont pas gênées de le mettre dans ceux de la Grèce !

De l’union européenne au gouvernement grec, en passant par les banquiers, le monde des bourgeois est unanime pour faire payer la population grecque.

Mais malgré les discours lénifiants des dirigeants sociaux démocrates qui lui parlent de solidarité et de sacrifices, la population ne veut pas payer une dette qui n’est pas la sienne. Et elle le montre : les manifestations et les grèves se succèdent depuis deux semaines. La télévision rapporte des images d’affrontements violents opposant à la police des travailleurs de l’État et des retraités pris à la gorge par la brutale diminution leur retraite. Aujourd’hui la Grèce est en grève générale pour la deuxième fois depuis quinze jours. Manifestement tout le pays était paralysé jusqu’à et y compris les journalistes et les policiers qui se sont joints aux manifestations. On a beau être policier mais lorsqu’on perd un ou deux mois de paye, en salaire et en prime, ça ne passe pas !

Il va de soi que toute notre solidarité va aux travailleurs grecs. Et ce que l’on peut souhaiter c’est que leur lutte s’amplifie, qu’elle devienne assez puissante et surtout assez consciente pour que les milieux financiers et leurs serviteurs politiques sentent la menace venant des classes exploitées.

Les prochaines cibles des spéculateurs risquent d’être le Portugal et l’Espagne. Mais tout le monde sait aussi que les plus puissantes des économies ne sont pas à l’abri. Un seul groupe de spéculateurs, celui de Soros, a réussi, il y a quelques années, à mettre à genoux la puissante banque d’Angleterre !

Alors, ne nous faisons pas d’illusions : la France n’est pas à l’abri.

Voilà pourquoi il est important de se préparer, au moins dans sa tête.

Voilà pourquoi il faut être conscient que, si on ne veut pas se résigner à accepter les diktats du grand capital, il faudra résister.

Voilà pourquoi il faut discuter entre travailleurs des objectifs à mettre en avant pour que la lutte collective inévitable ne s’épuise pas dans des revendications secondaires, mais qu’elle renforce la position de la classe ouvrière face à la bourgeoisie.

Car la dégradation accélérée de nos conditions d’existence n’est pas une fatalité. Elle est le reflet d’un rapport de forces où la bourgeoisie a, pour le moment, tous les atouts en main pour nous imposer sa propre politique. Elle a pour elle la puissance de l’argent. Elle a pour elle sa mainmise sur les entreprises et sur les banques. Elle a pour elle la loi, où tout est fait pour protéger la propriété privée des instruments de production dont elle peut user et abuser quoi qu’il en coûte au restant de la population. Elle a pour elle les dirigeants politiques qui ne sont en réalité que ses laquais obéissants.

Mais, nous, le monde du travail, nous ne sommes pas désarmés pour autant. Nous avons pour nous le nombre. Et c’est nous qui faisons tout tourner dans l’économie. Comme vient de le dire mon camarade Jean-Pierre Mercier, c’est grâce à nous, salariés, employés, techniciens, que les chaînes de production tournent, que les immeubles et les routes sont construits, que les trains roulent, que les banques fonctionnent, que l’économie marche.

Je sais bien que la grande majorité des travailleurs ne réalisent pas l’immense force que nous représentons collectivement. Tout est fait pour cela : les informations de la grande presse, de la radio, de la télévision et jusqu’au système scolaire qui présentent cette organisation sociale injuste, stupide comme la moins mauvaise voire, la seule possible.

Mais c’est la vie elle-même, c’est l’infinie avidité de la classe privilégiée qui finiront par apprendre à chacun d’entre nous que nous ne sommes pas des individus isolés, voués à subir, à subir toujours. C’est la vie elle-même, l’exploitation qui nous apprendront que si tout seuls, nous ne pouvons rien, ensemble, nous pouvons tout !

Alors, le mieux à faire dans ces élections et la seule chose utile, ce n’est pas de favoriser tel grand parti au détriment de tel autre, parce qu’une fois élus, ils mèneront tous la politique que leur demandera le grand patronat. C’est de montrer qu’on en a assez, qu’on a la rage ! On est peut-être minoritaires mais cette rage, elle est contagieuse.

Eh bien, voter pour les listes Lutte Ouvrière, ce n’est pas seulement voter pour des femmes et des hommes du peuple. C’est voter pour exprimer sa colère. C’est voter pour une politique. C’est voter pour des objectifs indispensables à imposer lorsque se produira l’explosion sociale. C’est transformer les élections qui viennent en un vote collectif où l’électorat populaire se prononcera sur un programme de lutte.

Alors, voter pour les listes Lutte Ouvrière, c’est :

Affirmer sa conviction que ce n’est pas avec le patronat, avec les dirigeants politiques que les travailleurs peuvent se protéger de la crise de l’économie capitaliste, mais que c’est contre eux.

Affirmer que le seul moyen efficace de vaincre le chômage, c’est d’interdire les licenciements, répartir le travail entre tous sans diminution de salaire, et financer cela par des prélèvements sur les profits des entreprises et sur la fortune des plus riches.

