Rennes, le 8 mars 2010
Chers amis, chers camarades
Je tiens tout d’abord à remercier tous nos camarades et amis qui ont constitué avec nous la liste « Lutte ouvrière » pour ces élections régionales.
Notre liste est à l’image de ce que nous sommes, avec des ouvriers, des employés, des ingénieurs et des techniciens, en activité ou pas, du secteur privé ou du secteur public.
Toutes et tous, nous vivons la vie, les problèmes de la classe ouvrière. Et toutes et tous, nous avons la conviction qu’une société qui est capable d’aider les plus riches, ceux là-même qui sont responsables de la crise, à coups de centaines de milliards d’euros, alors qu’elle laisse crever ceux qui produisent, doit être combattue.
Alors oui, nous sommes fiers de cette liste, nous sommes fiers de notre camp, celui des travailleurs !
En ce 8 mars, c’est la journée internationale des femmes. Cette journée de célébration du combat des femmes pour l’égalité a été initiée il y a un siècle, par le mouvement ouvrier socialiste.
Eh bien aujourd’hui encore, nous tenons particulièrement à nous adresser à toutes ces femmes des classes populaires, ces femmes qui vivent encore plus sensiblement les difficultés quotidiennes où nous plonge l’aberration capitaliste !
À qualifications égales, le salaire des femmes reste inférieur d’un quart à celui des hommes. Ces femmes qui assurent notamment le nettoyage des bureaux, des hôtels, des trains, ces caissières de grande surface, ces femmes qui font de l’aide à domicile, ou qui travaillent dans les usines d’agroalimentaire de la région.
A la SNCF où je travaille, il y a peu de femmes, et la plupart d’entre elles sont aux guichets, sur les quais des gares, au nettoyage des trains… La SNCF leur impose des contrats précaires, des temps partiels, des salaires très bas. Comme à Chateaubriant, où celles qui nettoient les trains et les chambres du foyer des conducteurs sont obligées de venir tous les jours, pour quelques heures, sans même avoir le temps suffisant pour faire le travail. La société de nettoyage avec laquelle la SNCF sous-traite leur octroie un salaire de 750 euros par mois. Comme si on pouvait vivre avec ça !
Et si les pensions de retraite sont de plus en plus insuffisantes pour bien des travailleurs, celles des femmes retraitées le sont particulièrement : deux femmes retraitées sur trois ont moins de 900 euros par mois pour vivre.
Et combien de femmes doivent subir la violence de leur compagnon ? 160 en sont mortes l’an passé, rien qu’en France. Il y a quelques jours, une femme de Guidel qui allait à son travail a été assassinée par son mari violent dont elle s’était séparée, d’une balle dans la nuque, juste en sortant de chez elle.
De nombreuses femmes ne se soumettent pas et se battent courageusement contre le sort qui leur est fait. Alors oui, je tiens à affirmer ici mon entière solidarité avec toutes ces femmes, toutes ces combattantes du quotidien, connues et moins connues !
Chacun d’entre nous peut voir autour de lui la misère qui s’installe.
Les statistiques officielles de Pôle Emploi comptabilisent 175 000 demandeurs d’emploi dans la région, la réalité est bien pire. Selon ces chiffres, depuis que la crise financière a éclaté, il y a 18 mois, c’est au moins 35 000 travailleurs de plus qui sont inscrits comme demandeurs d’emploi. Trouver un travail, sortir du chômage devient pratiquement impossible.
Comment s’étonner alors que les Restos du cœur soient confrontés à un afflux accru de familles qui n’ont pas d’autre solution pour s’assurer un repas : ce week-end, une jeune femme témoignait comment la pauvreté peut arriver très vite, pour elle, après la perte de son emploi suite à un accident de travail ; ou cette femme agricultrice, qui avait fini par franchir les portes des Restos du cœur car, même en travaillant avec son mari dans l’exploitation agricole, leurs revenus étaient tombés à 900 euros par mois, ils ne pouvaient plus nourrir correctement leurs enfants. Dans la population laborieuse, aucune catégorie n’est épargnée.
Et même le peu des fonds de l’Etat qui avaient des retombées positives pour la population laborieuse, l’existence de services publics en matière de santé et d’éducation, qui pouvaient atténuer en partie les situations les plus graves, eh bien même cela est chaque jour de plus en plus remis en cause !Car ici aussi on supprime des emplois dans les hôpitaux, dans les écoles, on ferme des bureaux de postes comme à Plouigneau, près de Morlaix.
