Toulouse, le 4 mars 2010
Chers camarades et amis.
Je tiens tout d’abord à remercier tous nos amis et camarades qui ont constitué avec nous la liste « Lutte Ouvrière » pour les élections régionales en Midi Pyrénées. Notre liste est composée de travailleurs du secteur privé, d’ouvriers d’usine, d’employés de bureau, d’ingénieurs et de techniciens, d’étudiants et de retraités. Elle est aussi composée de travailleurs du secteur public, de La Poste, de l’enseignement, des hôpitaux et de différentes administrations. C’est une liste issue du monde du travail, représentative de ce que nous sommes, et dont nous sommes fiers. Et c’est aux travailleurs en activité ou pas, aux chômeurs en fin de droit ou pas, aux jeunes ouvriers, diplômés ou pas, aux retraités, aux travailleurs handicapés, que nous voulons nous adresser en priorité. Car ce sont les nôtres. Et nous en avons plus qu’assez que patronat et gouvernement s’entendent comme larrons en foire pour nous faire payer leur crise en poussant une partie grandissante des classes populaires vers la misère.
Et pourquoi serait-ce à nous de payer cette crise d’un système qui n’est pas le nôtre ? Au nom de quelle fatalité ? Si le grand patronat aidé par le gouvernement veut nous faire payer chèrement leur crise, c’est pour sauver leurs profits. Mais d’où viennent-ils ces profits, sinon du travail de tous. Les capitalistes nous les ont extorqués en nous exploitant, et maintenant ils veulent les maintenir en nous écrasant, en nous déclarant la guerre, une guerre qui vise encore à appauvrir la classe ouvrière.
Et les dirigeants de l’économie profitent de la situation. Beaucoup parmi les travailleurs et les chômeurs sont écœurés par la situation qui leur est faite. Nous voulons que ceux qui refusent de se résigner à ce qu’on leur fasse payer la note s’expriment. Nous voulons que ceux qui pensent que le monde du travail a toujours les moyens, les siens propres, de changer les choses le disent. Nous voulons dans cette élection montrer qu’il existe un courant, une fraction du monde du travail qui est en colère contre les patrons, les banquiers, contre les responsables de cette situation et qui pense que l’avenir est aux travailleurs, pas aux capitalistes, et qui pense que les travailleurs peuvent, par une explosion sociale, d’en bas, changer les choses !
Les nôtres, ce sont les travailleurs de Freescale qui, courant 2011, connaîtront 821 nouvelles suppressions de postes qui s’ajouteront aux 236 postes supprimés en 2009 et aux 170 postes déjà supprimés en 2008.
Face à cette avalanche de licenciements, Martin Malvy, le président de la région Midi-Pyrénées, flanqué de Pierre Izard, président du Conseil général, et de Pierre Cohen, maire de Toulouse, se sont empressés de s’entretenir avec un dirigeant américain de Freescale au cours … d’une vidéo conférence.
Ces notables socialistes ont fait valoir que la fermeture annoncée du site toulousain leur paraissait totalement incompréhensible. Ils ont demandé au dirigeant de Freescale de revenir sur la décision du groupe.
Voilà à quoi se résume le pouvoir de ces dirigeants politiques des collectivités locales quand ils sont confrontés aux décisions de ceux qui détiennent la réalité du pouvoir, le pouvoir économique.
Ces hommes politiques sont d’autant plus amers qu’ils ne se sont jamais dérobés à leurs obligations de serviteurs de la bourgeoisie. Martin Malvy rappelait que, par le passé, les collectivités avaient investi dans les laboratoires fondés conjointement par Freescale et le Laas-CNRS. Le Conseil régional ayant notamment apporté 2,4 millions d’euros entre 2001 et 2006.
Mais Freescale n’obéit qu’à ses objectifs pour améliorer sa rentabilité, pour améliorer ses profits. Le sort des travailleurs et les larmes de crocodile des responsables politiques locaux leur importent peu.
