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	<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
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	<description>Bienvenue sur le portail de LUTTE OUVRI&#200;RE. Vous y trouverez des informations sur l'actualit&#233;, les activit&#233;s et le programme de notre organisation.</description>
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		<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
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		<title>L'Iran, apr&#232;s plus de 30 ans de r&#233;gime islamique</title>
	
	
	
	

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				119 L'Iran &#233;tait sous le joug de la dictature du Shah, Reza Pahlavi, une monarchie stable depuis plusieurs d&#233;cennies avec le soutien des puissances imp&#233;rialistes am&#233;ricaines et europ&#233;ennes quand le r&#233;gime a &#233;t&#233; balay&#233; par un v&#233;ritable soul&#232;vement populaire en 1979. L&#226;ch&#233; par le gouvernement am&#233;ricain lui-m&#234;me, le Shah dut s'exiler tandis que le soul&#232;vement populaire portait au pouvoir l'ayatollah Khomeiny et le clerg&#233; chiite qui fond&#232;rent la R&#233;publique islamique. Premi&#232;re dans son genre, la R&#233;publique (...)
			


			
			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;119&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Iran &#233;tait sous le joug de la dictature du Shah, Reza Pahlavi, une monarchie stable depuis plusieurs d&#233;cennies avec le soutien des puissances imp&#233;rialistes am&#233;ricaines et europ&#233;ennes quand le r&#233;gime a &#233;t&#233; balay&#233; par un v&#233;ritable soul&#232;vement populaire en 1979.
L&#226;ch&#233; par le gouvernement am&#233;ricain lui-m&#234;me, le Shah dut s'exiler tandis que le soul&#232;vement populaire portait au pouvoir l'ayatollah Khomeiny et le clerg&#233; chiite qui fond&#232;rent la R&#233;publique islamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;re dans son genre, la R&#233;publique islamique iranienne n'&#233;tait pas le produit d'une continuit&#233; f&#233;odale et moyen&#226;geuse comme d'autres r&#233;gimes islamiques le sont en Arabie Saoudite ou ailleurs, mais au contraire l'aboutissement du renversement d'un r&#233;gime militaro-policier gr&#226;ce &#224; la puissante mobilisation des classes populaires et de la petite bourgeoisie iranienne. Jamais auparavant l'Iran n'avait connu un tel d&#233;ferlement des masses populaires, mais ce v&#233;ritable soul&#232;vement r&#233;volutionnaire fut contr&#244;l&#233; par le clerg&#233; chiite qui en prit la direction. Celui-ci mit en place un r&#233;gime ne souffrant aucune contestation et contraignit la soci&#233;t&#233; &#224; un mode de vie archa&#239;que et discriminatoire envers les femmes, au nom de la religion islamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La dictature r&#233;actionnaire des mollahs dure depuis plus de trente ans malgr&#233; l'hostilit&#233; d&#233;clar&#233;e des puissances imp&#233;rialistes. Non que ce r&#233;gime soit irr&#233;conciliable avec les int&#233;r&#234;ts des imp&#233;rialistes occidentaux, qui en soutiennent d'autres tout aussi obscurantistes et liberticides. Mais celui de la R&#233;publique islamique d'Iran a jusqu'ici &#233;t&#233; trop incontr&#244;lable &#224; leurs yeux et surtout trop soucieux de son ind&#233;pendance vis &#224; vis des int&#233;r&#234;ts occidentaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son assise populaire l'a rendu assez solide pour r&#233;sister dans les ann&#233;es 80 &#224; une guerre d&#233;vastatrice qui a dur&#233; huit ans, contre une autre puissance r&#233;gionale, l'Irak de Saddam Hussein, qui avait alors le soutien des Occidentaux. Le r&#233;gime islamique d'Iran r&#233;ussit aussi &#224; r&#233;sister aux nombreuses pressions &#233;conomiques dont un embargo commercial initi&#233; par les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, depuis les &#233;lections pr&#233;sidentielles de juin dernier, dont le r&#233;sultat a &#233;t&#233; contest&#233; par les perdants, des manifestations de protestations contre le pr&#233;sident Ahmadinejad, officiellement r&#233;&#233;lu, se sont d&#233;velopp&#233;es. Des fractures au sein du pouvoir ont &#233;clat&#233; au grand jour, comme cela s'&#233;tait d&#233;j&#224; produit dans le pass&#233;.
La contestation implique des dirigeants du r&#233;gime, ex-ministres et ex-pr&#233;sidents qui critiquent publiquement l'actuel pr&#233;sident et m&#234;me Khamenei, le chef religieux plac&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. C'est une crise politique qui s'exprime au sein m&#234;me du r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, depuis la r&#233;&#233;lection d'Ahmadinejad jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e 2009, les manifestations se sont multipli&#233;es, mobilisant en particulier la jeunesse &#233;tudiante de T&#233;h&#233;ran mais pas seulement. Fin d&#233;cembre, les manifestants du mouvement qui se dit &#171; vert &#187;, comme la couleur symbolique de l'islam, brandissaient des slogans hostiles comme &#171; A bas Ahmadinejad &#187;, &#171; Mort au dictateur &#187;, &#171; A bas Khamenei &#187; ou encore &#171; A bas le principe du velayat-e-faghih &#187;, principe inscrit dans la Constitution, qui attribue le pouvoir supr&#234;me en politique &#224; un chef religieux chiite, un ayatollah.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que se passe-t-il actuellement en Iran ? Comment la situation peut-elle &#233;voluer ? Le r&#233;gime islamique est-il &#233;branl&#233; au point de tomber ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est difficile de le savoir car nous ne connaissons des &#233;v&#233;nements que ce qu'en rapporte la presse. Or, celle-ci n'est pas objective : la presse iranienne, tr&#232;s contr&#244;l&#233;e n'est pas fiable, et de l'autre c&#244;t&#233; les m&#233;dias occidentaux racontent &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi. Les &#201;tats-Unis exercent une pression pour tenter d'infl&#233;chir l'&#233;volution du r&#233;gime en leur faveur. Les m&#233;dias participent ici &#224; une op&#233;ration de propagande destin&#233;e &#224; donner une image du r&#233;gime et de ses opposants qui convient aux imp&#233;rialistes occidentaux, et leurs explications sont bien souvent mensong&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pouvons quand m&#234;me tenter de comprendre ce qui se passe en regardant comment on en est arriv&#233; l&#224;, comment ce r&#233;gime a &#233;t&#233; mis en place, quelle a &#233;t&#233; son &#233;volution, et dans quelle mesure il est aujourd'hui d&#233;stabilis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour comprendre l'Iran d'aujourd'hui, il nous faut commencer par ce que fut l'Iran qui donna naissance au r&#233;gime islamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est au tout d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle que du p&#233;trole fut d&#233;couvert dans le sud de ce qui s'appelait encore la Perse, dans la r&#233;gion du Khouzistan. D&#232;s 1908, l'Angleterre contr&#244;lait la production p&#233;troli&#232;re avec la Compagnie Anglo-Perse de P&#233;trole.
En effet, depuis d&#233;j&#224; plusieurs d&#233;cennies, la Russie et l'Angleterre se partageaient la Perse, les premiers contr&#244;lant le nord et la r&#233;gion d'Azerba&#239;djan, tandis que les seconds avaient la main mise sur le sud du pays.
Le r&#233;gime politique &#233;tait de longue date une monarchie, celle des princes Qadjar, une f&#233;odalit&#233; qui vivait sur le dos d'une paysannerie importante. C'&#233;tait une soci&#233;t&#233; encore largement tribale. A cette &#233;poque, dans les centres des villes, dans les quartiers qu'on nomme l&#224;-bas le Bazar, o&#249; marchands, artisans et usuriers &#233;taient regroup&#233;s, une bourgeoisie commer&#231;ante intimement li&#233;e au clerg&#233; s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e. Les religieux, influents, &#233;taient non seulement oppos&#233;s au progr&#232;s mais aussi &#224; la p&#233;n&#233;tration &#233;conomique de l'Occident, ce qui faisait d'eux des alli&#233;s de la bourgeoisie des quartiers du Bazar, les bazari. Cette alliance s'exprima &#224; plusieurs reprises au cours du si&#232;cle dans des conflits qui oppos&#232;rent la bourgeoisie nationaliste et le clerg&#233;, aux puissances imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existait, d'autre part, en Iran des intellectuels perm&#233;ables aux id&#233;es modernes et nationalistes, une &#233;lite cultiv&#233;e, plus ou moins la&#239;que, qui devint l'alli&#233;e des religieux lors du soul&#232;vement de 1906 contre le monarque Qadjar. C'est sous le nom de &#171; R&#233;volution constitutionnelle &#187; que sont d&#233;sign&#233;s les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roul&#232;rent jusqu'en 1911 et contraignirent le Shah &#224; accepter le principe d'une constitution et la cr&#233;ation d'un parlement. Mais le mouvement n'alla pas loin. Les arm&#233;es russes du tsar et l'arm&#233;e anglaise bombard&#232;rent le parlement et la ville insurg&#233;e de Tabriz. Le Shah put ainsi r&#233;tablir son autorit&#233; et le mouvement prit fin.
Durant la Premi&#232;re Guerre mondiale, l'&#201;tat qadjar ne disposait encore d'aucune arm&#233;e nationale mais d'un seul v&#233;ritable corps d'arm&#233;e, la Brigade cosaque, command&#233;e par des officiers russes. Les Britanniques et les Fran&#231;ais tent&#232;rent de prendre le contr&#244;le de tout le pays, mais, &#224; la fin de la guerre, seuls les Anglais contr&#244;laient encore une partie de la Perse. Le reste du pays &#233;tait en proie au chaos. L'Angleterre trouva l'homme qui allait lui servir : le colonel Reza Khan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui qui devint dictateur jusqu'&#224; la Seconde Guerre mondiale commen&#231;a par la r&#233;pression des mouvements r&#233;gionaux et du tout r&#233;cent mouvement communiste.
En effet, un parti communiste fut cr&#233;&#233; en Iran en 1920 par des intellectuels du parti social-d&#233;mocrate russe.
En septembre 1920, la Conf&#233;rence des peuples d'Orient organis&#233;e &#224; Bakou par l'Internationale communiste r&#233;unissait une d&#233;l&#233;gation persane aux c&#244;t&#233;s de d&#233;l&#233;gations d'Asie centrale, du Caucase et de d&#233;l&#233;gations arabes ou chinoises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;volution russe avait ouvert une br&#232;che en provoquant la d&#233;sagr&#233;gation de l'arm&#233;e du Tsar, faisant souffler un vent de libert&#233; pour les peuples. Dans ce pays composite qu'&#233;tait la Perse, plusieurs de ces peuples, du Kurdistan &#224; l'Azerba&#239;djan, s'en saisirent pour tenter d'obtenir plus d'autonomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique persane fut cr&#233;&#233;e en 1920 dans une r&#233;gion bordant la mer Caspienne. Une gu&#233;rilla form&#233;e de nationalistes radicaux et religieux s'allia aux bolcheviks, et ils constitu&#232;rent la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique du Guilan, avec le soutien de l'Arm&#233;e rouge. Elle ne dura que quelques mois. La division cosaque fut charg&#233;e d'en finir avec ces insurg&#233;s. C'est sous la direction du colonel Reza Khan que l'arm&#233;e r&#233;tablit un ordre qui convenait aux Anglais pour pouvoir exploiter les ressources naturelles du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reza Khan fut non seulement charg&#233; de r&#233;primer toute contagion r&#233;volutionnaire, mais aussi d'&#233;tablir un &#201;tat fort. Il s'en prit non seulement aux communistes mais aussi aux mouvements r&#233;gionaux du Kurdistan, d'Azerba&#239;djan et de la r&#233;gion p&#233;trolif&#232;re du Khouzistan.
Et il ne se contenta pas du pouvoir militaire : en 1925, il renversa l'ancienne dynastie Qadjar, monta sur le tr&#244;ne et devint Shah, c'est-&#224;-dire roi. Il fonda la dynastie Pahlavi avec l'ambition de cr&#233;er un &#201;tat moderne et unifi&#233;. Il &#233;tablit une dictature militaire, imposant la s&#233;dentarisation aux tribus nomades et la terreur arm&#233;e jusqu'aux fins fonds du pays. Le nouveau monarque se voulait un modernisateur, et, &#224; l'image de Mustapha Kemal en Turquie, il chercha &#224; limiter le pouvoir du clerg&#233; et s'opposa aux mollahs. Il imposa, &#224; titre symbolique, un style vestimentaire &#224; l'occidentale. C'est en 1935 que la Perse changea de nom et devint l'Iran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les masses pauvres, le modernisateur &#233;tait l'homme de fer au service des classes privil&#233;gi&#233;es et des puissances imp&#233;rialistes qui contr&#244;laient les richesses du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec l'industrie p&#233;troli&#232;re, la classe ouvri&#232;re s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e. Des syndicats r&#233;cemment cr&#233;&#233;s organisaient plusieurs milliers de travailleurs.
La nouvelle monarchie mit fin aux libert&#233;s politiques, interdit le parti communiste et le Conseil Central des Syndicats o&#249; ils &#233;taient influents. Des groupes de militants clandestins subsistaient cependant. La dictature de Reza Pahlavi ne put emp&#234;cher ni les gr&#232;ves, ni la formation du syndicat des industries p&#233;troli&#232;res, en 1928. Les travailleurs des industries p&#233;troli&#232;res &#233;taient combatifs et ils firent de grandes journ&#233;es de gr&#232;ve, comme celle du 1er mai 1929.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tau de la dictature ne fut desserr&#233; que lors de la Seconde Guerre mondiale, car les dirigeants imp&#233;rialistes chang&#232;rent alors d'attitude. Reza Pahlavi devenait g&#234;nant avec sa sympathie pour le r&#233;gime nazi, et par ailleurs les alli&#233;s anglais et russes avaient grand besoin du p&#233;trole iranien. Le Shah fut renvers&#233; et envoy&#233; en exil. Le pays, bien que neutre jusque l&#224; dans le conflit, fut enti&#232;rement occup&#233; par les troupes alli&#233;es britanniques et sovi&#233;tiques, sous l'&#339;il bienveillant de Roosevelt. Les dirigeants am&#233;ricains attendaient leur heure, qui n'allait pas tarder &#224; venir.
Apr&#232;s avoir d&#233;pos&#233; le p&#232;re, les Occidentaux mirent sur le tr&#244;ne le jeune fils du Shah, Mohammed Reza, qui promettait d'&#234;tre aussi d&#233;vou&#233; &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant ces ann&#233;es d'occupation, des groupes nationalistes et socialistes se d&#233;velopp&#232;rent et le mouvement ouvrier connut un nouvel essor. C'est dans ce contexte que fut cr&#233;&#233;, en 1941, un nouveau parti se disant communiste, le Toudeh -ce qui signifie parti des masses. Le Toudeh se constitua &#224; la faveur de la pr&#233;sence militaire sovi&#233;tique et s'implanta rapidement dans les provinces du nord, dans la zone d'occupation de l'arm&#233;e sovi&#233;tique. Il se d&#233;veloppa aussi dans le centre du pays, &#224; Ispahan, alors centre de l'industrie textile puis, apr&#232;s la fin de la guerre, dans le sud, parmi les travailleurs de l'industrie p&#233;troli&#232;re.
