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	<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
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	<description>Bienvenue sur le portail de LUTTE OUVRI&#200;RE. Vous y trouverez des informations sur l'actualit&#233;, les activit&#233;s et le programme de notre organisation.</description>
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		<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
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		<title>La &#171; Spartacist League &#187; et le probl&#232;me de la gu&#233;rilla</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1968-04-30T23:02:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;02&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que &#171; Lutte de Classe &#187; aborde, par un biais ou un autre, la question de la gu&#233;rilla paysanne dans les pays du Tiers Monde en g&#233;n&#233;ral et dans ceux d'Am&#233;rique Latine en particulier (voir notamment &#171; Lutte de Classe &#187; n&#176; 2 &#171; Parti R&#233;volutionnaire et Gu&#233;rilla Paysanne &#187;, n&#176; 5 &#171; La paysannerie dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s &#187;, n&#176; 9 &#171; La gu&#233;rilla et le mouvement des masses paysannes &#187; ).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'importance du probl&#232;me r&#233;side pour nous dans le fait que l'absence de lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat am&#232;ne beaucoup de militants &#224; consid&#233;rer la gu&#233;rilla comme la lutte r&#233;volutionnaire par excellence et que, dans nos propres rangs, c'est-&#224;-dire au sein du mouvement trotskyste, de nombreuses organisations ont tendance &#224; abandonner le programme de la IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale au profit d'un succ&#233;dan&#233; de th&#233;ories gu&#233;varistes (voir notamment les textes de la section p&#233;ruvienne du SU et l'appel &#224; la gu&#233;rilla de la section bolivienne). Nous donnant pour t&#226;che la reconstruction de la IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale il nous para&#238;t important de discuter, avec tous ceux qui poursuivent le m&#234;me but, des tenants et des aboutissants du &#171; gu&#233;rillerisme &#187; latino-am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce plan, nous avons des positions tr&#232;s proches de deux courants qui se r&#233;clament de la IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier de ces courants est repr&#233;sent&#233; par les organisations du Comit&#233; International (en France l'Organisation Communiste Internationaliste) qui donne une appr&#233;ciation &#224; peu pr&#232;s identique &#224; la n&#244;tre de la nature du gu&#233;rillerisme latino-am&#233;ricain et, en cons&#233;quence, consid&#232;re l'&#201;tat cubain comme un &#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre courant se regroupe autour de la &#171; Spartacist League &#187; des USA, organisation form&#233;e de militants am&#233;ricains ayant lutt&#233; au sein du Socialist Worker Party contre les positions pablistes de la direction et qui ont &#233;t&#233; exclus de ce groupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si une appr&#233;ciation identique de la gu&#233;rilla nous rapproche de ces camarades nous ne partageons pas leur analyse de l'&#201;tat cubain, qu'ils qualifient d'&#201;tat &#171; ouvrier d&#233;form&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En dehors de ces deux courants, les autres organisations trotskystes adoptent, sur la question, des positions qui, pour &#233;labor&#233;es qu'elles pr&#233;tendent &#234;tre, ne sont ni plus ni moins qu'une forme de suivisme des diff&#233;rentes th&#233;ories sur la lutte paysanne &#171; prioritaire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voulons discuter ici les &#171; Th&#232;ses sur le gu&#233;rillerisme latino-am&#233;ricain &#187; publi&#233;es par la &#171; Spartacist League &#187; en esp&#233;rant revenir ult&#233;rieurement sur les positions en la mati&#232;re du Comit&#233; International.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='0.1'&gt;&lt;/a&gt;La n&#233;cessit&#233; d'un parti prol&#233;tarien ind&#233;pendant&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;A maintes reprises le texte des camarades am&#233;ricains souligne l'absolue n&#233;cessit&#233; d'organiser le prol&#233;tariat comme force ind&#233;pendante, d'&#233;duquer la classe ouvri&#232;re dans son r&#244;le de direction de l'ensemble des couches et classes opprim&#233;es par la bourgeoisie nationale et l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce r&#244;le dirigeant du prol&#233;tariat dans la lutte pour le socialisme de nombreuses organisations trotskystes l'ont &#171; oubli&#233; &#187;, certaines m&#234;mes le nient aujourd'hui (tendance Pablo).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Tous les mouvements gu&#233;rilleros d'Am&#233;rique Latine - peut-on lire dans ce texte, d&#232;s l'introduction - font une &#171; place &#187; au prol&#233;tariat dans leur programme en le consid&#233;rant essentiellement comme un des &#233;l&#233;ments &#171; patriotiques &#187; de la lutte arm&#233;e pour &#171; la lib&#233;ration nationale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Aucun marxiste assur&#233;ment ne peut accepter ce r&#244;le r&#233;formiste attribu&#233; au prol&#233;tariat par les adh&#233;rents du Front Populaire Rural... il s'agit pour le prol&#233;tariat d'intervenir comme une force politique ind&#233;pendante (soulign&#233; dans le texte) et jamais comme un &#233;l&#233;ment &#171; patriotique &#187; prisonnier du suivisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l&#224; une position de principe que nous ne pouvons qu'approuver et qui va &#224; l'encontre de toutes les inepties sur le soi-disant nouveau r&#244;le de la paysannerie pauvre d&#233;vers&#233;es par tombereaux par tous ceux, qu'ils soient mao&#239;stes, pablistes ou fidelistes, qui n'ont sans doute jamais vraiment compris ni Marx, ni L&#233;nine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les camarades am&#233;ricains, m&#234;me lorsqu'ils envisagent la possibilit&#233; pour une gu&#233;rilla de s'&#233;tendre au point de polariser la lutte des classes dans un pays, n'en restent pas moins fid&#232;les au marxisme et affirment que &#171; la pr&#233;paration des organisations de la classe ouvri&#232;re est absolument essentielle et indispensable dans une quelconque circonstance de la lutte des classes &#187; (Th&#232;se n&#176; 16) - soulign&#233; par Spartacist League.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l&#224; d&#233;coulent les t&#226;ches qu'ils assignent aux r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, c'est-&#224;-dire aux trotskystes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Construire et pr&#233;parer des partis l&#233;ninistes, c'est-&#224;-dire, des partis bas&#233;s sur le prol&#233;tariat latino-am&#233;ricain et l'&#233;duquer dans le sens de l'internationalisme prol&#233;tarien, voil&#224; les t&#226;ches fondamentales &#187; &#233;crivent ces camarades. Et ils poursuivent : &#171; Le fait qu'il existe dans un pays donn&#233; des mouvements de gu&#233;rillas, ne peut nier - &#224; aucun moment - cette n&#233;cessit&#233; irrempla&#231;able d'une direction prol&#233;tarienne. L'existence m&#234;me de mouvements de gu&#233;rillas refl&#232;te la faillite des directions prol&#233;tariennes ant&#233;rieures, habituellement staliniennes, pseudo-syndicalistes etc. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour la &#171; Spartacist League &#187;, et l&#224; encore notre accord se manifeste pleinement, la t&#226;che de construction d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire implique n&#233;cessairement la lutte contre tous les courants id&#233;ologiques petits bourgeois qui peuvent exister dans ces pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On lit &#224; ce sujet (Th&#232;se n&#176; 18) : &#171; ... La lutte contre le stalinisme dans les syndicats et contre les tendances petites bourgeoises qui se concentrent dans le gu&#233;rillerisme, seront quelques unes des t&#226;ches les plus importantes &#224; remplir pour gagner le prol&#233;tariat et les grandes masses paysanne &#224; l'internationalisme marxiste &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le texte conclut : &#171; Il faut insister sur l'importance fondamentale d'une direction trotskyste de la classe ouvri&#232;re. Seul le jeune prol&#233;tariat latino-am&#233;ricain peut lutter pour le socialisme en Am&#233;rique Latine. Seuls ses partis authentiques, fermement attach&#233;s aux principes du Programme de Transition, et son application contemporaine, seront capables de renverser les bourgeoisies latino-am&#233;ricaines et la domination de l'imp&#233;rialisme d&#233;cadent &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait de souligner &#171; l'importance fondamentale d'une direction trotskyste de la classe ouvri&#232;re &#187; confirme que les camarades am&#233;ricains, &#224; la diff&#233;rence de nombreux trotskystes rattach&#233;s au Secr&#233;tariat Unifi&#233; notamment, ne misent aucunement sur l'apparition de courants de gauche &#171; sui generis &#187; du sein du mouvement stalinien ou autre (par exemple du p&#233;ronisme, voir &#224; ce sujet les positions de la section argentine du SU) pour diriger la lutte du prol&#233;tariat vers le socialisme. Leur position peut se r&#233;sumer ainsi : &#171; Ou les partis r&#233;volutionnaires seront trotskystes, ou ils n'existeront pas &#187;. Et l&#224; encore nous ne pouvons que les approuver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le r&#244;le des r&#233;volutionnaires par rapport au prol&#233;tariat et de ce dernier par rapport aux autres classes sociales est clairement d&#233;fini dans les &#171; th&#232;ses sur le gu&#233;rillerisme &#187; on peut par contre regretter que nulle part il n'est pr&#233;cis&#233; que l'organisation r&#233;volutionnaire ne devra pas seulement organiser les ouvriers de fa&#231;on ind&#233;pendante mais aussi les mobiliser sur des objectifs propres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r la classe ouvri&#232;re ne pourra gagner &#224; elle les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s de la paysannerie, en luttant contre les directions petites-bourgeoises de celle-ci, qu'en faisant la d&#233;monstration &#224; chaque pas de la lutte que le prol&#233;tariat est la seule classe capable d'appuyer compl&#232;tement les revendications essentielles des paysans (notamment la r&#233;forme agraire radicale) et aussi de mener jusqu'au bout la lutte contre l'oligarchie fonci&#232;re, la bourgeoisie nationale et l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il est aussi n&#233;cessaire de faire prendre conscience au prol&#233;tariat, dans des pays o&#249; il est minoritaire, du r&#244;le historique particulier qu'il doit jouer, il est n&#233;cessaire d'insister sur la n&#233;cessit&#233; de faire surgir &#224; chaque &#233;tape les organismes au sein desquels les travailleurs en lutte apprendront &#224; r&#233;gler d&#233;mocratiquement leurs probl&#232;mes, organismes (comit&#233;s de gr&#232;ve, comit&#233;s d'usine) qui pr&#233;luderont aux n&#233;cessaires organes de pouvoir. L'organisation du prol&#233;tariat en parti ind&#233;pendant n'est pas suffisante en soi, il faut donner &#224; la classe ouvri&#232;re des objectifs transitoires clairement d&#233;finis. Evidemment, cela est implicitement contenu dans la r&#233;f&#233;rence que les camarades de Spartacist font au Programme de Transition, mais ce dernier est accommod&#233; &#224; tellement de sauces qu'il est toujours n&#233;cessaire de pr&#233;ciser ce qu'on veut lui faire dire.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='0.2'&gt;&lt;/a&gt;Le caract&#232;re petit bourgeois du gu&#233;rill&#233;risme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le gu&#233;rillerisme, qu'il prenne la forme du mao&#239;sme, du titiste ou du fid&#233;lisme, est un mouvement petit bourgeois qui parfois (Vietnam 1946 voir Lutte de Classe n&#176; 14) manifeste ouvertement son caract&#232;re anti-prol&#233;tarien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A de nombreuses reprises, cette opinion que nous avons eu nous-m&#234;mes maintes fois l'occasion de d&#233;velopper dans la Lutte de Classe, revient sous la plume des camarades am&#233;ricains : &#171; Le mouvement gu&#233;rillero n'est pas une formation ouvri&#232;re ; c'est une entit&#233; paramilitaire petite bourgeoise. Par suite le prol&#233;tariat doit comprendre qu'il ne s'agit pas d'une organisation r&#233;volutionnaire &#171; sui generis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus le texte souligne : &#171; les Mouvements de gu&#233;rillas paraissent &#234;tre dus &#224; l'absence d'organisations prol&#233;tariennes marxistes et sont comme un substitut de l'apparente &#171; inactivit&#233; &#187; du prol&#233;tariat des villes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une partie importante des &#171; th&#232;ses &#187; est ensuite consacr&#233;e &#224; la diff&#233;rence qui existerait entre des mouvements gu&#233;rilleros qualifi&#233;s de &#171; gu&#233;varisme &#187; et d'autres &#224; qui est d&#233;cern&#233;e l'&#233;tiquette &#171; fid&#233;liste &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'entrerons pas dans le d&#233;tail de cette discussion car nous ne comprenons pas exactement le contenu politique que la &#171; Spartacist League &#187; attribue respectivement au &#171; gu&#233;varisme &#187; et au &#171; fid&#233;lisme &#187;. Mais notons toutefois que le texte concluant sur leur identit&#233; &#224; terme il ne s'agit donc l&#224; que d'une discussion secondaire qui n'influe pas sur l'ensemble des &#171; Th&#232;ses &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin tout en soulignant que &#171; le prol&#233;tariat doit appuyer la &#171; lutte du mouvement gu&#233;rillero tant qu'il est anti-imp&#233;rialiste et anti-bourgeois &#187; les camarades am&#233;ricains n'entretiennent aucune illusion sur les directions de ces mouvements (qualifi&#233;es notamment de &#171; vari&#233;t&#233;s ressuscit&#233;es d'un narodnikisme russe... et de la tradition n&#233;o-anarchiste des socialistes-r&#233;volutionnaires anti-bolcheviques &#187; ) ni sur ces mouvements eux-m&#234;mes d&#233;finis comme &#171; une r&#233;action petite bourgeoise &#224; l'absence et au retard de l'intervention r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendante du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le terrain de la nature de classe du gu&#233;rillerisme, comme sur celui du r&#244;le du prol&#233;tariat, la Spartacist League se tient fermement sur le terrain du marxisme.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='0.3'&gt;&lt;/a&gt;&#201;tats ouvriers dform&#233;s ou &#201;tats bourgeois&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais, &#224; notre avis, il n'en est pas de m&#234;me en ce qui concerne la nature des &#201;tats n&#233;s de gu&#233;rillas victorieuses, qualifi&#233;s par ces camarades &#171; d'&#201;tats ouvriers d&#233;form&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette d&#233;finition nous para&#238;t &#234;tre en contradiction flagrante avec l'affirmation du caract&#232;re non-prol&#233;tarien, voire anti-prol&#233;tarien, du mouvement de gu&#233;rillas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour bien comprendre la position d&#233;velopp&#233;e par ces camarades, il est indispensable, m&#234;me si cela parait un peu long, de citer int&#233;gralement les passages du texte relatifs &#224; ce probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Si un mouvement de gu&#233;rilla r&#233;ussit &#224; d&#233;truire, partiellement ou compl&#232;tement, la bourgeoisie nationale et l'emprise imp&#233;rialiste dans le pays, les convulsions politiques et sociales qui s'en suivent peuvent se d&#233;velopper jusqu'&#224; la formation d'un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233; comme la Yougoslavie, la Chine, Cuba, etc. ou bien le mouvement peut rester encha&#238;n&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme comme l'Alg&#233;rie par rapport &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; ...Les mouvements de gu&#233;rillas ne provoquent rien de plus qu'un vide passager dans la direction de l'&#201;tat bourgeois. De cette fa&#231;on on peut dire qu'une arm&#233;e gu&#233;rillera victorieuse devient l'unique souverain du pays du fait de la fuite du gouvernement bourgeois... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si une gu&#233;rilla se maintient au pouvoir &#171; ... cela revient &#224; dire que des grandes masses de paysans et des couches consid&#233;rables de la classe ouvri&#232;re appuieront &#233;nergiquement la consolidation d'une direction gu&#233;rilla qui sera oblig&#233;e de se heurter ouvertement &#224; la bourgeoisie servile &#224; l'imp&#233;rialisme. Cela signifie que le mouvement gu&#233;rillero, alors r&#233;cent dans l'appareil d'&#201;tat, r&#233;pondra &#224; chaque agression imp&#233;rialiste par plus de confiscations, de nationalisations, de formations de milices etc. C'est-&#224;-dire qu'au d&#233;but il r&#233;pondra coup pour coup. Ces actions cependant ne d&#233;coulent d'aucun programme nordiste, mais de la r&#233;action bureaucratique et opportuniste de la direction petite bourgeoise sous la forte pression de la base. C'est ce qui permet &#224; un gouvernement de formation bonapartiste, d&#232;s le d&#233;part, de conserver la confiance des masses de paysans et d'ouvriers qui l'appuient ; et de prendre des mesures fondamentales qui attaqueront l'imp&#233;rialisme l'obligeant &#224; se retirer compl&#232;tement, mais bient&#244;t les masses se fatigueront et se retireront, silencieuses ; acceptant le gouvernement petit bourgeois qui s'est montr&#233; capable de r&#233;sister aux assauts imp&#233;rialistes en &#233;tablissant des r&#233;formes fondamentales et quelques changements assez r&#233;volutionnaires quoique toujours insuffisants. Quand ce retrait passager des masses survient, la direction petite bourgeoise, sans cesse plus bureaucratis&#233;e, peut commencer &#224; d&#233;sarmer les paysans et les ouvriers et &#224; consolider son pouvoir bonapartiste et n&#233;o-stalinien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du fait que le nouveau gouvernement ne repr&#233;sente essentiellement aucune classe r&#233;volutionnaire ni m&#234;me un parti, ses r&#233;actions contre l'imp&#233;rialisme seront toujours limit&#233;es et &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaires. Il fera seulement ce &#171; qu'il doit faire &#187; et jamais ce que requiert une perspective prol&#233;tarienne historique vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re internationale. Les r&#233;actions des petits bourgeois, qu'il s'agisse d'un boutiquier ou d'un Fidel Castro, seront toujours des manouvres qui ne trouvent ni leur contenu, ni leur raison d'&#234;tre dans la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne ou le marxisme. Ainsi la bureaucratie bonapartiste en voulant sauver la face &#224; tout prix, menace les b&#233;n&#233;fices m&#234;mes qu'elle a procur&#233;s aux masses dans les premiers stades du d&#233;veloppement de l'&#201;tat ouvrier d&#233;form&#233;. Certains philistins diront : &#171; Mais, c'est mieux que rien, n'est-ce-pas ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant de poursuivre plus loin les citations et d'aborder la partie des th&#232;ses consacr&#233;es au rapport entre les ouvriers et la couche dirigeante de ce soi-disant &#171; &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233; &#187;, examinons un instant le processus de formation de cet &#201;tat tel qu'il est d&#233;crit par les camarades am&#233;ricains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une gu&#233;rilla victorieuse s'installe au pouvoir. Devant les coups redoubl&#233;s de l'imp&#233;rialisme, elle se verra oblig&#233;e, pour se d&#233;fendre, de nationaliser la production, de confisquer les biens de l'imp&#233;rialisme, et m&#234;me, sous certaines conditions, de proc&#233;der &#224; l'armement du peuple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; peu pr&#232;s cela qui s'est pass&#233; &#224; Cuba. Mais rien, dans le texte de ces camarades, ne nous explique en quoi, cet &#201;tat qui, &#224; son corps d&#233;fendant, se voit oblig&#233; de s'opposer &#224; l'imp&#233;rialisme, est &#171; ouvrier &#187; m&#234;me d&#233;form&#233;. Les actions anti-imp&#233;rialistes des gu&#233;rilleros au pouvoir &#171; ne d&#233;coulent d'aucun programme marxistes &#187;, le nouveau gouvernement &#171; ne repr&#233;sente essentiellement aucune classe r&#233;volutionnaire &#187;, quant aux r&#233;actions des petits-bourgeois qui tiennent la direction de l'appareil d'&#201;tat &#171; elles ne sont que des manouvres qui ne trouvent ni leur contenu ni leur raison d'&#234;tre dans la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne ou le marxisme &#187;. De plus ces camarades admettent, nous l'avons vu dans la premi&#232;re partie, que le prol&#233;tariat n'est pas intervenu en tant que classe dans la cr&#233;ation de tels &#201;tats. On se demande alors ce qui leur donne un caract&#232;re &#171; ouvrier &#187; si d&#233;form&#233; soit-il.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question, nous la trouvons dans la partie du texte intitul&#233;e &#171; Et pour les ouvriers ? &#187; et qui traite du rapport entre la classe ouvri&#232;re et la couche sociale au pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224;, par une d&#233;formation scolastique du marxisme, ils affirment que ce sont les mesures &#233;conomiques prises par les gu&#233;rilleros victorieux (essentiellement la nationalisation compl&#232;te de l'&#233;conomie et la planification) qui, en derni&#232;re analyse, d&#233;terminent la nature &#171; ouvri&#232;re &#187; de ces &#201;tats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici ce qu'ils &#233;crivent :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le pire ennemi du mode de production planifi&#233; et centralis&#233; - d&#233;j&#224; non capitaliste - d'un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233; est la bureaucratie qui contr&#244;le l'appareil d'&#201;tat. Cette caste dirigeante qui, pour survivre, d&#233;pend de son appareil despotique et bureaucratique, repr&#233;sente des int&#233;r&#234;ts &#233;trangers &#224; ceux des ouvriers et des paysans pauvres. Le mode de production non capitaliste - en mettant lui-m&#234;me &#224; l'ordre du jour le contr&#244;le ouvrier de la production menace fondamentalement le r&#232;gne de la bureaucratie. Le nouveau syst&#232;me social bien que d&#233;form&#233; et profond&#233;ment contradictoire, repr&#233;sente la possibilit&#233; d'avancer vers une soci&#233;t&#233; r&#233;volutionnaire nouvelle et meilleure avec des buts internationalistes. La consolidation de ces t&#226;ches qui sont &#224; l'ordre du jour, rencontre un obstacle historique dans la bureaucratie r&#233;actionnaire et profond&#233;ment chauvine qui dirige - ou mieux usurpe - l'appareil d'&#201;tat en le d&#233;formant horriblement &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; ...La petite-bourgeoisie coloniale et semi-coloniale, exploit&#233;e et effray&#233;e par la crise croissante de la vie culturelle et la stagnation de l'&#233;conomie du pays, d&#233;cida de prendre l'initiative r&#233;volutionnaire et dirigea les masses d&#233;poss&#233;d&#233;s de paysans. Mais, dommage, la petite bourgeoisie est politiquement st&#233;rile du fait de sa perspective anti-prol&#233;tarienne et elle n'a pas de base mat&#233;rielle qui lui soit propre, ni dans sa classe, ni dans son programme, pour pouvoir effectuer des changements historiques fondamentaux contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Nous n'entendons pas par l&#224; que la petite-bourgeoisie ne va pas essayer de lutter pour sa sauvegarde contre la ruine imp&#233;rialiste par tous les moyens qui lui soient possibles. La cr&#233;ation de nombreux &#201;tats ouvriers d&#233;form&#233;s atteste en partie de la ferveur et de l'&#233;nergie des grandes masses petites-bourgeoises. Mais le syst&#232;me social qui en a r&#233;sult&#233;, les relations de propri&#233;t&#233;s apparues dans le processus de formation de ces &#201;tats, n'est &#224; aucun point de vue un syst&#232;me social petit-bourgeois ! En cons&#233;quence, la petite bourgeoisie menace cette cr&#233;ation qui n'est pas sienne historiquement, le gu&#233;rillerisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les camarades am&#233;ricains, &#171; le mode de production non capitaliste &#187; d'un tel &#201;tat, c'est-&#224;-dire l'&#233;conomie &#171; planifi&#233;e et centralis&#233;e &#187; est l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant qui conditionne toute leur conception de &#171; l'&#201;tat ouvrier d&#233;form&#233;. Et, si nous parlons d'interpr&#233;tation scolastique du marxisme &#224; ce propos, c'est que pour les marxistes, les r&#233;formes &#233;conomiques, aussi pouss&#233;es soient-elles, ne permettent jamais, lorsqu'elles sont appr&#233;hend&#233;es hors de leur contexte historique, de d&#233;terminer la nature sociale d'un &#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si un &#201;tat ouvrier doit planifier et nationaliser l'ensemble de l'&#233;conomie, et l'exemple russe a montr&#233; que ces mesures ne pouvaient &#234;tre ni spontan&#233;es, ni imm&#233;diates. C'est pourquoi les r&#233;formes &#233;conomiques accomplies par cet &#201;tat, et examin&#233;es hors du contexte social global ne permettront nullement d'en d&#233;terminer la nature. En derni&#232;re analyse, cet &#201;tat ne sera ouvrier que si la classe ouvri&#232;re s'empare du pouvoir et cr&#233;e son propre appareil d'&#201;tat. Et cela, quelque soit le degr&#233; des r&#233;formes &#233;conomiques effectu&#233;es. Voil&#224;, pour un marxiste ; l'unique crit&#232;re qui lui permet de qualifier un &#201;tat &#171; d'ouvrier &#187;. Et c'est sans doute dans ce domaine que les conceptions de la &#171; Spartacist League &#187; pr&#234;tent le plus le flanc &#224; la critique. La conception qui fait de Cuba ou de la Chine des &#201;tats &#171; ouvriers d&#233;form&#233;s &#187; n'est nullement originale. Elle est partag&#233;e par les diff&#233;rentes variantes du pablisme, au nombre desquelles on doit compter, pour la Chine du moins, le Comit&#233; International.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, pour arriver &#224; Justifier une telle conception, la plupart des organisations trotskystes se voient oblig&#233;es, soit de d&#233;couvrir que la paysannerie a accompli le r&#244;le du prol&#233;tariat, soit que les directions petites bourgeoises repr&#233;sentaient la classe ouvri&#232;re historiquement par leur tradition politique (le &#171; stalinien &#187; Mao Ts&#233; Toung) ou par leurs &#171; progr&#232;s id&#233;ologiques &#187; (cas de Castro).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme nous l'avons vu dans la premi&#232;re partie de ce texte, les camarades am&#233;ricains ont rejet&#233; ces grossi&#232;res falsifications du marxisme en affirmant le r&#244;le irrempla&#231;able du prol&#233;tariat dans la lutte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en agissant ainsi, ils se trouvent en contradiction flagrante avec leurs conclusions th&#233;oriques. Et quand il s'agit de d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment la nature sociale de la bureaucratie au pouvoir dans ces &#201;tats, ils nagent en plein brouillard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une part, une petite bourgeoisie anti-prol&#233;tarienne s'est empar&#233;e de l'appareil d'&#201;tat pour le transformer... en &#201;tat ouvrier. D'autre part, sous la pression de l'imp&#233;rialisme, cette petite bourgeoisie s'est vue oblig&#233;e effectuer des r&#233;formes &#233;conomiques qui &#171; repr&#233;sentent la possibilit&#233; d'avancer vers une soci&#233;t&#233; r&#233;volutionnaire nouvelle et meilleure avec des buts internationalistes &#187;. Mais, dans ce cas, il semble contradictoire d'affirmer que cette m&#234;me petite-bourgeoisie &#171; n'a pas une base mat&#233;rielle qui lui soit propre, ni dans sa classe, ni dans son programme, pour pouvoir effectuer des changements historiques fondamentaux contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, on ne peut affirmer d'un c&#244;t&#233; que &#171; la cr&#233;ation de nombreux &#201;tats ouvriers d&#233;form&#233;s atteste en partie de la ferveur et de l'&#233;nergie de grandes masses petites bourgeoises &#187;, et, de l'autre, que ces m&#234;mes &#201;tats ne sont pas la cr&#233;ation de ces m&#234;mes masses, sous-entendant d'ailleurs qu'historiquement, ils seraient celle de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a pourtant un argument avec lequel nous sommes d'accord. Le syst&#232;me social existant en Chine ou &#224; Cuba, n'est en aucun point un syst&#232;me social petit bourgeois et la petite-bourgeoisie en lutte, m&#234;me victorieuse, n'a pas le pouvoir &#171; d'effectuer des changements historiques fondamentaux contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Chine, &#224; Cuba ou en Yougoslavie, la prise du pouvoir par les directions petites bourgeoises et les bouleversements qui l'ont suivie, n'ont pas chang&#233; fondamentalement la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont certes modifi&#233; profond&#233;ment les structures internes de ces pays, mais nullement les fondements m&#234;mes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#224; l'&#233;chelle mondiale. Sur le plan int&#233;rieur, en s'attelant &#224; la construction d'&#233;conomies qui se veulent &#171; fortes &#187;, les radicaux petits-bourgeois n'ont fait que remplir le r&#244;le qui &#233;tait historiquement d&#233;volu &#224; la bourgeoisie de ces pays. Et, en ce sens, et en ce sens seulement, la petite-bourgeoisie n'a pas cr&#233;&#233; un syst&#232;me social propre. Elle a recr&#233;&#233; un &#201;tat bourgeois, pr&#233;sentant sans doute des aspects monstrueux, dus, &#224; la fois &#224; la pression exerc&#233;e par l'imp&#233;rialisme, et &#224; son corollaire, la faiblesse de la bourgeoisie nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, cela ne doit pas surprendre. Dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s, parvenus &#224; l'ind&#233;pendance, le syst&#232;me d'exploitation capitaliste &#171; classique &#187;, c'est-&#224;-dire, faisant une large part &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, n'existe pas et d'ailleurs, pour ainsi dire, n'a jamais exist&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car, &#224; l'&#233;poque de d&#233;cadence du capitalisme, c'est-&#224;-dire l'&#233;poque o&#249; la bourgeoisie n'est plus capable d'assurer le d&#233;veloppement continu des moyens de production, l'&#201;tat, y compris dans les pays imp&#233;rialistes, tend de plus en plus &#224; remplacer cette bourgeoisie d&#233;faillante. Et ce qui est vrai dans les pays capitalistes industriellement avanc&#233;s l'est encore plus dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Et donner le moindre caract&#232;re &#171; ouvrier &#187; ou &#171; socialiste &#187; &#224; cette intervention de l'&#201;tat conduit tout droit &#224; abandonner le prol&#233;tariat au profit d'autres formations sociales que l'on suppose capables de jouer le m&#234;me r&#244;le historique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette conception revient en effet &#224; admettre ouvertement, que des organisations bourgeoises (petites-bourgeoises) peuvent en s'appuyant sur certaines couches petites bourgeoises, et en tous cas non prol&#233;tariennes, cr&#233;er des &#201;tats ouvriers, m&#234;me d&#233;form&#233;s, et jeter les bases de progr&#232;s &#233;conomiques notables, dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la n&#233;gation m&#234;me du r&#244;le du prol&#233;tariat, la n&#233;gation m&#234;me de la r&#233;volution permanente, et la n&#233;gation m&#234;me du Manifeste, c'est aussi la n&#233;gation du raisonnement qui a amen&#233; Trotsky &#224; consid&#233;rer l'U.R.S.S, comme un &#171; &#201;tat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#187; &#224; cause du r&#244;le particulier et d&#233;terminant qu'avait jou&#233; le prol&#233;tariat dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de ce moment-l&#224;, ont raison alors ceux qui consid&#232;rent un tel processus comme historiquement progressiste. Au moins aussi progressiste que l'est l'existence de l'URSS Cela ram&#232;ne ipso-facto au pablisme, vari&#233;t&#233;, en langage gauchiste, de -l'id&#233;ologie staliniste. Le texte de Spartacist montre d'ailleurs que la faiblesse de ce raisonnement n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; ses auteurs puisqu'ils essaient de d&#233;montrer que ce processus ne peut pas se reproduire de fa&#231;on illimit&#233;e (c'est pour cela sans doute qu'il faut s'appuyer sur le prol&#233;tariat).