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	<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
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	<description>Bienvenue sur le portail de LUTTE OUVRI&#200;RE. Vous y trouverez des informations sur l'actualit&#233;, les activit&#233;s et le programme de notre organisation.</description>
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		<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
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		<title>A propos de la gr&#232;ve de mai 1968</title>
	
	
	
	

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				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1986-1993-trilingue/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1986-1993 (trilingue)&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vingt-cinq ans apr&#232;s, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai 68 fait toujours r&#233;f&#233;rence. Lorsqu'on veut &#233;voquer une riposte ouvri&#232;re d'envergure on parle volontiers d'un &#171; nouveau mai 68 &#187; tout comme on cite juin 36. Ce sont en effet les deux vagues gr&#233;vistes les plus puissantes que la France ait connues en ce si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant que la gr&#232;ve ne d&#233;marre, au lendemain du 13 mai 1968, il y avait eu, en France, des semaines d'agitation estudiantine. Agitation qui, elle-m&#234;me, s'inscrivait dans un contexte marqu&#233;, dans presque toutes les parties du monde, par des mouvements mobilisant une fraction de la jeunesse &#233;tudiante. Les &#201;tats-Unis connaissaient de puissantes protestations contre la guerre du Vietnam. Une vague de manifestations plus ou moins violentes affectait des pays tr&#232;s divers : Japon, Allemagne, Mexique, S&#233;n&#233;gal, Tch&#233;coslovaquie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, les raisons imm&#233;diates qui enclench&#232;rent le mouvement &#233;tudiant paraissaient insignifiantes au regard du mouvement qu'elles allaient provoquer par la suite puisqu'il s'agissait de protester contre le r&#232;glement des cit&#233;s universitaires qui n'autorisait pas les gar&#231;ons &#224; se rendre dans les b&#226;timents r&#233;serv&#233;s aux filles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les premiers jours, ces manifestations &#233;tudiantes ne r&#233;unissaient que quelques milliers de jeunes, mais qui &#171; y allaient &#187; de bon coeur, avec une d&#233;termination telle que ni les charges, ni les matraques de la police ne les firent reculer. Celles-ci ne les incit&#232;rent pas non plus &#224; renoncer &#224; revenir, quelques jours plus tard, occuper de nouveau les rues du Quartier latin. Les jeunes &#233;taient &#224; chaque fois plus nombreux car leur exemple devenait contagieux. Et non seulement ils ne reculaient pas, mais parfois c'&#233;tait eux qui faisaient c&#233;der les rangs policiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce spectacle tranchait avec ce qui se passait alors dans les manifestations organis&#233;es par le PCF et la CGT o&#249; l'on voyait, &#224; chaque fois, les manifestants s'&#233;gailler d&#232;s que la police faisait mine de vouloir charger. Il faut dire que le PCF et la CGT avaient largement contribu&#233; &#224; d&#233;velopper ces r&#233;flexes &#224; la fois passifs et craintifs, inculquant l'id&#233;e que la moindre riposte aux brutalit&#233;s de la police relevait d'une provocation polici&#232;re, c'est-&#224;-dire gauchiste - les deux termes &#233;taient synonymes dans la bouche des responsables du PCF. A cela s'ajoutait que le PCF expliquait qu'avec l'arriv&#233;e de de Gaulle au pouvoir, on avait d&#233;sormais affaire &#224; un &#171; pouvoir fort &#187;, renfor&#231;ant ainsi dans l'esprit des travailleurs et de l'opinion de gauche l'impression d'impuissance face au gouvernement, &#224; sa police et face au patronat. Une telle appr&#233;ciation constituait pour les dirigeants du PCF un alibi commode pour justifier leur mod&#233;ration tant sur le plan social que politique, d'abord dans la p&#233;riode entre 1958 et 1962, p&#233;riode o&#249; se d&#233;roulait la guerre d'Alg&#233;rie, puis ensuite face aux mesures de de Gaulle et du patronat qui visaient &#224; r&#233;duire le niveau de vie des travailleurs. Car bien qu'&#224; l'&#233;poque on ait beaucoup parl&#233; &#171; d'association capital-travail &#187; - c'&#233;tait un des mots clefs de la phras&#233;ologie gaulliste - la lutte de classe, surtout celle que menaient les patrons contre les travailleurs ne connaissait bien &#233;videmment pas de tr&#234;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet exemple des &#233;tudiants tenant t&#234;te &#224; la police, r&#233;ussissant parfois m&#234;me &#224; la faire reculer, contribua sans aucun doute &#224; &#233;branler le pr&#233;jug&#233; qui dominait alors, l'id&#233;e qu'une contestation un tant soit peu s&#233;rieuse de cet &#171; &#201;tat fort &#187; n'&#233;tait pas possible. Certes, il est n&#233;cessaire de relativiser. Ni la brutalit&#233; de la police &#224; Paris, ni du coup la riposte des &#233;tudiants ne connurent, alors, le degr&#233; de violence atteint dans d'autres pays &#224; la m&#234;me &#233;poque : aux USA quelques mois plus t&#244;t contre le mouvement noir, au Mexique en octobre 1968. Mais l'exemple de ces quelques milliers d'&#233;tudiants bravant les charges polici&#232;res r&#233;ussit &#224; inverser l'opinion, attira la sympathie des travailleurs et contribua &#224; les encourager.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le PCF choisit d&#232;s le d&#233;but de l'agitation &#233;tudiante de marquer en termes particuli&#232;rement tranch&#233;s, orduriers m&#234;me, dans la plus pure tradition polici&#232;re stalinienne, son hostilit&#233; au mouvement. On a dit, &#224; l'&#233;poque, et cette id&#233;e a &#233;t&#233; reprise par la suite, que c'&#233;tait parce qu'il avait &#233;t&#233; d&#233;bord&#233; par les &#233;tudiants. Ce qui laisserait entendre qu'il disposait d'une influence notable au sein du monde &#233;tudiant, ou encore ce qui laisserait supposer que le mouvement &#233;tudiant se situait en contradiction avec son r&#233;formisme. C'&#233;tait loin d'&#234;tre le cas. Son influence dans le milieu &#233;tudiant &#233;tait marginale &#224; l'&#233;poque. D'ailleurs elle l'a toujours &#233;t&#233;, m&#234;me quand des militants de l'Union des Etudiants Communistes occupaient des postes dirigeants dans le syndicat &#233;tudiant, &#224; certains moments. Encore faut-il souligner que, depuis la guerre d'Alg&#233;rie, la majorit&#233; des &#233;tudiants li&#233;s au PCF se situaient sur des positions critiques. Mais cette faiblesse n'&#233;tait, &#224; tout prendre, pas plus grande que celle des personnalit&#233;s &#171; gauchistes &#187; - le terme utilis&#233; par les dirigeants du PCF &#224; l'&#233;poque devint c&#233;l&#232;bre, servant &#224; d&#233;signer le mouvement &#233;tudiant de mai 68. En fait ce qui d&#233;termina le PCF &#224; choisir de se d&#233;marquer de la contestation &#233;tudiante, ce ne fut pas tant le d&#233;pit de ne pas en &#234;tre &#224; l'initiative et de ne pas la diriger. Il e&#251;t pu tout aussi bien en assumer les objectifs qui, de toute &#233;vidence, ne remettaient pas en question l'ordre &#233;tabli. Il choisit tout simplement de ne pas appara&#238;tre comme solidaire de moyens d'action un peu trop radicaux, pr&#233;f&#233;rant se donner une image responsable, respectueuse de l'ordre &#233;tabli. En 1961, n'avait-il pas adopt&#233; une attitude d'hostilit&#233; similaire &#224; l'&#233;gard d'une manifestation contre la guerre d'Alg&#233;rie appel&#233;e par le syndicat &#233;tudiant, alors que rien, en fin de compte, ne le g&#234;nait politiquement dans les objectifs d'une telle manifestation ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;motion que provoqu&#232;rent les brutalit&#233;s polici&#232;res constitua sans conteste le facteur d&#233;cisif dans la r&#233;ussite du 13 mai. L'ensemble des syndicats appelaient ce jour-l&#224; &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Cette journ&#233;e, bien d&#233;limit&#233;e, soigneusement encadr&#233;e, con&#231;ue dans l'esprit des conf&#233;d&#233;rations syndicales qui y appelaient pour servir de coup d'arr&#234;t &#224; l'effervescence qui commen&#231;ait &#224; se d&#233;velopper dans les entreprises, fut en fait le pr&#233;lude &#224; une puissante vague gr&#233;viste qui, en quelques jours, fit que toute l'activit&#233; &#233;conomique de la France fut paralys&#233;e. Il y eut 10 millions de gr&#233;vistes, alors qu'en juin 36, on n'en avait compt&#233; que 3 millions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette vague que rien ne laissait pr&#233;voir dans les mois pr&#233;c&#233;dents, voire m&#234;me la veille - &#224; l'&#233;vidence elle n'entrait pas dans les calculs des dirigeants des organisations traditionnelles de la classe ouvri&#232;re - a pu appara&#238;tre comme renversant tout sur son passage. Elle laissait l'impression, en se d&#233;veloppant de proche en proche, d'heure en heure, de passer par-dessus la t&#234;te des directions des syndicats et des partis politiques et de mettre bas les digues que ces organisations constituaient contre les d&#233;bordements de la classe ouvri&#232;re. Une telle fa&#231;on de pr&#233;senter les choses - qui a encore cours aujourd'hui, puisque cela fait partie des id&#233;es re&#231;ues rattach&#233;es aux mythes de mai 68 - m&#233;rite qu'on la nuance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des manifestations &#233;tudiantes, dans les premiers jours de mai, la sympathie de l'opinion &#224; l'&#233;gard de ce mouvement allait grandissant, y compris bien s&#251;r dans la classe ouvri&#232;re, plus particuli&#232;rement parmi les jeunes travailleurs. La brutalit&#233; de la r&#233;pression d'une manifestation, dans la nuit du vendredi 10 mai au Quartier latin, &#224; Paris, provoqua une &#233;motion consid&#233;rable dans le pays. C'est cette raison qui fit que l'ensemble des organisations syndicales se sentirent oblig&#233;es de lancer pour le mardi 13 mai, l'appel &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale assorti d'un appel &#224; une manifestation qui connut un succ&#232;s impressionnant, tant par la participation &#224; la gr&#232;ve, que par la participation &#224; la manifestation. Celle-ci rassembla, selon la presse de l'&#233;poque, un million de participants. Le lendemain, les choses sembl&#232;rent reprendre leur cours normal et les travailleurs &#233;taient au travail. Le calcul des dirigeants syndicaux avait &#233;t&#233;, en lan&#231;ant un mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais limit&#233;e &#224; une journ&#233;e, de faire tomber cette pression qu'ils voyaient monter dans les entreprises. Le proc&#233;d&#233; est classique, et les bureaucraties ouvri&#232;res sont expertes dans son maniement. Il s'agissait, en prenant les devants, de faire semblant de donner satisfaction aux exigences des plus combatifs tout en les diluant dans un mouvement plus vaste qui englobait la grande masse des moins d&#233;termin&#233;s, ceux qui se satisfaisaient d'une manifestation symbolique, bien d&#233;limit&#233;e et encadr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce calcul n'eut pas, cette fois, le r&#233;sultat escompt&#233;. Certes, au lendemain du 13 mai, le travail avait repris dans la quasi-totalit&#233; des entreprises du pays. L'usine Sud-Aviation de Bouguenais, dans la banlieue de Nantes, restait en gr&#232;ve &#224; l'appel du syndicat Force ouvri&#232;re de l'entreprise, au sein duquel des militants de l'OCI (l'organisation &#224; laquelle succ&#232;da par la suite le PCI, puis aujourd'hui le PT) avaient de l'influence. La presse se garda bien de mettre cette information en valeur. Le quotidien du PCF, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, qui bien &#233;videmment ne tenait aucunement &#224; mettre l'accent sur ce type d'&#233;v&#233;nement, n'y consacra que quelques lignes dans ses pages int&#233;rieures. Mais &#224; partir de ce moment la gr&#232;ve se d&#233;veloppa pour gagner en quelques jours tout le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les directions syndicales avaient &#233;t&#233; plac&#233;es devant une situation qu'elles n'avaient pas choisie. Mais elles ne rest&#232;rent pas pour autant inop&#233;rantes. Partant du constat qu'elles n'arrivaient plus &#224; contenir la situation au plan g&#233;n&#233;ral, elles choisirent de laisser le mouvement se d&#233;velopper, de lever en quelque sorte les vannes, et de le laisser s'&#233;taler. Mais sans perdre de vue l'objectif d'en reprendre le contr&#244;le, &#224; un autre niveau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On vit, d&#232;s lors, dans les entreprises, les cadres syndicaux changer de ton et de tactique. Plut&#244;t que de s'opposer &#224; l'extension de la gr&#232;ve, ou m&#234;me de se montrer critiques, ou tout simplement sceptiques &#224; son &#233;gard, ils l'assum&#232;rent. Et le plus souvent m&#234;me, ils en prirent d&#233;sormais l'initiative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait certes jouer avec le feu - pas plus toutefois que les conf&#233;d&#233;rations syndicales ne l'avaient fait, quelques jours plus t&#244;t, le 13 mai, en appelant &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve - mais avaient-elles un autre choix devant le risque bien r&#233;el de se laisser d&#233;passer ? Mais, ce faisant, contrairement aux apparences, elles n'abandonnaient pas l'initiative. Elles continuaient &#224; agir pour reprendre le contr&#244;le de la situation, mais &#224; un autre niveau, entreprise par entreprise cette fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Presque partout, en effet, &#224; l'exception de quelques endroits o&#249; la responsabilit&#233; du mouvement resta &#224; des comit&#233;s repr&#233;sentatifs des gr&#233;vistes eux-m&#234;mes, les appareils syndicaux prirent les choses en main, d&#233;cidant de tout, contr&#244;lant tout, et se gardant bien d'associer les gr&#233;vistes aux t&#226;ches d'organisation de la gr&#232;ve. Il faut dire qu'en agissant ainsi, ces appareils syndicaux ne rencontr&#232;rent pas, dans l'immense majorit&#233; des cas, d'opposition de la part des gr&#233;vistes. Car une des caract&#233;ristiques de ce mouvement c'est que, en d&#233;pit de l'importance du nombre des travailleurs qu'il englobait, il n'y avait pas une mobilisation des esprits telle que les travailleurs dans leur ensemble se sentissent vraiment concern&#233;s par son organisation. Ils en laiss&#232;rent sans difficult&#233; la responsabilit&#233;, dans chaque entreprise, aux militants syndicaux, c'est-&#224;-dire en fin de compte aux appareils. De ce fait, on ne peut parler, en 68, de v&#233;ritables occupations d'usine comparables &#224; celles de 36. Car dans la plupart des cas, durant les deux, trois semaines, quelquefois plus, que dura cette gr&#232;ve, ces syndicalistes furent les seuls &#224; &#234;tre pr&#233;sents en permanence dans les entreprises, mettant en place de solides et soup&#231;onneux piquets aux portes. Le pr&#233;texte en &#233;tait qu'il fallait &#234;tre pr&#234;t &#224; faire face &#224; d'&#233;ventuelles provocations venues de l'ext&#233;rieur, en particulier de &#171; ces &#233;tudiants gauchistes &#187; que le PCF et la CGT peignaient comme des boutefeux irresponsables ; pire, comme des agents de la police et du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait les dirigeants syndicaux ne pouvaient ignorer que ces piquets qui faisaient de chaque entreprise en gr&#232;ve un v&#233;ritable bastion dans lequel on faisait r&#233;gner un &#233;tat d'esprit de forteresse assi&#233;g&#233;e, n'avaient pas grande utilit&#233;, puisque la gr&#232;ve &#233;tait unanime. C'&#233;tait le moyen pour les bureaucrates de mettre en place une sorte de cordon sanitaire afin d'&#233;viter que les r&#233;volutionnaires entrent en contact avec les ouvriers en gr&#232;ve. Mais c'&#233;tait en m&#234;me temps mettre un cordon sanitaire entre les diff&#233;rentes entreprises, ancrer l'id&#233;e que les gr&#233;vistes devaient se replier chacun sur leur usine ou leur bureau, et que la t&#226;che prioritaire, exclusive m&#234;me, &#233;tait de &#171; prot&#233;ger &#187; l'usine contre un hypoth&#233;tique et inqui&#233;tant assaut de &#171; ces gauchistes &#187; venus des universit&#233;s. Il n'y avait plus de t&#226;ches politiques, uniquement des t&#226;ches de service d'ordre. Et puis c'&#233;tait aussi une mani&#232;re de d&#233;motiver les gr&#233;vistes, de d&#233;velopper l'id&#233;e que les syndicalistes s'occupant de tout, les travailleurs n'avaient qu'&#224; les laisser faire, ce qui fut accept&#233; sans opposition par l'immense majorit&#233; des travailleurs. De ce fait, sur les 10 millions de gr&#233;vistes, seule une minorit&#233;, li&#233;e aux appareils, s'occupait de l'organisation de cette gr&#232;ve, tandis que la majorit&#233; des travailleurs se rendait &#224; l'usine pour assister aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, puis rentrait chez elle. Les appareils syndicaux avaient r&#233;ussi leur op&#233;ration. On le v&#233;rifia lorsque, apr&#232;s les n&#233;gociations et les accords de Grenelle, apr&#232;s le 27 mai, les directions syndicales d&#233;cid&#232;rent alors de mettre ouvertement leur poids pour faire reprendre le travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de ce moment, la gr&#232;ve qui &#233;tait g&#233;n&#233;rale de fait, m&#234;me si elle ne traduisait pas une mobilisation bien profonde, devenait ouvertement une addition de gr&#232;ves particuli&#232;res. Certes, cela ne se fit pas toujours sans mal. Et on vit, ici ou l&#224;, des manifestations d'humeur, des gestes de m&#233;contentement des travailleurs contre l'attitude des dirigeants syndicaux, mais en fin de compte ces derniers r&#233;ussirent facilement &#224; avoir le dernier mot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l&#224; un des aspects importants de cette gr&#232;ve. Incontestablement, elle eut un d&#233;marrage soudain et massif. Elle fut nettement plus massive qu'en juin 36, les chiffres le montrent. Mais le nombre de participants n'est qu'une donn&#233;e parmi d'autres. Il ne renseigne pas sur la d&#233;termination, sur la combativit&#233;, sur le niveau de conscience de la masse des gr&#233;vistes. En 1968, force est de constater que ce niveau est rest&#233; relativement faible, sans aucune commune mesure avec celui de juin 36. Les directions syndicales certes ne firent rien pour associer les travailleurs &#224; la direction de leur gr&#232;ve, elles mirent en place un dispositif qui visait de toute fa&#231;on &#224; les en &#233;carter, mais finalement celui-ci ne s'est pas av&#233;r&#233; bien n&#233;cessaire, du fait de la faible motivation de la masse des gr&#233;vistes. La gr&#232;ve fut certes g&#233;n&#233;rale, mais en fin de compte passive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, cette gr&#232;ve de mai 68 ne se r&#233;duisit pas &#224; ces manoeuvres - r&#233;ussies - des bureaucraties ouvri&#232;res. Il y eut, dans cette p&#233;riode, et dans ce mouvement, bien d'autres aspects, positifs ceux-l&#224;, sur lesquels il est moins n&#233;cessaire d'insister. En particulier cette gr&#232;ve a montr&#233; qu'en d&#233;pit des propos de ceux qui n'en finissent pas d'enterrer la classe ouvri&#232;re, cette derni&#232;re restait toujours pr&#233;sente. Eh oui, avant 68, il existait des augures qui radotaient - d&#233;j&#224; - sur le r&#244;le, ou plut&#244;t l'absence de r&#244;le, de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1968, les travailleurs ont fourni la r&#233;ponse &#224; ces th&#232;ses. Pas dans des livres, mais sur le terrain de la lutte de classe. La classe ouvri&#232;re est r&#233;apparue sur la sc&#232;ne sociale, s'arr&#234;tant certes sur le seuil de la sc&#232;ne politique, ne d&#233;passant pas les limites que ses organisations traditionnelles se sont &#233;vertu&#233;es &#224; lui assigner, mais montrant qu'elle &#233;tait toujours l&#224;, et bien l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La meilleure preuve en a &#233;t&#233; donn&#233;e par la crainte qu'elle a alors inspir&#233;e &#224; tous ses adversaires. Aussi bien ceux qui se situent ouvertement dans le camp de la bourgeoisie, que ceux qui pr&#233;tendent &#234;tre dans le camp des travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les le&#231;ons positives de mai 68 sont les mieux connues. La fa&#231;on dont les bureaucraties s'y sont prises pour canaliser avec succ&#232;s un mouvement qu'elles n'avaient pas souhait&#233;, l'est moins. Mais on ne peut comprendre mai 68, et tirer les le&#231;ons pour l'avenir, si on ne tient pas compte de ces deux volets des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Espagne - Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales : succ&#232;s pour le PSOE ou nouvel &#233;chec pour la droite ?</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1986-1993-trilingue/espagne-les-elections-generales</link>
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		<dc:date>1993-06-30T22:02:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;002&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1986-1993-trilingue/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1986-1993 (trilingue)&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; la plupart des pr&#233;visions, le PSOE est donc sorti des derni&#232;res &#233;lections g&#233;n&#233;rales avec une majorit&#233; relative suffisante pour lui permettre de gouverner sans probl&#232;me durant la nouvelle l&#233;gislature. Le Parti populaire, de loin le principal parti de droite &#224; l'&#233;chelle de toute l'Espagne, qui esp&#233;rait bien lui succ&#233;der &#224; cette occasion, devra continuer la cure d'opposition qu'il poursuit depuis onze ans sans interruption.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains des commentateurs fran&#231;ais, qui s'attendaient &#224; voir se d&#233;rouler en Espagne un sc&#233;nario semblable &#224; celui que l'Hexagone avait connu en mars dernier, en ont conclu un peu vite que ces &#233;lections &#233;taient la preuve des liens profonds qui uniraient le peuple espagnol au chef du gouvernement. C'est aller un peu vite en besogne, car ce nouveau succ&#232;s &#233;lectoral du PSOE, en d&#233;pit d'une situation &#233;conomique caract&#233;ris&#233;e par le taux de ch&#244;mage le plus haut d'Europe, est surtout l'autre face des probl&#232;mes que conna&#238;t la droite espagnole depuis la mise en place d'un r&#233;gime parlementaire, en 1977.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu'on appelle en Espagne la &#171; transition politique &#187; s'&#233;tait pourtant apparemment pass&#233;e le mieux possible pour la droite, puisque c'est l'Union du Centre D&#233;mocratique du pr&#233;sident du gouvernement d'alors, Adolfo Suarez, qui avait &#233;t&#233; le grand vainqueur des &#233;lections de 1977. Mais ce succ&#232;s de l'UCD n'avait &#233;t&#233; qu'un feu de paille. L'UCD &#233;tait entr&#233;e en crise d&#232;s 1982. Le Centre D&#233;mocratique et Social de ce m&#234;me Suarez, h&#233;ritier de l'UCD, vient d'ailleurs de perdre les quelques si&#232;ges qu'il occupait au parlement, et de dispara&#238;tre du m&#234;me coup de la sc&#232;ne politique. Et le Parti populaire qui aspire &#224; &#234;tre l'alternance de droite au PSOE a &#233;chou&#233; une nouvelle fois, m&#234;me si c'est d'assez peu, dans son projet.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Les probl&#232;mes de la transition&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Bien avant la mort de Franco, la plupart des secteurs de la bourgeoisie espagnole aspiraient sans aucun doute &#224; un changement de r&#233;gime politique. Le boom &#233;conomique des ann&#233;es soixante avait profond&#233;ment transform&#233; la soci&#233;t&#233; espagnole. Il avait pos&#233; le probl&#232;me de l'int&#233;gration de l'Espagne dans un March&#233; Commun qui n'acceptait de s'&#233;largir - concurrence oblige - qu'&#224; des pays dot&#233;s d'institutions parlementaires, c'est-&#224;-dire renon&#231;ant &#224; recourir &#224; des m&#233;thodes dictatoriales pour maintenir des salaires, et donc des co&#251;ts de production, artificiellement bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour les classes dominantes, la sortie d'une dictature, avec les risques d'explosions politiques et sociales que cela implique, est toujours un moment d&#233;licat. A la veille de la mort de Franco, tous les milieux politiques espagnols suivaient de pr&#232;s, en particulier, ce qui se passait dans le Portugal voisin, o&#249; des officiers d&#233;sireux de mettre fin &#224; des guerres coloniales interminables, et de moderniser le pays, avaient mis fin, en avril 1974, &#224; la dictature de Caetano. Pour avoir &#233;t&#233; dirig&#233;e par des militaires, la &#171; R&#233;volution des oeillets &#187; n'en avait pas moins ouvert une p&#233;riode d'agitation politique consid&#233;rable, y compris dans l'arm&#233;e, et dans les mois qui suivirent la bourgeoisie portugaise put se demander si son appareil de r&#233;pression se r&#233;v&#232;lerait capable d'intervenir sans broncher en cas de besoin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Espagne ne connut pas de rupture brutale de ce genre. Le successeur d&#233;sign&#233; de Franco, Juan Carlos, apr&#232;s quelques mois d'expectative, nomma &#224; la t&#234;te du gouvernement, &#224; l'&#233;t&#233; 1976, un quasi inconnu, issu bien &#233;videmment du Movimiento (la Phalange franquiste), Adolfo Suarez, qui s'employa &#224; rechercher l'appui de toutes les forces politiques d'opposition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e 1977 vit ainsi la l&#233;galisation des diff&#233;rents partis politiques, y compris le Parti communiste, et celle des conf&#233;d&#233;rations syndicales, en m&#234;me temps que disparaissait le syst&#232;me des &#171; syndicats verticaux &#187; franquistes. Les partis de gauche furent associ&#233;s &#224; la r&#233;daction de la Constitution au c&#244;t&#233; des formations de droite (dont les hommes &#233;taient &#233;videmment tous issus du Movimiento). En contrepartie, ils se solidaris&#232;rent avec la politique &#233;conomique du gouvernement &#224; travers la signature du &#171; pacte de la Moncloa &#187; (destin&#233; &#224; assurer la &#171; paix sociale &#187;... par la renonciation de la classe ouvri&#232;re &#224; ses revendications essentielles), qu'approuv&#232;rent toutes les conf&#233;d&#233;rations syndicales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant m&#234;me la fin des travaux constitutionnels, le gouvernement Suarez, rompant avec la politique centraliste qui avait &#233;t&#233; celle du franquisme, avait remis en place la G&#233;n&#233;ralit&#233; (le gouvernement de la Catalogne), et s'orientait vers la mise en place d'un syst&#232;me d'autonomies r&#233;gionales qui allait permettre de faire dispara&#238;tre les probl&#232;mes sociaux derri&#232;re les probl&#232;mes &#171; nationaux &#187;, avec la complicit&#233; de toute la gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fin du franquisme avait ouvert une p&#233;riode de politisation d'une grande partie de la population. Il y eut bien s&#251;r quelques mouvements revendicatifs. Mais globalement cette politique de recherche du consensus avec l'ensemble des forces politiques permit &#224; la bourgeoisie espagnole d'effectuer cette transition politique dans les meilleures conditions possibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la nouvelle droite parlementaire, elle semblait la grande gagnante de la situation, puisque l'Union du Centre D&#233;mocratique qui s'&#233;tait constitu&#233;e autour de Suarez &#233;tait sortie victorieuse des &#233;lections de 1977.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la force de Suarez ne r&#233;sidait pas tant dans l'appui (int&#233;ress&#233;, puisqu'il &#233;tait pour l'heure le ma&#238;tre de la situation) de la plupart des politiciens de droite, que dans son r&#244;le d'arbitre qui lui avait permis d'obtenir le soutien des partis de gauche. Et une fois la p&#233;riode de transition termin&#233;e, quand chaque formation politique se mit &#224; vivre sa vie pour son propre compte, l'UCD allait rapidement &#233;clater.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une partie importante de l'&#233;lectorat de droite, qui aurait pr&#233;f&#233;r&#233; un parlementarisme sans la l&#233;galisation du Parti communiste, sans les autonomies r&#233;gionales, voyait en Suarez non pas le chef de gouvernement qui avait r&#233;ussi &#224; manoeuvrer durant cette p&#233;riode d&#233;licate de la mani&#232;re la plus avantageuse pour la bourgeoisie, mais le tra&#238;tre qui avait rompu avec les traditions de l'Espagne &#171; une et grande &#187;. Et c'est &#224; cet &#233;lectorat-l&#224; que s'adressait l'Alliance populaire, pr&#233;curseur de ce Parti populaire qui allait devenir en quelques ann&#233;es la principale formation de droite, alors que l'UCD disparaissait.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Le poids des r&#233;gionalismes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mais l'une des raisons qui explique que ce Parti populaire ait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;chou&#233;, malgr&#233; l'usure que le PSOE a subie au cours de onze ans de pouvoir, c'est le poids des courants r&#233;gionalistes, qui prive la droite &#171; espagnoliste &#187; des voix d'une grande partie de la petite et moyenne bourgeoisie locale, c'est-&#224;-dire de ce qui pourrait &#234;tre son &#233;lectorat sociologique naturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, malgr&#233; la disparition au cours de ce scrutin du Parti andalouciste, et le recul de la coalition qui appara&#238;t comme le porte-parole de l'ETA (Herri Batasuna), le vote r&#233;gionaliste n'est pas devenu un facteur mineur en Espagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La principale formation catalaniste (Convergence et Union, dirig&#233;e par le banquier Jordi Pujol) a bien perdu un si&#232;ge, mais elle a tout de m&#234;me rassembl&#233; pr&#232;s de 32 % des voix en Catalogne, alors que le Parti populaire d&#233;passait &#224; peine les 17 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la communaut&#233; basque, le Parti populaire peut certes se vanter de faire &#233;lectoralement jeu &#233;gal avec Herri Batasuna (avec 14,6 % des voix). Mais l'ensemble des formations nationalistes basques, du tr&#232;s mod&#233;r&#233; Parti nationaliste basque &#224; Herri Batasuna, recueille quelque 48 % des voix !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, cette concurrence des organisations r&#233;gionalistes&lt;/p&gt; &lt;p&gt;nuit bien plus au PP qu'au PSOE. Ce dernier, en Catalogne comme au Pays basque, reste le premier parti (avec respectivement 34,83 et 24,44 % des voix).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, au sein du parlement, des accords entre ces partis r&#233;gionalistes et le PSOE pour compl&#233;ter la majorit&#233; relative de celui-ci sont bien plus facilement envisageables que de semblables accords entre le PP et les nationalistes basques ou catalans&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&#171; Au secours la droite revient &#187;, un slogan plus efficace en Espagne qu'en France&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La g&#233;ographie politique espagnole n'a d'ailleurs pas tellement chang&#233; au cours de ce demi-si&#232;cle, ind&#233;pendamment des questions nationales. La plupart des grandes villes industrielles du pays ont plac&#233; le PSOE largement en t&#234;te devant le PP. Et si, outre Valence, Madrid semble&lt;/p&gt; &lt;p&gt;faire exception (avec pr&#232;s de 44 % des voix au PP contre un peu moins de 35 % au PSOE), c'est parce que Izquierda Unida (Gauche Unie), la coalition constitu&#233;e autour du Parti communiste, y a r&#233;alis&#233; un de ses meilleurs scores, avec plus de 14,5 % des voix, l'ensemble des partis de gauche &#233;tant donc majoritaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les campagnes, si l'Espagne du nord-ouest, o&#249; existent petites et moyennes propri&#233;t&#233;s, a donn&#233; la pr&#233;f&#233;rence au PP, celle des r&#233;gions d&#233;sh&#233;rit&#233;es du sud, l'Andalousie et l'Extr&#233;madure, a assur&#233; le succ&#232;s du PSOE.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si l'&#233;lectorat populaire a vot&#233; PSOE, c'est sans doute bien moins par adh&#233;sion &#224; la politique de Felipe Gonzalez, que par rejet de la droite. Izquierda Unida a certes un peu progress&#233;, gagnant un si&#232;ge, avec 9,57 % des voix. Mais si elle n'a pas atteint les 12 % dont la cr&#233;ditaient les sondages, c'est peut-&#234;tre bien s&#251;r parce que les sondages valent ce qu'ils valent, mais aussi parce qu'un certain nombre de travailleurs ont au dernier moment pr&#233;f&#233;r&#233; donner une majorit&#233; au PSOE contre la droite, plut&#244;t que d'exprimer leur m&#233;contentement en votant pour IU (qui n'a en outre pas d'autre perspective que de faire alliance avec le PSOE pour participer un jour au gouvernement).