Alors, dans ces élections, c’est à l’ensemble des travailleurs, qu’ils soient en activité, confrontés au chômage, ou tenus de vivre de leur pension de retraite que, nous nous adressons.
Nous nous adressons aux classes populaires confrontées à la montée de la misère. C’est notre survie qui est en jeu ! Cette régression sociale, on nous la ferait passer pour une fatalité, ce serait la crise… Mais quand bien même, ce n’est pas nous les travailleurs qui sommes responsables de cette économie folle !
Dans l’industrie automobile qui, autour de l’usine d’assemblage de PSA, à Rennes, représente une part importante des emplois en Bretagne, les travailleurs ont déjà payé par la mise au chômage de milliers d’entre eux. Ils ont déjà payé par des salaires amputés à cause du chômage partiel.
Les effectifs de l’usine de la Janais de Rennes sont passés en quelques années de 12 000 à 7 000 salariés. Les suppressions d’emplois chez ses fournisseurs se sont multipliées, comme à l’usine de la Barre Thomas de Rennes, comme chez Faurécia dont la fermeture de l’usine de Saint-Nicolas de Redon est programmée pour l’an prochain.
Avec les intérimaires renvoyés de chez PSA ou ses sous-traitants, ce sont plusieurs milliers de travailleurs qui se retrouvent au chômage tandis que, dans les ateliers et sur les chaînes de montage, les cadences, les horaires à rallonge usent un peu plus la santé de ceux qui restent.
Les patrons continuent de nous mener une véritable guerre pour sauver leurs profits. Et, dans cette crise, c’est la famille Peugeot qui est sauvée, qui reçoit les milliards du gouvernement, alors que son groupe a déjà accumulé dix milliards de profit ces dix dernières années. Et c’est les travailleurs qui ont produit ces milliards de profit qui sont une fois de plus sacrifiés.
Nous avons déjà plus que payé notre tribut de sacrifices toutes ces années passées, avec des salaires bloqués, des rythmes de travail plus intenses, des horaires de plus en plus délirants au gré des patrons.
Alors il y en a assez, assez de payer pour les riches, pour ces grands patrons, pour leurs profits ! C’est à eux de payer !
Les ouvriers de l’industrie agroalimentaire, nombreux dans la région, sont confrontés à des conditions d’exploitation particulièrement dures. Dans les abattoirs, les usines de découpe et de plats préparés, le travail est éprouvant, les salaires sont bas, et les ouvriers doivent s’affronter à des patrons rapaces.
Un travailleur, depuis des années intérimaire dans ce secteur, me racontait dernièrement comment à l’abattoir de porc à Lamballe, une usine de 1900 personnes avec de nombreux intérimaires, les ouvriers étaient déjà usés à 30 ans, avec des tendinites aux bras, aux poignets, aux mains, tellement les cadences sont insupportables. Enchaînés dans le froid des heures entières sans pouvoir aller aux toilettes, « comme des esclaves », disait-il.
Le groupe Cooperl, qui possède cet abattoir, avait déjà défrayé la chronique lorsqu’il y a trois ans, la Police de l’Air et des Frontières avait organisé l’interpellation spectaculaire de 23 travailleurs de l’abattoir de Montfort-sur-Meu, travailleurs « sans papiers » d’origine malienne. La Cooperl avait fait celle qui n’était au courant de rien. C’est la mobilisation de la population de Montfort, solidaire de ces travailleurs, qui avait permis qu’une partie d’entre eux puissent être régularisés et conserver leur emploi.
Il y a une dizaine de jours, c’est encore à la Cooperl, à l’usine de Lamballe cette fois, que 13 travailleurs ont été arrêtés et menottés par cette même police, devant leurs collègues abasourdis. Sont-ils de dangereux criminels ? Non, des salariés dont certains travaillaient depuis un an et demi dans cette usine, des travailleurs dont le tort est d’être d’origine roumaine et d’être des intérimaires. Cela suffit au gouvernement pour justifier qu’ils soient menottés… jetés hors des frontières du pays.
Le patron de l’usine s’est contenté de déclarer : « il ne s’agit que de 13 personnes, notre groupe en compte 4500, ces salariés ne relèvent pas du personnel de la Cooperl, mais d’une société d’intérim ». Quel cynisme ! Ces patrons, sont pourtant bienheureux de tirer profit de la précarité des travailleurs pour imposer des salaires misérables, des conditions de travail exécrables.