Affirmer que ce sont les dirigeants actuels de l’économie qui ont conduit celle-ci à la crise et que c’est à eux, et à eux seuls, d’en payer le prix.

Affirmer, face à la spéculation financière qui a recommencé pire qu’avant, que la seule façon d’empêcher les banquiers de provoquer une nouvelle crise financière, c’est de les exproprier sans indemnité ni rachat. J’affirme et je répète, si l’économie a besoin des banques, elle n’a pas besoin des banquiers.

Il faut soumettre l’activité bancaire au contrôle de la population. Et, bien sûr, il faut récupérer les sommes fantastiques que l’État a mises à leur disposition, afin de les consacrer à la création d’emplois par l’État dans les hôpitaux, l’Éducation nationale, les transports publics et à un service public chargé de construire le million de logements qui manque pour loger les trois millions de mal-logés et de sans-logis de ce pays.

Affirmer que les propriétaires et les actionnaires des entreprises et des banques sont trop irresponsables pour qu’on leur laisse la direction exclusive de l’économie. Le seul moyen d’empêcher une débâcle plus grave encore est de soumettre les entreprises au contrôle de la population.

Et, pour commencer, il faut imposer la levée du secret des affaires, du secret bancaire, du secret industriel dont la seule raison d’être est de permettre aux capitalistes de préparer leurs mauvais coups dans la discrétion.

C’est tout de même gros : la loi fait obligation à quiconque au courant d’un projet criminel d’en informer la police sous peine d’être poursuivi. Eh bien la loi fait un sort à part aux patrons. Même s’ils préparent un mauvais coup – et la fermeture d’une usine en est un- c’est celui qui en avertirait la population qui serait poursuivi.

Alors oui, il faut supprimer toutes les lois faites pour favoriser les crimes patronaux.

Il faut que tout un chacun, mis au courant des mauvais coups préparés par la direction d’une entreprise, puisse les rendre publics, les dénoncer et mettre la population en meilleure situation pour réagir. En rendant publics, en contrôlant la totalité des comptes des entreprises capitalistes et la fortune privée des grands bourgeois, la population se rendra compte qu’il y a de quoi financer les mesures indispensables à la survie du monde du travail.

Ne vous résignez pas, dans ces élections, à aider avec vos bulletins de vote un camp de politiciens à conquérir des sièges au détriment d’un autre, sans que rien ne change ! Affirmez avec nous la conviction que, pour défendre les conditions d’existence des classes populaires, il faut faire payer le grand capital, les banquiers, les propriétaires et les actionnaires des grandes entreprises, et que pour cela les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes !

Et puis, au-delà des péripéties d’une élection particulière, il est important que s’affirme dans toutes les occasions politiques ce courant du mouvement ouvrier qui a la conviction que le système capitaliste n’est pas éternel.

Des militants communistes, ceux qui se battaient, pas seulement pour améliorer le sort des ouvriers mais pour changer la société, il y en a toujours eu depuis un siècle et demi. Par moment, de grands partis capables d’ébranler l’ordre bourgeois ; parfois seulement quelques individus. Mais la flamme ne s’est jamais éteinte.

Du fait des trahisons de la social-démocratie et du stalinisme, c’est-à-dire du basculement des partis dits socialistes et des partis dits communistes du côté de l’ordre bourgeois, les idées communistes ont été de plus en plus déformées avant de reculer dans l’opinion publique ouvrière, faute de militants en nombre suffisant pour les propager.

Eh bien, pour notre part, nous continuerons à garder levé le drapeau du communisme !

Les journalistes me posent parfois la question : mais comment se fait-il que vos idées ne profitent pas de la crise ? Il faut soit une dose de stupidité soit une dose d’hypocrisie pour poser une telle question. Parce que, s’ils réfléchissaient, les journalistes pourraient trouver facilement la réponse. Toutes les grandes chaînes de télévision, toute la presse, appartiennent aux Bouygues, Lagardère, Arnault, Pinault, Dassault et compagnie. Toutes, sous prétexte d’objectivité et sous des formes différentes, défendent les idées conformistes, individualistes, acceptables par la bourgeoisie.

Et face à cela, face à ces déferlantes de fausses informations, il n’y a pas, il n’y a plus en nombre suffisant, de militants qui prennent le contre-pied, dans leurs ateliers, dans leurs quartiers, fut-ce sous la forme la plus simple, celle de la parole ou celle d’un petit tract…

Malgré tout cela, depuis au bas mot une trentaine d’années, apparaît dans l’électorat populaire un courant qui n’hésite pas à voter pour des femmes et des hommes qui se revendiquent clairement du communisme.

Suivant les circonstances, ce courant peut représenter plus de 5 % de l’électorat, à d’autres moments, n’avoisiner que 1 %.

Mais de toute façon, cela représente plusieurs dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui tiennent à montrer qu’ils n’acceptent pas l’ordre existant.