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est qu'en Espagne, quarante ans de franquisme ont donn&#233; bien plus de r&#233;sonance que de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es au slogan &#171; au secours la droite revient ! &#187; que le PS fran&#231;ais a essay&#233; en vain d'agiter &#224; son profit en son temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti populaire avait eu, il y a quelques ann&#233;es, bien du mal &#224; convaincre son dirigeant historique, Fraga Iribarne, ancien ministre de l'Information de Franco, que dans l'int&#233;r&#234;t du parti il ferait mieux de prendre sa retraite. Mais il semble bien qu'il n'ait pas suffi de remplacer cette g&#233;n&#233;ration des anciens notables franquistes par des &#171; quadras &#187; &#224; la Aznar, sans pass&#233; politique notable sous la dictature, pour faire oublier qu'entre la droite &#171; civilis&#233;e &#187; qui brigue la majorit&#233; au parlement, et celle qui gouvernait sous Franco, il y a une filiation naturelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces difficult&#233;s de la droite ne nuisent cependant en rien aux int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie espagnole. Car il n'est pas s&#251;r qu'un gouvernement de droite aurait pu faire aussi bien passer la politique anti-ouvri&#232;re qui est men&#233;e depuis des ann&#233;es par l'&#233;quipe de Felipe Gonzalez. Et il est &#233;vident que si, au soir des &#233;lections, Felipe Gonzalez a parl&#233; de &#171; changement &#187; dans sa politique, ce ne sera pas d'un changement en faveur des travailleurs qu'il s'agira, mais de concessions &#224; l'&#233;lectorat de droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si ce nouvel &#233;chec de la droite espagnole a un c&#244;t&#233; r&#233;jouissant, il ne faut pas oublier que les slogans sur le &#171; vote utile &#187; et sur la n&#233;cessit&#233; de &#171; battre la droite &#187; ont toujours &#233;t&#233; pour les r&#233;formistes un moyen de piper les voix des travailleurs, et qu'en voulant manifester leur rejet de la droite, les travailleurs qui ont vot&#233; pour le PSOE ont aussi l&#233;gitim&#233; sans l'avoir voulu la politique pass&#233;e, pr&#233;sente et &#224; venir de celui-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re n'attendra peut-&#234;tre pas sans r&#233;agir la fin de la l&#233;gislature pour montrer par la lutte que c'est une autre politique qu'elle attendait de ceux qui pr&#233;tendent d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>De reprise en r&#233;cession, l'&#233;conomie capitaliste en crise ruine la soci&#233;t&#233;</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;001&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au cours des douze mois &#233;coul&#233;s, la France s'est donc install&#233;e dans une nouvelle r&#233;cession. La plus grave depuis la guerre. C'est &#224; peu pr&#232;s la seule chose &#233;vidente dans la jungle des chiffres statistiques qui masquent la r&#233;alit&#233; plus qu'ils ne l'&#233;clairent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Produit Int&#233;rieur Brut - notion dans une large mesure fantaisiste, car elle m&#234;le production de biens r&#233;els, services et activit&#233;s sp&#233;culatives - aura baiss&#233; de plus de 1 % dans l'ann&#233;e. La production industrielle, elle, de 3,4 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation est similaire, voire pire, dans tous les pays d'Europe occidentale. Pour la premi&#232;re fois depuis 1975, le Produit Int&#233;rieur Brut de l'ensemble de la CEE sera en baisse en 1993. On ne sait pas encore tr&#232;s bien de combien. Mais le recul de la production industrielle au cours des douze derniers mois donne une indication : recul de 5,8 % en Italie, de 6,6 % en Espagne, de 11,3 % en Allemagne - dans cette Allemagne, cens&#233;e pendant longtemps &#234;tre un mod&#232;le et surtout un moteur pour toute l'&#233;conomie de l'Europe ! Et si la Grande-Bretagne fait relativement bonne figure dans les statistiques de cette ann&#233;e, c'est qu'elle a largement anticip&#233; sur les autres en mati&#232;re de chute de la production industrielle au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Comme, &#224; une autre &#233;chelle, les &#201;tats-Unis eux-m&#234;mes. Car c'est &#224; partir des &#201;tats-Unis, et accessoirement de la Grande-Bretagne, que l'actuelle r&#233;cession, commenc&#233;e en 1990, s'est propag&#233;e vers l'ensemble des pays, Japon compris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les faits parlent plus que les indices. Hausse brutale du ch&#244;mage. Fermetures d'entreprises. Capacit&#233;s de production consid&#233;rables qui sont inemploy&#233;es. Aggravation des in&#233;galit&#233;s et pauvret&#233; croissante des masses ouvri&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;conomie en est &#224; sa troisi&#232;me r&#233;cession internationale en vingt ans. En d'autres termes, c'est la troisi&#232;me fois pendant cette p&#233;riode que la production de biens mat&#233;riels n'en est pas seulement &#224; stagner, mais qu'elle recule franchement. En 1974-75, la production industrielle a recul&#233; dans tous les grands pays industrialis&#233;s sans exception, d'un pourcentage s'&#233;chelonnant de 0,2 % pour le Japon &#224; 7,7 % pour les &#201;tats-Unis. En 1980-1982, nouveau recul international de la production avec une chute de 9 % pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette fois, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; les premiers &#224; plonger en 1990, ce sont les &#201;tats-Unis qui s'en sont sortis avec le moins de d&#233;g&#226;ts et plus vite que les autres (et, dans une large mesure, au d&#233;triment des autres). Mais personne n'ose vraiment pronostiquer que l'&#233;conomie am&#233;ricaine tirera en avant le reste de l'&#233;conomie mondiale, au lieu de finir par &#234;tre elle-m&#234;me tir&#233;e en arri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et entre ces p&#233;riodes de franc recul de la production, il y a eu les alertes mon&#233;taires, financi&#232;res ou boursi&#232;res : la crise boursi&#232;re de 1987 qui a fait passer un moment le spectre du Jeudi Noir 1929 dans le monde de la finance ; ou tout r&#233;cemment, la temp&#234;te mon&#233;taire commenc&#233;e en septembre 1992 qui s'est prolong&#233;e par secousses sp&#233;culatives pendant plusieurs mois, avec une s&#233;rie de d&#233;valuations en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, etc., et qui a d&#233;moli au passage ce Syst&#232;me mon&#233;taire europ&#233;en laborieusement mis en place pendant des d&#233;cennies et qui devait conduire &#224; l'unification des monnaies europ&#233;ennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacune des r&#233;cessions, m&#234;me prise isol&#233;ment, a repr&#233;sent&#233; un immense g&#226;chis pour la soci&#233;t&#233;. Un recul de 7 % ou de 9 % de la production industrielle aux seuls &#201;tats-Unis repr&#233;sente quelque chose de colossal. Les &#201;tats-Unis &#224; eux seuls concentrent sur leur sol une part importante de la production industrielle de la plan&#232;te. Une baisse de 9 % de cette production repr&#233;sente un recul des forces productives de l'humanit&#233; au moins aussi important que si, par suite d'une catastrophe plan&#233;taire, la production d'un continent entier comme l'Afrique ou encore celles du Br&#233;sil et de l'Argentine r&#233;unies, &#233;taient compl&#232;tement englouties. Mais il ne s'agit pas d'une catastrophe plan&#233;taire. Il s'agit du fonctionnement &#171; normal &#187; de l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre comparaison m&#233;rite d'&#234;tre faite &#224; ce propos. La bureaucratie en d&#233;liquescence est en train de conduire ce qui fut l'URSS vers une v&#233;ritable d&#233;b&#226;cle &#233;conomique (sans m&#234;me parler des aspects politiques et sociaux de cette d&#233;b&#226;cle). &#201;tant donn&#233; cependant les capacit&#233;s de production industrielle respectives des &#201;tats-Unis et de l'URSS, la chute de la production industrielle de l'URSS en 1992 - estim&#233;e &#224; 20 % environ - repr&#233;sente un recul du m&#234;me ordre dans la production industrielle mondiale qu'une ann&#233;e &#171; d'anodine r&#233;cession &#187; aux &#201;tats-Unis en 1980-82. Et - pour le moment en tout cas - avec un taux de ch&#244;mage tr&#232;s nettement inf&#233;rieur. Cela ne rend, bien entendu, en rien meilleure la gestion de l'&#233;conomie par la bureaucratie en d&#233;liquescence. Mais cela devrait clouer le bec &#224; tous ceux qui voient dans l'effondrement en cours de l'&#233;conomie planifi&#233;e la justification du capitalisme - si quoi que ce soit pouvait les faire taire. M&#234;me &#224; l'agonie, soumise au pillage effr&#233;n&#233; d'une caste bureaucratique d&#233;barrass&#233;e de tout contr&#244;le, l'&#233;conomie planifi&#233;e n'est pas pire que la triomphante &#233;conomie de march&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le g&#226;chis &#233;conomique, social, humain ne se r&#233;sume pas au franc recul de la production des trois p&#233;riodes de r&#233;cession internationale. L'ensemble de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, au-del&#224; des fluctuations entre r&#233;cessions et reprises, constitue une longue p&#233;riode de crise rampante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette crise est due en dernier ressort, comme toutes les crises de l'&#233;conomie capitaliste, &#224; ce que le d&#233;veloppement du capital s'est heurt&#233;, &#224; partir d'un certain moment, au caract&#232;re limit&#233; du march&#233;, c'est-&#224;-dire de la consommation solvable. Le march&#233; n'&#233;tait plus en expansion pour assurer le maintien et l'accroissement du taux de profit. Voil&#224; pourquoi depuis vingt ans, l'histoire &#233;conomique comme l'histoire politique sont domin&#233;es par les efforts du grand capital aid&#233; par la politique des &#201;tats, en vue de r&#233;tablir et d'accro&#238;tre le taux de profit, d'une part en limitant l'essoufflement des march&#233;s par des artifices - commandes d'&#201;tat, politique de cr&#233;dit facile, etc. - et d'autre part, en r&#233;duisant la part de la classe ouvri&#232;re dans les revenus nationaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces efforts en eux-m&#234;mes, qui ont conduit dans un premier temps &#224; une hausse globale du taux de profit dont a profit&#233; l'ensemble de la bourgeoisie, ont des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour la classe ouvri&#232;re, mais aussi pour l'&#233;conomie. Quant aux artifices utilis&#233;s pour revigorer des march&#233;s essouffl&#233;s, comme les exp&#233;dients invent&#233;s pour faire face aux difficult&#233;s particuli&#232;res d'un moment donn&#233; - menaces d'effondrement bancaire ou de crise boursi&#232;re notamment - ils ont laiss&#233; dans l'&#233;conomie autant de bombes &#224; retardement qui n'ont pas fini d'exploser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par del&#224; les fluctuations momentan&#233;es, toute l'&#233;conomie mondiale a &#233;t&#233; marqu&#233;e en profondeur par ces vingt ann&#233;es de crise rampante. Nombre des traits les plus n&#233;fastes de l'&#233;conomie capitaliste ont &#233;t&#233; aggrav&#233;s, nombre de ses contradictions exacerb&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;conomie d'endettement&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Rarement dans le pass&#233; la classe capitaliste a eu autant besoin de l'&#201;tat ou, plus exactement, de ses finances, qu'en cette p&#233;riode de &#171; lib&#233;ralisme &#187; triomphant, de d&#233;r&#233;glementation et de &#171; capitalistes, enrichissez-vous ! &#187;. Les d&#233;penses des &#201;tats ont jou&#233; partout un r&#244;le majeur pour permettre &#224; la classe capitaliste de compenser son manque &#224; gagner du fait de la stagnation des march&#233;s. Le d&#233;ficit croissant des finances publiques en est partout la contrepartie. La r&#233;cession actuelle a encore acc&#233;l&#233;r&#233; les choses. En Europe, les d&#233;ficits publics se sont brusquement aggrav&#233;s entre 1990 et 1992, passant par exemple, m&#234;me dans l'ensemble des pays consid&#233;r&#233;s comme mon&#233;tairement stables - Allemagne, France, Benelux - de 3,1 % du Produit int&#233;rieur &#224; 4,7 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment des n&#233;gociations du trait&#233; de Maastricht, il n'y a pas si longtemps, les dirigeants de la CEE ont annonc&#233; pr&#233;somptueusement une future monnaie europ&#233;enne commune. Parmi les conditions pos&#233;es aux &#201;tats pour pouvoir faire partie d'une &#233;ventuelle Union mon&#233;taire, il y avait celle de contenir le d&#233;ficit public &#224; 3 % du Produit int&#233;rieur. Plus un seul des &#201;tats europ&#233;ens n'est aujourd'hui dans cette situation - le seul Luxembourg, minuscule paradis fiscal europ&#233;en, mis &#224; part. Le d&#233;ficit du budget avoisine le double de ce pourcentage en France, le d&#233;passe en Belgique et atteint pr&#232;s du triple en Italie ou en Grande-Bretagne. C'est que sans les injections de l'&#201;tat dans l'&#233;conomie, sans les multiples formes d'aides &#224; la classe capitaliste, sans tous les d&#233;gr&#232;vements sur les imp&#244;ts, les d&#233;penses sociales, etc. qui sont autant de manque &#224; gagner pour l'&#201;tat, le capital ne pourrait pas r&#233;aliser le taux de profit qu'il r&#233;alise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela signifie, aussi, que la charge et le niveau de la dette publique s'accroissent partout, inexorablement, non seulement en valeur absolue, mais aussi en pourcentage de la production. Les pays riches sont en passe d'atteindre et de d&#233;passer les pays pauvres quant &#224; leur niveau d'endettement. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas des &#201;tats-Unis, un des &#201;tats les plus endett&#233;s du monde, pas seulement en valeur absolue, mais aussi en valeur relative. Mais les &#201;tats-Unis ont de multiples moyens pour faire partager leur propre dette &#224; d'autres, profitant du fait que leur monnaie est la monnaie internationale. Aujourd'hui, l'endettement de la Belgique ou de l'Italie d&#233;passe toute leur production int&#233;rieure d'une ann&#233;e, et celui de l'Irlande ou m&#234;me des prosp&#232;res Pays-Bas ne sont pas loin d'en faire autant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et comme bien des &#201;tats des pays pauvres, les &#201;tats imp&#233;rialistes eux-m&#234;mes en sont r&#233;duits &#224; emprunter simplement pour pouvoir payer le remboursement et les int&#233;r&#234;ts des dettes accumul&#233;es du pass&#233;. Comme bien des &#201;tats de pays pauvres encore, ils en sont r&#233;duits &#224; mettre &#224; l'encan et &#224; tenter de vendre les entreprises des secteurs nationalis&#233;s, propri&#233;t&#233;s de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que signifie ce montant sans pr&#233;c&#233;dent de la dette publique partout dans le monde ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, il refl&#232;te le parasitisme du capital. Les int&#233;r&#234;ts croissants pay&#233;s par les &#201;tats &#224; leurs cr&#233;anciers repr&#233;sentent une source de revenus de plus en plus importante pour la classe capitaliste. C'est aussi une source de revenus confortable : ces Messieurs les capitalistes n'ont m&#234;me pas &#224; se donner la peine d'investir dans la production et de se soumettre aux al&#233;as du march&#233;. Le capitalisme accentue son caract&#232;re usurier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La dette publique ne rapporte qu'&#224; la classe capitaliste. De ce seul fait d&#233;j&#224;, et m&#234;me si le financement de cette dette publique par le biais des imp&#244;ts ou de l'inflation &#233;tait correctement r&#233;parti entre toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, l'endettement croissant des &#201;tats avantagerait la classe capitaliste. De surcro&#238;t, la bourgeoisie est bien moins frapp&#233;e que les classes populaires par les imp&#244;ts sur la consommation, par l'inflation, sans m&#234;me parler des d&#233;gr&#232;vements fiscaux officiels et des multiples formes de fraudes, sport pris&#233; par tout capitaliste normalement constitu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le poids croissant de la dette publique p&#232;se sur la soci&#233;t&#233; encore d'une autre mani&#232;re. Le paiement des int&#233;r&#234;ts de la dette est en passe de devenir un des principaux postes budg&#233;taires dans la plupart des &#201;tats. Mais l'accroissement de ce poste-l&#224; signifie in&#233;vitablement des coupes claires dans les autres. Voil&#224; pourquoi les &#233;quipements collectifs r&#233;gressent et toutes les formes de services publics - &#233;ducation, soins, etc. - se d&#233;gradent m&#234;me dans les pays imp&#233;rialistes les plus riches. Voil&#224; pourquoi les syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale c&#232;dent la place aux syst&#232;mes de garanties payantes pour les couches ais&#233;es, et &#224; la charit&#233;, priv&#233;e ou institutionnalis&#233;e, pour les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La demande d'argent croissante des &#201;tats pour faire face &#224; leurs &#233;ch&#233;ances tire vers le haut les taux d'int&#233;r&#234;t. C'est aujourd'hui un des principaux facteurs qui incitent les capitaux, qui r&#233;pugnent de toute fa&#231;on &#224; aller vers les investissements productifs, &#224; se tourner vers la finance.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Cette finance qui &#233;trangle la production&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Un des traits permanents des vingt derni&#232;res ann&#233;es de crise rampante a &#233;t&#233; d'accentuer l'importance du capital financier par rapport au capital industriel. La saturation des march&#233;s, c'est-&#224;-dire de la consommation solvable, a d&#233;tourn&#233; les capitalistes des investissements productifs. La crise p&#233;troli&#232;re, premi&#232;re phase de la crise pr&#233;sente, exprimait d&#233;j&#224; la r&#233;action des trusts p&#233;troliers devant le ralentissement de l'expansion du march&#233; p&#233;trolier. Au lieu de chercher &#224; augmenter la quantit&#233; vendue, ils ont choisi, au contraire, de freiner la production, de r&#233;duire les investissements, de proc&#233;der &#224; des hausses brutales des prix et de faire plus de profit en vendant moins. Les capitaux accumul&#233;s gr&#226;ce &#224; cette recette, les fameux p&#233;trodollars, ont &#233;t&#233; &#224; l'origine du premier et brutal gonflement des masses d'argent en qu&#234;te de placement que le syst&#232;me bancaire s'est mis en devoir de &#171; recycler &#187; sous forme de pr&#234;ts. Les placements avantageux invent&#233;s par le syst&#232;me bancaire pour ces capitaux-l&#224; attir&#232;rent &#224; leur tour d'autres capitaux. La finance ouvrait devant les possesseurs de capitaux des perspectives d'enrichissement plus int&#233;ressantes qu'une production industrielle essouffl&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis, de crise en crise, de vague sp&#233;culative en vague sp&#233;culative, ces sommes n'ont pas cess&#233; de s'accro&#238;tre, d'alimenter un syst&#232;me financier mondial de plus en plus sophistiqu&#233;, de plus en plus hypertrophi&#233;, et, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; un des sous-produits de la crise, d'en devenir un de ses plus importants facteurs de prolongation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;tourn&#233;es de la production, ces sommes ne vivent plus pour l'essentiel que pour et par les op&#233;rations financi&#232;res et les sp&#233;culations de toutes sortes. Une anticipation r&#233;ussie sur la d&#233;valuation d'une monnaie par exemple, ou sur la r&#233;&#233;valuation d'une autre, peut rapporter en quelques jours, voire en quelques heures, un b&#233;n&#233;fice consid&#233;rable. Mais plus les capitaux qui anticipent le changement du taux d'une monnaie sont importants, moins c'est de la simple anticipation. Les capitaux sp&#233;culatifs sont tellement importants qu'ils ne se bornent plus seulement &#224; anticiper sur les futures d&#233;valuations ou r&#233;&#233;valuations : ils les provoquent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sp&#233;culation mon&#233;taire n'est s&#251;rement pas le fait du petit industriel ou du notable de province passant subrepticement la fronti&#232;re, la valise bourr&#233;e de billets - si tant est que cette image d'Epinal ait jamais eu un rapport avec la r&#233;alit&#233;. M&#234;me au temps des contr&#244;les de change, les multinationales avaient une infinit&#233; de possibilit&#233;s, parfaitement l&#233;gales, de sp&#233;culer (ne serait-ce qu'en retardant ou en avan&#231;ant le rapatriement de l'argent de leurs ventes ou de leurs achats &#224; l'&#233;tranger). Mais depuis quelques ann&#233;es, c'est la d&#233;r&#233;glementation. La circulation des capitaux n'est soumise &#224; aucune r&#232;gle, &#224; aucun contr&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enti&#232;re libert&#233; pour les capitaux de circuler - en tous les cas entre grandes puissances imp&#233;rialistes et grandes places boursi&#232;res de la plan&#232;te - alors m&#234;me que les fronti&#232;res nationales subsistent, comme subsistent les monnaies nationales, est une des contradictions majeures du syst&#232;me financier de notre &#233;poque. Les possibilit&#233;s de sp&#233;culation que cela offre constituent &#224; la fois une des grandes sources de b&#233;n&#233;fice pour le capital financier - mais en m&#234;me temps, la raison principale des temp&#234;tes mon&#233;taires qui, p&#233;riodiquement, font vaciller tout le syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un article r&#233;cent, &#233;voquant le &#171; chahut mon&#233;taire &#187; de septembre 1992 qu'il qualifie &lt;i&gt;&#171; d'un des moments les plus d&#233;vastateurs de l'histoire du capitalisme depuis 1945 &#187;&lt;/i&gt;, un article du mensuel &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; souligne qu'il &lt;i&gt;&#171; avait pour source un dualisme du capital financier, des sommes de plus en plus importantes filant vers les placements &#224; court terme. Plus de 1 000 milliards de dollars sont &#233;chang&#233;s chaque jour sur les march&#233;s internationaux, &#224; comparer avec les r&#233;serves de changes des pays du G7 &lt;/i&gt;(les sept principales puissances imp&#233;rialistes - NDLR) &lt;i&gt; : entre 250 et 300 milliards de dollars. Or, le capitalisme financier peut, s'il le d&#233;sire, jeter sur les places jusqu'&#224; 600 milliards de dollars &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre le 17 et le 22 septembre 1992, en cinq journ&#233;es seulement d'intense sp&#233;culation contre le franc, les r&#233;serves en devises de la Banque de France sont pass&#233;es de + 143 milliards de francs &#224; -23 milliards. Voil&#224; la somme que la Banque de France a d&#251; d&#233;bourser pour racheter les francs dont les sp&#233;culateurs voulaient se d&#233;barrasser, en misant sur la baisse de sa parit&#233;. La Banque centrale allemande a d&#251; venir au secours de la Banque de France. Le franc n'a finalement pas &#233;t&#233; d&#233;valu&#233;, les sp&#233;culateurs n'ont rien gagn&#233; - rien perdu non plus. Mais ils venaient d'encaisser de substantiels b&#233;n&#233;fices sur la livre anglaise et la lire italienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autant dire que les &#201;tats ne font pas le poids face &#224; un mouvement sp&#233;culatif massif. D'autant moins que, contrairement aux balivernes auto-justificatives des gouvernements impuissants, ces sommes ne se mobilisent pas par l'interm&#233;diaire d'un grand nombre de sp&#233;culateurs. L'article ci-dessus mentionn&#233; souligne que &lt;i&gt;&#171; les march&#233;s mon&#233;taires sont de plus en plus concentr&#233;s g&#233;ographiquement &#187;&lt;/i&gt; - New York, Londres, Tokyo pour l'essentiel - &lt;i&gt;&#171; et entre les mains de colosses. Les dix plus importants op&#233;rateurs de devises de Londres ont en 1992 accapar&#233; 44 % du march&#233; contre 35 % en 1989 &#187;&lt;/i&gt;(seulement trois ans plus t&#244;t !).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dire la puissance de ces &#171; op&#233;rateurs &#187; financiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et leur nuisance pour l'&#233;conomie ! Car ce qui est bon pour la finance - taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233;s, &#171; argent cher &#187;, brutales variations des taux de change qui rapportent gros - est mauvais pour l'industrie. Les taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233;s n'incitent pas &#224; emprunter &#224; sa banque pour investir. Les variations intempestives des taux de change rendent plus al&#233;atoires les gains sur les ventes ou les achats &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La contradiction entre les int&#233;r&#234;ts de l'industrie et ceux de la finance ne refl&#232;te pas l'opposition entre deux cat&#233;gories de capitalistes. La sp&#233;culation n'est pas le fait des seules grandes banques ou des officines sp&#233;cialis&#233;es. Elle n'est m&#234;me pas le fait seulement de ces grandes compagnies d'assurance, de ces &#171; investisseurs institutionnels &#187;, fonds de pension ou caisses de retraites priv&#233;es, qui d&#233;tiennent des portefeuilles de plusieurs milliards de &#171; produits financiers &#187; et qui ont donc un poids suffisant non seulement pour profiter des mouvements sp&#233;culatifs, mais pour les provoquer. Elle est tout autant le fait des grandes entreprises qui, dans leurs activit&#233;s productives ou commerciales, brassent des quantit&#233;s colossales d'argent et disposent toujours de volants importants d'argent frais (sommes mises de c&#244;t&#233; pour les investissements ou les achats futurs, paie des salari&#233;s, etc.). Le placement financier, directement ou par l'interm&#233;diaire du syst&#232;me bancaire, est une activit&#233; ordinaire pour les entreprises industrielles ou commerciales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi les banques rivalisent d'autant plus dans l'invention de nouveaux &#171; produits financiers &#187; que la production de produits industriels stagne. Ces &#171; produits financiers &#187; vivent leur propre vie, de plus en plus d&#233;tach&#233;e de la vie r&#233;elle et de l'activit&#233; productive. Les banques drainent vers elles-m&#234;mes et transforment en capital financier une fraction croissante du capital industriel. Elles concentrent aussi ce que les statistiques appellent pudiquement &#171; l'&#233;pargne des m&#233;nages &#187; - l'argent de la bourgeoisie petite et moyenne. A travers les achats d'une grande vari&#233;t&#233; de &#171; produits financiers &#187;, les ruisseaux de cette &#171; &#233;pargne &#187; -l&#224; se transforment en capital financier, &#224; la disposition du grand capital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, ce syst&#232;me a permis &#224; l'ensemble de la bourgeoisie, y compris &#224; ses couches les plus modestes, de participer au grand pactole des sp&#233;culations financi&#232;res. Une fr&#233;n&#233;sie de placement saisit p&#233;riodiquement les classes moyennes qui, dans l'espoir de gains faciles, ont &#233;t&#233; successivement attir&#233;es vers les diverses formes de sp&#233;culation individuelle : mon&#233;taire, boursi&#232;re, immobili&#232;re, etc. Quelques d&#233;convenues aidant, comme le d&#233;but de crise boursi&#232;re de 1987 qui a enterr&#233; les r&#234;ves de fortune rapide d'un certain nombre de petits-bourgeois, lesdits &#171; m&#233;nages &#187; sont devenus plus prudents en mati&#232;re de sp&#233;culation individuelle. Qu'&#224; cela ne tienne : les banques ont eu vite fait d'inventer la sp&#233;culation collective. En France, cela prit la forme de ces SICAV mon&#233;taires dont la raison d'&#234;tre fondamentale est de mettre l'argent de tous ceux qui veulent des placements sans trop de risques &#224; la disposition de la finance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce &#171; collectivisme &#187; en mati&#232;re de sp&#233;culation a &#233;t&#233; une des formes concr&#232;tes au travers desquelles de larges couches bourgeoises ont pu puiser dans la cagnotte des profits de la bourgeoisie. Ce fait-l&#224; a permis, soit dit en passant, que de larges couches de la petite bourgeoisie aient pu maintenir jusqu'&#224; pr&#233;sent un niveau de consommation qui a plus ou moins relay&#233; la consommation de la classe ouvri&#232;re et en a masqu&#233; la grave diminution. Mais rien ne garantit que cela durera. Le grand capital s'est content&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent de pr&#233;lever sur la classe ouvri&#232;re. En cas de n&#233;cessit&#233; pour le maintien de ses profits, il ne sera pas tendre non plus pour la petite bourgeoisie ou pour les classes moyennes le cas &#233;ch&#233;ant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;D&#233;gradation des conditions d'existence de la classe ouvri&#232;re&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;dominance croissante de la finance sur l'activit&#233; productive ne change rien au fait fondamental que c'est en produisant des biens mat&#233;riels que la classe ouvri&#232;re produit en m&#234;me temps la plus-value appropri&#233;e par la classe capitaliste. Le maintien, voire l'accroissement du profit sur la base d'une production stagnante et par moments en recul, signifie une exploitation accrue de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me les ann&#233;es dites de prosp&#233;rit&#233; qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la crise n'ont pas r&#233;duit mais au contraire accru l'&#233;cart entre la bourgeoisie et la classe ouvri&#232;re. L'am&#233;lioration toute relative du niveau de vie de certaines couches de la classe ouvri&#232;re a cependant pu masquer ce fait, et donner un semblant de fondement &#224; toutes les balivernes sur les bienfaits du progr&#232;s &#233;conomique pour toutes les classes de la soci&#233;t&#233;. La crise a d&#233;finitivement enterr&#233; sinon les illusions, du moins, tout pr&#233;texte pour les appuyer. L&#224; encore, au-del&#224; des fluctuations conjoncturelles, l'ensemble des vingt ann&#233;es de crise a conduit partout &#224; un abaissement consid&#233;rable de la part de la classe ouvri&#232;re dans le revenu national.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les &#201;tats-Unis par exemple, on estime que le pouvoir d'achat des travailleurs les moins qualifi&#233;s a &#233;t&#233; abaiss&#233; de 30 % au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es. Au fur et &#224; mesure de la prolongation de la crise, les couches les plus prot&#233;g&#233;es ou les plus privil&#233;gi&#233;es de la classe ouvri&#232;re ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;es dans ce mouvement &#224; la baisse. Aucune des cat&#233;gories vivant du seul salaire n'est plus &#224; l'&#233;cart : la bourgeoisie est en train de pi&#233;tiner le niveau de vie m&#234;me des cadres de ses entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans effondrement brutal de la production, comme lors du d&#233;but de la grande d&#233;pression des ann&#233;es trente, le ch&#244;mage est devenu, progressivement, le fl&#233;au le plus grave de ceux qui frappent la classe ouvri&#232;re. Dans certains pays comme les &#201;tats-Unis le niveau du ch&#244;mage suit, dans une certaine mesure, les fluctuations de la production, avec par moments des reculs du nombre de ch&#244;meurs (encore faut-il se m&#233;fier des statistiques de la bourgeoisie &#224; cet &#233;gard). Mais dans la plupart des pays d'Europe, en France en particulier, le ch&#244;mage augmente inexorablement, non seulement dans les p&#233;riodes de r&#233;cession, mais m&#234;me dans les p&#233;riodes dites de reprise. Le r&#233;sultat de cette &#233;volution est catastrophique : dix-neuf millions de ch&#244;meurs officiellement recens&#233;s - la r&#233;alit&#233; est sans doute plus proche des 30 millions, si l'on compte ceux qui n'ont qu'un travail temporaire ou pr&#233;caire - dans la seule CEE, dans la partie riche de l'Europe. Cela repr&#233;sente 12 % de la population active, avec un sommet de 20 % (l'Espagne).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette tendance permanente &#224; l'augmentation du nombre de ch&#244;meurs implique l'accroissement du nombre de ceux qui sont en ch&#244;mage de longue dur&#233;e. Une partie croissante de la classe ouvri&#232;re est d&#233;finitivement &#233;cart&#233;e de la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis vingt ans qu'elle dure, la crise pr&#233;sente n'a connu &#224; aucun moment - du moins, pas encore - un effondrement aussi brutal de la production que les premi&#232;res ann&#233;es de la grande d&#233;pression commenc&#233;e en 1929. Le recul de la production est - l&#224; encore, pour le moment en tout cas - sans commune mesure avec celui des ann&#233;es 1930-32, durant lesquelles la production industrielle des &#201;tats-Unis par exemple baissa de 50 %. N&#233;anmoins, ce qu'en &#233;crivait Trotsky &#224; propos du ch&#244;mage semble avoir &#233;t&#233; &#233;crit pour les temps pr&#233;sents. &lt;i&gt;&#171; L'arm&#233;e actuelle des ch&#244;meurs ne peut plus &#234;tre regard&#233;e comme une arm&#233;e de r&#233;serve, parce que sa masse principale ne peut plus esp&#233;rer trouver du travail ; au contraire, elle est destin&#233;e &#224; se gonfler d'un flot constant de nouveaux ch&#244;meurs. La d&#233;sagr&#233;gation du capitalisme a engendr&#233; toute une g&#233;n&#233;ration de jeunes gens qui n'ont jamais eu d'emploi et qui n'ont pas d'espoir d'en trouver. Cette nouvelle sous-classe, entre le prol&#233;tariat et le semi-prol&#233;tariat, est forc&#233;e de vivre aux d&#233;pens de la soci&#233;t&#233;... Un r&#233;gime social qui est ravag&#233; par un tel fl&#233;au est mortellement malade. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le co&#251;t du ch&#244;mage en argent public - c'est-&#224;-dire les sommes vers&#233;es pour les allocations ch&#244;mage et pour les diff&#233;rentes formes d'aide - est de l'ordre de 325 milliards de francs en France. C'est d&#233;j&#224; une somme importante. Mais le co&#251;t v&#233;ritable, le co&#251;t social, est incommensurablement plus grand. Il repr&#233;sente la mise &#224; l'&#233;cart forc&#233;e d'une fraction consid&#233;rable de la capacit&#233; de produire et de cr&#233;er de la soci&#233;t&#233;. Un m&#233;canisme aussi absurde qu'implacable transforme des femmes et des hommes capables non seulement de produire ce dont ils ont besoin mais d'enrichir la collectivit&#233;, en assist&#233;s vivant &#171; aux d&#233;pens de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Crise et concentration des richesses...&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Paup&#233;risation croissante d'un c&#244;t&#233;, concentration croissante de la richesse de l'autre : toutes les crises de l'&#233;conomie capitaliste conduisent &#224; une concentration du grand capital. La crise actuelle a consid&#233;rablement accru la mainmise sur l'&#233;conomie d'un nombre restreint de groupes financiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re raison qui pousse &#224; la concentration est g&#233;n&#233;rale &#224; toutes les crises &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire d'un capitalisme d&#233;j&#224; domin&#233;, et depuis presque un si&#232;cle, par des grands trusts. Malgr&#233; leur puissance, ces trusts n'ont pas le pouvoir de conjurer la crise, pas plus que les &#201;tats. Ce n'est d'ailleurs pas leur probl&#232;me. Mais ils se servent de leur puissance, de leur poids financier, de leurs avantages technologiques, de leur influence politique pour conqu&#233;rir, pour asseoir, pour renforcer des positions dominantes sur un ou plusieurs march&#233;s. Une position de monopole permet le jeu qui a &#233;t&#233; celui des trusts p&#233;troliers : faire face &#224; la saturation du march&#233; avec une politique malthusienne ; limiter la production mais augmenter les prix. La recherche de positions de monopole devient un imp&#233;ratif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison qui pousse &#224; la concentration, plus particuli&#232;rement dans la crise pr&#233;sente, r&#233;side justement dans le volume des capitaux financiers. Sur des march&#233;s d&#233;j&#224; satur&#233;s, le v&#233;ritable investissement productif, celui qui consiste &#224; utiliser ses capitaux pour b&#226;tir de nouvelles usines, faire fabriquer de nouvelles machines, embaucher des travailleurs suppl&#233;mentaires, n'attire gu&#232;re les groupes financiers. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, seules quelques productions nouvelles, promettant d'ouvrir des march&#233;s nouveaux, ont donn&#233; lieu &#224; des investissements nouveaux au sens v&#233;ritable du terme (bien entendu, m&#234;me les secteurs anciens sont amen&#233;s &#224; renouveler et par la m&#234;me occasion &#224; moderniser leur mat&#233;riel, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici). Mais l'&#233;lectronique ou l'informatique n'ont pas pu, &#224; elles seules, mettre fin &#224; la stagnation ambiante, m&#234;me si elles ont pu permettre l'&#233;mergence spectaculaire de quelques nouveaux venus dans le club ferm&#233; des grands trusts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Acqu&#233;rir en revanche des entreprises d&#233;j&#224; existantes a de quoi charmer les grands groupes financiers. Une judicieuse politique d'achats-fusions a conduit un certain nombre de grands groupes &#224; renforcer des positions de monopole. En rachetant des entreprises d&#233;j&#224; existantes, on rach&#232;te en m&#234;me temps des parts de march&#233;. Ce type d'&#171; investissement &#187; - c'est le mot consacr&#233;, bien qu'il n'y ait nul accroissement des capacit&#233;s de production de la soci&#233;t&#233; - a l'avantage d'&#234;tre plus s&#251;r, imm&#233;diatement rentable. Et de surcro&#238;t, l'int&#233;r&#234;t pr&#233;sent&#233; par cette forme d'investissement-l&#224; ayant donn&#233; naissance &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, l'heureux acqu&#233;reur d'une entreprise d&#233;j&#224; existante a souvent la possibilit&#233; de revendre avec profit son acquisition, parfois en la d&#233;pe&#231;ant, &#171; appartement par appartement &#187;. Et m&#234;me quand l'entreprise n'est pas rentable, son achat suivi d'une revente peut l'&#234;tre, ne serait-ce qu'en raison des aides et des subventions r&#233;cup&#233;r&#233;es du c&#244;t&#233; de l'&#201;tat, au nom du sauvetage d'entreprises en difficult&#233;... Les plus grandes entreprises sont engag&#233;es dans une sorte de course pour s'agrandir ou plus exactement pour agrandir leur part de march&#233; en rachetant leurs concurrents, de fa&#231;on pacifique ou au travers d'OPA sauvages. Si les &#201;tats-Unis demeurent encore de loin en t&#234;te du point de vue du gigantisme de leurs entreprises, c'est du c&#244;t&#233; des puissances imp&#233;rialistes de seconde zone qui ont des pr&#233;tentions sur les march&#233;s mondiaux que la progression est la plus spectaculaire. En France par exemple, le chiffre d'affaires total des cent premi&#232;res entreprises a &#233;t&#233; multipli&#233; par 4,3 depuis le d&#233;but de la crise. Les march&#233;s les plus importants sont domin&#233;s par une demi-douzaine, voire par une ou deux grandes entreprises. Et la concentration des entreprises elles-m&#234;mes ne donne qu'une id&#233;e floue des concentrations financi&#232;res. Dans tous les pays imp&#233;rialistes, quelques grands groupes financiers, aux activit&#233;s m&#234;lant la finance, l'industrie et le commerce, enserrent toute l'&#233;conomie dans un r&#233;seau serr&#233; de relations de d&#233;pendance.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;... &#224; l'&#233;chelle du monde&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'intense mouvement de concentration des entreprises des ann&#233;es quatre-vingt s'est d&#233;roul&#233; &#224; l'&#233;chelle internationale. Si la &#171; mondialisation &#187; des monopoles les plus puissants est aussi vieille que l'imp&#233;rialisme, la d&#233;r&#233;glementation de la circulation des capitaux a favoris&#233; les fusions-acquisitions &#224; l'&#233;chelle internationale. Par ailleurs, les progr&#232;s de la communication - les liaisons informatiques par satellites, l'am&#233;lioration des transports a&#233;riens et la baisse de leur co&#251;t - ont pouss&#233; dans le sens d'accords d'alliance ou de sous-traitance entre entreprises situ&#233;es dans des pays diff&#233;rents et de plus en plus &#233;loign&#233;s les uns des autres. Ces deux &#233;volutions se sont conjugu&#233;es pour rendre plus denses les r&#233;seaux internationaux de sous-traitance et elles ont favoris&#233; une production g&#233;ographiquement de plus en plus dispers&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que le commerce international continue &#224; se d&#233;velopper, malgr&#233; des hauts et des bas, plus rapidement que la production. Et une part croissante - de l'ordre du tiers d'apr&#232;s l'ONU - du commerce international correspond tout simplement &#224; des mouvements de produits, dans le cours m&#234;me des processus de fabrication, entre des unit&#233;s de production d'une m&#234;me entreprise, ou entre une entreprise et une filiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Constatant cette &#233;volution, un distingu&#233; &#233;conomiste s'est plaint, dans un article publi&#233; par la revue &lt;i&gt;Probl&#232;mes Economiques&lt;/i&gt;, de ce qu'on ne sait plus ce que peuvent signifier aujourd'hui des cat&#233;gories traditionnelles qui prennent pour base la nation, comme par exemple le &#171; d&#233;ficit des &#233;changes commerciaux &#187;. Il donne pour exemple le constat que &lt;i&gt;&#171; lorsqu'on mesure les &#233;changes des &#201;tats-Unis sur la base de la propri&#233;t&#233; par opposition &#224; la r&#233;sidence, le d&#233;ficit commercial de 1986, de 114 milliards de dollars, se transforme en exc&#233;dent de 57 millions de dollars &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce ne sont pas seulement les cat&#233;gories &#233;conomiques qui ne sont pas adapt&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233;. C'est la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me qui est contradictoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, jamais sans doute dans le pass&#233; les liens de l'&#233;conomie internationale n'ont &#233;t&#233; aussi denses et dans d'aussi nombreux secteurs. Quelques groupes gigantesques organisent l'activit&#233; &#233;conomique de centaines de milliers, voire de millions d'hommes dans un grand nombre de pays de la plan&#232;te, et assurent l'approvisionnement de dizaines, voire de centaines de milliers d'hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, ces grands groupes continuent &#224; s'appuyer sur leurs &#201;tats nationaux. L'activit&#233; par exemple des grands trusts japonais bien engag&#233;s dans des conqu&#234;tes sur le march&#233; mondial se d&#233;roule en symbiose avec l'&#201;tat japonais. Et les pourtant puissants trusts de l'acier des &#201;tats-Unis viennent d'illustrer la protection que leur vaut l'intervention de leur &#201;tat contre la concurrence des trusts europ&#233;ens ou japonais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'interp&#233;n&#233;tration croissante des &#233;conomies ne supprime pas le protectionnisme. Elle le rend surr&#233;aliste. Des &#233;quipes de juristes aupr&#232;s de la CEE ou aupr&#232;s du GATT sont engag&#233;es dans des discussions th&#233;ologiques pour d&#233;terminer la nationalit&#233; de produits fabriqu&#233;s dans des processus de production se d&#233;roulant dans deux pays diff&#233;rents ou plus encore, financ&#233;s par des capitaux qui ont moins de nationalit&#233; encore que d'odeur. Si des organismes comme le GATT sont suppos&#233;s favoriser le libre-&#233;change entre les pays, rien n'est moins libre que les &#233;changes internationaux. Le commerce international est une question de rapport de force, plus exactement, de rapports de forces - car il y a autant de situations qu'il y a de secteurs - entre grands trusts, entre &#201;tats. Les n&#233;gociations du GATT se limitent &#224; codifier des rapports de forces, avec &#233;videmment une prime pour le plus fort, pour les &#201;tats-Unis. Les puissances de seconde zone sont d'autant plus d&#233;sarm&#233;es devant le protectionnisme am&#233;ricain que leurs capitalistes ont en g&#233;n&#233;ral infiniment plus besoin d'acc&#233;der au vaste march&#233; am&#233;ricain que les capitalistes am&#233;ricains aux leurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'interp&#233;n&#233;tration des &#233;conomies et la complexit&#233; des r&#233;seaux d'int&#233;r&#234;ts sont telles que les &#201;tats eux-m&#234;mes y perdent leur latin. La revue &lt;i&gt;Probl&#232;mes Economiques &lt;/i&gt;rapporte comment &lt;i&gt;&#171; l'International Trade Commission, cherchant &#224; prot&#233;ger l'industrie nationale des &#233;crans plats de visualisation a accus&#233; l'industrie nipponne de dumping et a frapp&#233; les &#233;crans import&#233;s du Japon d'une taxe de 63 % &#187;&lt;/i&gt; Mais, patatras, &lt;i&gt;&#171; Les fabricants am&#233;ricains d'ordinateurs portables, tels IBM qui int&#232;grent ces &#233;crans dans leurs produits ont menac&#233; de transf&#233;rer leurs activit&#233;s &#224; l'&#233;tranger, si la mesure n'&#233;tait pas annul&#233;e. Apple et Compaq sont m&#234;me pass&#233;s &#224; l'acte &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les exigences de protectionnisme des grands trusts se heurtent &#224; la n&#233;cessit&#233; pour les m&#234;mes grands trusts d'assurer le commerce international. Mais les contradictions qui en d&#233;coulent contribuent encore &#224; renforcer le caract&#232;re chaotique de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Pillage du tiers monde&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Parlant des relations entre puissances imp&#233;rialistes et les autres, L&#233;nine &#233;crivait en 1917 : &lt;i&gt;&#171; Monopoles, oligarchie, tendances &#224; la domination au lieu de tendances &#224; la libert&#233;, exploitation d'un nombre croissant de nations petites ou faibles par une poign&#233;e de nations riches ou puissantes... Toujours plus en relief appara&#238;t la tendance de l'imp&#233;rialisme &#224; cr&#233;er l''&#201;tat rentier', l'&#201;tat usurier, dont la bourgeoisie vit de plus en plus de capitaux export&#233;s et de la 'tonte de coupons'. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le constat reste tout &#224; fait exact quelque quatre-vingts ans plus tard. L'in&#233;galit&#233; entre &#171; la poign&#233;e de nations riches &#187; et la majeure partie de la plan&#232;te ne s'est pas r&#233;sorb&#233;e, elle s'est aggrav&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les raffinements apport&#233;s par le syst&#232;me financier international au cours de la pr&#233;sente crise ont m&#234;me perfectionn&#233; le syst&#232;me. Les &#171; &#201;tats rentiers &#187; n'ont, dans certains cas, m&#234;me plus &#224; exporter des capitaux pour que leur bourgeoisie puisse &#171; tondre les coupons &#187;. Si l'on en croit le &lt;i&gt;Rapport sur le d&#233;veloppement humain - 1992&lt;/i&gt; de l'ONU, comment&#233; par un professeur d'&#233;conomie sp&#233;cialiste des relations avec le tiers monde : &lt;i&gt;&#171; Les paiements du service de la dette exig&#233;s par les cr&#233;anciers sont de loin sup&#233;rieurs &#224; la totalit&#233; de l'aide et des pr&#234;ts : entre 1983 et 1990 les flux nets de capitaux en direction des pays riches ont atteint 150,5 milliards de dollars, montant &#233;quivalent (en termes r&#233;els) &#224; deux fois le plan Marshall. &#187; &lt;/i&gt;Le montant de l'endettement des &#201;tats des pays pauvres, conjugu&#233; aux taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233;s, font de l'usure le moyen privil&#233;gi&#233; dont la bourgeoisie des pays riches se sert pour piller les pays pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit &#233;videmment pas d'une opposition purement g&#233;ographique entre Nord et Sud. A d&#233;faut de renouveler les m&#233;thodes de l'imp&#233;rialisme, ses t&#234;tes pensantes renouvellent le vocabulaire. Il s'agit de l'antagonisme entre la bourgeoisie des pays imp&#233;rialistes et le prol&#233;tariat particuli&#232;rement &#233;cras&#233; dans les pays pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des revenus usuraires tir&#233;s des pays pauvres, acc&#233;l&#233;r&#233; au cours des toutes derni&#232;res ann&#233;es de crise, n'a pas fait dispara&#238;tre les autres formes de revenus. La plupart des pays pauvres restent pour l'essentiel des producteurs de mati&#232;res premi&#232;res. Durant les premi&#232;res ann&#233;es de crise, le prix des mati&#232;res premi&#232;res a eu tendance &#224; augmenter. C'est en sp&#233;culant sur le maintien de ces prix, sinon sur la poursuite de la hausse, que les dirigeants ou les dictateurs d'un grand nombre de pays pauvres, pouss&#233;s par le syst&#232;me bancaire &#224; la recherche de placements pour ses capitaux, se sont &#224; l'&#233;poque engag&#233;s dans une politique d'emprunt &#224; tout va. Mais depuis 1980 les prix des produits de base - p&#233;trole compris - baissent, voire s'effondrent. En prenant pour base 100 les prix de l'ann&#233;e 1980, le p&#233;trole s'est retrouv&#233; en 1990 &#224; 48, le th&#233;, le caf&#233; et le cacao &#224; 52, les huiles et ol&#233;agineux &#224; 63 et l'&#233;tain &#224; 25. Pendant la m&#234;me p&#233;riode, le prix des produits industriels est pass&#233; &#224; 136. En dix ans, l'&#233;change in&#233;gal s'est consid&#233;rablement aggrav&#233;. C'est avec des revenus diminu&#233;s que les pays pauvres doivent payer des int&#233;r&#234;ts usuraires. Sous la pression du FMI ou de leur propre initiative, les gouvernants qui ont engag&#233; les emprunts et qui, seuls dans ces pays, en ont tir&#233; profit, font payer les int&#233;r&#234;ts aux masses pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tendance &#224; la d&#233;localisation dans un certain nombre de secteurs a nourri bien des discours stupides sur la &#171; concurrence croissante &#187; qui serait venue des pays pauvres. Outre le fait que ce sont &#233;videmment les entreprises occidentales, c'est-&#224;-dire leurs patrons, qui d&#233;cident de ces d&#233;localisations, ce genre de discours est vici&#233; &#224; la base. Ces d&#233;localisations ne concernent qu'un nombre limit&#233; de secteurs et un nombre limit&#233; de pays. Il ne s'agit nullement d'une industrialisation croissante des pays pauvres. Au contraire. Il s'agit de la d&#233;sindustrialisation croissante d'un tr&#232;s grand nombre d'entre eux. De la quasi-totalit&#233; de l'Afrique Noire dont la production industrielle, d&#233;j&#224; faible, recule depuis plusieurs ann&#233;es. Mais il faut de plus en plus compter dans le bloc des pays pauvres les pays de l'Est de l'Europe o&#249; c'est au nom du &#171; retour &#224; la comp&#233;titivit&#233; &#187; ou de &#171; l'assainissement &#233;conomique &#187; qu'on ferme des usines et fait baisser la production. Le renforcement de la mondialisation des investissements et du commerce concerne les pays riches et pas les pays pauvres.Cette &#233;volution des derni&#232;res ann&#233;es appara&#238;t m&#234;me dans les statistiques. En 1980, la part de march&#233; des marchandises des 102 pays les plus pauvres du monde repr&#233;sentait 7,9 % des exportations mondiales et 9 % des importations. Dix ans apr&#232;s, ces pourcentages sont respectivement 1,4 % pour les exportations et 4,9 % pour les importations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les relations entre les pays imp&#233;rialistes - &#201;tats-Unis, Europe occidentale et Japon - repr&#233;sentaient, en 1970 d&#233;j&#224;, 60,8 % du commerce mondial. Elles en repr&#233;sentent 73,6 % en 1990. Dans un article consacr&#233; &#224; cette &#233;volution, le r&#233;dacteur du journal &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;souligne que &lt;i&gt;&#171; A ce rythme, le d&#233;crochage du monde entre deux camps pourra &#234;tre consomm&#233; vers 2020, lorsque la part totale des flux du camp pauvre (Afrique, Moyen-Orient, Am&#233;rique latine, Russie, Europe centrale et orientale) qui repr&#233;sentait 39,2 % du commerce mondial en 1970, puis 26,4 % en 1990, pourrait se r&#233;duire &#224; 5 % &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce genre d'extrapolation vaut ce qu'elle vaut. Elle indique cependant une tendance. Enserr&#233;s dans les r&#233;seaux financiers, les pays pauvres continueront &#224; &#234;tre pill&#233;s par l'usure. Mais ils sont de plus en plus mis &#224; l'&#233;cart de l'activit&#233; productive et des &#233;changes. Le capitalisme en crise transforme les pays pauvres en ghettos sur le plan &#233;conomique, comme il les transforme en ghettos sur le plan social, humain, avec les mesures polici&#232;res en vogue dans les pays occidentaux pour se &#171; prot&#233;ger &#187; de l'&#233;migration des pays pauvres, pays de l'Est compris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Accroissement des in&#233;galit&#233;s, mis&#232;re pour les masses, malthusianisme dans la production : l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie n'est pas seulement un frein devant le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; humaine, c'est un facteur de r&#233;gression.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Italie - La crise politique et l'op&#233;ration r&#233;f&#233;rendaire</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1993-05-31T22:05:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;005&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1986-1993-trilingue/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1986-1993 (trilingue)&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il serait hasardeux de dire aujourd'hui si les r&#233;f&#233;rendums des 18 et 19 avril et la victoire du &#171; oui &#187; aboutissant &#224; la remise en cause du syst&#232;me proportionnel pour l'&#233;lection des s&#233;nateurs, puis la mise en place du gouvernement de Carlo Azeglio Ciampi, ex-gouverneur de la Banque d'Italie, avec la participation &#233;ph&#233;m&#232;re de ministres de l'ex-Parti communiste, donneront aux dirigeants italiens les moyens de sortir de la crise politique dans laquelle le pays se d&#233;bat depuis des mois. Mais ils sont au moins r&#233;v&#233;lateurs des intentions de la bourgeoisie italienne, de ses souhaits quant &#224; une modification du syst&#232;me politique, et aussi de l'attitude des principaux partis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Italie vit sans doute depuis longtemps en &#233;tat de crise politique chronique, sans que cela ait emp&#234;ch&#233; au bout du compte la bourgeoisie de gouverner ou d'imposer ses principaux choix, avec il est vrai la collaboration plus ou moins ouverte des organisations syndicales et des principaux partis dits ouvriers, en premier lieu le Parti communiste italien. Celui-ci qui fut, pendant des ann&#233;es, le plus fort parti communiste occidental, &#233;tait aussi le partisan le plus avou&#233; d'une transformation en un parti social-d&#233;mocrate de gouvernement, ce qui l'a d'ailleurs aujourd'hui conduit &#224; se diviser en deux tron&#231;ons : le PDS d'une part (Partito Democratico della Sinistra, &#171; Parti D&#233;mocratique de la Gauche &#187;) ayant abandonn&#233; l'&#233;tiquette communiste, et le PRC d'autre part (Partito della Rifondazione Comunista, &#171; Parti de la refondation communiste &#187;) qui, lui, a d&#233;cid&#233; de la conserver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant le syst&#232;me donne des signes d'usure, d'autant plus sensibles au moment o&#249; les effets de la crise mondiale rendent la bourgeoisie toujours plus exigeante pour imposer ses int&#233;r&#234;ts aux classes opprim&#233;es, et plus press&#233;e de voir son personnel politique les y soumettre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, les reculs impos&#233;s &#224; la classe ouvri&#232;re, la rupture toujours plus accentu&#233;e des dirigeants de l'ex-Parti communiste avec leur pass&#233; lointain de parti r&#233;volutionnaire ouvrier, donnent sans doute &#224; la bourgeoisie des opportunit&#233;s de modifier les r&#232;gles du jeu politique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&#192; la recherche de la &#171; Deuxi&#232;me R&#233;publique &#187;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mais si l'on parle beaucoup du passage &#224; une &#171; Seconde R&#233;publique &#187;, qui succ&#233;derait donc &#224; l'actuelle, instaur&#233;e en 1946 apr&#232;s la chute du fascisme et la fin de la guerre, la transformation est loin d'&#234;tre accomplie ; c'est le moins que l'on puisse dire &#224; en juger par les multiples rebondissements politiques. Les probl&#232;mes de la corruption, de la Mafia, sans parler des habituels d&#233;s&#233;quilibres &#233;conomiques et du ch&#244;mage, semblent tous ressurgir simultan&#233;ment et rendre la crise plus inextricable que jamais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'usure politique a atteint bien s&#251;r en premier lieu les gouvernements et la coalition parlementaire, en place depuis pratiquement trente ans avec seulement quelques variantes ou parenth&#232;ses : la coalition dite de centre-gauche, ou maintenant quadripartite, essentiellement ax&#233;e sur la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et le Parti socialiste. Les &#233;lections des 5-6 avril 1992 ont montr&#233; que si cette coalition pouvait encore se pr&#233;valoir d'une tr&#232;s faible majorit&#233; parlementaire, elle n'&#233;tait m&#234;me plus majoritaire en voix dans le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa seule force restait cependant, une fois de plus, l'absence de solution politique de rechange. A gauche, les deux tron&#231;ons de l'ancien Parti communiste se partageaient leur ancien &#233;lectorat commun, bien diminu&#233; si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'&#233;poque o&#249; celui-ci atteignait 33 ou 34 % des voix. Mais on voyait &#233;galement &#233;merger des nouveaux venus tendant &#224; fragmenter encore le paysage politique : les &#233;cologistes, la &#171; Rete &#187;, parti lanc&#233; par un transfuge de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et se pr&#233;sentant comme un mouvement anti-Mafia, et surtout la Ligue du Nord d'Umberto Bossi. Ce dernier parti, en obtenant jusqu'&#224; 25 ou 30 % des voix dans diverses r&#233;gions du Nord, contribuait largement &#224; bouleverser les donn&#233;es &#233;lectorales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut par bien des c&#244;t&#233;s comparer l'ascension de Bossi &#224; celle de Le Pen en France, m&#234;me si la Ligue du Nord, contrairement au Front National lep&#233;niste, a &#233;vit&#233; de se marquer clairement &#224; droite ou &#224; l'extr&#234;me droite et a pr&#233;f&#233;r&#233; cultiver l'image d'un parti &#171; diff&#233;rent &#187;. Les recettes utilis&#233;es sont semblables et se r&#233;sument &#224; une d&#233;magogie sans autre r&#232;gle que de plaire &#224; l'&#233;lecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Attaques contre les immigr&#233;s - &#233;trangers ou m&#234;me m&#233;ridionaux italiens venus dans le Nord industriel - rendus responsables de la d&#233;linquance et de l'ins&#233;curit&#233; ; contre le Sud assimil&#233; &#224; un repaire de mafieux et de paresseux vivant de pensions et autres d&#233;tournements de l'argent de l'&#201;tat ; contre &#171; Rome la voleuse &#187;, symbole d'une administration de fonctionnaires pl&#233;thorique et inefficace gaspillant, selon Bossi, l'argent gagn&#233; par le Nord industrieux pour le reverser &#224; la Mafia, aux parasites du Sud ou aux politiciens v&#233;reux ; d&#233;magogie r&#233;gionaliste en faveur du dialecte lombard... C'est ce galimatias flattant les id&#233;es r&#233;actionnaires &#224; la mode qui a fait les succ&#232;s &#233;lectoraux de Bossi aupr&#232;s de larges couches de la petite bourgeoisie, au Nord du moins.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Les &#171; mains propres &#187; sur la &#171; tangentopole &#187;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce sont des partis traditionnels comme la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et le Parti socialiste qui ont pay&#233; le plus cher, au Nord, cette ascension du parti de Bossi. Et depuis ces &#233;lections d'avril 1992, leur discr&#233;dit semble avoir pris d'encore plus grandes proportions du fait de l'enqu&#234;te dite des &lt;i&gt;mani pulite &lt;/i&gt;(mains propres) lanc&#233;e &#224; Milan par le juge Di Pietro. Celle-ci a d&#233;montr&#233; que le syst&#232;me des pots-de-vin vers&#233;s par les entreprises aux partis lors de la conclusion des march&#233;s publics avait atteint les dimensions d'une v&#233;ritable &#171; tangentopole &#187; (&#171; tangente &#187; est en italien l'&#233;quivalent de &#171; pot-de-vin &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enqu&#234;te, partie de la plainte d'un industriel contre cette pratique et limit&#233;e d'abord &#224; la municipalit&#233; de Milan, a atteint les autres grandes villes, d&#233;bouchant sur une s&#233;rie d'inculpations et d'emprisonnements d'hommes politiques ou de grands commis de l'&#201;tat. Bettino Craxi et Claudio Martelli, les deux principaux dirigeants du Parti socialiste, plac&#233;s sous avis d'enqu&#234;te, ont d&#251; d&#233;missionner de leurs responsabilit&#233;s, de m&#234;me d'ailleurs que nombre d'autres dirigeants, de leur parti ou d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La D&#233;mocratie chr&#233;tienne, parti qui se trouve au centre de la plupart des coalitions g&#233;rant les grandes villes, a bien s&#251;r eu son lot de dirigeants impliqu&#233;s dans la &#171; tangentopole &#187;. Mais elle est de surcro&#238;t au centre des enqu&#234;tes sur les complicit&#233;s entre le monde politique italien et la Mafia sicilienne. Le fait le plus spectaculaire est l'enqu&#234;te concernant les liens entre celle-ci et un homme qui a &#233;t&#233; pendant quarante ans un pilier de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et des gouvernements italiens : Giulio Andreotti, dont un &#171; repenti &#187; de la Mafia, Tommaso Buscetta, a r&#233;v&#233;l&#233; la fa&#231;on dont il &#233;tait li&#233; avec l'organisation criminelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que les complicit&#233;s politico-mafieuses existent et passent en grande partie par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, dont la Sicile est pr&#233;cis&#233;ment un des fiefs, on le sait depuis longtemps. Le fait nouveau est plut&#244;t que les enqu&#234;tes et les r&#233;v&#233;lations ne soient plus totalement &#233;touff&#233;es par un mur du silence et de l'oubli, voire par la liquidation des t&#233;moins &#171; parlant trop &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tout cas la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, ce parti qui est depuis quarante ans le &#171; parti de la majorit&#233; relative &#187;, qui s'est trouv&#233; au centre de tous les gouvernements et qu'aucun des innombrables scandales de la vie politique italienne n'avait r&#233;ussi &#224; abattre, semble cette fois en tr&#232;s mauvaise posture. A en croire les r&#233;sultats d'&#233;lections partielles, il aurait en l'espace d'un an perdu pr&#232;s de 50 % de son &#233;lectorat, et les sondages pronostiquent qu'en cas d'&#233;lections g&#233;n&#233;rales il ne recueillerait plus aujourd'hui qu'environ 20 % des voix contre 30 &#224; 35 % auparavant...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;La &#171; partitocratie &#187; au banc des accus&#233;s&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Enqu&#234;tes sur la corruption des partis et leurs liens avec la Mafia, subite ardeur des juges &#224; mener ces enqu&#234;tes au lieu de les enterrer, chute des clans dirigeants au sein des partis au pouvoir, ascension du parti de Bossi appelant entre autres le petit-bourgeois honn&#234;te et travailleur du Nord &#224; se dresser contre les &#171; voleurs &#187; qui gouvernent, il y a l&#224; une conjonction qui trouve un lien politique dans les attaques, convergeant de divers horizons, contre la &#171; partitocratie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces attaques, tout d'abord, sont classiques et anciennes de la part du grand patronat. Les crises du syst&#232;me politique, les lenteurs qu'elles entra&#238;nent pour certaines d&#233;cisions dont il aimerait qu'elles soient prises plus vite, tout cela fait partie des cibles favorites d'un patronat toujours enclin &#224; se plaindre de ce que le syst&#232;me lui co&#251;te, en oubliant &#233;videmment de dire ce qu'il lui rapporte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'affaire de la &#171; tangentopole &#187;, comme les rackets de la Mafia, sont donc tomb&#233;s &#224; point nomm&#233; pour lui permettre de d&#233;noncer la &#171; partitocratie &#187; et de se plaindre de devoir payer politiciens ou mafieux pour obtenir certains march&#233;s, sans pr&#233;ciser bien s&#251;r que, m&#234;me une fois pay&#233;e la &#171; tangente &#187;, il restait encore aux entrepreneurs de copieux b&#233;n&#233;fices...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les attaques contre la &#171; partitocratie &#187; ont pris un caract&#232;re politique ouvert, voire un caract&#232;re de crise institutionnelle, depuis qu'elles &#233;manent d'un des organes majeurs de l'&#201;tat : la pr&#233;sidence de la R&#233;publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pr&#233;sidents de la R&#233;publique italienne, classiquement plut&#244;t vou&#233;s au r&#244;le de potiche, ont pris depuis quelques ann&#233;es l'habitude de se lever de leur fauteuil pour d&#233;noncer les lenteurs et l'inefficacit&#233; du syst&#232;me politique qu'ils acceptent pourtant de pr&#233;sider. La tendance, inaugur&#233;e par le socialiste Pertini au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt, a &#233;t&#233; confirm&#233;e sous Cossiga, pr&#233;sident de 1985 &#224; 1992. Mis lui-m&#234;me en cause dans l'affaire &#171; Gladio &#187; - ce service secret anti-communiste li&#233; &#224; l'OTAN qui aurait &#233;t&#233; au centre de nombre d'attentats non &#233;lucid&#233;s qui jalonnent les vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es - Cossiga &#224; la fin de son mandat a choisi de contre-attaquer et de se lancer &#224; son tour dans des attaques contre la &#171; partitocratie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Le r&#233;f&#233;rendum de Segni&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Enfin, la derni&#232;re offensive contre &#171; le syst&#232;me &#187; est celle qui a conduit aux r&#233;f&#233;rendums des 18 et 19 avril dernier et qui a pour chef de file Mario Segni et son &#171; pacte r&#233;f&#233;rendaire &#187;. Membre de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne jusqu'&#224; une date r&#233;cente, Segni a pris l'initiative de r&#233;f&#233;rendums dont le but ultime est d'abattre des lois pr&#233;sent&#233;es comme responsables de tous les maux : celles concernant les &#233;lections &#224; la proportionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme toujours bien s&#251;r dans ce type de consultation, les questions pos&#233;es aux &#233;lecteurs n'avaient pas le caract&#232;re d'un choix politique clair. Elles &#233;taient pos&#233;es de fa&#231;on &#224; pouvoir d&#233;clarer ensuite que l'&#233;lecteur &#171; pr&#233;f&#233;rait &#187; une loi &#233;lectorale majoritaire &#224; une loi proportionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La principale des huit questions concernait l'&#233;lection du S&#233;nat. Cette &#233;lection avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;vue, &#224; l'origine, sur la base d'un scrutin majoritaire &#224; un tour, par circonscription. Mais il avait &#233;t&#233; compl&#233;t&#233; par une disposition pr&#233;voyant que pour &#234;tre &#233;lus, les candidats s&#233;nateurs devaient obtenir 65 % des suffrages au moins, les si&#232;ges non pourvus de cette fa&#231;on l'&#233;tant ensuite par le biais d'une r&#233;partition &#224; la proportionnelle. Ce&lt;/p&gt; &lt;p&gt;pourcentage n'&#233;tant jamais atteint, cette &#233;lection en principe selon un syst&#232;me majoritaire avait lieu de fait &#224; la proportionnelle. Mais inversement, il suffisait &#224; Segni de soumettre &#224; r&#233;f&#233;rendum l'abrogation de la r&#232;gle des 65 % - la loi italienne ne permettant d'ailleurs que le r&#233;f&#233;rendum abrogatif d'une loi - pour faire revenir l'&#233;lection des s&#233;nateurs au syst&#232;me majoritaire &#171; sec &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est donc pour le moins abusif de d&#233;clarer &#224; la suite de ces r&#233;f&#233;rendums que &#171; le peuple italien &#187; aurait exprim&#233; souverainement et d&#233;mocratiquement sa pr&#233;f&#233;rence pour une loi &#233;lectorale majoritaire plut&#244;t que pour la proportionnelle. On s'est bien gard&#233; de lui poser la question sous cette forme. Et surtout bien s&#251;r, dans le climat cr&#233;&#233; par les enqu&#234;tes sur la &#171; tangentopole &#187; ou sur les compromissions d'Andreotti, entretenu par les r&#233;v&#233;lations de la presse et les surench&#232;res des politiciens eux-m&#234;mes pour d&#233;noncer la &#171; partitocratie &#187; avant d'&#234;tre engloutis sous les enqu&#234;tes qui la visent, le vote &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum sur le S&#233;nat a pu &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un &#171; oui &#187; &#224; une politique &#171; plus propre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les seuls partis ayant os&#233; d&#233;fendre le &#171; non &#187; ont &#233;t&#233;, &#224; gauche, le Parti de la refondation communiste, &#224; droite les n&#233;o-fascistes du MSI (Mouvement Social Italien), ainsi que la difficilement classable &#171; Rete &#187; anti-Mafia. Principaux perdants pr&#233;visibles dans un vote majoritaire, ils devenaient la cible commode des attaques pr&#233;sentant les partisans du &#171; non &#187; comme le ramassis des nostalgiques de tout bord - du communisme comme du fascisme - oppos&#233;s &#224; tout changement et avant tout attach&#233;s &#224; leurs places.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;f&#233;rendum sur le S&#233;nat a pu ainsi se conclure par plus de 82 % de &#171; oui &#187; et a permis &#224; un Segni de d&#233;clarer &#224; son lendemain que les Italiens avaient &#171; choisi le syst&#232;me majoritaire &#187;. Et par ce tour de passe-passe, au nom d'une politique &#171; plus proche des citoyens &#187;, l'op&#233;ration Segni a permis &#224; la bourgeoisie italienne de faire un pas vers l'adoption d'un syst&#232;me politique qui, en r&#233;alit&#233;, en serait encore plus loin !