Les travailleurs de Freescale ont décidé de ne compter que sur eux-mêmes. Et ils ont eu raison ! Ils ont fait grève pendant 5 semaines, ils ont paralysé la production pour exiger des conditions de départ décentes, sur la base d’une prime fixe de 150 000 euros en plus des indemnités légales.
Les seuls soutiens qu’ils ont reçus sont venus de leur classe sociale. Chaque fois qu’ils s’adressaient aux autres travailleurs, au cours des blocages ou devant les portes d’Airbus ou de Continental, les réactions de sympathie étaient très nombreuses.
Au final, ils ont imposé un niveau minimum d’indemnité de licenciement de 40 000 ou 50 000 euros en fonction de l’ancienneté, et un gain d’au moins 7500 € de plus pour tous. Mais c’est la victoire morale qui a été la plus importante, ils n’ont pas admis la fatalité de la dictature capitaliste.
Les liens et la fraternité tissés pendant la grève restent solides et des débrayages et des actions collectives ont toujours lieu, d’autant que le patron de Freescale vient de reconnaître un bénéfice de 40 millions d’euros en 2009, malgré la crise et le chômage partiel qu’il a imposé.
Alors, il n’en a pas terminé avec les travailleurs.
Les nôtres, ce sont aussi ceux de Molex, licenciés comme ceux de Valeo quelques années auparavant. Ces unités vendues par le groupe Snecma Labinal ont donc été fermées par les repreneurs. Snecma-Labinal a ainsi sous-traité des centaines de licenciements dans le secteur automobile. Mais personne ne lui a demandé de comptes. Les responsables politiques locaux ont fait semblant de croire aux promesses d’Estrosi-Sarkozy. Martin Malvy a annoncé fièrement qu’il irait aux Etat-Unis discuter avec les responsables du groupe Molex. Hypocrisie et mensonges pendant des mois et, au bout du compte… 16 emplois sauvés sur 280, et beaucoup d’amertume.
Aujourd’hui, on nous sort encore des balivernes sur la nécessaire réindustrialisation du site. Comme si les prêchi-prêcha pouvaient faire le poids devant les capitalistes qui n’ont que faire de conseils avisés en politique industrielle. Les patrons veulent avant tout faire du profit, quitte à fermer les usines qu’ils ont rachetées pour gagner des parts de marché, ou en spéculant sur les marchés financiers. Les tables rondes, les États Généraux de l’industrie ou de tout ce qu’on veut, ne sont que des voies de garage pour les luttes des travailleurs.
Seul le rapport de force peut imposer l’interdiction des licenciements. Seule une lutte d’ensemble peut permettre aux travailleurs de sortir de l’isolement et de se faire craindre.
Les nôtres, ce sont les travailleurs de Airbus et de la sous-traitance aéronautique.
Le 9 mars, dans 5 jours, EADS, actionnaire à 100 % de Airbus, va publier son bilan 2009. A en croire les discours patronaux, il faut s’attendre à ce que les comptes soient moins bons que précédemment. Et les travailleurs craignent à juste titre de devoir en subir les conséquences.
Pourtant, le nombre d’avions livrés fin 2009 atteint un record historique.
Cette année encore, sans que les travailleurs ne puissent en contrôler la véracité, la Direction va annoncer des comptes plombés. Pourtant, les travailleurs ne sont en rien responsables de cette situation, pas plus qu’ils ne sont responsables des retards de l’A380 ou du futur A350.
Eh bien, oui, nous avons raison de dire qu’il faut imposer le contrôle de tous les comptes par les travailleurs et la population laborieuse pour savoir où passe le fruit de notre travail !
Les plans Power 8, Power8 plus, Vision 2020, se succèdent. Le bilan, c’est des milliers d’emplois supprimés en interne et dans la sous-traitance. Mais ce sont les actionnaires privés, les Lagardère et les Daimler, qui en profitent, et c’est encore et toujours aux travailleurs qu’on présente la facture, avec en prime des miettes en guise d’augmentation de salaire, de participation et autre intéressement.
