Les militants de Lutte Ouvrière s’inscrivent dans une filiation politique, c’est-à-dire un ensemble de combats, d’idées et de traditions. Cette filiation commence avec Karl Marx et Friedrich Engels qui ont établi leur conception du socialisme sur l’idée que la lutte des classes est le moteur de l’histoire et que le prolétariat doit renverser la bourgeoisie.
L’histoire du mouvement ouvrier et du mouvement socialiste nous a transmis un certain nombre d’expériences et d’acquis politiques. Dès la deuxième moitié du XIX° siècle, les militants ouvriers comprirent la nécessité pour les travailleurs de s’organiser au-delà des frontières nationales et d’oeuvrer à leur indépendance politique.
Cette première organisation internationale des travailleurs fut le cadre au sein duquel toutes les tendances du socialisme s’exprimèrent et parmi elles les idées de Marx et d’Engels. La conscience de la nécessité du renversement de la société capitaliste émergea, et permit le développement ultérieur du mouvement ouvrier sur cette base.
La IIe Internationale représenta un nouveau pas en avant, en regroupant des partis sur la base des idées marxistes, qui furent alors diffusées pour la première fois dans les couches les plus profondes du prolétariat.
L’émergence d’un courant réformiste en son sein amena cependant la trahison de la plupart de ses dirigeants en août 1914, ceux-ci se rangeant derrière leurs bourgeoisies nationales respectives en votant les crédits de guerre.
La IIe Internationale permit cependant de faire progresser l’idée que la classe ouvrière devait s’organiser dans des partis se fixant pour objectif non seulement la défense de ses intérêts au quotidien, mais aussi le renversement de la société capitaliste.
Créée dans le sillage de la révolution russe et de la vague révolutionnaire qui la suivit, la IIIe Internationale posait le problème du type de parti nécessaire pour diriger une révolution ouvrière en même temps qu’elle armait le prolétariat d’idées plus précises sur l’État bourgeois et sa nécessaire destruction.
À partir des années 1920 cependant, la mainmise de la bureaucratie stalinienne sur l’État ouvrier s’étendit à la IIIe Internationale qui perdit son caractère d’état-major de la révolution mondiale pour devenir une courroie de transmission des intérêts de la bureaucratie stalinienne.
Les bases politiques développées au cours des quatre premiers congrès de la IIIe Internationale restent cependant les nôtres : lutte contre l’impérialisme pour le renversement du capitalisme à l’échelle mondiale ; nécessité d’un parti organisant les travailleurs en vue de la prise du pouvoir ; destruction de l’État de la bourgeoisie et son remplacement par un État ouvrier - dont le pouvoir soviétique avait donné un exemple vivant.
C’est en réaction à la dégénérescence stalinienne de la IIIe Internationale et à la politique, désastreuse pour le prolétariat mondial, menée par la bureaucratie stalinienne, que Léon Trotsky proclama en 1938 la fondation de la IVe Internationale. Alors que la deuxième guerre impérialiste mondiale était sur le point d’éclater, il espérait en faire le drapeau indispensable au prolétariat révolutionnaire.
En tant qu’Internationale révolutionnaire, la IV Internationale n’a eu de réelle existence politique que du vivant de Léon Trotsky. Au cours du combat qu’il mena contre le stalinisme et la bureaucratie, au nom du communisme et des intérêts mêmes de l’État ouvrier issu de la révolution d’Octobre, Léon Trotsky caractérisa les mécanismes de la dégénérescence de la Révolution russe, dénonça les impasses politiques dans lesquelles les partis communistes staliniens précipitaient la classe ouvrière. C’est également son analyse qui permit d’appréhender le nazisme et le fascisme comme une forme particulièrement féroce de la dictature de la bourgeoisie dans une période de crise sociale, du fait de l’embrigadement des masses de petits bourgeois désespérés et enragés contre la classe ouvrière. Trotsky dénonça aussi la politique des Fronts populaires comme une subordination des intérêts de la classe ouvrière à ceux de la bourgeoisie.
Toutes ces caractérisations et ces analyses nous servent encore aujourd’hui pour nous orienter, alors que la construction de partis révolutionnaires et d’une direction internationale restent totalement d’actualité.
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