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car il y a bien s&#251;r longtemps que, lorgnant sur le syst&#232;me politique britannique ou sur celui de la Cinqui&#232;me R&#233;publique fran&#231;aise, la bourgeoisie italienne se pose la question d'un changement constitutionnel lui permettant de disposer pour la dur&#233;e d'une l&#233;gislature, de gouvernements stables et pouvant agir ind&#233;pendamment des fluctuations de l'opinion. En Italie, l'existence d'une loi proportionnelle garantissant la repr&#233;sentation des petits partis au Parlement, le fait qu'entre un tiers et un quart des d&#233;put&#233;s - ceux du PC, aujourd'hui coup&#233; en deux - aient &#233;t&#233; exclus a priori des combinaisons gouvernementales, a entra&#238;n&#233; depuis qu'existe la R&#233;publique des difficult&#233;s nombreuses pour la constitution des majorit&#233;s et des gouvernements. La fragilit&#233; de ces majorit&#233;s qui peuvent d&#233;pendre des sautes d'humeur de tel ou tel petit parti, le fait que chacun des membres de la coalition, m&#234;me si son apport est faible, peut du coup &#234;tre indispensable et se trouver en position d'exiger en &#233;change d'une d&#233;cision des contreparties disproportionn&#233;es &#224; son importance, sont autant de facteurs qui rendent le syst&#232;me politique sinon indocile &#224; la bourgeoisie, ce qu'il n'est certes pas, du moins lourd et difficile &#224; g&#233;rer et souvent lent &#224; d&#233;cider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, m&#234;me si la bourgeoisie italienne a pu s'en accommoder pendant quarante ans, le fait est que les attaques de la Ligue du Nord, du patronat, de Cossiga, les enqu&#234;tes des &#171; juges aux mains propres &#187;, la chute des Craxi et des Andreotti, les r&#233;v&#233;lations sur la Mafia ou sur la &#171; tangentopole &#187;, tout cela a converg&#233; dans cette mise en cause de la &#171; partitocratie &#187; correspondant, de la part de la bourgeoisie, &#224; des objectifs pr&#233;cis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1958, pour pouvoir enterrer la Quatri&#232;me R&#233;publique, son r&#233;gime d'Assembl&#233;e et ses crises parlementaires plus ou moins permanentes, il a fallu &#224; son homologue fran&#231;aise rien moins que le coup d'&#201;tat d'Alger, qui a conduit le monde parlementaire et ses &#171; d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie &#187; &#224; se r&#233;fugier peureusement sous la protection du &#171; sauveur &#187; de Gaulle, &#224; se plier &#224; ses conditions et &#224; l'aider &#224; faire ratifier par r&#233;f&#233;rendum sa nouvelle Constitution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes proportions gard&#233;es, un Segni a voulu lui aussi, par une sorte &#171; d'appel au peuple &#187;, jouer le r&#244;le de moyen de pression extraparlementaire pour briser les r&#233;sistances du parlement. Les craintes des principaux partis gouvernementaux devant l'&#233;mergence d'un parti nouveau venu comme la Ligue du Nord, la panique de leurs dirigeants devant les enqu&#234;tes sur la corruption, ont agi dans le m&#234;me sens. Les r&#233;f&#233;rendums de Segni ont ainsi pu &#234;tre le vecteur par lequel les r&#233;voltes de l'opinion, le d&#233;go&#251;t justifi&#233; pour les compromissions du monde politique, la lassitude devant la d&#233;cr&#233;pitude des services publics contrastant avec le poids de plus en plus lourd des imp&#244;ts, tout cela a pu &#234;tre canalis&#233;, d&#233;tourn&#233; et utilis&#233; comme une sorte de vote pl&#233;biscitaire en faveur d'un syst&#232;me &#233;lectoral qui, bien &#233;videmment, ne rendrait ni la politique plus &#171; propre &#187;, ni les services de l'&#201;tat plus efficaces en faveur de la population, ni les imp&#244;ts mieux utilis&#233;s, ni bien s&#251;r les politiciens moins corrompus et la Mafia moins pr&#233;sente...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;L'attitude du PDS&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;f&#233;rendum de Segni n'est encore qu'un pas sur la voie de la r&#233;forme &#233;lectorale. Le changement adopt&#233; ne concerne que l'&#233;lection du S&#233;nat et reste donc marginal. L'adoption d'une r&#233;forme du m&#234;me ordre pour la Chambre des d&#233;put&#233;s, ce qui serait essentiel, est loin d'&#234;tre faite. Mais il faut ajouter que si ce premier pas a pu &#234;tre fait et est maintenant susceptible d'&#234;tre suivi d'autres, l'attitude des partis dits ouvriers y est pour quelque chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les circonstances actuelles, le PDS ex-communiste avec ses quelque 17 ou 18 % des voix ne sortirait sans doute pas gagnant de l'application d'une loi majoritaire. Cependant celle-ci comporte la promesse de rendre l'alternance au pouvoir possible, en contraignant les partis &#224; constituer des alliances et des regroupements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La transformation du PC en PDS visait d&#233;j&#224; &#224; pr&#233;parer les conditions d'une alliance de gouvernement entre le Parti socialiste, les ex-communistes et d'autres partis mineurs, voire de la cr&#233;ation d'un parti social-d&#233;mocrate unifi&#233; constituant une alternative parlementaire &#224; la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. C'est en fait le Parti socialiste de Craxi, accroch&#233; &#224; ses participations gouvernementales en cours au nom du principe qu'&#171; un tiens vaut mieux que deux tu l'auras &#187;, qui &#233;tait le plus hostile &#224; un tel regroupement. Mais l'adoption d'une loi majoritaire ne lui laisserait peut-&#234;tre plus le choix et pourrait devenir un puissant moyen de pression sur les partis dits de gauche pour qu'ils constituent, de bonne ou mauvaise gr&#226;ce, des alliances de gouvernement. Le PDS serait alors un point fort d'une telle alliance, d'autant que le Parti socialiste sort consid&#233;rablement affaibli de l'affaire de la &#171; tangentopole &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le PDS a donc vot&#233; &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum. S'&#233;tant affirm&#233; bien des fois en faveur de r&#233;formes allant vers la &#171; gouvernabilit&#233; &#187; de l'Italie, il ne s'est pas d&#233;rob&#233; au moment o&#249; la bourgeoisie avait besoin de sa caution politique pour faire passer sa r&#233;forme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le malheur pour lui est que, s'il peut toujours esp&#233;rer qu'un jour il sera pay&#233; de retour en acc&#233;dant au gouvernement par la grande porte comme cela a pu arriver au Labour Party anglais ou au SPD allemand, voire au PS fran&#231;ais jusqu'&#224; sa r&#233;cente d&#233;b&#226;cle, cela n'est gu&#232;re le cas dans l'imm&#233;diat. La mont&#233;e de la Ligue de Bossi, la crise du PS, l'affaiblissement &#233;lectoral non pr&#233;vu caus&#233; au PDS lui-m&#234;me par la scission sur sa gauche du Parti de la refondation communiste, laissent plut&#244;t pr&#233;voir pour l'instant des temps difficiles. Devant cette perspective, devant les oppositions internes qu'elle suscite, la politique du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PDS Occhetto se fait ondulante, oscillant entre une attitude d'opposition jamais franche et une disponibilit&#233; honteuse &#224; soutenir la r&#233;forme politique en cours.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Onze heures au gouvernement&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;On a eu un exemple spectaculaire de ces oscillations avec l'&#233;pisode de l'entr&#233;e de ministres du PDS dans le gouvernement Ciampi, au lendemain des r&#233;f&#233;rendums des 18-19 avril. Celui-ci, cens&#233; se baser sur la majorit&#233; &#171; r&#233;f&#233;rendaire &#187;, avait pour la premi&#232;re fois depuis 1947 ouvert la porte &#224; trois membres du PC devenu PDS. Ayant pr&#234;t&#233; serment le matin, les trois ministres &#233;taient d&#233;missionnaires le soir m&#234;me &#224; la suite d'une volte-face pr&#233;cipit&#233;e de la direction du parti, retourn&#233; ainsi dans l'opposition parlementaire apr&#232;s un &#233;pisode de participation gouvernementale d'une dur&#233;e exacte de... onze heures !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre temps &#233;tait intervenu, il est vrai, un vote de la Chambre refusant la lev&#233;e de l'immunit&#233; parlementaire de Bettino Craxi, vote qui apr&#232;s des mois d'enqu&#234;tes et de d&#233;clarations sur la n&#233;cessit&#233; de rendre la politique plus &#171; propre &#187; et les politiciens moins hors de contr&#244;le ne pouvait &#233;videmment que faire scandale. Le secr&#233;taire du PDS Occhetto a donc, dans la journ&#233;e m&#234;me, d&#233;cid&#233; de ne pas para&#238;tre cautionner cette op&#233;ration par une participation gouvernementale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants du PDS ne sont pourtant certainement pas na&#239;fs au point de ne pas avoir compris que leur pr&#233;sence au gouvernement, dans les circonstances actuelles, aurait pour but essentiel de servir de caution &#224; des op&#233;rations pas tr&#232;s avouables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement de Ciampi, qui malgr&#233; la d&#233;mission des ministres PDS continue sa route vaille que vaille, a pour but assign&#233; de faire passer dans les faits, en l'espace de quelques mois, la r&#233;forme &#233;lectorale cens&#233;e changer l'actuel syst&#232;me politique gr&#226;ce &#224; la pr&#233;tendument &#171; plus propre &#187; loi majoritaire. Mais cette op&#233;ration de blanchissage en grand de la politique italienne couvre une op&#233;ration de blanchissage en d&#233;tail encore moins avouable, de fa&#231;on &#224; pr&#233;senter d'ici quelques mois &#224; l'&#233;lecteur un Parti socialiste, une D&#233;mocratie chr&#233;tienne et autres partis, d&#233;sormais &#171; r&#233;nov&#233;s &#187; moyennant quelques modifications &#224; leur t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et bien que le gouvernement de Ciampi ait &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; au public comme ayant &#233;t&#233; nomm&#233; par le nouveau pr&#233;sident de la r&#233;publique Scalfaro sans tractation avec les partis, il est &#233;vident que ces tractations ont eu lieu, en premier lieu avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et le Parti socialiste ; et il est probable qu'un accord existe d&#232;s &#224; pr&#233;sent entre les partis de l'ancienne majorit&#233; quadripartite pour enterrer dans les mois qui viennent l'enqu&#234;te &#171; mains propres &#187;, au moins en ce qui concerne les principaux dirigeants impliqu&#233;s, comme Craxi. Sans cela, l'installation m&#234;me de Ciampi n'aurait sans doute pas &#233;t&#233; possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que le PDS n'est pas seulement invit&#233; &#224; apporter sa caution &#224; la loi &#233;lectorale majoritaire, mais aussi tout simplement &#224; aider &#224; blanchir ses principaux rivaux : le Parti socialiste, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, qui seront sans doute les pivots des futurs regroupements politiques impos&#233;s par le syst&#232;me majoritaire, et donc les principaux gagnants de la r&#233;forme... apr&#232;s avoir &#233;t&#233; les plus compromis, pourtant, dans les scandales de la Premi&#232;re R&#233;publique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on ajoute &#224; cela que le programme de Ciampi comporte &#233;videmment en outre la poursuite de la politique d'aust&#233;rit&#233; et d'attaques anti-ouvri&#232;res de son pr&#233;d&#233;cesseur Amato, il est &#233;vident que le PDS n'&#233;tait invit&#233; au gouvernement que pour &#171; avaler des couleuvres &#187;, et il pouvait le savoir d'avance. Et l'&#233;pisode de l'entr&#233;e au gouvernement Ciampi, puis de sa sortie pr&#233;cipit&#233;e, restera sans doute pour la bourgeoisie italienne la preuve, une fois de plus, que le PDS n'est pas fiable ; que malgr&#233; son changement de nom, malgr&#233; sa platitude, le PDS reste encore aujourd'hui trop sensible aux &#233;ventuelles critiques venues de sa gauche et qu'on ne peut d&#233;cid&#233;ment pas compter sur ces ex-communistes pour faire des ministres bourgeois de toute confiance !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste que le gouvernement Ciampi a &#233;t&#233; investi avec l'abstention du PDS, et on peut dire que ce dernier a seulement trouv&#233; plus confortable de soutenir de l'ext&#233;rieur l'op&#233;ration &#171; r&#233;forme &#233;lectorale &#187;, plut&#244;t que de se trouver impliqu&#233; pieds et poings li&#233;s dans un gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les mois qui viennent, &#171; l'effet r&#233;f&#233;rendaire &#187; et son apparence d'unanimit&#233; politique pourraient se dissiper rapidement sous l'effet d'&#233;pisodes comme celui du vote contre la lev&#233;e de l'immunit&#233; parlementaire de Craxi. Le gouvernement Ciampi aura sans doute encore bien du mal &#224; faire adopter une r&#233;forme &#233;lectorale majoritaire, pour la Chambre des d&#233;put&#233;s cette fois. Mais il est probable que les difficult&#233;s viendront plus des pressions internes de partis comme la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, le Parti socialiste et les petits partis de la coalition (Parti social-d&#233;mocrate, Parti lib&#233;ral) que du PDS lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;La pression d&#233;j&#224; sensible du vote majoritaire&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il reste que cette r&#233;forme est en marche, et qu'un ballon d'essai important sera constitu&#233;, en juin, par les &#233;lections municipales dans quelques grandes villes dont Milan et Turin. Elles auront lieu pour la premi&#232;re fois au scrutin majoritaire, adopt&#233; pour les communes par voie l&#233;gislative. Les effets de ce mode de scrutin se font d&#233;j&#224; sentir, induisant par exemple &#224; Milan un regroupement &#233;lectoral fourre-tout entre le PDS, le Parti de la refondation communiste, les Verts, la &#171; Rete &#187;, autour d'un candidat au poste de maire qui est Nando dalla Chiesa, un des responsables de la &#171; Rete &#187; et fils du g&#233;n&#233;ral dalla Chiesa assassin&#233; en 1982 par la Mafia, candidat qui ne peut &#233;videmment passer ni de pr&#232;s ni de loin pour un porte-parole de la classe ouvri&#232;re...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne faudra donc sans doute pas longtemps pour que, sous la pression, les contours politiques des diff&#233;rents partis tendent &#224; se fondre dans des regroupements flous, mais susceptibles d'assurer une alternance. Et c'est bien un des objectifs de l'adoption d'une loi majoritaire. Celle-ci pourrait en particulier pousser rapidement les dirigeants du Parti de la refondation communiste, qui se sont pourtant s&#233;par&#233;s du PDS pour continuer &#224; revendiquer l'identit&#233; &#171; communiste &#187;, &#224; chercher &#224; tout prix des compromis avec des forces comme les Verts, la &#171; Rete &#187; ou le PDS lui-m&#234;me afin de ne pas se trouver exclus des diverses Assembl&#233;es, de l'&#233;chelon municipal &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue de la classe ouvri&#232;re, cela sera sans doute r&#233;v&#233;lateur, et ce serait d'ailleurs en fait dans la ligne de la politique des principaux dirigeants du PRC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, m&#234;me si celui-ci s'est oppos&#233; &#224; l'op&#233;ration &#171; r&#233;forme &#233;lectorale &#187;, il ne l'a fait que du point de vue de ses int&#233;r&#234;ts de parti ayant des postes &#224; d&#233;fendre - et donc, dans sa position de petit parti, partisan du maintien de la proportionnelle - et non d'un point de vue de classe. Il a ainsi appel&#233; &#224; voter &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum au nom de la d&#233;fense de la Constitution de 1946, cens&#233;e dans son langage h&#233;rit&#233; du vieux PC togliattien &#234;tre celle d'une d&#233;mocratie bourgeoise meilleure que d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais on comprend qu'apr&#232;s quarante-cinq ans d'exp&#233;rience de cette &#171; d&#233;mocratie &#187;, de ses scandales, de ses combines et de ses complots, les &#233;lecteurs n'aient pas eu grande envie de la d&#233;fendre... Et c'est l&#224; que l'absence d'un parti proposant vraiment &#224; la classe ouvri&#232;re de se battre pour ses propres objectifs peut devenir dangereuse pour l'avenir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8'&gt;&lt;/a&gt;Les dangers d'une situation&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il est possible bien s&#251;r que la bourgeoisie italienne sorte de cette crise, comme elle est sortie de bien d'autres, avec un gouvernement &#224; la fa&#231;ade raval&#233;e, voire avec un syst&#232;me &#233;lectoral permettant de retrouver une certaine stabilit&#233; gouvernementale, au prix &#233;ventuellement de l'alternance politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie ne demande pas plus que de pouvoir ainsi faire l'&#233;conomie de quelques crises gouvernementales et de ce qu'elle consid&#232;re comme autant de faux frais. La classe ouvri&#232;re, elle, ne gagnerait &#233;videmment rien &#224; ces changements ne concernant que les classes dominantes et leur personnel politique. Mais elle n'y perdrait pas non plus, ou en tout cas pas grand chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il est possible aussi que la situation actuelle d'instabilit&#233;, de crise, de scandales, d'affaires de corruption, se prolonge sans qu'une solution politique soit trouv&#233;e. Cette situation favoriserait alors la prolif&#233;ration et le succ&#232;s de d&#233;magogues et d'aventuriers dont Bossi et sa &#171; Ligue du Nord &#187; donnent un exemple, m&#234;me s'il n'est sans doute pas le pire possible. Et cela d'autant plus, bien s&#251;r, si la situation &#233;conomique italienne et mondiale continue de s'aggraver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un charlatan &#224; la Bossi peut parfois pr&#234;ter &#224; rire, tant il para&#238;t parfois d&#233;pass&#233; par son propre succ&#232;s et tant sa politique &#224; lui aussi est d&#233;j&#224; ondoyante, oscillant entre un appui tr&#232;s responsable &#224; la r&#233;forme &#233;lectorale et des d&#233;clarations enflamm&#233;es contre le gouvernement Ciampi ; ou bien d&#233;clarant un jour, &#224; la recherche de voix ailleurs que dans le Nord, que sa Ligue devient une Ligue &#171; pour une Italie f&#233;d&#233;rale &#187;... et quelques jours plus tard qu'il n'en est rien, la Ligue restant bien &#171; du Nord &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les progr&#232;s &#233;lectoraux de Bossi et de sa &#171; Ligue &#187; n'en sont pas moins la traduction d'id&#233;es r&#233;actionnaires qui se r&#233;pandent dans l'opinion, et c'est finalement ce qui est le plus grave. Car si cette voie continue de s'av&#233;rer fructueuse sur le plan &#233;lectoral, un Bossi peut aller plus loin et se marquer plus clairement vers la droite, voire l'extr&#234;me droite, ou bien &#234;tre supplant&#233; par d'autres. Les candidats &#224; ce r&#244;le ne manquent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, si la situation &#233;conomique et politique continue de s'aggraver, la rage et le d&#233;go&#251;t peuvent ne plus s'exprimer seulement par la voie &#233;lectorale. Elles peuvent s'exprimer aussi dans la rue, et amener le renforcement de groupes fascistes ou fascisants, &#233;ventuellement pr&#234;ts &#224; se dresser contre la classe ouvri&#232;re et ses organisations qui, elles aussi, seront d&#233;sign&#233;es comme fauteurs du d&#233;sordre et de la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l&#224; que se trouve la principale responsabilit&#233; des organisations qui se r&#233;clament du mouvement ouvrier - ou en tout cas qui en sont issues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai d'abord du PDS, qui apporte sa caution &#224; toutes les op&#233;rations de repl&#226;trage en cours, qui est impliqu&#233; lui-m&#234;me dans l'affaire de la &#171; tangentopole &#187; et appara&#238;t d&#233;j&#224;, sans m&#234;me avoir vraiment b&#233;n&#233;fici&#233; des avantages du pouvoir, comme faisant partie du &#171; syst&#232;me &#187; qu'un Bossi et l'extr&#234;me droite d&#233;noncent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti de la refondation communiste a eu bien s&#251;r une attitude plus nette. Il appara&#238;t sans doute jusqu'&#224; pr&#233;sent non seulement comme le seul parti qui, &#224; gauche, n'est pas impliqu&#233; dans les affaires de corruption, mais aussi comme celui qui, en votant &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum sur le S&#233;nat, a refus&#233; de s'engager avec les autres dans une op&#233;ration politique douteuse. Cela semble d'ailleurs lui profiter un peu puisque les sondages lui attribuent quelque 2 % ou 3 % de plus que ses 5,6 % des &#233;lections d'avril 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est loin d'&#234;tre cela qui compte le plus pour l'avenir. Se placer sur le simple terrain de la d&#233;mocratie formelle - loi proportionnelle contre loi majoritaire ou opposition &#224; la corruption d'un syst&#232;me bourgeois qui restera de toute fa&#231;on bas&#233;e sur celle-ci - n'apporte aucune r&#233;ponse de classe &#224; la situation. Or c'est justement ce qui fait le plus d&#233;faut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le type de loi &#233;lectorale en vigueur, la fa&#231;on dont la bourgeoisie r&#233;ussira ou non &#224; repl&#226;trer son syst&#232;me, ne peuvent pas &#234;tre ressentis comme un enjeu par la classe ouvri&#232;re. Cela n'en est d'ailleurs pas un, pas plus d'ailleurs que la fa&#231;on dont les partis bourgeois se financent ou leur corruption que des juges font semblant de d&#233;couvrir aujourd'hui alors qu'elle est un fait patent depuis quarante ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le principal probl&#232;me serait d'abord d'&#234;tre un parti qui soit pr&#234;t &#224; se porter &#224; la t&#234;te de la classe ouvri&#232;re et &#224; lui permettre de mener des luttes victorieuses sur son propre terrain, avec ses propres moyens, pour ses propres int&#233;r&#234;ts, de renforcer son moral, sa coh&#233;sion, et finalement sa pr&#233;sence et sa conscience politiques en tant que classe. Or sur ce terrain-l&#224;, m&#234;me un parti comme le Parti de la refondation communiste, constitu&#233; entre autres de nombreux militants ouvriers qui, avec raison, se sont oppos&#233;s &#224; l'abandon de l'&#233;tiquette communiste, est en r&#233;alit&#233; absent. On l'a constat&#233; par exemple en septembre 1992, &#224; un moment o&#249; les r&#233;actions des travailleurs au plan d'aust&#233;rit&#233; du gouvernement Amato ont t&#233;moign&#233; de leur disponibilit&#233; &#224; agir sur un terrain de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute, cela impliquerait d'&#234;tre un v&#233;ritable parti communiste, c'est-&#224;-dire un parti ouvrier r&#233;volutionnaire. Mais c'est bien un tel parti qui fera dramatiquement d&#233;faut, &#224; un moment ou &#224; un autre, si la crise conna&#238;t des d&#233;veloppements ouvrant la voie &#224; des aventuriers dont un Bossi, par exemple, ne donne peut-&#234;tre qu'un avant-go&#251;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Afrique du Sud - Explosions de col&#232;re et politique de l'ANC</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;004&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'explosion de col&#232;re qui a secou&#233; les townships d'Afrique du Sud au lendemain de l'assassinat de Chris Hani, le 10 avril dernier, semble avoir surpris et inqui&#233;t&#233; le gouvernement De Klerk autant que les dirigeants du Congr&#232;s National Africain, l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute Chris Hani n'&#233;tait-il pas une victime comme les autres. Devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste sud-africain, Hani avait &#233;t&#233; dans le pass&#233; l'un des principaux dirigeants de l'ANC et surtout le chef d'&#233;tat-major de l'organisation militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, la &#171; Lance de la Nation &#187;. Mais dans un pays o&#249; l'assassinat politique de militants noirs, y compris de dirigeants, fait encore aujourd'hui partie de la vie quotidienne, l'assassinat de Chris Hani aurait pu n'&#234;tre qu'un assassinat parmi d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il n'en a pas &#233;t&#233; ainsi. Au contraire, pendant plus d'une semaine, de meetings monstres en manifestations de rue, la population noire pauvre a d&#233;ferl&#233; jour apr&#232;s jour dans les rues des townships et jusque dans les quartiers d'affaires blancs des grandes villes. En fait, au cours de ces quelques jours, il semble qu'on ait assist&#233; &#224; la plus importante mobilisation de la population noire depuis les mouvements des ann&#233;es quatre-vingt.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;La politique de l'ANC contest&#233;e par les manifestants&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Outre l'importance m&#234;me des manifestations publiques, cette mobilisation a surpris par la vitesse &#224; laquelle elle s'est &#233;tendue, de Johannesburg au reste du pays. Mais ce qui a surpris, et surtout inqui&#233;t&#233;, ce sont les rancoeurs &#224; l'encontre des dirigeants de l'ANC qu'a exprim&#233;es une fraction significative des manifestants d'un bout &#224; l'autre du pays. Que ce soit ceux qui arboraient dans plusieurs villes des pancartes portant ces mots accusateurs : &#171; Mandela a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; il y a trois ans ; l'Afrique du Sud, elle, ne l'est toujours pas &#187;. Ou bien encore ces jeunes, nombreux, qui reprenaient des slogans tels que &#171; un Boer, une balle ! &#187;. Et puis, partout, dans les rues voisines des meetings ou dans les rangs m&#234;mes des grandes manifestations, ces m&#234;mes jeunes ou d'autres, que Mandela a depuis d&#233;nonc&#233;s &#224; maintes reprises comme &#171; provocateurs &#187; ou &#171; &#233;l&#233;ments criminels &#187;, qui, par milliers, d&#233;bordaient le service d'ordre de l'ANC, pourtant omnipr&#233;sent, pour s'attaquer &#224; tout ce qui pouvait &#233;voquer &#224; leurs yeux les forces de r&#233;pression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a donc pu mesurer au cours de ces journ&#233;es la puissance explosive qui continue &#224; couver dans les townships. On y a surtout entrevu, pour la premi&#232;re fois depuis l'ouverture des n&#233;gociations avec le r&#233;gime en vue de l'abolition de l'apartheid, le risque d'un d&#233;bordement de l'ANC par une fraction de sa base dans les townships. Et personne ne s'y est tromp&#233; : ni les dirigeants de l'ANC qui ont tout fait, avec succ&#232;s d'ailleurs, pour se porter &#224; la t&#234;te d'un mouvement de protestation qu'ils n'avaient pas voulu ; ni le gouvernement De Klerk qui a su, pour une fois, contr&#244;ler ses forces de r&#233;pression et les maintenir &#224; l'&#233;cart des manifestations ; ni le patronat des grandes entreprises dont les porte-parole n'ont pas m&#233;nag&#233; leurs condamnations aux assassins de Chris Hani, ni leurs louanges &#224; la &#171; responsabilit&#233; &#187; des dirigeants de l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faire la part entre l'expression d'une impatience devant la dur&#233;e des n&#233;gociations et celle d'une hostilit&#233; envers l'ANC et sa politique de n&#233;gociation est chose difficile. Et ces manifestations de contestation n'indiquent pas par elles-m&#234;mes que l'ANC est d&#233;bord&#233;e, ni qu'elle risque de l'&#234;tre dans l'imm&#233;diat. Au contraire, puisqu'il faut bien constater que l'ANC a finalement r&#233;ussi, dans l'ensemble, &#224; contr&#244;ler et &#224; canaliser le mouvement de col&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces r&#233;actions, d'impatience au moins, indiquent en tout cas que dans la p&#233;riode la plus d&#233;licate de la transition, il peut se faire que l'ANC ait des difficult&#233;s &#224; contr&#244;ler la population et, de surcro&#238;t, qu'elle se trouve concurrenc&#233;e par des organisations minoritaires qui chercheraient &#224; capitaliser l'impatience dans les townships pour leur propre compte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Trois ans de n&#233;gociations&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;O&#249; en est aujourd'hui le processus de n&#233;gociation, plus de trois ans apr&#232;s la d&#233;claration du 2 f&#233;vrier 1990 annon&#231;ant l'intention du pr&#233;sident De Klerk de l&#233;galiser les organisations noires qui avaient combattu l'apartheid et d'amorcer des discussions en vue de l'abolition totale de l'apartheid ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on s'en tient aux derni&#232;res d&#233;clarations conjointes de l'ANC et du gouvernement De Klerk, un gouvernement int&#233;rimaire comprenant des repr&#233;sentants des diff&#233;rents partenaires dans les n&#233;gociations en cours devrait voir le jour avant la fin de l'ann&#233;e 1993, gouvernement qui aurait &#224; charge d'organiser l'&#233;lection au suffrage universel d'une assembl&#233;e constituante au plus tard en avril 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'apartheid l&#233;gal, cet appareil juridique et administratif qui assurait la supr&#233;matie en droit &#224; cinq millions de Blancs dans une population qui compte plus de 36 millions de personnes, seule demeure l'absence de&lt;/p&gt; &lt;p&gt;droits politiques pour les Noirs. Le reste a disparu avec l'abolition des derni&#232;res lois sur la s&#233;gr&#233;gation g&#233;ographique et administrative en juin 1991.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir maintenu en place pendant des d&#233;cennies le r&#233;gime monstrueux de l'apartheid, la bourgeoisie blanche s'est finalement r&#233;sign&#233;e, en partie sous la pression de l'imp&#233;rialisme, &#224; y mettre fin. Mais il faut que cela se passe sans explosion, que ce soit du c&#244;t&#233; de la minorit&#233; blanche ou de la majorit&#233; noire. Et comme cette derni&#232;re n'en est pas &#224; exercer une pression suffisante pour pr&#233;cipiter les &#233;v&#233;nements, les milieux dirigeants blancs prennent leur temps tout comme d'ailleurs les dirigeants nationalistes noirs. Et les uns comme les autres mettent ce temps &#224; profit pour se pr&#233;parer &#224; exercer ensemble le pouvoir, pour se tester mutuellement tandis que chacun pr&#233;pare ses propres troupes &#224; jouer le r&#244;le qu'on attendra d'elles, pour mettre en place progressivement des institutions sur lesquelles reposera le futur pouvoir. Tout cela bien s&#251;r sur la base d'un souci commun de pr&#233;server les int&#233;r&#234;ts capitalistes et, dans le cas des dirigeants blancs, de pr&#233;server ce qu'ils peuvent des privil&#232;ges sociaux h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode ant&#233;rieure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, le r&#244;le jou&#233; par les dirigeants de l'ANC dans la vague de col&#232;re d&#233;clench&#233;e par le meurtre de Chris Hani, la fa&#231;on dont ils ont r&#233;ussi &#224; canaliser la col&#232;re, la fonction de pare-feu, pour ne pas dire de police, qu'ils ont fait remplir aux milliers de militants qui ont assur&#233; le service d'ordre et se sont oppos&#233;s aux impatients, tout cela s'inscrit parfaitement dans ce stade de pr&#233;paration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce stade de pr&#233;paration qui est toujours en cours aujourd'hui, a commenc&#233; en novembre 1991 avec la formation de la CODESA, la Conf&#233;rence pour une Afrique du Sud D&#233;mocratique, qui r&#233;unit des repr&#233;sentants de la plupart des organisations politiques importantes existant dans les divers groupes ethniques. Y si&#232;gent &#233;galement des repr&#233;sentants de la plupart des bantoustans, ces &#171; &#201;tats &#187; pr&#233;tendument ind&#233;pendants, &#233;quip&#233;s, arm&#233;s et financ&#233;s par le r&#233;gime de l'apartheid auxquels ils ont servi &#224; la fois de r&#233;serves de main d'oeuvre et de camps d'internement &#224; l'&#233;cart des agglom&#233;rations urbaines. Car si l'apartheid l&#233;gal a th&#233;oriquement disparu, ces chancres de l'apartheid que sont les bantoustans sont, eux, toujours l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;C'est dans les townships que se font et se d&#233;font les rapports de forces&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans le cadre de l'objectif assign&#233; &#224; la CODESA, il y a n&#233;anmoins de multiples variations possibles, de multiples fa&#231;ons de distribuer les r&#244;les dans le futur pouvoir. Le Parti national de De Klerk ne tient pas du tout &#224; un t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec l'ANC, ni aujourd'hui ni surtout demain. Parmi les participants aux discussions, certains ont rendu de bons et loyaux services au r&#233;gime et celui-ci tient &#224; ce que le r&#232;glement final leur m&#233;nage une place. Et puis De Klerk, tout comme d'ailleurs l'ANC, se sont servi &#224; l'occasion, pour faire pression sur l'interlocuteur, des ambitions particuli&#232;res des uns ou des autres participants. Tandis que ces derniers, en fonction du rapport des forces, ont cherch&#233; en retour &#224; monnayer leur bon vouloir contre des concessions pour eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si la CODESA est le lieu o&#249; s'affrontent les divers clans politiques pour la r&#233;partition des places, les rapports de forces qui r&#233;gissent ces affrontements s'&#233;tablissent sur le terrain, dans les townships.