Loin d'&#234;tre un parti prol&#233;tarien, le Toudeh n'a jamais envisag&#233; la contestation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ses mots d'ordres se limitant &#224; &#171; ind&#233;pendance, libert&#233; et progr&#232;s &#187;. Il pr&#244;nait d&#232;s ses origines la d&#233;mocratie dans le respect de la monarchie parlementaire, ne s'opposant ni &#224; l'imp&#233;rialisme, ni &#224; la religion.
Pourtant, ce parti stalinien tissa des liens avec la classe ouvri&#232;re. Ses militants oeuvr&#232;rent &#224; la constitution de syndicats qui connurent un d&#233;veloppement important dans ces ann&#233;es 40. En 1946 dans le Khouzistan, les revendications ouvri&#232;res s'exprim&#232;rent lors d'une grande gr&#232;ve des travailleurs du p&#233;trole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1951, c'est un bourgeois nationaliste mod&#233;r&#233;, nomm&#233; Mossadegh, chef du gouvernement, qui d&#233;cida la nationalisation du p&#233;trole jusque l&#224; entre les mains de la Compagnie anglo-iranienne d&#233;tenue par les Britanniques. C'&#233;tait une mesure favorable &#224; la bourgeoisie iranienne. Le parlement vota la nationalisation et la Compagnie nationale iranienne des p&#233;troles fut cr&#233;&#233;e. Une coalition, nomm&#233;e Front national, alors soutenue par le clerg&#233;, regroupait aux c&#244;t&#233;s de Mossadegh des politiciens hostiles au Shah, des hommes de la petite bourgeoisie moderniste et des marchands du Bazar.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des gr&#232;ves et des manifestations populaires &#233;clat&#232;rent en faveur de Mossadegh et de la nationalisation. Mais en &#233;vin&#231;ant la compagnie p&#233;troli&#232;re anglo-iranienne, le gouvernement avait en fait atteint l'ensemble des int&#233;r&#234;ts des puissances imp&#233;rialistes. L'Iran dut alors subir un v&#233;ritable blocus, un premier embargo en guise de repr&#233;sailles. Des dizaines de milliers de travailleurs &#233;taient pr&#234;ts &#224; se mobiliser dans le bras de fer qui opposait Mossadegh &#224; la puissante compagnie britannique. Il y eut des &#233;meutes. Le parti Toudeh, qui n'avait pas soutenu le mouvement dans un premier temps, se rallia finalement &#224; la mobilisation aux c&#244;t&#233;s du Front national. Parmi les masses, c'&#233;tait le Toudeh qui &#233;tait le plus influent. Le Front national et le clerg&#233; ne souhaitaient pourtant pas le soutien des communistes, ni la mobilisation de la classe ouvri&#232;re qui constituait aussi une menace aux yeux des dirigeants imp&#233;rialistes. Pour eux, le risque devait &#234;tre rapidement &#233;cart&#233;.
Les &#201;tats-Unis d&#233;cid&#232;rent d'en finir avec le gouvernement de Mossadegh et avec l'affront que repr&#233;sentait la nationalisation du p&#233;trole. C'est un g&#233;n&#233;ral iranien qui fut le bras arm&#233; de la CIA et r&#233;alisa le coup d'&#201;tat renversant Mossadegh en ao&#251;t 1953.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une vague de r&#233;pression faisant des centaines de morts s'abattit sur ceux qui s'&#233;taient mobilis&#233;s et plus particuli&#232;rement sur les communistes. L'instauration d'une violente dictature prolongea le coup d'&#201;tat. Le Front national fut interdit et le parti Toudeh d&#233;mantel&#233;. Les &#201;tats-Unis profit&#232;rent de la situation : ils supplant&#232;rent les Britanniques en prenant le contr&#244;le de 40 % du p&#233;trole iranien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mise au pas du gouvernement iranien et la r&#233;pression des ambitions nationalistes aboutirent &#224; un renforcement de la dictature au service des puissances occidentales.
Une police politique, la Savak, rest&#233;e tristement c&#233;l&#232;bre pour ses nombreux crimes, fut cr&#233;&#233;e en 1957. Jusqu'en 1965, elle fut dirig&#233;e par des militaires de formation fran&#231;aise, Teymour Baktiar et Hassan Pakravan, tous les deux saint-cyriens. Mise en place avec l'aide de la CIA, elle &#233;tait &#233;galement assist&#233;e par les services sp&#233;ciaux isra&#233;liens, le Mossad.
Les &#201;tats-Unis entreprirent aussi d'aider la monarchie &#224; constituer une arm&#233;e puissante et moderne. Il s'agissait non seulement de faire de l'Iran un rempart contre l'Union Sovi&#233;tique en p&#233;riode de guerre froide, mais aussi d'apporter un maximum de soutien &#224; ce r&#233;gime qui leur &#233;tait favorable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir des ann&#233;es 60, le Shah sur les conseils de la Maison Blanche et du gouvernement Kennedy mit en &#339;uvre une s&#233;rie de r&#233;formes destin&#233;es &#224; moderniser le pays. Ces r&#233;formes concernaient principalement les campagnes et la plus importante d'entre elles &#233;tait une r&#233;forme agraire destin&#233;e &#224; moderniser l'agriculture en nationalisant les terres de certains grands propri&#233;taires, lorsqu'elles &#233;taient trop peu mises en valeur. En contrepartie des terres qu'ils c&#233;daient, ceux-ci b&#233;n&#233;fici&#232;rent de parts de propri&#233;t&#233; dans des soci&#233;t&#233;s industrielles publiques. Plusieurs millions de paysans furent concern&#233;s par la redistribution de terres. Mais ils durent les racheter en s'endettant. Finalement beaucoup d'entre eux plong&#232;rent dans la mis&#232;re et l'exode rural s'acc&#233;l&#233;ra.
Une seconde r&#233;forme devait enrayer la d&#233;forestation en limitant les zones de p&#226;turages. Les nombreuses tribus nomades furent les victimes de cette mesure. Pour elles, les nouvelles contraintes les obligeant &#224; la s&#233;dentarisation &#233;taient synonymes de paup&#233;risation.
Finalement, des millions de paysans furent ainsi pouss&#233;s vers les villes, o&#249; ils devaient former une nouvelle main-d'&#339;uvre disponible pour le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des tensions et des r&#233;voltes apparurent dans les campagnes &#224; cause de ces r&#233;formes, men&#233;es d'une fa&#231;on autoritaire, au nom de la modernisation. D'autres mesures contraignaient hommes et femmes &#224; un mode de vie occidentalis&#233;.
Par exemple, le Shah interdit aux hommes de porter la barbe, aux femmes de porter le voile, et on donna le droit de vote &#224; celles-ci en 1963. Cela allait certes dans le sens de l'histoire, mais c'est un r&#233;gime de plus en plus d&#233;test&#233; de tous qui tentait de faire dispara&#238;tre des archa&#239;smes, par la force et la brutalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autant dire que ce n'est pas ainsi que les id&#233;es progressistes pouvaient p&#233;n&#233;trer dans le peuple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces mesures provoqu&#232;rent l'hostilit&#233; du clerg&#233;. En 1963, les mollahs, qui craignaient par ailleurs de perdre leurs propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res, entr&#232;rent en r&#233;volte. Leur opposition &#224; la politique du Shah fut r&#233;prim&#233;e. Certains d'entre eux furent exil&#233;s dont l'imam Khomeiny qui dut se r&#233;fugier en Irak.
D&#232;s lors, la hi&#233;rarchie chiite constitua une opposition farouche &#224; la monarchie Pahlavi.
Celle-ci, prise au pi&#232;ge entre les int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme et la n&#233;cessit&#233; du d&#233;veloppement de l'Iran, ne s'opposa pas aux puissances occidentales, comme Mossadegh avait tent&#233; de le faire au d&#233;but des ann&#233;es 50. Finalement, les mesures prises contre les traditions empreintes de f&#233;odalit&#233; ne furent que superficielles et ne transform&#232;rent pas la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;formes du Shah &#233;taient destin&#233;es &#224; favoriser l'industrialisation du pays et le d&#233;veloppement de la bourgeoisie. Une nouvelle bourgeoisie apparut, dans les ann&#233;es 70, gr&#226;ce la privatisation d'une partie de l'industrie li&#233;e au p&#233;trole. Cette bourgeoisie d'affaires, proche de la cour du Shah, &#233;tait directement li&#233;e aux soci&#233;t&#233;s internationales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de 1973, l'augmentation du prix du p&#233;trole, qui fut multipli&#233; par quatre, permit l'enrichissement encore plus rapide d'une petite fraction de la bourgeoisie. Les fortunes constitu&#233;es alors &#233;taient d'autant plus choquantes que le pays &#233;tait maintenu dans un &#233;tat de sous-d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mis&#232;re poussait des millions d'hommes et de femmes vers les villes, et en vingt ans la population urbaine augmenta tant que la ville de T&#233;h&#233;ran passa d'environ 1 500 000 habitants en 1956, &#224; 4 millions et demi en 1976.
Mais ce sont les in&#233;galit&#233;s sociales qui ont le plus augment&#233; dans cette p&#233;riode. A la fin des ann&#233;es 70, le Bureau International du Travail consid&#233;rait que les revenus en Iran &#233;taient parmi les plus in&#233;galitaires du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le train de vie opulent de la cour du Shah s'&#233;talait avec une ostentation qui connut son apog&#233;e en 1971 quand celui-ci donna, sur les ruines antiques de Pers&#233;polis, une f&#234;te fastueuse rassemblant des dizaines de rois et de chefs d'&#201;tats. L'arrogance et le m&#233;pris de ces privil&#233;gi&#233;s envers les masses pauvres ne fit qu'accro&#238;tre leur haine &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime.
Les r&#233;formes du Shah s'accompagnaient aussi de la mise en place d'un r&#233;gime de parti unique, le sien, tout autre parti &#233;tant interdit. La dictature s'appuya sur les m&#233;thodes f&#233;roces de la police politique, la Savak, qui comptait plusieurs milliers de permanents, et un million d'informateurs en 1978. Les contradictions sociales &#233;taient tellement importantes, que malgr&#233; le poids de la r&#233;pression, la contestation qui d&#233;buta dans les ann&#233;es 60 se d&#233;veloppa plus encore dans les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ces ann&#233;es 70, et particuli&#232;rement dans les derni&#232;res ann&#233;es de r&#232;gne du Shah, l'Iran &#233;tait la principale puissance militaire de la r&#233;gion du Golfe, et l'arm&#233;e le pilier du r&#233;gime. Acc&#233;dant aux technologies modernes et dirig&#233; par un roi qui voulait ressembler aux puissants du monde capitaliste, l'Iran pouvait passer pour un pays moderne, au contraire des monarchies arabes voisines qui vivaient encore au Moyen-&#226;ge, &#224; condition de ne regarder qu'en direction des milieux bourgeois et petits bourgeois.
Pour les puissances imp&#233;rialistes, le r&#233;gime du Shah, qui semblait alors ind&#233;boulonnable, &#233;tait le solide bras arm&#233; d&#233;vou&#233; &#224; la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts dans la r&#233;gion, comme l'&#233;tait pour d'autres raisons l'&#201;tat d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existait pourtant des forces d'opposition au Shah, m&#234;me si elles &#233;taient peu d&#233;velopp&#233;es. Parmi celles-ci, c'est le parti communiste, le Toudeh qui &#233;tait le plus important. Ses militants luttaient dans la clandestinit&#233;, et plusieurs de ses dirigeants furent condamn&#233;s &#224; mort, en 1966. D'autres organisations politiques combattaient aussi la dictature avec d&#233;termination.
C'est le cas de l'Organisation des Moudjahedines du Peuple cr&#233;&#233;e en 1965. Recrutant des &#233;tudiants et des intellectuels de la petite bourgeoisie, elle se d&#233;finissait comme nationaliste, d&#233;mocratique et musulmane, l'aile religieuse de l'opposition. Au contraire, l'Organisation des Fedayins du peuple se r&#233;clamait clairement du marxisme-l&#233;ninisme. Ces militants, Moudjahedines ou Fedayins du peuple, furent nombreux &#224; laisser leur vie dans le combat contre la dictature. Dans les ann&#233;es 70, ils menaient des actions de gu&#233;rilla contre le r&#233;gime. Par ce choix, ces militants &#233;taient coup&#233;s des masses et ne pouvaient pas &#234;tre tr&#232;s nombreux. Ce ne furent pas eux, mais les religieux chiites qui purent alors avoir une influence grandissante parmi les pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, le clerg&#233; chiite fut la plus puissante des forces s'opposant &#224; la dictature. Les mosqu&#233;es &#233;taient un refuge o&#249; des imams tenaient des pr&#234;ches d&#233;nonciateurs du r&#233;gime. D'autre part, les religieux avaient mis en place des formes d'aides sociales comme des soupes populaires pour les plus pauvres. Les mollahs, hostiles &#224; la monarchie qui limitait leurs pr&#233;rogatives, et des membres du clerg&#233;, parfois ayatollahs, connurent aussi les ge&#244;les du Shah. La r&#233;pression massive des opposants, comme la condamnation &#224; mort des dirigeants du Toudeh, rendait cette dictature de plus en plus critiqu&#233;e de par le monde. D'une fa&#231;on d&#233;risoire et bien hypocrite, le pr&#233;sident am&#233;ricain Carter engageait l'alli&#233; iranien &#224; respecter les droits de l'homme. Or, la Savak n'avait jamais autant emprisonn&#233; et assassin&#233; que dans ces ann&#233;es 70.
Pourtant, elle ne put emp&#234;cher le soul&#232;vement populaire qui renversa le r&#233;gime du Shah.
L'arm&#233;e fut, elle aussi, en fin de compte impuissante devant le d&#233;ferlement des masses, soulev&#233;es contre la dictature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une agitation d&#233;buta vers la fin de l'ann&#233;e 1977 dans les universit&#233;s et parmi les travailleurs dont les gr&#232;ves se multipli&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mobilisation qui surgit en 1978 toucha d'abord, durant quelques mois, les milieux de la petite bourgeoisie, &#233;tudiants, commer&#231;ants et religieux. La destruction d'h&#244;tels de luxe destin&#233;s au Shah et &#224; sa cour exprimait toute leur col&#232;re contre ce r&#233;gime qui faisait tant de laiss&#233;s pour compte.
Mais &#224; partir de l'&#233;t&#233; 78, ce ne furent plus seulement les &#233;tudiants, commer&#231;ants, la petite bourgeoisie, ce furent les pauvres des villes et les travailleurs qui grossirent les manifestations et celles-ci devinrent de plus en plus fr&#233;quentes. Des manifestants d&#233;sarm&#233;s, hommes, femmes, jeunes et enfants, par centaines de milliers, venant des bidonvilles de T&#233;h&#233;ran d&#233;ferlaient vers le centre de la capitale, de plus en plus nombreux malgr&#233; les balles de l'arm&#233;e. Cela dura plusieurs mois car les manifestants &#233;taient d&#233;termin&#233;s, et ils revenaient en vagues successives.
La r&#233;pression, l'instauration de la loi martiale qui interdit toute manifestation en septembre 78, n'emp&#234;ch&#232;rent pas les manifestations de grossir. La mobilisation &#233;tait impressionnante, et les tanks, les armes automatiques ne pouvaient plus arr&#234;ter le peuple soulev&#233;. Le soul&#232;vement connut son maximum au mois de d&#233;cembre : chaque jour la r&#233;pression arm&#233;e faisait des morts, et chaque jour les manifestants revenaient malgr&#233; tout, encore plus nombreux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re ne resta pas &#224; l'&#233;cart, m&#234;me si elle ne s'impliqua massivement dans cette lutte contre le r&#233;gime que vers la fin de l'ann&#233;e 78.