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce point particulier il est &#233;vident que les conceptions th&#233;oriques que d&#233;fend la &#171; Spartacist League &#187; portent en germe les compromissions et les reniements contre lesquels elle lutte sur le plan politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car ce sont les m&#234;mes conceptions qui ont conduit la majorit&#233; du Mouvement trotskyste &#224; embellir les petites-bourgeoisies du tiers monde et des d&#233;mocraties populaires, cr&#233;atrices de soi-disant &#171; &#201;tats ouvriers d&#233;form&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, sans rupture radicale avec de telles th&#233;ories, toutes les ruptures politiques risquent toujours d'&#234;tre remises en cause.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Nota&lt;/i&gt; : Nos citations sont traduites d'un exemplaire de ces &#171; Th&#232;ses &#187; en Espagnol.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Le r&#244;le de la violence hors de l'Histoire</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1968-04-30T23:01:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;01&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis tr&#232;s longtemps, l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise est &#224; la recherche de la pierre philosophale capable de transmuter un faible groupe de militants en un parti influent. Reconnaissons-lui d'ailleurs qu'elle l'a cherch&#233;e dans maintes directions. La derni&#232;re en date, nous dit-on, serait l'organisation de manifestations &#171; dures &#187;, acceptant, sinon provoquant l'affrontement avec la police. Une mani&#232;re au fond de prouver, sinon ses capacit&#233;s politiques, du moins ses capacit&#233;s &#171; militaires &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'inspiration ici est &#233;vidente. Il s'agit d'imiter, ou de tenter d'imiter, l'action des &#233;tudiants allemands et du SDS. Laissons de c&#244;t&#233; pour l'instant la question de savoir si les organisations r&#233;volutionnaires fran&#231;aises, semblables au SDS pour le recrutement et l'implantation en milieu &#233;tudiant, CLER, JCR ou autres, sont capables ou non d'actions similaires. Elles ne l'ont certes pas encore prouv&#233;. Et ne &#171; casse pas du flic &#187; qui veut... Nous nous contenterons d'examiner ici ce que pourrait apporter ici au mouvement r&#233;volutionnaire de ce pays une telle m&#233;thode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le raisonnement que font les camarades qui pr&#244;nent ce genre d'actions n'est pas nouveau. Comme tous les raisonnements de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise, il part de la constatation de l'importance du Parti Communiste Fran&#231;ais, de son implantation et de son influence sur la classe ouvri&#232;re et la vie politique de ce pays. De cette constatation, et de celle que le PCF m&#232;ne depuis longtemps une politique non-r&#233;volutionnaire, et m&#234;me contraire aux int&#233;r&#234;ts de la classe sociale sur laquelle il s'appuie, est n&#233;e l'id&#233;e que le r&#244;le de l'extr&#234;me gauche consiste simplement &#224; surench&#233;rir sur les staliniens pour que la classe ouvri&#232;re d&#233;couvre enfin qui sont ses v&#233;ritables repr&#233;sentants et les adopte. Faute de moyens, cette surench&#232;re reste d'ailleurs g&#233;n&#233;ralement verbale, se contentant d'&#234;tre d'autant plus radicale sur ce plan, qu'elle est plus limit&#233;e sur celui de l'action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette situation peut-elle radicalement changer si, demain, les groupes d'extr&#234;me-gauche se r&#233;v&#232;lent capables de se heurter aux forces de l'ordre dans la rue (et de tenir face &#224; elles) ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A certains, la r&#233;ussite du SDS peut sembler une r&#233;ponse &#233;clatante &#224; cette question. Les derni&#232;res manifestations organis&#233;es par lui &#224; la suite de l'attentat perp&#233;tr&#233; contre Rudi Dutschke, ont secou&#233; l'Allemagne. Et ce qui compte peut-&#234;tre plus, consciemment ou inconsciemment, dans le raisonnement de ces camarades, elles ont donn&#233; &#224; l'organisation &#233;tudiante allemande une audience internationale. En cela elle n'a pourtant pas encore fait la preuve de sa capacit&#233; &#224; entra&#238;ner derri&#232;re elle et &#224; mobiliser la classe ouvri&#232;re allemande. Bien au contraire, si nous en croyons les informations parvenues ici, celle-ci serait encore plus hostile qu'indiff&#233;rente &#224; l'action des &#233;tudiants. Certes, cela ne prouve nullement &#224; nos yeux que les &#233;tudiants allemands ont eu tort de r&#233;agir comme ils l'ont fait et que, pour &#233;viter l'hostilit&#233; des ouvriers, ils devaient accepter sans broncher que l'on attente aux jours d'un de leurs camarades. Mais cela prouve au moins que le probl&#232;me de savoir comment amener la classe ouvri&#232;re allemande &#224; la conscience et &#224; l'action r&#233;volutionnaire demeure entier, et que le SDS quelle que soit sa r&#233;ussite dans le milieu &#233;tudiant, est bien loin de l'avoir r&#233;solu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre exemple nous est fourni par le Japon. Bien avant le SDS, il est en effet une autre organisation &#233;tudiante d'extr&#234;me-gauche, qui a men&#233; une lutte aussi dure, la Zengakuren. Elle a multipli&#233; depuis dix ans les manifestations, surtout anti-am&#233;ricaines, et prouv&#233; largement sa capacit&#233; &#224; y entra&#238;ner des milliers d'&#233;tudiants. Elle a gagn&#233; elle aussi une audience internationale. Pas plus que le SDS elle n'a fait la preuve que c'&#233;tait l&#224; la mani&#232;re d'entra&#238;ner la classe ouvri&#232;re ou une fraction d'entre elle, derri&#232;re les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'erreur de ceux qui pensent qu'il suffit &#224; un groupe r&#233;volutionnaire, surtout lorsque celui-ci a une composition sociale non-ouvri&#232;re, de mener une action dure pour gagner &#224; lui le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, est au fond, bien que dans un autre contexte et sous d'autres formes, semblable &#224; celle des terroristes russes du si&#232;cle dernier. En s'attaquant physiquement, par la bombe ou le revolver, aux repr&#233;sentants de l'autocratisme russe, ils pensaient entra&#238;ner les masses paysannes ou ouvri&#232;res &#224; lutter &#224; leur tour contre l'&#201;tat qui les opprimait. Cette contestation radicale d'une soci&#233;t&#233; manifestement r&#233;trograde, pensaient-ils, devait faire t&#226;che d'huile. Les masses russes demeur&#232;rent pourtant indiff&#233;rentes. Lorsqu'elles &#171; contest&#232;rent &#187; &#224; leur tour cette soci&#233;t&#233;, en 1905, puis en 1917, ce fut pour de toutes autres raisons que parce que des individus ou des groupes, dont le courage ne fait aucun doute, s'&#233;taient eux-m&#234;mes attaqu&#233;s physiquement aux d&#233;fenseurs de cette soci&#233;t&#233;, et avaient fait sauter le tsar ou ses ministres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, il n'est pas question que les r&#233;volutionnaires, quels qu'ils soient, gagnent &#224; eux l'ensemble ou m&#234;me une fraction tr&#232;s importante de la classe ouvri&#232;re en dehors des &#233;poques r&#233;volutionnaires. En temps &#171; normal &#187;, leur r&#244;le se borne n&#233;cessairement &#224; un travail de propagande, d'agitation pour la propagation de leurs id&#233;es, de participation aux luttes concr&#232;tes de la classe ouvri&#232;re, pour gagner &#224; eux son avant-garde, pour construire le parti r&#233;volutionnaire : c'est une t&#226;che dont la longueur d&#233;pend autant, sinon plus, des &#233;v&#233;nements que des r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes. C'est ce qui a suscit&#233;, &#224; toutes les &#233;poques et dans tous les pays, l'impatience de certains d'entre eux et les a amen&#233;s &#224; rechercher un chemin de traverse, une m&#233;thode artificielle, qui permettraient de raccourcir les d&#233;lais. Le terrorisme pour certains militants russes fut une tentative de ce genre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, le calcul des &#233;tudiants allemands, des &#233;tudiants japonais et de ceux qui br&#251;lent de les imiter en France reste le m&#234;me. S'ils ne mettent pas de bombes, ils esp&#232;rent eux aussi r&#233;veiller les masses, leur donner l'exemple, en allant affronter les matraques des policiers dans la rue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce qu'expliquait r&#233;cemment Karl Dietrich Wolff, pr&#233;sident du SDS, dans une interview accord&#233;e au Journal &#171; Le Monde &#187;. &#192; la question du journaliste &#171; quels moyens d'action pr&#233;conisez-vous ? &#187;, il r&#233;pondait : &#171; Dans l'imm&#233;diat, l'agitation, la contestation permanente, la provocation pour d&#233;voiler, pour d&#233;mystifier les rouages v&#233;ritables du syst&#232;me capitaliste dans lequel nous vivons... &#187; Et &#224; l'autre question : &#171; Comment r&#233;sumeriez-vous vos intentions ? &#187; : &#171; Renforcer nos bases dans les universit&#233;s, mettre en &#233;vidence les forces de r&#233;pressions du capitalisme avanc&#233;. Les r&#233;voltes &#233;tudiantes ont un r&#244;le &#224; jouer dans la lutte des classes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, aucun marxiste ne nie &#224; priori que l'emploi de la violence soit n&#233;cessaire aux r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas pour nous d'une technique propre &#224; mobiliser des couches sociales qui ne le sont pas, encore moins &#224; montrer &#224; ces couches sociales une oppression qu'elles subiraient sans s'en apercevoir. Cette id&#233;e, un peu aberrante, ne peut gu&#232;re na&#238;tre que dans un milieu petit-bourgeois coup&#233; de la classe ouvri&#232;re et pour qui les r&#233;actions ou le manque de r&#233;actions de celle-ci sont vus et expliqu&#233;s de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sentiment, confus peut-&#234;tre mais bien vivant, de son exploitation, de l'injustice qu'il subit quotidiennement, existe chez tout ouvrier. Il n'est pas besoin de &#171; provocations &#187; quelconques pour lui d&#233;voiler une condition &#171; ali&#233;n&#233;e &#187; (m&#234;me s'il n'emploie &#233;videmment pas ce mot). Les aspects de sa vie quotidienne et de sa condition de salari&#233; suffisent amplement &#224; le lui montrer. Mais ce n'est pas ce sentiment permanent qui peut expliquer ni les r&#233;actions, ni l'absence de r&#233;action de la classe ouvri&#232;re. Car, pour r&#233;agir, il ne suffit pas de se sentir opprim&#233;, il faut aussi ou bien penser que l'on n'a plus rien &#224; perdre - ce qui est rarement le cas - ou bien avoir l'espoir, m&#234;me infime, que quelque chose peut tout de m&#234;me &#234;tre chang&#233;. C'est cet espoir, ou cette absence d'espoir qui fait depuis 100 ans l'histoire du mouvement ouvrier, ses hauts et ses bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La violence n'est pour les marxistes qu'une n&#233;cessit&#233;, impos&#233;e par une situation historique ; c'est son emploi permanent par les classes dirigeantes contre les classes opprim&#233;es qui l'impose en retour &#224; celles-ci. Mais l'emploi de la violence ne peut &#234;tre compris, approuv&#233; et accept&#233; par le prol&#233;tariat ou une fraction de celui-ci que s'il s'ins&#232;re dans sa lutte, s'il s'impose pour mener &#224; bien celle-ci. Notons d'ailleurs que cette r&#233;action en tant que classe n'est pas le propre du prol&#233;tariat. La petite-bourgeoisie r&#233;agit elle aussi de la m&#234;me fa&#231;on. Les groupes fascistes, partisans de l'emploi de la violence contre toute organisation ouvri&#232;re, de gauche ou simplement d&#233;mocratique, existent en permanence. Le fascisme est une politique du grand capital pour tenter de r&#233;soudre les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise en crise. Mais par leur id&#233;ologie et leurs mots d'ordre, les groupes fascistes cherchent en permanence &#224; s'adresser &#224; la petite-bourgeoisie et &#224; l'entra&#238;ner dans leur croisade. Pourtant, ce n'est pas parce qu'ils utilisent ou sont pr&#234;ts &#224; utiliser la violence, qu'ils trouvent son appui, mais seulement lorsqu'une crise sociale en vient &#224; faire que seule la violence lui parait &#234;tre une solution &#224; ses probl&#232;mes. En d'autres temps, les petits-bourgeois r&#233;prouvent ces m&#233;thodes et r&#233;prouvent par l&#224;-m&#234;me les organisations fascistes. Si l'OAS a &#233;t&#233; soutenue par la majorit&#233; des Pieds-noirs, elle &#233;tait franchement vomie par l'ensemble, petite-bourgeoise comprise, de la population m&#233;tropolitaine. Les bombes ne sont admises que par des gens qui ne voient plus d'autres solutions &#224; leurs probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sinon leur emploi ou celui de la matraque reste incompris et a m&#234;me les plus fortes chances d'&#234;tre r&#233;prouv&#233;. Car personne ou bien peu de gens, et ce ne sont pas forc&#233;ment les meilleurs bien loin de l&#224;, ne go&#251;te la violence pour elle-m&#234;me. La bourgeoisie l'a bien compris dont le terrain de propagande majeur contre les r&#233;volutionnaires a toujours &#233;t&#233; de les peindre sous les traits de forcen&#233;s ivres de destruction, de pillage et de carnage : &#171; partageux &#187; en 1948, &#171; p&#233;troleuses &#187; en 1871, &#171; bolcheviks au couteau entre les dents &#187; apr&#232;s 1917. Bien s&#251;r, ce sont l&#224; des images pour boutiquiers, aurait dit Marx, mais il n'y a pas que des boutiquiers &#224; qui la violence soit a priori antipathique, surtout lorsque sa n&#233;cessit&#233; ne s'impose pas d'une mani&#232;re &#233;vidente. Les travailleurs ont les m&#234;mes r&#233;actions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi lorsque les Comit&#233;s Vietnam de Base s'attaquent violemment aux quelques manifestations, meeting ou expositions, des mouvements d'extr&#234;me-droite et esp&#232;rent par l&#224; gagner &#224; eux les militants du PCF, ils se trompent lourdement. Certes, le PCF ne fait rien contre les groupes fascistes qui existent ici ou l&#224;, mais, parce qu'il ne s'agit que de groupuscules, qui n'ont aucune activit&#233; en dehors des milieux &#233;tudiants, que la classe ouvri&#232;re ne conna&#238;t pas et qu'elle ne peut donc nullement consid&#233;rer comme un danger pour elle, les militants ouvriers du PCF, dans leur immense majorit&#233;, ne peuvent pas ressentir actuellement la n&#233;cessit&#233; de lutter physiquement contre eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lutte pr&#233;sente engag&#233;e contre eux par certains groupes d'extr&#234;me-gauche ne peut appara&#238;tre &#224; l'immense majorit&#233; des ouvriers que comme des bagarres d'&#233;tudiants ou des r&#232;glements de comptes entre petites chapelles politiques. Dans le meilleur des cas, ils peuvent regarder l'extr&#234;me-gauche avec sympathie. En rien ils ne se sentent concern&#233;s par ces &#171; histoires du Quartier Latin &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes il est des cas aussi o&#249; une organisation r&#233;volutionnaire doit se battre pour elle-m&#234;me, pour assurer sa survie, politique sinon m&#234;me physique, et cela ind&#233;pendamment de la classe qu'elle essaie de gagner &#224; elle. Ainsi les militants de &#171; Voix Ouvri&#232;re &#187; ont d&#251; bien souvent, pour d&#233;fendre leur droit &#224; diffuser leur presse devant les entreprises r&#233;sister physiquement aux agressions perp&#233;tr&#233;es par l'appareil syndical ou politique stalinien. Ainsi toute l'extr&#234;me-gauche devra se battre m&#234;me si ce n'est qu'au Quartier Latin, si le &#171; Mouvement Occident &#187; met &#224; ex&#233;cution les menaces qu'il a prof&#233;r&#233;es contre elle, &#224; la suite de l'exp&#233;dition organis&#233;e par les Pro-Chinois contre une exposition en faveur du gouvernement de Sa&#239;gon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ouvriers fran&#231;ais comprennent que les gr&#233;vistes de la Saviem, en lutte pour leurs revendications, se heurtant aux forces de l'ordre venues &#224; la rescousse du patron, ripostent et se battent. Les ouvriers allemands pourraient sans doute comprendre aussi que les &#233;tudiants allemands s'attaquent au trust Springer si on leur en expliquait les raisons. Mais cela exigerait, dans le contexte actuel, que les &#233;tudiants r&#233;volutionnaires se pr&#233;occupent non seulement de mettre le feu &#224; la presse bourgeoise, mais aussi de cr&#233;er une presse ouvri&#232;re pour leur permettre ce travail d'explication et de propagande. Ce qui signifierait sans doute une r&#233;orientation compl&#232;te du travail des r&#233;volutionnaires qui sont actuellement au sein du SDS&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs fran&#231;ais ne comprendraient certainement pas que des &#233;tudiants fran&#231;ais - m&#234;me s'ils se r&#233;clament de la classe ouvri&#232;re - d&#233;clenchent des bagarres dans le simple but d'imiter les &#233;tudiants allemands. Et dans ce cas, ceux qui en prendraient la responsabilit&#233; non seulement manqueraient &#224; coup s&#251;r leur but - si du moins leur but est bien la r&#233;volution prol&#233;tarienne et pour cela la constitution d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire mais risqueraient d'aller &#224; l'encontre de celui-ci, de couper de la classe ouvri&#232;re les militants et les groupes d'extr&#234;me-gauche, en se livrant &#224; des &#171; provocations &#187; incompr&#233;hensibles pour elle. Aujourd'hui, comme hier, le probl&#232;me essentiel qui se pose, reste pourtant celui de la liaison de cette extr&#234;me-gauche avec la seule classe qui peut lui donner sa dimension et son r&#244;le historique, le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Du &#171; Vietminh &#187; au Vietcong</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;02&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Vis-&#224;-vis de la bourgeoisie nationale, le Parti doit se montrer habile, souple... Vis-&#224;-vis des trotskystes : point d'alliance, ni de concession. Il faut, par tous les moyens, d&#233;masquer ces agents du fascisme, il faut les an&#233;antir sur le plan politique &#187;. HO CHI MINH Juillet 1939&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soutien inconditionnel qu'apportent les r&#233;volutionnaires marxistes au peuple vietnamien et au Front National de Lib&#233;ration qui dirige sa lutte, ne signifie nullement l'adh&#233;sion pure et simple aux options politiques prises par le FNL&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, celui-ci ne se bat, et ne s'est jamais battu sur le terrain du socialisme. Tant le programme de 1960 que celui de 1967 indiquent clairement que le but des dirigeants frontistes est une large union nationale, regroupant toutes les couches de la soci&#233;t&#233; vietnamienne, en vue de faire du Sud Vietnam un &#201;tat d&#233;mocratique, ind&#233;pendant et neutraliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, le Front National de Lib&#233;ration ne se diff&#233;rencie nullement des divers mouvements nationalistes des pays coloniaux et ex-coloniaux qui, depuis la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale, ont mobilis&#233; les masses populaires dans la lutte pour l'ind&#233;pendance. Le plus connu sans doute de ces mouvements, est le Front de Lib&#233;ration National (FLN) alg&#233;rien qui pendant huit ann&#233;es s'opposa &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le caract&#232;re nationaliste bourgeois du FLN alg&#233;rien, malgr&#233; les illusions sur son compte entretenues par les camarades du Secr&#233;tariat Unifi&#233;, s'est affirm&#233; d&#232;s sa naissance et le r&#233;gime de Boumedienne en est l'aboutissement logique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, pour de nombreux camarades trotskystes, il existerait une diff&#233;rence essentielle entre l'organisation nationaliste alg&#233;rienne et le FNL du Sud Vietnam. Car le second ne serait, en fait, que la couverture du Parti Populaire R&#233;volutionnaire, c'est &#224; dire du Parti Communiste Sud Vietnamien. De ce fait, la victoire du peuple vietnamien am&#232;nerait &#224; la construction, &#224; terme, d'un &#201;tat ouvrier, puisque ce combat est dirig&#233; par un parti stalinien repr&#233;sentant &#171; de fa&#231;on d&#233;form&#233;e &#187; les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est justement cette affirmation que nous voudrions discuter. Tout d'abord il est &#233;vident que l'&#233;l&#233;ment moteur du Front est constitu&#233; par l'organisation stalinienne. La pr&#233;sence au Comit&#233; Central du Front de repr&#233;sentants des Eglises catholique, bouddhiste, Hoa Hao, Caoda&#239;ste, et de repr&#233;sentants de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie urbaine, ne change rien au fait que toute l'ossature du FNL est solidement tenue en mains par les staliniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, au Vietnam, l'organisation stalinienne peut-elle &#234;tre qualifi&#233;e d'organisation &#171; ouvri&#232;re &#187; ? (M&#234;me si l'on entend par ce terme un parti stalinien de type occidental). Une tr&#232;s grande partie des militants r&#233;volutionnaires r&#233;pond par l'affirmative &#224; cette question. C'est sans doute le groupe &#171; La Voie &#187; qui exprime le plus clairement cette conception dans une brochure intitul&#233;e &#171; La R&#233;volution Vietnamienne &#187;. Voici ce qu'&#233;crivent ces camarades : &#171; En fait la pens&#233;e qui guide les communistes vietnamiens - et nous touchons ici &#224; la deuxi&#232;me s&#233;rie d'explications relatives au programme du Front - est inspir&#233;e par la conception strat&#233;gique qui fut &#171; classique &#187; &#224; l'&#233;poque stalinienne et qui demeure vivace d'ans la plupart des partis communistes. La r&#233;volution de peut proc&#233;der que par &#233;tape, l'&#233;tape d&#233;mocratique nationale, caract&#233;ris&#233;e par le bloc des classes doit s'&#233;tendre sur une longue p&#233;riode de temps pour que s'ouvre l'&#233;tape socialiste... Le Parti Populaire R&#233;volutionnaire au Sud, comme le Parti des Travailleurs au Nord, sont des partis staliniens qui ont su d&#233;clencher et diriger une lutte dont le caract&#232;re r&#233;volutionnaire est &#233;vident &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, le fait de qualifier de staliniens le Parti Populaire R&#233;volutionnaire du Sud et le Parti des Travailleurs du Vietnam du Nord ne d&#233;finit nullement leur nature sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car si le stalinisme est en URSS l'expression politique d'une certaine couche sociale, la bureaucratie, l'id&#233;ologie r&#233;actionnaire qu'il repr&#233;sente a pris appui hors d'URSS sur des couches sociales tr&#232;s diverses. Dans les pays industrialis&#233;s, le stalinisme s'est appuy&#233; sur des organisations ouvri&#232;res, qui s'&#233;taient rapidement bureaucratis&#233;es, les partis dits &#171; communistes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, dans de nombreux pays &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;s, le ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; sensiblement diff&#233;rent. L&#224;, le stalinisme a, dans certaines situations, servi de couverture id&#233;ologique &#224; des fractions radicales de la petite-bourgeoisie et cela ne peut &#233;tonner. La bureaucratie a constamment cherch&#233; hors de la classe ouvri&#232;re des appuis circonstanciels pour contrebalancer la pression que l'imp&#233;rialisme faisait peser sur elle. Les exemples les plus connus ont &#233;t&#233; l'appui au Kuo Min Tang en Chine, et au parti de La Follette aux USA&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais outre l'embellissement canaille d'organisations ouvertement bourgeoises, l'Internationale stalinienne a d&#233;velopp&#233; en son sein des courants non prol&#233;tariens qui, sous l'&#233;tiquette &#171; communiste &#187;, repr&#233;sentaient en fait des couches sociales qui n'avaient plus rien &#224; voir avec le prol&#233;tariat. L'Asie nous offre de bons exemples de ce ph&#233;nom&#232;ne. Le plus connu est sans aucun doute celui de Mao Ts&#233; Toung et du Parti Communiste Chinois qui apr&#232;s l'&#233;crasement de la r&#233;volution de 1927 quitta les villes et, peu &#224; peu, par son programme et son action s'appuya exclusivement sur la paysannerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Abordant le probl&#232;me de la nature sociale de telles organisations Trotsky &#233;crivait le 22 septembre 1932 dans une lettre aux camarades chinois intitul&#233;e &#171; La guerre des paysans en Chine et le prol&#233;tariat &#187; : &#171; ... Le fait que des communistes se trouvent individuellement &#224; la t&#234;te des arm&#233;es paysannes ne change en rien le caract&#232;re social de ces derni&#232;res m&#234;me si la direction communiste a une bonne trempe prol&#233;tarienne... La plus grande partie des communistes du rang dans les corps de partisans rouges (chinois) se compose de toute &#233;vidence de paysans qui tr&#232;s honn&#234;tement et sinc&#232;rement se prennent pour des communistes mais qui sont des r&#233;volutionnaires paup&#233;ris&#233;s ou des petits propri&#233;taires r&#233;volutionnaires... Si nous ne sommes pas d'accord pour identifier les corps d'arm&#233;es de paysans avec l'arm&#233;e rouge, comme la force arm&#233;e du prol&#233;tariat... Par contre nous nous rendons parfaitement compte de la signification de l'importance &#233;norme du caract&#232;re d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire des guerres de paysans... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un rapide historique de l'histoire du Parti Communiste Indochinois, anc&#234;tre du Parti Populaire R&#233;volutionnaire, montrera que tout comme le PC Chinois il ne s'agissait nullement d'une organisation ouvri&#232;re mais d'une organisation nationaliste petite-bourgeoise appuy&#233;e sur la paysannerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DE L'ASSOCIATION DE LA JEUNESSE R&#201;VOLUTIONNAIRE DU VIETNAM AU VIETMINH&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re organisation qui en Indochine prendra l'&#233;tiquette &#171; communiste &#187; n'appara&#238;tra sur la sc&#232;ne politique qu'en 1929 c'est-&#224;-dire &#224; un moment o&#249; l'Internationale Communiste est en pleine d&#233;composition opportuniste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant cette date les militants qui se r&#233;clament de l'Internationale Communiste avaient cr&#233;&#233; en juin 1925 l'Association de la Jeunesse R&#233;volutionnaire du Vietnam. Bien que ses dirigeants, dont le plus connu est Ho Chi Minh, aient travaill&#233; en liaison &#233;troite avec l'Internationale Communiste, leur organisation se voulait un parti nationaliste &#224; tendances socialistes. La litt&#233;rature de cette organisation faisait appel aux sentiments de solidarit&#233; des Vietnamiens face &#224; l'imp&#233;rialisme mais n'&#233;tablissait aucune distinction entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie vietnamienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au premier congr&#232;s de cette organisation, qui se tint &#224; Hong Kong en mai 1929, &#233;clata une crise grave. Toute une partie des militants de la r&#233;gion de Hano&#239;, qui &#233;tait une des bases ouvri&#232;res les plus importantes, demanda que le congr&#232;s d&#233;cide la cr&#233;ation d'un parti communiste. La direction de la &#171; Jeunesse R&#233;volutionnaire &#187;, fid&#232;le &#224; Ho Chi Minh, refusa ce qui entra&#238;na une scission. L'organisation du Tonkin (r&#233;gion de Hano&#239;) et une fraction de celle de l'Annam (Vietnam central) se proclam&#232;rent Parti Communiste Indochinois (D&#244;ng Duong C&#244;ng San Dang). Un d&#233;l&#233;gu&#233; fut envoy&#233; en Cochinchine o&#249; le nouveau parti progressa rapidement. Lors de la scission les d&#233;l&#233;gu&#233;s publi&#232;rent un document o&#249; ils qualifiaient ainsi le groupe de la &#171; Jeunesse R&#233;volutionnaire &#187; dirig&#233; par Ho Chi Minh : &#171; ...un groupement de nationalistes &#224; tendances socialistes, un groupement de farceurs pr&#233;conisant la r&#233;volution nationale et la r&#233;volution mondiale, qui n'a jamais port&#233; ses efforts sur les masses prol&#233;tariennes, qui n'a jamais adh&#233;r&#233; &#224; la III&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale, le seul organe de la r&#233;volution mondiale et qui a, par contre, demand&#233; l'admission de ses repr&#233;sentants au III&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Congr&#232;s du parti national chinois (Kuo Min Tang), c'est-&#224;-dire un parti r&#233;actionnaire et anti-prol&#233;tarien &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tr&#232;s rapidement la &#171; Jeunesse R&#233;volutionnaire &#187;, pour ne pas &#234;tre tourn&#233;e sur la gauche, car le nouveau parti communiste progressait tr&#232;s vite, se transforma en Parti Communiste d'Annam (Annam C&#244;ng San Lang).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1930 fut donc constitu&#233; le Parti Communiste Indochinois unifi&#233;. Outre les deux groupes issus de la &#171; Jeunesse R&#233;volutionnaire &#187;, y adh&#233;rait un groupe qui venait de l'organisation nationaliste &#171; Parti R&#233;volutionnaire du Nouvel Annam et d'une petite organisation d&#233;fendant en Cochinchine un programme agraire radical &#224; tendances socialistes : l'&#171; Association N'Guyen-an-Ninh &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce fait, l'immense majorit&#233; des adh&#233;rents et des militants du parti communiste &#233;tait soit des paysans, soit des semi-intellectuels (instituteurs, &#233;tudiants etc...). En outre, &#224; la diff&#233;rence du PC Chinois ; le PC Vietnamien ne s'&#233;tait jamais implant&#233; dans les masses ouvri&#232;res et ne le fera d'ailleurs pratiquement pas dans la p&#233;riode suivante. Le cours gauchiste de la troisi&#232;me p&#233;riode se traduisit essentiellement par la formation de soviets &#171; paysans &#187; qui s'empar&#232;rent des grandes propri&#233;t&#233;s dans la p&#233;riode 1930-1931. Mais tr&#232;s rapidement tous ces mouvements furent noy&#233;s dans le sang.