Quand des travailleurs sont ainsi attaqués, ce sont les nôtres, c’est notre camp, que l’on attaque ! Alors je veux réaffirmer ici notre solidarité avec ces travailleurs roumains, quel que soit le statut que les lois françaises actuelles leur imposent. Car nous formons tous une seule et même classe ouvrière !
Le groupe Doux, qui possède de multiples usines d’abattage et de préparation de la volaille dans le monde, n’avait pas eu de scrupules, il y a un an et demi, quand il avait fermé purement et simplement son usine de Locminé. 450 emplois ont été supprimés, malgré l’émotion de la population de cette petite ville de centre Bretagne qui voyait disparaître la principale source d’emplois de la ville.
La semaine dernière, Doux assignait cette fois au tribunal plus de 600 salariés du groupe qui réclament depuis des années le paiement qui leur est dû de leur demi-heure de pause obligatoire, et que Doux ne leur paye pas depuis 2004 ! Les tribunaux ont plusieurs fois donné raison aux salariés, mais qu’importe à Doux, qui multiplie les procédures de recours afin de faire traîner les choses en longueur. Voilà bien l’arrogance d’exploiteurs décidés à montrer qu’ils ne lâchent rien facilement.
Quant au groupe de l’industrie de la viande, Bigard, dont le siège est à Quimperlé, après s’être assuré le contrôle des marques Charal et Valtero, il a absorbé cette année le groupe SOCOPA. Ce groupe capitaliste de la viande, avec plus de 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaire et 17 500 salariés, avait à peine fait main basse sur la SOCOPA qu’il faisait peser la menace de fermeture pour deux sites à Brest et Lamballe, spécialisés dans la viande de veau. Et les ouvriers de l’usine de Chateauneuf-du-Faou qui, eux, découpent et conditionnent de la viande de porc, ont dû débrayer la semaine dernière. Car Bigard prétend leur imposer de venir travailler un jour de plus par semaine.
Oui, les grands patrons sont à l’attaque, et les travailleurs n’ont qu’une seule arme pour y mettre un coup d’arrêt, la riposte collective !
Dans un contexte où les patrons licencient à tour de bras, les réactions des travailleurs, notamment contre les plans de suppression d’emplois, ne peuvent guère aboutir tant qu’elles restent isolées les unes des autres.
Mon camarade Martial Collet, présent à cette tribune, pourrait en témoigner, lui qui ces derniers mois a pris une part active à la lutte des 260 travailleurs de Chaffoteaux contre un nouveau plan de licenciements. La veille même de l’annonce des 206 licenciements, alors qu’il rencontrait une assemblée d’élus des collectivités locales, les représentants du groupe Merloni, propriétaire de Chaffoteaux, affirmaient la main sur le cœur qu’il n’y avait pas de plans, ni de licenciements en projet. C’est dire si ces patrons prennent les élus locaux pour de simples serviteurs, et ils savent à quoi s’en tenir : ces politiciens, devant les travailleurs menacés de licenciement, n’ont su que leur servir des projets de reconversion plus ou moins fumeux.
Les travailleurs de Chaffoteaux n’ont pu compter que sur eux-mêmes. Ils se sont organisés pour manifester leur colère et s’adresser à la population de Saint-Brieuc, auprès de qui ils ont d’ailleurs rencontré bien des manifestations de sympathie. Ils n’ont pas réussi à entraîner plus largement, à faire craindre aux autorités publiques et au patronat une véritable explosion de colère des classes populaires pour empêcher les licenciements. Mais, au moins, ils se défendus et ils ont obligé Merloni à payer.
L’avenir qui se profile pour bon nombre d’entre eux maintenant, c’est ce que connaissent depuis des mois déjà les 134 travailleurs de l’électronique licenciés par AsteelFlash à Douarnenez, c’est cette antichambre du chômage nommée « cellule de reclassement ». Les travailleurs d’AsteelFlash ont fait connaître leur écœurement devant tout ce simulacre, cette « cellule » où on n’a strictement rien à leur proposer mais où il faut venir pointer chaque semaine comme si on était des repris de justice en liberté surveillée.