Pour l'essentiel, elle s'&#233;tait constitu&#233;e peu de temps auparavant &#224; l'issue de l'exode rural provoqu&#233; par la r&#233;forme agraire du Shah dans les ann&#233;es 60-70. Ces travailleurs pauvres, souvent tr&#232;s jeunes, &#233;taient &#224; peine sortis de la paysannerie. Ils vivaient dans les bidonvilles de T&#233;h&#233;ran ou d'Ispahan. La plupart d'entre eux &#233;taient sans travail r&#233;gulier et ne survivaient que gr&#226;ce &#224; l'&#233;conomie informelle. Et quand ils acc&#233;daient &#224; un emploi, ils &#233;taient priv&#233;s de syndicats ou de toute autre forme d'organisation dans laquelle ils auraient pu prendre conscience de leurs int&#233;r&#234;ts de classe.
Mais il y avait aussi des travailleurs plus qualifi&#233;s dans le p&#233;trole, les transports ou l'&#233;lectricit&#233;, et ce sont les travailleurs du p&#233;trole qui se mirent en gr&#232;ve en novembre 78 et entra&#238;n&#232;rent les autres. Peu apr&#232;s, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale paralysait l'&#233;conomie, et dans le sud du pays, lorsque les ouvriers de la raffinerie d'Abadan firent gr&#232;ve en novembre et d&#233;cembre 78, tous les p&#233;troliers furent bloqu&#233;s dans le port.
C'est alors que le glas sonna pour le r&#233;gime du Shah.
Les revendications ouvri&#232;res &#233;taient politiques, contre le Shah et la dictature, mais les ouvriers participaient au soul&#232;vement r&#233;volutionnaire sans avoir leur propre direction. D'eux-m&#234;mes les travailleurs avaient mis en place des comit&#233;s de gr&#232;ve dans l'industrie p&#233;troli&#232;re o&#249; ils s'organisaient, cr&#233;aient des liens entre eux, d'une entreprise &#224; l'autre pour mener la lutte le plus efficacement possible. Mais cela ne fut pas suffisant, car les travailleurs qui lisaient les tracts des Moudjahedines ou du Toudeh, n'y trouvaient que des appels &#224; l'unit&#233; contre la dictature, sans aucune critique de la hi&#233;rarchie religieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le clerg&#233; dans l'opposition au r&#233;gime imp&#233;rial avait d&#233;nonc&#233; le luxe dans lequel celui-ci vivait, le gaspillage auquel il se livrait. Les religieux s'adressaient aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s auxquels ils promettaient un avenir meilleur en se battant contre la monarchie au service des &#233;trangers. Ces discours distillaient une propagande principalement moraliste et nationaliste.
Alors que la r&#233;pression n'&#233;tait plus en mesure d'arr&#234;ter les masses, de plus en plus nombreuses &#224; manifester, le clerg&#233; d&#233;termin&#233; &#224; participer au renversement de la monarchie se mit &#224; leur t&#234;te. Les 10 et 11 d&#233;cembre 1978, il y eut plus d'un million de manifestants dans la seule ville de T&#233;h&#233;ran, mais toutes les organisations hostiles au Shah, dont les Moudjahedines et Fedayins, manifestaient derri&#232;re des portraits de l'ayatollah Khomeiny. Le renoncement de ces organisations, leur alignement derri&#232;re les religieux, contribu&#232;rent &#224; donner &#224; ceux-ci une situation h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Khomeiny, en exil depuis 1964 et depuis peu en France, menait &#224; distance une campagne de propagande et pr&#233;parait son retour en Iran en recevant des dirigeants de l'opposition comme ceux du Front national qui cautionnaient ainsi l'autorit&#233; politique du chef religieux, au lieu de la lui disputer. L'&#201;tat fran&#231;ais laissait Khomeiny diriger son r&#233;seau religieux depuis sa r&#233;sidence des Yvelines.
Les organisations de l'opposition apport&#232;rent leur caution &#224; l'ayatollah et des dirigeants d'organisations la&#239;ques, lib&#233;rales vinrent n&#233;gocier avec lui.
Toutes ces organisations dont le parti Toudeh, les Moudjahedines et Fedayins du peuple ont ainsi aid&#233; les ayatollahs &#224; s'emparer du pouvoir en se mettant &#224; leur remorque quand la contestation allait croissante.
Il n'&#233;tait pas &#233;crit que le clerg&#233; parviendrait &#224; contr&#244;ler l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du peuple iranien. Une organisation combattante comme celle des Moudjahedines aurait pu contester la direction du mouvement aux religieux, ou au moins tenter de le faire, avec ses limites &#233;videmment. Elle n'en fit rien, ou du moins ne se d&#233;cida &#224; combattre politiquement le clerg&#233;, que des mois apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; port&#233; au pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le parti communiste Toudeh ne combattait pas, lui non plus pour le pouvoir. Il s'&#233;tait plac&#233; depuis longtemps aux c&#244;t&#233;s de la hi&#233;rarchie chiite sans la contester. Il participa m&#234;me &#224; la supercherie mystique des mollahs qui faisaient croire &#224; une apparition surnaturelle de Khomeiny. Voici ce qu'&#233;crivait alors ce parti, &#171; Nos masses laborieuses en lutte contre l'imp&#233;rialisme conduit par les &#201;tats-Unis ont vu le visage de leur bien-aim&#233; imam et guide, Khomeiny, appara&#238;tre dans la lune &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous la pouss&#233;e de l'insurrection et de la mobilisation ouvri&#232;re, la dictature vacillait, et le Shah, pour tenter de sauver son r&#233;gime, mit en place un nouveau gouvernement, avec Chapour Baktiar &#224; sa t&#234;te. Mais il &#233;tait trop tard. Et le dictateur jugea plus prudent de s'enfuir &#224; l'&#233;tranger, d'autant que dans ce contexte les &#201;tats-Unis cess&#232;rent de le soutenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, conseill&#233; par les puissances imp&#233;rialistes, jugeait alors qu'il &#233;tait prudent d'&#233;viter tout vide institutionnel. Pour eux, Khomeiny constituait la solution de rechange permettant de sauvegarder l'appareil d'&#201;tat. C'est donc soutenu par les grandes puissances et sans que l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e imp&#233;riale s'y oppose, qu'il put revenir d'exil en avion et arriver sans ennui en Iran o&#249; il re&#231;ut un accueil triomphal.
Le coup de boutoir final contre le r&#233;gime imp&#233;rial fut donn&#233; par l'insurrection du peuple de T&#233;h&#233;ran d&#233;but f&#233;vrier. Elle se fit au nom de Khomeiny, mais pas &#224; son initiative. Le peuple se souleva durant trois jours contre gouvernement Baktiar et la dictature.
Alors que Khomeiny n'y &#233;tait pas favorable, des insurg&#233;s purent s'armer avec la complicit&#233; de certains militaires, car cette fois l'arm&#233;e imp&#233;riale n'&#233;tait plus en ordre de bataille pour r&#233;primer.
A l'issue de ces journ&#233;es, le 12 f&#233;vrier 1979, la monarchie fut abolie.
Khomeiny put d&#232;s lors mettre en place un nouveau gouvernement avec le soutien des manifestants et d'une partie de l'arm&#233;e &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Durant les mois qui suivirent, la lutte politique entre les pr&#233;tendants au pouvoir permit au parti de Khomeiny d'en contr&#244;ler la totalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement, dirig&#233; par Bazargan, un politicien lib&#233;ral, mit tout en &#339;uvre pour stopper l'&#233;lan r&#233;volutionnaire, et d&#233;sarmer la population.
Le 8 mars, &#224; l'occasion de la journ&#233;e internationale des femmes, des milliers de femmes f&#233;ministes de la petite bourgeoisie urbaine d&#233;fil&#232;rent &#224; T&#233;h&#233;ran pour faire entendre leurs revendications sp&#233;cifiques. Les hommes du parti de la R&#233;publique islamique de Khomeiny tent&#232;rent de les faire taire. Ce parti venait tout juste d'&#234;tre cr&#233;&#233;, il n'&#233;tait pas encore tout-puissant, mais ses milices commen&#231;aient &#224; utiliser menaces et agressions pour se faire craindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'appareil d'&#201;tat, une &#233;puration massive eut lieu. Des t&#234;tes tomb&#232;rent parmi les hauts responsables de la monarchie d&#233;chue mais beaucoup d'entre eux s'&#233;taient d&#233;j&#224; enfuis &#224; l'&#233;tranger. L'essentiel de l'&#233;tat major de l'arm&#233;e passa dans le camp du nouveau pouvoir, et quelques mois plus tard il ne fut plus question de demander des comptes aux assassins de l'ancien r&#233;gime, qui &#233;taient amnisti&#233;s. Avec le clerg&#233; et Khomeiny, le pouvoir restait entre les mains de la bourgeoisie. D'ailleurs, les &#201;tats-Unis comme l'Union sovi&#233;tique reconnurent imm&#233;diatement le nouveau r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La terrifiante Savak, qui avait &#233;t&#233; charg&#233;e de d&#233;fendre le pouvoir du roi, fut d&#233;mantel&#233;e. Le r&#233;gime islamique mit en place sa propre police politique, la Savama, qui recycla les m&#233;thodes de la Savak et m&#234;me certains de ses hommes. Aujourd'hui appel&#233;e Vevak, la police politique du r&#233;gime islamique n'est gu&#232;re diff&#233;rente de l'ancienne Savak. Le nom a chang&#233;, une partie du personnel aussi, mais la fonction reste la m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arm&#233;e ex-imp&#233;riale avait certes perdu un certain nombre d'officiers trop li&#233;s au Shah, qui avaient eux aussi pr&#233;f&#233;r&#233; partir. Mais elle assurait la continuit&#233; de l'appareil d'&#201;tat. Khomeiny &#233;tait arriv&#233; au pouvoir avec le feu vert de cette arm&#233;e. Il ne pouvait cependant pas compter sur elle pour d&#233;fendre sa clique religieuse dans la rivalit&#233;, r&#233;elle ou potentielle, entre les pr&#233;tendants au pouvoir. Les Moudjahedines du peuple n'allaient pas tarder &#224; rompre l'unit&#233; qui avait port&#233; Khomeiny au pouvoir et ce dernier pouvait craindre que l'&#233;tat-major opte pour un autre parti que le sien, voire qu'il s'empare lui-m&#234;me du pouvoir.
Une arm&#233;e parall&#232;le fut donc cr&#233;&#233;e en mai 1979, l'Arm&#233;e des Gardiens de la r&#233;volution, charg&#233;e de d&#233;fendre le pouvoir du parti de Khomeiny, le Hezbollah. L'Arm&#233;e des Gardiens d&#233;buta avec 4 000 hommes, appel&#233;s pasdarans. C'est aujourd'hui une arm&#233;e puissante, qui compte 125 000 pasdarans et dispose de corps de marine et d'aviation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec les &#233;v&#233;nements de ces ann&#233;es 1978-79, le clerg&#233; a pu se hisser au pouvoir en se mettant &#224; la t&#234;te des masses insurg&#233;es dans une situation r&#233;volutionnaire. C'&#233;tait alors tout &#224; fait nouveau, car pr&#233;c&#233;demment dans les ann&#233;es 60-70, les gu&#233;rillas, les mouvements insurg&#233;s contre l'imp&#233;rialisme et ses dictatures, &#233;taient g&#233;n&#233;ralement dirig&#233;s par des groupes de gauche, bien souvent mao&#239;stes.
Les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires en Iran ouvraient une nouvelle &#233;poque, celle des mouvements religieux islamistes. Car l'Iran a servi de mod&#232;le, et depuis 1979 d'autres mouvements de contestation se font sous la direction de partis islamistes, comme par exemple le Hamas ou le Hezbollah, en Palestine et au Liban.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, un v&#233;ritable soul&#232;vement des masses populaires profondes, avait aussi secou&#233; les campagnes. Dans plusieurs r&#233;gions, des paysans pauvres, sans terre occupaient celles de grands propri&#233;taires. Ainsi les Kurdes, partisans de l'autonomie de leur r&#233;gion, s'&#233;taient insurg&#233;s. D&#232;s le mois de mai 79, les pasdarans furent envoy&#233;s pour les &#233;craser tandis que l'arm&#233;e classique bombardait leurs villes. Ce fut une v&#233;ritable guerre civile. La violence s'abattit aussi sur les Turkm&#232;nes pr&#232;s de la fronti&#232;re nord du pays et sur les populations arabophones du Khouzistan.
Le nouveau pouvoir n'agissait pas autrement que le r&#233;gime imp&#233;rial, qui durant des d&#233;cennies, avait violemment r&#233;prim&#233; les aspirations des peuples de ce pays, o&#249; les Persans ne forment gu&#232;re plus de la moiti&#233; de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peu apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir de Khomeiny, l'unit&#233; au sein du camp qui avait renvers&#233; la dynastie Pahlavi fit place &#224; la lutte des factions. A plusieurs reprises durant l'ann&#233;e 79, les partis la&#239;ques et organisations de gauche s'oppos&#232;rent au parti islamiste de Khomeiny qui tentait de s'imposer comme parti unique.
En protestation, des manifestations organis&#233;es par le Front national d&#233;mocratique d'Iran, un parti inspir&#233; de l'ancien ministre Mossadegh et par les partis de gauche rassembl&#232;rent des dizaines de milliers de personnes en juin et juillet 79.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Fedayins du peuple, tr&#232;s actifs pendant la r&#233;volution, obtinrent environ 10 % des voix lors des &#233;lections qui suivirent l'insurrection de f&#233;vrier 1979. Comme le parti Toudeh, qui vota la Constitution de la R&#233;publique Islamique, les Fedayins apport&#232;rent leur soutien au r&#233;gime de Khomeyni durant ses premi&#232;res ann&#233;es. Ils justifiaient ce choix en pr&#233;tendant que, dans le cadre d'une r&#233;volution par &#233;tapes, il &#233;tait n&#233;cessaire de soutenir la petite bourgeoisie nationale et d&#233;mocratique dont le repr&#233;sentant &#233;tait Khomeyni.
Seule une minorit&#233; des Fedayins fit scission en 1980 pour s'opposer au r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pouvoir des mollahs se consolidait en &#233;liminant ses contradicteurs et en s'appuyant sur une d&#233;magogie nationalistes et populiste sous l'embl&#232;me de la religion.
Une d&#233;magogie populiste car, le nouveau pouvoir affichait un discours destin&#233; aux &#171; d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#187; comme il disait, pour leur faire croire qu'il allait r&#233;pondre &#224; leurs aspirations.
Dans le m&#234;me temps, il s'attelait &#224; limiter les libert&#233;s pour les travailleurs alors que des comit&#233;s ouvriers, des organisations syndicales avaient surgi &#224; la faveur de l'&#233;lan r&#233;volutionnaire. Le droit de gr&#232;ve fut rapidement interdit, les leaders syndicaux furent arr&#234;t&#233;s et la libert&#233; de la presse supprim&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le nouveau r&#233;gime s'appuyait en m&#234;me temps sur les sentiments nationalistes et anti-am&#233;ricains.