C’est l’aberration de leur système économique qui fait périodiquement resurgir les idées communistes. La bourgeoisie et les intellectuels à son service ont beau enterrer régulièrement le communisme, il survit, il survit à tous les enterrements.

Eh bien, il est important que ce courant se manifeste à toutes les occasions politiques. Il est important que le courant communiste, pour minoritaire qu’il soit aujourd’hui affirme que oui, les travailleurs ont la capacité collective de renverser le pouvoir de la bourgeoisie.

Oui, les travailleurs exproprieront la bourgeoisie, ils briseront la dictature des groupes industriels et financiers sur l’économie mondiale et transformeront en propriété collective les usines, les banques, les grands moyens de transport, les chaînes de distribution, les richesses naturelles. Ils créeront alors une organisation sociale où les richesses et les moyens de les produire seront propriété collective. Une société dont la vie économique ne sera plus dirigée par le marché aveugle, mais par les choix conscients et démocratiquement déterminés de la collectivité.

Une économie qui ne fonctionnera pas pour dégager du profit pour une minorité de privilégiés mais pour satisfaire les besoins de tous. Une économie où les crises elles-mêmes ne seront plus que le mauvais souvenir d’un passé barbare.

Cette société émergera tôt ou tard, inévitablement.

Mais, pour le faire, les travailleurs ont besoin d’un parti qui représente réellement ses intérêts politiques. Et notre travail à nous, aujourd’hui, militants communistes, c’est d’œuvrer pour que se construise un parti qui ne vise pas à s’intégrer dans l’ordre social actuel.

Un parti qui ne se contente pas de dénoncer quelques abus du règne de l’argent mais qui se donne pour objectif d’organiser la seule classe sociale, le prolétariat, capable de mettre à bas le capitalisme.

Un parti qui ne veut pas dissimuler la réalité de la lutte de classes ni la noyer sous d’autres luttes, même légitimes. Mais un parti qui, au contraire met en évidence, en toute occasion, le caractère de classe de la politique menée par les uns ou les autres afin d’éclairer les travailleurs et leur permettre d’opposer leur propre lutte à la lutte de classe de la bourgeoisie.

Ce n’est pas un parti, même réellement communiste, qui fera la révolution sociale -elle ne pourra être faite que par les masses ouvrières. Mais il pourra gagner des travailleurs aux idées communistes, les organiser, les former politiquement, leur donner les moyens non seulement de se défendre contre la classe capitaliste mais aussi d’offrir une perspective politique aux autres classes populaires.

Car la crise économique, l’avidité de la bourgeoisie de récupérer le maximum au détriment de toutes les autres classes populaires aiguiseront inévitablement la lutte de classes.

On voit déjà, aujourd’hui, comment la bourgeoisie démolit les conditions d’existence non seulement des travailleurs salariés mais aussi celles d’autres catégories populaires. Celles des petits paysans écrasés entre les mammouths de la distribution et les entreprises capitalistes de l’agroalimentaire. Celles de nombre de petits commerçants ou d’artisans dont le revenu dépend du salaire des ouvriers. Une grande usine qui ferme, c’est une catastrophe directe pour ses salariés et leurs familles. Mais, dans la foulée de la fermeture de l’usine, combien d’épiceries, combien de bistrots, combien de petits commerces qui sont obligés de mettre la clé sous la porte ?

Et il n’y a pas que les salariés qui souffrent de la fermeture d’un hôpital ou d’une maternité, de la disparition d’un bureau de poste ou de la dégradation des conditions d’enseignement dans une école de quartier populaire !

Ces catégories sociales elles-mêmes seront poussées à se défendre. Certains le feront bec et ongles. Là se posera inévitablement la question : se battront-elles aux côtés des travailleurs ou la bourgeoisie parviendra-t-elle, par l’intermédiaire de partis spécialisés dans ce genre de besognes, à les dresser contre les travailleurs ?

Il faut que les travailleurs aient la conscience et la capacité non seulement de se défendre eux-mêmes mais d’offrir une perspective à toute la société, une perspective susceptible de dresser toutes les catégories sociales populaires contre les seuls véritables profiteurs de l’organisation capitaliste de l’économie, les seuls responsables de la crise : le grand patronat et la grande bourgeoisie.

Et, pour cela aussi, l’existence d’un parti véritablement communiste est indispensable.

Alors, camarades, pour ce qui nous concerne, la campagne électorale se terminera dans deux jours. Deux jours pour convaincre nos amis, nos camarades de travail, nos voisins de voter pour la liste ouvrière.

Aussi camarades, LE 14 MARS, VOTEZ ET FAITES VOTER POUR LA LISTE LUTTE OUVRIERE.

Mais une campagne électorale n’est qu’un moment dans l’activité militante. Et cette activité militante pour organiser et instruire les travailleurs dans le but de transformer la société, cette activité militante, elle, elle continue !

Et les élections terminées nous nous retrouverons tous je l’espère pour défendre et propager les idées communistes afin que renaisse dans ce pays un véritable parti communiste révolutionnaire.


 

 
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