Alors, tous ces patrons nantis et leur personnel politique, non, ils ne l’auront pas volée, l’explosion sociale qu’ils sont en train de nourrir ! Et l’on verra bien alors qu’il y a une force dans la société, celle de la classe ouvrière mobilisée, assez puissante pour enrayer tout ce gâchis humain et imposer dans les faits l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous, sans perte de salaire !
Pour l’heure, bien des travailleurs, des chômeurs, sont écœurés par la situation qui leur est faite. Nombre d’entre eux, démoralisés par l’avalanche de coups qu’ils reçoivent, se trouvent sans perspective, résignés.
Eh bien, à l’occasion de ces élections régionales, nous voulons que ceux qui ne se résignent pas le disent ! Nous voulons que ceux qui passent de l’écœurement à la colère le montrent, déjà dans les urnes, en votant pour les listes de Lutte Ouvrière.
Que peuvent attendre les travailleurs du futur Conseil régional pour préserver leur droit à l’existence ? Rien.
En fait, on ne peut attendre du Conseil régional, quelle que soit l’étendue de ses moyens, qu’il ait une politique indépendante du gouvernement et du patronat.
Prenons l’exemple du transport, puisque les élus régionaux se rengorgent d’y être dans leur « domaine de compétence ».
Jean-Yves Le Drian, le président socialiste sortant, et ses alliés à la tête de la Région sont très fiers d’avoir financé le renouvellement des trains régionaux et la modernisation de certaines gares. En gérant ce que l’Etat a voulu leur laisser gérer, ces gens-là jouent à ceux qui ont sauvé le transport public et les emplois. Mais rien n’est moins faux.
Ce n’est pas parce que la gauche dirige 20 régions sur 22 qu’elle a exercé le moindre contre-pouvoir au démantèlement du transport ferroviaire public ! La SNCF a continué de supprimer des milliers d’emplois, de livrer au profit privé des secteurs entiers du transport ferroviaire.
Dans la Région, les usagers ne sont sans doute pas mécontents de l’augmentation du nombre de trains, mais pour qu’il y ait plus de trains, il faut des hommes pour les conduire, il faut des hommes dans les trains, dans les postes d’aiguillage, dans les ateliers de maintenance, sur les quais et dans les gares. Et c’est l’inverse qui se passe. Il n’y a plus de personnel sur les quais à Vitré, Dol, Landerneau, Plouaret, Lamballe, Morlaix, et j’en passe…
C’est par la mobilisation que, ces derniers mois, mes collègues ont contraint les patrons de la SNCF de Rennes à embaucher des travailleurs jusque-là en contrat précaire, C’est par la grève, par des débrayages qu’ils les ont contraints à augmenter les effectifs, pour alléger les journées de travail. Car il n’y a aucune raison d’accepter une aggravation des tâches et un allongement du travail alors que tant de travailleurs sont contraints au chômage.
Ces mobilisations pour des embauches, pour partielles qu’elles aient été, montrent la spontanéité avec laquelle les travailleurs agissent dans le sens d’un partage du travail entre tous sans perte de salaire.
Si, à Lutte Ouvrière, nous mettons en avant cette revendication, c’est qu’il faut que cela devienne un objectif ouvert, conscient. Cette mesure unifie d’autant plus les travailleurs qu’elle est généralisable à tous les secteurs, qu’il s’agisse du transport, des hôpitaux, ou de l’industrie.
Oui, pour préserver la santé des travailleurs contre les cadences insupportables, pour nous préserver du chômage, chacun peut comprendre qu’il faut le partage du travail entre tous !
Quant au Conseil régional dans tout ça, on ne peut pas dire que les cheminots en lutte pour contraindre la SNCF à embaucher en aient reçu beaucoup de soutien. Non, les Le Drian et autres élus de sa majorité, c’est les patrons de la SNCF qu’ils fréquentent, c’est eux qu’ils viennent voir pour partager le champagne et les petits fours à l’occasion d’une inauguration d’atelier ou de livraison de nouvelles rames !
Avec les transports, les dépenses liées aux établissements scolaires du second degré consomment la plus grande part du budget de la Région. Pour le reste, l’essentiel est consacré aux entreprises : l’apprentissage, la formation professionnelle, la recherche, l’aide à l’emploi et au développement économique.
Dans cette période marquée par le choix des patrons de diminuer les effectifs dans les entreprises, les élus régionaux continuent à vouloir consacrer de l’argent public aux entreprises privées !