Oui, nous avons raison de dire que ce sont aux actionnaires de prendre sur leurs profits passés et présents, pour augmenter les salaires, pour embaucher des jeunes au lieu de prolonger de six mois ou un an la carrière des seniors comme la Direction vient de l’imposer.
Et puis, il y a l’affaire de l’A400M. L’addition s’est alourdie de plusieurs milliards d’euros. Les patrons d’Airbus vont en faire payer une partie aux salariés. Et les États français, allemand, espagnol, anglais… en acceptant de payer l’autre partie (3,5 milliards d’euros), vont aussi la faire payer aux contribuables. C’est fou et c’est scandaleux ! Car cet avion est destiné à transporter du matériel militaire, des troupes. Mais contre qui ? Quelle guerre ? Contre la Russie ? Ou pour approvisionner les contingents qui sèment la désolation en Afghanistan ?
Plutôt que de gaspiller ces milliards, il vaudrait mieux consacrer cet argent à construire des logements, des écoles, des hôpitaux, qui font défaut partout en Europe. Et si ça libère des ingénieurs, des ouvriers, qu’on partage le travail entre tous sans diminuer les salaires !
L’industrie aéronautique continue de recevoir des aides publiques. Tous les prétexte sont bons. Un des derniers en date, c« est le plan »Composites" qui affiche des aides à la hauteur de 15 millions d’euros sur quatre ans, pour plusieurs entreprises du secteur.
Et comme beaucoup de travailleurs de Airbus nous sommes scandalisés par la décision de l’AMF (l’Autorité des Marchés Financiers) de blanchir les 17 dirigeants de EADS accusés d’avoir caché des informations leur permettant de vendre leurs actions avant leur baisse.
C’est ainsi que Noël Forgeard (et sa famille), alors co-président de EADS, avait réalisé pour environ cinq millions de plus-value, tandis que Lagardère et DaimlerChrysler, les deux principaux actionnaires privés, avaient touché un jackpot de l’ordre de 400 millions d’euros chacun.
Alors, quand on nous parle de « capitalisme régulé », c’est une fumisterie. Aucune institution ne contrôle quoi que ce soit, si tant est qu’elle le veuille vraiment. Airbus, EADS sont intouchables. Ce sont eux qui font la loi. Comme Total, responsable de l’explosion d’une usine et de la destruction des quartiers populaires de Toulouse, qui n’a pas été inquiété de quelque manière que ce soit par la justice, pour son incurie en matière de sécurité.
Pour les empêcher de nuire, c’est le contrôle des travailleurs et de la population qu’il faut imposer. L’ouverture des comptabilités, la levée du secret bancaire et industriel, permettraient aux travailleurs de vérifier qu’en fait, la crise, le patronat nous la fait payer pour sauver ses profits. Eh bien, il n’y pas de raison qu’on paye pour qu’une poignée de spéculateurs, d’exploiteurs puissent continuer à s’enrichir sur notre dos, sur le recul de nos conditions d’existence !
Aucune institution, que ce soit le conseil régional et même le gouvernement, ne sera un rempart contre les agissements et les attaques du patronat.
Tout ce que savent faire les représentants politiques des grands partis, c’est casser la tirelire des fonds publics pour soutenir le patronat, en faisant croire qu’ils protègent l’emploi. Ils ne font que démontrer leur impuissance face à la dictature des banques et des actionnaires. Mais au lieu de la dénoncer, ils la couvrent de leurs mensonges, car ce qu’ils craignent plus que tout, c’est la colère de travailleurs.
Les nôtres, ce sont les travailleurs de Liebherr Aerospace qui se sont battus pour une véritable augmentation de salaire alors même que le patron annonçait des profits atteignant plus de 21 millions d’euros.
La mobilisation a permis aussi de découvrir l’attribution à Liebherr par le Conseil Régional de Midi-Pyrénées d’1 million d’euros de subvention. La demande en avait été faite par le patron en 2008, ce qu’il s’était bien gardé de divulguer tant cette subvention publique était indécente dans le contexte.