Bazargan, alors chef du gouvernement, &#233;tait plut&#244;t favorable &#224; des relations &#233;conomiques et politiques avec les pays &#233;trangers, m&#234;me les &#201;tats-Unis. Eh bien, trop lib&#233;ral et trop pro-occidental pour le parti de Khomeiny, il n'allait pas tarder &#224; tomber !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme avait mis l'Iran &#224; sa botte avec la dictature du Shah, le r&#233;gime de Khomeyni montrait au contraire qu'il voulait avoir une plus grande marge de man&#339;uvre vis-&#224;-vis des Am&#233;ricains.
Le coup de force des &#233;tudiants du Parti de la R&#233;publique islamique contre l'ambassade des &#201;tats-Unis, le 4 novembre 1979 &#233;tait destin&#233; &#224; en finir symboliquement avec une politique qui avait &#233;t&#233; celle du r&#233;gime imp&#233;rial. Les otages de l'ambassade am&#233;ricaine ne furent lib&#233;r&#233;s que plus de 440 jours plus tard. Cette prise d'otages &#233;tait une simple et spectaculaire op&#233;ration de propagande qui affichait la volont&#233; de se d&#233;barrasser de l'emprise trop forte des &#201;tats-Unis sur l'&#201;tat iranien. Le parti de Khomeiny en fut renforc&#233;, et le gouvernement Bazargan d&#233;missionna.
Le nationalisme du nouveau r&#233;gime s'exprima &#233;galement, bien que moins brutalement, vis-&#224;-vis de l'Union sovi&#233;tique par la d&#233;nonciation du trait&#233; irano-sovi&#233;tique datant de 1921.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour consolider son pouvoir il restait &#224; Khomeiny &#224; s'imposer partout dans le pays, en particulier dans la r&#233;gion d'Azerba&#239;djan o&#249; un ayatollah influent devint le leader d'une r&#233;volte contre le pouvoir dans la ville de Tabriz. La r&#233;pression s'abattit sur le mouvement pour le r&#233;duire &#224; n&#233;ant.
En janvier 1980, lors des premi&#232;res &#233;lections pr&#233;sidentielles de la R&#233;publique islamique, c'est un proche de Khomeiny, nomm&#233; Banisadr, qui fut &#233;lu. Il &#233;tait l'un des r&#233;dacteurs de la Constitution qui donna tout le pouvoir politique &#224; l'ayatollah d&#233;sign&#233; comme guide supr&#234;me, et qui affichait aussi le nationalisme du r&#233;gime en interdisant par exemple de c&#233;der les secteurs gazier et p&#233;trolier &#224; des compagnies &#233;trang&#232;res.
Des manifestations anti-am&#233;ricaines furent organis&#233;es dans plusieurs villes et la rupture des relations diplomatiques avec les &#201;tats-Unis eut lieu en avril 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le clerg&#233; chiite et Khomeiny utilisant la religion pour tromper les masses avaient r&#233;ussi &#224; mettre en place un r&#233;gime avec une base populaire. Il donnait l'illusion d'&#234;tre au service des pauvres en prenant le contre-pied de ce qu'avait &#233;t&#233; la monarchie et en d&#233;non&#231;ant l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. D'autre part, un autre facteur joua en faveur du r&#233;gime.
Avec la chute de la monarchie, les hommes proches du Shah, bourgeois affairistes, responsables de l'administration ou de l'&#233;tat-major, avaient &#233;t&#233; nombreux &#224; fuir le pays. Cela s'ajoutait &#224; l'&#233;puration qui eut lieu parmi les dirigeants et les cadres pr&#233;c&#233;demment en place et l'&#233;conomie en fut dans un premier temps paralys&#233;e. Mais les nombreux postes devenus vacants permirent une ascension sociale certaine &#224; toute une cat&#233;gorie de subalternes, qui en furent reconnaissants au r&#233;gime.
Pour g&#233;rer les biens expropri&#233;s des ex-dignitaires de la monarchie, des fondations furent cr&#233;&#233;es. Il s'agissait en quelque sorte de nationaliser les fortunes des hommes de l'ancien r&#233;gime. La plus importante d'entre elles, la &#171; Fondation des d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#187; commen&#231;a par g&#233;rer les biens de la famille Pahlavi, avec un r&#244;le principalement caritatif. Les fondations, sous le contr&#244;le du clerg&#233;, devinrent par la suite de v&#233;ritables conglom&#233;rats &#224; capitaux publics, ayant de multiples activit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime pr&#233;tendait construire une &#233;conomie ind&#233;pendante et puissante.
Les entreprises dont les propri&#233;taires avaient disparu furent confisqu&#233;es. D'autres furent nationalis&#233;es : les banques, les caisses de retraite, des entreprises industrielles. Finalement, la part de l'&#201;tat dans l'industrie passa de 39 &#224; 70 % du capital. Seuls les secteurs de l'artisanat et du petit commerce n'ont pas &#233;t&#233; concern&#233;s par ces nationalisations. Malgr&#233; son poids, la bourgeoisie bazari, traditionnellement hostile &#224; l'&#201;tat-patron, n'avait pu emp&#234;cher les nationalisations car celles-ci s'&#233;taient impos&#233;es comme une n&#233;cessit&#233; pour faire repartir l'&#233;conomie. Le commerce ext&#233;rieur ne fut pas imm&#233;diatement mis sous le contr&#244;le de l'&#201;tat et la bourgeoisie commer&#231;ante put largement profiter des besoins du pays dans le domaine des &#233;changes et de l'importation. D'autant que ces besoins &#233;taient importants pour atteindre les objectifs affich&#233;s, tels que l'autosuffisance dans le domaine agricole, et en particulier de ne plus avoir &#224; importer de bl&#233;, objectif qui ne fut pas atteint avant 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les puissances occidentales avaient perdu un pays ami, elles ne purent supporter plus longtemps ce r&#233;gime anti-am&#233;ricain, impr&#233;visible et capable de leur tenir t&#234;te, en raison de sa base populaire.
Les Occidentaux esp&#233;raient se d&#233;barrasser de Khomeiny gr&#226;ce &#224; Saddam Hussein.
Il s'agissait pour les puissances imp&#233;rialistes d'utiliser l'&#201;tat irakien, la&#239;que et dirig&#233; par des musulmans sunnites, pour mener la guerre &#224; l'Iran et faire tomber le r&#233;gime chiite iranien. L'Irak se lan&#231;a &#224; l'attaque de l'Iran en septembre 1980 en passant la fronti&#232;re au sud, dans la r&#233;gion du Khouzistan o&#249; l'arm&#233;e irakienne pr&#233;tendait arriver en lib&#233;ratrice, cette r&#233;gion &#233;tant majoritairement arabe. Au bout de quelques semaines, la ville portuaire iranienne de Khorramchahr sur le golfe arabo-persique &#233;tait prise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le conflit dura huit ans, jusqu'en 1988.
Il permit au r&#233;gime islamique d'invoquer l'unit&#233; nationale pour r&#233;sister &#224; l'invasion, d'&#233;liminer au passage les opposants, et de se consolider. Le Hezbollah se renfor&#231;a comme parti unique en b&#226;illonnant et en pourchassant toute l'opposition. C'est de cette &#233;poque que date l'interdiction des partis. Ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme des ennemis de dieu sont condamn&#233;s &#224; mort. Ils peuvent &#234;tre communistes, mais d'autres, par exemple les adeptes de la religion Baha&#239;, un schisme de l'islam chiite, sont aussi trait&#233;s de cette fa&#231;on.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la faveur du conflit, un v&#233;ritable apartheid institutionnel fut impos&#233; aux femmes qui eurent l'obligation de porter le voile &#224; l'ext&#233;rieur du domicile et sur les lieux de travail. Une grande partie des femmes de la petite bourgeoisie urbaine, d'employ&#233;es, perdirent leur emploi. Elles &#233;taient d&#233;j&#224; peu nombreuses &#224; avoir un travail r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; l'&#233;poque de la monarchie et cela s'aggrava dans les premi&#232;res ann&#233;es du nouveau r&#233;gime. C'&#233;tait une v&#233;ritable r&#233;gression pour les femmes de ces milieux. La loi islamique, la charia, fut aussi impos&#233;e et l'&#233;ducation des enfants fut strictement encadr&#233;e par les religieux.
Les partis politiques devaient s'aligner, reconna&#238;tre la Constitution de la R&#233;publique islamique et la supr&#233;matie du chef religieux &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'invasion arm&#233;e suscita une vive r&#233;action patriotique des Iraniens. Khomeiny et les mollahs b&#233;n&#233;fici&#232;rent donc de l'invasion irakienne pour rassembler la population derri&#232;re eux. Durant les deux premi&#232;res ann&#233;es, il y avait une quasi unanimit&#233; pour suivre l'appel de Khomeiny &#224; la &#171; d&#233;fense de la patrie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opposition tenta pourtant de relever la t&#234;te ; il y eut des sursauts de r&#233;sistance et des manifestations en 1980 et 1981. A l'Universit&#233;, le parti de Khomeiny, le Hezbollah, cherchait &#224; expulser toutes les formations politiques qui ne le suivaient pas et il y eut de violents affrontements. Finalement, l'Universit&#233; fut ferm&#233;e pour deux ans par le gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En juin 1981, apr&#232;s la r&#233;pression brutale d'un rassemblement organis&#233; &#224; T&#233;h&#233;ran par les Moudjahedines du peuple, ceux-ci entr&#232;rent en r&#233;sistance par une lutte arm&#233;e et des actions spectaculaires. Par exemple, ils firent sauter le si&#232;ge du Parti de la R&#233;publique islamique, tuant plusieurs dizaines de membres &#233;minents du r&#233;gime. Le pouvoir accrut encore la r&#233;pression contre tous ceux qui &#233;taient suspect&#233;s de liens avec les Moudjahedines, car ce parti avait attir&#233; beaucoup de jeunes de la petite bourgeoisie et avait de nombreux liens au sein m&#234;me de l'appareil d'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'apr&#232;s Amnesty International, il y aurait eu environ 1 800 ex&#233;cutions d'opposants de juin &#224; septembre 1981.
La guerre civile contre les Moudjahedines et des groupes de gauche dura tout au long de l'ann&#233;e qui suivit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte de terreur qu'Ali Khamenei, membre du clerg&#233; interm&#233;diaire et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti de la R&#233;publique islamique, devint pr&#233;sident de la R&#233;publique. Il choisit Mir Hossein Moussavi comme Premier ministre, le m&#234;me homme qui fait aujourd'hui parler de lui en d&#233;non&#231;ant les irr&#233;gularit&#233;s de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parall&#232;lement, l'Irak prenait le dessus dans la guerre. A la fin de l'ann&#233;e 1980, son arm&#233;e avait d&#233;truit la raffinerie d'Abadan et &#233;tabli un front de 500 km de long en Iran.
Devant la ville de Khorramshahr, majoritairement arabophone, les Irakiens avaient rencontr&#233; une r&#233;sistance populaire inattendue. Les Arabes et les sunnites de cette r&#233;gion ne voyaient pas avec sympathie l'occupation des troupes irakiennes car pour eux, comme pour les Persans et les chiites dans tout le pays, le r&#233;gime islamique de Khomeiny &#233;tait le r&#233;sultat de leur soul&#232;vement pour se d&#233;barrasser de la domination &#233;trang&#232;re et de l'oppression sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le gouvernement iranien tentait de r&#233;organiser l'arm&#233;e traditionnelle, affaiblie par l'&#233;puration des officiers royalistes et priv&#233;e de l'aide am&#233;ricaine ; il mobilisa l'Arm&#233;e des Gardiens de la r&#233;volution et la population, dans des milices de volontaires, les bassiji. Parmi eux, il y avait un certain Ahmadinejad qui aurait alors &#233;t&#233; instructeur de ces jeunes pr&#234;ts &#224; mourir pour le nouveau r&#233;gime. De tr&#232;s jeunes gens, des enfants, furent alors engag&#233;s au combat dans ces milices, avec un esprit de sacrifice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tant et si bien qu'apr&#232;s presque deux ans de guerre, en juin 1982, l'arm&#233;e irakienne dut &#233;vacuer tout le territoire iranien.
A son tour, le pouvoir iranien d&#233;cida d'attaquer le territoire irakien. En juillet, l'arm&#233;e iranienne passait la fronti&#232;re irakienne et progressait en direction de la ville de Bassorah.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait un tournant &#224; la fois militaire et politique, car d&#232;s lors le r&#233;gime ne pouvait plus se servir de l'argument de la d&#233;fense du territoire national pour obtenir le consensus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La contre-attaque iranienne allait faire durer la guerre plusieurs ann&#233;es encore.
Des protestations commenc&#232;rent &#224; s'&#233;lever et, en 1983, des manifestations contre le r&#233;gime &#233;volu&#232;rent en affrontements avec la police dans plusieurs villes.
Pour la jeunesse iranienne, la seule perspective devenait l'enr&#244;lement et le sacrifice au nom de l'islam chiite. Ceux d'entre eux qui n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; aller se battre sur le front &#233;taient condamn&#233;s &#224; aller nettoyer les champs de mines, en les faisant sauter avec eux. Des centaines de milliers d'hommes jeunes fuirent alors dans un v&#233;ritable exode, vers les pays d'Europe ou d'Am&#233;rique du nord pour les plus riches, et &#224; pied vers la Turquie ou l'Inde pour les autres, quand ils en avaient les moyens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que l'Union sovi&#233;tique signait un accord de coop&#233;ration avec l'Irak, le gouvernement d&#233;cida d'en finir avec les communistes. Le parti Toudeh connut des milliers d'arrestations et de nombreuses ex&#233;cutions. Depuis, le Toudeh a presque disparu et la majorit&#233; de ses membres, quand ils n'ont pas abdiqu&#233; devant le r&#233;gime islamique, vivent en exil.
De son c&#244;t&#233;, l'Organisation des Moudjahedines du Peuple, dont les dirigeants et militants s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s en Irak, continu&#232;rent &#224; combattre le r&#233;gime de Khomeiny en participant &#224; la guerre aux c&#244;t&#233;s de l'&#201;tat irakien, et ils &#233;tablirent une base de combat dans ce pays en 1986. Ce choix militaire des Moudjahedines les discr&#233;dita largement aupr&#232;s de la population d'Iran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de 1984, les forces arm&#233;es des deux camps s'en prirent syst&#233;matiquement aux installations industrielles et p&#233;troli&#232;res de l'adversaire.
Mais la guerre durait, et quand l'Irak reprit le dessus vers la fin de l'ann&#233;e 1987, il devint bien plus difficile au r&#233;gime iranien d'emp&#234;cher la d&#233;moralisation des combattants et l'usure de la population qui fut massivement bombard&#233;e par l'aviation irakienne dans plusieurs villes importantes.
C'est avec l'aide militaire des puissances imp&#233;rialistes, dont la France, que les arm&#233;es irakiennes avaient repris le dessus depuis plusieurs mois. Les Am&#233;ricains d&#233;truisirent d'ailleurs eux-m&#234;mes des plate-formes p&#233;troli&#232;res, puis une grande partie de la flotte iranienne. Accul&#233;, l'Iran accepta de terminer cette guerre en juillet 1988.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au bilan, il y eut plus d'un million de morts. Des centaines de milliers d'hommes, dont beaucoup &#233;taient tr&#232;s jeunes, furent en outre gaz&#233;s ou mutil&#233;s. En Iran, des millions de personnes furent d&#233;plac&#233;es, car une grande partie des combats eurent lieu sur le sol iranien.