La situation serait pire s’ils ne le faisaient pas, disent-ils. Mais, ils savent pertinemment qu’ils courent le risque de distribuer des sommes importantes à des groupes qui ont la ferme intention de fermer les usines ou les bureaux…
On se souvient du cas d’Alcatel pour qui un chèque de près de deux millions d’euros était en cours de signature alors que les dirigeants du groupe annonçaient la liquidation de ses activités à Rennes. Le Conseil régional a juste eu le temps d’annuler son chèque pour éviter le ridicule mais, bien sûr, il n’a, pas plus que Rennes métropole, réussi à empêcher Alcatel de partir.
Comme ils n’y peuvent rien, ils tentent de se rendre utiles en contribuant à la réalisation de la politique menée par le patronat et par le gouvernement.
Quand PSA a décidé de mettre en place le chômage partiel, la Région a financé des stages bidon de formation. Des stages dont le seul but était de rendre moins coûteuse pour l’industrie automobile la mise au chômage des ouvriers. Non seulement cela payait une partie du temps de chômage au nom de la formation au bénéfice de PSA mais, en plus, cela obligeait les ouvriers à venir à l’usine écouter les chefs leurs raconter les méthodes Toyota, ce dont ils se seraient bien passé.
La fonderie SBFM près de Lorient travaille pour Renault depuis qu’elle existe. Renault l’avait revendue il y a des années déjà, et la SBFM est passée entre différentes mains, y compris celles de fonds d’investissements qui avaient flairé là un moyen de faire des profits à court terme. Le dernier prédateur en date, le groupe Zen, a fini par annoncer sa décision d’abandonner la fonderie. Les travailleurs se sont dressés contre les licenciements en réclamant la réintégration de la SBFM dans le groupe Renault. Renault, qui avait besoin de cette fonderie pour se fournir en pièces pour ses véhicules, a repris l’exploitation de l’entreprise. Cela a valu à Renault de rafler au passage des aides publiques. Il n’y a pas deux mois, c’est au nom de l’Aménagement du territoire que ce Ministère versait à la SBFM, et donc à Renault, 1 million d’euros. Comme s’il s’agissait de ne pas être en reste sur le terrain de ces cadeaux au patronat, on a alors pu entendre François Hollande claironner que son ami Le Drian et le Conseil régional de Bretagne avaient fait bien mieux que le gouvernement en versant quant à eux 2 millions d’euros. Comme quoi ces gens-là sont tous d’accord, au nom du maintien de l’emploi, pour soutenir les patrons à l’aide de fonds publics, et c’est à qui en fera le plus.
En quoi cette politique a protégé les travailleurs. En rien ! Aujourd’hui, à la SBFM, c’est encore plus d’une centaine d’emplois dont les patrons programment la suppression.
Quand le gouvernement s’est cru obligé de mettre en en place un plan Algues Vertes, Le Drian, même s’il a pris une semaine pour y réfléchir, a choisi d’approuver le plan de Sarkozy, pour pouvoir contribuer à son financement. A croire que l’important pour ces gens-là, c’est de figurer sur la photo de ceux qui ont pris part aux décisions, sans que cela ne change rien en fait à la politique de ce gouvernement de droite.
En cette période électorale, les concurrents du PS ne sont pas en reste. Malgorn, pour l’UMP, et tous ceux qui prétendent diriger la région demain y vont de leurs belles phrases autour de ce qu’ils appellent les compétences du Conseil régional. Mais la réalité est qu’ils n’ont et n’auront aucun poids réel sur l’avenir économique de la Région. Ils peuvent financer des infrastructures pour des pôles dits « de compétitivité », ce n’est pas ça qui empêche les Thomson, les Motorola, de licencier, voire de fermer et aller ailleurs mener leurs affaires à leur guise.
Quant aux écologistes, c’est dans le domaine de la construction pour des bâtiments plus économes en énergie qu’ils prévoient des mesures d’aide.
Le Drian, lui, met en avant les compétences du Conseil régional en matière de formation pour financer des diplômes soi-disant mieux adaptés pour réduire le chômage de la jeunesse, dit-il. Comme si l’augmentation de 30 % du chômage parmi les jeunes venait du manque de diplômes !
La tonalité donnée par les principaux partis dans cette campagne électorale est aussi marquée par l’exaltation de l’identité bretonne. Les appellations des listes en sont à elles seules une illustration.