Ce mouvement a montré que les salariés ne se laissaient pas faire. Et, même si le travail a repris sans avoir fait céder la direction, les travailleurs y ont gagné en fierté et en conviction.
Pour beaucoup de jeunes travailleurs, ce mouvement de grève a été leur premier et il ont appris. Depuis la reprise, les sornettes sur « la politique d’entreprise », ça ne marche plus. Et l’ardeur au travail ne fait plus recette. De peur d’une réaction des travailleurs, les chefs ont dû renoncer à faire la chasse aux postes de radio qu’ils avaient consigne de faire disparaître ! L’état d’esprit a changé. Les travailleurs sont plus attentifs à l’actualité des grèves se déroulant dans les autres entreprises, comme celle des raffineries et nombreux sont ceux qui pensent et disent qu’ « il faudra remettre ça ».
Chez Thales, où il y a maintenant 80 % d’ingénieurs, il y a également eu grève pour les salaires. Ils étaient 400, du jamais vu depuis plus de 10 ans.
Chez Mérial, une entreprise de production de produits vétérinaires détenue à 100 % par le groupe Sanofi, là aussi, il y a eu grève. C’était leur première grève pour les salaires et elle a duré cinq jours. Même si la revendication n’a pas été satisfaite, les grévistes étaient fiers d’avoir enfin pu exprimer leur mécontentement.
Chez Atos Origin, 420 informaticiens, 80 % des effectifs toulousains, ont également fait grève pour les salaires. Et leur directeur a beau être Thierry Breton, l’ancien ministre de l’Economie de 2005 à 2007, ils n’ont pas hésité à réclamer leur dû face au bénéfice net de 32 millions d’euros qu’a avoué la Direction du groupe.
Les travailleurs de Continental de Midi-Pyrénées ont, eux aussi, manifesté leur opposition à la volonté patronale de leur faire payer la crise.
La grève a été déclenchée en juin 2009 par les travailleurs de la production de Toulouse pour une augmentation de salaire de 90 euros pour tous. Grève contagieuse, puisque à la suite de Toulouse, les usines de Foix et de Boussens se sont mises en grève, elles aussi. En fin de compte, les salariés ont obtenu 65 euros, c’est le double de ce que la direction comptait donner au départ.
Cette grève a d’ailleurs été suivie d’autres, chez les sous-traitants : ceux de la logistique d’UPS qui se sont mis en grève pour 90 euros, et ceux de Sodexho-Altys.
Dans des entreprises plus petites également, les mouvements sur les salaires bousculent les calculs patronaux.
Comme la trentaine d’employés d’un des restaurants Avenance qui assure la restauration à Airbus. Ils en ont ras-le-bol de leurs salaires de misère, souvent guère plus hauts que le SMIC. Et c’est sans parler des temps partiels imposés !
Oui, bien des travailleurs sont convaincus qu’il n’y a pas de fatalité à subir. Ils sont sans doute encore une minorité, mais ils ont raison d’être fiers de leur mouvement. D’abord parce qu’il vaut certainement mieux se battre que d’être résigné. Et ensuite soyons sûrs, que les combats d’aujourd’hui, même s’ils ne sont pas victorieux, préparent les combats de demain.
Les nôtres, ce sont aussi les travailleurs des services publics. Comme ceux de La Poste qui sont en butte à la privatisation, au démantèlement des services, à la régression des conditions de travail.
Comme aux Chèques postaux, la nouvelle Banque postale, à Toulouse, mais comme dans tous les Centres Financiers du pays, ce sont des dizaines de suppressions d’emplois chaque année, des réorganisations permanentes, la pression sur les employés. Avec, pour la direction de La Poste, une idée derrière la tête : préparer la vente de cette nouvelle entreprise au statut privé à des actionnaires, en les appâtant avec les centaines de millions de profits qu’ils réaliseront sur le dos des personnels et des usagers.