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que Buthelezi, le dictateur du bantoustan KwaZulu et fondateur du parti zoulou Inkatha, a cherch&#233; &#224; faire aboutir ses revendications sur la r&#233;gion du Natal en creusant le foss&#233; ethnique et social entre les travailleurs migrants zoulous et la population permanente des townships, en organisant des op&#233;rations de commandos &#224; partir des foyers de travailleurs migrants. Sym&#233;triquement les dirigeants de l'ANC ont cherch&#233; &#224; isoler Inkatha en lui interdisant physiquement tout droit d'existence hors du Natal. Tandis que le r&#233;gime, comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; le scandale de l'&#171; Inkathagate &#187; en juillet 1991, finan&#231;ait et armait les commandos d'Inkatha. Et cet affrontement triangulaire, la population des townships l'a pay&#233; par des milliers, voire des dizaines de milliers de morts au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, avant qu'un accord ne finisse par instaurer une tr&#234;ve toute relative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le marchandage au sein de la CODESA a connu des ruptures et des raccommodements. Et pendant tout ce temps la population noire s'est vu recommander la patience par ses dirigeants, tout en voyant augmenter le nombre des victimes dans ses rangs, et sans jamais voir venir le moindre dividende pour sa patience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et que lui propose-t-on aujourd'hui, &#224; cette population pauvre noire ? Une division du pays en r&#233;gions semi-autonomes, entre dix et seize suivant les projets, d&#233;coup&#233;es de fa&#231;on &#224; laisser un fief aux cliques dirigeantes de plusieurs bantoustans et &#224; cr&#233;er des r&#233;gions o&#249; les Noirs seraient minoritaires ; un r&#233;gime bicam&#233;ral, dont une chambre seulement serait &#233;lue au suffrage universel tandis que l'autre serait constitu&#233;e de repr&#233;sentants d&#233;sign&#233;s par les diff&#233;rentes r&#233;gions ; enfin un gouvernement qui, jusqu'&#224; la fin du si&#232;cle, comporterait de droit des repr&#233;sentants des partis qui ont impos&#233; l'apartheid pendant pr&#232;s de 50 ans. Le voil&#224; l'avenir &#171; d&#233;mocratique &#187; autour duquel tournent les discussions actuelles !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;La menace de l'extr&#234;me droite raciste, encore une r&#233;alit&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Si De Klerk a r&#233;ussi, en mars 1992, &#224; obtenir 68 % des voix de l'&#233;lectorat blanc dans son r&#233;f&#233;rendum sur sa politique de r&#233;forme, les nostalgiques de l'apartheid ne d&#233;sarment pas, et plus les &#233;ch&#233;ances se rapprochent, plus ils semblent se montrer actifs, ne serait-ce que parce que c'est leur seule chance de se tailler une place dans le r&#232;glement final. Et, bien s&#251;r, c'est cela que vise cette extr&#234;me droite raciste et rien d'autre. D'ailleurs, certains de ses leaders les plus en vue - y compris un g&#233;n&#233;ral ancien chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e qui cherche aujourd'hui &#224; appara&#238;tre comme le point de ralliement d'un courant allant de la droite du parti gouvernemental aux groupuscules les plus radicaux - en sont &#224; parler de se joindre au processus de n&#233;gociation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que les principales organisations d'extr&#234;me droite, en particulier la plus importante, l'AWB (Mouvement de R&#233;sistance Afrikaan), ne semblent pas gagner de terrain si l'on en juge par leurs capacit&#233;s de mobilisation dans la rue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il est aussi un fait que les groupes d'extr&#234;me droite plus radicaux se sont multipli&#233;s avec le temps, d'autant plus enrag&#233;s qu'ils sont plus faibles num&#233;riquement. Ces groupes trouvent des complicit&#233;s actives dans les forces de r&#233;pression, quand ils n'en sont pas directement issus. L'inculpation pour le meurtre de Chris Hani de Clive Derby-Lewis, l'un des d&#233;put&#233;s en vue du Parti Conservateur, montre que le danger ne vient pas seulement d'une poign&#233;e d'excit&#233;s, mais qu'une telle politique pourrait trouver des partisans &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; blanche et pas seulement aux &#233;chelons subalternes de l'appareil d'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; trouver des troupes, il y a de puissants leviers en action qui pourraient encore pousser une partie de la population blanche dans les bras de tels groupes d'extr&#234;me droite. Il y a la peur, bien s&#251;r, mais surtout la situation &#233;conomique. Car entre la crise mondiale et les r&#233;ductions des d&#233;penses de l'&#201;tat, des centaines de milliers de Blancs ont brutalement d&#233;couvert le ch&#244;mage. Aujourd'hui, ce sont par exemple des Blancs qui occupent dans les h&#244;pitaux bien des emplois manuels jadis r&#233;serv&#233;s aux Noirs. Quant &#224; la pauvret&#233;, les organisations caritatives estimaient, fin 1992, que 200 000 Blancs d&#233;pendaient des soupes populaires pour leur existence quotidienne, soit 4 % du total de la population blanche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, ces facteurs ne conduiront pas fatalement &#224; ce qu'une fraction de la population blanche fasse le choix de s'en remettre &#224; l'extr&#234;me droite raciste. Mais ils en entretiennent la possibilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC du c&#244;t&#233; des profits capitalistes contre la classe ouvri&#232;re&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La plus touch&#233;e par la d&#233;gringolade &#233;conomique de la derni&#232;re d&#233;cennie est bien s&#251;r la classe ouvri&#232;re noire, avec un taux de ch&#244;mage parmi la population urbaine noire estim&#233; &#224; plus de 50 % et allant jusqu'&#224; 70 voire 80 % dans certains townships.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux travailleurs noirs qui ont un emploi, la fin officielle de l'apartheid n'a rien chang&#233;, si ce n'est dans le sens d'un glissement g&#233;n&#233;ral &#224; la baisse de tous les salaires. Pour les groupes capitalistes, qui ont souvent pes&#233; en faveur de n&#233;gociations avec l'ANC dans l'espoir d'une plus grande stabilit&#233; politique et surtout sociale, il n'est pas question que l'abolition de l'apartheid les prive&lt;/p&gt; &lt;p&gt;d'une main d'oeuvre si bon march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs les dirigeants nationalistes noirs ne leur en demandent pas tant. Cela fait bien longtemps, avant m&#234;me les l&#233;galisations de 1990, que les dirigeants de l'ANC, comme ceux du Parti communiste, r&#233;p&#232;tent sur tous les tons qu'ils n'est pas question de mettre en danger les profits des capitalistes. Nelson Mandela n'est-il pas depuis deux ans un habitu&#233; du sommet mondial de Davos, en Suisse, o&#249; se retrouve la fine fleur de la politique et de la finance internationales ? Ce n'est s&#251;rement pas pour y d&#233;fendre le niveau de vie des travailleurs noirs. Pas plus que quand il va, comme en mai 1993 &#224; Londres, se porter garant devant les repr&#233;sentants de la finance de la rentabilit&#233; des investissements anglais en Afrique du Sud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, des dirigeants du COSATU (Congr&#232;s des Syndicats Sud-Africains), la principale centrale syndicale, li&#233;e &#224; l'ANC, si&#232;gent avec ministres et patrons dans une s&#233;rie de comit&#233;s form&#233;s pour associer les dirigeants syndicaux aux d&#233;cisions &#233;conomiques gouvernementales, c'est-&#224;-dire &#224; l'aust&#233;rit&#233;. La classe ouvri&#232;re noire n'a pas encore le droit de vote, mais elle a d&#233;j&#224; le privil&#232;ge &#171; d&#233;mocratique &#187; de voir ses repr&#233;sentants user leurs pantalons autour des tapis verts de l'&#201;tat !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par contraste, l'ANC a une tout autre attitude envers la petite bourgeoisie noire. Ainsi, au congr&#232;s de l'ANC de juillet 1991, Mandela s'alarmant du fait que les membres de l'organisation &#233;taient en tr&#232;s grande majorit&#233; issus des couches les plus pauvres, fit adopter une r&#233;solution faisant du recrutement &#171; dans les classes moyennes de toutes les communaut&#233;s &#187; une priorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;La pr&#233;paration &#224; l'exercice du pouvoir&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Cela fait longtemps que l'ANC se pr&#233;pare &#224; l'exercice du pouvoir. D&#233;j&#224;, au temps de l'ill&#233;galit&#233;, l'organisation en exil constituait un v&#233;ritable appareil d'&#201;tat au stade embryonnaire, r&#233;gnant sur la vie de 12 000 exil&#233;s. Elle poss&#233;dait de grands domaines en Angola et en Tanzanie, dot&#233;s d'&#233;coles, d'h&#244;pitaux, d'usines, de fermes, d'une police et de prisons. Elle avait son &#171; gouvernement &#187; et ses &#171; ambassadeurs &#187; aupr&#232;s de dizaines de pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de la fin des ann&#233;es soixante-dix, elle eut de surcro&#238;t une v&#233;ritable arm&#233;e permanente, gr&#226;ce au flot de jeunes venus &#224; la politique au travers du soul&#232;vement de Soweto. Bien que l'ANC n'ait jou&#233; aucun r&#244;le &#224; Soweto, elle put capitaliser le mouvement &#224; son profit par le simple fait de disposer de finances, d'armes et d'installations o&#249; accueillir les fugitifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais contrairement aux vantardises de l'ANC, Umkhonto we Sizwe fit finalement peu dans le domaine de la lutte arm&#233;e. De trente entre 1976 et 1983, le nombre annuel d'&#171; op&#233;rations militaires &#187; s'accrut lentement pour atteindre un sommet de deux cent quatre-vingt un en 1988 et retomber dans les ann&#233;es suivantes. Rien qui pouvait menacer en quoi que ce f&#251;t l'&#201;tat de l'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute fa&#231;on le probl&#232;me de l'ANC n'&#233;tait pas de vaincre militairement l'&#201;tat de l'apartheid. Le r&#244;le de son organisation militaire &#233;tait d'une part de s'imposer comme interlocuteur &#224; la bourgeoisie blanche et d'autre part, gr&#226;ce &#224; l'autorit&#233; de ceux qui ont les fusils, de s'imposer &#224; la population noire comme son unique repr&#233;sentant, sans lui laisser le moindre choix. C'est ainsi que l'ANC encadra et disciplina, loin du contr&#244;le de la population, une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re de militants, sans avoir besoin de s'embarrasser de d&#233;mocratie, constituant ainsi l'embryon d'un appareil de r&#233;pression contre la population noire elle-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis sa l&#233;galisation, la politique de l'ANC est encore plus &#233;loquente de ce point de vue. En 1990, elle a lanc&#233; un programme visant &#224; s&#233;lectionner de futurs &#171; vrais &#187; officiers. Les heureux &#233;lus ont &#233;t&#233; envoy&#233;s en formation dans des acad&#233;mies militaires, d'abord en Russie puis en Inde. Ils sont aujourd'hui dans des camps de Tanzanie et d'Ouganda, en attente d'un accord qui permettra leur int&#233;gration dans l'arm&#233;e sud-africaine. Cette fois-ci, il s'agit bien de former des officiers suffisamment fiables et comp&#233;tents pour constituer le cadre noir de la future arm&#233;e d'Afrique du Sud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; l'organisation de l'ANC sur le terrain, elle est elle aussi &#224; l'image des objectifs de ses dirigeants. Au lendemain de la l&#233;galisation, la direction a d&#233;cid&#233; de structurer l'ANC en sections d'un millier d'adh&#233;rents chacune. Ces sections devaient permettre de r&#233;pandre la ligne de l'ANC dans les n&#233;gociations et permettre une r&#233;action rapide aux consignes donn&#233;es par la direction. Mais surtout elles ne devaient pas se m&#234;ler d'organiser quoi que ce f&#251;t sur des probl&#232;mes locaux. L'ANC devait &#234;tre une organisation militante, mais seulement dans le cadre des n&#233;gociations, sans prendre le risque de fausses notes sur le terrain social. &#201;tant donn&#233; l'effectif &#233;lev&#233; de chaque section, le nombre des sections devait &#234;tre n&#233;cessairement restreint (en 1992, 900 sections pour 500 000 membres) permettant &#224; la direction de les contr&#244;ler au moyen d'un appareil relativement restreint de cadres &#171; s&#251;rs &#187;. En revanche la taille m&#234;me des sections rendait pratiquement impossible d'y faire autre chose que l'ex&#233;g&#232;se des positions de la direction. L'organisation fut en somme construite pour servir de levier dans les n&#233;gociations, et ult&#233;rieurement d'appareil &#233;lectoral.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC menac&#233;e de d&#233;bordement sur le terrain nationaliste ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;On peut se demander dans quel sens pourrait aller la contestation de la politique de l'ANC qui semble se faire jour dans ses rangs si elle venait &#224; se d&#233;velopper. Si l'on en juge par les slogans repris par les jeunes contestataires dans les manifestations qui ont suivi le meurtre de Chris Hani, ce serait plut&#244;t dans le sens du pseudo-radicalisme du Congr&#232;s panafricaniste, le PAC, dont l'aile militaire a revendiqu&#233; quelques &#171; ex&#233;cutions &#187; de Blancs dans les mois &#233;coul&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pseudo-radicalisme, parce que m&#234;me s'il proposait r&#233;ellement d'emprunter des voies plus rapides, plus radicales, m&#234;me s'il choisissait, contrairement &#224; l'ANC, de ne pas composer avec la bourgeoisie blanche, il faudrait bien &#224; un moment ou &#224; un autre que le PAC compose avec l'imp&#233;rialisme. Ne serait-ce que parce que, pour r&#233;aliser l'objectif nationaliste de d&#233;velopper l'&#233;conomie nationale, il lui faudrait pouvoir &#233;couler les exportations sud-africaines sur le march&#233; mondial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, en r&#233;alit&#233;, pour autant qu'on puisse en juger par les positions parfois contradictoires que prennent ses dirigeants, le PAC cherche surtout &#224; capitaliser le m&#233;contentement qui peut exister dans la population en prenant position contre un compromis. Et, au bout du compte, le PAC se situe sur le m&#234;me terrain que l'ANC, m&#234;me si celle-ci n'a pas r&#233;ussi &#224; l'int&#233;grer comme d'autres au processus politique engag&#233;. Ce qui les oppose n'est pas une diff&#233;rence de strat&#233;gie, mais une rivalit&#233; d'appareil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et on peut en dire de m&#234;me de certains leaders qui cherchent depuis quelque temps &#224; capitaliser le m&#233;contentement des jeunes en adoptant un langage plus radical. Qu'il s'agisse de Peter Mokaba, le leader de la jeunesse de l'ANC, de Winnie Mandela qui, malgr&#233; les nombreux scandales attach&#233;s &#224; son nom, continue &#224; faire feu de toutes les d&#233;magogies, ou encore du pr&#233;sident du Transkei, le g&#233;n&#233;ral Bantu Holomisa. Tous ont en commun de jouer d'un verbe radical sans jamais mettre en question sur le fond la politique nationaliste de l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que les jeunes m&#233;contents d'aujourd'hui se tournent vers ce type de radicalisme ne serait d'ailleurs que la continuation de ce qui a &#233;t&#233; un trait marquant de la situation en Afrique du Sud depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; l'apartheid a focalis&#233; la col&#232;re et la mobilisation de la classe ouvri&#232;re noire qui, il faut le rappeler, a un poids social important dans le pays, contrairement &#224; la plupart des pays africains. C'est d'ailleurs justement pour cette raison que l'imp&#233;rialisme a voulu la disparition de l'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, les nationalistes, qui ne voulaient pas de l'&#233;mancipation sociale de la classe ouvri&#232;re, ont pu la noyer au milieu de toutes les couches sociales qu'ils entra&#238;naient derri&#232;re eux dans la lutte contre l'apartheid. La classe ouvri&#232;re, les couches pauvres ont &#233;videmment toutes les raisons de vouloir la fin de l'apartheid qui p&#232;se en premier lieu sur elles. Mais le but des nationalistes est de les emp&#234;cher de parvenir &#224; la conscience de ce que leur exclusion de la soci&#233;t&#233; ne vient pas seulement de l'apartheid, mais plus profond&#233;ment encore de leur condition de prol&#233;taires. Et emp&#234;cher qu'en cons&#233;quence, la classe ouvri&#232;re sud-africaine prenne conscience de ce que son int&#233;r&#234;t n'est pas de s'arr&#234;ter &#224; la suppression d'un syst&#232;me de lois iniques, mais d'aller au-del&#224;, sur le terrain de classe, pour s'en prendre &#224; cette bourgeoisie dont l'apartheid n'a &#233;t&#233; qu'une des formes de domination politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors la petite bourgeoisie noire gagnera sans doute &#224; la disparition de l'apartheid, de m&#234;me que la caste politique noire. La classe ouvri&#232;re y gagnera sans doute une certaine forme de dignit&#233;. Mais si elle ne se satisfait pas de voir les m&#234;mes bourgeois blancs continuer &#224; dominer la soci&#233;t&#233; sous la protection de flics noirs, ou au mieux de voir une partie de ces bourgeois blancs remplac&#233;s par des bourgeois noirs, &#224; l'abri d'un r&#233;gime qui, comme dans tant de pays africains, ne sera pas beaucoup plus d&#233;mocratique que celui de l'apartheid, il lui faudra reprendre le combat et cette fois le porter sur le terrain de classe, celui de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Ex-Yougoslavie - La loi des bandes arm&#233;es</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;003&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1986-1993-trilingue/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1986-1993 (trilingue)&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les Serbes de Bosnie ont massivement rejet&#233; le plan Vance-Owen lors du r&#233;f&#233;rendum organis&#233; sur cette question. Ils se sont tout aussi massivement prononc&#233;s pour la cr&#233;ation d'une r&#233;publique des Serbes de Bosnie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne s'attendait &#224; un autre r&#233;sultat. Mais d&#233;sormais, pour les dirigeants des grandes puissances, comme pour la grande presse, les responsables de la poursuite de la guerre sont tout trouv&#233;s. Et le plan Vance-Owen, le choix entre son acceptation ou son refus, sont hiss&#233;s &#224; la hauteur d'une ligne de partage entre ceux qui veulent la paix et ceux qui la refusent ; entre ceux qui rejettent l'infamie des &#171; nettoyages ethniques &#187; et ceux qui la pratiquent ; entre la &#171; communaut&#233; internationale &#187; comme disent d'eux-m&#234;mes les diplomates qui bourdonnent autour de la Yougoslavie d&#233;chir&#233;e et la population serbe de Bosnie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est difficile de d&#233;terminer qui fait montre de plus de cynisme dans ce concert d'hypocrisie : les chefs de bandes nationalistes qui, Serbes ou Croates, signataires du plan Vance-Owen ou pas, pratiquent tous le nettoyage ethnique ? Milosevic et les dirigeants de Belgrade qui, avant d'&#234;tre brusquement propuls&#233;s au premier rang de ceux qui sont charg&#233;s de ramener les Serbes de Bosnie &#224; la raison, les ont livr&#233;s aux chefs de bandes arm&#233;es, exactement comme Tudjman et les dirigeants de Zagreb ont livr&#233; les Croates de Bosnie aux chefs de bande croates ? Ou encore, les dirigeants des grandes puissances imp&#233;rialistes qui ont tant contribu&#233; &#224; mettre en place le m&#233;canisme qui broie la Bosnie-Herz&#233;govine, apr&#232;s avoir broy&#233; l'ex-Yougoslavie ; ces dirigeants qui, impuissants &#224; arr&#234;ter le m&#233;canisme, tentent aujourd'hui de d&#233;gager leur propre responsabilit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, la population serbe de Bosnie a le grand tort de cautionner les crapules ultranationalistes qui se proclament ses repr&#233;sentants et qui l'entra&#238;nent dans une guerre aussi inf&#226;me que st&#233;rile. Comme la minorit&#233; croate de Bosnie a s&#251;rement tort de suivre ces chefs de gang qui, &#224; l'autre bout de la Bosnie, tant&#244;t alli&#233;s proclam&#233;s des Musulmans contre les Serbes, tant&#244;t alli&#233;s de fait des Serbes contre les Musulmans, pratiquent le m&#234;me nettoyage ethnique que leurs cong&#233;n&#232;res serbes. Et ce tort, ils le payent cher eux-m&#234;mes, quand bien m&#234;me ils le font payer plus cher encore aux Musulmans de Bosnie qui, eux, ont le &#171; tort &#187; suppl&#233;mentaire d'&#234;tre les plus faibles des trois communaut&#233;s engag&#233;es par leurs chefs dans des guerres fratricides.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais quel autre choix politique leur ont donc offert dans le pass&#233; tous ceux qui d&#233;noncent maintenant les ultranationalistes et leur emprise ? Quel autre choix proposent-ils m&#234;me aujourd'hui, car ce plan Vance-Owen, qu'ils ont le cynisme de pr&#233;senter comme un plan de paix, ne r&#233;sout rien mais consacre les nettoyages ethniques d&#233;j&#224; accomplis ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Yougoslavie a &#233;t&#233; un pays multiethnique. Pas seulement en ceci qu'elle &#233;tait compos&#233;e de six r&#233;publiques nationales f&#233;d&#233;r&#233;es (huit si on compte les deux r&#233;gions nagu&#232;re autonomes de la Serbie, le Kosovo et la Vo&#239;vodine). Mais &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la plupart de ces r&#233;publiques les populations &#233;taient m&#233;lang&#233;es, m&#234;me dans les campagnes et donc parfois depuis tr&#232;s longtemps, sans parler du brassage ethnique des grandes villes. Chacun de ces peuples a son pass&#233;, le souvenir aussi de conflits et de rapports de domination o&#249; parfois les oppresseurs de la veille se transformaient en opprim&#233;s le lendemain. M&#234;me le r&#233;gime de Tito, qui voulait un &#201;tat multiethnique, n'a pas fait dispara&#238;tre tous les rapports d'oppression et encore moins les in&#233;galit&#233;s susceptibles de nourrir des ressentiments nationaux. Une dictature ne pouvait s&#251;rement pas les faire dispara&#238;tre, m&#234;me si cette dictature s'est impos&#233;e au travers d'une lutte de lib&#233;ration contre un occupant ext&#233;rieur et qui, par l&#224; m&#234;me, a forg&#233; une certaine unit&#233; entre ces diff&#233;rents peuples. Mais les diff&#233;rents peuples de la Yougoslavie ont tout de m&#234;me coexist&#233;, et pas seulement en raison de la contrainte, pendant quarante ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de l&#224;, il y avait deux politiques diam&#233;tralement oppos&#233;es. Soit mener une politique d'int&#233;gration cons&#233;quente des diff&#233;rentes nationalit&#233;s, dans un ensemble pluriethnique, sur la base de l'&#233;galit&#233; entre peuples. Soit, au contraire, le nationalisme ethnique, isolant les peuples les uns des autres, opposant les uns aux autres pour finir par les dresser, les armes &#224; la main, les uns contre les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les dirigeants en place aujourd'hui dans les &#201;tats successeurs de la Yougoslavie ont acc&#233;d&#233; au pouvoir en agitant la d&#233;magogie nationaliste. Ils ont tous cherch&#233; &#224; canaliser, au profit de leurs app&#233;tits de pouvoir, tous les m&#233;contentements, en particulier ceux engendr&#233;s par la crise, par la d&#233;gradation de la situation de la majorit&#233; de la population, mais en les d&#233;figurant, en les d&#233;tournant vers le nationalisme. Pas seulement abstraitement, en agitant des drapeaux, mais en d&#233;signant les autres nations comme un danger pour la leur. Tous se sont appuy&#233;s sur les forces les plus r&#233;actionnaires, donc g&#233;n&#233;ralement les plus chauvines, pour se consolider au pouvoir ou pour y parvenir. Milosevic, le chef de la Serbie en premier lieu, en transformant cette r&#233;publique plurinationale de fait, en la r&#233;publique d'une seule nation, niant les droits de la population albanaise du Kosovo et ceux des minorit&#233;s croate, hongroise, tsigane, etc. Mais la politique de Tudjman en Croatie &#233;tait exactement la m&#234;me vis-&#224;-vis de ses minorit&#233;s, Serbes compris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Milosevic et Tudjman n'&#233;taient sans doute pas dans la m&#234;me position. Les dirigeants de Belgrade, capitale tout &#224; la fois de la Yougoslavie et de la Serbie, &#233;taient en situation de faire passer leur politique d'h&#233;g&#233;monie &#224; l'&#233;gard des autres peuples pour la d&#233;fense de l'entit&#233; yougoslave. Les dirigeants de Zagreb pouvaient se poser en lib&#233;rateurs de leur nation outrag&#233;e. Mais c'&#233;tait aussi mensonger d'un c&#244;t&#233; que de l'autre. Zagreb foulait au pied tout autant que Belgrade les droits de ses propres minorit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Yougoslavie n'&#233;tait s&#251;rement pas l'illustration idyllique de ce que peut &#234;tre un pays pluriethnique. Mais les chefs nationalistes qui ont d&#233;pec&#233; la Yougoslavie en Serbie, en Croatie, en Slov&#233;nie, etc., ind&#233;pendantes, en affirmant les droits exclusifs de leur nation sur l'&#201;tat, ne laissaient aucune illusion aux peuples transform&#233;s d'un seul coup en minorit&#233;s nationales. En niant cependant les droits et les libert&#233;s des minorit&#233;s, ces chefs nient aussi les droits et les libert&#233;s de leur propre peuple. Ne serait-ce que son droit d'avoir une autre attitude &#224; l'&#233;gard des membres de la minorit&#233; que celle de la haine nationale qu'implique la politique officielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;tention de l'ancienne Yougoslavie d'&#234;tre la patrie de tous ces peuples, tous &#233;gaux en droit, &#233;tait &#224; coup s&#251;r exag&#233;r&#233;e : parmi les peuples, il y en avait qui &#233;taient &#171; plus &#233;gaux que d'autres &#187;. Mais la Croatie comme la Serbie ont officiellement transform&#233; les non-Croates et les non-Serbes en &#233;trangers dans leur propre pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Yougoslavie, en tant qu'entit&#233; pluriethnique des Slaves du Sud, avait &#233;t&#233; sans doute une cr&#233;ation artificielle, ne serait-ce que parce qu'elle laissait hors de ses fronti&#232;res une partie des Slaves m&#233;ridionaux eux-m&#234;mes, ainsi que d'autres peuples des Balkans qui comptaient en revanche de fortes minorit&#233;s dans ce pays. Dans cette r&#233;gion o&#249; les peuples sont inextricablement li&#233;s, pour le meilleur ou pour le pire, le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire, au temps o&#249; il m&#233;ritait ce nom, se battait dans la perspective d'une f&#233;d&#233;ration des peuples balkaniques et danubiens avec l'&#233;galit&#233; des droits entre tous les peuples.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les &#201;tats issus de l'&#233;clatement de la Yougoslavie sont encore plus artificiels. En transformant les limites administratives internes des r&#233;publiques f&#233;d&#233;r&#233;es yougoslaves en fronti&#232;res d'&#201;tats ind&#233;pendants, les chefs nationalistes n'ont pas seulement morcel&#233; la Yougoslavie, rendant les entit&#233;s qui en sont issues &#233;conomiquement non viables et politiquement r&#233;duites &#224; &#234;tre les jouets impotents des grandes puissances. Ils ont aussi d&#233;multipli&#233; les probl&#232;mes des minorit&#233;s. Le d&#233;coupage en &#171; &#201;tats-nations &#187; n'a nullement lib&#233;r&#233; de l'oppression serbe les minorit&#233;s albanaise ou hongroise de la Serbie, mais a transform&#233; les 3,3 millions de Serbes vivant en Yougoslavie ailleurs que dans la r&#233;publique serbe proprement dite, en minorit&#233;s nationales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les grandes puissances, apr&#232;s un temps d'h&#233;sitation o&#249; elles prenaient officiellement fait et cause pour le maintien de la Yougoslavie, ont rapidement accept&#233; et cautionn&#233; l'ind&#233;pendance de la Slov&#233;nie, de la Croatie. Les na&#239;fs pouvaient y voir le signe qu'elles &#233;taient contraintes de reculer devant l'imp&#233;rieuse mont&#233;e de l'aspiration des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Mais il faut rappeler que cette m&#234;me association de brigands imp&#233;rialistes qu'est l'ONU, qui a en effet non seulement reconnu la Slov&#233;nie et la Croatie, mais qui s'est d&#233;p&#234;ch&#233;e aussi de reconna&#238;tre et d'admettre dans ses rangs cet &#201;tat de Bosnie-Herz&#233;govine dont on ne sait pas quel peuple voulait - avant de se transformer en artisan de son d&#233;coupage dans le cadre du plan Vance-Owen - n'a toujours pas reconnu le droit &#224; un &#201;tat national des peuples palestinien ou kurde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les grandes puissances se moquent plus &#233;perdument encore du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes que ne s'en moquent les Milosevic, les Tudjman, etc. La reconnaissance des &#201;tats slov&#232;ne ou croate &#233;tait de l'int&#233;r&#234;t de l'Allemagne et de son satellite autrichien, ne serait-ce que pour permettre &#224; ces deux r&#233;gions o&#249; elles ont de solides int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, de se retirer du bourbier dans lequel s'enfon&#231;ait ce qui &#233;tait encore la Yougoslavie. Pour la Croatie, c'est rat&#233;, mais cela n'y change rien. C'est pour des raisons sym&#233;triques que la France s'est faite, dans un premier temps, le d&#233;fenseur discret de l'h&#233;g&#233;monie serbe sur la Yougoslavie. Mais une fois que les trois principales r&#233;publiques de l'ex-Yougoslavie, les plus riches aussi, furent s&#233;par&#233;es les unes des autres, il a fallu trouver des solutions pour les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;clatement de la Yougoslavie consomm&#233;, avec leur caution et, au fond, en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts contradictoires, les grandes puissances imp&#233;rialistes auraient bien voulu consolider la situation. Elles qui n'avaient pas pu, ni m&#234;me voulu faire respecter les fronti&#232;res &#171; internationalement reconnues &#187; de la Yougoslavie, se sont h&#226;t&#233;es de donner une l&#233;gitimit&#233; internationale aux fronti&#232;res des ex-r&#233;publiques f&#233;d&#233;r&#233;es. C'&#233;tait une fa&#231;on d'avoir l'air de respecter, malgr&#233; l'&#233;clatement de la Yougoslavie, la continuit&#233; avec cette s&#233;rie de trait&#233;s, &#224; commencer par le trait&#233; de Versailles qui, au lendemain de la premi&#232;re guerre mondiale, avait dessin&#233; pour l'essentiel la carte de l'Europe centrale et balkanique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et la logique de l'&#233;clatement de la Yougoslavie pluriethnique en &#201;tats-nations fut pouss&#233;e jusqu'au bout, jusqu'&#224; l'absurde, avec cet &#201;tat de Bosnie-Herz&#233;govine, internationalement reconnu, et cet &#201;tat de Mac&#233;doine, pour l'instant non reconnu pour ne pas vexer le chauvinisme grec, mais qui sont tous les deux ce m&#233;lange inextricable de peuples que l'on sait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Bosnie-Herz&#233;govine ou la Mac&#233;doine sont deux r&#233;gions o&#249; le caract&#232;re multiethnique de l'ex-Yougoslavie appara&#238;t le plus pouss&#233;. Dans ces r&#233;gions, toutes les nations sont des minorit&#233;s qui doivent s'accommoder de vivre ensemble. La seule politique juste et humainement acceptable e&#251;t &#233;t&#233; d'admettre et de favoriser le pluriethnisme, de faciliter les m&#233;langes, d'encourager les liens interethniques qui se faisaient tout naturellement dans le pass&#233;. Mais la politique, la logique des &#201;tats-nations, pr&#244;n&#233;es par tous les dirigeants des r&#233;publiques devenues ind&#233;pendantes, consacr&#233;es par les puissances imp&#233;rialistes &#233;taient &#224; l'exact oppos&#233;. Le nettoyage ethnique, cette infamie qui consiste &#224; chasser &#171; les autres &#187; - minorit&#233;s ethniques ou majorit&#233;s moins arm&#233;es - de chez eux, pour rendre des r&#233;gions ethniquement homog&#232;nes &#233;tait, dans les r&#233;gions &#224; la population m&#233;lang&#233;e, le prolongement logique de l'&#201;tat-nation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique n'&#233;tait pas suspendue en l'air. Elle n'&#233;tait pas, non plus, l'expression de &#171; haines ancestrales &#187; et autres fariboles qu'avancent ceux qui ont une responsabilit&#233; dans l'&#233;volution de la situation. Elle n'&#233;tait m&#234;me pas le reflet d'une aspiration jusqu'alors enfouie des peuples qui ont tout de m&#234;me cohabit&#233; dans une relative harmonie pendant longtemps, dont les membres se sont souvent mari&#233;s entre eux, au point que pour certains la notion m&#234;me de l'origine ethnique est devenue un non-sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une politique qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;e. Impos&#233;e par ces forces d'extr&#234;me droite qui, pour exister &#224; Belgrade ou &#224; Zagreb - et pour esp&#233;rer y acc&#233;der au pouvoir - venaient dans les r&#233;gions o&#249; les Serbes ou les Croates ont &#233;t&#233; transform&#233;s en minorit&#233;s, pour exhumer des sentiments de crainte ou de frustration, et l&#224; o&#249; il n'y en avait pas, ou pas assez, pour les cr&#233;er par des provocations terroristes. Impos&#233;e, aussi, par tous ces chefs issus de la population locale elle-m&#234;me, anciens bureaucrates ou petits officiers, petits-bourgeois, voyous de grand chemin, qui en se posant en porte-drapeau de la &#171; dignit&#233; nationale &#187;, de la &#171; d&#233;fense de la terre des anc&#234;tres &#187; ou de &#171; l'autod&#233;fense l&#233;gitime &#187; contre la menace des &#171; autres &#187; cherchent surtout &#224; satisfaire leurs app&#233;tits de pouvoir. Et impos&#233;e par la violence, &#224; l'encontre &#233;videmment du peuple proclam&#233; ennemi. Mais aussi, &#224; l'encontre de &#171; leurs &#187; peuples, en les entra&#238;nant dans cet engrenage de vendetta o&#249; le terrorisme des uns alimente la r&#233;action des autres, qui donne &#224; son tour des pr&#233;textes &#224; de nouveaux actes de terreur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont ceux-l&#224; m&#234;mes qui se sont taill&#233; des fiefs en Bosnie-Herz&#233;govine qui rejettent aujourd'hui le plan Vance-Owen et refusent d'&#233;couter les exhortations de Milosevic ou de Tudjman. Mais leur politique est dans la droite ligne de celle qu'avaient brandie Milosevic ou Tudjman en faisant de leurs r&#233;publiques respectives des fiefs ; de cette politique qu'avaient cautionn&#233;e les grandes puissances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est difficile de savoir quel foss&#233; cette politique a creus&#233; entre les peuples. Ce n'est pas le vote massif des Serbes de Bosnie en faveur des chefs de bande nationalistes et de leur politique qui donne n&#233;cessairement une indication fiable. Il montre seulement que les Serbes de Bosnie ne voient pas une autre solution que l'isolement hostile envers les autres peuples. Mais encore une fois, personne ne leur propose une autre perspective et surtout pas le plan Vance-Owen. Et la r&#233;publique des Serbes de Bosnie n'est ni plus ni moins &#171; autoproclam&#233;e &#187; que les autres r&#233;publiques issues du d&#233;pe&#231;age de la Yougoslavie, &#224; ceci pr&#232;s qu'il lui manque la reconnaissance internationale. Mais il se peut qu'une &#233;ni&#232;me variante du plan Vance-Owen finisse par la lui accorder...