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, pendant la p&#233;riode du Front Populaire, le PC Vietnamien pr&#233;conisa l'alliance avec tous les &#171; &#233;l&#233;ments bourgeois honn&#234;tes &#187;. Dans sa propagande il allait m&#234;me jusqu'&#224; distinguer, en juin 1936 &#171; les colonialistes fran&#231;ais antifascistes &#187;, &#224; qui il fallait tendre la main, des &#171; ultra-colonialistes &#187; qu'il fallait combattre. Cette ligne de collaboration avec l'ensemble de la bourgeoisie vietnamienne, et parfois m&#234;me avec l'imp&#233;rialisme, le PC Vietnamien la conservera jusqu'en d&#233;cembre 1946.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DE LA COLLABORATION &#192; LA LUTTE CONTRE L'IMP&#201;RIALISME&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mai-juin 1941, le Parti Communiste Vietnamien va cr&#233;er la &#171; Ligue pour l'Ind&#233;pendance du Vietnam &#187; ( &#171; Viet Nam Doc Lap Dong Minh &#187; soit en abr&#233;g&#233; &#171; Viet Minh &#187; ) Il s'agissait d'un large front regroupant les bourgeois, une partie des propri&#233;taires fonciers, la paysannerie et toutes les autres couches de la soci&#233;t&#233; dans la lutte pour l'ind&#233;pendance. La r&#233;forme agraire qui &#233;tait dans le programme du PC, fut mise en veilleuse. &#171; Le Comit&#233; Central &#187;, &#233;crivait Giap, &#171; d&#233;finissait par ailleurs une nouvelle politique du Parti : suspendre provisoirement le mot d'ordre de la r&#233;volution agraire et y substituer celui de la r&#233;duction des taux de fermage et de pr&#234;t &#187;... (Guerre du Peuple, Arm&#233;e du Peuple, p.80). Et en mars 1944, Ho Chi Minh participait &#224; un gouvernement provisoire mis sur pied avec des groupements bourgeois pro-Kuo Min Tang et pro-japonais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 8 mars 1945 les Japonais &#233;liminent d'Indochine l'administration fran&#231;aise qui y &#233;tait demeur&#233;e pendant la guerre. Mais le 10 ao&#251;t le Japon capitule. La Ligue Vietminh va alors s'emparer du pouvoir &#224; la faveur du vide politique cr&#233;&#233; par le d&#233;part des Japonais et nous allons voir de quelle mani&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE VIETMINH ET LA CLASSE OUVRI&#200;RE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, les ouvriers de Sa&#239;gon ont cr&#233;&#233; des comit&#233;s du peuple pour suppl&#233;er &#224; l'effondrement de l'administration et &#224; l'incapacit&#233; des groupes fantoches pro-japonais du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain toute la r&#233;gion de Sa&#239;gon se couvre de comit&#233;s et, le 21 ao&#251;t, pour tenter d'apaiser le mouvement, les groupements de droite regroup&#233;s dans le &#171; Front National Unifi&#233; &#187; organisent une manifestation pour c&#233;l&#233;brer l'ind&#233;pendance. Les militants trotskystes de la Ligue Communiste Internationaliste s'y rendent avec comme mots d'ordre &#171; La terre aux paysans, nationalisation des usines sous contr&#244;le ouvrier. Ils parviennent &#224; rassembler plusieurs dizaines de milliers d'ouvriers derri&#232;re leurs banderoles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les staliniens de la Ligue Vietminh vont rapidement r&#233;agir. Le 23 ao&#251;t, ils obligent les partis bourgeois du Front National Unifi&#233; &#224; se rallier &#224; eux, et le 25 ils s'emparent des principaux postes de commande du gouvernement. Ce que beaucoup ont plus tard qualifi&#233; de &#171; r&#233;volution &#187; fut un coup d'&#201;tat sans participation des masses populaires. Voici ce qu'&#233;crivait un militant vietnamien sur cet &#233;v&#233;nement dans &#171; IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale &#187; de septembre-octobre 1947 :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; A 5 h. du matin le 25 ao&#251;t, tous les postes gouvernementaux furent occup&#233;s par les chefs du Front Vietminh sans que le peuple s'en rendit compte. Le changement du pouvoir d'&#201;tat s'op&#233;ra silencieusement &#224; l'insu de toute la population. Le Vietminh montait au pouvoir ayant avec lui toutes les classes dirigeantes de la soci&#233;t&#233; et l'appareil complet de l'&#201;tat bourgeois... Ce ne fut pas une r&#233;volution mais seulement un coup d'&#201;tat mont&#233; avec l'appui de toutes les classes d'exploiteurs derri&#232;re le dos des masses r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de ce moment, la politique du Vietminh a deux aspects : vis-&#224;-vis des masses populaires une politique de r&#233;pression dans la mesure ou celles-ci tentent de s'organiser d'une fa&#231;on autonome, vis-&#224;-vis des imp&#233;rialistes fran&#231;ais une politique de compromis pour tenter de parvenir &#171; &#224; l'amiable &#187; &#224; l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;publique proclam&#233;e, les premi&#232;res d&#233;clarations des nouveaux ministres sont essentiellement dirig&#233;es contre les ouvriers et les paysans :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Seront s&#233;v&#232;rement et impitoyablement punis ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res &#187; d&#233;clare le 27 ao&#251;t N'Guyen Van Tao, ministre de l'int&#233;rieur. &#171; Ceux qui incitent le peuple &#224; l'armement seront consid&#233;r&#233;s comme des saboteurs et des provocateurs ennemis de l'ind&#233;pendance nationale. Nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par les Alli&#233;s d&#233;mocratiques &#187; d&#233;clare le gouvernement le 1&lt;i&gt;er&lt;/i&gt; septembre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans la premi&#232;re semaine de septembre, suite notamment &#224; divers attentats commis sans doute par des colonialistes fran&#231;ais contre des manifestations pacifiques, les Comit&#233;s Populaires se g&#233;n&#233;ralisent dans tout le Vietnam mais en particulier dans la r&#233;gion sud autour de Sa&#239;gon. Bient&#244;t ils se proclament seul pouvoir r&#233;volutionnaire et d&#233;cident de se f&#233;d&#233;rer &#224; l'&#233;chelle du pays. Le Vietnam, qui ne parvient pas &#224; les contr&#244;ler en Cochinchine, d&#233;cide donc de les abattre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 7 septembre, le gouvernement vietminh d&#233;clare : &#171; Seront consid&#233;r&#233;s comme des provocateurs ceux qui appellent le peuple &#224; l'armement et surtout &#224; la lutte contre les alli&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire contre les imp&#233;rialistes franco-anglais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 12 septembre, les comit&#233;s du peuple protestent contre l'attitude du gouvernement &#224; leur &#233;gard. Le 14, le Vietminh fait arr&#234;ter les dirigeants des comit&#233;s et les met en prisons. Quelques mois plus tard les dirigeants trotskystes seront liquid&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE VIETMINH ET L'IMP&#201;RIALISME&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 16 septembre, le Vietminh qui affirme avoir pris le pouvoir au nom des &#171; alli&#233;s d&#233;mocratiques &#187; se d&#233;clare pr&#234;t &#224; n&#233;gocier avec de Gaulle sur la base de l'adh&#233;sion du Vietnam &#224; l'Union Fran&#231;aise. Pendant ce temps les imp&#233;rialistes fran&#231;ais tentent d'acheminer vers le Vietnam les maigres troupes dont ils disposent. En attendant ces troupes, le 13 septembre 1945 avec l'aide d'une compagnie d'un r&#233;giment d'infanterie, d'un bataillon et de mille deux cents Fran&#231;ais, anciens prisonniers des Japonais, le colonel fran&#231;ais Cedile, parachut&#233; peu de temps auparavant, attaque les troupes vietminh et les chasse de Sa&#239;gon. La population ouvri&#232;re, &#233;cras&#233;e par le Vietminh dix jours auparavant, ne r&#233;agira pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 5 octobre, Leclerc arrivait &#224; Sa&#239;gon et peu &#224; peu les troupes fran&#231;aises commen&#231;aient &#224;d&#233;barquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais n'a pas la force d'attaquer l'ensemble du Vietnam. Il cherche donc &#224; gagner du temps. De son c&#244;t&#233;, Ho Chi Minh ne demande qu'&#224; n&#233;gocier. Le 6 mars 1946, un accord est conclu entre le gouvernement vietnamien et le gouvernement fran&#231;ais qui reconna&#238;t l'ind&#233;pendance du Vietnam dans le cadre de l'Union Fran&#231;aise et de la F&#233;d&#233;ration Indochinoise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement Ho Chi Minh se d&#233;clara pr&#234;t &#224; accueillir amicalement les troupes fran&#231;aises &#224; Ha&#239;phong. Leclerc fit donc d&#233;barquer 15000 soldats dans la capitale du Tonkin sans rencontrer la moindre r&#233;sistance de la part du Vietminh qui ne demandait qu'&#224; collaborer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais toute une partie du Vietnam, la Cochinchine, n'est pas rattach&#233;e au nouvel &#201;tat. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais promet d'y organiser un r&#233;f&#233;rendum, mais d&#232;s le 1&lt;i&gt;er&lt;/i&gt; juin, l'amiral d'Argenlieu, Haut Commissaire de France en Indochine, y fait proclamer la &#171; R&#233;publique de Cochinchine &#187;, &#201;tat ind&#233;pendant du Vietnam, et y installe ses troupes. La veille, Ho Chi Minh est parti pour la France pour continuer les n&#233;gociations sur la base de l'accord du 6 Mars.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps les troupes fran&#231;aises commencent l'occupation des hauts plateaux. Cela n'emp&#234;che nullement Ho Chi Minh de d&#233;clarer le 15 ao&#251;t au journal &#171; Franc Tireur &#187; : &#171; Je suis venu pour faire la paix, je ne tiens pas &#224; rentrer &#224; Hano&#239; les mains vides. Je veux y retourner avec la France, c'est-&#224;-dire, apporter au peuple Vietnamien la certitude de la collaboration que nous souhaitons... &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 11 septembre. il d&#233;clare &#224; l'agence &#171; Associated Press &#187; au sujet des n&#233;gociations un cours : &#171; Il n'y a pas de discordes v&#233;ritables entre nous. Nos divergences sont celles que l'on trouve au sein de chaque famille &#187;. La famille &#233;tait constitu&#233;e cette fois par l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais d'une part, par la faible bourgeoisie vietnamienne de l'autre, repr&#233;sent&#233;e par le Vietminh.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un nouvel accord, qui reprenait les termes de celui du 6 juin, fut sign&#233; le 14 septembre 1946. Il pr&#233;voyait entre autres un arr&#234;t des combats dans le sud entre troupes fran&#231;aises et vietminh. Mais la bourgeoisie fran&#231;aise avait toujours consid&#233;r&#233; le compromis qu'elle avait du signer avec le Vietminh le 6 mars comme un armistice avantageux, pr&#233;alable &#224; une nouvelle offensive contre les masses du Vietnam.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En arrivant &#224; Ha&#239;phong &#224; son retour de Paris, l'oncle H&#244;, pour bien montrer son attachement &#224; l'accord intervenu, fit chanter &#171; La Marseillaise &#187; &#224; la foule venue l'acclamer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 23 novembre, les canons du croiseur &#171; Suffren &#187; &#233;crasent un quartier d'Ha&#239;phong sous les obus, faisant 6000 victimes. Et les 19 et 20 d&#233;cembre 1946, les troupes fran&#231;aises tenteront de d&#233;sarmer les milices vietminh qui, d&#232;s lors, avec Ho Chi Minh et Giap reprendront les maquis. Le court &#233;pisode qui s'&#233;tend d'ao&#251;t 1945 &#224; d&#233;cembre 1946 a bien montr&#233; que le Vietminh n'&#233;tait nullement le farouche mouvement anti-imp&#233;rialiste que l'on a voulu en faire plus tard (et l'aurait-il &#233;t&#233; que cela ne l'aurait pas rendu &#171; socialiste &#187; pour autant). Jusqu'au bout la direction du Vietminh se d&#233;clara pr&#234;te &#224; n&#233;gocier avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en lui donnant de tr&#232;s larges garanties. Mais ce fut la bourgeoisie fran&#231;aise qui, comme elle le fera en 1954 en Alg&#233;rie se refusa &#224; tout compromis, s&#251;re d'&#233;craser la population vietnamienne. Pendant toute l'ann&#233;e 1947, le gouvernement vietminh ne cessa de proposer l'arr&#234;t des combats &#224; la France sur des bases qu'il jugeait acceptables pour tout le monde. Chaque fois, l'appareil d'&#201;tat fran&#231;ais s'y refusa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le parti communiste indochinois, qui s'&#233;tait dissous en novembre 1945, continua dans des naquis la politique d'alliance avec toutes les classes sociales &#171; patriotes &#187; y compris les propri&#233;taires fonciers. Ce n'est qu'&#224; partir des ann&#233;es 1952-1953, c'est-&#224;-dire six ans apr&#232;s la reprise des hostilit&#233;s, que le Vietminh &#171; pr&#233;conisa la lev&#233;e des masses pour la r&#233;duction int&#233;grale des taux de fermage et la r&#233;alisation de la r&#233;forme agraire... gr&#226;ce &#224; ces mesures la combativit&#233; des paysans fut puissamment stimul&#233;es &#187; (Vo Nguyen Giap &#171; Guerre du peuple, arm&#233;e du peuple &#187; page 103).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mouvement nationaliste petit-bourgeois le parti communiste indochinois, reconstitu&#233; en 1951 du dans la zone nord sous le nom de Parti des Travailleurs du Vietnam fut incontestablement le noyau central de la lutte pour l'ind&#233;pendance du Vietnam. Mais rien dans son pass&#233;, son action ou la politique de ses dirigeants ne permet de la qualifier de &#171; parti ouvrier &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DU VIETMINH AU VIETCONG&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tactique adopt&#233;e au Sud-Vietnam par les militants du Parti Populaire R&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire le parti stalinien, est rigoureusement identique &#224; celle que menait le PCV. au sein du Vietminh. Le PPR est l'&#233;l&#233;ment moteur du Front National de Lib&#233;ration fond&#233; en d&#233;cembre 1960 au Sud-Vietnam. Son programme ne d&#233;passe pas les limites d'un d&#233;mocratisme bourgeois dans tous les domaines y compris dans celui de la question agraire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors de son premier congres, le FNL d&#233;clarait &#224; ce sujet : &#171; A l'&#233;gard des propri&#233;taires fonciers, le Congr&#232;s r&#233;affirme la politique du FNL reconnaissant le droit de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re en faveur de tous les propri&#233;taires terriens qui ne se conduisent pas actuellement en agents sanguinaires de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ou en hommes &#224; sa d&#233;votion, tout en exigeant d'eux le respect de la politique actuelle du FNL (r&#233;duction des rentes et garanties aux fermiers du maintien des superficies afferm&#233;es). Le futur gouvernement d'union nationale rach&#232;tera une partie de leurs terres par voie de transaction et &#224; prix &#233;quitable, afin de les partager entre les paysans. Ces propri&#233;taires terriens seront aid&#233;s s'ils veulent s'adonner &#224; des entreprises industrielles et commerciales. Le FNL est pr&#234;t &#224; admettre dans ses rangs les propri&#233;taires terriens patriotes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le nouveau programme du Front publi&#233; en 1967 reprend &#224; peu de choses pr&#232;s les m&#234;mes id&#233;es en sp&#233;cifiant que le statut des terres des propri&#233;taires fonciers absents, terres provisoirement distribu&#233;es aux paysans, sera r&#233;gl&#233; ult&#233;rieurement selon l'attitude politique de chaque propri&#233;taire foncier. En outre, il s'engage &#224; &#171; respecter le droit de propri&#233;t&#233; l&#233;gitime sur les terres appartenant &#224; l'Eglise, au Clerg&#233; bouddhique, au Saint-Si&#232;ge caoda&#239;ste, et au Saint-Si&#232;ge Hoa Hao &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan ext&#233;rieur le Front pr&#233;conise une politique neutraliste et d&#233;clare se battre pour l'&#233;tablissement d'une r&#233;publique d&#233;mocratique au Vietnam.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan int&#233;rieur il tend la main &#224; la bourgeoisie &#224; laquelle il r&#233;serve, d'apr&#232;s ses statuts, des si&#232;ges &#224; son Comit&#233; Central et tente de rallier des &#171; &#233;l&#233;ments r&#233;cup&#233;rables &#187; de l'administration des g&#233;n&#233;raux Thieu et Ky. Et lors de l'offensive du T&#234;t, les comit&#233;s de lib&#233;ration des provinces ont &#233;t&#233; souvent dirig&#233;s &#224; la demande du Front, par des personnalit&#233;s locales, tr&#232;s &#233;loign&#233;es de son programme et de ses positions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, il ne s'agit nullement de la tactique erron&#233;e d'un parti ouvrier vis-&#224;-vis de la bourgeoisie nationale. Ce que veut prouver le PPR, par l'interm&#233;diaire du Front, c'est qu'il repr&#233;sente r&#233;ellement les int&#233;r&#234;ts de l'ensemble des couches de la population vietnamienne face &#224; l'imp&#233;rialisme. Il est de ce point de vue l'aile marchande du mouvement national mais nullement son aile prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appui qu'a trouv&#233; le Front dans les campagnes et dans les villes, il le doit au fait que le r&#233;gime impos&#233; par les Am&#233;ricains est de plus en plus intol&#233;rable &#224; l'ensemble de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les campagnes, c'est d&#232;s 1956, c'est-&#224;-dire quatre ans avant la cr&#233;ation du Front, que la guerre agraire a commenc&#233; lorsque Diem tenta de reprendre les terres que les paysans s'&#233;taient partag&#233;es lors de la guerre contre les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les villes, c'est l'ensemble des couches sociales qui peu &#224; peu est entr&#233; en conflit avec un r&#233;gime honni par toute la soci&#233;t&#233; et qui, &#224; part les troupes am&#233;ricaines, n'a plus aucun appui dans le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son influence, le Front ne l'a donc pas gagn&#233;e par le radicalisme de son programme. Dans les campagnes bien avant qu'il existe, les paysans s'&#233;taient d&#233;j&#224; partag&#233; les terres, Dans les villes, la perspective d'encourager la bourgeoisie industrielle et commer&#231;ante &#224; &#171; contribuer au d&#233;veloppement de l'industrie, de la petite industrie et de l'artisanat &#187; comme il est dit dans son programme, ne doit gu&#232;re enthousiasmer les ouvriers et les employ&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais sa force, l'influence qu'il a acquise, le Front les doit avant tout au fait qu'il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; prendre les armes pour tenter d'obtenir l'ind&#233;pendance nationale, ralliant ainsi &#224; lui les meilleurs &#233;l&#233;ments de toutes les classes sociales&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le r&#233;formisme de son programme n'est nullement en contradiction avec le radicalisme de ses m&#233;thodes. C'est m&#234;me le propre de la plupart des organisations petites bourgeoises des pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Si le PPR se bat sous le drapeau national, ce n'est pas par tactique, c'est parce qu'il aspire &#224; repr&#233;senter, face &#224; l'imp&#233;rialisme, les int&#233;r&#234;ts de la nation vietnamienne toute enti&#232;re et non ceux du prol&#233;tariat mondial. D'ailleurs le prol&#233;tariat est quasiment absent de son programme et on peut &#234;tre s&#251;r que dans les m&#234;mes conditions que le vietminh en 1945, le Front aurait la m&#234;me attitude vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le des r&#233;volutionnaires n'est donc pas d'enjoliver la nature sociale et politique du Front National de Lib&#233;ration mais de comprendre que si aujourd'hui le caract&#232;re d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire du Front appara&#238;t clairement dans sa lutte contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, son caract&#232;re anti-prol&#233;tarien qui se traduit par le refus d'organiser la classe orni&#232;re en tant que telle et la volont&#233; de la dissoudre dans les &#171; classes populaires &#187;, appara&#238;tra un jour ou l'autre ouvertement au Sud-Vietnam comme il apparut au Nord il y a 23 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il serait peut-&#234;tre temps que les militants trotskystes qui manifestent aux cris d &#171; Ho Ho Chi Minh &#187; s'en rendent enfin compte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Le Vietnam : un mauvais terrain pour la guerilla de l'extr&#234;me-gauche contre le PCF</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;01&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Vietnam n'est pas seulement le lieu g&#233;ographique o&#249; s'affrontent un peuple qui lutte pour sa libert&#233; et la plus grande puissance imp&#233;rialiste du monde. C'est aussi le terrain politique ou le PCF a d&#233;cid&#233; de faire pi&#232;ce &#224; certains groupes d'extr&#234;me-gauche fran&#231;ais, qu'ils soient pro-chinois ou trotskystes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, cette lutte peut sembler bien mesquine, ridicule m&#234;me, si on la compare, par l'enjeu et l'ampleur, &#224; celle que m&#232;nent les Vietnamiens eux-m&#234;mes. Il est tout de m&#234;me indispensable pour les militants r&#233;volutionnaires d'examiner le front sur lequel le PCF a choisi de mener l'une des batailles qu'il compte leur livrer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;LE TOURNANT&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La d&#233;claration de guerre s'est faite le 16 janvier dernier, lorsque le Comit&#233; Central du PCF, r&#233;uni en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re, a d&#233;cid&#233; la cr&#233;ation d'un &#171; Comit&#233; National d'Action pour le soutien et la victoire du peuple vietnamien &#187;, comit&#233; compos&#233; uniquement de membres du parti. A qui conna&#238;t les traditions du PCF, toujours soucieux d'int&#233;grer des &#171; personnalit&#233;s non-communistes &#187;, dans les comit&#233;s ou mouvements qu'il suscite ici ou l&#224;, &#224; propos de tel ou tel probl&#232;me, l'intention &#233;tait &#233;vidente : souligner que la politique et l'action du dit comit&#233; &#233;taient celles du PCF et de lui seul.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait l&#224; un virage &#224; gauche ind&#233;niable quoique surprenant. Bien s&#251;r, les tournants politiques, &#224; gauche comme &#224; droite, ne sont pas chose rare dans l'histoire des partis staliniens, et notamment du parti fran&#231;ais. On en a connu jadis de bien plus spectaculaires. Depuis dix ou quinze ans pourtant, le PCF, menant sur tous les points une politique de plus en plus r&#233;formiste, et cherchant ouvertement &#224; s'int&#233;grer le plus compl&#232;tement possible &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise fran&#231;aise, nous avait fait oublier ses capacit&#233;s &#224; accomplir semblable volte-face sur sa gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les occasions de lutter pour la victoire d'un peuple que l'imp&#233;rialisme veut encha&#238;ner ne lui ont pourtant pas manqu&#233;. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais est celui qui a men&#233; les plus longues et les plus dures guerres coloniales de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es. Ce record, peu enviable, est sans doute en passe de lui &#234;tre ravi aujourd'hui par son comp&#232;re am&#233;ricain. La sauvagerie des r&#233;pressions entreprises partout, depuis l'Indochine et Madagascar jusqu'&#224; l'Alg&#233;rie, Djibouti et la Guadeloupe, montre bien que s'il n'a pu se hausser au niveau des USA, c'est uniquement une question de moyens et non pas de volont&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais, au cours de la guerre d'Alg&#233;rie par exemple, qui a pourtant dur&#233; sept ans, le PC n'a cr&#233;e un &#171; Comit&#233; National d'action pour le soutien et la victoire du peuple alg&#233;rien &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le Vietnam m&#234;me, o&#249; la guerre dure depuis des ann&#233;es, et o&#249; les premiers soldats am&#233;ricains ont d&#233;barqu&#233; depuis bien longtemps : le PCF s'&#233;tait born&#233; jusque l&#224; &#224; r&#233;clamer &#171; la paix au Vietnam, comme il avait r&#233;clam&#233; avant &#171; la paix en Alg&#233;rie &#187; ou la &#171; paix en Indochine &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les quelques manifestations organis&#233;es par lui, pas bien nombreuses d'ailleurs, se sont toujours d&#233;roul&#233;es sous ce signe. Et ceux qui tentaient d'y introduire d'autres mots d'ordre plus radicaux, &#233;taient menac&#233;s d'en &#234;tre expuls&#233;s sans m&#233;nagement aucun. Ainsi le 21 octobre dernier encore, &#224; Paris, le &#171; Comit&#233; Vietnam National &#187;, lors d'une manifestation organis&#233;e pourtant en commun par lui et divers mouvements pro-staliniens, ne put-il d&#233;filer jusqu'au bout que gr&#226;ce &#224; la solidit&#233; de son service d'ordre. Brandir des drapeaux FNL, crier &#171; FNL vaincra &#187;, &#233;tait toujours consid&#233;r&#233; comme une provocation par le service d'ordre du PCF.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;LE DANGER &#171; GAUCHISTE &#187;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pourquoi donc ce virage qui semble avoir surpris certains des membres du PCF eux-m&#234;mes ? Bien qu'il se soit produit &#224; un moment o&#249; le conflit au Vietnam prenait lui-m&#234;me beaucoup plus d'ampleur du fait de l'offensive du FNL dans les villes, le virage du PCF avait en r&#233;alit&#233; peu de rapport avec le conflit lui-m&#234;me. Car ses v&#233;ritables raisons sont &#224;trouver dans la politique fran&#231;aise elle-m&#234;me, la seule pr&#233;occupation du PCF, ici, &#233;tant de r&#233;pondre au d&#233;veloppement relatif et &#224; l'agitation de ceux qu'il appelle les &#171; gauchistes &#187;, c'est-&#224;-dire tous les groupes qui se situent sur sa gauche, pro-chinois ou trotskystes. L'examen du contexte dans lequel cette initiative se place ne permet gu&#232;re d'en douter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps en effet, qu'&#233;tait d&#233;cid&#233; ce virage &#224; gauche, se d&#233;roulait aussi toute une campagne contre l'extr&#234;me-gauche. Alors que le PCF s'appr&#234;tait &#224; reprendre sur le Vietnam les mots d'ordre qui &#233;taient ceux de l'extr&#234;me-gauche depuis des ann&#233;es, celle-ci en g&#233;n&#233;ral, et VOIX OUVRI&#200;RE et L'HUMANIT&#201; NOUVELLE en particulier, &#233;tait la cible quasi quotidienne d'attaques, le plus souvent injurieuses et calomnieuses de L'HUMANIT&#201;. Il n'&#233;tait cependant pas possible &#224; L'HUMANIT&#201; de d&#233;verser les m&#234;mes calomnies sur le &#171; Comit&#233; Vietnam National &#187; ou les &#171; Comit&#233;s Vietnam de Base &#187; : ils &#233;taient les seuls &#224; se manifester &#224; propos du Vietnam. Et cela g&#234;nait bien L'HUMANIT&#201;. Il fallut donc rem&#233;dier &#224; cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, sur le probl&#232;me du Vietnam lui-m&#234;me, la cr&#233;ation du &#171; Comit&#233; National d'action &#187; a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e de plusieurs initiatives qui r&#233;pondaient &#224; la m&#234;me pr&#233;occupation. En organisant, quelque temps apr&#232;s la manifestation du 21 octobre une nouvelle manifestation des Jeunesses Communistes, le PCF n'avait qu'un seul but : d&#233;montrer &#224; ses jeunes sympathisants que, face aux &#171; Comit&#233;s Vietnam de Base &#187;, de tendance pro-chinoise, ou au &#171; Comit&#233; Vietnam National &#187;, o&#249; l'on retrouve des &#233;l&#233;ments trotskystes, et dont l'activit&#233; rencontrait un succ&#232;s croissant dans la jeunesse, il &#233;tait capable de faire beaucoup plus et beaucoup mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, la collecte du &#171; bateau pour le Vietnam &#187;, qui venait des mois apr&#232;s celle du &#171; milliard pour le Vietnam &#187;, &#224; laquelle le PCF n'a pas particip&#233;. L&#224; aussi il s'agissait de d&#233;montrer aux sympathisants ou aux militants, que le PCF, sur ce point, pouvait faire mieux et plus que quiconque. Ce qu'il a effectivement fait, puisque les derniers r&#233;sultats ont surpass&#233; largement ceux obtenus par le mouvement du &#171; milliard &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cr&#233;ation du &#171; Comit&#233; National d'action pour le soutien et la victoire du peuple vietnamien &#187; est venue couronner tout cela. Il s'agissait de convaincre les derniers h&#233;sitants que le PCF, non seulement est capable d'actions plus importantes, plus efficaces que celles organis&#233;es sans lui, mais aussi que sa ligne politique peut &#234;tre au moins aussi radicale que celle de n'importe quel autre groupe politique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;PAS D'INFLUENCE POSSIBLE SUR LES LUTTES DE LA CLASSE OUVRI&#200;RE FRAN&#199;AISE, DONC DE RUPTURE AVEC LA BOURGEOISIE&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; dit (Cf. &#171; Lutte de Classe &#187; N&#176; 9 - Novembre 1967) comment, en France, les militants r&#233;volutionnaires qui consacraient l'essentiel de leur activit&#233; au probl&#232;me du Vietnam faisaient fausse route.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est impossible sur ce seul sujet, non seulement d'ouvrir des perspectives r&#233;volutionnaires &#224; la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, mais m&#234;me de faire la d&#233;monstration de la justesse de la politique et des id&#233;es de l'extr&#234;me-gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La politique actuelle du PCF est en train d'en administrer la preuve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car, si le PCF a d&#233;cid&#233; de durcir sa politique sur la question vietnamienne, ce n'est pas seulement parce que c'&#233;tait sur ce point qu'il se sentait particuli&#232;rement vis&#233; par l'activit&#233; de l'extr&#234;me-gauche, trotskyste, ou pro-chinoise, et, de ce fait, mis en question par sa propre base.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est surtout parce que, sur ce point, il pouvait gauchir sans danger et son action, et sa propagande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que peut-on en effet pratiquement faire en France pour le soutien du peuple Vietnamien, a part donner t&#233;moignage de sa solidarit&#233; ? Pratiquement rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nagu&#232;re, un &#171; Comit&#233; National d'action pour le soutien et la victoire du peuple Alg&#233;rien &#187; e&#251;t trouv&#233;, lui, &#224; s'employer activement, quand les soldats qui br&#251;laient les douars et massacraient la population &#233;taient de jeunes Fran&#231;ais, quand les munitions dont ils se servaient &#233;taient fabriqu&#233;es en France et embarqu&#233;es dans des ports fran&#231;ais, quand les responsables des tueries et des massacres &#233;taient &#224; Paris. Ou bien il e&#251;t &#233;t&#233; facile de d&#233;gonfler cette pr&#233;tendue politique radicale, c'est bien pour cela que le PCF n'a jamais fait mine de se diriger dans cette voie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, personne ne peut reprocher au &#171; Comit&#233; National d'action &#187; de laisser partir au Vietnam des soldats et des armes, embarqu&#233;s, instruits ou fabriqu&#233;es &#224; des milliers de kilom&#232;tres du territoire fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun sait bien que le maximum que nous pouvons faire ici est de manifester notre solidarit&#233;. Personne n'est capable de faire plus. Et &#171; Comit&#233;s Vietnam de Base &#187; ou &#171; Comit&#233; Vietnam National &#187;, s'ils l'ont fait avant le PCF, n'ont pas fait davantage non plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les limites de l'action possible sur cette question &#233;taient ainsi trac&#233;es, le PCF pouvait bien alors livrer la bataille. Puisqu'il ne s'agit tout compte fait que d'un t&#233;moignage, victoire reviendra &#224; la longue &#224; celui qui aura organis&#233; le plus important, ont certainement estim&#233; les dirigeants staliniens. Sur ce terrain le PCF peut s'estimer &#233;videmment, vu le rapport des forces, gagnant d'avance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui les manifestations en faveur du peuple vietnamien et du FNL se multiplient. &#171; Comit&#233;s Vietnam de Base &#187; et &#171; Comit&#233; Vietnam National &#187; doivent en effet, pour d&#233;fendre leur droit &#224; l'existence que leur conteste le PCF, surench&#233;rir sur les activit&#233;s de celui-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusque l&#224; ils l'ont pu, en r&#233;agissant plus vite ou plus durement que lui. De ce point de vue d'ailleurs les pro-chinois ont sans doute saisi plus vite que les trotskystes le seul point faible du PCF en prenant sur eux d'affronter physiquement la police.