Chez les cheminots, la direction SNCF ne cesse de réorganiser, de restructurer, de regrouper des secteurs pour en supprimer d’autres. Derrière l’argument de la concurrence ouverte et généralisée avec d’autres entreprises ferroviaires utilisant le réseau ferré, l’objectif numéro un c’est là aussi la rentabilité. Au total, ce sont, depuis 2002, 21 500 emplois qui ont été supprimés, « l’équivalent de 30 usines Molex et de 8 usines Continental », disent les syndicats. Et cela va continuer : fermeture des triages, comme celui de Saint-Jory.
Dans le secteur de la santé, la nouvelle loi Bachelot votée en juillet dernier fait déjà des ravages dans la région : la maternité a fermé à Figeac, la chirurgie à Lavaur, obligeant les malades à aller se faire opérer à Toulouse-Rangueil ou... dans le privé ? Et depuis le 1er janvier, le service de réanimation de l’hôpital de Decazeville n’est plus financé, avec des répercussions à craindre sur l’avenir de la chirurgie et de la maternité.
Quant au CHU, même labellisé le meilleur de France, il n’est pas épargné. Fin décembre, l’Agence Régionale de l’Hospitalisation a brutalement décidé la fermeture du service de chirurgie cardiaque de l’Hôpital des Enfants à Purpan. Et même si, finalement, le service devrait rouvrir, des opérations ont dû être déprogrammées, des enfants transférés en urgence sur Paris et Marseille, plongeant les familles dans le désarroi. Dans les services, c’est le sous-effectif permanent, au point que parfois le roulement ne peut plus être assuré.
En revanche, dans le privé, les affaires sont florissantes. La clinique du Sport (ex-clinique du Cours Dillon) vient d’ouvrir à Langlade : pour 38 millions d’euros d’investissement, elle passe de 6000 à 15000 m2, de 6 à 13 blocs opératoires, s’est équipée d’un scanner dernier cri et d’un centre de rééducation ultramoderne. Comme quoi le sport, c’est bon pour la santé.... des profits.
Dans l’éducation, malgré les journées d’action sans lendemain et l’absence de vrai plan de bataille des fédérations syndicales, un nombre significatif d’enseignants répondent toujours présents et se retrouvent dans la rue pour manifester leur opposition à la politique de suppression de postes, à la disparition de la formation des enseignants, aux différentes réformes du système éducatif qui ne visent qu’à justifier les économies budgétaires aux yeux de l’opinion publique.
Dans les écoles du 1er degré, le rectorat annonce 79 postes supplémentaires pour l’Académie pour une hausse d’effectifs de 1661 élèves. Si on tient compte de la disparition des stagiaires issus des instituts de formation, la dotation réelle de l’académie est donc, en réalité, ramenée à 14 postes ! 14 postes pour 1661 élèves, cela fait 1 poste pour 119 élèves !
Chez EDF-GDF, le projet d’externalisation des services de maintenance a été retiré de haute lutte au printemps 2009, et le mouvement avait même permis d’obtenir la création de 129 postes dont 76 embauches. Mais la direction régionale d’ERDF-GRDF avait déclenché pas moins de 52 procédures disciplinaires, dont 4 licenciements. Même si elle a dû reculer sur trois des licenciements, la Direction voulait faire payer cher aux salariés le fait d’avoir été bousculée au printemps dernier. Mais elle montre ainsi qu’elle craint les travailleurs et leurs réactions. Là aussi, elle a raison d’avoir peur. Car ce n’est pas fini !
A France 3, c’est le même scénario que dans tous les services publics : le gouvernement réforme, c’est-à-dire qu’il cherche à faire des économies sur le dos des travailleurs. C’est un véritable plan social qui est en cours, avec une dégradation des conditions de travail pour ceux qui restent. La Direction a décidé de ne remplacer qu’un départ à la retraite sur quatre, d’annualiser le temps de travail, de banaliser le travail du dimanche, tout ça pour « diminuer la masse salariale » comme ils disent. Et pour la région, à France 3 Sud, des dizaines de salariés précaires, dont certains employés depuis parfois vingt ans, vont se retrouver au chômage.