Les cons&#233;quences de la guerre furent catastrophiques pour les deux pays.
Les destructions &#233;taient tr&#232;s importantes : des villes &#233;taient an&#233;anties, des r&#233;gions enti&#232;res d&#233;vast&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Iran est sorti ravag&#233; et affaibli par cette guerre. Et l'Irak aussi. A l'issue du conflit, les deux pays &#233;taient &#224; nouveau plong&#233;s, pour des ann&#233;es, dans le sous-d&#233;veloppement et la d&#233;pendance &#233;conomique vis-&#224;-vis des m&#234;mes pays qui avaient aliment&#233; en armement les deux camps oppos&#233;s. En effet, si les Occidentaux ont soutenu l'Irak, ils ont vendu des armes des deux c&#244;t&#233;s. M&#234;me les &#201;tats-Unis le firent, par l'interm&#233;diaire d'Isra&#235;l car c'est l'&#201;tat d'Isra&#235;l, tr&#232;s li&#233; &#224; l'Iran &#224; l'&#233;poque du Shah, qui a &#233;t&#233; l'un de ses principaux fournisseurs de mat&#233;riel militaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pas &#233;t&#233; en reste, il soutenait officiellement l'Irak et il a &#233;t&#233; son principal fournisseur d'armes. Au d&#233;but de la guerre, en moins de trois ans, la France a vendu pour plus de quarante milliards de francs d'armements &#224; Bagdad. Mais plusieurs entreprises fran&#231;aises dont Luchaire et Dassault, ont aussi vendu des armes &#224; l'Iran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan politique, en Iran comme en Irak, la guerre a renforc&#233; les plus conservateurs et les courants r&#233;actionnaires au pouvoir. La situation leur permit de justifier la suppression de tout droit d&#233;mocratique et d'&#233;liminer les opposants.
Les forces d'opposition furent d&#233;cim&#233;es et la classe ouvri&#232;re contrainte au silence, ce qui par ailleurs ne pouvait que r&#233;jouir les &#201;tats imp&#233;rialistes et en premier lieu les &#201;tats-Unis qui finan&#231;aient pendant ces ann&#233;es les mouvements anti-communistes en Afghanistan, depuis les Moudjahedines combattant la pr&#233;sence arm&#233;e sovi&#233;tique, jusqu'aux talibans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pouvoir religieux put accentuer sa mainmise sur la soci&#233;t&#233; et sur l'arm&#233;e et c'est dans ce contexte que plusieurs courants religieux et politiques chiites, islamistes, sont devenus plus puissants et plus actifs.
Le poids et l'effectif de l'arm&#233;e id&#233;ologique du r&#233;gime, des pasdarans, s'accrut. Le r&#233;gime put trouver de nombreux partisans parmi les hommes qui furent int&#233;gr&#233;s en grand nombre dans l'appareil militaire et paramilitaire. Trouver du travail &#233;tait alors tr&#232;s difficile, et l'Arm&#233;e des Gardiens de la r&#233;volution, comme les milices bassidji, repr&#233;sentaient l'un des rares moyens pour les hommes de pouvoir toucher un salaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ch&#244;mage massif, le rationnement mis en place par le gouvernement, favoris&#232;rent le d&#233;veloppement du march&#233; noir alors que l'inflation galopait. Toute une &#233;conomie commer&#231;ante souterraine se mit en place durant la guerre, au b&#233;n&#233;fice de la bourgeoisie des marchands du Bazar, eux-m&#234;mes proches du pouvoir.
Les importations furent tr&#232;s fortement r&#233;duites durant cette p&#233;riode mais l'&#233;conomie du pays, presque en autarcie, ne s'&#233;croula pas. Elle r&#233;sista et le r&#233;gime religieux tint le coup.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Khomeini mourut en 1989, un an apr&#232;s la fin de la guerre. Durant ses dix ans de pouvoir, le r&#233;gime avait r&#233;ussi &#224; se consolider, m&#234;me si l'enrichissement de nouveaux riches li&#233;s au r&#233;gime, les &#171; initi&#233;s &#187;, et de trafiquants divers, avait sans doute d&#233;&#231;u les espoirs des classes populaires qui avaient esp&#233;r&#233; que le changement de r&#233;gime mettrait fin aux injustices et aux profondes in&#233;galit&#233;s d&#233;velopp&#233;es durant la monarchie. Le r&#233;gime islamique n'avait plus le soutien enthousiaste des premi&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ali Khamenei, toujours en place aujourd'hui comme guide supr&#234;me, fut le successeur de Khomeiny. Il eut pour premier pr&#233;sident, le richissime homme d'affaires Rafsandjani, qui dirigeait alors le parlement. Durant les huit ann&#233;es de pr&#233;sidence Rafsandjani, l'affairisme alla bon train.
Cet homme extr&#234;mement riche est aujourd'hui encore l'un des piliers du r&#233;gime, membre dirigeant des plus hautes institutions du pays, comme le Conseil de discernement des int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat, mis en place pour arbitrer les conflits entre les cliques se disputant le pouvoir.
Avec Rafsandjani, le discours du gouvernement se d&#233;barrassa en partie des justifications id&#233;ologiques et, sous le mot d'ordre de &#171; reconstruction &#187;, des privatisations d&#233;but&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1997, l'ayatollah Khatami, connu pour &#234;tre un r&#233;formateur, fut &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence du gouvernement avec un score de 70 %. Son &#233;lection suscitait des espoirs dans la petite bourgeoisie intellectuelle, car son programme promettait plus de libert&#233; et de d&#233;mocratie.
Mais peu apr&#232;s, en juillet 1999, un mouvement d'&#233;tudiants qui r&#233;clamaient plus de libert&#233;s fut r&#233;prim&#233; et plusieurs d'entre eux furent condamn&#233;s &#224; mort. Une nouvelle vague de r&#233;pression s'abattit ensuite sur les intellectuels, tandis que de nombreux journaux &#233;taient ferm&#233;s. Apr&#232;s cette vague de r&#233;pression, les r&#233;formateurs perdirent la popularit&#233; dont ils avaient b&#233;n&#233;fici&#233;, car elle &#233;tait bas&#233;e sur les illusions d&#233;mocratiques que leur arriv&#233;e au gouvernement avait suscit&#233;es. La r&#233;&#233;lection de Khatami pour un second mandat fut nettement moins triomphale. C'est cet homme qui est aujourd'hui l'une des figures de l'opposition au gouvernement qui lui a succ&#233;d&#233; en 2005, celui d'Ahmadinejad. Ahmadinejad gagna les &#233;lections pr&#233;sidentielles en d&#233;non&#231;ant la corruption. Une partie de la population pauvre fut sensible &#224; son discours inspir&#233; des slogans de 79 comme celui de la &#171; r&#233;publique des pauvres &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Iran a &#233;volu&#233; depuis trente ans. Si le r&#233;gime islamique est bien toujours le m&#234;me pouvoir r&#233;actionnaire, il y a eu par contre d'importantes transformations dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me s'il reste encore un pilier essentiel du r&#233;gime, toutes cliques confondues, le poids politique de l'islam n'est pas aussi grand qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; les mollahs arriv&#232;rent au pouvoir.
Le r&#233;gime n'est plus autant en ad&#233;quation avec la soci&#233;t&#233; qu'il l'&#233;tait alors, dans une soci&#233;t&#233; plus agraire qu'aujourd'hui. La jeunesse qui n'a connu que la R&#233;publique islamique, si elle n'est pas forc&#233;ment anti-religieuse, est de plus en plus anticl&#233;ricale et aspire &#224; plus de libert&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La population a beaucoup augment&#233; : de 34 millions d'habitants en 1976, elle est pass&#233;e &#224; 70 millions. La soci&#233;t&#233; est aussi devenue plus urbaine : une &#233;volution qui avait commenc&#233; &#224; l'&#233;poque du Shah, et qui s'est accentu&#233;e depuis : moins de 40 % des Iraniens vivaient en ville en 1966, 47 % dix ans plus tard, et ils sont pr&#232;s de 70 % aujourd'hui.
Depuis l'&#233;poque du Shah, la composition de la soci&#233;t&#233; a aussi &#233;volu&#233;.
La f&#233;condit&#233;, qui &#233;tait de plus de six enfants par femme jusque dans les ann&#233;es 80, a &#233;t&#233; divis&#233;e par trois. Cela est d&#251; en partie &#224; la politique de contr&#244;le des naissances qui a facilit&#233; l'acc&#232;s &#224; la contraception apr&#232;s la guerre, &#224; la fin des ann&#233;es 80. Plus de 80 % de la population f&#233;minine de T&#233;h&#233;ran aurait recours &#224; la planification familiale, et dans les campagnes la contraception est aussi de plus en plus utilis&#233;e.
D'autre part, la population &#233;tait largement illettr&#233;e sous le Shah, et ce n'est plus le cas maintenant.
Les taux de scolarisation et d'alphab&#233;tisation ont beaucoup progress&#233;. A l'&#233;poque du Shah, une grande partie des hommes et les deux tiers des femmes &#233;taient illettr&#233;s. Ces proportions sont tomb&#233;es &#224; 20 et 25 % de la population en 1996 et se sont encore am&#233;lior&#233;es depuis.
La population iranienne acc&#232;de bien plus aux savoirs que dans le pass&#233;, et c'est un changement important, l'un de ceux qui peuvent miner le r&#233;gime islamique, d'autant plus que les femmes ont particuli&#232;rement su profiter de cette &#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation des femmes, la place qu'elles ont su prendre dans la soci&#233;t&#233; constituent une &#233;volution majeure qui sape le machisme officiel. Elles acc&#232;dent de plus en plus aux emplois salari&#233;s, m&#234;me si elles sont encore fortement minoritaires dans la population active.
Et en ce qui concerne l'&#233;cole, elles sont en train de rattraper les hommes. Il est significatif que sur un million et demi de jeunes qui font des &#233;tudes sup&#233;rieures, plus de la moiti&#233; sont des femmes. C'est mieux que dans la plupart des pays voisins, m&#234;me quand ils sont soutenus par les Occidentaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela fait partie des paradoxes de cette soci&#233;t&#233;, car il y a bien une s&#233;gr&#233;gation institutionnelle contre les femmes, mais elles ont su la d&#233;tourner et la contourner, pour b&#233;n&#233;ficier du meilleur que la soci&#233;t&#233; peut proposer. Elles ont su r&#233;sister aux r&#232;gles les plus r&#233;actionnaires, comme celles concernant le mariage, qui pouvait leur &#234;tre impos&#233; &#224; partir de l'&#226;ge de neuf ans d'apr&#232;s les lois de la R&#233;publique islamique ; or elles ont obtenu que cet &#226;ge l&#233;gal soit r&#233;vis&#233;, et dans la r&#233;alit&#233; elles se marient en moyenne &#224; l'&#226;ge de vingt-trois ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;volution s'est donc faite dans un sens oppos&#233; &#224; l'id&#233;ologie r&#233;actionnaire du r&#233;gime.
Apr&#232;s avoir bris&#233; ses adversaires, il a obtenu un certain consensus et il a cru pouvoir modeler la soci&#233;t&#233; par ses lois, mais il n'a pu emp&#234;cher une &#233;volution, qui est le ferment des bouleversements futurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; &#233;conomique, depuis les nombreuses nationalisations r&#233;alis&#233;es apr&#232;s la chute du Shah, le secteur public domine. Les mollahs en ont pris le contr&#244;le et ils s'enrichissent par le biais des entreprises &#233;tatis&#233;es. Ils s'ach&#232;tent aussi une client&#232;le en redistribuant une partie de la rente p&#233;troli&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Iran est le quatri&#232;me plus gros producteur de p&#233;trole au monde et d&#233;tient les deuxi&#232;mes plus grandes r&#233;serves de gaz. La d&#233;pendance de l'&#201;tat vis-&#224;-vis des recettes de la vente du p&#233;trole &#233;tait totale &#224; l'&#233;poque du Shah et elle est encore importante aujourd'hui car les ventes de p&#233;trole forment 60 % des recettes budg&#233;taires de l'&#201;tat, et les hydrocarbures constituent 80 % du montant des exportations.
Pour &#234;tre fluctuantes avec le cours du p&#233;trole, les recettes p&#233;troli&#232;res permettent le financement d'un certain d&#233;veloppement industriel.
De nouvelles routes ont &#233;t&#233; construites, l'&#233;lectricit&#233; a &#233;t&#233; amen&#233;e dans les r&#233;gions les plus recul&#233;es, et des progr&#232;s ont &#233;t&#233; accomplis dans l'&#233;ducation et la protection sociale. Le syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale qui inclut assurance maladie et retraite, m&#234;me tr&#232;s insuffisant, couvrirait 85 % de la population d'apr&#232;s les donn&#233;es officielles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Iran reste n&#233;anmoins un pays sous-d&#233;velopp&#233;. Il est d'ailleurs significatif qu'une partie du carburant dont le pays a besoin doit &#234;tre import&#233;. D'apr&#232;s le Wall Street Journal, &#171; faute de capacit&#233; de raffinage, l'Iran doit importer 140 000 barils d'essence et de gazole par jour, pour un co&#251;t de 5 &#224; 7 milliards de dollars par an &#187;. L'essentiel de cet approvisionnement en d&#233;riv&#233;s raffin&#233;s est assur&#233; par des compagnies europ&#233;ennes et asiatiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s le renversement du Shah, il y a eu peu d'investissements dans le domaine de la transformation des ressources naturelles. Le co&#251;t &#233;conomique de la guerre contre l'Irak n'est pas &#233;tranger &#224; cette situation. Ainsi, la raffinerie de p&#233;trole d'Abadan qui produisait 40 % de l'ensemble des produits raffin&#233;s en Iran a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;truite pendant la guerre.
Alors, l'Iran est toujours la proie des grands groupes &#233;trangers, comme Total qui s'y &#233;tait implant&#233; en 1954 apr&#232;s le renversement du gouvernement Mossadegh.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 90, le gouvernement fit appel &#224; l'investissement &#233;tranger pour r&#233;habiliter et d&#233;velopper un complexe &#233;nerg&#233;tique dans le but d'accro&#238;tre la production de p&#233;trole.
Les multinationales d'Europe ou d'Asie qui sont en outre tr&#232;s int&#233;ress&#233;es par l'exploitation de l'&#233;norme r&#233;servoir de gaz, partag&#233; entre le Qatar et l'Iran, ont envisag&#233; des investissements de plusieurs milliards de dollars conjointement avec les groupes iraniens. On comprend pourquoi Margerie, le PDG de Total, se pressait en f&#233;vrier 2008, &#224; la r&#233;ception d'anniversaire du r&#233;gime islamique, souhaitant renforcer la pr&#233;sence de son groupe en Iran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; les sanctions &#233;conomiques impos&#233;es par les &#201;tats-Unis, les investissements &#233;trangers directs n'ont pas cess&#233; de cro&#238;tre depuis 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement islamique qui voulait, il y a trente ans, r&#233;duire la d&#233;pendance aux revenus p&#233;troliers pour limiter la pression imp&#233;rialiste, n'a pas le choix, il reste d&#233;pendant des pays imp&#233;rialistes capables de faire les investissements n&#233;cessaires &#224; l'exploitation des ressources naturelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; les sanctions internationales, le gouvernement tente de d&#233;velopper les technologies et la production d'&#233;nergie nucl&#233;aire.