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En organisant des manifestations interdites, d'abord &#224; la Mutualit&#233; pour emp&#234;cher la tenue d'un Meeting d'extr&#234;me-droite en faveur du gouvernement de Sa&#239;gon, ensuite devant l'ambassade du Vietnam du Sud, ils se sont engag&#233;s sur la voie o&#249; le PCF peut plus difficilement les suivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est qu'avec un temps de retard que les trotskystes ont suivi sur cette voie (manifestation du 20 mars devant l'American Express).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'heure o&#249; sa seule perspective est de conclure une alliance avec la F&#233;d&#233;ration de la gauche, le PCF tient trop &#224; se donner, aux yeux de la bourgeoisie fran&#231;aise, une r&#233;putation de respectabilit&#233;, pour ne pas h&#233;siter &#224; prendre d&#233;lib&#233;r&#233;ment sur lui la responsabilit&#233; d'un affrontement avec les forces de l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pour cela, pour bien montrer comment il pouvait &#234;tre raisonnable et responsable, qu'il s'est inclin&#233; lorsque le gouvernement lui a interdit, comme il en avait d'abord manifest&#233; l'intention, d'organiser une manifestation devant l'ambassade am&#233;ricaine &#224; Paris, le 13 f&#233;vrier. Ce n'est donc pas sans r&#233;pugnance qu'il pourrait s'engager sur cette voie et il fera le maximum pour l'&#233;viter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant s'il le fait - c'est-&#224;-dire si la surench&#232;re des pro-chinois risque de prendre sur une partie de ses propres troupes - il ira alors jusque-l&#224;. Un soir prochain nous verrons descendre sur le pav&#233; de la capitale 10 ou 15 000 militants du PCF, nous les verrons affronter les flics. Cette soir&#233;e sans lendemain possible, sinon une autre soir&#233;e semblable puis encore une autre, n'aura pas mis l'&#201;tat fran&#231;ais en danger. Mais elle aura fait la preuve - sans appel possible - de la sup&#233;riorit&#233; du PCF &#224; mobiliser les &#171; masses &#187; fran&#231;aises en faveur du peuple vietnamien.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;UNE VICTOIRE &#192; LA PYRRHUS&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Certes avoir amen&#233; le PCF &#224; radicaliser sa position, peut passer pour une victoire des camarades qui ont, depuis des mois, ax&#233; toute leur activit&#233; sur la question vietnamienne. Et il est vrai que c'est sans aucun doute, gr&#226;ce &#224; cette activit&#233; que le PCF se d&#233;clare depuis trois mois partisan de la victoire du FNL.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il semble bien pourtant que ce soit l&#224; une victoire &#224; la Pyrrhus. Car bien loin d'apporter un peu plus de clart&#233; dans l'esprit et la conscience et de la classe ouvri&#232;re toute enti&#232;re et surtout des militants du PCF, elle ne fait gu&#232;re que rendre les choses un peu plus confuses encore. Comme nous le disions plus haut, cette &#171; propagande &#187; ou ces &#171; d&#233;monstrations &#187; en faveur de la lutte du peuple vietnamien, toutes utiles qu'elles soient, ne feront pas avancer d'un pas la conscience et la combativit&#233; de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, et ne mettront en rien la bourgeoisie fran&#231;aise en danger. Et ceci est tellement vrai que les gaullistes dits &#171; de gauche &#187; viennent de cr&#233;er un &#171; Comit&#233; de Soutien &#224; la R&#233;sistance Vietnamienne &#187; qui se d&#233;clare &#171; d&#233;termin&#233; &#224; participer, en &#233;troite collaboration avec les organisations d&#233;j&#224; existantes, aux manifestations et &#224; l'aide en faveur de la lutte de lib&#233;ration nationale du peuple vietnamien &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me les militants du PCF - mis &#224; part peut-&#234;tre quelques uns, bien rares n'ont en rien conscience que les responsables de ce pas en avant de leur parti sont les &#171; groupuscules gauchistes &#187;. Ils n'ont d'ailleurs, la plupart du temps, m&#234;me pas conscience du pas en avant lui-m&#234;me, tant on les avait d&#233;j&#224; persuad&#233;s que le mot d'ordre &#171; paix au Vietnam &#187; &#233;quivalait au fond &#224; &#171; victoire pour le FNL &#187;. Tout au plus ont-ils conscience que les petits mouvements qui existent sur la gauche du PCF ont encore moins de raison d'&#234;tre qu'auparavant puisqu'ils ne font que r&#233;p&#233;ter ce que dit le PCF lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pour cela que la hargne ou m&#234;me les coups &#224; leur &#233;gard n'ont pas cess&#233; du fait que les mots d'ordre officiels peuvent se confondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 13 f&#233;vrier dernier, lors d'une manifestation organis&#233;e de la R&#233;publique &#224; la Bastille par le &#171; Comit&#233; National d'action &#187; du PCF, certains membres du service d'ordre tent&#232;rent &#224; nouveau de couvrir la voix du groupe form&#233; par le &#171; Comit&#233; Vietnam National &#187;. Pour cela ils en vinrent m&#234;me &#224; reprendre le &#171; paix au Vietnam &#187; tant &#233;tait grand leur d&#233;sir de faire pi&#232;ce au &#171; FNL vaincra &#187; du C.V.N..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous, le 15 mars, &#224; une autre manifestation, organis&#233;e celle-ci par le &#171; Mouvement de la Paix &#187;, toujours &#224; Paris, des coups furent &#233;chang&#233;s entre le service d'ordre stalinien et les pro-chinois qui &#233;taient venus au rendez-vous en groupe compact et sous leurs propres banderoles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l'on voit toujours, dans les quartiers, des membres des jeunesses communistes mobilis&#233;s le soir pour aller effacer des murs, les inscriptions &#171; FNL vaincra &#187; inscrites par leurs adversaires politiques d'extr&#234;me-gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il est bien &#233;vident que plus on ira, et plus la question de savoir qui a lanc&#233; le premier le mot d'ordre juste sera oubli&#233;e, et plus aussi l'opposition au PCF sur ce terrain appara&#238;tra &#224; beaucoup comme la manifestation mesquine d'un esprit de chapelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'extr&#234;me-gauche r&#233;volutionnaire ne peut faire la preuve qu'elle a un r&#244;le &#224; jouer qu'en d&#233;montrant sa capacit&#233; &#224; s'int&#233;grer &#224; la lutte de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, &#224; la diriger, &#224; lui ouvrir des perspectives r&#233;volutionnaires que le PCF ne veut ni ne peut envisager.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En limitant son activit&#233; au soutien &#224; une lutte - serait-elle r&#233;volutionnaire - &#224; laquelle elle ne participe pas, parce qu'elle est hors de sa port&#233;e, son utilit&#233; au contraire se r&#233;duirait &#224; jouer les mouches du coche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a bien trop longtemps qu'une grande partie d'entre elle limite l&#224; ses ambitions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>A propos du proc&#232;s devant la cour de s&#233;curit&#233; : qu'est-ce que le GONG ?</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1968-02-29T23:02:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;02&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le proc&#232;s qui vient de se d&#233;rouler devant la Cour de S&#251;ret&#233; de l'&#201;tat &#224; Paris, &#233;tait dirig&#233; contre des Guadeloup&#233;ens qui appartenaient pour la plupart &#224; une organisation r&#233;volutionnaire que le gouvernement a jug&#233;e suffisamment dangereuse pour tenter de la d&#233;capiter : le Groupe d'Organisation Nationale Guadeloup&#233;en ou GONG.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que repr&#233;sente cette organisation, quels sont ses buts et que peut-elle devenir, telles sont les questions que les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais doivent se poser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est sans doute pas inutile de faire en m&#234;me temps un rappel tr&#232;s bref de la situation &#224; la Guadeloupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Colonie fran&#231;aise depuis 333 ans, la Guadeloupe est pass&#233;e du statut de colonie pure &#224; l'&#233;tat de d&#233;partement en 1946 par le vote de la loi dite d'Assimilation. Cette loi fut vot&#233;e alors que les socialistes et les communistes &#233;taient au gouvernement et constituaient la majorit&#233; du Parlement. Les populations des D.O.M. ne furent pas consult&#233;es (sinon par l'interm&#233;diaire de &#171; leurs &#187; d&#233;put&#233;s). Cette loi souleva certaines illusions populaires car elle semblait signifier pour les masses la fin de l'arbitraire des gouverneurs, l'application du r&#233;gime d&#233;mocratique existant en France, aussi bien que des lois sociales dont b&#233;n&#233;ficiaient les travailleurs m&#233;tropolitains (assurances sociales, allocations familiales, etc...).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il apparut tr&#232;s vite que la parit&#233; r&#234;v&#233;e avec les d&#233;partements de la m&#233;tropole n'&#233;tait qu'un leurre. La Guadeloupe comme les autres D.O.M., &#233;tait une colonie, elle faisait la richesse d'une poign&#233;e de soci&#233;taires et de banques qui se partageaient les b&#233;n&#233;fices exorbitants tir&#233;s de l'exploitation de la fabrication du sucre et du rhum, aussi bien que du monopole du march&#233; antillais. En bref, les Antilles demeuraient sous le statut colonial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que le quart de la Guadeloupe comprenant les terres les meilleures appartient &#224; trois grosses soci&#233;t&#233;s anonymes fran&#231;aises dont les si&#232;ges sont &#224; Paris ; c'est ainsi que le monopole du transport des marchandises appartient &#224; la Compagnie G&#233;n&#233;rale Transatlantique et la Compagnie Air France ; que le monopole du commerce appartient &#224; la Chambre du Commerce qui r&#233;glemente les importations suivant leur pays d'origine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un tel pays le secteur commercial est hypertrophi&#233; par rapport &#224; l'activit&#233; proprement industrielle. Celle-ci se limite &#224; la production de sucre, de rhum, au secteur du Batiment et Travaux Publics, ainsi qu'aux transports ; les industries de transformation &#233;tant limit&#233;es : distilleries, cartonneries.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les classes sociales se limitent d'un c&#244;t&#233; &#224; une bourgeoisie compradore cr&#233;&#233;e et entretenue par le capital international (l'industrie &#233;tant propri&#233;t&#233; de capitaux &#233;trangers) et, &#224; l'autre p&#244;le, au prol&#233;tariat des usines, du b&#226;timent, des docks et aux ouvriers agricoles, les plus combatifs &#233;tant les ouvriers du b&#226;timent et les ouvriers agricoles. Entre les deux se situe une moyenne bourgeoisie h&#233;t&#233;rog&#232;ne qui va du gros commer&#231;ant au petit &#233;picier, en passant par les fonctionnaires, les paysans petits et moyens, les artisans, les membres des professions lib&#233;rales, les &#233;tudiants et lyc&#233;ens, etc... Elle est &#233;videmment fortement concentr&#233;e dans les quatre villes (Pointe &#224; Pitre, Basseterre, Moule, Capesterre). D'ailleurs d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale toute la vie &#233;conomique et sociale se regroupe autour des gros bourgs (plus actifs que les villages de France par exemple) ; m&#234;me les agriculteurs, les ouvriers agricoles se concentrent autour de ces bourgs qui sont fortement li&#233;s, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, aux villes par les &#171; transports en commun &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait la faible largeur de l'&#238;le n'a pas permis l'&#233;talement de la vie campagnarde. Les bourgs et les villes sont en g&#233;n&#233;ral align&#233;s le long des c&#244;tes et m&#234;me les villages de l'int&#233;rieur restent tr&#232;s li&#233;s aux bourgs. Cela est important et permet de comprendre qu'en r&#233;alit&#233; les mouvements de m&#233;contentement paysans n'ont jamais pu prendre une forme g&#233;n&#233;ralis&#233;e. On peut trouver &#231;&#224; et l&#224;, dans l'histoire de la Guadeloupe comme de la Martinique, des soul&#232;vements sporadiques, des meurtres de &#171; g&#233;reurs &#187; ou de propri&#233;taires de terres, mais jamais rien de comparable aux grandes r&#233;voltes de Saint-Domingue ou de la Jama&#239;que. Il est bien arriv&#233; &#224; une &#233;poque plus r&#233;cente que des paysans mettent le feu aux champs de cannes d'une usine, mais cela s'accomplissait subrepticement et ne s'accompagnait d'aucun mouvement de lutte g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est avec le d&#233;veloppement de l'industrie de la canne &#224; sucre (modernisation des usines, chemins de fer, accroissement des surfaces cultiv&#233;es, etc...) que les luttes les plus importantes vont avoir lieu. La fin du 19&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; et tout d&#233;but du 20&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; si&#232;cle verront de longues et sanglantes gr&#232;ves qui constitu&#232;rent chacune une insurrection dans laquelle la gendarmerie devait chaque fois reprendre soit une usine, soit un bourg dont les ouvriers et les coupeurs de canne s'&#233;taient rendus ma&#238;tres. Mais le seul parti ouvrier qui exista &#224; la Guadeloupe, le Parti Ouvrier de L&#233;gitimus, qui se rattachait au Parti de Guesde en France et recrutait des ouvriers dans ses rangs mais comprenait essentiellement des instituteurs et autres fonctionnaires comme cadres dirigeants, plongea tr&#232;s t&#244;t dans les &#233;lections et finit par se compromettre lamentablement en pratiquant &#171; l'association Capital-Travail &#187; ce qui ne manqua pas de lui faire perdre sa client&#232;le ouvri&#232;re qui passa &#224; un radical plus combatif et plus honn&#234;te : Achille Ren&#233; Boisneuf.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors la classe ouvri&#232;re ne connut point de Parti qui f&#251;t le sien et se donn&#226;t pour t&#226;che de l'organiser et de la conduire &#224; son propre combat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1944 fut fond&#233;e la &#171; F&#233;d&#233;ration Guadeloup&#233;enne du Parti Communiste Fran&#231;ais &#187;, par des militants qui avaient su gagner leur influence dans les masses par leur courage, leur t&#233;nacit&#233; et leur hardiesse pendant l'&#233;poque vichyste. Ces militants participaient &#224; toutes les batailles syndicales, malgr&#233; la situation polici&#232;re et les difficult&#233;s &#233;conomiques de tous genres, malgr&#233; l'interdiction du PCF. Ce faisant ils gagn&#232;rent la confiance des ouvriers et des coupeurs de canne et b&#233;n&#233;fici&#232;rent d'une aur&#233;ole d'honn&#234;tet&#233; et de combativit&#233; non contest&#233;e. Cela leur permit la conqu&#234;te &#233;lectorale de plusieurs mairies et d&#232;s 1946 ils faisaient &#233;lire deux d&#233;put&#233;s communistes &#224; la Chambre des D&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est qu'en 1958 que le PCG. accepta, sous la pression des &#233;tudiants qui le mena&#231;aient sur ce terrain depuis 1956, de poser le probl&#232;me du changement de statut de mani&#232;re tr&#232;s timide. Il faut dire qu'en 1958 le PCG. n'avait plus l'allure qu'il avait en 1944 alors qu'il lui fallait combattre pour conqu&#233;rir les masses contre la SFIO. Il est devenu un parti &#233;lectoraliste qui ne livrera plus que des batailles routini&#232;res pour les municipalit&#233;s, les cantonales et les l&#233;gislatives, ainsi que quelques escarmouches avec le patronat qui se terminent par la discussion autour du tapis vert sous le patronage du Pr&#233;fet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si ces batailles &#233;lectorales prennent souvent un tour tr&#232;s violent ce n'est pas tant par la combativit&#233; du PCG., que par l'indignation suscites par les m&#233;thodes frauduleuses et polici&#232;res appliqu&#233;es par les Pr&#233;fets lors des &#233;lections. C'est dans le cadre de cette situation g&#233;n&#233;rale que commence &#224; se d&#233;velopper la revendication nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle sera d'abord le fait des &#233;tudiants vivant en France qui au contact d'autres &#233;tudiants de pays colonis&#233;s ou sensibilis&#233;s par les discriminations per&#231;ues en m&#233;tropole vont lancer les premiers mots d'ordre nationalistes &#171; AUTOGESTION &#187; puis &#171; AUTONOMIE &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Craignant d'&#234;tre d&#233;bord&#233; par les &#233;l&#233;ments nationalistes le PCG., alors F&#233;d&#233;ration du PCF, reprendra &#224; son compte mais &#224; sa fa&#231;on la revendication nationaliste : ce sera &#171; l'Autonomie en Union avec la France &#187;. Ce mot d'ordre &#233;tait en retrait sur celui des &#233;tudiants qui pr&#233;conis&#232;rent l'expropriation des soci&#233;t&#233;s sucri&#232;res et la reforme agraire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tandis que les &#233;v&#233;nements prenaient un tour de plus en plus aigu (accroissement du ch&#244;mage, &#233;migration), des milliers de jeunes se r&#233;unissaient (1960) pour constituer la premi&#232;re Conf&#233;rence de la Jeunesse qui vit des politiciens de droite venir expliquer leur accord avec le changement souhait&#233; par la jeunesse. Cette conf&#233;rence fut organis&#233;e par quelques militants &#233;tudiants ; elle r&#233;pondait en fait aux sentiments et aux aspirations des jeunes qui entendaient pour la premi&#232;re fois stigmatiser le colonialisme fran&#231;ais comme responsable de leur mis&#232;re et de leur manque de perspectives. D&#233;j&#224; on trouve dans les rangs des militants &#233;tudiants ceux qui seront plus tard en 1963 les militants du GONG.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le GONG se cr&#233;a en fait comme un prolongement plus radical de l'Association &#233;tudiante et plus d&#233;cid&#233; &#224; conqu&#233;rir les masses que le Front antillo-guyanais qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; &#224; la m&#234;me &#233;poque. En tous cas le fait de rassembler ses militants en dehors de toute autre organisation et sur une charte commune devait lui donner une plus grande facilit&#233; d'action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s sa cr&#233;ation le GONG s'assignait comme but, avec l'appui des masses, l'abolition du statut colonial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le n&#176;5 de &#171; Gong-Information &#187; publia un extrait de programme affirmant que &#171; le Marxisme est la th&#233;orie qui guide le GONG &#187; et que la R&#233;volution comprend une &#171; &#233;tape d&#233;mocratique nationale et populaire &#187; et &#171; une &#233;tape socialiste &#187;, et qu'il fallait d&#232;s la premi&#232;re pr&#233;parer la seconde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait si l'on veut bien caract&#233;riser cette organisation il ne faut pas penser pouvoir la saisir &#224; travers uniquement ses textes. Il ne faut pas non plus accorder une importance extr&#234;me aux qualificatifs que le GONG se d&#233;cerne &#224; lui-m&#234;me. Il pr&#233;tend faire du marxisme la th&#233;orie qui le guide dans son action, pourtant, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, jamais les articles de GONG-INFORMATION ne refl&#232;tent une volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e ou une orientation conduisant &#224; l'organisation du prol&#233;tariat en classe consciente de ses objectifs historiques, autres que ceux imm&#233;diats de la lutte d'&#233;mancipation nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du reste, l'en-t&#234;te du journal qui est l'organe politique et th&#233;orique du GONG est assez significatif des buts et de la nature de cette organisation :&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Gong - Information &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Journal du Patriote Guadeloup&#233;en &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lutte pour la patrie conserve sans nul doute un sens progressiste dans la bouche, dans l'esprit et dans l'action d'un colonis&#233; ; mais en fait ce mot d'ordre mis en avant par une organisation qui par ailleurs se proclame marxiste ne peut que mieux mettre en lumi&#232;re l'incons&#233;quence politique de cette organisation. En tous cas cela remontre aussi l'intention (sinc&#232;re ou non) d'entra&#238;ner les ouvriers au combat non en tant que classe organis&#233;e et consciente de son r&#244;le particulier dans toute lutte politique mais en tant qu'&#233;l&#233;ment indiff&#233;renci&#233; dans le combat patriotique c'est-&#224;-dire de l'entra&#238;ner &#224; la remorque de la petite-bourgeoisie nationaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En cela le GONG n'&#233;chappe pas aux caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales de ce type d'organisation que l'on retrouve dans divers pays du Tiers Monde, avec les m&#234;me buts, la m&#234;me phras&#233;ologie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on se r&#233;f&#232;re simplement aux textes qui figurent dans la revue &#171; Gong-Information &#187;, l'on peut trouver aussi bien des textes d&#233;fendant des positions marxistes sur des aspects particuliers isol&#233;s (&#233;lections - alliance de la classe ouvri&#232;re) en m&#234;me temps que des positions et un langage purement &#171; patriotique &#187;, c'est-&#224;-dire nationaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A ses d&#233;buts le GONG, malgr&#233; l'emploi de l'expression &#171; lib&#233;ration nationale &#187;, se cantonne dans la revendication d'autonomie tout en expliquant que l'autonomie &#171; exclut les capitalistes &#233;trangers &#187;. De ceux de l'int&#233;rieur il en est question en ces ternes : &#171; si th&#233;oriquement, une lutte purement nationale d'un peuple peut &#234;tre men&#233;e par toutes les cat&#233;gories sociales (ouvriers, paysans, intellectuels, petite-bourgeoisie et bourgeoisie &#224; vocation nationale) l'analyse par contre donne qu'en Guadeloupe les capitalistes &#233;tant directement li&#233;s au syst&#232;me colonial et &#224; l'imp&#233;rialisme ne participeront pas &#224; notre lutte &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une telle analyse n'emp&#234;che pas le GONG d'entrer au &#171; Front Guadeloup&#233;en pour l'Autonomie &#187; ; or ce Front fut d&#232;s le d&#233;part une plate-forme de rassemblement de la petite-bourgeoisie (artisans, professions lib&#233;rales, fonctionnaires et tr&#232;s peu d'ouvriers).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous la pouss&#233;e de la Tricontinentale, et apr&#232;s l'&#233;clatement du Front, le GONG prend un nouveau virage &#224; gauche qu'il explique en ces termes : &#171; cette exp&#233;rience n&#233;gative (le Front) (...) fera m&#251;rir l'exigence fondamentale d'un mot d'ordre nouveau seul &#224; m&#234;me de nous permettre d'en finir avec la solution ch&#232;vre-chou de l'autonomie : l'ind&#233;pendance nationale de la Guadeloupe. Notons en passant que la revendication d'autonomie, dans sa complexit&#233; contradictoire, est la fid&#232;le projection de l'angoisse du petit-bourgeois guadeloup&#233;en, en proie qu'il est au fatalisme &#171; g&#233;ographique &#187;... &#171; (n&#176; 15 - avril 66)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors les yeux du GONG se tourneront davantage vers la classe ouvri&#232;re :&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; La naissance du GONG est la preuve &#233;clatante que le tournant a &#233;t&#233; pris, que la classe ouvri&#232;re guadeloup&#233;enne se sent capable de grouper, sous sa direction, tous les &#233;l&#233;ments anticolonialistes de notre soci&#233;t&#233; pour l'ind&#233;pendance nationale de notre pays. (...) L'&#226;pret&#233; probable de notre lutte pour l'ind&#233;pendance, vu les contradictions nous indique clairement que seul un parti du prol&#233;tariat, alli&#233; aux paysans... &#187; etc., etc., (idem)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui ne l'emp&#234;chera pas &#224; partir de mars-avril 1967, au moment m&#234;me o&#249; les ouvriers se battent contre les CRS, de se pr&#233;senter comme l'avant-garde d'un &#171; peuple &#187; indiff&#233;renci&#233; en des termes &#233;voquant une litt&#233;rature connue :&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; notre peuple, sous la direction de son avant-garde le GONG, a r&#233;pondu dignement... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Le peuple guadeloup&#233;en, sous la direction du GONG, a remport&#233; deux &#233;clatantes victoires... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Le pilote du peuple guadeloup&#233;en, c'est le GONG qui incarne l'id&#233;ologie marxiste-l&#233;niniste. Avec un tel pilote le peuple ne craint plus la haute mer... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Que le peuple... se jette au combat sous la direction du GONG et nous &#233;craserons tous les colonialistes et leurs valets &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le GONG n&#233; en 1963 de la volont&#233; d'une poign&#233;e d'intellectuels de se pr&#233;parer &#224; combattre l'imp&#233;rialisme est une organisation jeune, encore peu implant&#233;e, quoique tr&#232;s connue (vu l'&#233;troitesse du pays). Comme toute organisation issue des couches petites-bourgeoises, le GONG ne poss&#232;de pas une ligne sure et nette, en dehors de sa r&#233;f&#233;rence fondamentale au patriotisme. On a pu voir au proc&#232;s l'un des dirigeants se r&#233;clamer de la Charte de l'organisation et montrer que celle-ci ne contenait ni appel au s&#233;paratisme ni appel &#224; la violence. Cela est peut-&#234;tre une astuce de proc&#233;dure mais cela illustre les limites de cette plate-forme. Le vocabulaire marxisant cependant et le ton radical de &#171; Gong-Information &#187; traduisent la n&#233;cessit&#233; pour cette organisation de se rapprocher des masses et de se d&#233;marquer par rapport &#224; l'immobilisme du PCG.. Et si comme nous le disions plus haut des positions contradictoires apparaissaient au travers de la presse du GONG, cela tient plus au fait que, issue de la petite-bourgeoisie, nationaliste par ses buts, jeune et peu implant&#233;e, cette organisation comme toute organisation petite-bourgeoise est tr&#232;s sensible aux pressions ext&#233;rieures ; celles-ci pouvant se transmettre dans l'organisation par les convictions et les h&#233;sitations personnelles de chaque membre de l'organisation d'autant plus que l'organisation est restreinte. Cela est illustr&#233; par l'influence que la Tricontinentale, l'OLAS, les d&#233;clarations de Guevara ou de Castro, ont pu exercer sur l'organisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est bien &#233;vident qu'une telle organisation, h&#233;sitante, aux positions &#233;clectiques est constamment &#224; la recherche de sa propre ligne qui &#233;volue dans le cadre d'une situation dont elle n'est pas ma&#238;tresse. En particulier les liens qu'elle pourra tisser avec la classe ouvri&#232;re d&#233;termineront dans une certaine mesure son &#233;volution. De m&#234;me que ceux qu'elle pourra tisser avec la bourgeoisie lib&#233;rale (autonomistes, partisans d'une d&#233;centralisation, Progr&#232;s Social et autres mouvements moins radicaux) pourront l'entra&#238;ner dans l'engrenage purement nationaliste. Mais quoi qu'il en soit, le GONG ne vise pas clairement, ouvertement &#224; la cr&#233;ation d'un parti du prol&#233;tariat. Il ne vise donc pas &#224; mettre le prol&#233;tariat &#224; la t&#234;te du mouvement de lib&#233;ration nationale, non en tant que patriotes mais en tant que prol&#233;tariat conscient organis&#233; en Parti communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fait si la propagande nationaliste du GONG semble efficace, son action en tant qu'organisateur du prol&#233;tariat n'appara&#238;t pas ; il se pr&#233;tend plut&#244;t &#171; parti des ouvriers, des paysans et des intellectuels r&#233;volutionnaires &#187;. On ne peut donc quelle que soit la sinc&#233;rit&#233; ou la combativit&#233; des militants du GONG, voir dans une telle organisation celle du prol&#233;tariat, et par cons&#233;quent non plus celle qui conduise les masses &#224; poser les pr&#233;misses du socialisme, au travers de la lutte d'&#233;mancipation nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les r&#233;volutionnaires qui se r&#233;clament de la classe ouvri&#232;re, la tache est autre : tout en se maintenant au niveau d'engagement des masses elle consiste &#224; poursuivre la cr&#233;ation d'une organisation communiste prenant v&#233;ritablement naissance dans la classe ouvri&#232;re. Une telle organisation contrairement au GONG ne posera pas l'ind&#233;pendance comme un but en soi de la classe ouvri&#232;re, mais bien plut&#244;t conduira la classe ouvri&#232;re &#224; participer &#224; cette lutte politique en tant que direction de tout le mouvement, afin de permettre &#224; la classe ouvri&#232;re d'assurer par la suite son propre pouvoir comme condition sine qua non de la r&#233;alisation du socialisme. De plus, contrairement &#224; l'organisation nationaliste, l'organisation socialiste posera les probl&#232;mes politiques du fait m&#234;me de la direction prol&#233;tarienne, en terme d'internationalisme et ne cherchera pas la solution aux probl&#232;mes politiques et &#233;conomiques nationaux, uniquement dans la voie nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'existence d'organisations telles que le GONG qui font sentir cruellement l'absence d'une Internationale r&#233;volutionnaire. En effet, les militants qui sont &#224; l'origine du GONG ont recherch&#233; honn&#234;tement, et recherchent probablement encore, dans l'&#233;ventail des forces politiques internationales, le courant politique, la th&#233;orie et la philosophie qui pourraient conduire leur peuple &#224; l'&#233;mancipation et au socialisme. Ce n'est pas volontairement, ou par int&#233;r&#234;t, que ces militants refl&#232;tent leur classe sociale. Ils sont compos&#233;s principalement d'intellectuels mais ce n'est pas une tare. Ce n'est pas exceptionnel qu'une organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne soit n&#233;e dans un cercle intellectuel restreint ; les intellectuels peuvent se lier &#224; la classe ouvri&#232;re, &#233;duquer les plus capables de ses membres en leur donnant ce que la bourgeoisie leur refuse, la conscience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une organisation prol&#233;tarienne reste &#224; cr&#233;er &#224; la Guadeloupe. Le GONG n'est pas cette organisation. La classe ouvri&#232;re guadeloup&#233;enne devra forger son avant-garde de classe au travers de la lutte nationale qu'elle aura &#224; mener. Seule une telle organisation conduira la lutte d&#233;mocratique de lib&#233;ration nationale en sauvegardant les int&#233;r&#234;ts des classes laborieuse, et pourra assurer l'accomplissement de la r&#233;volution socialiste en menant en m&#234;me temps une lutte internationaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Le sentiment national et le mouvement r&#233;volutionnaire dans les pays du glacis sovi&#233;tique</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;01&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;volution vaincue en Hongrie, comme la r&#233;volution avort&#233;e en Pologne, ont montr&#233;, chacune &#224; sa fa&#231;on, le r&#244;le du sentiment national dans le d&#233;clenchement du processus r&#233;volutionnaire qui, en 1956, a secou&#233; l'Europe Centrale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est au cours du combat pour l'ind&#233;pendance nationale et pour les libert&#233;s d&#233;mocratiques que le prol&#233;tariat, qui en a &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment moteur, a form&#233; ses propres organes de pouvoir, les conseils ouvriers, en Hongrie. Mais, c'est aussi en apparaissant comme le champion de l'ind&#233;pendance que Gomulka parvint &#224; canaliser &#224; son compte l'unit&#233; nationale pour raffermir son pouvoir qui s'est retourn&#233; rapidement contre le prol&#233;tariat polonais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me national aurait &#233;t&#233; en 1956, en Pologne comme en Hongrie, une des pierres angulaires de la politique d'une organisation r&#233;volutionnaire. L'ignorer l'e&#251;t conduit &#224; se couper &#224; jamais des masses mobilis&#233;es. Ne pas en comprendre les aspects n&#233;gatifs l'e&#251;t conduit &#224; pr&#234;cher le leurre de l'unit&#233; nationale, et en fin de compte, &#224; s'aligner derri&#232;re Gomulka ou Nagy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le puissant sentiment national qui a imprim&#233; sa marque sur la mobilisation du prol&#233;tariat polonais et hongrois s'alimentait essentiellement de la d&#233;pendance des &#201;tats d'Europe Centrale vis-&#224;-vis de la bureaucratie sovi&#233;tique, mais aussi d'une longue tradition historique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mosa&#239;que de peuples &#224; la crois&#233;e des influences des grandes puissances, l'Europe Centrale est une des r&#233;gions du monde qui a connu les formes les plus diverses de l'oppression nationale et ses corollaires : les luttes d'ind&#233;pendance les plus fr&#233;quentes, les plus violentes et aussi les affrontements chauvins les plus f&#233;roces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire de ces peuples n'est qu'une longue succession de luttes pour l'ind&#233;pendance nationale qu'ils n'ont en fait, jamais r&#233;ussi &#224; conqu&#233;rir compl&#232;tement. Apr&#232;s de longs si&#232;cles de dominations successives ou simultan&#233;es, turque, autrichienne, allemande ou russe, interrompues par de br&#232;ves p&#233;riodes de sursauts nationaux, sous la direction des Kosciusko, des Kossuth, des Balcesco, les peuples d'Europe Centrale semblaient &#233;merger &#224; l'&#232;re moderne et, pour certains d'entre eux, &#224; l'ind&#233;pendance, &#224; la suite de la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette &#232;re moderne &#233;tait celle de l'imp&#233;rialisme qui a &#171; r&#233;solu &#187; les questions nationales en Europe Centrale &#224; sa fa&#231;on et en fonction des rapports de forces entre imp&#233;rialistes. Les trait&#233;s de Versailles, de Trianon, de Saint-Germain, ont certes consacr&#233; l'accession &#224; l'ind&#233;pendance de la Pologne, de la Tch&#233;coslovaquie, l'unification de la Roumanie ou des Slaves du Sud, le d&#233;tachement de la Hongrie de la monarchie bic&#233;phale austro-hongroise. Mais, s'ils ont donn&#233; main libre aux classes dirigeantes des &#201;tats nouvellement cr&#233;&#233;s ou remodel&#233;s pour opprimer d'une mani&#232;re particuli&#232;rement brutale &#171; leurs &#187; minorit&#233;s nationales, ils ont en m&#234;me temps consacr&#233; la d&#233;pendance de ces m&#234;mes &#201;tats des sph&#232;res d'influence imp&#233;rialistes. Le sanglant chauvinisme des couches dirigeantes des pays d'Europe Centrale vis-&#224;-vis des minorit&#233;s et vis-&#224;-vis de leurs voisins, allait de pair avec leur total asservissement, qui envers l'imp&#233;rialisme allemand, qui envers l'imp&#233;rialisme anglais ou fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le syst&#232;me imp&#233;rialiste, en accordant l'ind&#233;pendance formelle n'a pas r&#233;solu la question nationale, il n'a fait que remplacer un type de d&#233;pendance h&#233;rit&#233;e de l'&#226;ge f&#233;odal par de solides liens d'asservissement &#233;conomique et de vassalit&#233; politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pouss&#233;e vers l'Est de l'Allemagne, jalonn&#233;e par le trait&#233; de Munich, par l'arbitrage de Vienne, a impos&#233; de nouvelles courbes et de nouveaux zigzags &#224; des fronti&#232;res plus que jamais mouvantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les nouveaux trac&#233;s ont parfois interverti les r&#244;les dans les rapports entre nations d'Europe Centrale en faisant de la minorit&#233; opprim&#233;e de la veille la majorit&#233; oppresseuse du jour, ils consacraient surtout un changement dans le rapport des forces inter-imp&#233;rialistes en faveur de l'Allemagne qui devint ma&#238;tre dans cette r&#233;gion de l'Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les accords de Yalta tenaient aussi peu compte du droit de ces peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes que ceux de Versailles ou de Munich. Apr&#232;s la d&#233;faite allemande les poteaux fronti&#232;res ont, une fois de plus, repris leur mouvement. Le probl&#232;me des minorit&#233;s nationales fut, &#224; nouveau, modifi&#233; dans ses termes mais non dans son existence. Ce probl&#232;me des minorit&#233;s, quoique non n&#233;gligeable, s'estompait cependant devant une nouvelle oppression qui frappait, elle, toutes les nations d'Europe Centrale sans distinction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, agissant en gendarme d'un nouvel &#233;quilibre imp&#233;rialiste, l'arm&#233;e russe n'a pas seulement bris&#233; toute possibilit&#233; d'&#233;closion r&#233;volutionnaire dans ces r&#233;gions. Elle a aussi foul&#233; aux pieds, en m&#234;me temps que le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et toute la politique l&#233;niniste en la mati&#232;re, l'espoir d'ind&#233;pendance nationale r&#233;elle de ces pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pi&#232;ces sur l'&#233;chiquier d'apr&#232;s-guerre, les destin&#233;es nationales des peuples d'Europe Centrale s'inscriront sur le fond mouvant des relations entre l'imp&#233;rialisme et la bureaucratie russe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tant que dura la Sainte Alliance entre imp&#233;rialistes et bureaucratie consacr&#233;e par Yalta, l'objectif principal des arm&#233;es d'occupation fut de consolider les appareils d'&#201;tat nationaux, principaux garants (avec les troupes d'occupation elles-m&#234;mes) du maintien de &#171; l'ordre &#187;, de l'ordre bourgeois. Ces appareils nationaux, cr&#233;&#233;s avec l'appui des forces nationales les plus r&#233;actionnaires parfois, apparaissaient alors comme les moyens d'oppression les plus ad&#233;quats pour emp&#234;cher le prol&#233;tariat d'Europe Centrale de reprendre le chemin de 1919-1920. En tout &#233;tat de cause, il n'&#233;tait ni dans les d&#233;sirs, ni dans les possibilit&#233;s de la bureaucratie de transgresser les limites fix&#233;es par l'imp&#233;rialisme &#224; son action, en annexant, &#224; l'instar des pays baltes, tout ou partie des pays d'Europe Centrale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces &#201;tats avaient en effet &#224; peine &#233;t&#233; consolid&#233;s, qu'avec le recul du danger de crise r&#233;volutionnaire, l'antagonisme entre la bureaucratie et l'imp&#233;rialisme reprenait le dessus. Sous peine de voir se former autour de l'URSS une ceinture d'&#201;tats hostiles, les ma&#238;tres du Kremlin tenaient &#224; assurer le contr&#244;le de ce qu'ils consid&#233;raient comme leur glacis. Ils y parvinrent momentan&#233;ment &#224; la suite d'une longue et dure lutte, gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence de leur arm&#233;e, de leur police politique, gr&#226;ce aussi &#224; la faiblesse des bourgeoisies nationales, alli&#233;es naturelles de l'imp&#233;rialisme. Ils y parvinrent par le noyautage des rouages des appareils d'&#201;tat nationaux, par l'&#233;limination syst&#233;matique, par une terreur polici&#232;re, de toutes les forces plus ou moins ouvertement pro-occidentales. Dans la dure lutte pour le contr&#244;le du glacis, la bureaucratie a fini par l'emporter, momentan&#233;ment. Mais le mot &#171; contr&#244;le &#187; dit bien ce qu'il veut dire. Les &#201;tats nationaux polonais, tch&#232;que, hongrois, etc..., n'&#233;taient pas des appendices locaux de l'&#201;tat de la bureaucratie russe, mais des entit&#233;s autonomes par nature, et m&#234;me, par leur existence propre, distinctes, oppos&#233;es &#224; l'&#201;tat de la bureaucratie, soumises &#224; de puissantes forces centrifuges. Ce n'est qu'au prix d'une lutte constante et acharn&#233;e contre ces forces centrifuges au sein m&#234;me des &#233;chelons les plus &#233;lev&#233;s de l'appareil d'&#201;tat, que la bureaucratie parvint quelque temps &#224; maintenir des r&#233;gimes &#224; sa d&#233;votion. Il ne lui suffisait pas d'&#233;liminer les partis pro-occidentaux et d'instaurer le r&#233;gime du parti unique stalinien, car c'est au soin m&#234;me des Partis communistes que les forces centrifuges se manifest&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le contr&#244;le de ces &#201;tats impliquait l'existence en leur sein m&#234;me de noyaux s&#251;rs, d&#233;vou&#233;s &#224; Moscou et ne d&#233;pendant que d'elle, et aussi une terreur sanglante, non seulement &#224; l'&#233;gard de la population, mais &#224; l'&#233;gard des plus hauts dignitaires m&#234;mes de l'appareil d'&#201;tat. L'accusation de nationalisme fut, avec celle de trotskysme et de fascisme, celle au non de laquelle on envoya dans les caves de la police politique la fraction la plus impressionnante de dirigeants staliniens des plus hauts plac&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ici que r&#233;side une des racines les plus profondes du sentiment national. Certes, celui-ci &#233;tait aliment&#233; par la pr&#233;sence d'une arm&#233;e d'occupation, par l'imitation servile des habitudes, des coutumes russes, jusque dans les moindres aspects de la vie culturelle et m&#234;me quotidienne. Mais si de tels &#171; d&#233;tails &#187; ne sont pas n&#233;gligeables car ils sont &#224; la perception imm&#233;diate des masses, il y avait bien plus que cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai, la plupart des pays d'Europe Centrale n'ont jamais connu la d&#233;mocratie, pas m&#234;me sous sa forme bourgeoise. Le caract&#232;re bonapartiste des r&#233;gimes des D&#233;mocraties Populaires trouvait en fin de compte sa raison d'&#234;tre principale dans le sous-d&#233;veloppement de ces pays, et non dans l'emprise de la bureaucratie russe. (L'Albanie qui a rompu ses liens avec le Kremlin et la Roumanie qui est en train de le faire, ne sont pas plus &#171; d&#233;mocratiques &#187; aujourd'hui qu'avant). Mais, cette emprise sovi&#233;tique a donn&#233; &#224; la r&#233;pression une coloration nationale. Pour les masses, les Rakosi ou les Rokossovsky n'&#233;taient pas seulement les responsables d'une dictature sanglante, mais encore des hommes qui exerc&#232;rent le pouvoir au service d'un &#201;tat &#233;tranger. Inversement, l'arm&#233;e d'occupation apparaissait pendant une p&#233;riode - et elle l'&#233;tait en effet - comme le principal sinon l'unique soutien d'un r&#233;gime ha&#239;. Tant que durait la mainmise de la bureaucratie sovi&#233;tique sur les appareils d'&#201;tat nationaux, combattre pour l&#224; moindre revendication, de quelqu'ordre qu'elle f&#251;t, signifiait se heurter au r&#233;gime, et, se heurter au r&#233;gime signifiait se heurter &#224; l'arm&#233;e d'occupation. Sous cet angle, le sentiment national ne faisait qu'exprimer, sous une forme &#233;l&#233;mentaire, une conclusion politique tout aussi &#233;l&#233;mentaire : le d&#233;part des troupes russes, l'ind&#233;pendance nationale, est la premi&#232;re condition pour r&#233;soudre les probl&#232;mes les plus aigus, et m&#234;me pour les poser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi qu'en Hongrie, les ouvriers qui r&#233;clamaient, les uns seulement la baisse des normes, les autres d&#233;j&#224; le contr&#244;le des usines, les paysans qui r&#233;clamaient la fin de la collectivisation forc&#233;e, les intellectuels qui r&#233;clamaient la libert&#233; d'expression, se retrouv&#232;rent dans le sentiment commun de haine d'un r&#233;gime ex&#233;cr&#233;, avec son corollaire logique, la revendication du retrait imm&#233;diat des troupes sovi&#233;tiques. Ce sentiment commun d'&#234;tre opprim&#233;, ce sentiment commun de lutter pour les m&#234;mes buts, la libert&#233; et l'ind&#233;pendance nationale, a forg&#233; cette unanimit&#233; nationale qui a marqu&#233; la premi&#232;re phase de la r&#233;volution hongroise. Sans ce sentirent unificateur, le succ&#232;s de la premi&#232;re phase de la r&#233;volution, l'&#233;croulement du r&#233;gime malgr&#233; une premi&#232;re intervention russe, n'eut pas &#233;t&#233; aussi rapide et aussi ais&#233;. La r&#233;volution a &#233;t&#233; v&#233;ritablement populaire, elle a mis en mouvement les masses de tous les opprim&#233;s et de tous les m&#233;contents, jusqu'&#224; et y compris une partie des tenants de l'appareil d'&#201;tat national.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, si la n&#233;cessit&#233; de combattre avant tout les troupes d'intervention et leurs mercenaires autochtones a cr&#233;&#233; une certaine unanimit&#233; nationale, cette unanimit&#233; ne faisait que masquer les oppositions sociales et ne les supprimait pas. La r&#233;volution semblait d'abord partager les combattants en deux camps, d'un c&#244;t&#233; les troupes russes et hongroises de la bureaucratie, de l'autre la grande majorit&#233; du peuple hongrois luttant pour la libert&#233;. Pour des raisons parfaitement compr&#233;hensibles, c'est sous la forme de cette image d'Epinal que la presse occidentale a pr&#233;sent&#233; les choses. Mais, sur ce plan l&#224;, les intellectuels r&#233;volutionnaires hongrois eux-m&#234;mes n'avaient pas une vision bien claire des &#233;v&#233;nements. Les diff&#233;rences qu'ils reconnaissaient dans le camp r&#233;volutionnaire furent d'ordre quantitatif et non qualitatif. Autrement dit, la diff&#233;rence entre Nagy et son entourage d'une part, et les conseils ouvriers en formation qui le soutenaient, e&#251;t &#233;t&#233; une simple diff&#233;rence dans le radicalisme. Mais le caract&#232;re timor&#233; de la politique de Nagy, ses tergiversations, son attitude &#233;quivoque face aux conseils ouvriers, ne provenaient pas seulement du caract&#232;re de l'homme. Les conseils ouvriers et le gouvernement de Nagy, repr&#233;sentaient deux forces sociales diff&#233;rentes. Les premiers repr&#233;sentaient une classe ouvri&#232;re qui, tout en &#233;tant l'&#233;l&#233;ment le plus radical, le plus d&#233;cid&#233; dans le combat pour l'ind&#233;pendance nationale et pour la libert&#233;, commen&#231;ait &#224; poser ses revendications propres, et surtout &#224; mettre sur pied ses propres organes du pouvoir, et pour qui, dans les faits, la r&#233;volution ne faisait que commencer seulement. Le deuxi&#232;me repr&#233;sentait les tenants de l'appareil d'&#201;tat national, qui voulaient, &#224; l'instar de Gomulka, canaliser l'insurrection populaire, pour uniquement se d&#233;barrasser de la tutelle de Moscou, et pour qui ce qui a &#233;t&#233; fait, &#233;tait d&#233;j&#224; de trop.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au sein du camp soi-disant homog&#232;ne du &#171; peuple hongrois &#187;, il y avait d&#233;j&#224; en gestation un double pouvoir de fait. De fait seulement, car en l'absence d'une organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne, ayant une vision claire des &#233;tapes de la r&#233;volution et des t&#226;ches du prol&#233;tariat, les conseils ouvriers s'align&#232;rent bon gr&#233; mal gr&#233; derri&#232;re Nagy, symbole d'une unit&#233; nationale qui apparaissait alors comme le seul garant de la r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sentiment commun d'oppression nationale, principal ressort de la r&#233;volution &#224; ses d&#233;buts, en devient un obstacle important dans la mesure o&#249; il va masquer l'antagonisme entre les forces sociales r&#233;unies dans le combat contre l'intervention russe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment o&#249; la sanglante intervention de la bureaucratie a mis fin &#224; toute possibilit&#233; de d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire ult&#233;rieur, la r&#233;volution est arriv&#233;e &#224; un point mort. Le prol&#233;tariat, guid&#233; par un s&#251;r instinct de classe, a atteint le plus haut niveau de conscience qu'il pouvait atteindre d'une mani&#232;re spontan&#233;e. Tout en &#233;tant l'&#233;l&#233;ment moteur de la lutte de toutes les couches opprim&#233;es contre la bureaucratie russe et ses hommes de main hongrois, il s'est diff&#233;renci&#233; de ces autres couches en cr&#233;ant ses organes sp&#233;cifiques. Mais, pour qu'il songe &#224; imposer ses conseils comme organe unique de pouvoir, il lui e&#251;t fallu une organisation r&#233;volutionnaire de classe. En fait, si le prol&#233;tariat a donn&#233; le meilleur de lui-m&#234;me, les intellectuels r&#233;volutionnaires, qui auraient pu apporter au mouvement ouvrier ce qui lui manquait, c'est-&#224;-dire la science bolch&#233;vique de la r&#233;volution, faillirent &#224; leur t&#226;che. Les plus avanc&#233;s d'entre eux, tout en soulignant l'importance des conseils, s'&#233;vertuaient &#224; les encha&#238;ner &#224; Nagy, donc aux forces qu'il repr&#233;sentait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une organisation prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire n'aurait pas pu ne pas tenir compte du sentiment national, et elle aurait d&#251; mettre la lutte pour le retrait imm&#233;diat des troupes sovi&#233;tiques en t&#234;te de son programme d'action. Une telle lutte &#233;tait r&#233;volutionnaire dans son essence. Mais elle aurait combattu parall&#232;lement pour la diff&#233;renciation politique et organisationnelle du prol&#233;tariat, et contre le mythe de &#171; l'unit&#233; nationale &#187;. Elle aurait expliqu&#233; inlassablement au prol&#233;tariat, mais aussi aux autres couches opprim&#233;es, que l'ind&#233;pendance nationale elle-m&#234;me n'avait une chance d'&#234;tre sauvegard&#233;e que sous la direction du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, l'enthousiasme d'une premi&#232;re et provisoire victoire a pu &#233;tonner quelque temps le sens des r&#233;alit&#233;s des masses, mais la deuxi&#232;me intervention russe a confirm&#233; l'appr&#233;hension des &#233;l&#233;ments les plus conscients : la Hongrie seule, en tant que telle, ne faisait pas le poids face &#224; la puissance sovi&#233;tique. Isol&#233;e, elle &#233;tait condamn&#233;e. Elle avait besoin d'alli&#233;s. Mais le monde est divis&#233; en classes. Seul le prol&#233;tariat avait des alli&#233;s potentiels d&#233;sint&#233;ress&#233;s au-del&#224; des fronti&#232;res, le prol&#233;tariat de Pologne en lutte, le prol&#233;tariat des D&#233;mocraties Populaires voisines, le prol&#233;tariat occidental et peut-&#234;tre en premier lieu, le prol&#233;tariat russe. Mener le combat sur une base nationale, dans le cadre national, &#233;tait se condamner &#224; l'isolement, donc &#224; la d&#233;faite. Les tergiversations, les h&#233;sitations de Nagy, &#233;taient &#224; l'image du cul-de-sac o&#249; menait une lutte limit&#233;e au cadre national. Les tenants de l'appareil d'&#201;tat national n'avaient gu&#232;re le choix qu'entre trois possibilit&#233;s, en fait, entre deux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les plus honn&#234;tes d'entre eux, comme Nagy lui-m&#234;me, cherchaient &#224; &#233;chapper &#224; la contraignante r&#233;alit&#233; d'un monde partag&#233; entre l'imp&#233;rialisme et la bureaucratie, en avan&#231;ant la solution utopique et trompeuse de la &#171; neutralit&#233; &#187;. Mais la proclamation de cette neutralit&#233; n'a pas emp&#234;ch&#233; l'intervention des troupes sovi&#233;tiques. Elle a tout au plus berc&#233; quelques na&#239;fs dans un vain espoir. Les autres regardaient vers l'Occident, esp&#233;rant l'appui de l'imp&#233;rialisme contre la bureaucratie. Outre le fait que l'imp&#233;rialisme &#233;tait trop content que la bureaucratie se charge&#226;t de r&#233;gler le sort du prol&#233;tariat hongrois, cela e&#251;t &#233;t&#233; se prot&#233;ger contre le chol&#233;ra en contractant la peste. L'imp&#233;rialisme montre en ce moment au Vietnam sa fa&#231;on de concevoir l'ind&#233;pendance nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres enfin, Kadar en t&#234;te, ont choisi la troisi&#232;me possibilit&#233; qui s'offrit devant les tenants de l'appareil d'&#201;tat national en se jetant dans les bras de la bureaucratie russe elle-m&#234;me. Les choses &#233;tant ce qu'elles &#233;taient, du point de vue de l'appareil d'&#201;tat national, c'est encore la solution de Kadar qui &#233;tait la plus &#171; socialiste &#187;. Seulement, le prol&#233;tariat hongrois a pay&#233; par des milliers de victimes et de nouvelles cha&#238;nes son tribut &#224; ce socialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mise &#224; part la solution de la neutralit&#233; qui n'en est pas une, les deux autres se rejoignent finalement &#224; terme. Malgr&#233; leurs ant&#233;c&#233;dents diff&#233;rents, les r&#233;gimes de Gomulka, de Kadar, ou de Ceausescu, montrent dans leurs rapports vis-&#224;-vis de l'URSS des analogies frappantes. Les &#201;tats nationaux finissent par rompre leur cordon ombilical avec la bureaucratie sovi&#233;tique et par reprendre leur trajectoire propre inscrite dans leur nature bourgeoise. D&#233;j&#224; m&#234;me en Hongrie, la bureaucratie n'a plus le contr&#244;le absolu de son glacis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les probl&#232;mes nationaux auront trouv&#233; une apparente solution. Mais cette &#171; solution &#187; n'implique pas une v&#233;ritable ind&#233;pendance pour les peuples d'Europe Centrale, car il n'y a pas d'ind&#233;pendance nationale r&#233;elle, pas plus que de v&#233;ritable droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes dans un monde domin&#233; par l'imp&#233;rialisme. Tito montre le chemin &#224; Gomulka, comme celui-ci montre le chemin &#224; Nagy. La rupture des appareils d'&#201;tats hongrois-nationaux avec la bureaucratie aboutit t&#244;t ou tard &#224; un retour au bercail d'un march&#233; imp&#233;rialiste, ce qui implique pour des pays sous-d&#233;velopp&#233;s, comme le sont les pays d'Europe Centrale, de nouveaux liens de suj&#233;tion. C'est pourquoi, si les r&#233;volutionnaires savent que le retrait des troupes sovi&#233;tiques des pays d'Europe Centrale est une condition n&#233;cessaire (mais nullement suffisante) de tout d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire dans cette r&#233;gion, s'ils soutiennent la lutte des masses pour chasser les troupes d'occupation, contre les hommes de main russes ou autochtones de la bureaucratie, ils m&#232;nent en m&#234;me temps une lutte violente contre les Ceausescu ou Gomulka dont la politique nationaliste pr&#233;pare de nouvelles cha&#238;nes pour leur peuple.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Le sentiment national et le mouvement r&#233;volutionnaire dans les pays imp&#233;rialistes</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;02&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre &#233;poque a mis, depuis des d&#233;cennies d&#233;j&#224;, la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; l'ordre du jour. Comment cette r&#233;volution pourra &#233;clore, se d&#233;velopper, vaincre ; &#224; travers quelles escarmouches, quels flux et reflux, quelles victoires et d&#233;faites partielles se d&#233;gagera un mouvement d'ensemble irr&#233;sistible, nul ne saurait le dire. Les lignes de forces de la r&#233;volution &#224; venir partiront en dernier ressort de deux p&#244;les fondamentalement oppos&#233;s : l'imp&#233;rialisme mondial et le prol&#233;tariat international, mais elles imprimeront leurs marques dans une soci&#233;t&#233; o&#249; d'autres classes, couches, groupements sociaux vivent, combattent et d&#233;fendent leurs int&#233;r&#234;ts divers. Pour vaincre, le prol&#233;tariat doit polariser autour de lui, autour de son action, autour de ses objectifs, de larges masses populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exp&#233;rience des r&#233;volutions pass&#233;es, tant d&#233;faites que victorieuses, montre que le prol&#233;tariat n'est &#224; m&#234;me d'aborder sa t&#226;che historique, c'est-&#224;-dire mettre un terme &#224; tout jamais &#224; l'exploitation de l'homme par l'homme, que si son action propre se d&#233;veloppe au sein d'une mobilisation populaire. Autrement dit, quand de larges couches populaires, se sentant dans une impasse, ne voient de solution &#224; leurs probl&#232;mes que par un changement violent de l'ancien &#233;tat de choses et quand pour obtenir ce changement, elles sont d&#233;cid&#233;es &#224; intervenir directement dans le cours des choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour qu'une mobilisation populaire s'effectue, il faut que les sentiments des diverses couches exploit&#233;es ou opprim&#233;es &#224; tel titre ou &#224; tel autre trouvent un d&#233;nominateur commun, et c'est ce sentiment de haine commun qui est le terrain sur lequel &#233;cl&#244;t le mouvement populaire. Le mouvement populaire lui-m&#234;me devient r&#233;volutionnaire &#224; partir du moment o&#249; il se pose la question du pouvoir, &#224; partir du moment o&#249; il songe &#224; s'attaquer non seulement &#224; l'ancien &#233;tat de choses devenu insupportable, mais &#224; l'&#201;tat lui-m&#234;me qui en est le garant et l'ultime rempart.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette prise de conscience &#224; l'&#233;chelle de larges masses peut se faire en bien des &#233;tapes et suivront bien des rythmes. Outre l'&#233;l&#233;ment subjectif constitu&#233; par le r&#244;le et l'activit&#233; d'une organisation r&#233;volutionnaire, le rythme d&#233;pend, pour une large part, de la forme du pouvoir &#233;tatique lui-m&#234;me. Plus le pouvoir est omnipr&#233;sent et omnipotent, plus il intervient dans toutes les manifestations de la vie sociale, plus rapidement les masses en action apprennent que pour vaincre, il faut le d&#233;truire. Plus ce pouvoir est personnifi&#233; par un homme ou une &#233;quipe restreinte plus il sert de point de mire &#224; la haine populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;mocratie, malgr&#233; ses multiples inconv&#233;nients pour la bourgeoisie a, entre autre, ceci d'avantageux qu'elle dilue devant les masses la r&#233;alit&#233; du pouvoir, qu'elle cache le m&#233;canisme de r&#233;pression derri&#232;re le chass&#233;-crois&#233; des gouvernements qui passent et se succ&#232;dent. La dictature ouverte et d&#233;clar&#233;e, l'autocratie, le bonapartisme donnent au pouvoir une apparence concr&#232;te, en chair et en os, &#224; la port&#233;e de l'exp&#233;rience quotidienne des masses. Ce furent de profondes raisons historiques, tel le d&#233;veloppement combin&#233; de la Russie qui en 1917 firent co&#239;ncider le mouvement paysan avec l'insurrection prol&#233;tarienne, mais c'est en criant : &#171; A bas le tsar &#187; que, concr&#232;tement, le soldat-paysan et l'ouvrier se rencontr&#232;rent en f&#233;vrier. La haine de l'autocratie fut un puissant levier r&#233;volutionnaire autour duquel se fit la mobilisation des masses, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle &#233;tait le d&#233;nominateur commun des sentiments des classes opprim&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sentiment national est de son c&#244;t&#233; un des plus puissants &#171; sentiments unificateurs &#187; autour duquel, m&#234;me &#224; notre &#233;poque, de larges couches populaires se retrouvent et pour lequel elles sont pr&#234;tes &#224; se battre. Dans le dernier num&#233;ro de la Lutte de Classe nous avions abord&#233; son r&#244;le et sa signification dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s, o&#249; il plonge ses racines dans l'oppression nationale qui p&#232;se sur la quasi-totalit&#233; de la population. Dans ces pays, le caract&#232;re ouvertement dictatorial du pouvoir se combine avec le fait qu'il est exerc&#233; par la nation oppresseuse ou &#224; son b&#233;n&#233;fice ce qui est une combinaison particuli&#232;rement explosive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les pays sous-d&#233;velopp&#233;s le probl&#232;me national et son reflet dans les sentiments des masses populaires se posent avec une telle acuit&#233; qu'une organisation r&#233;volutionnaire se condamnerait en en faisant abstraction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se pose-t-il aussi pour les pays imp&#233;rialistes et si oui, dans quels termes ? Autrement dit, l'organisation r&#233;volutionnaire peut-elle se trouver en pr&#233;sence d'un profond sentiment national dans le peuple d&#233;clench&#233; par une oppression nationale ou une crainte d'oppression nationale ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me ne se pose manifestement pas actuellement. Il y a 25 ans cependant la France &#233;tait occup&#233;e et cette occupation a donn&#233; un regain au sentiment national dans le peuple, sentiment d'ailleurs consid&#233;rablement amplifi&#233; par la propagande chauvine du Parti Communiste &#224; partir de 1941. Si la r&#233;sistance arm&#233;e contre l'occupant resta infiniment plus limit&#233;e que ce que pr&#233;tendent les staliniens, elle b&#233;n&#233;ficia incontestablement de la sympathie de larges couches. Le mouvement trotskyste dut alors d&#233;terminer son attitude face &#224; la R&#233;sistance et dut prendre position face aux probl&#232;mes pos&#233;s par l'occupation. Plus pr&#233;cis&#233;ment il s'est pos&#233; la question de savoir si une mobilisation large contre l'occupant portait en elle une dynamique qui pouvait d&#233;boucher sur la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les probl&#232;mes pos&#233;s par une occupation &#233;trang&#232;re dans un pays imp&#233;rialiste, la France en particulier, ne sont pas d&#233;pass&#233;s. La r&#233;volution prol&#233;tarienne surgira peut-&#234;tre des vagues d'une troisi&#232;me guerre mondiale, guerre dont les al&#233;as pourraient entra&#238;ner des occupations diverses successives. L'&#201;tat bourgeois fran&#231;ais sera peut-&#234;tre aussi amen&#233; &#224; composer avec une arm&#233;e russe occupante. Mais la situation ainsi cr&#233;&#233;e m&#233;rite d'&#234;tre examin&#233;e &#224; part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes il est exclu que la guerre &#224; venir oppose deux camps imp&#233;rialistes comme pendant la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. La France peut &#234;tre cependant occup&#233;e par un autre pays imp&#233;rialiste, - les USA en l'occurrence - en &#171; alli&#233;e &#187; &#224; l'instar de l'Italie occup&#233;e par l'arm&#233;e allemande apr&#232;s le coup d'&#201;tat de Badoglio en 1943. Cette occupation, dans la mesure o&#249; elle a pour but d'entra&#238;ner la France dans une croisade anti-sovi&#233;tique, m&#234;me si elle se fait en &#171; alli&#233; &#187;, peut d&#233;clencher des r&#233;actions populaires analogues &#224; celles de 40-45. C'est pourquoi, discuter de cette p&#233;riode n'est pas inutile, car si la guerre et l'occupation sont &#224; 25 ans derri&#232;re nous, elles ne sont peut-&#234;tre pas aussi loin devant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est certain qu'une organisation r&#233;volutionnaire aurait eu &#224; lutter contre l'arm&#233;e d'occupation allemande, et ceci pour deux raisons. En premier lieu, parce que dans les conditions d'alors, lutter contre le pouvoir &#233;tatique &#233;tait n&#233;cessairement lutter contre l'arm&#233;e d'occupation qui en &#233;tait le pilier principal. En second lieu, parce que toute organisation r&#233;volutionnaire avait pour mission de d&#233;fendre l'URSS jusque et y compris par des moyens militaires : sabotages de l'appareil de guerre allemand, coups de main arm&#233;, etc. Ce faisant l'organisation r&#233;volutionnaire eut incontestablement b&#233;n&#233;fici&#233; du sentiment national, et l'aurait dans une certaine mesure cristallis&#233; autour de son action. Mais si dans ce sentiment il y avait, pour reprendre l'expression de Trotsky &#171; des &#233;l&#233;ments qui refl&#233;taient d'une part la haine contre la guerre destructrice et d'autre part l'attachement &#224; ce qu'ils croient &#234;tre leur biens &#187;, il &#233;tait surtout l'expression de l'emprise de l'id&#233;ologie bourgeoise sur les masses. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que son action fournit n&#233;cessairement un exutoire &#224; ces sentiments nationaux que l'organisation r&#233;volutionnaire &#233;tait tenue de d&#233;finir clairement sa position face &#224; la question nationale et de s'organiser sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier probl&#232;me th&#233;orique &#224; cet &#233;gard et que le mouvement trotskyste d'alors s'est pos&#233; effectivement est de savoir si l'occupation &#233;trang&#232;re fait resurgir, il est vrai dans des termes nouveaux, la question nationale. Une partie du mouvement trotskyste r&#233;pondit positivement &#224; cette question, en affirmant que la France &#233;tait d&#233;sormais pass&#233;e au rang de nation vassale, semi-coloniale. Politiquement la bourgeoisie nationale ne se serait maintenue au pouvoir que comme commis de la bourgeoisie la plus puissante. A peu pr&#232;s - affirmait un bulletin de l'&#233;poque - comme les classes dirigeantes indig&#232;nes ont &#233;t&#233; maintenues au pouvoir par l'imp&#233;rialisme dans certaines colonies. Les partisans de cette th&#232;se affirm&#232;rent, il est vrai, qu'&#224; la diff&#233;rence des pays anciennement colonis&#233;s, la bourgeoisie &#233;tait incapable de lutter pour l'ind&#233;pendance nationale et que celle-ci ne pouvait &#234;tre obtenue que par les masses, et elles seules, sans la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les subtiles distinctions introduites dans la th&#233;orie entre ancienne et nouvelle question nationale n'&#233;taient qu'arguties, eu &#233;gard &#224; l'importance de la reconnaissance de la question nationale elle-m&#234;me, et par cons&#233;quent, de la l&#233;gitimit&#233; de la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, c'est justement cette reconnaissance qui &#233;tait fausse &#224; la base. La base &#233;conomique de la question nationale dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s r&#233;side dans le fait que l'emprise imp&#233;rialiste ne tient que parce qu'elle s'appuie sur les couches dominantes, sur les structures sociales les plus archa&#239;ques, emp&#234;che la lib&#233;ration et le d&#233;veloppement du capitalisme dans le cadre national. La lutte de la bourgeoisie nationale est donc jusqu'&#224; une certaine limite progressive et anti-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout au contraire, l'occupation de tel ou tel pays imp&#233;rialiste par un autre exprime le fait que non seulement pour le capitalisme de ce pays la conqu&#234;te du march&#233; national est depuis longtemps r&#233;alis&#233;e, mais que, ce march&#233; s'est r&#233;v&#233;l&#233; depuis longtemps trop &#233;troit, et c'est pr&#233;cis&#233;ment dans la lutte pour la conqu&#234;te de march&#233;s ext&#233;rieurs que cet imp&#233;rialisme s'est heurt&#233; &#224; un rival qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; plus fort, tout au moins pour une p&#233;riode. L' &#171; oppression nationale &#187; que subit le pays imp&#233;rialiste vaincu appara&#238;t alors non comme une &#233;tape &#224; d&#233;passer dans le mouvement ascendant de la bourgeoisie nationale, mais comme une phase de la guerre que les puissances imp&#233;rialistes se m&#232;nent les unes contre les autres, comme une p&#233;rip&#233;tie dans la fluctuation des rapports de forces respectifs. Lutter pour l'Ind&#233;pendance nationale &#187; ou pour la &#171; lib&#233;ration &#187; voire &#171; l'&#233;mancipation nationale &#187; dans ces conditions, c'est prendre fait et cause pour son imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Distinguer alors &#171; l'ancienne question nationale &#187; des pays colonis&#233;s de la &#171; nouvelle question nationale &#187; surgie &#224; l'occasion de l'occupation d'un pays imp&#233;rialiste par un autre en pr&#233;textant que dans le premier cas la bourgeoisie est encore capable de lutter pour l'ind&#233;pendance nationale alors qu'elle ne l'est plus pour le second est un non-sens. Ce n'est pas le radicalisme plus ou moins grand de la bourgeoisie dans la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale qui d&#233;cide de l'attitude des r&#233;volutionnaires par rapport &#224; celle-ci. C'est au contraire parce que les marxistes reconnaissent la l&#233;gitimit&#233; du combat pour l'ind&#233;pendance nationale dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s qu'ils soutiennent la lutte pour celle-ci, m&#234;me si elle se m&#232;ne sous une direction bourgeoise. Et c'est parce que la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale couvre la politique d'un imp&#233;rialisme momentan&#233;ment vaincu dans la guerre pour le partage du march&#233; mondial que les marxistes s'y opposent violemment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'occupation de la France par l'Allemagne n'a pas r&#233;duit la premi&#232;re &#224; l'&#233;tat d'une semi-colonie, pour la bonne raison qu'elle n'a pas pu et elle n'aurait pas pu effacer par la seule force l'ouvre historique du capitalisme et les rapports inter-capitalistes. M&#234;me occup&#233;e, la France est rest&#233;e un pays imp&#233;rialiste poss&#233;dant un vaste empire colonial. Et sa victoire ou plus exactement celle de ses alli&#233;s, n'a pas signifi&#233; la reconqu&#234;te de l'ind&#233;pendance nationale mais essentiellement la reconsolidation de son emprise sur ses colonies, et aussi le d&#233;coupage de l'Allemagne qui, appara&#238;t maintenant &#224; son tour comme un pays occup&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit il est &#233;vident que pour refuser le leurre de la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale, les r&#233;volutionnaires n'en l&#233;gitiment pas plus l'occupation. De m&#234;me que les bolcheviks et par la suite l'Internationale Communiste, tout en ayant refus&#233; toute &#171; d&#233;fense de la patrie &#187; en Allemagne, n'en ont pas plus l&#233;gitim&#233; le trait&#233; de Versailles qui concluait la d&#233;faite allemande ; au contraire, ils ont lutt&#233; r&#233;solument contre ce nouveau partage de l'Europe et du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la lutte contre le Trait&#233; de Versailles ne pouvait pas se mener de la m&#234;me fa&#231;on en France, pays qui en fut le principal b&#233;n&#233;ficiaire, et en Allemagne, pays qui en fut la victime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lutter en France contre le d&#233;pe&#231;age de l'Allemagne, contre l'occupation de la rive gauche du Rhin ou de la Rhur, contre les dures conditions impos&#233;es aux vaincus avait une profonde signification anti-imp&#233;rialiste. Cette lutte ne pouvait pas ne pas opposer le prol&#233;tariat contre sa bourgeoisie enrichie par les rapines consacr&#233;es par ce trait&#233;. En Allemagne par contre, le Parti Communiste ne pouvait soulever cette question sans d'infinies pr&#233;cautions, tant la revendication &#171; A bas la paix de Versailles &#187; pouvait ressouder l'unit&#233; nationale derri&#232;re l'imp&#233;rialisme allemand, qui lancera sur l'Europe ses arm&#233;es pr&#233;cis&#233;ment pour effacer ce trait&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est justement ici la cl&#233; de la question. Toute une fraction du personnel politique de la bourgeoisie fran&#231;aise a opt&#233; apr&#232;s la d&#233;faite pour les Alli&#233;s. B&#233;n&#233;ficiant de l'appui inestimable des staliniens, ils ont canalis&#233;, tout en le renfor&#231;ant jusqu'au chauvinisme, le sentiment national des masses populaires, pour mobiliser ces masses autour de ce sentiment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;sistance fut l'expression concr&#232;te de la mainmise politique et organisationnelle de la bourgeoisie sur les masses populaires, entra&#238;n&#233;es une fois de plus dans le sillage de &#171; leur &#187; imp&#233;rialisme. Si le sentiment d'oppression nationale &#233;tait un facteur de mobilisation pour les masses, si pour avoir &#233;t&#233; exerc&#233; par une arm&#233;e &#233;trang&#232;re le pouvoir &#233;tatique s'est montr&#233; dans toute sa nudit&#233;, si en ce sens la lutte r&#233;volutionnaire pouvait s'en trouver facilit&#233;e, ce sentiment national s'est r&#233;v&#233;l&#233; finalement comme une puissante cha&#238;ne par laquelle les staliniens ont li&#233; le sort des masses &#224; celui de leur imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est justement pourquoi, c'est justement pour ne pas ajouter de son c&#244;t&#233; quelques cha&#238;nons suppl&#233;mentaires que l'organisation r&#233;volutionnaire devait faire en sorte que sa lutte contre l'appareil militaire allemand ne puisse cr&#233;er aucune confusion, dont la bourgeoisie e&#251;t pu profiter, dans l'esprit des masses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me pendant la guerre, le prol&#233;tariat avait sa guerre &#224; mener, qui n'avait rien de commun avec celle de son imp&#233;rialisme. Mais une politique ind&#233;pendante n&#233;cessitait une organisation ind&#233;pendante, une organisation de classe. Le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire se devait de refuser toute organisation commune avec la bourgeoisie ou ses repr&#233;sentants politiques. C'est pourquoi, aucun r&#233;volutionnaire n'avait sa place dans le mouvement de la R&#233;sistance, au contraire, il devait lutter pour la constitution d'organisations prol&#233;tariennes de lutte ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grande majorit&#233; du mouvement trotskyste en France justifiait la participation au mouvement national en pensant que de celui-ci sortirait le mouvement de classe. Le mouvement r&#233;volutionnaire pouvait en effet surgir de la m&#234;l&#233;e imp&#233;rialiste mais &#224; la condition seulement que le prol&#233;tariat sache garder sa politique ind&#233;pendante, son organisation ind&#233;pendante. Ceci &#233;tait impossible &#224; l'&#233;poque sans une lutte constante contre l'esprit de la R&#233;sistance qui signifiait pour le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment l'abandon de son ind&#233;pendance tant politique qu'organisationnelle. Au lieu d'&#234;tre le terrain d'&#233;closion d'un processus r&#233;volutionnaire, la R&#233;sistance en fut le principal obstacle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout en luttant contre l'appareil militaire allemand, l'organisation r&#233;volutionnaire se devait d'autre part de faire un travail intense parmi les soldats de l'arm&#233;e d'occupation, favoriser les fraternisations, etc... Elle devait refuser tout appel &#224; la &#171; lutte contre l'envahisseur &#187; au nom de l'&#171; ind&#233;pendance nationale &#187;. Le motif de l'action de l'organisation r&#233;volutionnaire contre l'appareil militaire allemand n'&#233;tait pas &#171; l'ind&#233;pendance nationale &#187;, mais l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat international dans son ensemble, qui exigeait la d&#233;fense de l'URSS. Le fait d'agir au nom et dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat dans son ensemble impliquait des cons&#233;quences jusques et y compris dans la forme de l'action militaire (refus d'attentats contre des soldats isol&#233;s ou de sabotage de trains de permissionnaires, etc.). Tout en luttant contre l'appareil militaire allemand, il fallait viser &#224; gagner le soldat allemand et non &#224; le tuer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute mani&#232;re cette action militaire ne devrait pas &#234;tre l'activit&#233; unique de l'organisation r&#233;volutionnaire ni m&#234;me la principale. La p&#233;rip&#233;tie des armes a fait de l'arm&#233;e allemande pour une p&#233;riode le principal garant des rapports de production capitaliste en France, et c'est pourquoi, entre autre, l'organisation r&#233;volutionnaire se devait de lutter contre elle. Mais les rapports capitalistes en eux-m&#234;mes &#233;taient on ne peut plus fran&#231;ais. Si les r&#233;quisitions, le service du travail obligatoire &#233;taient les faits de l'occupant, les bas salaires, le ch&#244;mage &#233;taient le fait du capitalisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lutte militaire contre l'appareil de guerre allemand n'avait de valeur que si elle accompagnait une lutte active, de tous les jours contre la bourgeoisie fran&#231;aise f&#251;t-elle pro-alli&#233;s. Aucune occupation, aussi durable f&#251;t-elle, ne modifie en rien cette constante de la politique bolchevik : l'ennemi principal est dans notre pays. La t&#226;che fondamentale de l'organisation r&#233;volutionnaire est de mobiliser le prol&#233;tariat contre son propre imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi on ne peut pas engager une lutte militaire contre un occupant &#233;tranger, sans lutter en m&#234;me temps pour l'ind&#233;pendance politique et organisationnelle du prol&#233;tariat. Il n'y a pas d'internationalisme hors de cette voie. Toutes les organisations trotskystes &#233;taient pendant la guerre pour la &#171; fraternisation &#187; et certaines ont milit&#233; activement et efficacement pour. Mais une telle politique perd toute signification r&#233;volutionnaire internationaliste si en m&#234;me temps on s'int&#232;gre &#224; la &#171; R&#233;sistance &#187; (et &#224; plus forte raison si l'on se d&#233;clare fier d'&#234;tre parmi les premiers r&#233;sistants), car s'int&#233;grer &#224; la R&#233;sistance c'est se subordonner et aider &#224; subordonner les ouvriers &#224; la bourgeoisie qui elle, est chauvine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me en p&#233;riode de guerre, nous consid&#233;rons que le prol&#233;tariat malgr&#233; les multiples changements qu'il subit dans ses parties nationales au gr&#233; des fluctuations militaires, est un tout. L'avenir de la soci&#233;t&#233; humaine d&#233;pend de sa force et de sa conscience. L'organisation r&#233;volutionnaire se doit de d&#233;fendre cette conscience prol&#233;tarienne des influences id&#233;ologiques de la classe ennemie donc principalement du chauvinisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>La construction du parti r&#233;volutionnaire et la tactique entriste</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1968-01-31T23:01:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;01&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 1933, c'est-&#224;-dire depuis la faillite du PC allemand et de l'Internationale Communiste toute enti&#232;re, le but que se sont assign&#233; les militants trotskystes dans les diff&#233;rents pays du monde est la construction de partis ouvriers r&#233;volutionnaires capables de mener la classe ouvri&#232;re &#224; la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, coup&#233;s du prol&#233;tariat d&#232;s sa naissance, pour des raisons historiques que nous ne pouvons aborder ici, le mouvement trotskyste se trouva, selon un mot de Victor Serge &#171; en exil dans sa propre classe &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me primordial pour lui &#233;tait, et est toujours, de gagner au programme -marxiste les &#233;l&#233;ments les plus conscients de la classe ouvri&#232;re et notamment ceux qui se trouvent dans les diff&#233;rents partis socialistes et communistes ou qui y viennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tant que cette avant-garde ne se battra pas sous le drapeau du trotskysme, la construction d'une nouvelle Internationale s'av&#233;rera impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Abordant ce probl&#232;me Trotsky &#233;crivait en ao&#251;t 1934 : &#171; Celui qui affirme &#171; La II&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; et la III&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale sont condamn&#233;es ; l'avenir est &#224; la IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale &#187; exprime une id&#233;e dont la justesse est &#224; nouveau confirm&#233;e par la situation actuelle en France. Mais cette id&#233;e juste en elle-m&#234;me, ne r&#233;v&#232;le encore rien, ni comment, ni dans quelles circonstances et d&#233;lais la IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale sera constitu&#233;e. Elle peut na&#238;tre th&#233;oriquement - ce n'est pas exclu - de l'unification de la II&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; et de la III&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale, d'un regroupement des &#233;l&#233;ments &#233;pur&#233;s et tremp&#233;s de leurs rangs dans le feu de la lutte. Elle peut se former aussi &#224; travers la radicalisation du noyau prol&#233;tarien du Parti Socialiste et de la d&#233;composition de l'organisation stalinienne. Elle peut se constituer dans le processus de la lutte contre le fascisme et de la victoire sur lui. Mais elle peut se former aussi beaucoup plus tard, dans de nombreuses ann&#233;es, au milieu des d&#233;combres et des ruines accumul&#233;es &#224; la suite de la victoire du fascisme et de la guerre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cette derni&#232;re hypoth&#232;se qui s'est malheureusement av&#233;r&#233;e la plus r&#233;aliste. Ni les ouvriers socialistes, ni les prol&#233;taires communistes n'ont &#233;t&#233; capables de rompre avec leurs organisations et leurs programmes opportunistes. Aujourd'hui, vingt-trois ans apr&#232;s la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, alors que l'imp&#233;rialisme commence ses pr&#233;paratifs pour la troisi&#232;me, l'Internationale R&#233;volutionnaire n'existe toujours pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et s'il est toujours impossible de d&#233;finir par quel processus pr&#233;cis passera sa construction, on peut malgr&#233; tout affirmer que s'ils continuent &#224; mener la politique qui est la leur depuis plus de vingt ans, les diff&#233;rents centres internationaux du mouvement trotskyste s'av&#233;reront toujours incapables de r&#233;aliser le but qu'ils se sont donn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour nous, en France par exemple, le probl&#232;me essentiel est de gagner &#224; nos id&#233;es, &#224; notre programme, les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re et notamment ceux qui se trouvent au sein du Parti Communiste Fran&#231;ais. La section fran&#231;aise du Secr&#233;tariat Unifi&#233; (le Parti Communiste Internationaliste) pr&#233;conise pour construire le parti r&#233;volutionnaire, l'entr&#233;e d'une partie de ses militants, &#224; ses propres dires de l'essentiel de ses forces, au sein du PCF afin de d&#233;velopper, ou de profiter du d&#233;veloppement, de courants centristes &#224; l'int&#233;rieur du parti stalinien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans sa brochure &#171; Construire le Parti R&#233;volutionnaire &#187;, publi&#233;e en 1965, Pierre Frank &#233;crit &#224; propos de cette tactique : &#171; L'entr&#233;e dans le parti socialiste (en 1934) souleva &#224; l'&#233;poque de grandes luttes au sein de l'organisation trotskyste internationale o&#249; nombreux &#233;taient ceux qui y voyaient un abandon de notre principe fondamental du parti marxiste r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant. Depuis lors la question a &#233;t&#233; clarifi&#233;e et, &#224; l'exception de quelques &#233;l&#233;ments sectaires, les trotskystes consid&#232;rent comme un acquis que, pour ouvrer &#224; la construction de ce parti r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant, des formations aux forces limit&#233;es doivent pratiquer dans certains cas l'entr&#233;e dans un autre parti... &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, entre la tactique des trotskystes fran&#231;ais, puis belges, en 1934 dans les partis socialistes et celle pr&#233;conis&#233;e dans les ann&#233;es 1952-1953 par le Secr&#233;tariat International il y a, derri&#232;re l'identit&#233; de formulation qu'emploie Frank, une diff&#233;rence qualitative profonde.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'ENTRISME DE 1934&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il faut replacer l'entr&#233;e des trotskystes fran&#231;ais &#224; la SFIO (parti socialiste fran&#231;ais) en 1934 dans son contexte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les manifestations d'extr&#234;me droite du 6 f&#233;vrier 1934 servirent de catalyseur &#224; une radicalisation de la classe ouvri&#232;re due, en grande partie, &#224; une situation sociale et &#233;conomique grave.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 f&#233;vrier 1934 &#224; Paris, &#224; laquelle particip&#232;rent au coude &#224; coude militants socialistes et communistes, fut le signe avant-coureur des grands mouvements de gr&#232;ve qui culmin&#232;rent en juin 1936.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devant cette situation Trotsky demanda aux militants du mouvement fran&#231;ais d'entrer &#224; la SFIO en tant que tendance. Ce qui se r&#233;alisa en juin 1934.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le choix de la SFIO comme milieu de travail s'expliquait par plusieurs raisons tactiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une part la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re &#233;tait encore sous la coupe du parti socialiste et il &#233;tait pr&#233;visible qu'en cas de mont&#233;e ouvri&#232;re un afflux d'ouvriers r&#233;volutionnaires rejoindrait ses rangs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part la SFIO n'&#233;tait pas un parti centralis&#233; mais une f&#233;d&#233;ration de groupes et de tendances. Le r&#233;gime int&#233;rieur, &#224; la diff&#233;rence de celui du Parti Communiste permettait donc, jusqu'&#224; une certaine limite, l'organisation d'une tendance r&#233;volutionnaire en son sein.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la raison profonde qui a pouss&#233; Trotsky &#224; prendre cette orientation est le fait que les trotskystes fran&#231;ais, dont un grand nombre &#233;tait des intellectuels de valeur, n'avaient pas eu pendant les ann&#233;es 1928-1933, la possibilit&#233; de militer sur le terrain des luttes ouvri&#232;res et, sans formation ni tradition v&#233;ritablement communistes, se trouvaient compl&#232;tement coup&#233;s des masses. La formation d'une tendance au sein du PS leur permettrait de se plonger dans un milieu frais d'ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette entr&#233;e se fit drapeau d&#233;ploy&#233;. Le programme qui servait de base &#224; l'adh&#233;sion du groupe bolchevik-l&#233;niniste (trotskyste) &#224; la SFIO stipulait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Lutte acharn&#233;e contre les id&#233;es et les m&#233;thodes du r&#233;formisme, rupture organique compl&#232;te et d&#233;finitive avec les partisans de la collaboration avec les partis bourgeois &#187; (point 1).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; N&#233;cessit&#233; de la lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir, de l'insurrection arm&#233;e pour instaurer la dictature du prol&#233;tariat, comme unique voie pour transformer la soci&#233;t&#233; capitaliste en soci&#233;t&#233; socialiste &#187; (point 2).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; N&#233;cessit&#233; de mener la lutte pour le regroupement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;chelle internationale, c'est-&#224;-dire par suite de la faillite de la II&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; et de la III&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale, de l'&#233;dification d'une IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale reposant sur les principes th&#233;oriques et strat&#233;giques &#233;labor&#233;s par Marx et L&#233;nine &#187; (point 14).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre Trotsky insistait sur la n&#233;cessit&#233; de ne faire aucun compromis sur ce programme m&#234;me dans le but d'alliances avec des tendances &#171; socialistes de gauche &#187;. A propos du Congr&#232;s de Mulhouse du PS il &#233;crivait : &#171; Dans tous les d&#233;partements o&#249; nos camarades, si faibles qu'ils soient num&#233;riquement, ont oppos&#233; irr&#233;ductiblement notre texte aux autres, ils ont gagn&#233; des voix et des sympathies et, en m&#234;me temps, ont forc&#233; les centristes &#224; se d&#233;tacher un peu plus de la droite pour ne pas perdre toute influence. Et au contraire, dans quelques cas o&#249; nos camarades ont commis la grave faute d'entrer dans une combinaison avec les centristes, ils n'ont rien gagn&#233; pour notre tendance et en m&#234;me temps ont pouss&#233; les centristes vers la droite &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il r&#233;pondait &#224; ceux qui avaient tendance &#224; id&#233;aliser le caract&#232;re &#171; ouvrier &#187; de la SFIO :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La SFIO non seulement n'est plus un parti r&#233;volutionnaire, mais elle n'est m&#234;me pas un parti prol&#233;tarien. Elle est petite-bourgeoise non seulement par sa politique mais aussi par sa composition sociale. Ce parti nous a ouvert certaines possibilit&#233;s et il &#233;tait juste de les avoir constat&#233;es et utilis&#233;es &#187; ( &#171; Un nouveau tournant est n&#233;cessaire &#187;, 10 juin 1935).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces pr&#233;cautions ne suffirent pourtant pas. Lors de l'exclusion des trotskystes de la SFIO une partie importante d'entre eux se d&#233;clara dispos&#233;e, pour demeurer au sein du PS, &#224; capituler devant les exigences de la bureaucratie et &#224; mettre de l'eau dans son vin... et dans son programme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la suite d'ailleurs ces militants laiss&#232;rent de c&#244;t&#233; le programme trotskyste en faveur d'un programme en cinq points, plus &#171; ouvert &#187;, afin de permettre l'unit&#233; avec des militants socialistes de gauche. Comme nous le verrons &#171; l'entrisme sui generis &#187; ne fut que la th&#233;orisation de cette pratique opportuniste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut aujourd'hui se demander, avec plus de trente ans de recul, si les avantages que tira le mouvement trotskyste de l'entr&#233;e de ses membres &#224; la SFIO (notamment le ralliement d'une partie importante des Jeunesses Socialistes &#224; son programme) ne furent pas largement contrebalanc&#233;s par de graves inconv&#233;nients : d'une part la scission de la section fran&#231;aise et d'autre part l'aggravation de d&#233;formations ant&#233;rieures (formation et comportement non bolchevique) due &#224; la pression du milieu social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'entr&#233;e dans des organisations &#233;trang&#232;res et m&#234;me ennemies &#187; &#233;crivait Trotsky le 7 juin 1936, &#171; n'ouvre pas seulement des possibilit&#233;s nais rec&#232;le aussi des dangers. Seuls les ent&#234;t&#233;s fonci&#232;rement conservateurs peuvent affirmer que l'entr&#233;e est inadmissible en tout &#233;tat de cause. Mais tenter de faire de l'entr&#233;e un rem&#232;de contre tous les maux m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; la limite de la trahison, comme l'exemple fran&#231;ais en donne pr&#233;cis&#233;ment l'occasion de l'observer et de le vivre &#187; ( &#171; Apr&#232;s la crise des bolch&#233;viks-l&#233;ninistes).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;L'ENTRISME SUI GENERIS&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;C'est dans les ann&#233;es 1952-1954 qu'une partie du mouvement trotskyste, en fait la majorit&#233;, remit au premier plan l'entr&#233;e dans les partis socialistes ou communistes en pr&#233;conisant un entrisme d'un type nouveau baptis&#233; &#171; sui generis &#187;. Cette nouvelle conception partait de l'id&#233;e que la guerre de Cor&#233;e &#233;tant la premi&#232;re bataille de la Troisi&#232;me Guerre mondiale, qui dans un avenir proche opposerait l'URSS aux imp&#233;rialistes, les r&#233;volutionnaires n'avaient plus le temps de construire des partis r&#233;volutionnaires et qu'il s'agissait donc de s'int&#233;grer aux partis &#171; ouvriers &#187;, PS ou PC, et d'y demeurer co&#251;te que co&#251;te. Il n'&#233;tait plus question de d&#233;ployer son drapeau, ce qui aurait amen&#233; une exclusion (&#224; court terme dans les PS, imm&#233;diate dans les PC) et donc, selon la conception de ses auteurs, une coupure avec le mouvement r&#233;el des masses. Cette tactique &#233;tait modestement consid&#233;r&#233;e comme une &#171; compr&#233;hension jamais &#233;gal&#233;e dans l'histoire du mouvement ouvrier de s'int&#233;grer au mouvement r&#233;el des masses &#187; ( &#171; IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale &#187;, janvier-f&#233;vrier 1954).