Alors qu’on soit salarié du privé, du public, chômeur ou retraité, notre situation est de moins en moins supportable, de moins en moins acceptable. Il n’est pas admissible que des milliers de salariés soient privés de leur emploi. Il n’est pas acceptable que ceux qui ont un emploi aient des conditions de travail de plus en plus difficiles et des salaires qui n’augmentent pas. Il n’est pas acceptable que l’État supprime par dizaines de milliers les emplois dans les services publics.
Le gouvernement a mis des milliards d’euros au service des banquiers, des industriels pour sauver leurs profits, mais rien pour sauver les emplois ou en créer.
Cette crise vient d’un système au service des possédants. Eh bien oui, nous, les travailleurs, nous ne voulons pas payer pour leur crise ! Et nous devons le dire ! Et nous demandons aux travailleurs de le dire avec nous. C’est le mieux que nous ayons à faire dans ces élections : crier notre révolte contre cette organisation sociale qui laisse crever la seule classe productive, utile à la société, alors que le grand patronat, les actionnaires, les banquiers en profitent pour s’enrichir encore plus.
Alors non, il n’y a pas de fatalité. Mais on ne doit pas, on ne peut pas compter sur les conseillers régionaux, sur les députés, ni même sur les ministres pour s’en sortir. Ceux là ne protègeront jamais les travailleurs contre les agissements des capitalistes.
Martin Malvy, qui veut continuer à diriger la région, est un notable dont la carrière exprime sa proximité avec le patronat local. Il a eu des responsabilités dans les divers gouvernements socialistes depuis 1981 : secrétaire d’État chargé de l’énergie en 1984, secrétaire d’État aux relations avec le Parlement en 1992, ministre du Budget en 1992-1993. Pas étonnant qu’en tant que dirigeant de la région il soit aux petits soins pour les entreprises ! La région verse ainsi chaque année près de 50 millions d’euros aux entreprises. En Midi-Pyrénées, les aides directes s’appellent des « contrats d’appui au développement de l’emploi ». 686 de ces contrats ont été signés. Toute une partie du site du Conseil régional leur est dédiée. Un patron peut toucher pour la création d’entreprises, pour des projets qualifiés d’innovants, pour l’aide à l’investissement matériel, l’aide à la création de poste d’encadrement, ou encore l’ingénierie financière, c’est-à-dire le don pur et simple !
C’est ce que le président du Conseil régional appelle « une politique ambitieuse et adaptée aux besoins de l’entreprise et donc de l’emploi ». Comme si le chômage n’avait pas augmenter de 20 % en un an dans la région, malgré cette manne financière ! Qu’à cela ne tienne, Malvy affirme vouloir continuer et aller plus loin : "Nous signerons 150 « contrats » supplémentaires par an » dit-il dans la circulaire que nous recevons ces jours-ci.
Les entreprises reçoivent des subventions directes pour des projets censés être d’avant-garde, innovants. Cela s’appelle « soutien à la diversification », « soutien à l’économie du futur », « pôle de compétitivité », « création de clusters », « revitalisation des bassins en difficultés », « aide à l’export », « renforcement des dispositifs incubateurs », « fonds d’amorçage » « pépinières d’entreprises ». Ce qui est à la mode aujourd’hui, c’est l’écologie. Eh bien, la région a inventé une nouvelle gamme de subventions, les éco-subventions. Être écolo, c’est un business et ça rapporte.
En matière de subventions, il y a ce qu’on voit, et il y a ce qu’on ne voit pas immédiatement. A côté des subventions directes, ce sont des dizaines de millions de subventions indirectes qui sont versées au patronat pour la formation professionnelle, pour le développement du tourisme, de l’agriculture, pour la recherche.
Chaque année, ce sont des dizaines de millions d’euros qui vont grossir les caisses du patronat local. La Région donne. Les fonds européens donnent aussi. C’est ainsi que les Thales, Safran, Sanofi, Airbus, Liebherr, Latécoère, Freescale, la plupart des grandes entreprises touchent des millions, des dizaines de millions.