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, &#233;videmment, la situation &#233;chappe aujourd'hui &#224; tous ceux qui ont tant fait pour ouvrir la bo&#238;te de Pandore. Les chefs de bandes arm&#233;es n'ob&#233;issant plus &#224; personne. Les puissances imp&#233;rialistes ne sont pas pr&#234;tes &#224; mettre le prix pour les remettre au pas. Elles comptent de plus en plus sur Milosevic, pour ce qui concerne les Serbes de Bosnie. Voil&#224; la raison non seulement du spectaculaire revirement &#224; son &#233;gard, mais m&#234;me de la relative tol&#233;rance dont, en fait, Milosevic a toujours b&#233;n&#233;fici&#233; de la part des puissances imp&#233;rialistes, malgr&#233; les menaces officiellement prof&#233;r&#233;es &#224; son &#233;gard. Mais rien ne dit pour l'instant que Milosevic puisse remettre ces bandes arm&#233;es au pas, ni m&#234;me que, de son c&#244;t&#233;, il ait envie d'y mettre vraiment le prix, m&#234;me pour rentrer compl&#232;tement dans les gr&#226;ces des puissances imp&#233;rialistes. Et on peut en dire autant de Tudjman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une intervention des puissances imp&#233;rialistes, m&#234;me militaire, ne supprimerait pas les causes de cette &#171; libanisation &#187; de ce qui fut la Yougoslavie. Elle pourrait tout au plus favoriser des changements de rapports de forces entre bandes arm&#233;es (mais pas forc&#233;ment en faveur de celles du c&#244;t&#233; desquelles les grandes puissances interviendraient). Le plan Vance-Owen qui d&#233;coupe la Bosnie-Herz&#233;govine en minuscules ghettos nationaux, reli&#233;s par des corridors, surveill&#233;s par des troupes &#233;trang&#232;res en nombre, dressant encore plus les peuples les uns contre les autres, voil&#224; ce que les puissances imp&#233;rialistes ont &#224; offrir comme &#171; solution &#187;. Et une intervention militaire, &#224; supposer que les grandes puissances s'y r&#233;solvent - et pour l'instant, elles en brandissent d'autant plus fort la menace qu'elles n'ont pas envie de lui donner suite - ne pourrait &#234;tre que l'instrument d'ex&#233;cution de ce plan, ou d'un autre de m&#234;me acabit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En guise de paix, une intervention militaire de l'imp&#233;rialisme ne pourrait obtenir, au mieux, qu'une paix arm&#233;e. En guise de stabilit&#233;, elle ne ferait, au mieux, que stabiliser le pouvoir des bandes arm&#233;es les plus aptes &#224; maintenir l'ordre. Voil&#224; pourquoi il n'est &#233;videmment pas de l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re, ni de l&#224;-bas, ni d'ici, qu'une telle intervention se produise. Voil&#224; pourquoi aucun travailleur conscient ne peut souhaiter une telle intervention, pas plus qu'il ne pourrait la cautionner si elle finissait par se produire.La d&#233;sagr&#233;gation de la Yougoslavie a d&#233;j&#224; boulevers&#233; les &#233;quilibres balkaniques. Pour l'instant, les fronti&#232;res qui avaient &#233;t&#233; celles de la Yougoslavie vers l'ext&#233;rieur sont encore respect&#233;es. Mais une extension de la guerre interne &#224; la Mac&#233;doine ou son aggravation au Kosovo, risque d'impliquer la Gr&#232;ce, la Bulgarie et l'Albanie. Personne ne peut d&#233;sormais exclure la possibilit&#233; de nouvelles guerres balkaniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, nulle fronti&#232;re &#233;tanche ne s&#233;pare les Balkans des pays d'Europe centrale. La Hongrie et la Roumanie sont d&#233;j&#224; indirectement impliqu&#233;es dans la guerre pour l'instant interne &#224; la Yougoslavie. Du fait des minorit&#233;s nationales, mais du fait aussi que le boycott de la Serbie, impos&#233; avec plus ou moins de z&#232;le par les puissances imp&#233;rialistes, exige leur participation et l&#232;se leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Et l'exemple de la remise en cause de l'ordre international ancien, l'exemple des modifications de fronti&#232;res fussent-elles internes &#224; la Yougoslavie redonnent de la voix &#224; tous ceux, en Hongrie ou en Roumanie, qui cherchent &#224; capitaliser au profit de leur propre app&#233;tit de pouvoir, les m&#233;contentements, les d&#233;sespoirs engendr&#233;s dans les populations de ces pays par l'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale. La d&#233;nonciation des injustices des trait&#233;s de Versailles, de Saint-Germain ou de Trianon est en passe de devenir ouvertement une arme politique entre les mains de l'extr&#234;me droite de certains de ces pays ; comme la d&#233;nonciation de la politique revancharde de ces derniers devient une arme politique entre les mains de l'extr&#234;me droite des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y en eut, et pas seulement parmi les d&#233;fenseurs patent&#233;s de l'imp&#233;rialisme et de son ordre, pour pr&#233;senter les transformations intervenues en Europe centrale et balkanique apr&#232;s 1989, &#224; la suite de la crise puis de la d&#233;sagr&#233;gation du pouvoir de la bureaucratie en URSS, comme une r&#233;volution ou en tout cas, comme un progr&#232;s. Il n'en est rien. L'Europe centrale et balkanique est devenue une des expressions les plus mena&#231;antes de la pourriture du syst&#232;me imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas &#224; en tirer des raisons de d&#233;sesp&#233;rer. Il y a seulement &#224; constater que, sans un renouveau du mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire, l'imp&#233;rialisme ne peut que faire ressurgir des formes de barbarie du pass&#233; et ramener la soci&#233;t&#233; en arri&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Russie - Plus Eltsine veut saisir de pouvoir, moins il en tient</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;002&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Eltsine convoque donc pour le 5 juillet une Assembl&#233;e constituante, fort de ce que ses partisans - parmi lesquels il faut ranger les dirigeants et la presse d'Occident - consid&#232;rent comme sa victoire lors du r&#233;f&#233;rendum pl&#233;biscite du 25 avril. Il garde donc pour le moment l'initiative contre ses adversaires dans la lutte pour le pouvoir supr&#234;me en Russie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis quelques mois, l'opposition &#224; Eltsine s'est cristallis&#233;e autour du trio repr&#233;sent&#233; par Khasboulatov, pr&#233;sident du Parlement, Routsko&#239;, le vice-pr&#233;sident de la Russie et accessoirement Zorine, pr&#233;sident du Conseil constitutionnel. Qui court pour qui dans ce trio n'a aucune esp&#232;ce d'importance : les r&#244;les peuvent changer au hasard des ambitions et des possibilit&#233;s. Les deux plus en vue du trio en constituent d'ailleurs l'illustration : Routsko&#239; comme Khasboulatov &#233;taient, il y a &#224; peine deux ans, des hommes liges d'Eltsine. Le premier a &#233;t&#233; sorti de l'anonymat lorsque, en 1991, Eltsine l'a pris sur son &#171; ticket &#187; pr&#233;sidentiel, et quant &#224; Khasboulatov, c'est Eltsine qui l'avait impos&#233; comme son successeur &#224; la t&#234;te du Parlement russe, lorsque lui-m&#234;me fut investi par le suffrage universel en tant que pr&#233;sident de la Russie. Mais il faut croire que l'organe cr&#233;e l'ambition. Il n'est pas &#233;tonnant que dans son projet de Constitution, Eltsine veuille supprimer le poste de vice-pr&#233;sident et rogne les pr&#233;rogatives du futur Parlement. Car &#233;videmment, celui qui est en place et qui sert de point d'appui &#224; ses adversaires devrait &#234;tre dissous. La convocation d'une Assembl&#233;e constituante est de toute &#233;vidence une manoeuvre pour court-circuiter et marginaliser le Parlement d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#224; ce compte, Eltsine n'a pas fini de supprimer des postes et des institutions, dont les titulaires pourraient se r&#233;v&#233;ler des rivaux ! Zorine, troisi&#232;me larron du trio, n'a que le Conseil constitutionnel comme point d'appui, c'est-&#224;-dire une institution ubuesque, cens&#233;e contr&#244;ler la constitutionnalit&#233; des lois dans une Russie qui n'a pas de Constitution en tant que telle et qui conserve encore celle de l'URSS datant de Brejnev, elle-m&#234;me un remake de la Constitution de 1936 de Staline.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans cette Russie o&#249; il ne reste du pouvoir &#233;tatique centralis&#233; que son ombre, l'ombre d'un pouvoir suffit apparemment pour nourrir les plus hautes ambitions...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me Eltsine, le titulaire du poste supr&#234;me, n'a pour le moment du pouvoir que son ombre. Ce n'est pas une question de limitation juridique. Il y a un peu plus d'un an, au d&#233;but de 1992, Eltsine avait obtenu d'un Parlement &#224; l'&#233;poque encore ob&#233;issant, le droit de gouverner par d&#233;cret, donc pratiquement sans contr&#244;le. Et il en a publi&#233;, des d&#233;crets ! Mais personne ne les a ex&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait marquant de l'&#233;volution de ces temps derniers n'est m&#234;me plus que la lutte pour le pouvoir supr&#234;me ne se ralentit un moment que pour mieux rebondir apr&#232;s ; et qu'&#224; peine un chef semble s'imposer contre un rival &#233;cart&#233;, comme Eltsine apr&#232;s la chute de Gorbatchev, de nouveaux rivaux surgissent. Les sommets de la bureaucratie ont connu, dans le pass&#233;, d'autres p&#233;riodes o&#249; une crise de succession ne s'est pas apais&#233;e avec l'installation aux commandes du plus rapide des h&#233;ritiers. Les affrontements ne se d&#233;roulaient pas en public, mais les cons&#233;quences &#233;taient autrement plus graves pour le perdant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais durant cette longue p&#233;riode qui va de la mort de Staline en 1953 jusqu'&#224; l'installation de Brejnev, les Beria, Malenkov, Khrouchtchev, Molotov, Joukov, puis Brejnev, Kossyguine, se battaient pour savoir qui commanderait - et avec quelles limites &#224; son pouvoir personnel - cette immense machine qu'&#233;tait l'appareil d'&#201;tat de la bureaucratie, relay&#233; et en grande partie confondu avec l'appareil du Parti. Cette immense machine, au fonctionnement hi&#233;rarchis&#233;, command&#233; aux &#233;chelons interm&#233;diaires par des centaines de milliers de bureaucrates de rangs moyen et sup&#233;rieur, s'appuyant sur une couche bureaucratique de dix, peut-&#234;tre de vingt millions d'hommes et de femmes, dont la position sociale, l'autorit&#233; venaient de leur place dans ou autour des diff&#233;rents appareils qui composent l'&#201;tat (les appareils encadrant et dirigeant l'&#233;conomie &#233;tatique compris). Les appareils de l'&#201;tat et du Parti, avec leur armada de serviteurs occasionnels, volontaires ou pas, leurs mouchards, assuraient partout la pr&#233;sence du pouvoir du Big Brother du moment, jusqu'aux recoins les plus recul&#233;s de cet immense pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, les luttes des c&#233;nacles du Kremlin semblent se d&#233;rouler en circuit ferm&#233;, de fa&#231;on d&#233;connect&#233;e d'avec le reste du pays. Pratiquement pas de relais dans le pays, pas de hi&#233;rarchie qui transmettent les ordres dans un sens, les informations dans l'autre. L'appareil d'&#201;tat n'a pas disparu mais il s'est fractionn&#233;. La bureaucratie a encore moins disparu, au contraire serait-on tent&#233; de dire, tant les privil&#232;ges continuent &#224; d&#233;couler de la d&#233;tention du pouvoir (elle se serait m&#234;me accrue en nombre, selon les donn&#233;es m&#234;mes du gouvernement russe). Mais c'est le pouvoir central qui s'est affaibli, au point de dispara&#238;tre presque compl&#232;tement au profit des pouvoirs locaux, r&#233;gionaux, r&#233;publicains. Voil&#224; le r&#233;sultat le plus tangible de ce qui a commenc&#233; comme une crise de succession dans le cadre de l'URSS, qui s'est transform&#233; en crise de pouvoir conduisant &#224; l'&#233;clatement de l'URSS et qui ne s'est pas d&#233;nou&#233; dans le cadre de la Russie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;La bureaucratie contre le pouvoir central&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me d'Eltsine d&#233;passe donc, et de tr&#232;s loin, sa petite guerre contre le Parlement. Comment reconstituer un pouvoir centralis&#233; ? S'il a un objectif, c'est bien celui-l&#224;. Mais il n'a pas les moyens de l'imposer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La strat&#233;gie qu'il semble avoir choisie pour l'emporter contre le Parlement - qu'il aille jusqu'au bout de son choix ou qu'il finisse par composer est encore une autre question - est elle-m&#234;me significative. Le d&#233;cret de convocation de l'Assembl&#233;e constituante pr&#233;cise la composition de celle-ci : en dehors des repr&#233;sentants du Pr&#233;sident et des repr&#233;sentants des diff&#233;rentes fractions du Parlement, cette Assembl&#233;e sera surtout compos&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s des quatre-vingt-huit &#171; sujets &#187; de la F&#233;d&#233;ration de Russie, c'est-&#224;-dire, de ses entit&#233;s territoriales devenues, au fil de la crise du pouvoir central, de plus en plus autonomes. A d&#233;faut de pouvoir s'imposer contre les baronnies bureaucratiques, Eltsine a choisi, une fois de plus, de composer avec elles. Mais peut-&#234;tre n'aura-t-il m&#234;me pas ce choix, et sera-t-il oblig&#233; de s'aligner sur ce qu'elles veulent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette attitude n'est pas nouvelle pour Eltsine. C'est en s'appuyant &#224; l'&#233;poque sur les hauts dignitaires des quinze r&#233;publiques de l'URSS, en encourageant leur volont&#233; d'autonomie &#224; l'&#233;gard du pouvoir central, qu'il a r&#233;ussi &#224; &#233;vincer Gorbatchev de la direction de l'URSS... en d&#233;truisant l'URSS. Mais ce qui fut une strat&#233;gie de conqu&#234;te du pouvoir lorsque Eltsine &#233;tait dans l'opposition, est devenu l'expression de son impuissance depuis qu'il est au sommet du pouvoir. L'&#233;clatement de l'URSS et l'ind&#233;pendance de ses quinze anciennes r&#233;publiques n'a pas rendu le pouvoir central plus stable en Russie. Au contraire. La Russie elle-m&#234;me est devenue une f&#233;d&#233;ration de baronnies bureaucratiques, incontr&#244;l&#233;es par le pouvoir central.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas seulement, ni m&#234;me principalement, parce que la Russie est, en effet, elle-m&#234;me une f&#233;d&#233;ration. Le rejet du pouvoir central a trouv&#233; certes plus rapidement une expression claire au Tatarstan ou en Tch&#233;tch&#233;nie. Ce n'est pas pour rien. La plupart des entit&#233;s ethniques de la f&#233;d&#233;ration russe ont h&#233;rit&#233; du pass&#233; des statuts de r&#233;publiques ou de r&#233;gions nationales autonomes. Cette autonomie &#233;tait, du temps de Staline, tout &#224; fait fictive, mis &#224; part un certain nombre de domaines comme l'utilisation de la langue ou l'enseignement par exemple. Mais avec la crise du pouvoir central, ce cadre juridique local s'est rempli de contenu. Toutes les r&#233;publiques autonomes se mirent &#224; r&#233;clamer le droit de d&#233;cider de leurs affaires, de contr&#244;ler la richesse de leur sous-sol, de garder leurs ressources.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les na&#239;fs y voyaient l'expression de la volont&#233; des peuples des ces r&#233;gions de disposer enfin d'eux-m&#234;mes. Le moteur du mouvement n'est cependant nullement le probl&#232;me national (tout au plus un pr&#233;texte &#171; honorable &#187; vis-&#224;-vis du pouvoir central et un moyen de tromper le peuple dont on se pose en repr&#233;sentant). Bien des dirigeants de r&#233;gions purement russes ont d&#233;j&#224; impos&#233;, de fait, leur autonomie par rapport au pouvoir central. Certains en sont maintenant &#224; la revendiquer officiellement. M&#234;me le r&#233;cent r&#233;f&#233;rendum-pl&#233;biscite destin&#233; en principe &#224; conforter le pouvoir d'Eltsine, a &#233;t&#233; surtout l'occasion pour les dirigeants de consolider le leur. Ils ont accept&#233; de rendre &#224; Eltsine le service d'organiser le r&#233;f&#233;rendum chez eux. Mais donnant-donnant. Dans bien des r&#233;gions, ils ont ajout&#233; aux quatre questions du r&#233;f&#233;rendum d'Eltsine une de plus, concernant leur propre pouvoir. M&#234;me ceux de Leningrad redevenu Saint-P&#233;tersbourg, la deuxi&#232;me capitale du pays, ont fait ainsi ent&#233;riner par le suffrage universel leur exigence d'obtenir le m&#234;me statut d'autonomie que les r&#233;publiques f&#233;d&#233;r&#233;es. Et ce n'est pas seulement par vanit&#233; que les dirigeants de la capitale ont tenu &#224; imposer que l'on d&#233;signe d&#233;sormais officiellement leur municipalit&#233; comme le &#171; gouvernement de Moscou &#187;, c'est une fa&#231;on de rappeler publiquement que s'il existe un gouvernement de Russie, les autorit&#233;s de la capitale entendent n&#233;gocier avec lui d'&#233;gal &#224; &#233;gal, de puissance &#224; puissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans certaines r&#233;gions assez riches pour que le pouvoir local soit non seulement bien install&#233; mais dispose de moyens, les dirigeants locaux ne se sont m&#234;me pas donn&#233; la peine de faire voter pour les questions d'Eltsine. Dans ces r&#233;gions - comme par exemple au Tatarstan, en Bachkirie ou dans la r&#233;gion russe de Krasnodar - le pl&#233;biscite d'Eltsine s'est retourn&#233; contre lui. Certains des dirigeants locaux de ces r&#233;gions ne se sont pas g&#234;n&#233;s pour d&#233;clarer que, pl&#233;biscite ou pas, eux n'acceptaient pas le projet de nouvelle Constitution d'Eltsine et le r&#233;tablissement du pouvoir central qu'il implique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il serait presque comique de voir les chefs des baronnies bureaucratiques purement russes revendiquer leur autonomie au nom de l'id&#233;e qu'il n'y a pas de raison que les Russes soient plus maltrait&#233;s que les nations allog&#232;nes. Il ne faut pas chercher plus de v&#233;rit&#233; dans les pr&#233;textes qu'ils invoquent que dans ceux de leurs semblables tatares, tch&#233;tch&#232;nes, iakoutes, etc. : leurs exigences ont le m&#234;me fondement. L'autonomie n'est pas seulement la cons&#233;cration de leur pouvoir politique, mais aussi la reconnaissance juridique de leur droit de piller leur propre r&#233;gion, sans avoir &#224; partager avec le pouvoir central.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les d&#233;tenteurs locaux de pouvoir politique, les pr&#233;sidents de soviets r&#233;gionaux, les gouverneurs, l'autonomie consiste en premier lieu en ceci qu'ils gardent par devers eux-m&#234;mes les recettes locales (contraignant, soit dit en passant, le pouvoir central &#224; faire marcher la planche &#224; billets pour compenser des recettes que les pouvoirs locaux ne lui transmettent plus). Certains se contentent de cela. D'autres refusent au pouvoir central le contr&#244;le des richesses de &#171; leur &#187; sous-sol et en n&#233;gocient la vente directement avec les trusts &#233;trangers. D'autres encore, ou les m&#234;mes, ont &#171; nationalis&#233; &#187; ou &#171; r&#233;gionalis&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire pris sous leur contr&#244;le, de grandes entreprises d'&#201;tat qui produisent pour l'ensemble de l'ex-URSS. Certains pouvoirs locaux l'ont fait en proclamant que, face aux tergiversations et aux lenteurs du pouvoir central, ils allaient les privatiser. Bien peu l'ont fait. Mais contr&#244;ler la grande entreprise de la r&#233;gion donne un pouvoir suppl&#233;mentaire sur les habitants de celle-ci - en emplois comme en troc de produits alimentaires avec d'autres r&#233;gions - et un moyen de chantage vis-&#224;-vis de ce qui reste du &#171; centre &#187;. Les int&#233;r&#234;ts de ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir politique local convergent avec les int&#233;r&#234;ts de ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir &#233;conomique, les chefs des grandes entreprises d'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Relatant les cons&#233;quences de l'&#233;clatement de l'URSS et le fait que les anciennes administrations &#233;conomiques centrales au niveau de l'URSS n'ont pas &#233;t&#233; remplac&#233;es au niveau de la Russie, Jaur&#232;s Medvedev, un des noms les plus connus de la contestation au temps de Brejnev, &#233;crit dans un article r&#233;cent : &lt;i&gt;&#171; Ce fut une d&#233;centralisation de facto, mais en l'absence d'administration centrale, la plupart des entreprises pass&#232;rent sous contr&#244;le local. Des 'pontes' r&#233;gionaux commenc&#232;rent &#224; user des firmes poss&#233;d&#233;es par l'&#201;tat pour leurs propres besoins. Des r&#233;gions riches en ressources et en industries, comme Tioumen, le Tatarstan et Krasnodar, dont les responsables furent &#224; m&#234;me de collecter de nouveaux revenus internes et des taxes &#224; l'exportation, b&#233;n&#233;fici&#232;rent le plus de cette situation. En l'absence de contr&#244;le des prix et des revenus, les chefs d'entreprises s'attribu&#232;rent de hauts salaires. Ils n'&#233;taient donc gu&#232;re enclins &#224; voir passer les usines aux mains d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Une nouvelle forme de 'socialisme de profit' s'est instaur&#233;e, qui r&#233;siste &#224; l'&#233;mergence d'un capitalisme jeune et faible. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Laissons &#224; Medvedev la paternit&#233; de ses expressions. Il montre cependant quel est le fondement bien mat&#233;riel du refus par la bureaucratie du r&#233;tablissement d'un pouvoir central fort. Cette bureaucratie n'est pas mue par des raisons id&#233;ologiques : pas plus le r&#233;tablissement de l'&#233;conomie de march&#233; aujourd'hui que le communisme hier. Comme le rel&#232;ve encore Medvedev, Eltsine a publi&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re &lt;i&gt;&#171; presque un millier d'oukases sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre, la dissolution des fermes collectives d'&#201;tat, la fin des monopoles, la libert&#233; de commerce, les faillites, les titres de privatisation, etc., afin de faciliter l'&#233;mergence d'une &#233;conomie de march&#233;. Rares furent les d&#233;crets qui furent appliqu&#233;s... &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du fait de l'affaiblissement du pouvoir central, les parasites bureaucratiques ont trouv&#233;, en quelque sorte, la &#171; niche &#233;cologique &#187; id&#233;ale. Ils ont toujours v&#233;cu du pillage de l'&#233;conomie &#233;tatique. Ce qu'ils faisaient en position de subordonn&#233;s par rapport &#224; un pouvoir central dictatorial, ils ont la possibilit&#233; de le faire sans avoir de comptes &#224; rendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette situation &#171; id&#233;ale &#187; pour le parasitisme bureaucratique qui est en train de d&#233;truire le corps social parasit&#233;. La dictature centralis&#233;e ne maintenait pas seulement la propri&#233;t&#233; &#233;tatique des grands moyens de production, les kolkhozes, etc., ces structures &#233;conomiques r&#233;sultant de la r&#233;volution de 1917 que les bureaucrates ont parasit&#233;es pendant des d&#233;cennies et qu'ils continuent encore &#224; parasiter aujourd'hui. Elle maintenait aussi des liens &#233;conomiques dont l'ensemble a repr&#233;sent&#233; la planification. C'est gr&#226;ce &#224; la propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, gr&#226;ce &#224; la mise en commun des moyens de production &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble du pays, gr&#226;ce &#224; tout un tissu &#233;conomique tiss&#233; &#224; cette &#233;chelle, que le pays pauvre qu'a toujours &#233;t&#233; l'URSS a progress&#233; sur le plan &#233;conomique, malgr&#233; le parasitisme bureaucratique, et est devenu une grande puissance industrielle. Les bureaucrates du pouvoir politique, les &#171; managers &#187; des entreprises d'&#201;tat, les chefs des kolkhozes, n'ont pas encore pu ou os&#233;, ou bien ils n'ont pas encore voulu ou pas encore trouv&#233; leur int&#233;r&#234;t &#224; mettre fin &#224; la propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, malgr&#233; les injonctions et les oukases de leur chef politique central. Mais dans leur course &#224; l'autonomie, par leur volont&#233; de ne prendre de la centralisation que ce qui les arrange, ils ont d&#233;j&#224; s&#233;rieusement endommag&#233; le tissu &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'affaiblissement du pouvoir central, la d&#233;consid&#233;ration dont il est l'objet, donnent sans cesse plus d'arrogance aux d&#233;tenteurs de pouvoirs locaux. Mais plus ils avancent dans ce sens, plus ils scient l'arbre sur les branches duquel ils sont assis. Nombre de dirigeants politiques de la bureaucratie, comme nombre de chefs d'entreprises d'&#201;tat en sont conscients. &#201;tant donn&#233; la rapidit&#233; du processus de dislocation de l'&#233;conomie, il est difficile de ne pas l'&#234;tre. L'autonomie croissante de ces grandes entreprises d'&#201;tat qui avaient pour clients ou pour fournisseurs des centaines, voire des milliers d'autres, dispers&#233;es sur le territoire de l'ex-URSS, comme les interventions politiques des pouvoirs locaux se voulant ind&#233;pendants, se traduisent par des &#224;-coups dans les approvisionnements, dans les livraisons et, in&#233;vitablement, dans la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;clatement en baronnies et les cons&#233;quences n&#233;fastes qui en d&#233;coulent pour les entreprises de leur r&#233;gion, poussent les responsables locaux &#224; remplacer les r&#233;gulations &#233;tablies dans le pass&#233; au niveau des administrations centrales par une sorte d'&#233;conomie de troc entre entreprises d'&#201;tat. Mais on ne bricole pas une &#233;conomie qui s'est d&#233;velopp&#233;e de fa&#231;on planifi&#233;e &#224; l'&#233;chelle d'un pays - et ce pays &#233;tait l'ensemble de l'URSS, m&#234;me si la Russie en constitue la majeure partie - sans que cela ait des cons&#233;quences catastrophiques. Le recul de la production en est l'expression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nombre de voix se font entendre dans les milieux dirigeants pour faire le constat que si les autorit&#233;s de planification d'antan qui r&#233;gulaient l'&#233;conomie - bien ou mal, c'est encore autre chose - ont de moins en moins d'autorit&#233;, quand elles n'ont pas disparu, il n'est pas non plus apparu un v&#233;ritable march&#233; en Russie. Pour ainsi dire tous les dirigeants de la bureaucratie r&#233;clament des changements, les uns en demandant que l'on acc&#233;l&#232;re la marche vers le capitalisme, d'autres, sans forc&#233;ment les contredire, pour demander que l'&#201;tat intervienne davantage et se remette &#224; jouer, f&#251;t-ce plus souplement que dans le pass&#233;, son r&#244;le de r&#233;gulateur des relations entre entreprises d'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais comment ? Les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bureaucratie en tant que couche dominante se heurtent aux int&#233;r&#234;ts particuliers des dizaines, des centaines de milliers de bureaucrates en position d'effectuer des pr&#233;l&#232;vements &#224; leur profit personnel sur l'&#233;conomie d'&#201;tat, en liaison ou pas avec la couche des &#171; nouveaux riches &#187; ou les diff&#233;rentes mafias engag&#233;es dans la course &#224; l'enrichissement, et se h&#226;tant de d&#233;poser le fruit de leurs rapines dans des banques occidentales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eltsine avait pris le pouvoir en Russie en brandissant le drapeau du r&#233;tablissement du capitalisme. Il est de plus en plus oiseux de se demander si la politique de contre-r&#233;volution avait l'acquiescement ou pas de l'ensemble de la bureaucratie. Pour le moment, Eltsine n'a pas les moyens d'avoir une politique - ni celle-l&#224;, ni une autre. C'est la bureaucratie elle-m&#234;me par ses r&#233;sistances, par son &#226;pret&#233; au gain rapide, qui est le principal obstacle au r&#233;tablissement d'un pouvoir central, d'une hi&#233;rarchie &#233;tatique, d'une force de r&#233;pression sans lesquels les dirigeants du Kremlin en sont r&#233;duits &#224; faire des discours, suffisamment pro-capitalistes et r&#233;actionnaires pour plaire aux dirigeants des puissances imp&#233;rialistes, mais st&#233;riles, car non suivis d'effets sur le terrain. La bureaucratie qui, pendant des d&#233;cennies, a eu pour forme de domination la dictature personnelle, est en train de montrer, en quelque sorte par la n&#233;gative, en s'installant depuis maintenant plusieurs ann&#233;es dans le provisoire d'une situation anarchique, son incapacit&#233; &#224; se gouverner d'une mani&#232;re d&#233;mocratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En reprenant l'initiative politique, en imposant sa Constitution, Eltsine finira-t-il par r&#233;tablir un pouvoir central que seuls ses laudateurs occidentaux peuvent d&#233;peindre comme un r&#233;gime d&#233;mocratique ? (Lui-m&#234;me ne cache pas sa volont&#233; d'&#233;tablir un pouvoir autoritaire, comme ses opposants du Parlement d'ailleurs). On peut tout au plus constater que pour le moment il n'a m&#234;me pas un parti ou un appareil politique &#224; sa disposition et que la hi&#233;rarchie de l'arm&#233;e, seul appareil qui formellement a surv&#233;cu au naufrage, craint trop, &#224; tort ou &#224; raison, de se fractionner elle-m&#234;me en intervenant dans la vie politique - du c&#244;t&#233; d'Eltsine ou autrement. Eltsine a pour lui un certain contr&#244;le sur la presse et l&#224; o&#249; c'est le cas, cette derni&#232;re est aussi flagorneuse ou peu s'en faut qu'au temps de Brejnev. Mais dans les r&#233;gions autonomes assez riches pour se payer &#171; leurs &#187; journalistes, c'est &#233;videmment aux d&#233;tenteurs locaux du pouvoir que va la flagornerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le pass&#233;, c'est sous les secousses de crises sociales graves que la bureaucratie s'est jet&#233;e dans les bras d'un sauveur supr&#234;me. Mais de nouvelles secousses sociales, la bureaucratie est peut-&#234;tre en train d'en pr&#233;parer. Malgr&#233; la prudence de ses dirigeants politiques, leurs tergiversations devant des mesures qui prendraient de front les travailleurs, la classe ouvri&#232;re est gravement frapp&#233;e dans son existence mat&#233;rielle. Et, apr&#232;s des d&#233;cennies pendant lesquelles leurs chefs politiques imposaient aux bureaucrates une grande discr&#233;tion autour de leurs privil&#232;ges, l'&#233;talage des signes ext&#233;rieurs de richesse, les fortunes vite faites soulignent encore plus l'appauvrissement de la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233;. Cela poussera-t-il la classe ouvri&#232;re &#224; intervenir ? Sous quelle forme, et surtout sous quel drapeau ? &#201;mergera-t-il de son sein des militants, une force politique communiste r&#233;volutionnaire, s'opposant tout autant &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de la marche vers le capitalisme qu'&#224; un retour en arri&#232;re ; et tout autant aux affairistes bourgeois qu'aux bureaucrates pilleurs, au nom d'une politique ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re pour mettre fin &#224; la crise de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nul n'a de r&#233;ponse &#224; ces questions. Mais les dirigeants politiques de la bureaucratie, comme leurs conseillers occidentaux continuent &#224; envisager des troubles sociaux et reconnaissent les craindre. C'est l&#224; o&#249; commence l'espoir d'une politique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>France - La droite gouverne &#224; pas prudents</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;001&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; la victoire &#233;lectorale imposante de la droite, en mars dernier, le gouvernement Balladur n'a pas choisi d'adopter le profil conqu&#233;rant d'une droite revancharde. Il a plut&#244;t tenu &#224; donner de lui une image prudente, mod&#233;r&#233;e m&#234;me, comme si l'ampleur de cette victoire l'embarrassait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela s'explique par la situation dans laquelle il se trouve. Il h&#233;rite d'une situation &#233;conomique et sociale difficile, qui n'est certes pas propre &#224; la France, mais qui, comme ailleurs, est d&#233;licate &#224; g&#233;rer. D'autant qu'il est, du fait m&#234;me des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales programm&#233;es dans les mois &#224; venir, un gouvernement de transition dont la dur&#233;e limite est quasi fix&#233;e &#224; l'avance. Il a droit &#224; deux ans de vie maximum jusqu'&#224; mai 1995, date o&#249; doit avoir lieu l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Et cette perspective joue non pas tant sur ses choix fondamentaux que sur la fa&#231;on de les pr&#233;senter&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la situation &#233;conomique et sociale, le nouveau gouvernement a pris un certain nombre de d&#233;cisions, regroup&#233;es dans un plan dit de &#171; redressement &#187; dont la teneur est sans surprise. Ce plan consiste en une s&#233;rie de mesures destin&#233;es, explique-t-il, &#224; lutter contre le ch&#244;mage, avec le traditionnel appel &#224; la n&#233;cessaire solidarit&#233; de tous. Mais ces mesures &#233;vitent, comme &#224; chaque fois, de s'en prendre &#224; la bourgeoisie, grande et moyenne. Elles vont se traduire par des avantages nouveaux aux employeurs, sous le pr&#233;texte traditionnel de favoriser l'embauche, et vont peser, comme &#224; chaque fois, sur les salari&#233;s, et sur les cat&#233;gories populaires. Le gouvernement n'ose m&#234;me pas promettre que son plan aura des effets positifs dans un avenir proche. Il pronostique une augmentation de plus de 300 000 ch&#244;meurs d'ici &#224; la fin de l'ann&#233;e, qui s'ajouteront aux trois millions d&#233;j&#224; officiellement recens&#233;s. La pr&#233;vision risque malheureusement de se v&#233;rifier. Ainsi la nouvelle &#233;quipe promet de terminer l'ann&#233;e avec une augmentation du ch&#244;mage de 10 %, ce qui n'est pas rien. Mais n'a-t-elle pas promis &#224; la population &#171; du sang et des larmes &#187; ? Sous couvert de r&#233;alisme ce pessimisme rel&#232;ve d'un calcul politique. Il est destin&#233; &#224; d&#233;douaner par avance le gouvernement qui, de cette fa&#231;on, veut faire admettre &#224; l'opinion qu'il n'est pour rien, ni dans la situation actuelle, ni dans sa d&#233;gradation annonc&#233;e. La d&#233;marche est classique. Elle consiste a rejeter la responsabilit&#233; de la situation sur le contexte g&#233;n&#233;ral, mais surtout sur les pr&#233;d&#233;cesseurs. Les socialistes l'avait utilis&#233;e apr&#232;s 1981. Balladur aurait tort de ne pas en user le temps que cela marche, car cette ficelle ne peut pas &#234;tre efficace &#233;ternellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autant que le patronat fran&#231;ais n'a nullement manifest&#233; l'intention de lui faciliter la t&#226;che en modifiant son comportement, ou ses propos. Il continue &#224; r&#233;clamer tout &#224; la fois les aides de l'&#201;tat sous forme de subventions ou d'avantages fiscaux, et la suppression des r&#233;glementations sociales, pourtant d&#233;j&#224; bien malmen&#233;es, qu'il consid&#232;re comme autant d'entraves &#224; sa libert&#233; d'exploiter les travailleurs. Dans le m&#234;me temps, les patrons des grosses et des moins grosses entreprises ne cessent d'annoncer des r&#233;ductions d'effectifs. Les derni&#232;res en date rendues publiques concernent le trust Michelin. Mais le secteur public n'est pas en reste. Par exemple la SNCF, en m&#234;me temps qu'elle pr&#233;cise des projets de restructuration, annonce elle aussi des suppressions de postes. Tout cela au nom du lib&#233;ralisme &#233;conomique dont le nouveau gouvernement se proclame un chaud partisan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pourquoi le patronat se g&#234;nerait-il apr&#232;s tout ? Il a eu tout le temps pour mesurer que le rapport de forces penchait en sa faveur depuis des ann&#233;es et qu'il ne rencontrait aucune opposition &#224; sa politique de renforcement de l'exploitation des salari&#233;s, ni de la part des gouvernements successifs, ni m&#234;me des travailleurs, assomm&#233;s tout &#224; la fois par la crise et par les cons&#233;quences d&#233;moralisantes de la politique des partis de gauche dans lesquels ils avaient mis leurs espoirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le patronat dit en substance au gouvernement, depuis des mois : &#171; A chacun son m&#233;tier, &#224; nous patrons, la responsabilit&#233; de la conduite de nos affaires, laissez-nous les mains libres ; quant &#224; vous, responsables politiques, il vous revient le r&#244;le de faire accepter &#224; l'opinion, et en particulier aux salari&#233;s, les cons&#233;quences de nos choix &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est justement l&#224; le probl&#232;me. La droite au gouvernement doit en effet faire accepter &#224; l'opinion les cons&#233;quences du choix du patronat. Et pour cela, le poids de sa victoire &#233;lectorale, qui n'est au bout du compte qu'un poids exclusivement moral et provisoire, risque de ne pas op&#233;rer bien longtemps. D'autant qu'il ne s'agit pas seulement de faire accepter la situation &#224; l'opinion ouvri&#232;re. En effet cette politique syst&#233;matique de r&#233;duction des emplois, qui ne semble pas conna&#238;tre de limites, se r&#233;percute de proche en proche &#224; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Aux travailleurs manuels tout d'abord. Mais elle ne touche plus qu'eux. Elle touche aujourd'hui de mani&#232;re significative des cat&#233;gories qui se consid&#233;raient jusqu'alors &#224; l'abri, tels les mensuels, les cadres, les membres de la ma&#238;trise. Et au-del&#224; m&#234;me des salari&#233;s, elle atteint de fa&#231;on aujourd'hui sensible une fraction de la petite bourgeoisie, d'abord les petits commer&#231;ants, et l&#224; encore de proche en proche d'autres corporations qui p&#226;tissent du r&#233;tr&#233;cissement de la solvabilit&#233; de la population. La crise &#233;conomique est l&#224;. De cela, les capitalistes ne s'en soucient gu&#232;re pour le moment, d'autant moins qu'ils assurent actuellement une bonne partie de leurs profits au travers d'activit&#233;s sp&#233;culatives, c'est-&#224;-dire ind&#233;pendantes de la production et de l'&#233;change des marchandises. Et, de toute fa&#231;on, ils sont entra&#238;n&#233;s dans cette fuite en avant par les m&#233;canismes de la concurrence. A charge donc pour les gouvernements, celui en place comme les pr&#233;c&#233;dents, d'en assumer les cons&#233;quences sociales et politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce qui explique la relative expectative du gouvernement Balladur. Les mesures qu'il adopte sont des mesures de droite - mais tout comme celles d&#233;cid&#233;es par ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais ce qui est frappant, c'est que les ministres actuels, Balladur le premier, se sont &#233;vertu&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; montrer que leurs d&#233;cisions ne faisaient que reprendre des projets &#233;tablis par les gouvernements socialistes qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s. C'est ainsi par exemple qu'on a expliqu&#233; que les mesures visant &#224; r&#233;duire les droits &#224; la retraite, en augmentant le temps de travail n&#233;cessaire pour en b&#233;n&#233;ficier pleinement, s'inspiraient directement d'une &#233;tude command&#233;e par Rocard, du temps o&#249; il &#233;tait Premier ministre, et dont les conclusions avaient sa faveur. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, le nouveau gouvernement a insist&#233; sur le fait qu'en augmentant la CSG (contribution sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e), un imp&#244;t mis en place par le m&#234;me Rocard pour financer le d&#233;ficit des budgets sociaux, il inscrivait l&#224; encore son action dans la lign&#233;e des gouvernements ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas le moyen le plus parlant pour le gouvernement de donner de son action une image gratifiante, distinctive, propre &#224; flatter l'opinion de droite, c'est-&#224;-dire ses propres soutiens. Cela souligne le fait que la nouvelle &#233;quipe ne fait qu'assumer la politique engag&#233;e par ses devanciers, et du coup cela contribue &#224; l&#233;gitimer ou, ce qui revient au m&#234;me, &#224; donner l'absolution &#224; la politique socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le fond, le nouveau gouvernement n'avait gu&#232;re d'autre choix. Il a &#224; mener une politique en faveur des capitalistes, au d&#233;triment des cat&#233;gories populaires, au nom du pr&#233;tendu int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Tr&#232;s exactement comme son pr&#233;d&#233;cesseur, ce nouveau gouvernement ne pouvait que changer l'emballage et marquer sa diff&#233;rence par la pr&#233;sentation qu'il faisait de ses mesures. Mais m&#234;me pour l'emballage, il a manifestement pr&#233;f&#233;r&#233; insister sur la continuit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce choix politique marque sa pr&#233;occupation de ne pas donner l'impression qu'il veut jeter de l'huile sur le feu et rajouter, par ses attitudes, &#224; une tension sociale dont il peut craindre qu'elle s'exacerbe avec la d&#233;t&#233;rioration annonc&#233;e de la situation &#233;conomique. Le suicide de B&#233;r&#233;govoy - bien &#233;videment non pr&#233;vu - est peut &#234;tre arriv&#233; opportun&#233;ment pour fournir une occasion, et une justification &#224; cette attitude de consensus respectueux.A cette raison s'en ajoutent d'autres, plus tactiques, plus conjoncturelles, en un mot plus politiciennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La nouvelle majorit&#233; de droite est entr&#233;e au Parlement, nous l'avons vu, avec un bail pr&#233;caire qui peut &#234;tre remis en cause dans deux ans, lors de la prochaine &#233;lection pr&#233;sidentielle. Cela pose &#224; l'actuelle majorit&#233;, et &#224; chacun des d&#233;put&#233;s qui en est membre, deux probl&#232;mes. D'abord celui d'&#234;tre r&#233;&#233;lu, donc que les deux ann&#233;es qui viennent ne se traduisent pas par un discr&#233;dit qui fasse perdre les &#233;lections &#224; cette majorit&#233;. Or la droite, si elle domine largement l'Assembl&#233;e, est loin de disposer d'une marge &#233;lectorale aussi confortable dans l'&#233;lectorat. Sa victoire est plus le r&#233;sultat de l'&#233;chec des socialistes, qu'un raz de mar&#233;e en sa faveur. Cette marge r&#233;duite risque d'&#234;tre &#233;corn&#233;e de deux c&#244;t&#233;s. A sa gauche, mais aussi sur sa droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La droite doit bien &#233;videmment ne pas d&#233;plaire &#224; la fraction de son &#233;lectorat traditionnel, et en particulier &#224; la partie qui est attir&#233;e par l'extr&#234;me droite, par le Front National. C'est la raison pour laquelle, par exemple, le premier d&#233;bat politique que le gouvernement a choisi d'engager &#224; l'Assembl&#233;e nationale, et les premi&#232;res mesures qu'il y a fait voter, concernent le statut des immigr&#233;s : c'est la &#171; r&#233;forme du Code de la nationalit&#233; &#187;. Il y a dans ce choix une volont&#233;, d&#233;magogique, destin&#233;e &#224; couper l'herbe sous le pied de l'extr&#234;me droite. Une d&#233;magogie dont les effets ne resteront pas seulement des paroles, car elle va renforcer, directement par les mesures vot&#233;es, indirectement par le climat qu'elle contribue &#224; cr&#233;er dans l'opinion, la discrimination &#224; l'&#233;gard des immigr&#233;s. Mais il est &#224; remarquer que m&#234;me sur ce terrain, la majorit&#233; essaye de se donner une image respectable, en expliquant sans crainte du paradoxe, au moment m&#234;me ou elle pr&#233;sente un projet aux tonalit&#233;s nettement x&#233;nophobes, qu'elle est anim&#233;e des meilleures intentions, et que son objectif n'est pas d'accro&#238;tre l'exclusion, mais au contraire d'am&#233;liorer l'int&#233;gration des &#233;trangers. La preuve, explique-t-elle, c'est qu'elle s'est inspir&#233;e pour son projet du rapport de la commission Marceau Long, une commission dans laquelle si&#233;geaient autant de personnalit&#233;s de droite que de personnalit&#233;s r&#233;put&#233;es de gauche. Cette valse-h&#233;sitation sur ce th&#232;me s'explique par le fait que le gouvernement ne doit pas seulement flatter la sensibilit&#233; de sa base &#233;lectorale de droite, il lui faut dans le m&#234;me temps &#233;viter de repousser la fraction lib&#233;rale de cet &#233;lectorat ; cette fraction flottante, qui s'est tourn&#233;e un temps vers Mitterrand et le PS, puis qui est revenue vers la droite en 1993 ; celle pr&#233;cis&#233;ment qui fait basculer les majorit&#233;s d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment vient compliquer encore la situation du gouvernement. Arithm&#233;tiquement, il a, au Parlement, une majorit&#233; de droite comme on n'en a jamais vu. Mais la droite elle-m&#234;me est une coalition h&#233;t&#233;roclite de formations divis&#233;es, moins par des divergences politiques que par la concurrence des personnes. Ce &#224; quoi s'ajoute le fait que la client&#232;le &#233;lectorale de chacune de ses composantes ne co&#239;ncide pas exactement, ce qui alimente les divergences. Cette concurrence pour l'instant s'est faite discr&#232;te - il faut bien que la droite d&#233;montre &#224; l'opinion qu'elle est capable de gouverner, et en premier lieu qu'elle est capable de constituer un gouvernement. Mais elle va rapidement refaire surface &#224; mesure que l'on se rapprochera de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Il est &#224; pr&#233;voir que le consensus &#233;l&#233;gant et de bon ton qui est de r&#232;gle actuellement dans le monde politique c&#232;de rapidement la place &#224; des affrontements verbaux qui n'auront d'autres mobiles que le choc des ambitions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On n'aura m&#234;me pas &#224; attendre deux ann&#233;es. Dans un an, les &#233;lections europ&#233;ennes vont voir s'affronter les clans rivaux de la majorit&#233;. Balladur, dans une interview au journal &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;d&#233;plorait cette perspective, mais semblait en prendre son parti, consid&#233;rant que ces &#233;lections allaient servir de &#171; primaires &#187; pour la droite, sauf qu'il est peu probable que les candidats t&#234;tes de liste de la droite acceptent de rentrer dans le rang, et abandonnent la course &#224; l'&#201;lys&#233;e. Ainsi les accrocs et les accrochages vont de plus en plus rompre l'harmonie factice qui r&#232;gne encore dans la majorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la situation n'est pas plus sereine du c&#244;t&#233; de la nouvelle opposition, et en particulier du PS. Il s'agit pour ce dernier, une fois l'&#233;chec dig&#233;r&#233;, ce qui ne semble pas encore fait, de trouver le candidat - ou les candidats - susceptible de le repr&#233;senter dans la course pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'instant les postulants ne s'affichent pas nombreux, ni fringants. Rocard qui avait depuis des ann&#233;es fa&#231;onn&#233; avec une remarquable obstination son image de candidat &#171; naturel &#187; du Parti Socialiste, se voit replac&#233; brusquement &#224; la case d&#233;part par le fait qu'il n'a m&#234;me pas r&#233;ussi &#224; se faire r&#233;&#233;lire comme d&#233;put&#233;. Du coup, pour compenser, il s'est propuls&#233; &#224; la t&#234;te du PS, en en &#233;cartant le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral en titre, Laurent Fabius, d'une mani&#232;re qualifi&#233;e de cavali&#232;re par ses adversaires malheureux. Comme si, jusqu'alors, ce parti avait &#233;t&#233; un mod&#232;le de vie d&#233;mocratique, &#224; l'abri des d&#233;chirements d'appareil ! Rocard a voulu, en prenant le contr&#244;le du PS - dans la mesure o&#249; la prise de contr&#244;le d'un parti comme le PS, conglom&#233;rat de fiefs domin&#233;s par des notables, a une signification - se donner le moyen de rester sur les rangs dans la bataille des candidats &#224;... la candidature, bataille qui risque, de ce c&#244;t&#233;-l&#224; d'&#234;tre aussi fertile en p&#233;rip&#233;ties et en retournements qu'elle l'est &#224; droite. Les postulants potentiels l&#224; encore, quoique plus discrets depuis les &#233;lections, risquent de se d&#233;couvrir au fil des mois. Tout comme &#224; droite d'ailleurs. On peut pr&#233;dire l&#224; encore qu'&#224; mesure qu'on avancera vers l'&#233;ch&#233;ance &#233;lectorale, Rocard ne restera pas sans rivaux. Soit au sein du PS m&#234;me, soit au dehors, soit dans diff&#233;rents de ses morceaux, s'il &#233;clate, hypoth&#232;se que l'on ne peut exclure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le PCF, quant &#224; lui, se trouve sans perspective cr&#233;dible pour ses militants, ses sympathisants et ses &#233;lecteurs. Cette situation n'est certes pas nouvelle pour lui. Mais tant que le PS, son seul alli&#233; possible, disposait de la majorit&#233; - ce qui ne veut pas dire que ce dernier &#233;tait pr&#234;t &#224; accepter une alliance - la direction du PCF pouvait laisser esp&#233;rer une possibilit&#233; de r&#233;aliser de nouveau l'unit&#233;, &#171; en faisant pression, en imposant au PS de revenir &#224; une v&#233;ritable politique de gauche &#187;. Une telle possibilit&#233;, qui n'avait gu&#232;re de chance de se r&#233;aliser dans les faits, n'est m&#234;me plus pr&#233;sentable aujourd'hui, tant elle appara&#238;t d&#233;sormais comme totalement irr&#233;aliste aux yeux du public du PCF lui-m&#234;me. Il est &#224; pr&#233;voir que cette absence de perspective dans le cadre du jeu politicien, ne va pas l'aider &#224; colmater les fissures qui se sont fait jour au sein de son appareil, ni l'aider &#224; r&#233;sorber la crise ouverte qu'il conna&#238;t depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette situation peut malgr&#233; tout ouvrir une opportunit&#233; pour la direction du PCF. Elle peut l'inciter &#224; se lancer dans une politique d'apparence plus radicale. D'autant plus qu'&#233;tant donn&#233; l'&#233;tat d'esprit actuel de la classe ouvri&#232;re, les risques de d&#233;bordement sont limit&#233;s. La d&#233;gradation de la situation &#233;conomique lui fournit la possibilit&#233; d'appara&#238;tre comme une force de contestation, la seule encore pr&#233;sente sur le terrain - car le PCF a eu beau conna&#238;tre une r&#233;gression sensible, tant sur le plan &#233;lectoral que sur le plan de ses effectifs militants - il reste encore l'organisation qui maintient des racines dans les entreprises. Une telle attitude aurait au moins l'avantage, pour l'appareil, de resserrer les liens entre sa fraction militante, celle qu'on trouve encore dans les entreprises, et une direction, par ailleurs bien malmen&#233;e. On a eu, fin avril, un exemple de cette attitude &#224; l'occasion du conflit de l'usine Sopalin, dans la r&#233;gion rouennaise. Cette usine de fabrication de papier, touch&#233;e par un plan de licenciements, &#233;tait occup&#233;e depuis des semaines par les travailleurs, &#224; l'initiative de la CGT. A la suite de l'expulsion des gr&#233;vistes par la police, la CGT lan&#231;a un mot d'ordre de gr&#232;ve pour toute la presse, qui se traduisit par l'absence de journaux durant une journ&#233;e. Une telle action, spectaculaire, d&#233;cid&#233;e et men&#233;e par la seule CGT rel&#232;ve manifestement de la volont&#233; de l'appareil du PCF d'appara&#238;tre sous un jour combatif, en faisant le choix de faire cavalier seul dans des secteurs o&#249; il peut le faire. Depuis on n'a pas vu le PCF, par CGT interpos&#233;e, se lancer dans d'autres actions de ce type. Mais il est vrai qu'il ne s'est pas pr&#233;sent&#233; d'occasions qui le permettent. L'avenir nous dira si le PCF s'engage dans cette voie ; et s'il s'y engage, dans quelle mesure il en a encore les moyens militants, et la volont&#233; politique ? Car un tel choix n'est pas forc&#233;ment payant sur le plan &#233;lectoral et, de ce fait, peut ne pas avoir que des partisans parmi les responsables du PCF. En tout &#233;tat de cause, on aurait tort de conclure trop vite que le PCF a totalement disparu du terrain des luttes sociales, et que son isolement politique le conduit fatalement &#224; la passivit&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fin de compte, dans cette situation politique que conna&#238;t aujourd'hui la France, ce qui sera d&#233;cisif, ce sera l'&#233;volution de la situation sociale, domin&#233;e par la crise. Ce qui comptera alors, ce seront les r&#233;actions de la classe ouvri&#232;re, certes absente aujourd'hui de la sc&#232;ne sociale et politique, mais dont la droite au pouvoir malgr&#233; sa majorit&#233; massive, craint le r&#233;veil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Guadeloupe - Les notables nationalistes vers un consensus pour un changement de statut</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;004&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Martinique et la Guadeloupe sont, depuis plus de trois si&#232;cles, deux possessions fran&#231;aises en Cara&#239;be. En 1946, elles devenaient juridiquement &#171; d&#233;partements fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un certain nombre de partis et de notables brandissent p&#233;riodiquement une revendication, d&#233;j&#224; ancienne : celle du &#171; changement de statut &#187;, en l'occurrence une autonomie administrative et &#233;conomique plus ou moins large dans le cadre de la &#171; R&#233;publique fran&#231;aise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, cette revendication est de nouveau mise en avant par une grande partie du personnel politique aussi bien en Martinique qu'en Guadeloupe. Dans le pr&#233;sent article, nous nous limiterons &#224; la Guadeloupe car c'est surtout en Guadeloupe que les partis et notables ont paru s'affairer autour de ce probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un certain nombre d'organisations regroup&#233;es au sein du &#171; CRI &#187; (Collectif de r&#233;sistance &#224; l'int&#233;gration forc&#233;e de la Guadeloupe &#224; l'Europe) : le Parti communiste guadeloup&#233;en (PCG),le MPGI (Mouvement pour la Guadeloupe ind&#233;pendante), l'UPLG (l'Union populaire pour la lib&#233;ration de la Guadeloupe - principale organisation nationaliste de l'&#238;le), le groupe &#171; Union et r&#233;sistance &#187;, ont mis au point un projet de statut commun adress&#233; au gouvernement fran&#231;ais. Imm&#233;diatement apr&#232;s, le pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral, notable socialiste proche de Mitterrand, faisait une d&#233;claration favorable &#224; un changement des institutions locales. Auparavant, un repr&#233;sentant au s&#233;nat fran&#231;ais du PPDG (Parti progressiste d&#233;mocratique guadeloup&#233;en, autre parti de notables, issu d'une scission r&#233;cente du PCG) avait fait une d&#233;claration allant aussi dans ce sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux repr&#233;sentants des partis de droite, traditionnellement conservateurs et assimilationnistes, ils ne sont plus aujourd'hui oppos&#233;s au changement de statut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc toute la classe politique traditionnelle et nationaliste, avec des variantes, qui tend &#224; se mettre d'accord sur un projet de plus large autonomie de l'&#238;le ou de modifications juridico-administratives.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;La revendication statutaire : de &#171; l'&#233;pouvantail r&#233;volutionnaire &#187; au consensus mou&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La revendication du changement de statut date de la fin des ann&#233;es cinquante, &#233;poque au cours de laquelle, dans le sillage de la d&#233;colonisation mondiale, des guerres d'ind&#233;pendance dans les colonies fran&#231;aises en Indochine et en Alg&#233;rie et de la r&#233;volution cubaine, le PCG r&#233;clamait &#171; l'autonomie en liaison avec la France &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, une frange de la jeunesse ouvri&#232;re, lyc&#233;enne et &#233;tudiante, pro-castriste ou mao&#239;ste, jugeant le PCG trop mod&#233;r&#233;, parlait, elle, de la &#171; lutte de lib&#233;ration nationale &#187; puis de l'&#171; ind&#233;pendance &#187;, avec le langage radical &#224; la mode chez les nationalistes d'alors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, depuis 1946, le ch&#244;mage, la pauvret&#233;, les discriminations sociales et raciales entre la &#171; m&#233;tropole &#187; et la Guadeloupe, entre deux cat&#233;gories de &#171; Fran&#231;ais &#187;, noirs et hindous dans l'&#238;le, blancs en France, avaient suscit&#233; d'importants mouvements sociaux pour l'augmentation des salaires et &#171; l'&#233;galit&#233; des droits entre les travailleurs fran&#231;ais et antillais &#187;. Ces luttes avaient &#233;t&#233; men&#233;es principalement sous l'impulsion des militants du Parti communiste guadeloup&#233;en. Elles oblig&#232;rent l'&#201;tat fran&#231;ais &#224; conc&#233;der un certain nombre d'avantages sociaux. C'est ainsi qu'il fut contraint de mettre en place la S&#233;curit&#233; sociale, d'am&#233;liorer l'habitat, l'hygi&#232;ne et la sant&#233; publiques, bref de gommer peu &#224; peu les aspects les plus criants de la situation coloniale et de la mis&#232;re. Les transferts sociaux devinrent donc plus importants sous forme d'aides sociales de toutes sortes : allocations familiales, allocations ch&#244;mage, revenu minimum, etc. L'&#201;tat fran&#231;ais cherchait ainsi &#224; &#233;viter l'agitation permanente et gagner une relative paix sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, l'&#201;tat fran&#231;ais a limit&#233; les aspects les plus visibles de la discrimination, en octroyant par exemple des postes &#224; plus de membres de la population de couleur ou en levant l'interdit sur l'utilisation du cr&#233;ole (langue locale parl&#233;e par la population noire et hindoue) dans les &#233;coles ou les m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela a contribu&#233; &#224; couper l'herbe sous le pied des nationalistes, en particulier dans la petite bourgeoisie et l'intelligentsia. Mais les derni&#232;res ann&#233;es soixante-dix furent aussi celles d'un recul de l'activisme dans la jeunesse et d'une retomb&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Une fraction du courant nationaliste r&#233;pliqua dans les ann&#233;es quatre-vingts par une sorte de fuite en avant, en tentant de pr&#233;cipiter les choses en posant des bombes (ce fut un &#233;chec). Mais la majorit&#233; s'orienta peu &#224; peu vers une politique visant &#224; obtenir, non plus l'ind&#233;pendance imm&#233;diate, mais des modifications statutaires administratives par le dialogue avec l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les partis de droite assimilationnistes ont parcouru le chemin inverse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant des ann&#233;es, ils avaient fait de l'ind&#233;pendance un &#233;pouvantail. Ils suscitaient ou entretenaient la peur de tout changement dans la population. M&#234;me la revendication pourtant tr&#232;s mod&#233;r&#233;e du PCG &#171; d'autonomie en liaison avec la France &#187; &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme la voie de la &#171; r&#233;volution &#187; et du chaos derri&#232;re laquelle se seraient cach&#233;es les entreprises machiav&#233;liques et occultes de Moscou ou de Fidel Castro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce que craignaient ces partis n'&#233;tait pas tant le changement de statut que la remise en cause de l'ordre social &#233;tabli.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peu &#224; peu, encore avec le recul des mouvements sociaux, de la contestation de la jeunesse, le d&#233;bat sur les institutions a fini par se cantonner dans les classes privil&#233;gi&#233;es, voire uniquement dans la caste politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi en arrive-t-on maintenant par deux mouvements inverses &#224; un point de conjonction o&#249; se retrouvent partis de gauche, de droite, assimilationnistes, nationalistes. Tous se retrouvent, plus ou moins, autour d'un plus petit d&#233;nominateur commun qui est ce qu'ils appellent une &#171; Nouvelle collectivit&#233; &#187; rempla&#231;ant le vieux statut de &#171; d&#233;partement &#187; fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour tenter de se poser d'ores et d&#233;j&#224; en n&#233;gociateurs du changement de statut, les partis et les notables nationalistes dramatisent le probl&#232;me. Et surtout ils essayent de le coller sur chaque mouvement social et de le brandir &#224; chaque difficult&#233; &#233;conomique r&#233;elle ou pas, comme solution miracle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous cet angle-l&#224;, le mouvement des bananiers de novembre dernier les int&#233;ressait d'autant plus qu'il s'agissait d'un mouvement d'une part tr&#232;s m&#233;diatis&#233; et d'autre part enti&#232;rement dirig&#233; par une fraction de la bourgeoisie locale &#224; laquelle s'adresse depuis longtemps leur message politique avec plus de bonheur.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Le mouvement des gros propri&#233;taires de banane&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce sont les &#171; b&#233;k&#233;s &#187; (riches blancs, descendants d'anciens propri&#233;taires d'esclaves) qui dominent la banane, comme d'ailleurs en grande partie la soci&#233;t&#233; et les affaires locales. Les plus riches d'entre eux ont des int&#233;r&#234;ts dans les deux &#238;les : Martinique et Guadeloupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-ce qui poussait ces honorables et riches propri&#233;taires terriens &#224; se couvrir subitement le chef de la casquette d'agitateur social ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Simplement qu'ils ont exig&#233; de profiter des avantages que leur donne le march&#233; europ&#233;en et en m&#234;me temps d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s de la concurrence qu'ils y rencontrent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, la banane des producteurs antillais est fortement concurrenc&#233;e par celles de trois multinationales am&#233;ricaines qui exportent de la banane africaine et d'Am&#233;rique centrale en Europe : il s'agit de la Chiquita Brands, la Castle and Cook et Del Monte. &#201;videmment avec les salaires bien plus bas qui sont pay&#233;s aux ouvriers de ces pays, le prix de revient de la &#171; banane dollar &#187; est moins &#233;lev&#233; que celui de la banane des Antilles sur le march&#233; europ&#233;en. Ces trusts am&#233;ricains ont en effet la possibilit&#233; de s'imposer sur le march&#233; europ&#233;en, en particulier en Allemagne qui est le plus gros consommateur de banane europ&#233;en. Les gros planteurs antillais lors de leur mouvement r&#233;clamaient donc la &#171; pr&#233;f&#233;rence communautaire europ&#233;enne &#187; c'est-&#224;-dire une garantie du march&#233; pour leurs quotas d'exportation dans ce pays. Ils r&#233;clamaient aussi que la r&#232;gle dite des 1/3&#8212;2/3 soit respect&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais, c'est-&#224;-dire que seul 1/3 du march&#233; fran&#231;ais soit r&#233;serv&#233; &#224; la banane africaine contre 2/3 &#224; la banane antillaise. En m&#234;me temps, ils r&#233;clamaient 150 millions de francs d'aides, subventions et pr&#234;ts bonifi&#233;s pour faire face aux probl&#232;mes caus&#233;s par la chute des cours de leur banane sur le march&#233; europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, on a vu ce qu'on n'avait jamais encore vu en Guadeloupe : ces gros &#171; b&#233;k&#233;s &#187; &#224; la t&#234;te de cort&#232;ges de petits planteurs dans lesquels ils avaient entra&#238;n&#233; une partie de leurs ouvriers agricoles, plus ou moins contraints et forc&#233;s. On les a vus, micro en main, s'en prendre au gouvernement fran&#231;ais qui &#171; les conduirait &#224; la ruine &#187;. On les a entendu dire qu'ils ne c&#233;deraient pas et ne d&#233;bloqueraient pas les acc&#232;s de l'a&#233;roport international tant qu'ils n'auraient pas satisfaction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais a c&#233;d&#233;. Et les instances europ&#233;ennes ont promis de prendre des mesures sous la pression du gouvernement fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours de leur mouvement, les gros planteurs ont re&#231;u le soutien appuy&#233; de la pr&#233;sidente du conseil r&#233;gional de la Guadeloupe, dirigeante de la branche locale du RPR (Rassemblement pour la R&#233;publique, parti de droite, le parti de Chirac) qui les a incit&#233;s &#224; bloquer les routes &#171; le mieux possible &#187;. Mais ils ont eu aussi le soutien des partis de gauche et des nationalistes. Ces derniers avaient m&#234;me un de leurs dirigeants &#224; la t&#234;te du &#171; Comit&#233; de coordination des planteurs &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ce fut tout b&#233;n&#233;fice &#233;videmment pour les gros planteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les petits planteurs, eux, n'ont pratiquement rien per&#231;u. Et leurs cris de protestation ont vite &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s lorsque les dirigeants du Comit&#233; de coordination ont d&#233;cid&#233; la reprise normale de l'activit&#233; apr&#232;s les d&#233;cisions gouvernementales en leur faveur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux ouvriers agricoles, sous pr&#233;texte des probl&#232;mes que connaissent les gros propri&#233;taires avec la chute des cours, ce sont eux qui risquent le plus de faire les frais de la situation. Menaces de licenciement, augmentation des t&#226;ches, pression au rendement sont leur lot quotidien. Mais ce ne sont pas eux que soutiennent les partis et hommes politiques, tout pr&#234;ts &#224; &#233;couter avec d&#233;f&#233;rence les protestations des gros planteurs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Le changement de statut et les int&#233;r&#234;ts des poss&#233;dants&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les lobbies b&#233;k&#233;s et poss&#233;dants locaux sont &#171; europ&#233;ens &#187; et &#171; fran&#231;ais &#187;, favorables au march&#233; unique europ&#233;en tant que la France et l'Europe garantissent l'&#233;coulement de leur production &#224; des conditions avantageuses. Mais, en m&#234;me temps, ils r&#233;clament toujours moins de contraintes et de r&#232;glements pour eux-m&#234;mes. Ils sont, en somme, comme tous leurs cong&#233;n&#232;res de France ou d'ailleurs. Mais, du fait que leurs int&#233;r&#234;ts se situent dans les Antilles - ou plus exactement dans les domaines o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts s'y trouvent, car ils en ont souvent ailleurs - ils savent invoquer, quand cela les arrange, la &#171; sp&#233;cificit&#233; antillaise &#187;, voire brandir le drapeau de la libert&#233; &#233;conomique des d&#233;partements d'outre-mer. C'est-&#224;-dire qu'ils ne sont pas oppos&#233;s &#224; l'&#233;volution d'un nouveau statut local leur garantissant des mesures sp&#233;cifiques plus importantes en particulier protectionnistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, au-del&#224; des aspects contradictoires de leur position, ils ont un axe : celui que les changements, quels qu'ils soient, ne se fassent pas &#224; leur d&#233;triment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un jeu politique entre ces milieux et le gouvernement fran&#231;ais qui consiste en fait pour les premiers &#224; obtenir le maximum d'avantages et pour les seconds &#224; accorder ces avantages, certes en se faisant toujours plus prier, mais &#224; les accorder tout de m&#234;me. C'est ainsi par exemple que non seulement le gouvernement fran&#231;ais a donn&#233; rapidement satisfaction aux planteurs - vu la pression qu'ils exer&#231;aient dans la rue - mais encore c'est lui qui a pay&#233; les journ&#233;es de travail perdues aux ouvriers agricoles. Et dans ce jeu-l&#224;, les gros bananiers ont toujours un &#171; joker &#187; en poche pour &#234;tre gagnants quel que soit le cas de figure qui se pr&#233;senterait. Par exemple, il ne serait pas &#233;tonnant que, &#224; l'instar d'un des plus gros propri&#233;taires de la Martinique, Fabre, qui a vendu une partie de ses terres &#224; la Chiquita Brands, apr&#232;s avoir per&#231;u les subventions du gouvernement fran&#231;ais pour &#171; sauver sa production &#187;, certains bananiers fassent de m&#234;me en Guadeloupe. Et certaines rumeurs font &#233;tat par ailleurs que ces m&#234;mes bananiers qui poussent de hauts cris contre la concurrence de la &#171; banane africaine &#187; auraient eux-m&#234;mes des int&#233;r&#234;ts dans les plantations du Cameroun, notamment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce jeu politique a aussi son correspondant local. C'est celui qui se joue entre les assembl&#233;es dirig&#233;es par les hommes politiques du pays et les poss&#233;dants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;lus locaux, par leurs interventions &#224; Bruxelles, Strasbourg ou Paris sont parvenus &#224; obtenir un certain nombre d'avantages au profit des capitalistes locaux. C'est ainsi qu'ils ont obtenu le maintien de la taxe protectionniste dite de &#171; l'octroi de mer &#187; qui frappe tous les produits import&#233;s en Guadeloupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour qu'elle soit conforme aux r&#232;glements de la communaut&#233; europ&#233;enne, cette taxe frappe aussi maintenant un certain nombre de produits locaux. Mais le conseil r&#233;gional de Guadeloupe a pu obtenir sa lev&#233;e sur 45 % des produits fabriqu&#233;s sur place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les privil&#233;gi&#233;s de la Guadeloupe parviennent donc tr&#232;s bien &#224; se faire entendre du pouvoir en m&#233;tropole. Et les liens avec la France, pour l'instant, &#231;a rapporte. Directement, lorsque les capitalistes de la banane, de la production sucri&#232;re ou du commerce obtiennent des avantages pour eux-m&#234;mes. Indirectement dans la mesure o&#249; l'argent vers&#233; par l'&#201;tat fran&#231;ais, en payant les fonctionnaires et m&#234;me en guise d'allocations sociales, enrichit n&#233;cessairement en premier lieu ceux qui poss&#232;dent les grands magasins et dominent l'import-export. La couche privil&#233;gi&#233;e n'a donc actuellement pas d'int&#233;r&#234;t &#224; la rupture des liens. Mais cela ne pr&#233;juge pas de la nature de ces liens (int&#233;gration ou autonomie). Sur ce point, la couche privil&#233;gi&#233;e n'est certainement pas hostile &#224; l'id&#233;e de garder plusieurs fers au feu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cela qui laisse une certaine marge de manoeuvre aux partis politiques et aux notables qui, eux, ont d'autres int&#233;r&#234;ts &#224; vouloir un changement de statut.