Le Drian est à la tête d’une liste « la Bretagne solidaire, créatrice et responsable ». Nous sentir solidaires de Bolloré ? Ce fameux grand patron breton sur qui Le Drian compte pour sauver la planète avec des batteries électriques ?
Ses futurs partenaires du deuxième tour de l’élection, des militants du Parti Communiste et le Parti de Gauche de Mélenchon ont choisi de se présenter sous l’appellation « Ensemble pour une Bretagne à Gauche solidaire, écologique et citoyenne ».
Quant au maire de Carhaix, il ose un énigmatique « Nous te ferons Bretagne »…
La Droite de Malgorn propose « Ensemble dessinons la Bretagne ».
Le Modem, c’est sans doute un trait d’humour, s’affirme pour la « Bretagne au Centre »…
Dans cette surenchère régionaliste, le pompon revient sans doute à la liste « Bretagne, phare du Nouveau Monde ». Rien que ça ! C’est la Bretagne carrément à l’Ouest !
Bien sûr, il s’agit d’élections régionales et il peut paraître normal de parler de la Bretagne et de son avenir. Mais cela nous vaut une débauche de phrases creuses sur des sujets aussi brûlants, à en croire la presse, que le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, l’indépendance énergétique de la Bretagne ou le projet d’aéroport international entre Nantes et Rennes alors qu’en Bretagne, il y a des milliers de familles qui n’ont pas de quoi se nourrir ou se loger !
La réalité pour les classes laborieuses, ce n’est pas celle de ces politiciens. Ce qui préoccupe les travailleurs, c’est des employeurs qui s’acharnent à rendre les conditions de travail plus dures, plus angoissantes, avec un chantage permanent au licenciement.
C’est la suppression de postes de travail, la diminution des salaires, le changement permanent des horaires.
C’est une vie de plus en plus soumise aux choix des patrons : ils nous font chômer un jour, ils nous obligent à venir un samedi, ils rallongent la journée de travail sans se sentir obligés de payer des heures supplémentaires. Et cela est ressenti de la même façon dans une grande usine comme PSA ou dans une petite entreprise.
Avec le poids accru du chômage, les patrons, petits ou grands, se sentent les moyens d’imposer leur loi car il n’y a pas un travailleur qui croit que son poste de travail est protégé.
On est bien loin de la Bretagne et de son avenir. On est dans le monde du travail confronté à la crise économique, confronté à des patrons qui cherchent à réaliser le maximum de profit sur le dos des travailleurs.
Cela s’appelle la lutte de classe. Et c’est justement cette lutte de classe que les politiciens veulent camoufler derrière la solidarité, la citoyenneté, le « Bretons, tous ensemble ». Alors oui, nous nous démarquons de ces politiciens.
Dans les élections de dimanche prochain, on demande à l’électorat de choisir.
Les travailleurs conscients ne peuvent pas voter pour la liste de l’UMP qui défend la politique pro-patronale du gouvernement aujourd’hui. Ils ne peuvent pas plus approuver celle du Modem qui défendait la même politique hier. Ni celle du Front National, le pire ennemi du monde du travail.
Quant au Parti Socialiste, ou aux Verts, ils ont été au gouvernement il n’y pas si longtemps, ils sont à la tête de la Région depuis des années, et cela n’a rien changé, rien empêché pour les classes populaires.
Pour le Front de Gauche, regroupant une partie du PC, l’autre étant sur la liste PS, et le Parti de Gauche, leur ambition se limite à vouloir peser le plus possible au sein de la gauche unie au second tour. La gauche unie, mais pour faire quoi ? Pour gérer les régions derrière le PS, comme le PS l’a fait jusque-là ? Mais à quoi cela sert-il aux travailleurs, face aux licenciements, au chômage, face à l’offensive du patronat ? A rien !
Alors, assez des combinaisons politiciennes !
Lutte Ouvrière et les listes que nous présentons ne participeront à aucune combinaison politicienne, ni avant les élections, ni entre les deux tours, ni après.
Le vote pour les listes Lutte Ouvrière, c’est le seul vote pour affirmer que les travailleurs ne doivent compter que sur eux-mêmes, sur leur force collective. C’est le seul vote pour affirmer qu’ils ne pourront se sauver que par une explosion sociale.
Alors, votez et faites voter le 14 mars pour la liste Lutte Ouvrière que je conduis, ce sera la meilleure manière dans ces élections de préparer l’avenir !
-