Et l’enjeu des élections régionales se résume à ceci : quel politicien va signer les chèques au patronat local et obtenir sa reconnaissance sociale ?
Je vais vous livrer une anecdote significative. Savez vous que le MEDEF du Tarn-et-Garonne a invité hier soir les têtes de listes aux élections régionales à un « dîner-débat avec le monde économique » ? Les patrons ne perdent pas le nord. Ils savent où se trouvent leurs intérêts.
Nous avons reçu cette invitation où il est dit que « le Medef 82 prenait en charge le repas de la personne représentant la liste et deux accompagnants ». Barèges, de l’UMP, Lafon, du Modem, et Cabrolier, du Front National, ont répondu présents, bien évidemment ! Quoi d’étonnant à cela !
Je ne vous surprendrais pas par contre en vous disant que je n’y suis pas allée. Avec ces gens-là, nous ne sommes pas du même monde.
Alors, les subventions directes ou indirectes au patronat, il faut les arrêter tout de suite ! Que l’État, les régions, les départements consacrent cet argent à créer des emplois dans les services publics, à embaucher directement pour construire les centaines de milliers de logements qui manquent !
On n’a rien à attendre du Conseil régional, même dirigé par la gauche, comme on n’a rien à attendre des ministres ou des députés. Car sur le fond, ce sont les capitalistes qui commandent. Les travailleurs doivent donc se protéger eux-mêmes.
Oui, le monde du travail a les moyens de changer les choses, mais pas par des combinaisons politiciennes, pas par des alternances en haut, mais par une véritable explosion sociale venue d’en bas. et qui bouleverse enfin le rapport de force en empêchant la bourgeoisie de nous nuire.
Dans ces élections, les travailleurs en colère n’ont pas beaucoup de choix. Barèges, pour l’UMP, Cabrolier, pour le FN sont les pires ennemis du monde du travail. Les travailleurs conscients ne peuvent pas voter pour eux, ni d’ailleurs pour le Modem de Lafon.
Les travailleurs ne peuvent pas plus voter pour la liste PS, car les dirigeants du Parti Socialiste sont socialement bien intégrés au monde bourgeois, ils se font les défenseurs des intérêts des patrons, ils les soignent à qui mieux mieux. Ils sont à la tête de la région depuis des années et cela n’a rien changé, rien empêché pour les classes populaires.
Les verts d’Europe Ecologie sont les alliés du PS. Ils votent les budgets à la région sans sourciller. S’ils se présentent à part au premier tour, c’est uniquement pour mesurer leur rapport de forces avec le PS et obtenir plus de sièges, plus de sinécures.
Pour le Front de Gauche, regroupant le PC et le Parti de Gauche de Mélenchon, c’est exactement pareil. Ils savent et ils disent qu’ils rallieront le Parti Socialiste pour le second tour. Mais, en tant que minorité au sein de l’exécutif du Conseil régional, ils ne seraient qu’une caution, contrainte de mener la politique du Parti Socialiste, comme l’ont été Jean-Luc Mélanchon et Marie-George Buffet lorsqu’ils étaient ministres de Jospin. Et, finalement, voter pour le Front de gauche revient d’une façon indirecte à voter pour le Parti Socialiste et sa politique !
Alors, assez des combinaisons politiciennes !
Pour les travailleurs qui veulent exprimer qu’ils ont en assez de ces combinaisons, comme de la situation qui est faite au monde du travail, le seul vote sans ambiguïté, c’est le vote pour la liste Lutte Ouvrière. Et de plus, c’est un vote qui leur permet de souscrire et d’adhérer à un certain nombre d’objectifs dont Nathalie va parler.
Alors, voter et faites voter pour la liste que je conduis, la seule qui dise la vérité, qui affirme que les travailleurs ne pourront se sauver que par une explosion sociale. Et voter nombreux Lutte Ouvrière le 14 mars, c’est la meilleure manière, aujourd’hui, de la préparer.
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