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Les bonnes raisons des milieux politiques&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce que veulent notables et partis politiques, c'est surtout plus de pouvoir local, en mati&#232;re d'utilisation des fonds publics.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une enveloppe financi&#232;re globale qui serait allou&#233;e par l'&#201;tat fran&#231;ais dans le cadre d'une plus grande autonomie aurait certes des inconv&#233;nients pour les notables qui, aujourd'hui, peuvent marchander des subsides ou des am&#233;nagements financiers en frappant aux portes de cabinets minist&#233;riels diff&#233;rents. Mais elle aurait pour avantage que les notables auraient les mains libres pour la g&#233;rer &#224; leur guise. L'autonomie impliquant de surcro&#238;t une certaine libert&#233; de lever plus de taxes et d'imp&#244;ts, le pouvoir des notables s'en trouverait &#233;videmment accru. Ils pourraient ainsi d&#233;velopper la mainmise qu'ils ont d&#233;j&#224; sur la population pauvre qui vit d'aides sociales et d'assistance par le biais des municipalit&#233;s et des assembl&#233;es locales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car il faut souligner qu'en Guadeloupe on compte officiellement 53 000 ch&#244;meurs sur une population active de 172 000 personnes, qu'une personne sur cinq vit du RMI (Revenu Minimum d'Insertion), aide garantie par l'&#201;tat fran&#231;ais aux plus d&#233;munis. Beaucoup de ces pauvres d&#233;pendent des municipalit&#233;s (l'un des plus gros employeurs du reste) soit pour un emploi, m&#234;me pr&#233;caire, ou pour l'assistance m&#233;dicale gratuite ou encore pour un secours, des repas, etc. La situation des pauvres d&#233;pend donc de ces notables qui g&#232;rent une partie des cr&#233;dits. Et plus ils en auront &#224; g&#233;rer, plus ils pourront contr&#244;ler la population. C'est un &#233;norme moyen de pression, de chantage et de corruption qu'utilisent en particulier les maires. Et on comprend d'autant mieux pourquoi ils ont d&#233;fendu avec tant d'acharnement la taxe protectionniste de l'octroi de mer, quand on sait que pr&#232;s de 50 % du produit de cette taxe sert &#224; alimenter les caisses communales. C'est une v&#233;ritable manne pour la politique client&#233;liste des notables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, les municipalit&#233;s disposent de moyens financiers qui leur permettent, tout comme en France, de passer des commandes et d'&#233;tablir des contrats avec des entreprises capitalistes. Ce qui cr&#233;e, l&#224; encore comme partout, des liens &#233;troits entre les notables qui dirigent ces municipalit&#233;s et qui disposent de ces finances et les capitalistes locaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ainsi r&#232;gnent dans les municipalit&#233;s de v&#233;ritables petits caciques locaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;$$O&#249; se situent les int&#233;r&#234;ts des travailleurs et des pauvres ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ne se situent jamais derri&#232;re les poss&#233;dants locaux, m&#234;me lorsque ceux-ci croient utile pour la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts de brandir le drapeau de l'autonomie, voire de l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question de l'&#233;volution du statut est une revendication &#224; g&#233;om&#233;trie variable, selon les circonstances. Mais que la couche privil&#233;gi&#233;e soit unanime derri&#232;re une politique de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la m&#233;tropole ou qu'elle flirte avec l'id&#233;e de l'ind&#233;pendance, dans tous les cas, elle entend d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La politique des partis et notables qui d&#233;fendent le changement de statut et la politique des gros bananiers ont ceci en commun que les uns et les autres pr&#233;sentent comme &#171; l'int&#233;r&#234;t de la Guadeloupe &#187;, ce qui est l'int&#233;r&#234;t des couches privil&#233;gi&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pire des choses pour les travailleurs serait de rester prisonniers de ces choix-l&#224;. Car ils ne sont que des options politiques &#233;ventuelles pour la bourgeoisie. Pour les travailleurs ce serait un pi&#232;ge de s'encha&#238;ner derri&#232;re n'importe laquelle de ces politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La ligne de d&#233;marcation fondamentale ne passe pas entre les d&#233;partementalistes et les partisans d'une autonomie plus ou moins grande, jusqu'&#224; et y compris les ind&#233;pendantistes. La facilit&#233; avec laquelle les uns et les autres ont &#233;volu&#233;, en passant d'une attitude &#224; une autre, au gr&#233; des circonstances, en t&#233;moigne &#224; sa fa&#231;on. Sous la direction de forces bourgeoises - et les ind&#233;pendantistes de l'UPLG le sont tout autant que les partis de droite - l'ind&#233;pendance elle-m&#234;me n'aboutirait qu'&#224; un &#201;tat cherchant &#224; pr&#233;server les privil&#232;ges et le niveau de vie des poss&#233;dants et &#233;ventuellement de la petite bourgeoisie, au d&#233;triment des classes pauvres. Et ce serait une pi&#232;tre consolation pour ces derni&#232;res que de voir d&#233;molir leur niveau de vie en &#233;voquant les &#171; n&#233;cessaires sacrifices pour assurer notre dignit&#233; nationale &#187;. Quant aux multiples formes possibles de l'autonomie, elles seraient n&#233;goci&#233;es - si elles devaient l'&#234;tre un jour - entre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et la classe privil&#233;gi&#233;e des Antilles, en dehors de la population et n&#233;cessairement contre les classes pauvres. La question n'est pas plus ou moins de pouvoir local mais &#224; qui doit appartenir ce pouvoir local ? A la couche des poss&#233;dants ou aux pauvres ? A la bourgeoisie ou aux travailleurs ? Aux notables politiciens ou aux d&#233;l&#233;gu&#233;s des travailleurs ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces deux perspectives s'opposent comme s'opposent, au jour le jour, les int&#233;r&#234;ts des travailleurs et les int&#233;r&#234;ts des exploiteurs, qu'ils soient m&#233;tropolitains ou autochtones.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le moment, les classes exploit&#233;es ne manifestent pas la volont&#233; de remettre en cause la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Mais, aujourd'hui comme demain, la classe ouvri&#232;re de la Guadeloupe a int&#233;r&#234;t &#224; se battre sous son propre drapeau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, tout simplement pour d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts. Car la bourgeoisie locale, m&#234;me lorsqu'elle pr&#233;tend agir au nom de l'ensemble de la Guadeloupe, ne se bat que pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Et si ses int&#233;r&#234;ts peuvent &#234;tre sur telle ou telle question en opposition avec ceux de la bourgeoisie m&#233;tropolitaine - mais il ne faut jamais perdre de vue les profonds liens d'interd&#233;pendance entre les deux - l'opposition d'int&#233;r&#234;ts est d'un tout autre ordre &#224; l'&#233;gard de la classe exploit&#233;e antillaise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si, demain, les exploit&#233;s de la Guadeloupe sont mobilis&#233;s au point de se poser la question du pouvoir local, la seule et v&#233;ritable perspective pour eux est la conqu&#234;te du pouvoir pour eux-m&#234;mes. Ce qui veut dire d&#233;molir le pouvoir de l'&#201;tat colonial bien s&#251;r, mais &#233;galement en &#233;carter radicalement les repr&#233;sentants de la bourgeoisie locale. Il appartiendra ensuite aux travailleurs, aux pauvres, organis&#233;s en pouvoir d'&#201;tat, de d&#233;cider comment ils se serviront de ce pouvoir. Pour l'exercer dans le cadre limit&#233; de la seule Guadeloupe ind&#233;pendante ? Ce ne serait s&#251;rement pas leur int&#233;r&#234;t. S'ils ont le choix de faire autrement, ce serait de se servir du pouvoir conquis pour propager la r&#233;volution ouvri&#232;re ailleurs ; dans l'ancienne m&#233;tropole coloniale peut-&#234;tre ; dans les autres &#238;les de la mer des Cara&#239;bes s&#251;rement et si possible, au-del&#224;, vers les exploit&#233;s noirs des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, se placer dans la perspective &#233;triqu&#233;e d'un &#201;tat guadeloup&#233;en ind&#233;pendant, domin&#233; par la bourgeoisie autochtone, grande ou petite, r&#233;plique en plus petit de Ha&#239;ti, ne repr&#233;sente en rien l'int&#233;r&#234;t des travailleurs. Les travailleurs sont pour le moment loin d'avoir la volont&#233; politique de partir &#224; la conqu&#234;te du pouvoir ? S&#251;rement. Il leur manque, aux Antilles dites fran&#231;aises, comme ailleurs, un parti ouvrier r&#233;volutionnaire pour incarner cette volont&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est n&#233;anmoins en fonction de cette perspective que doit se d&#233;terminer la politique et l'activit&#233; de tous ceux qui se situent sur le terrain du communisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi ils doivent intervenir, dans tous les combats partiels indispensables des travailleurs, dans le sens de l'ind&#233;pendance politique de la classe ouvri&#232;re par rapport &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi, dans le domaine politique, le r&#244;le des communistes r&#233;volutionnaires n'est pas de supputer laquelle des propositions avanc&#233;es par les diff&#233;rentes forces bourgeoises pourrait &#234;tre accept&#233;e voire choisie pour la classe ouvri&#232;re. Leur r&#244;le est, au contraire, de mettre le doigt chaque fois sur le caract&#232;re bourgeois de ces propositions ; de montrer, m&#234;me et surtout lorsqu'elles sont pr&#233;sent&#233;es soit avec un verbiage consensuel - &#171; l'int&#233;r&#234;t de tous les Guadeloup&#233;ens &#187;, etc. - soit avec un verbiage radical, en quoi ces propositions vont dans le sens des int&#233;r&#234;ts de la classe privil&#233;gi&#233;e. En particulier, dans le d&#233;bat actuel sur les statuts, les travailleurs n'ont aucune raison de se positionner pour &#171; le changement de statut &#187; vu sous l'angle o&#249; le placent les partis politiques traditionnels ou nationalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La prise de conscience d'une fraction des travailleurs de l'opposition entre les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re et ceux de la bourgeoisie - imp&#233;rialiste comme autochtone si tant est qu'ils sont discernables - serait d&#233;j&#224; l'un des premiers &#233;l&#233;ments du rapport de force &#224; cr&#233;er avant que surgissent de nouveau des luttes ouvri&#232;res d'envergure. Le moment et l'ampleur de la remont&#233;e ouvri&#232;re ne d&#233;pendent pas des communistes r&#233;volutionnaires. Il peut en revanche d&#233;pendre d'eux que cette remont&#233;e ne soit pas canalis&#233;e par des forces politiques nationalistes, d&#233;tourn&#233;e vers des objectifs politiques bourgeois, mais qu'au contraire elle renforce les positions de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>France - L'&#233;cologisme d'une id&#233;ologie socialement r&#233;actionnaire &#224; de (plus ou moins) nouveaux politiciens bourgeois</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1993-03-31T22:03:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;003&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des &#233;lections l&#233;gislatives de 1993 n'auront pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur des esp&#233;rances des organisations &#233;cologistes, que certains sondages avaient pourtant cr&#233;dit&#233;es, &#224; quelques semaines du scrutin, d'un score sup&#233;rieur &#224; celui du Parti socialiste. Non seulement les candidats communs des Verts et de G&#233;n&#233;ration &#233;cologie n'ont obtenu que 8,5 % des voix, mais du fait de la loi &#233;lectorale ils n'ont obtenu aucun &#233;lu. Cependant, et ind&#233;pendamment du r&#233;sultat &#233;lectoral, la campagne &#233;lectorale qui vient de s'achever marquera une date dans le processus d'int&#233;gration des leaders et des organisations du courant &#171; &#233;cologiste &#187; au monde des politiciens bourgeois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le mouvement &#233;cologiste est apparu sous ce nom, en France, dans les ann&#233;es qui ont suivi mai 1968, les id&#233;es qu'il v&#233;hiculait &#233;taient bien plus anciennes. La r&#233;cente rediffusion, &#224; la t&#233;l&#233;vision, de &lt;i&gt;Regain&lt;/i&gt;, un film de Marcel Pagnol de 1937, inspir&#233; d'un livre de Jean Giono, a opportun&#233;ment rappel&#233; &#224; ceux qui ont eu l'occasion de le voir, qu'au lendemain de 1936 il y avait eu aussi un certain nombre d'intellectuels pour se faire les chantres de la &#171; nature &#187;, de la vie rurale, dans une id&#233;ologie o&#249; le rejet de la politique faisait bon m&#233;nage avec les pr&#233;jug&#233;s nationalistes. Et soit dit en passant, avec sa politique du &#171; retour &#224; la terre &#187;, qui &#171; ne ment jamais &#187;, le r&#233;gime de Vichy d&#233;montra, peu de temps apr&#232;s, que ce genre d'id&#233;es est parfaitement compatible avec les politiques les plus r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce rapprochement peut surprendre, car ceux qui, dans les ann&#233;es soixante-dix, se tourn&#232;rent vers &#171; l'&#233;cologie &#187; n'&#233;taient &#233;videmment pas des admirateurs du &#171; Travail, Famille, Patrie &#187; de P&#233;tain. Beaucoup avaient flirt&#233;, de pr&#232;s ou de loin, avec le &#171; gauchisme &#187;. Mais si leurs sympathies politiques allaient plut&#244;t &#224; gauche, voire &#224; l'extr&#234;me gauche, les choix sociaux qu'ils faisaient n'en &#233;taient pas moins profond&#233;ment r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Des id&#233;es socialement r&#233;actionnaires&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de mai-juin 1968, qui touch&#232;rent plus profond&#233;ment la petite bourgeoisie intellectuelle que toute autre couche sociale, amen&#232;rent quelques milliers de jeunes &#224; se tourner, pour un temps du moins, vers l'activit&#233; militante au sein ou en marge des courants communistes r&#233;volutionnaires ou anarchistes. Mais il y en eut encore bien plus, et de plus en plus nombreux au fur et &#224; mesure que l'on s'&#233;loignait du temps des barricades, &#224; se tourner vers des id&#233;es qui, tout en t&#233;moignant d'une aspiration &#224; un autre mode de vie, ne remettaient en cause ni les structures &#233;conomiques, ni les structures politiques de la soci&#233;t&#233;, et qui ne d&#233;passaient pas, justement, l'horizon de la petite bourgeoisie intellectuelle des pays industrialis&#233;s. Car il n'y a que dans des pays riches, dans des milieux sociaux somme toute favoris&#233;s par rapport &#224; la plus grande partie de l'humanit&#233;, que pouvait na&#238;tre le rejet soixante-huitard de la &#171; soci&#233;t&#233; de consommation &#187; qui fut le pr&#233;curseur de l'&#233;cologisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le culte du &#171; naturel &#187;, du &#171; biologique &#187;, qui accompagnait la mode &#233;cologiste, outre son aspect quasi religieux, t&#233;moignait du m&#234;me horizon born&#233;, car les tenants de la &#171; macrobiotique &#187; et autres fariboles du m&#234;me genre ne font jamais entrer en ligne de compte, dans leurs raisonnements, le fait que l'humanit&#233; a aujourd'hui cinq milliards de bouches &#224; nourrir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#171; d&#233;fenseurs de la nature &#187;, les partisans du &#171; retour &#224; la nature &#187; t&#233;moignent d'ailleurs bien souvent par leurs propos qu'ils ignorent tout des rapports r&#233;els entre l'homme et cette nature. Admirer des champs, des prairies, des vergers, ce n'est pas admirer la nature, c'est admirer un paysage cr&#233;&#233; par les hommes, car ce n'est pas seulement avec la soci&#233;t&#233; industrielle que l'homme a commenc&#233; &#224; modifier son environnement, et les zones de nature vierge sont depuis longtemps bien rares de par le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, depuis qu'il est devenu &#233;leveur et agriculteur, l'homme n'a cess&#233; de modifier son environnement, pour le meilleur et pour le pire. L'&#233;levage des ovins et des caprins, les d&#233;frichages n&#233;cessaires &#224; l'agriculture, ont entra&#238;n&#233; la disparition de millions d'arbres, bien avant les pluies acides du XXe si&#232;cle, et m&#234;me bien avant les d&#233;forestations li&#233;es aux constructions navales des temps modernes. Et si le march&#233; capitaliste a s&#233;lectionn&#233; des vari&#233;t&#233;s de fruits et de l&#233;gumes aux qualit&#233;s gustatives parfois discutables, nul doute que la plupart des &#233;cologistes feraient une triste mine s'ils devaient trouver dans leur assiette les esp&#232;ces sauvages dont sont issues nos plantes cultiv&#233;es. Car les plantes et les animaux domestiques, loin d'&#234;tre des produits de la nature, sont ceux de si&#232;cles de s&#233;lection artificielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, si l'homme doit se poser la question de ses relations avec la nature, ce n'est certainement pas celle du pur et simple &#171; respect &#187; de celle-ci, ou de &#171; retour &#187; &#224; celle-ci. Les quelques centaines de milliers d'humains des soci&#233;t&#233;s pal&#233;olithiques pouvaient vivre dans la nature. Les milliards d'hommes et de femmes du monde d'aujourd'hui et de demain ne peuvent que se poser le probl&#232;me du meilleur partage possible de la Terre entre eux et cette nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'humanit&#233; est arriv&#233;e &#224; un point de son histoire o&#249; il est urgent qu'elle prenne consciemment en main son avenir, et celle de la plan&#232;te qui la porte. Tout ce qui pendant des si&#232;cles a &#233;t&#233; le produit de forces aveugles : le d&#233;veloppement &#233;conomique, la d&#233;mographie, l'environnement, doit imp&#233;rativement devenir l'objet de choix conscients des hommes. Et cela ne pourra se faire que dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; socialiste, c'est-&#224;-dire d'une soci&#233;t&#233; o&#249; les choix se feront en fonction des int&#233;r&#234;ts collectifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, qui fait de la soif du profit individuel le moteur de l'&#233;conomie, les pollutions de toutes sortes sont un sous-produit naturel de l'&#233;conomie, car il n'y a aucune raison pour que les industriels et les banquiers rognent sur leur b&#233;n&#233;fices par amour de la nature. On ne peut pas attendre d'un syst&#232;me qui n'a pas h&#233;sit&#233;, au cours des deux derniers si&#232;cles, &#224; faire massacrer des millions d'hommes dans d'innombrables guerres de rapines, qui condamne les deux tiers de l'humanit&#233; &#224; une famine chronique par go&#251;t du lucre, qu'il r&#233;duise ses profits par amour des fleurs et des petits oiseaux !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oh, il y a certes des solutions partielles possibles dans ce syst&#232;me. Les capitalistes eux aussi souffrent parfois des diff&#233;rentes pollutions (m&#234;me s'ils s'arrangent pour vivre dans un environnement diff&#233;rent de celui des masses populaires). L'&#201;tat garant du bon fonctionnement de l'ensemble du syst&#232;me peut prendre des mesures destin&#233;es &#224; &#233;viter les exc&#232;s trop flagrants, et il peut m&#234;me &#234;tre suivi, pour peu qu'il distribue des aides &#224; la lutte contre la pollution, ou que celle-ci devienne &#224; son tour une source de profits possibles. Mais pour le moment, le plus clair r&#233;sultat des mesures destin&#233;es &#224; lutter contre la pollution, c'est l'exportation de celle-ci vers les pays les plus pauvres. Et tant que nous serons dans ce syst&#232;me d&#233;ment, o&#249; priment les int&#233;r&#234;ts particuliers d'une petite minorit&#233;, aucune solution g&#233;n&#233;rale et durable ne pourra &#234;tre trouv&#233;e &#224; ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le choix fondamental de l'&#233;cologisme, c'est justement de refuser de regarder cette v&#233;rit&#233; en face, c'est de prendre pour cible non pas le syst&#232;me capitaliste, mais &#171; l'industrie &#187; en soi, le &#171; productivisme &#187;, en s'abritant au besoin derri&#232;re le fait que les probl&#232;mes de l'environnement n'&#233;taient pas mieux r&#233;solus dans les pays de l'Est qu'en Occident (ce qui est incontestable, mais prouve seulement que l'&#233;go&#239;sme des bureaucrates &#233;tait aussi sordide que celui des bourgeois auxquels ils aspiraient tant &#224; ressembler).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cologisme du d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix ne v&#233;hiculait pas seulement des conceptions philosophiques fumeuses et une vision apolitique des choses, car l'apolitisme n'est jamais neutre. Et, &#224; une &#233;poque marqu&#233;e par la fin de l'expansion que le monde capitaliste avait connue dans la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente (ce que les &#233;conomistes bourgeois ont appel&#233; avec beaucoup d'exag&#233;ration les vingt, voire les trente &#171; glorieuses &#187;), les plaidoyers en faveur d'une &#171; croissance z&#233;ro &#187; que l'on entendait ici ou l&#224; (comme corollaire d'une d&#233;nonciation du &#171; productivisme &#187;), allaient dans le m&#234;me sens, que leurs auteurs l'aient voulu ou pas, que le point de vue malthusien de nombreux dirigeants capitalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le propre du syst&#232;me capitaliste n'est pas en effet la course &#224; la production, mais la course au profit. Produire plus n'int&#233;resse les capitalistes que dans la mesure o&#249; le march&#233; solvable est capable d'assimiler cette augmentation de production. Dans le cas contraire, la m&#234;me logique de recherche du profit am&#232;ne les capitalistes, face &#224; des ventes stagnantes ou d&#233;clinantes &#224; maintenir leurs profits en r&#233;duisant leurs investissements et en rognant sur les salaires, ce qui est pr&#233;cis&#233;ment la politique qu'ils m&#232;nent depuis vingt ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans la m&#234;me logique que, face &#224; la mont&#233;e du ch&#244;mage, les &#233;cologistes ont &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e du &#171; partage du travail &#187;, qui a tellement &#233;t&#233; &#224; la mode durant cette campagne &#233;lectorale, cette id&#233;e qui, sous le couvert de la &#171; solidarit&#233; &#187;, vise une fois de plus &#224; faire payer aux seuls salari&#233;s les frais de la crise. Et au nom de ce genre de solidarit&#233;, on a vu effectivement dans un certain nombre d'entreprises des patrons se livrer &#224; un v&#233;ritable chantage vis-&#224;-vis de leurs salari&#233;s, sur le th&#232;me : ou vous acceptez des diminutions de salaire (bien loin, en outre, d'&#234;tre toujours accompagn&#233;es de r&#233;duction d'horaires), ou je licencie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;La (relative) mont&#233;e &#233;lectorale de l'&#233;cologisme&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Cette myopie volontaire du mouvement &#233;cologiste quant aux responsabilit&#233;s du syst&#232;me capitaliste, son apolitisme proclam&#233;, loin de lui porter tort, ont sans doute &#233;t&#233;, dans une p&#233;riode marqu&#233;e par une &#233;volution &#224; droite des id&#233;es commun&#233;ment admises, une de ses forces &#233;lectorales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ses d&#233;buts avaient pourtant &#233;t&#233; modestes. Aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1974, les premi&#232;res qui aient vu la pr&#233;sence d'un candidat se r&#233;clamant de l'&#233;cologisme, Ren&#233; Dumont, qui se pr&#233;sentait en tant que tel, n'avait obtenu que 1,32 % des suffrages exprim&#233;s, nettement moins qu'Arlette Laguiller qui, au nom de Lutte ouvri&#232;re, en avait recueilli 2,33 %. Cinq ans plus tard, aux premi&#232;res &#233;lections europ&#233;ennes, la liste conduite par Solange Ferneix obtenait certes 4,39 % des voix (dans un mode de scrutin peut-&#234;tre plus favorable aux petits partis, puisque la liste trotskyste conduite par Arlette Laguiller et Alain Krivine en comptabilisait 3,08 %). En 1981, lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles qui amen&#232;rent Mitterrand &#224; l'&#201;lys&#233;e, Brice Lalonde ne rassemblait sur son nom que 3,14 % des voix, et aux europ&#233;ennes de 1984 les Verts ne faisaient gu&#232;re mieux avec 3,36 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces r&#233;sultats somme toute modestes suffirent cependant pour que toute une partie de l'extr&#234;me gauche s'emploie &#224; essayer de s&#233;duire les &#233;cologistes. Les id&#233;es de ceux-ci &#233;taient &#224; la mode dans la petite bourgeoisie intellectuelle. Les Verts allemands obtenaient quelques succ&#232;s &#233;lectoraux. Il n'en fallait pas plus pour qu'un certain nombre de courants se r&#233;clamant des id&#233;es r&#233;volutionnaires ferment les yeux sur les aspects socialement r&#233;actionnaires de l'id&#233;ologie &#233;cologiste, et commencent &#224; pr&#233;tendre que les &#233;cologistes apportaient quelque chose de nouveau sur les probl&#232;mes de l'environnement, qu'auraient sous-estim&#233;s les fondateurs du socialisme scientifique (exactement comme les m&#234;mes avaient cru d&#233;couvrir dans le f&#233;minisme une nouvelle approche de probl&#232;mes qu'auraient n&#233;glig&#233;s Marx et Engels). La recherche d'une &#171; alternative &#187;, en collaboration avec ces &#171; nouvelles &#187; forces, fut en particulier l'axe de la politique de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire &#224; l'approche des &#233;lections de 1986, avant que l'&#233;toile filante Juquin ne vienne voler pour un temps la vedette aux Verts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est que les couches sociales qui, aux &#233;lections r&#233;gionales de 1992, donn&#232;rent pr&#232;s de 15 % des voix aux listes rivales des Verts et de G&#233;n&#233;ration &#233;cologie &#233;taient dans la p&#233;riode 1981-1988, bien plus s&#233;duites par le mitterrandisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le fait que la plus grande partie des &#233;lecteurs &#233;cologistes aient vot&#233; auparavant pour le Parti socialiste ne fait pas pour autant de l'&#233;lectorat &#233;cologiste un &#233;lectorat &#171; de gauche &#187;, pour autant que ce mot signifie quelque chose. Pas plus que la victoire de Mitterrand aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1981 n'&#233;tait le r&#233;sultat d'une pouss&#233;e &#224; gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne faut pas oublier en effet que les &#233;lections de 1981 furent marqu&#233;es par le premier grand recul &#233;lectoral du PCF, et que Mitterrand ne fut &#233;lu que gr&#226;ce aux votes d'une partie des &#233;lecteurs qui au premier tour s'&#233;taient prononc&#233;s en faveur de Chirac, et qui pr&#233;f&#233;r&#232;rent voter pour le candidat du Parti socialiste plut&#244;t que de r&#233;&#233;lire Giscard d'Estaing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais apr&#232;s douze ans de pr&#233;sidence mitterrandienne, et dix ans de gouvernements socialistes &#224; peine entrecoup&#233;s par les deux ann&#233;es de la premi&#232;re &#171; cohabitation &#187; (de 1986 &#224; 1988), une grande partie de cet &#233;lectorat qui avait port&#233; le PS au gouvernement a &#233;t&#233; d&#233;&#231;ue, sans pour autant se radicaliser. C'est ce contexte qui explique les bons scores r&#233;alis&#233;s par les &#233;cologistes aux &#233;lections r&#233;gionales de 1992... et (dans la mesure o&#249; les sondages publi&#233;s ces derniers mois refl&#233;taient la r&#233;alit&#233;) le fait qu'ils aient pu appara&#238;tre &#224; la veille des l&#233;gislatives comme les arbitres de la situation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Des politiciens bourgeois comme les autres&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, le mouvement &#233;cologiste &#233;tait apparu partag&#233; entre deux courants rivaux. D'un c&#244;t&#233;, le mouvement G&#233;n&#233;ration &#233;cologie qui, derri&#232;re Brice Lalonde, ministre dans les gouvernements Rocard et Cresson, semblait plus proche du Parti socialiste. De l'autre, la formation des Verts qui, derri&#232;re Antoine Waechter et l'&#233;toile montante des &#233;cologistes Dominique Voynet, proclamait plus fort leur apolitisme. La sortie de Lalonde du gouvernement lors de la formation du gouvernement B&#233;r&#233;govoy, le succ&#232;s &#233;lectoral remport&#233; pratiquement &#224; &#233;galit&#233; par les deux courants lors du dernier scrutin r&#233;gional ont rapproch&#233; les deux courants et les ont amen&#233;s &#224; conclure un accord de r&#233;partition des circonscriptions pour les &#233;lections l&#233;gislatives. Et comme chacun d'eux s'effor&#231;ait de laisser ouvertes toutes les possibilit&#233;s de coop&#233;ration gouvernementale, apr&#232;s les &#233;lections, avec tous ceux qui voudraient bien d'eux, il est plus difficile que jamais de dire lequel des deux mouvements se situe le plus &#224; gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est qu'en fait d'hommes nouveaux, les &#233;cologistes d'aujourd'hui, du moins leurs porte-parole, se comportent comme des politiciens professionnels chevronn&#233;s, pr&#233;occup&#233;s de d&#233;montrer &#224; l'opinion bourgeoise leur sens des responsabilit&#233;s. Les &#233;cologistes de 1993, que l'on voit au premier plan ne sont pas des doux r&#234;veurs bucoliques, un peu pass&#233;istes, mais anim&#233;s par un sympathique amour de la nature. En faisant entrer dans les conseils municipaux ou les conseils r&#233;gionaux un certain nombre de ses repr&#233;sentants, avec comme politique d'essayer de trouver un terrain d'accord avec les formations politiques traditionnelles, le mouvement &#233;cologiste a pris un chemin qui ne pouvait aboutir qu'&#224; faire de lui un (ou des) parti(s) bourgeois comme les autres. D'autant que la s&#233;lection naturelle a jou&#233; au cours des ann&#233;es... et a pouss&#233; au premier plan tous ceux qui en son sein r&#234;vaient d'une carri&#232;re de politicien. En m&#234;me temps, les partis traditionnels ont pu v&#233;rifier, &#224; travers la gestion d'un certain nombre de conseils r&#233;gionaux (dont celui du Nord-Pas-de-Calais, pr&#233;sid&#233;e par une &#233;lue &#171; Verte &#187;) que les &#233;cologistes n'&#233;taient plus les gens un peu inclassables, et peut-&#234;tre difficilement contr&#244;lables, qu'ils avaient imagin&#233;s, mais des politiciens r&#233;alistes avec lesquels tout le monde pouvait collaborer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, devenu une force &#233;lectorale avec laquelle les grands partis traditionnels doivent compter, le mouvement &#233;cologiste a vu venir vers lui du coup un bon nombre de politiciens professionnels (ou de gens qui cherchent &#224; le devenir) &#224; la recherche d'une formation &#224; laquelle se rattacher. G&#233;n&#233;ration &#233;cologie a en particulier enregistr&#233; ces derniers mois l'adh&#233;sion du fondateur de SOS-Racisme, Harlem D&#233;sir, et a pr&#233;sent&#233; comme candidats l'ancien ministre de Giscard, Lionel Stol&#233;ru, et nombre d'autres notables locaux moins connus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette int&#233;gration des dirigeants &#233;cologistes au jeu de la politique politicienne a &#233;t&#233; si flagrante dans les semaines qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le scrutin qu'elle explique d'ailleurs peut-&#234;tre en partie le retournement de tendance esquiss&#233; dans les sondages et confirm&#233; par les r&#233;sultats, l'abandon d'un certain nombre d'&#233;lecteurs potentiels, qui avaient eu l'illusion que voter pour les &#233;cologistes, c'&#233;tait voter pour des gens &#171; propres &#187;, &#233;trangers &#224; toutes les combinaisons avec les professionnels de la politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette &#233;volution du mouvement &#233;cologiste &#233;tait pourtant dans la nature des choses. Et elle ne peut d&#233;cevoir, &#224; l'extr&#234;me gauche, que ceux qui, contre toute raison, ont cru que ce mouvement pouvait &#234;tre l'un des acteurs d'une &#171; recomposition du mouvement ouvrier &#187;. Le &#171; r&#233;formisme &#187; &#233;cologiste ne pouvait, en cas de succ&#232;s &#233;lectoraux, mener &#224; une autre issue. Et si personne ne peut savoir si le succ&#232;s &#233;lectoral des &#233;cologistes aux r&#233;gionales de 1992 n'aura &#233;t&#233; qu'une flamb&#233;e sans lendemain, ou si au contraire leurs leaders auront un jour prochain l'occasion de voir satisfaites leurs ambitions politiques, la seule chose qui est certaine, c'est que les travailleurs n'ont rien &#224; attendre de ces gens-l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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