Ce n'est pas une pr&#233;occupation nouvelle puisque c'est le Shah qui avait lanc&#233; le programme nucl&#233;aire dans les ann&#233;es 60. A l'&#233;poque, de nombreux contrats furent pass&#233;s avec les &#201;tats-Unis, l'Allemagne ou la France. C'est ainsi qu'en 1974 l'Iran entrait dans le capital du consortium europ&#233;en d'enrichissement d'uranium, Eurodif, &#224; hauteur de 10 %, ce qui lui donnait droit &#224; 10 % de la production d'uranium enrichi.
Les puissances occidentales font actuellement de grosses pressions destin&#233;es &#224; emp&#234;cher l'Iran de se doter d'une industrie nucl&#233;aire.
Le r&#233;gime iranien nie vouloir fabriquer des armes nucl&#233;aires. Mais, m&#234;me si c'est en r&#233;alit&#233; ce qu'il cherche &#224; faire -ce qui est bien possible-, il y a une r&#233;elle hypocrisie de la part des &#201;tats-Unis &#224; vouloir l'en emp&#234;cher alors que plusieurs &#201;tats voisins, le Pakistan, l'Inde et Isra&#235;l, disposent de cette technologie et des armes atomiques. C'est le droit du plus fort que les &#201;tats-Unis imposent en interdisant &#224; l'Iran de poss&#233;der la technologie nucl&#233;aire, alors qu'ils sont eux les seuls &#224; s'&#234;tre servis de la bombe atomique jusqu'&#224; pr&#233;sent.
En fait, les pressions occidentales sur ce sujet ont pour objectif d'accentuer la d&#233;pendance de l'&#201;tat iranien en le privant d'une industrie nucl&#233;aire. D'autre part, l'Iran cherche &#224; s'affirmer comme puissance r&#233;gionale en &#233;tablissant des liens avec les pays voisins, ce qui d&#233;plait profond&#233;ment aux &#201;tats-Unis dans le mesure o&#249; le r&#233;gime est fier de tenir t&#234;te aux Occidentaux et ne se plie pas aux exigences am&#233;ricaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant ces derni&#232;res d&#233;cennies, l'industrie s'est tout de m&#234;me d&#233;velopp&#233;e en Iran, en particulier le secteur de la production automobile.
C'est maintenant une industrie qui emploie 500 000 ouvriers.
Les groupes locaux Saipa et Iran Khodro se sont li&#233;s &#224; des groupes &#233;trangers tels que PSA, Renault, Kia ou Mercedes-Benz. Avec plus d'un million de v&#233;hicules assembl&#233;s en 2008, la production automobile est devenue sup&#233;rieure &#224; celle de l'Italie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le march&#233; iranien int&#233;resse tant les capitalistes &#233;trangers qu'ils sont pr&#234;ts &#224; y prendre des risques. Ainsi un ex-directeur de Peugeot Iran, &#233;voquait en 2008, dans le journal Le Figaro, &#171; la 206 et la 405, toutes deux assembl&#233;es en Iran, constituent pr&#232;s de 30 % du march&#233; automobile iranien, et il n'est pas question pour Peugeot de renoncer &#224; ses activit&#233;s &#187;. Et il pr&#233;cisait &#171; &#8230;mieux vaut pr&#233;server jalousement sa place en Iran, pays riche en p&#233;trole et dot&#233; d'une population de 70 millions d'habitants &#224; riche potentiel de consommation, plut&#244;t que de voir un hypoth&#233;tique compromis avec Washington favoriser un jour le retour des groupes am&#233;ricains &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec le march&#233; int&#233;rieur, une bourgeoisie iranienne s'est aussi d&#233;velopp&#233;e d'autant qu'elle a &#233;t&#233; favoris&#233;e par la politique du r&#233;gime avec des privatisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; celles-ci, jusqu'en 2006, l'essentiel de l'industrie lourde, des t&#233;l&#233;communications, des transports publics, du secteur &#233;nerg&#233;tique et minier, et du commerce ext&#233;rieur &#233;tait toujours sous le contr&#244;le de l'&#201;tat.
Durant ces ann&#233;es, des dizaines d'entreprises industrielles ont &#233;t&#233; c&#233;d&#233;es &#224; leurs directeurs &#224; des &#171; prix de complaisance &#187; (d'apr&#232;s Le monde diplomatique), une pratique qui s'est poursuivie depuis. L'ayatollah Khamenei, le guide supr&#234;me, demanda au gouvernement d'acc&#233;l&#233;rer les privatisations. Il exigea simultan&#233;ment une meilleure protection juridique des droits de propri&#233;t&#233;, pour selon ses termes &#171; favoriser une hausse des investissements priv&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les entreprises importantes qui ont &#233;t&#233; privatis&#233;es, la sucrerie Haft Tapeh &#233;tait &#224; l'origine l'un des grands projets industriels du Shah. Elle d&#233;buta en 1975 par l'exploitation de 12 000 hectares de canne &#224; sucre dans le Khouzistan et fut l'une des plus grosses productrices de sucre raffin&#233; au monde. Il y a quelques ann&#233;es, sa capacit&#233; de production &#233;tait devenue quatre fois plus importante qu'en 1979.
En 2007, le gouvernement d&#233;cida de privatiser l'usine et elle fut c&#233;d&#233;e &#224; l'ayatollah Djannati, par ailleurs pr&#233;sident du Conseil des Gardiens de la Constitution. Loin de favoriser le d&#233;veloppement industriel, le passage d'une telle entreprise entre les mains d'un propri&#233;taire priv&#233;, tout ayatollah qu'il soit, n'aboutit &#224; rien de bon car ce bourgeois avide de profits agit comme cela se fait ailleurs, en cherchant &#224; vendre l'usine et les terres dans le cadre d'une op&#233;ration immobili&#232;re lui offrant un b&#233;n&#233;fice imm&#233;diat s&#251;rement plus important que la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les privatisations ne profitent pas seulement aux hauts membres du clerg&#233;, mais aussi &#224; l'Arm&#233;e des Gardiens de la r&#233;volution, dont le poids politique et &#233;conomique est de plus en plus important.
Apr&#232;s la fin du conflit contre l'Irak, &#224; partir des ann&#233;es 90, des pasdarans ont obtenu des postes-cl&#233; un peu partout : dans l'administration, les minist&#232;res, les pr&#233;fectures.
Les dirigeants de cette arm&#233;e, de plus en plus influents dans l'appareil d'&#201;tat, contr&#244;lent aussi de nombreuses activit&#233;s &#233;conomiques et financi&#232;res. Ils sont propri&#233;taires de ports commerciaux, d'a&#233;roports, de compagnies a&#233;riennes civiles, et de nombreuses entreprises dans des secteurs tr&#232;s vari&#233;s. Ils dirigent une partie des secteurs du p&#233;trole et de l'armement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces militaires ont aussi la mainmise sur les Fondations qui g&#232;rent des capitaux importants, dont l'aide sociale destin&#233;e aux plus d&#233;favoris&#233;s. Ces fondations, semi-publiques, &#233;chappent au contr&#244;le de l'administration et sont exempt&#233;es de taxes.
Les chefs de l'Arm&#233;e des Gardiens de la r&#233;volution tendent &#224; renforcer leur emprise sur tout ce qui rapporte de l'argent. Il s'agit d'une nouvelle composante de la bourgeoisie, toute d&#233;vou&#233;e au r&#233;gime cl&#233;rical qui pourvoit &#224; son enrichissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette situation d&#233;plait s&#251;rement &#224; certaines fractions du clerg&#233; et de la bourgeoisie, dont un bon nombre de notables ont perdu des postes, et de l'influence, au profit des chefs des pasdarans.
La bourgeoisie du Bazar a par ailleurs perdu son monopole sur le commerce avec le d&#233;veloppement des centres commerciaux dans les banlieues des grandes villes.
L'ex-pr&#233;sident Rafsandjani se fait peut-&#234;tre l'&#233;cho du m&#233;contentement de ce milieu. Son opposition d&#233;clar&#233;e au pr&#233;sident Ahmadinejad a r&#233;cemment abouti &#224; l'arrestation de membres de sa famille, comme c'est le cas pour d'autres notables influents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces &#233;volutions ont contribu&#233; &#224; ce que le centre de gravit&#233; de la soci&#233;t&#233; iranienne se d&#233;place vers les villes o&#249; la classe ouvri&#232;re est de plus en plus importante avec toutes les contradictions sociales que cela entra&#238;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peu apr&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir en 2005, Ahmadinejad d&#233;clarait vouloir, &#171; mettre l'argent du p&#233;trole sur la table des Iraniens &#187;. Ainsi, il a tent&#233; de gagner les faveurs des plus pauvres en facilitant le cr&#233;dit et en distribuant un certain nombre d'aides sociales, utilisant pour cela une partie de la rente p&#233;troli&#232;re qui &#233;voluait alors favorablement avec la hausse du prix du p&#233;trole brut. Il a aussi octroy&#233; une augmentation significative des salaires mais elle fut rapidement rattrap&#233;e par une inflation importante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mesures du gouvernement, aides et pr&#234;ts bancaires, octroy&#233;s par les institutions publiques et les fondations sont bien insuffisantes pour compenser l'inflation chronique, le travail mal pay&#233; et le ch&#244;mage. D'autant plus qu'il y a eu de nombreux licenciements depuis deux ans et qu'un nombre croissant de travailleurs se trouvent maintenant sans emploi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail pr&#233;caire est la r&#232;gle, et les salari&#233;s qui sont embauch&#233;s avec un contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e ne repr&#233;sentent qu'environ 20 % de l'ensemble. Les salaires sont tr&#232;s bas. Ils se situent souvent entre des montants &#233;quivalents &#224; 100 et 200 &#8364;,
Et ils sont en plus, fr&#233;quemment pay&#233;s avec des mois de retard, voire jusqu'&#224; un an dans certains cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les travailleurs, en ce qui concerne les droits et les possibilit&#233;s de s'organiser la situation n'est gu&#232;re meilleure aujourd'hui qu'&#224; l'&#233;poque du Shah. Les seules organisations ouvri&#232;res reconnues sont les Conseils islamiques du travail dont les dirigeants sont d&#233;sign&#233;s par le r&#233;gime.
Mais des luttes ont lieu, parfois tr&#232;s dures, comme celle des ouvriers de la sucrerie Haft-Tapeh qui ont r&#233;clam&#233; le limogeage du directeur et la dissolution du conseil islamique du travail, revendiquant le droit &#224; la constitution d'un syndicat ind&#233;pendant. Les miliciens au service du r&#233;gime ont molest&#233; les gr&#233;vistes, leurs manifestations ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es et plusieurs ouvriers qui s'&#233;taient mis en avant ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Le mouvement ne s'est pourtant pas arr&#234;t&#233; l&#224;, les ouvriers ont demand&#233; la lib&#233;ration de leurs camarades, puis en 2009, le &#171; Syndicat des travailleurs de la sucrerie &#187;, un syndicat non inf&#233;od&#233; aux mollahs, a vu le jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; l'interdiction des gr&#232;ves et des syndicats ind&#233;pendants les travailleurs se battent, pour imposer leurs revendications et parfois celle de l'existence d'un syndicat libre.
C'est ainsi qu'a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; le &#171; Syndicat des travailleurs de la compagnie d'autobus de T&#233;h&#233;ran &#187;. Ce syndicat est rest&#233; totalement clandestin jusqu'&#224; l'organisation en 2005, d'une gr&#232;ve r&#233;ussie pour l'augmentation des salaires. La r&#233;pression s'abattit alors rapidement sur les leaders syndicaux qui furent emprisonn&#233;s avec des peines de plusieurs ann&#233;es. Apr&#232;s une nouvelle gr&#232;ve des travailleurs des autobus, en janvier 2006, plus d'un millier d'entre eux furent arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les informations concernant la classe ouvri&#232;re sont sporadiques et partielles. Elles permettent seulement d'affirmer que, malgr&#233; la dictature, les travailleurs iraniens osent se d&#233;fendre et tentent &#224; l'occasion de s'organiser pour le faire. Ce que l'on peut ajouter, c'est qu'avec les contrecoups de la crise, la situation des travailleurs s'aggrave.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ch&#244;mage, en tout cas, s'aggrave, quoi que les quelques rares chiffres publi&#233;s &#224; ce sujet ne soient pas d'un grand secours. Si le taux de ch&#244;mage officiel est de 12 %, d'autres &#233;valuations donnent un taux de 30 %. Mais que signifient ces chiffres quand la grande majorit&#233; des travailleurs n'a pas d'emplois fixes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ch&#244;mage des jeunes s'aggrave plus encore. Et cette jeunesse ouvri&#232;re n'est plus la m&#234;me qu'en 1979. Elle n'est pas seulement plus nombreuse, elle est aussi plus &#233;duqu&#233;e, plus inform&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre facteur risque de contribuer &#224; la d&#233;gradation de la situation des travailleurs ainsi que, plus g&#233;n&#233;ralement, celle des classes populaires. Le niveau tr&#232;s faible des revenus de celles-ci est, dans une certaine mesure, compens&#233;, comme dans beaucoup d'autres pays pauvres, par les subventions &#233;tatiques sur les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;.