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;a) Dans la social-d&#233;mocratie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'entr&#233;e dans les organisations r&#233;formistes, par rapport &#224; celle de 1934, avait un caract&#232;re tout diff&#233;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, lisait-on dans le num&#233;ro d&#233;j&#224; cit&#233; de &#171; IV&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; Internationale &#187;, il ne s'agit pas exactement du m&#234;me genre d'entrisme. Nous n'entrons pas dans ces partis pour en sortir bient&#244;t. Nous entrons pour y rester longtemps, misant sur la tr&#232;s grande possibilit&#233; qui existe de voir ces partis plac&#233;s dans des conditions nouvelles, d&#233;velopper des tendances centristes qui dirigeront toute une &#233;tape de la radicalisation des masses et du processus objectif r&#233;volutionnaire dans leurs pays respectifs... &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'emploi de cette tactique par les camarades belges, pays o&#249; la social-d&#233;mocratie est majoritaire et de loin dans la classe ouvri&#232;re, a abouti &#224; la liquidation politique du mouvement trotskyste en tant que tel, puis &#224; un appui aux &#171; socialistes de gauche &#187; qui, au m&#234;me titre que le Parti Socialiste Belge, particip&#232;rent &#224; la trahison de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1960. Enfin, apr&#232;s l'exclusion de l'aile gauche du Parti Socialiste en d&#233;cembre 1964, les trotskystes belges se lanc&#232;rent dans l'aventure de la formation d'un nouveau parti socialiste en compagnie d'opportunistes notoires et de nationalistes wallons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, l'adoption d'une tactique que Trotsky d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; en son temps n'a servi qu'&#224; faire dispara&#238;tre compl&#232;tement de la sc&#232;ne politique le mouvement trotskyste belge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;b) Dans les partis staliniens&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#234;me tactique fut employ&#233;e par rapport aux partis communistes avec cette diff&#233;rence importante que, vu leur r&#233;gime int&#233;rieur, non seulement il n'&#233;tait pas possible de former des tendances mais que de plus le seul camouflage dont pouvaient se servir les &#233;l&#233;ments entristes &#233;tait celui d'&#233;l&#233;ments staliniens bon teint.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En th&#233;orie un secteur de travail ind&#233;pendant subsistait hors du PC qui se chargeait essentiellement &#171; de l'activit&#233; publicitaire de nos organisations par l'&#233;dition aussi fr&#233;quente que possible de journaux et de revues int&#233;gralement trotskystes, l'&#233;dition de livres et de brochures de la litt&#233;rature trotskyste, ainsi que leur diffusion la plus compl&#232;te possible &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s plus de quinze ans on peut dire que cette tactique n'a rien donn&#233; car, par sa nature m&#234;me, elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Compter, pour former le parti r&#233;volutionnaire, sur l'apparition de tendances centristes ou r&#233;volutionnaires au sein du mouvement stalinien, &#233;tait en fait un abandon des v&#233;ritables t&#226;ches de la construction du parti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si ces tendances ne sont pas apparues au sein du mouvement stalinien c'est qu'elles ne peuvent pas y appara&#238;tre. Car la condition que suppose la cr&#233;ation de tendances de ce type parmi les ouvriers staliniens, est l'existence de militants ayant les bases th&#233;oriques et politiques suffisantes pour regrouper leurs camarades de parti autour d'un programme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et au sein du mouvement stalinien ces hommes n'existent pas ou plut&#244;t n'existent plus. C'est justement sur le sursaut de tels militants que l'Opposition de Gauche Internationale comptait pour redresser l'Internationale Communiste. L'histoire a montr&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 30, que ce type de militants n'existait pratiquement plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ao&#251;t 1934, Trotsky notait : &#171; Dans le parti (communiste) il y a indubitablement des milliers d'ouvriers combatifs. Mais, ils sont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment confus. Hier ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; se battre sur les barricades &#224; c&#244;t&#233; d'authentiques fascistes contre le gouvernement Daladier. Aujourd'hui ils c&#232;dent sans mot dire devant les mots d'ordre de la social-d&#233;mocratie (apr&#232;s le tournant &#224; droite de l'IC, note de L. de C.). L'organisation prol&#233;tarienne de Saint-Denis, &#233;duqu&#233;e par les staliniens, capitule avec r&#233;signation devant le pupisme (organisation centriste de droite, note de L. de C.) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on ajoute que le rayon de Saint-Denis du PCF devait suivre son chef Doriot jusqu'&#224; la cr&#233;ation d'un parti fasciste, le Parti du Peuple Fran&#231;ais (P.P.F.), on se rend compte de la d&#233;composition de la conscience politique qu'engendrait la formation stalinienne dans un secteur ouvrier traditionnellement combatif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant il y a un monde entre le militant communiste de 1934, venu au parti pendant la troisi&#232;me p&#233;riode de l'Internationale Communiste, sur des mots d'ordre tels que &#171; les soviets partout &#187; et le militant communiste d'aujourd'hui gav&#233; de patriotisme, et de d&#233;mocratie moderne, nouvelle ou r&#233;nov&#233;e. Et la comparaison n'est pas &#224; l'avantage de ce dernier. Le stalinisme, cette syphilis du mouvement ouvrier, a men&#233; jusqu'au bout son ouvre d&#233;vastatrice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'entr&#233;e d'une poign&#233;e de militants trotskystes, politiquement et th&#233;oriquement arm&#233;s d'une conception r&#233;volutionnaire, ne change rien &#224; ces conditions. Isol&#233;s dans des cellules de quelques membres, leur activit&#233; essentielle consiste &#224; garder le contact avec un ou deux militants staliniens &#224; qui ils sont oblig&#233;s de cacher leur programme. Les gains qu'ils retirent de ce genre de travail, dans le meilleur des cas, est de gagner un ou deux militants. Mais cette activit&#233; ne peut d&#233;passer un cadre &#233;troit sous peine d'exclusion. Mais &#224; aucun moment on ne voit appara&#238;tre ces fameuses tendances centristes m&#234;me dans les &#233;poques de crises politiques (guerre d'Alg&#233;rie, venue au pouvoir de de Gaulle etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r il arrive que des militants ouvriers du PCF per&#231;oivent, lors d'un &#233;v&#233;nement quelconque, la contradiction qui existe entre les int&#233;r&#234;ts de leur classe et la politique de leur parti qui pr&#233;tend les d&#233;fendre. Mais ils ne sont jamais capables de formuler une critique &#233;tendue et coh&#233;rente du stalinisme, de part leur formation m&#234;me. Apr&#232;s quelques vell&#233;it&#233;s d'opposition ils rentrent dans le rang ou manifestent leur d&#233;saccord avec leurs pieds en quittant le parti et en ne participant plus &#224; ses activit&#233;s. Et tant qu'il n'y aura pas &#224; c&#244;t&#233; du PCF une autre organisation communiste r&#233;volutionnaire capable de leur offrir des perspectives de lutte ils sont perdus, pour un temps du moins, pour le mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;LES R&#201;VOLUTIONNAIRES ET LE PCF&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il r&#233;sulte de la tactique entriste une cons&#233;quence bien plus catastrophique que l'illusion trompeuse vis-&#224;-vis de l'&#233;volution du PCF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En cantonnant uniquement leurs activit&#233;s au travail au soin du PCF les camarades &#171; entristes &#187; se refusent &#224; toute propagande vis-&#224;-vis de l'immense majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re qui elle n'est pas organis&#233;e au PCF ou dans ses organisations satellites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et de ce refus d&#233;coule logiquement l'impossibilit&#233; de former des militants r&#233;volutionnaires de type bolchevik, c'est-&#224;-dire l'impossibilit&#233; de former un parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car en fait tout le probl&#232;me est l&#224;. Est-il possible ou non de construire un tel parti aujourd'hui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Non &#187;, r&#233;pondaient Pablo et la direction du Secr&#233;tariat International en 1952. &#171; Nous n'avons plus le temps vu la proximit&#233; de la guerre &#187;. Il y a seize ans que ce pronostic a &#233;t&#233; formul&#233; et les organisations du Secr&#233;tariat Unifi&#233;, qui ne semblent plus partager ce point de vue vis-&#224;-vis de la guerre n'en continuent pas moins &#224; pr&#233;coniser la m&#234;me tactique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme laissera-t-il encore au mouvement trotskyste un nouveau r&#233;pit de seize ann&#233;es d'erreurs ? C'est pour le moins douteux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, aujourd'hui pas plus que dans les ann&#233;es 1950, le probl&#232;me n'est pas de savoir si nous avons le temps de construire ou pas de tels partis. Nous n'avons pas d'autre choix que de nous atteler &#224; leur construction. Et il faut bien comprendre que la tactique de l'&#171; entrisme sui generis &#187; est un abandon de cette t&#226;che, quelle que soit par ailleurs la sinc&#233;rit&#233; des militants qui la pratiquent. La formation de militants r&#233;volutionnaires ne peut se concevoir que par la lutte des militants trotskystes sur leur propre programme. Et il faut que ces militants et leurs id&#233;es soient non seulement connus du plus grand nombre d'ouvriers possible, mais que, quotidiennement, dans le feu de chaque lutte, de chaque bataille, sur chaque probl&#232;me, ils confrontent leurs id&#233;es &#224; celles des staliniens et permettent ainsi &#224; la classe ouvri&#232;re de juger de leur validit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est comme cela que nous serons capables de former des militants r&#233;volutionnaires, non seulement sur le plan de la formation th&#233;orique, mais aussi sur le plan du comportement quotidien. C'est pour cela qu'une organisation militante, et non un service de librairie, ind&#233;pendante du PCF nous est absolument n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Mais - pourront nous r&#233;torquer les camarades du PCI - avec une telle m&#233;thode vous ne gagnerez jamais les militants et sympathisants communistes chez qui existe &#171; un patriotisme de parti &#187; et qui ne pr&#234;teront jamais l'oreille &#224; une critique externe du stalinisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, cette objection ne r&#233;siste pas &#224; une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour avoir la possibilit&#233; de gagner &#224; soi les militants et les sympathisants staliniens, il faut d'abord exister et &#234;tre connu en tant qu'organisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La condition pr&#233;alable pour que les militants ouvriers sinc&#232;res du PCF quittent un jour ce parti, est qu'il existe &#224; c&#244;t&#233; d'eux un centre de ralliement possible. Le &#171; patriotisme de parti &#187; des militants staliniens n'est qu'une forme de la confiance que ceux-ci accordent &#224; leur organisation et, &#224; un degr&#233; diff&#233;rent, une forme de la confiance que la classe ouvri&#232;re n'accorde pas aux organisations trotskystes. Mais cela n'a rien d'&#233;tonnant, puisque jusqu'&#224; pr&#233;sent les organisations trotskystes n'ont encore rien fait pour la m&#233;riter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le seul moyen de gagner cette confiance, tant celle des ouvriers du rang que des militants staliniens, est de montrer dans la pratique &#224; chaque occasion la justesse de nos id&#233;es. Et l&#224; aussi, cela suppose une organisation qui puisse se tremper dans les luttes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, &#224; la diff&#233;rence de la masse des travailleurs, les militants du PCF se consacrent &#224; une certaine activit&#233; politique et entrevoient la r&#233;alit&#233; politique et sociale au travers du prisme d&#233;formant des id&#233;es et de la presse de leur parti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une propagande sp&#233;ciale, notamment l'&#233;dition d'un mat&#233;riel sp&#233;cial, doit donc &#234;tre envisag&#233;e vis-&#224;-vis des travailleurs staliniens. Il s'agit de s'adresser &#224; eux dans des termes qui leur soient familiers et de leur exposer, sous une forme particuli&#232;re, la tactique et les buts du mouvement r&#233;volutionnaire. Par des contacts &#233;troits avec le milieu stalinien, les r&#233;volutionnaires doivent s'efforcer &#224; chaque occasion de d&#233;montrer l'efficacit&#233; plus grande du militant r&#233;volutionnaire trotskyste du fait de la justesse de ses id&#233;es, m&#234;me s'il appartient &#224; une petite organisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce travail n'est donc nullement un travail entriste. Et s'il est souvent utile &#224; des militants r&#233;volutionnaires d'entrer dans des mouvements staliniens pour apprendre &#224; les mieux conna&#238;tre et &#224; savoir par la suite les toucher plus efficacement, cette activit&#233; n'a rien &#224; voir avec la cr&#233;ation de tendances au sein du PCF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cantonner ses forces uniquement &#224; ce travail, serait renoncer &#224; la construction du parti ouvrier r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Des voies et des moyens de la reconstruction de la IVe Internationale</title>
	
	
	
	

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				&lt;p&gt;02&lt;/p&gt;
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Face &#224; la campagne de calomnies et de violences que le Parti Communiste Fran&#231;ais m&#232;ne actuellement contre tout ce qui se trouve sur sa gauche, il est souhaitable, sinon n&#233;cessaire, que les militants et les organisations qui se r&#233;clament du trotskysme soient capables d'opposer un front unique sans faille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si les diff&#233;rentes tendances du mouvement trotskyste parvenaient, malgr&#233; leurs divergences politiques, &#224; mener, chaque fois que n&#233;cessaire, des actions communes, cela nous semblerait plus riche de promesses, pour la reconstruction de la Quatri&#232;me Internationale, que bien des &#171; congr&#232;s mondiaux &#187;, ou que bien des &#171; conf&#233;rences internationales &#187; ; parce que cela r&#233;v&#233;lerait un profond changement d'attitude de la plupart de ces tendances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est certain que le militant qui prend conscience du r&#244;le r&#233;el du stalinisme, et qui se tourne vers le mouvement trotskyste, est g&#233;n&#233;ralement d&#233;contenanc&#233; par la division de celui-ci en multiples fractions rivales, en multiples &#171; Internationales &#187; m&#234;me. Et la premi&#232;re id&#233;e qui vient alors &#224; l'esprit, c'est de se demander pourquoi tous ces groupes, qui se r&#233;clament finalement d'un m&#234;me drapeau, ne peuvent r&#233;soudre une bonne fois pour toutes, par la discussion, leurs divergences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est bien s&#251;r pas si simple, ainsi que le montrent trente ann&#233;es d'histoire de la Quatri&#232;me Internationale, de scissions en r&#233;unifications, et de ramifications en nouvelles scissions, o&#249; ce ne sont pas les discussions ni les pol&#233;miques qui ont manqu&#233; le plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, sous des formes plus ou moins voil&#233;es, cette id&#233;e qu'entre gens de bonne foi, la simple discussion de toutes les divergences politiques en pr&#233;sence pourrait suffire pour r&#233;soudre les d&#233;saccords qui opposent les diff&#233;rentes fractions du mouvement trotskyste, se retrouve au sein de ce mouvement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que le PCI (tendance Frank), juste apr&#232;s avoir affirm&#233; : &#171; Il est vrai que les probl&#232;mes qui nous divisent ne peuvent &#234;tre r&#233;gl&#233;s simplement par une ou plusieurs r&#233;unions contradictoires &#187;... et &#171; Loin de nous l'id&#233;e de la possibilit&#233; d'effacer les scissions et les clivages politiques par le coup de baguette magique de la &#171; bonne volont&#233; &#187;. &#233;crivait en mars 1967, dans une lettre qu'il nous adressait : &#171; Nous pensons que le seul moyen d'att&#233;nuer les cons&#233;quences n&#233;gatives de l'actuelle division, et m&#234;me d'en tirer parti, c'est d'introduire un d&#233;bat large sur toutes les questions qui nous opposent &#187;... et, apr&#232;s une longue le&#231;on sur les bienfaits de la discussion dans le mouvement ouvrier, le r&#233;dacteur concluait : &#171; le repli sur soi-m&#234;me, la peur du d&#233;bat, la crainte d'exposer vos militants &#224; des id&#233;es ext&#233;rieures ne seront profitables ni &#224; l'ensemble du mouvement trotskyste en France, ni en derni&#232;re analyse, &#224; votre organisation elle-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'avons pas peur du d&#233;bat, nous ne craignons nullement d'exposer nos militants &#224; des id&#233;es ext&#233;rieures. Nous sommes, bien au contraire, favorables &#224; la plus large discussion avec les autres tendances du mouvement trotskyste. Mais certainement pas sous la forme que nous proposait le PCI, c'est-&#224;-dire sous celle de r&#233;unions publiques communes consacr&#233;es &#224; d&#233;battre de nos divergences politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est faux de croire que l'&#233;laboration, ou la confrontation des id&#233;es politiques, puissent valablement se faire autrement que par &#233;crit. Or nos divergences ne d&#233;coulent pas d'un malentendu par d&#233;faut d'information, du moins ne ferons-nous pas l'injure &#224; nos camarades du PCI de le supposer. Nous avons pour notre part &#233;dit&#233; de nombreuses brochures o&#249; nous d&#233;veloppons nos positions sur tous les points en litige. Et si nous publions la &#171; Lutte de Classe &#187;, c'est bien pour pouvoir exposer nos id&#233;es, et discuter celles des autres tendances, aupr&#232;s de tous les courants du mouvement trotskyste international. Cela nous semble infiniment plus s&#233;rieux que toute discussion &#171; contradictoire &#187; en salle close.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il nous faut reconna&#238;tre que nos efforts n'ont pas &#233;t&#233; couronn&#233;s de succ&#232;s, en ce sens que nos prises de position &#233;crites n'ont gu&#232;re soulev&#233; d'&#233;chos chez ceux-l&#224; m&#234;me qui nous accusent de refuser la discussion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons publi&#233; de nombreux articles critiquant les analyses du PCI concernant les d&#233;mocraties populaires, la r&#233;volution coloniale, ou le probl&#232;me de la reconstruction de l'Internationale. Nous attendons toujours une r&#233;ponse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que cette attitude n'est pas propre &#224; cette tendance. En 1966, la discussion pr&#233;paratoire &#224; la conf&#233;rence de Londres du Comit&#233; International a &#233;t&#233; r&#233;duite &#224; sa plus simple expression. L'OCI n'a pas cru devoir prendre en consid&#233;ration notre proposition d'&#233;diter un bulletin int&#233;rieur commun r&#233;gulier. Les articles publi&#233;s dans &#171; Voix Ouvri&#232;re &#187; &#224; propos de cette conf&#233;rence, n'ont avant celle-ci re&#231;u aucune r&#233;ponse. Mieux m&#234;me, nous nous sommes aper&#231;us &#224; Londres que nos camarades anglais ignoraient tout de nos positions politiques. C'est dire le s&#233;rieux avec lequel le CI m&#232;ne son activit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous regrettons profond&#233;ment cette attitude, tout en &#233;tant persuad&#233;s que ce n'est pas la discussion qui peut r&#233;gler tous nos probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nos divergences existent et se perp&#233;tuent, cela tient en effet pour une bonne part &#224; la faible prise du mouvement trotskyste, dans son ensemble, sur les &#233;v&#233;nements. Et cela, les camarades du PCI en sont conscients eux aussi, puisqu'ils &#233;crivaient dans la lettre pr&#233;cit&#233;e : &#171; Il est vrai que le crit&#232;re de validit&#233; de nos th&#232;ses respectives est, en derni&#232;re analyse, la v&#233;rification dans la pratique politique. &#187; La faiblesse num&#233;rique des organisations trotskystes r&#233;duit consid&#233;rablement, &#224; elle seule, les possibilit&#233;s d'une telle v&#233;rification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il y a divergences et divergences. Nous sommes convaincus que des tendances politiques multiples, pourraient fort bien coexister au sein d'une Internationale digne de ce nom. Et nous tenons &#224; pr&#233;ciser que ce n'est pas parce que nous avions une position politique originale sur tel ou tel sujet que nous sommes &#224; l'&#233;cart depuis 1940 de la Quatri&#232;me Internationale, ou du moins des organisations qui se pr&#233;tendent telles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous n'avions &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s de l'organisation qui se reconstitua en 1944 en France sous le nom de PCI que par des divergences sur tel ou tel point, notre devoir aurait incontestablement &#233;t&#233; d'accepter l'unification, et de d&#233;fendre notre point de vue &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation unifi&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons choisi de mener une existence s&#233;par&#233;e, nous avons pris cette responsabilit&#233; pour des raisons infiniment plus graves. Parce que les pratiques organisationnelles du PCI d'abord, de la Quatri&#232;me Internationale reconstitu&#233;e ensuite, nous sont apparues indignes d'une organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne, parce que ces organisations ne nous paraissaient pas viables en tant qu'organisations r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces mours petites-bourgeoises &#233;taient particuli&#232;rement manifestes dans le pardon r&#233;ciproque des offenses politiques que s'accordaient les dirigeants entre eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait que les organisations fran&#231;aises qui devaient donner naissance au PCI aient d&#233;fendu en 1940 des positions nationalistes refl&#232;te bien la pression qu'elles subissaient de la part de la petite bourgeoisie. Mais ce qui est infiniment plus grave, c'est que, tout en ayant modifi&#233; sa position, l'organisation unifi&#233;e qui se formait en 1944 pr&#233;f&#233;rait jeter un voile pudique sur le pass&#233;, plut&#244;t que de rechercher les causes de telles erreurs, et de critiquer impitoyablement les responsables. De telles pratiques, o&#249; les consid&#233;rations personnelles prennent le pas sur les n&#233;cessit&#233;s politiques, sont parfaitement caract&#233;ristiques d'un comportement petit-bourgeois, et elles ne peuvent que condamner une organisation &#224; l'impuissance politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pour cela que nous nous sommes refus&#233;s &#224; &#171; rentrer pour discuter ensuite &#187;, parce que, sur ces bases-l&#224;, le PCI nous semblait irr&#233;m&#233;diablement condamn&#233; d&#232;s le d&#233;part. D'autant d'ailleurs, c'est important et nous y reviendrons plus loin, que les pratiques internes tant du PCI que de la Quatri&#232;me Internationale, ne nous auraient pas permis de discuter &#171; ensuite &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons fait appel de l'Internationale, qui s'&#233;tait elle aussi reconstitu&#233;e. Mais le refus de celle-ci de prendre le probl&#232;me en consid&#233;ration, la pratique de m&#233;thodes semblables dans bien d'autres sections nationales, montraient que le probl&#232;me ne se limitait nullement &#224; la section fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pratiques que nous d&#233;noncions en 1944 n'ont pas disparu, bien au contraire h&#233;las, du mouvement trotskyste. Changer de position sur tel ou tel probl&#232;me capital, sans se donner la peine de formuler une critique claire et franche de la position de la veille, y est toujours monnaie courante, et cela quelle que soit la fraction de l'Internationale consid&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vingt ans d'histoire n'ont fait que confirmer le diagnostic &#233;bauch&#233; en 1944. La Quatri&#232;me Internationale, celle qui fut fond&#233;e par L&#233;on Trotsky en 1938, est morte en 1940. Et l'organisation qui pr&#233;tendit lui succ&#233;der, comme celles issues de ses diff&#233;rentes scissions, ne peuvent absolument pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une direction internationale digne de ce nom.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette constatation est &#233;videmment le point essentiel qui nous oppose aux diff&#233;rents autres groupes se r&#233;clamant du trotskysme en France. Et ce qui les oppose entre eux, c'est d'&#234;tre affili&#233;s chacun &#224; une organisation qui se pr&#233;tend l'Internationale, ou qui se comporte comme si elle l'&#233;tait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour nous, le probl&#232;me capital qu'il faut discuter, est donc un probl&#232;me organisationnel. Mais pour tous ces camarades-l&#224;, il ne semble pas y avoir de probl&#232;mes organisationnels qui se posent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le PCI consid&#232;re pour sa part que, s'il y a en France plusieurs organisations se r&#233;clamant du trotskysme, c'est un ph&#233;nom&#232;ne purement national. &#171; Pas plus que vous - nous &#233;crit-il - nous ne savons si le mouvement trotskyste pourra s'unifier en France, COMME IL L'A FAIT AU NIVEAU INTERNATIONAL EN 1963 &#187; (c'est nous qui soulignons). Et il suffit de lire la revue &#171; Quatri&#232;me Internationale &#187; pour voir que, pour les dirigeants du Secr&#233;tariat Unifi&#233;, malgr&#233; les scissions et les crises, tout est pour le mieux dans la meilleure des organisations mondiales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lecture des comptes-rendus de congr&#232;s serait &#224; cet &#233;gard fort r&#233;jouissante s'il ne s'agissait pas d'un probl&#232;me aussi grave.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au &#171; Deuxi&#232;me congr&#232;s mondial &#187; qui se tenait &#224; Paris, en 1948, le secr&#233;taire de l'Internationale d&#233;clarait : &#171; Nous sommes r&#233;ellement en pr&#233;sence de l'assembl&#233;e internationale la plus repr&#233;sentative qui ait jamais &#233;t&#233; r&#233;unie par notre mouvement international depuis sa fondation. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;ditorial de &#171; Quatri&#232;me Internationale &#187; consacr&#233; au &#171; Troisi&#232;me congr&#232;s mondial &#187; (1951), disait pour sa part : &#171; Jamais dans le pass&#233; on n'avait connu cette atmosph&#232;re de s&#251;ret&#233;, de conviction, d'optimisme, d'homog&#233;n&#233;it&#233; r&#233;elle du mouvement trotskyste... Tous ceux qui particip&#232;rent au Troisi&#232;me congr&#232;s mondial avaient le sentiment de se tenir, fermes, sur un terrain solide,.. inflexibles, pr&#234;ts &#224; affronter l'orage apocalyptique qui approche avec un optimisme r&#233;volutionnaire d&#233;cupl&#233; quant &#224; l'issue finale de la lutte &#187;. C'&#233;tait pourtant, rappelons-le, le congr&#232;s o&#249; s'amor&#231;ait la scission qui allait donner naissance au Comit&#233; International !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai qu'au cinqui&#232;me congr&#232;s (1957), Pablo caract&#233;risait ainsi cette scission : &#171; Cette crise dans nos rangs survenait &#224; un moment o&#249; les conditions objectives changeaient... en faveur du trotskysme et de la Quatri&#232;me Internationale. Notre propre crise, loin d'&#234;tre un signe de d&#233;clin de notre mouvement &#233;tait en r&#233;alit&#233; un signe de ces temps nouveaux... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Appr&#233;ciation optimiste qui n'emp&#234;chera pas le septi&#232;me congr&#232;s (1963) - qui vit la rentr&#233;e au bercail du SWP am&#233;ricain - de se parer du titre prestigieux de &#171; Congr&#232;s mondial de r&#233;unification &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, si l'on en croit ses dirigeants, la Quatri&#232;me Internationale &#171; officielle &#187; n'aurait fait depuis vingt ans que voler de succ&#232;s en succ&#232;s. A quoi bon alors, en effet, discuter de ses difficult&#233;s et de leurs causes. Tout ce qui ne va pas bien, ou plut&#244;t ce qui n'allait pas bien dans le pass&#233; (parce que maintenant tout va s'arranger), c'&#233;tait &#224; cause des difficult&#233;s objectives. Nul n'y pouvait rien. Quant aux fractions dissidentes de''l'Internationale &#187;, elles ne repr&#233;sentent rien. La seule, &#171; l'authentique &#187; Quatri&#232;me Internationale, c'est celle de Pierre Frank !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les fractions dissidentes en question ont pourtant, sur ce terrain-l&#224; du moins, autant de droit de revendiquer la continuit&#233; avec l'Internationale d'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne citerons que pour m&#233;moire la tendance Posadas, quasi inexistante en France, mais qui continue imperturbablement &#224; consid&#233;rer qu'il n'y a qu'elle de trotskyste (ce qui est apr&#232;s tout son droit), et &#224; ignorer superbement les autres organisations (ce qui n'est pas faire preuve d'un tr&#232;s grand s&#233;rieux).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait que Posadas ait pendant des ann&#233;es particip&#233;, aux c&#244;t&#233;s de Frank et de Pablo, &#224; la direction de la Quatri&#232;me Internationale, et cautionn&#233; l'entrisme &#171; sui generis &#187;, ne l'a nullement emp&#234;ch&#233; de d&#233;noncer par la suite ses anciens comp&#232;res comme &#171; tra&#238;tres &#187; au trotskysme, sans pour autant faire la critique de ses propres responsabilit&#233;s dans l'adoption de cette politique, ni rechercher pourquoi et comment elle avait pu &#234;tre adopt&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tendance Posadas se pr&#233;sente elle aussi aujourd'hui, comme la seule, &#171; l'authentique &#187; Quatri&#232;me Internationale. Certains pr&#233;tendent que son principal dirigeant souffre de m&#233;galomanie, mais en fait ce comportement n'est que la caricature un peu pouss&#233;e de la Quatri&#232;me Internationale, telle qu'elle a exist&#233; apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, et de ses rejetons. Il n'est que de relire les d&#233;clarations pr&#233;c&#233;demment cit&#233;es pour s'en convaincre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au Comit&#233; International, qui se veut le champion de la lutte anti-pabliste, sa &#171; continuit&#233; &#187; est &#233;galement incontestable dans ce domaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la forme d'abord : n'avons-nous pas entendu &#224; la conf&#233;rence de Londres Healy d&#233;clarer, alors que les d&#233;bats ne faisaient que commencer : &#171; le niveau politique (de la discussion) est plus &#233;lev&#233; que celui que j'ai connu &#224; aucune conf&#233;rence internationale du trotskysme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le fond ensuite, et c'est infiniment plus grave. L'histoire du savant virage n&#233;goci&#233; par le CI &#224; cette conf&#233;rence de Londres, partant des pr&#233;misses que &#171; la Quatri&#232;me Internationale n'existe plus &#187; pour arriver &#224; cette conclusion que &#171; la Quatri&#232;me Internationale n'a pas d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#187;, est &#224; cet &#233;gard parfaitement significatif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, le CI ne se pr&#233;tend pas encore tout &#224; fait ouvertement LA Quatri&#232;me Internationale. La r&#233;solution adopt&#233;e &#224; la conf&#233;rence de Londres affirmait : &#171; A l'&#233;tape actuelle, les d&#233;cisions du CI ne pourront &#234;tre prises que selon la r&#232;gle de l'unanimit&#233;. Le CI ne se proclamant pas, &#224; cette &#233;tape, la direction centralis&#233;e de la Quatri&#232;me Internationale qui reste &#224; construire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le Manifeste de cette m&#234;me conf&#233;rence affirmait, lui, en pleine contradiction avec cette d&#233;claration, que : &#171; Qui tourne le dos &#224; la Quatri&#232;me Internationale, &#224; la lutte pour sa continuit&#233; historique, &#224; son expression organis&#233;e - le Comit&#233; International - rompt avec son programme, avec l'internationalisme prol&#233;tarien dont le CI est l'expression concr&#232;te. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette affirmation, bien plus conforme &#224; la pratique du CI que la pr&#233;c&#233;dente ne saurait pr&#234;ter &#224; confusion : pour ses dirigeants, le CI et la Quatri&#232;me Internationale ne font qu'un.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voil&#224; donc en pr&#233;sence d'au moins trois &#171; Quatri&#232;me Internationale &#187; rivales, qui ont au moins un point commun : le refus de discuter du probl&#232;me essentiel du mouvement trotskyste, du probl&#232;me de la reconstruction de la Quatri&#232;me Internationale, chacune se pr&#233;tendant la seule, l'authentique h&#233;riti&#232;re de L&#233;on Trotsky.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce perp&#233;tuel &#233;parpillement du mouvement trotskyste en multiples &#171; Internationales &#187; rivales, est la preuve m&#234;me qu'il n'existe nulle part une v&#233;ritable direction internationale, &#233;prouv&#233;e, s&#233;lectionn&#233;e dans la lutte, jouissant d'un capital de confiance suffisant aupr&#232;s de l'ensemble des militants r&#233;volutionnaires pour disposer de l'autorit&#233; n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne pouvons reprocher &#224; personne une telle absence de direction. Mais ce qui est alors aberrant, c'est de maintenir la fiction qu'une telle direction existe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les statuts de la Quatri&#232;me Internationale adopt&#233;s en 1938 lors de sa conf&#233;rence de fondation (improprement baptis&#233;e plus tard &#171; Premier congr&#232;s mondial &#187; pour justifier le titre des suivants) d&#233;clarait que : &#171; Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'Internationale est d&#233;termin&#233;, &#224; l'&#233;chelle locale, nationale et mondiale, par les principes et la pratique du centralisme d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que la Quatri&#232;me Internationale naissante reprenne &#224; son compte le centralisme d&#233;mocratique bolchevik &#233;tait on ne peut plus normal. Il ne saurait y avoir d'autre r&#233;gime int&#233;rieur possible pour une Internationale r&#233;volutionnaire digne de ce nom, et l'organisation fond&#233;e par L&#233;on Trotsky poss&#233;dait, ne serait-ce qu'en la personne de ce dernier, une v&#233;ritable direction, jouissant d'une autorit&#233; consid&#233;rable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, justement parce qu'il &#233;tait un v&#233;ritable dirigeant &#224; l'&#233;chelle internationale, Trotsky ne consid&#233;rait pas le centralisme d&#233;mocratique comme une machine destin&#233;e &#224; sanctionner par l'exclusion la moindre infraction &#224; la discipline. Il suffit de relire &#171; D'une &#233;gratignure au danger de gangr&#232;ne &#187; pour voir quel prix il attachait &#224; toujours essayer de convaincre les opposants, m&#234;me lorsqu'il avait avec eux des divergences aussi profondes qu'avec Shachtman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le centralisme d&#233;mocratique, en l'absence d'une direction reconnue (et il ne suffit pas d'une majorit&#233; &#233;lectorale pour faire &#171; reconna&#238;tre &#187; une direction politique) n'est qu'une fiction inefficace et st&#233;rilisante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, adoptant de nouveaux statuts au congr&#232;s de Paris, en 1948, l'organisation internationale qui venait de se reconstituer apportait des pr&#233;cisions &#224; la notion de centralisme d&#233;mocratique, pr&#233;cisions restrictives du point de vue de la d&#233;mocratie :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le r&#233;gime int&#233;rieur... comprend la proc&#233;dure suivante :...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Le caract&#232;re strictement obligatoire des d&#233;cisions des organismes sup&#233;rieurs pour les organismes inf&#233;rieurs ; l'ex&#233;cution imm&#233;diate des d&#233;cisions, mais avec le droit d'appel aux instances sup&#233;rieures, ces appels ne justifiant pas un retard dans l'ex&#233;cution des directives ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; une ob&#233;issance disciplin&#233;e des minorit&#233;s aux d&#233;cisions des majorit&#233;s, combin&#233;e aux droits incontestables des minorit&#233;s de se constituer elles-m&#234;mes en tendances et de jouir de droits d&#233;mocratiques tels que : avoir leurs positions pr&#233;sent&#233;es devant l'Internationale dans un bulletin int&#233;rieur pendant la p&#233;riode de discussion dans l'Internationale ; avoir la permission d'intervenir sur le plan national dans les discussions pr&#233;paratoires aux congr&#232;s apr&#232;s consultation pr&#233;alable avec les organismes de direction ;... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un tel r&#233;gime int&#233;rieur en l'absence, r&#233;p&#233;tons-le, d'une direction internationale v&#233;ritable ne pouvait que mener &#224; l'&#233;clatement, et aboutir au r&#233;sultat actuel, o&#249; il y a autant &#171; d'Internationales &#187; que de tendances. Le cas de la fraction Pablo n'est d'ailleurs pas une exception puisque, s'il se proclame seulement &#171; tendance marxiste-r&#233;volutionnaire de la Quatri&#232;me Internationale &#187;, il n'en a pas moins rompu organisationnellement avec la direction Frank-Germain-Ma&#239;tan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce centralisme &#171; pur et dur &#187; ne permet pas pour autant un contr&#244;le r&#233;el de l'activit&#233; des diff&#233;rentes sections. Cela se v&#233;rifie lorsque l'une d'elle acquiert une certaine importance et peut jouer un r&#244;le national. Le cas du L.S.S.P. de Ceylan fut &#224; cet &#233;gard parfaitement d&#233;monstratif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'emp&#234;che pas non plus la soi-disant direction internationale de fermer les yeux quand cela l'arrange sur la politique de tel ou tel groupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Frank, dans une note marginale &#224; sa brochure &#171; Une r&#233;vision du trotskysme &#187; a d'ailleurs fort remarquablement th&#233;oris&#233; la chose, &#224; propos de la rentr&#233;e du SWP dans le sein de son organisation internationale : &#171; Il est tout &#224; fait vrai qu'en effectuant la r&#233;unification il fut entendu que cette question ne serait pas abord&#233;e pendant une certaine p&#233;riode. Dans la r&#233;unification &#233;tait essentielle pr&#233;cis&#233;ment l'accord politique sur la situation d'apr&#232;s-guerre auquel &#233;tait parvenue la tr&#232;s grande majorit&#233; des trotskystes pour mener leur action future. Les le&#231;ons de la scission relatives &#224; cet aspect se trouvent incluses dans les documents &#233;labor&#233;s au Congr&#232;s de la R&#233;unification. Quant &#224; la partie relative aux erreurs et aux fautes des uns et des autres (aussi bien sur le plan politique qu'organisationnel) elle se fera d'autant mieux que la r&#233;unification se trouve consolid&#233;e et que les uns et les autres pourront alors &#234;tre le plus objectifs possible &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut bien s&#251;r, de cette mani&#232;re, &#171; r&#233;unifier &#187; pour un temps telles ou telles branches dispers&#233;es de telle ou telle &#171; Internationale &#187;. Mais quel r&#233;sultat cela pourra-t-il donner alors que l'on admet implicitement que cette unit&#233; est trop fragile pour pouvoir r&#233;sister au choc... d'une discussion ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut certes de cette mani&#232;re aussi cultiver des illusions. Mais les r&#233;volutionnaires n'ont que faire de cela. L'Internationale qu'ils doivent construire, ce n'est pas un objet d'apparence flatteuse, la solidit&#233; important peu, destin&#233; a faire envie &#224; la tendance rivale. L'Internationale qu'ils doivent construire, c'est l'instrument de la r&#233;volution socialiste mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut en finir au contraire avec les illusions, avec les rodomontades et avec le bluff, qui ne sont eux aussi qu'un aspect de pratiques organisationnelles petites-bourgeoises. La Quatri&#232;me Internationale n'existe plus. C'est un fait et il faut le reconna&#238;tre ouvertement. Cela ne signifie nullement que tout travail international soit impossible, mais cela signifie qu'il faut faire ce travail au niveau des organisations et des hommes qui existent aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'heure actuelle, seule aurait un sens, parce qu'elle permettrait effectivement de travailler plus efficacement &#224; la reconstruction de la Quatri&#232;me Internationale, une organisation internationale reconnaissant le droit de fraction, admettant en son sein toutes les organisations se r&#233;clamant du trotskysme, m&#234;me s'il y en a plusieurs dans un seul pays, une organisation qui ne se pr&#233;tendrait pas &#171; direction internationale &#187;, mais qui serait un lieu de confrontation pour tous les militants qui se battent sous le drapeau de la Quatri&#232;me Internationale. C'est d'ailleurs parce que le texte du CI pr&#233;paratoire &#224; la conf&#233;rence d'avril 1966 reconnaissait explicitement que la Quatri&#232;me Internationale n'existe plus, que nous avions accept&#233; d'y participer, et nous sommes toujours pr&#234;ts envisager, avec quelque tendance que ce soit, une collaboration sur ces bases-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que nous renon&#231;ons &#224; une Internationale centralis&#233;e, &#233;tat-major de la r&#233;volution socialiste mondiale. Mais ce n'est pas en construisant une apparence d'organisation que l'on pourra lui donner corps un jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Quatri&#232;me Internationale n'existe plus. Mais le trotskysme n'a pas fait faillite. Et le fait que cinquante ans apr&#232;s la r&#233;volution russe, ce soit la seule tendance r&#233;volutionnaire qui existe encore &#224; l'&#233;chelle internationale en est la meilleure preuve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La reconstruction de la Quatri&#232;me Internationale implique le renoncement aux m&#233;thodes organisationnelles petites-bourgeoises qui ont eu cours jusqu'&#224; pr&#233;sent dans la plupart des groupes trotskystes. Elle implique en premier lieu qu'un nombre sans cesse croissant de militants prenne conscience de ces probl&#232;mes, &#233;tudie d'une mani&#232;re critique l'histoire du mouvement trotskyste, et en tire les le&#231;ons qui en d&#233;coulent. Si les militants trotskystes savent vaincre ces faiblesses de leurs propres organisations, nul doute que l'avenir leur appartienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Le r&#244;le du sentiment national dans les luttes sociales</title>
	
	
	
	

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		<dc:date>1967-12-31T23:01:00Z</dc:date>
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				&lt;p&gt;01&lt;/p&gt;
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-1967-1968/" rel="directory"&gt;S&#233;rie 1967-1968&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout comme &#224; l'&#233;poque du &#171; Manifeste Communiste &#187;, la soci&#233;t&#233; humaine est divis&#233;e en deux classes fondamentales : bourgeoisie et prol&#233;tariat. Des succ&#232;s, des victoires d'autres classes opprim&#233;es que le prol&#233;tariat, des arm&#233;es paysannes &#224; direction radicale en particulier, peuvent, par endroits et par moments, apporter des solutions limit&#233;es et circonstanci&#233;es aux probl&#232;mes les plus br&#251;lants de leurs pays. Il n'en reste pas moins qu'&#224; terme et &#224; l'&#233;chelle mondiale, l'avenir de l'humanit&#233; se joue entre les deux classes fondamentales de la soci&#233;t&#233; capitaliste, c'est-&#224;-dire de notre &#233;poque. C'est la conscience profonde de ce fait qui distingue le r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien du r&#233;volutionnaire petit-bourgeois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est cependant infiniment peu probable, &#224; l'exception peut-&#234;tre de circonstances tr&#232;s particuli&#232;res dans les pays hautement industrialis&#233;s, que l'&#233;closion de la r&#233;volution prol&#233;tarienne se fasse sous forme d'un processus unique, en quelque sorte &#171; chimiquement pur &#187;, mue par le seul antagonisme entre les deux classes fondamentales. Elle se fera tr&#232;s certainement au cours d'une explosion sociale, mettant en mouvement la masse de tous les opprim&#233;s et m&#233;contents, outre le prol&#233;tariat, la masse des petits-bourgeois urbains, des paysans, des semi-prol&#233;taires, avec leurs pr&#233;jug&#233;s, avec leur inconsistance, avec leur inconscience politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans la participation de ces masses, aux int&#233;r&#234;ts, aux objectifs politiques divers, mais unies dans le m&#234;me m&#233;contentement, dans la m&#234;me volont&#233; de changement, la r&#233;volution n'est pas possible. Le r&#244;le du prol&#233;tariat avanc&#233;, de l'organisation r&#233;volutionnaire en particulier, sera alors d'exprimer le sens objectif de cette lutte, et par l&#224; m&#234;me, de l'orienter et de l'unifier sous la direction de la seule classe historiquement capable de la pousser jusqu'au bout : le prol&#233;tariat industriel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant d'&#234;tre unifi&#233;e politiquement, la lutte de ces masses le sera d'abord par le sentiment commun d'&#234;tre opprim&#233;. Le r&#244;le de tels &#171; sentiments unificateurs &#187; a &#233;t&#233;, de tout temps, le ressort principal du d&#233;clenchement de toute explosion r&#233;volutionnaire. Le sentiment national, la conscience d'une oppression nationale ou d'un danger d'oppression nationale, en est un, et des plus importants. Ce sentiment est compos&#233; de nombreux &#233;l&#233;ments, dont les dominantes varient suivant la classe, la couche sociale, qu'il entra&#238;ne au combat. Exutoire d'un sentiment d'oppression sociale pour certaines couches exploit&#233;es, il peut &#234;tre aussi le reflet de l'influence d'une classe exploiteuse chauvine. R&#233;actionnaire par certains de ses aspects, mobilisateur dans un sens progressif par d'autres, le sentiment national ne peut, en tout &#233;tat de cause, &#234;tre ignor&#233; par les r&#233;volutionnaires. Il reste &#224; notre &#233;poque encore, un des sentiments les plus profond&#233;ment ancr&#233;s dans les masses populaires, autour duquel elles sont pr&#234;tes &#224; se mobiliser, pour lequel elles sont pr&#234;tes &#224; se battre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les exemples du pass&#233;, chacun sait l'importance de l'invasion et de l'occupation prussienne dans le d&#233;clenchement de la Commune de Paris. De m&#234;me, l'incapacit&#233; d&#233; la d&#233;mocratie bourgeoise, durant son court passage au pouvoir, &#224; apporter une r&#233;ponse satisfaisante, et m&#234;me une r&#233;ponse quelconque, &#224; la br&#251;lante question nationale, a &#233;t&#233; un puissant facteur dans l'&#233;closion de la r&#233;volution prol&#233;tarienne hongroise de 1919.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe cependant des exemples plus r&#233;cents. Un parti r&#233;volutionnaire n'aurait pas pu rester neutre, ni s'opposer sans discernement &#224; la puissante vague de sentirent national qui imprima une marque particuli&#232;re &#224; tous les facteurs qui firent prendre les armes &#224; la classe ouvri&#232;re hongroise en 1956.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et aujourd'hui, dans la citadelle de l'imp&#233;rialisme, une fraction du prol&#233;tariat am&#233;ricain a atteint un niveau de radicalisme et de d&#233;termination que l'on n'a pas vu depuis longtemps dans un pays occidental. Or, le facteur national et racial est pr&#233;dominant dans la radicalisation des noirs am&#233;ricains. Pourtant, par del&#224; le facteur d&#233;clenchant, cette radicalisation, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle concerne une partie du prol&#233;tariat de la principale citadelle imp&#233;rialiste, a une signification d'importance exceptionnelle, et pas seulement pour l'avenir des USA&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le et l'importance du sentiment national dans un pays d&#233;pend de bien des facteurs. Il est toutefois possible d'&#233;tablir tr&#232;s sch&#233;matiquement trois cat&#233;gories, &#224; savoir : les pays sous-d&#233;velopp&#233;s n'ayant pas r&#233;alis&#233; leur r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise, les pays imp&#233;rialistes et enfin les pays du glacis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle est la racine sociale et &#233;conomique du sentirent national dans ces diff&#233;rentes cat&#233;gories de pays, quelle est la signification de son emprise sur les masses, dans quel sens peut-il aiguiller les luttes sociales, quelle doit &#234;tre l'attitude de l'organisation r&#233;volutionnaire face &#224; ce probl&#232;me ? Voil&#224; les questions que nous aborderons dans diff&#233;rents articles &#224; suivre dans les prochains num&#233;ros de la &#171; Lutte de Classe &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour commencer, comment cette question se pose-t-elle dans les pays arri&#233;r&#233;s ? Ces pays, dans leur &#233;crasante majorit&#233;, n'ont pas encore r&#233;solu le probl&#232;me de leur &#233;mancipation nationale, quand bien m&#234;me ils jouissent d'une ind&#233;pendance formelle. C'est dans ces pays, que la revendication d'&#233;mancipation nationale a l'&#233;cho le plus profond dans les masses et, partant, dans ces pays, la m&#233;connaissance de la question nationale aurait des cons&#233;quences particuli&#232;rement funestes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelles sont les racines r&#233;elles, mat&#233;rielles, du sentiment national dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En premier lieu, elles plongent dans l'oppression nationale qui frappe, avec plus ou moins d'intensit&#233;, toutes les couches de la soci&#233;t&#233; autochtone.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette oppression d&#233;pend, quant &#224; sa forme et son importance, du degr&#233; de d&#233;pendance du pays sous-d&#233;velopp&#233; par rapport &#224; l'imp&#233;rialisme. Elle est claire, quotidienne, institutionnalis&#233;e, dans les pays colonis&#233;s, o&#249; le seul fait d'&#234;tre le ressortissant du pays colonisateur assure des privil&#232;ges qu'un autochtone ne saurait avoir. Elle est parfois plus insidieuse, mais tout aussi r&#233;voltante, dans les pays comme Madagascar ou la Chine d'avant 1948, o&#249; l'ind&#233;pendance nationale n'est que fiction juridique. Dans ces pays, le sentiment national refl&#232;te, dans ce qu'il a de plus g&#233;n&#233;ral, une aspiration &#224; la dignit&#233; humaine la plus &#233;l&#233;mentaire, le d&#233;sir de ne pas subir des humiliations quotidiennes dans son propre pays, du seul fait d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;ment un autochtone de ce pays. Il refl&#232;te en un mot l'aspiration aux plus &#233;l&#233;mentaires des droits d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sentiment national est cependant aussi, pour les couches pauvres, en particulier pour le prol&#233;tariat, la premi&#232;re forme d'expression, la premi&#232;re &#233;tape de l'accession a la conscience de l'exploitation sociale. Dans la grande majorit&#233; des pays arri&#233;r&#233;s, le prol&#233;tariat national se heurte directement aux imp&#233;rialistes &#233;trangers. Dans un pays comme la Chine, avant la prise du pouvoir par Mao, plus de la moiti&#233; du prol&#233;tariat industriel travaillait dans des entreprises &#233;trang&#232;res, dirig&#233;es, encadr&#233;es par des ing&#233;nieurs, techniciens, contrema&#238;tres &#233;trangers. Et la Chine ne fut pas, de ce point de vue, dans la situation la plus d&#233;favorable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous son premier comme sous son deuxi&#232;me aspect, le sentiment national est, pour les masses populaires des pays sous-d&#233;velopp&#233;s, l'expression la plus &#233;l&#233;mentaire d'un sentiment anti-imp&#233;rialiste confus. Dans la mesure o&#249; il se concr&#233;tise par une mobilisation et par un d&#233;sir de lutte pour l'&#233;mancipation nationale, pour l'ind&#233;pendance nationale, sa signification est incontestablement progressiste. La lutte pour l'ind&#233;pendance nationale reste, par ses objectifs, sur le terrain de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Comme telle cependant, et ind&#233;pendamment m&#234;me de la dynamique qu'elle rec&#232;le, et qui peut d&#233;passer les limites de la r&#233;volution bourgeoise, elle b&#233;n&#233;ficie de l'appui des r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, comme en b&#233;n&#233;ficie toute insurrection contre l'imp&#233;rialisme, toute lutte qui oppose les masses populaires &#224; la conqu&#234;te de leurs droits d&#233;mocratiques, aux classes ou castes r&#233;actionnaires soutenues par l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes &#187;, donc la reconnaissance de la l&#233;gitimit&#233; et du caract&#232;re progressiste de la lutte des peuples pour leur &#233;mancipation nationale reste, de nos jours encore, un des mots d'ordre de la r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise qui correspond le plus &#224; un sentirent profond dans les masses populaires des pays coloniaux ou semi-coloniaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le du prol&#233;tariat n'est cependant pas seulement d'accorder son soutien ou sa b&#233;n&#233;diction morale &#224; la lutte des masses populaires pour leur &#233;mancipation nationale. Il n'est pas seulement partie prenante dans cette lutte, il y a un r&#244;le particulier, un r&#244;le dirigeant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le caract&#232;re combin&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique des pays arri&#233;r&#233;s dans les conditions de domination de l'imp&#233;rialisme, fait de la bourgeoisie nationale de ces pays une classe &#233;conomiquement &#233;cras&#233;e par l'imp&#233;rialisme, mais en m&#234;me temps d&#233;pendant dans une large mesure de lui. La politique de cette faible et exsangue bourgeoisie nationale est &#224; l'image de sa position &#233;conomique, elle est caract&#233;ris&#233;e par son aspect timor&#233;, h&#233;sitant, quand bien m&#234;me il s'agit de la r&#233;alisation de ses propres t&#226;ches historiques. Ce n'est que dans des conditions tr&#232;s exceptionnelles, telles qu'il s'en pr&#233;sentait en Chine par exemple (interf&#233;rence d'une crise nationale avec une crise sociale jetant au combat des millions de paysans, existence d'un personnel politique se pla&#231;ant sur le terrain de la bourgeoisie mais ind&#233;pendant des castes r&#233;actionnaires, l'extr&#234;me pourrissement de l'ancien r&#233;gime), ce n'est que dans de tels cas originaux que la bourgeoisie nationale peut &#234;tre amen&#233;e, sinon &#224; prendre r&#233;solument la t&#234;te de la lutte d'&#233;mancipation nationale, du moins &#224; en accepter les conqu&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ces conditions le r&#244;le du prol&#233;tariat avanc&#233; n'est pas seulement de soutenir la lutte d'&#233;mancipation nationale, mais d'en prendre r&#233;solument la t&#234;te. Il doit montrer en d&#233;non&#231;ant les tergiversations, les compromissions, m&#234;me des ailes les plus radicales du personnel politique de la bourgeoisie nationale, qu'il est la classe la plus efficace dans ce combat, car il n'a aucun lien, aucun int&#233;r&#234;t commun avec l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il doit montrer que non seulement il est la classe la plus efficace dans la conduite de l'&#233;mancipation nationale, mais qu'il est la seule &#224; pouvoir la consolider. Cette consolidation suppose en effet le contr&#244;le quotidien et efficace de l'&#201;tat forg&#233; au cours de la lutte et le prol&#233;tariat est la seule classe populaire qui, de par sa concentration dans les centres &#233;conomiques et politiques du pays, est &#224; m&#234;me d'exercer ce contr&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le r&#244;le du prol&#233;tariat n'est pas seulement d'assurer, &#224; la t&#234;te des autres couches populaires, la r&#233;alisation cons&#233;quente et radicale de l'&#233;mancipation nationale qui, encore une fois, ne quitte pas le terrain de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Le prol&#233;tariat d'un pays sous-d&#233;velopp&#233; fait partie int&#233;grante du prol&#233;tariat mondial, et comme tel, ses t&#226;ches, son r&#244;le historique d&#233;passent le cadre national.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; encore, le sentiment national peut &#234;tre la premi&#232;re &#233;tape de la prise de conscience socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que dans les pays arri&#233;r&#233; il y a interf&#233;rence de l'oppression sociale et de l'oppression nationale, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que la moindre revendication oppose les ouvriers de ces pays &#224; des imp&#233;rialistes &#233;trangers, c'est pr&#233;cis&#233;ment pour ces raisons qu'une organisation r&#233;volutionnaire est &#224; m&#234;me d'apprendre aux travailleurs, &#224; travers la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale, leurs int&#233;r&#234;ts de classe et le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re dans la transformation socialiste du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux dangers guettent l'organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne confront&#233;e avec le sentiment national profond des masses populaires, y compris ouvri&#232;res, des pays coloniaux ou semi-coloniaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier serait la phras&#233;ologie ou l'attitude gauchiste qui, par peur d'abdiquer devant le nationalisme, ferait refuser de prendre en consid&#233;ration ce que couvre de profond le sentiment national ou inciterait m&#234;me &#224; s'y opposer. Certes, on n'a que trop d'exemples de pays sous-d&#233;velopp&#233;s, o&#249; le sentiment national s'ext&#233;riorise sous forme de nationalisme, on pourrait m&#234;me dire qu'on n'a que de tels exemples. l'engouement des masses populaires pour le nationalisme n'exprime pas un ph&#233;nom&#232;ne n&#233;cessaire et in&#233;vitable dans les pays arri&#233;r&#233;s. Il exprime surtout le fait qu'en l'absence d'une direction prol&#233;tarienne capable de prendre une position correcte et de mener une politique efficace sur cette question, la col&#232;re et le m&#233;contentement populaires sont canalis&#233;s par des politiciens de la bourgeoisie nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Refuser de consid&#233;rer le sentiment national serait apporter de l'eau au moulin de ces politiciens bourgeois, dont le succ&#232;s r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que ce sentiment a des racines profondes dans les masses populaires. Le refuser, ce serait par la m&#234;me occasion se condamner &#224; l'inaction et en fait, r&#233;pudier la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucune organisation r&#233;volutionnaire ne saurait s'implanter dans un pays colonial ou semi-colonial et y engager le combat pour la r&#233;volution socialiste, sans se mettre r&#233;solument &#224; la t&#234;te de la lutte pour l'&#233;mancipation nationale. Ne pas le faire, ce serait transformer la th&#233;orie r&#233;volutionnaire en bavardage, dont &#171; la puret&#233; &#187; de classe n'aurait d'&#233;gal que l'inefficacit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me danger oppos&#233; mais analogue dans ses r&#233;sultats, serait d'abdiquer devant le nationalisme, c'est-&#224;-dire - car les id&#233;es recouvrent des rapports de classes - d'abdiquer devant la bourgeoisie nationale et devant les repr&#233;sentants politiques radicaux de celle-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est justement le caract&#232;re &#171; unificateur &#187; du sentiment national, unifiant dans la m&#234;me haine anti-imp&#233;rialiste les masses populaires les plus larges, c'est donc justement ce caract&#232;re qui peut &#234;tre un facteur r&#233;volutionnaire de premi&#232;re importance, qui rec&#232;le aussi un danger mortel pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, en masquant les diff&#233;renciations, les oppositions de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi, la lutte du prol&#233;tariat pour l'&#233;mancipation nationale doit &#234;tre men&#233;e de pair avec une lutte politique continuelle, sans rel&#226;che, contre les organisations petites-bourgeoises qui font leur cette m&#234;me revendication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le de l'organisation r&#233;volutionnaire est certes, d'exprimer le sentiment national des masses, mais en en d&#233;gageant le contenu de classe. Ceci ne peut se faire que si l'avant-garde prol&#233;tarienne maintient son ind&#233;pendance politique et son ind&#233;pendance organisationnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sentiment national peut &#234;tre, dans un premier temps, le moteur d'un processus r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, il n'en est jamais le volant. Si la lutte pour l'&#233;mancipation nationale, dans la mesure o&#249; elle est dirig&#233;e contre l'imp&#233;rialisme, est en tout &#233;tat de cause &#224; soutenir, elle ne peut aboutir &#224; l'&#233;closion d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne que si le prol&#233;tariat est organis&#233; dans ses organisations propres, s'il se bat sur ses objectifs propres. Sinon, aucun m&#233;canisme automatique ne fera d'une guerre de lib&#233;ration nationale une r&#233;volution socialiste. Le croire ou le laisser croire, c'est le pire service qu'on puisse rendre, non seulement &#224; la cause de la r&#233;volution socialiste, mais aussi, en dernier ressort, aux int&#233;r&#234;ts d'une &#233;mancipation nationale cons&#233;quente. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette erreur qu'ont commise certaines organisations trotskystes au temps de la guerre d'Alg&#233;rie, l'une vis-&#224;-vis du FLN, l'autre vis-&#224;-vis du MNA&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est encore cette erreur qu'elles commettent vis-&#224;-vis de la guerre du Vietnam, en attribuant &#224; cette guerre la dynamique d'une r&#233;volution socialiste, et en attribuant au FNL des vertus que seule une organisation prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire saurait avoir. Si la lutte du peuple vietnamien doit avoir, non seulement la sympathie, mais aussi le soutien total de tout r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, nous avons le devoir de dire que, sous sa direction actuelle, direction petite-bourgeoise nationaliste, elle peut, dans le meilleur des cas, aboutir &#224; un &#201;tat de type chinois, yougoslave ou alg&#233;rien, mais elle ne saurait en aucun cas &#234;tre la premi&#232;re &#233;tape d'un processus r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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