Depuis que la R&#233;publique islamique a remplac&#233; la monarchie, les denr&#233;es de base : le bl&#233;, le sucre, le gaz, l'essence et d'autres produits, sont largement subventionn&#233;es. Cette mesure &#233;tait destin&#233;e &#224; aider les plus pauvres, mais depuis 2009 le gouvernement d'Ahmadinejad a envisag&#233; de r&#233;duire ou m&#234;me de faire dispara&#238;tre ces subventions. Leur suppression progressive sur cinq ans est un projet qui a le soutien du parlement. Des allocations pour les plus pauvres, destin&#233;es &#224; limiter les cons&#233;quences de la disparition des subventions sur les produits de base, ont &#233;t&#233; envisag&#233;es, mais ces aides ne compenseraient que partiellement la hausse des prix. L'essence rationn&#233;e mais subventionn&#233;e, co&#251;te 100 toumans le litre, mais elle co&#251;te quatre fois plus lorsqu'elle n'est pas subventionn&#233;e. Le gouvernement semble craindre que la suppression des subventions s'accompagne de protestations, comme en 2007, lorsqu'un plan de rationnement de l'essence avait provoqu&#233; des &#233;meutes &#224; T&#233;h&#233;ran. C'est pourquoi fin 2009, le parlement s'est oppos&#233; &#224; la disparition totale des subventions, en particulier pour l'&#233;nergie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que le gouvernement actuel se revendique de l'aspect populiste du r&#233;gime islamique, il risque d'&#234;tre de plus en plus coinc&#233; entre ce qu'implique cette politique populiste de mesures en faveur des plus pauvres, et l'avidit&#233; de la nouvelle couche riche issue de ses propres rangs. Les h&#233;sitations autour de la question des subventions refl&#232;tent ces pr&#233;occupations contradictoires du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans quelle mesure les travailleurs sont-ils touch&#233;s par la contestation politique ? La voient-ils avec sympathie ou avec indiff&#233;rence ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement est de plus en plus largement contest&#233;, il semble m&#234;me qu'une partie de la population de petites villes rurales et de villes moyennes ait particip&#233; &#224; la contestation &#224; la fin de l'ann&#233;e 2009, alors que le monde rural a &#233;t&#233; jusque l&#224; un soutien du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mobilisation semble s'&#234;tre d&#233;velopp&#233;e surtout dans la jeunesse de la petite bourgeoisie hostile au r&#233;gime et attir&#233;e par l'Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les politiciens qui contestent le gouvernement se font les porte-parole de ceux qui, dans la bourgeoisie, souhaitent des relations plus importantes avec les pays &#233;trangers. Les liens &#233;conomiques internationaux existent, malgr&#233; l'embargo. Il est probable qu'une partie de la bourgeoisie souhaite que ces liens se renforcent, que leur pays sorte de l'isolement politique, renoue, avec les &#201;tats-Unis, d'autant qu'Obama a fait des d&#233;clarations offrant cette possibilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que Rafsandjani &#233;tait le candidat pr&#233;f&#233;r&#233; des puissances occidentales lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2005 remport&#233;e par Ahmadinejad. Or, ceux qui contr&#244;lent actuellement l'appareil d'&#201;tat en s'appuyant sur le nationalisme et l'arm&#233;e des pasdarans sont des freins &#224; cette ouverture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moussavi, un autre candidat malheureux contre Ahmadinejad, promettait, de son c&#244;t&#233;, lors de la campagne &#233;lectorale, une lib&#233;ralisation &#233;conomique et une baisse du ch&#244;mage, tout en ne remettant nullement en cause le r&#233;gime th&#233;ocratique. Une partie du personnel politique du r&#233;gime tient donc un langage promettant plus ou moins de d&#233;mocratie et cherche &#224; plaire aux Occidentaux, tandis que les hommes au pouvoir conservent un discours anti-am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les manifestants du mouvement vert n'ont en g&#233;n&#233;ral connu que le r&#233;gime de la R&#233;publique islamique et les contraintes qu'il impose. Ils ont peut-&#234;tre &#233;t&#233; encourag&#233;s &#224; contester par les dissensions qui existent au sein de l'appareil d'&#201;tat et qui s'expriment de plus en plus ouvertement, m&#234;me si elles ne sont pas nouvelles. Il se peut aussi qu'&#224; l'inverse ce soit le mouvement de contestation qui s'&#233;tant d&#233;velopp&#233; de plus en plus largement, ait permis &#224; certains pr&#233;tendants au pouvoir, issus du r&#233;gime, de se d&#233;marquer et d'appara&#238;tre comme des opposants en se faisant porter par la vague de contestation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans tous les cas, il semble que la clique disputant le pouvoir aux actuels dirigeants esp&#232;re capitaliser le m&#233;contentement pour acc&#233;der au gouvernement lors d'une &#171; R&#233;volution verte &#187; ainsi que Moussavi l'appelle de ses v&#339;ux, une r&#233;volution qui n'en porterait que le nom, comme ce fut le cas en Ukraine avec la &#171; R&#233;volution orange &#187;.
Khatami et autre Moussavi pourraient bien constituer une solution de rechange au sein m&#234;me r&#233;gime th&#233;ocratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'&#233;volution future du r&#233;gime, il n'y a pas que le rapport de forces entre clans se disputant le pouvoir qui compte. On ne peut pas faire abstraction des pressions, voire des interventions directes des grandes puissances imp&#233;rialistes, en particulier des &#201;tats-Unis. Ceux-ci pourraient parfaitement trouver leur compte dans un changement qui se limite au sommet de l'&#201;tat, o&#249; les dirigeants les plus populistes et les plus anti-am&#233;ricains seraient remplac&#233;s par des individus souhaitant l'ouverture vers l'Occident sur le plan diplomatique comme sur le plan commercial.
Que ces dirigeants aient &#233;t&#233; form&#233;s au sein du r&#233;gime islamique ne les d&#233;rangera pas. Les dirigeants des puissances imp&#233;rialistes savent f&#234;ter comme il convient le retour des enfants prodigues. En outre, une &#171; transition douce &#187; entre Ahmadinejad et un autre, sans toucher au r&#233;gime, aurait l'avantage de ne pas laisser la population se mobiliser avec ce que cela peut impliquer : si la mobilisation va en s'&#233;largissant, les classes populaires pourraient alors poser des revendications que ni la classe dirigeante locale, et encore moins l'imp&#233;rialisme, n'ont l'intention de satisfaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, &#224; Washington, on a su applaudir, au moment o&#249; elles se produisaient les r&#233;volutions &#171; Arc-en-ciel &#187; de l'Est de l'Europe ou d'Asie centrale, c'&#233;tait surtout parce que ce n'&#233;tait justement pas des r&#233;volutions, ni de pr&#232;s ni de loin. De l'Ukraine &#224; la Kirghizie, de la r&#233;volution &#171; Orange &#187; &#224; celle des &#171; Tulipes &#187;, les masses populaires n'&#233;taient convi&#233;es qu'&#224; applaudir le changement d'&#233;quipe gouvernementale, pr&#233;par&#233; dans les c&#233;nacles des cercles dirigeants conseill&#233;s par les grandes puissances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est dans les craintes des grandes puissances comme de la bourgeoisie iranienne qu'il y a de l'espoir pour tous ceux qui se revendiquent de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour autant qu'on puisse le savoir, la classe ouvri&#232;re n'est pas intervenue jusqu'&#224; pr&#233;sent dans les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent en ce moment en Iran. On peut simplement supposer que, si la contestation se r&#233;v&#232;le durable, si elle est marqu&#233;e par des affrontements, la classe ouvri&#232;re peut &#234;tre entra&#238;n&#233;e dans ce mouvement.
Les revendications mises en avant concernant la libert&#233; ou la d&#233;mocratie sont susceptibles de toucher la classe ouvri&#232;re. Elle subit la dictature des mollahs, et lorsque les travailleurs m&#232;nent leur propre combat pour des revendications salariales ou pour cr&#233;er un syndicat, ils se heurtent aux m&#234;mes Gardiens de la r&#233;volution que les &#233;tudiants. Mais c'est dans le vague des mots que r&#233;sident tous les pi&#232;ges que cette contestation, telle qu'elle est aujourd'hui, rec&#232;le pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mot &#171; libert&#233; &#187;, par exemple, s'il signifie pour tous ceux qui subissent le poids de la dictature une situation o&#249; ils n'auront plus &#224; la subir, signifie pour les dirigeants du mouvement simplement la libert&#233; de renouer avec l'Occident et, plus g&#233;n&#233;ralement comme pour toute bourgeoisie, la libert&#233; d'exploiter.
Si la classe ouvri&#232;re, en se mettant en mouvement, ne veut pas pour autant &#234;tre coinc&#233;e dans le mouvement vert et refuse le r&#244;le de fantassin dans le combat pour le pouvoir entre deux cliques, il lui faudra donner aux mots d'ordre vagues de &#171; libert&#233; &#187; et de &#171; d&#233;mocratie &#187; un tout autre contenu, qui la concerne. Ne serait-ce qu'imposer la libert&#233; de faire gr&#232;ve, la libert&#233; de cr&#233;er des organisations politiques et syndicales, la libert&#233; de se battre au nom d'objectifs propres &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la d&#233;mocratie pour les travailleurs, il n'y en aura pas plus avec un r&#233;gime th&#233;ocratique, simplement plus souple et plus pro-occidental, qu'il n'y en a avec le gouvernement actuel.
La classe ouvri&#232;re n'aura que les droits d&#233;mocratiques qu'elle aura la force et la volont&#233; d'imposer. Pour cela elle a besoin de se donner des organisations qui la repr&#233;sentent sur le terrain politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, les travailleurs se contenteront-ils de renverser le clan au pouvoir pour l'offrir &#224; un autre ?
Si, m&#234;me mobilis&#233;s, les travailleurs iraniens se contentaient de se battre contre les Ahmadinejad, Khamenei, ceux qui contr&#244;lent aujourd'hui l'appareil d'&#201;tat, ils ne feraient que tirer les marrons du feu pour d'autres religieux et des dirigeants plus mod&#233;r&#233;s comme Moussavi, ou m&#234;me, en &#233;cartant les religieux du pouvoir, pour mettre en place un r&#233;gime pro-occidental qui ne changerait rien au sort des travailleurs et des pauvres d'Iran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce serait alors une sorte de r&#233;&#233;dition &#224; l'envers du renversement de 1979.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les tr&#232;s nombreuses choses que, malheureusement, nous ignorons de la situation en Iran, il y en a une qui peut prendre une importance d&#233;cisive : qu'est-il rest&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire de 1979 dans la m&#233;moire collective des travailleurs ?
Bien s&#251;r, 1979, c'est loin dans le temps, c'est m&#234;me toute une g&#233;n&#233;ration. Mais l'exp&#233;rience collective profonde d'une classe opprim&#233;e se transmet parfois par del&#224; les g&#233;n&#233;rations. En 1979, la classe ouvri&#232;re &#233;tait pleinement actrice du soul&#232;vement populaire qui a renvers&#233; le Shah. Il n'&#233;tait &#233;crit nulle part que les religieux en prennent le contr&#244;le politique. La classe ouvri&#232;re, qui avait des traditions de lutte et d'organisation, a &#233;t&#233; combative et courageuse durant ces &#233;v&#233;nements. Elle n'a pas manqu&#233; de d&#233;termination pour aller jusqu'au bout, jusqu'au renversement du r&#233;gime d&#233;test&#233;. Ceux qui n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur, ce sont les organisations, et en particulier celles qui, de pr&#232;s ou de loin, pr&#233;tendaient diriger les classes populaires. Ni le Toudeh ni les Moujahedines du peuple ni les Fedayins n'ont repr&#233;sent&#233; une politique pour la classe ouvri&#232;re. Ils auraient quand m&#234;me pu repr&#233;senter une politique hostile &#224; la prise du pouvoir par les mollahs, mais ils ne l'ont pas fait. Il faut en conclure qu'&#224; cette &#233;poque, la seule fa&#231;on consciente de s'opposer aux mollahs &#233;tait de mener une politique repr&#233;sentant compl&#232;tement et jusqu'au bout les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des p&#233;riodes historiques qui n'admettent pas les nuances, les demis ou les quarts de mesure. Et les p&#233;riodes r&#233;volutionnaires sont des p&#233;riodes comme cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, il ne s'agit pas, dans l'&#233;tat actuel des choses et des connaissances que nous en avons, de comparer la contestation actuelle &#224; la contestation qui, &#224; partir de 1976-1977 s'est oppos&#233;e au Shah pour d&#233;boucher sur le soul&#232;vement de 1978-1979.
Il se peut que le r&#233;gime d'Ahmadinejad conserve encore des soutiens dans les couches populaires, en tout cas dans ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec ceux qui se pr&#233;tendent &#171; r&#233;formateurs &#187;. C'est cela qui permet pour le moment au gouvernement de faire face, aussi bien &#224; la contestation, qu'aux pressions des grandes puissances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il y a la r&#233;pression, les violences polici&#232;res et les arrestations, et il est difficile de deviner dans quel sens le mouvement pourrait &#233;voluer dans le cas d'une accentuation de la r&#233;pression. Le gouvernement peut craindre, &#224; juste titre, que la r&#233;pression, m&#234;me cibl&#233;e sur les &#233;tudiants contestataires, finisse par d&#233;clencher des r&#233;actions dans la jeunesse et m&#234;me plus largement dans les classes populaires. M&#234;me s'il n'est pas certain que la contestation dans les milieux &#233;tudiants, la revendication d'obtenir plus de libert&#233;, entra&#238;ne la jeunesse des classes populaires et en particulier la jeunesse ouvri&#232;re, c'est &#224; cette possibilit&#233; que devraient se pr&#233;parer ceux qui se placent dans le camp de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ce qu'on peut souhaiter, c'est que s'y pr&#233;parent tous ceux, du monde du travail ou des intellectuels, qui ont compris la signification de ce qui s'est pass&#233; en 1979. Qu'ils mettent en avant des objectifs qui, au lieu de noyer les travailleurs dans la contestation derri&#232;re la jeunesse &#233;tudiante, et surtout sous la direction du mouvement vert, cherchent au contraire &#224; les en s&#233;parer. Des objectifs qui reprennent des revendications dans lesquelles la classe ouvri&#232;re se retrouve, aussi bien des revendications mat&#233;rielles, &#233;conomiques que politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un simple changement de la clique au pouvoir ne changera rien pour l'&#233;crasante majorit&#233; des classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re organis&#233;e, d&#233;termin&#233;e &#224; d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts politiques, et par la m&#234;me occasion aussi les int&#233;r&#234;ts politiques d'autres classes populaires, en premier lieu la paysannerie, pourrait par contre changer les rapports de force entre les classes sociales et peser sur la vie politique du pays.
Alors, la classe ouvri&#232;re est physiquement pr&#233;sente dans la soci&#233;t&#233; iranienne, Mais sera-t-elle pr&#233;sente demain sur la sc&#232;ne politique ? Et trouvera-t-elle une direction qui corresponde vraiment &#224; ses int&#233;r&#234;ts ?
C'est la question-cl&#233; de la p&#233;riode &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>L'Afrique du Sud : de l'apartheid au pouvoir de l'ANC</title>
	
	
	
	

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				118 Introduction L'Afrique du Sud est, encore aujourd'hui, associ&#233;e &#224; son pass&#233; de racisme officiel. Ce pays africain dont les principales tribus sont les zoulous et les xhosas, a subi le poids du colonialisme europ&#233;en, hollandais puis britannique. Le centre &#233;conomique de cette colonie &#233;tait alors la r&#233;gion du Cap, tout au Sud du continent africain o&#249; les fermiers blancs s'&#233;taient appropri&#233; les terres. Le pays a &#233;t&#233; boulevers&#233; &#224; nouveau &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle quand de l'or et des diamants ont &#233;t&#233; (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky-62/" rel="directory"&gt;Cercle L&#233;on Trotsky&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;118&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Introduction&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;	L'Afrique du Sud est, encore aujourd'hui, associ&#233;e &#224; son pass&#233; de racisme officiel. Ce pays africain dont les principales tribus sont les zoulous et les xhosas, a subi le poids du colonialisme europ&#233;en, hollandais puis britannique. Le centre &#233;conomique de cette colonie &#233;tait alors la r&#233;gion du Cap, tout au Sud du continent africain o&#249; les fermiers blancs s'&#233;taient appropri&#233; les terres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le pays a &#233;t&#233; boulevers&#233; &#224; nouveau &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle quand de l'or et des diamants ont &#233;t&#233; d&#233;couverts dans la r&#233;gion du Transvaal, &#224; plus d'un millier de kilom&#232;tres au Nord-est du Cap. Les compagnies mini&#232;res ont alors impos&#233; le pillage des richesses du sous-sol gr&#226;ce &#224; la force militaire de l'imp&#233;rialisme britannique qui s'est abattu lourdement sur les tribus noires et sur les descendants des colons europ&#233;ens qui se d&#233;signaient eux-m&#234;mes comme Afrikaners.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Aujourd'hui encore le peuplement de l'Afrique du Sud est marqu&#233; par ce d&#233;veloppement minier. 9 des 50 millions de sud-africains vivent dans la grande m&#233;tropole b&#226;tie au centre de la r&#233;gion mini&#232;re : Johannesburg ; et plus de 2 autres millions tout &#224; c&#244;t&#233; dans la capitale du pays : Pretoria. Les autres grandes agglom&#233;rations sont des ports. Mais en dehors de ces p&#244;les de d&#233;veloppement &#233;conomique, le reste de ce vaste pays, 2 fois grand comme la France, est rest&#233; bien en arri&#232;re &#224; tous points de vue et la mis&#232;re s&#233;vit pour les six dixi&#232;mes de la population vivant sous le seuil officiel de pauvret&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les oppositions criantes entre les classes sociales d'Afrique du Sud ne sont certainement pas une originalit&#233; dans ce monde capitaliste. Pas plus que le fait que les travailleurs vivent dans des quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s, v&#233;ritables ghettos pour pauvres, &#224; l'&#233;cart des tours de verre et d'acier que fr&#233;quentent les privil&#233;gi&#233;s et des belles villas qu'ils habitent. Mais ce pays a connu pendant plus d'une quarantaine d'ann&#233;e un r&#233;gime politique ouvertement raciste o&#249; les barri&#232;res sociales, qui recoupaient des diff&#233;rences de couleur de peau, &#233;taient codifi&#233;es par un ensemble de lois tout &#224; la fois inhumaines, monstrueuses et grotesques, connues sous le nom d'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le racisme officiel de l'&#201;tat sud-africain n'&#233;tait pas tout &#224; fait unique au monde. Les riches &#201;tats-Unis, souvent pr&#233;sent&#233;s comme une grande d&#233;mocratie, ont aussi connu sur toute une partie de leur territoire une forme de s&#233;gr&#233;gation l&#233;gale. Qui a dur&#233; jusqu'&#224; ce que les luttes de la population noire am&#233;ricaine y mettent fin dans les ann&#233;es 50 et 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	En Afrique du Sud &#233;galement c'est la combativit&#233; des opprim&#233;s qui a permis d'en finir avec l'apartheid, et tout particuli&#232;rement la mobilisation de la classe ouvri&#232;re ; la plus ancienne du continent africain et celle qui a le plus grand poids social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Comment la bourgeoisie a-t-elle organis&#233; la transition politique menant &#224; la fin de l'apartheid, &#233;volution en apparence profonde, mais qui en r&#233;alit&#233; s'est faite dans une continuit&#233; &#233;tatique tout &#224; fait remarquable et sans aucun bouleversement social ? Quelle a &#233;t&#233; la politique du principal parti nationaliste noir, l'ANC ? Et celle des principales organisations ouvri&#232;res, et particuli&#232;rement du parti communiste, aboutissant &#224; encha&#238;ner la classe ouvri&#232;re derri&#232;re des forces bourgeoises ? C'est de ces questions que nous allons traiter ce soir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Le mouvement ouvrier pris au pi&#232;ge du racisme&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;	Les compagnies mini&#232;res, qui produisaient en 1907 un tiers de l'or mondial, ne pouvaient pas extraire les richesses du sous-sol sans mineurs et donc sans cr&#233;er de toute pi&#232;ce une nouvelle classe sociale : le prol&#233;tariat. On fit venir des mineurs qualifi&#233;s de Grande-Bretagne. Ces travailleurs amen&#232;rent avec eux leurs traditions d'organisations ouvri&#232;res. Leurs syndicats jou&#232;rent un r&#244;le important dans le mouvement ouvrier sud-africain en combattant l'exploitation f&#233;roce que leur faisait subir les compagnies mini&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La bourgeoisie utilisa contre eux la r&#233;pression, mais aussi une autre arme : l'embauche de mineurs noirs pay&#233;s dix fois moins pour briser les gr&#232;ves. En 1922, 30 000 mineurs blancs lutt&#232;rent contre la diminution de leur salaire au prix de 200 morts et de milliers d'arrestations. Mais ils furent d&#233;faits car un nombre important de mineurs noirs travaill&#232;rent pendant la dur&#233;e de la gr&#232;ve, sans que les syndicats blancs ne cherchent &#224; les y entra&#238;ner. Les syndicats blancs &#224; d&#233;faut de vouloir renverser la soci&#233;t&#233; bourgeoise, s'adaptaient &#224; son fonctionnement et s'y int&#233;graient. La coupure entre Blancs et Noirs que le colonialisme avait d&#233;velopp&#233;, devenait une coupure au sein de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Inspir&#233;s par les capitalistes qui, confront&#233;s &#224; la concurrence, cherchent &#224; &#233;tablir des monopoles pour s'en prot&#233;ger, les syndicats blancs sud-africains revendiquaient le monopole des emplois stables et pay&#233;s r&#233;guli&#232;rement pour les travailleurs blancs, en les opposants au reste du prol&#233;tariat qui en &#233;tait exclu. Le marxisme voit au contraire dans l'extension num&#233;rique de la classe ouvri&#232;re, dans l'int&#233;gration dans ses rangs de couches issues de la paysannerie pauvre et dans son recrutement international un facteur de progr&#232;s. Les militants marxistes s'appuient sur sa force sociale accrue t&#226;chant de l'unifier &#224; travers une politique ayant comme perspective le renversement des &#201;tats capitalistes et l'expropriation de la bourgeoisie. C'&#233;tait &#224; cela que travaillaient les militants qui fond&#232;rent en Afrique du Sud le parti communiste en 1921, m&#234;lant ouvriers et intellectuels blancs et noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le prol&#233;tariat noir, num&#233;riquement le plus important et combatif lui aussi, comme le montre la gr&#232;ve de 70 000 mineurs en 1920, s'organisait. L'&#201;tat et la bourgeoisie sud-africaine combattaient f&#233;rocement toutes les tentatives d'organisation politique ou syndicale du prol&#233;tariat noir, sur l'exploitation brutale duquel reposaient de plus en plus les profits. Par contre ils tol&#233;raient finalement les syndicats blancs, apr&#232;s avoir essay&#233; de les d&#233;truire, surtout parce que leur corporatisme &#233;troit limitait leurs revendications &#224; la minorit&#233; blanche parmi les travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;Le Parti Communiste stalinis&#233; choisit de soutenir les nationalistes noirs&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	A la fin des ann&#233;es 1920 le parti communiste se soumis au stalinisme qui d&#233;veloppa alors l'id&#233;e que m&#234;me si les travailleurs &#233;taient mobilis&#233;s et participaient &#224; la lutte contre l'oppression nationale, les pays sous-d&#233;velopp&#233;s devaient obligatoirement passer par une &#233;tape bourgeoise plut&#244;t que de songer au pouvoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	En Afrique du Sud, cette politique de la r&#233;volution par &#233;tape voulait que tous les efforts des militants du PC soient tendus vers le but de cr&#233;er et mettre au pouvoir une bourgeoisie noire. Ensuite, remis &#224; un avenir seulement &#233;voqu&#233; dans les discours, on verrait ce que la classe ouvri&#232;re pourrait faire pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Cette politique bourgeoise, sous un vernis marxiste, amena le parti communiste &#224; courtiser, avec l'aide de l'URSS stalinienne, le parti nationaliste noir, le Congr&#232;s National Africain, connu sous ses initiales : ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Des militants communistes sud-africains contestaient cette orientation. Et c'est pour d&#233;finir avec eux une politique en continuit&#233; avec le l&#233;ninisme que L&#233;on Trotsky r&#233;suma en 1935 l'attitude que les militants r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens devaient avoir vis-&#224;-vis de l'ANC :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;1. Les bolcheviks-l&#233;ninistes sont pour la d&#233;fense du congr&#232;s (l'ANC), tel qu'il est, dans tous les cas o&#249; il re&#231;oit des coups des oppresseurs blancs et de leurs agents chauvins dans les rangs des organisations ouvri&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Les bolcheviks opposent, dans le programme du congr&#232;s, les tendances progressistes et les tendances r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. Les bolcheviks d&#233;masquent aux yeux des masses indig&#232;nes l'incapacit&#233; du congr&#232;s &#224; obtenir la r&#233;alisation m&#234;me de ses propres revendications, du fait de sa politique superficielle, conciliatrice, et lancent, en opposition au congr&#232;s, un programme de lutte de classe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. S'ils sont impos&#233;s par la situation, des accords temporaires avec le congr&#232;s ne peuvent &#234;tre admis que dans le cadre de t&#226;ches pratiques strictement d&#233;finies, en maintenant la compl&#232;te ind&#233;pendance de notre organisation et notre totale libert&#233; de critique politique.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La politique propos&#233;e par Trotsky n'a pas eu d'influence d&#233;cisive mais il est important de l'avoir &#224; l'esprit car le parti communiste, qui lui a jou&#233; un r&#244;le politique important dans la classe ouvri&#232;re, a suivi une toute autre voie. Il s'est enti&#232;rement mis au service de l'ANC et a continuellement cherch&#233; &#224; en masquer le caract&#232;re bourgeois en lui apportant une caution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;La mise en place de l'apartheid&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;	L'&#233;conomie sud-africaine, qui connut un boom consid&#233;rable lors de la seconde guerre mondiale, eut besoin des Africains qu'on fit venir en nombre dans les grandes villes. La population noire de Johannesburg doubla entre 1941 et 1946. Or cette masse ouvri&#232;re, priv&#233;e de droits et surexploit&#233;e, constituait un danger politique pour la bourgeoisie sud-africaine. La force de la bourgeoisie en Afrique du Sud &#233;tait de pouvoir mobiliser derri&#232;re ses int&#233;r&#234;ts de classe la plus grande partie de la population blanche, y compris les classes populaires blanches. Le parti national incarnait cette politique gr&#226;ce &#224; sa d&#233;magogie anti-britannique et son opposition &#224; la participation de l'Afrique du Sud &#224; la lointaine seconde guerre mondiale. Ce qui lui valut le soutien des pauvres blancs, essentiellement afrikaners. Il remporta les &#233;lections en 1948, &#233;lections auxquelles les Noirs n'avaient pas le droit de participer bien entendu. Le pays quittait alors la tutelle de l'imp&#233;rialisme britannique. Et surtout, sit&#244;t au pouvoir, le parti national s'attela &#224; aggraver la s&#233;gr&#233;gation d&#233;j&#224; en vigueur en mettant en place l'apartheid, ce qui signifie la s&#233;paration en afrikaans, langue d&#233;riv&#233;e du hollandais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Depuis longtemps d&#233;j&#224; un paysan ou un ouvrier noir ne pouvait s'adresser &#224; un Blanc que de fa&#231;on humble en utilisant le mot &#171; baas &#187;, qui signifiait &#171; ma&#238;tre &#187;, sauf &#224; risquer des coups ou la prison. Les Blancs donnaient couramment du &#171; boy &#187; aux Noirs, m&#234;me s'ils &#233;taient adultes ; et souvent les appelaient de fa&#231;on m&#233;prisante et raciste &#171; kaffir &#187;, l'&#233;quivalent de &#171; n&#232;gre &#187;. Mais &#224; pr&#233;sent la vis allait &#234;tre serr&#233;e bien plus fort. L'apartheid visait &#224; institutionnaliser dans tous les domaines les privil&#232;ges des Blancs, et derri&#232;re les privil&#232;ges li&#233;s &#224; la couleur de la peau &#224; d&#233;fendre ceux de la riche bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'administration classa chaque individu parmi une des quatre suppos&#233;es &#171; races &#187;. On &#233;tait soit Blanc, soit Noir, soit Indien - car il existait surtout dans la r&#233;gion de Durban une population venue de l'Empire britannique des Indes &#8211; soit &#171; color&#233; &#187; autrement dit m&#233;tis. Cette classification raciste et inhumaine entra&#238;na des drames individuels et familiaux puisque les membres de la m&#234;me famille s'ils &#233;taient class&#233;s diff&#233;remment n'avaient plus le droit de vivre ensemble.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;L'&#201;tat tente de contr&#244;ler la classe ouvri&#232;re &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Prenant la suite des r&#233;serves indig&#232;nes, des bouts de territoires d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#233;taient appel&#233;s bantoustans ou homelands -il y en avait dix en tout - et la population noire divis&#233;e officiellement en ethnie y &#233;tait rattach&#233;e. Le homeland du KwaZulu &#233;tait &#233;clat&#233; en 70 morceaux s&#233;par&#233;s par les terres r&#233;serv&#233;es aux Blancs. Dans les homelands, les Noirs &#233;taient suppos&#233;s se soumettre aux traditions anachroniques et aux rivalit&#233;s tribales. Le gouvernement blanc y confia le pouvoir aux clans aristocratiques de son choix ; lesquels exer&#231;aient parfois une v&#233;ritable dictature sur leur propre peuple. De plus les homelands servaient &#224; priver officiellement des millions de Noirs de leur citoyennet&#233; sud-africaine, pourtant r&#233;duite &#224; bien peu de droits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;sidents des quartiers noirs situ&#233;s un peu trop pr&#232;s des centre-villes blancs et riches, &#233;taient expuls&#233;s, y compris s'ils &#233;taient propri&#233;taires. Ils devaient d&#233;guerpir et aller rejoindre les townships, ces taudis noirs &#233;loign&#233;s et coup&#233;s de la ville. Tous les Noirs &#233;taient soumis au pass, ce document d'identit&#233; officiel, que la police exigeait sans cesse et &#224; tous propos pour contr&#244;ler les flux de main d'&#339;uvre. Il fallait le pr&#233;senter pour sortir du township le matin en allant travailler pour un patron blanc et aussi pour revenir le soir. On &#233;tait contr&#244;l&#233; en zone blanche pour v&#233;rifier si on avait une raison de s'y trouver, c'est-&#224;-dire en g&#233;n&#233;ral pour y travailler. Et pas question d'y rester la nuit tomb&#233;e, un couvre-feu permanent s'appliquait aux Noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Mais quelque soit le d&#233;sir des promoteurs du racisme d'&#201;tat d'&#233;loigner le plus possible le danger que constituait les masses populaires noires des lieux de vie de la bourgeoisie blanche, l'&#233;conomie capitaliste d'Afrique du Sud avait absolument besoin de cette main d'&#339;uvre. Son d&#233;veloppement durant la p&#233;riode de croissance de l'&#233;conomie mondiale de la fin des ann&#233;es 1950 aux ann&#233;es 1970, a amen&#233; aussi celui de la classe ouvri&#232;re, essentiellement noire. Le r&#233;gime avait beau ne pas indiquer ces bidonvilles, pourtant plus peupl&#233;s que les municipalit&#233;s blanches, sur les cartes g&#233;ographiques, o&#249; les mines, les usines, les transports, les chantiers et toutes les entreprises auraient-elles trouv&#233; leurs ouvriers et leurs man&#339;uvres ailleurs que dans les townships ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	A la campagne les grandes fermes qui produisaient pour l'exportation sucre, ma&#239;s, laine, vin et fruits, si elles &#233;taient la propri&#233;t&#233; des Blancs, ne pouvaient pas se passer d'ouvriers agricoles non-Blancs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La condition de l'existence de villes blanches et riches, tout du moins en comparaison au reste de l'Afrique, &#233;tait la pr&#233;sence de leurs doubles noirs et pauvres &#224; leurs portes : les townships. Le mode de vie m&#234;me des privil&#233;gi&#233;s de l'apartheid, les familles blanches de la bourgeoisie ou de la petite bourgeoisie, &#233;tait d&#233;pendant de l'exploitation des Africaines qui leur servaient de domestiques pour un salaire d&#233;risoire. Certaines de ces femmes Noires dormaient d'ailleurs dans les cuisines ou les garages des riches, en pleine zone de r&#233;sidence blanche au m&#233;pris des principes de l'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Les r&#233;sistances &#224; l'apartheid&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;	Tous les Blancs n'adh&#233;raient pas &#224; la politique d'oppression du parti national. Mais pour imposer sa poigne de fer &#224; la population noire, le r&#233;gime avait besoin du soutien le plus grand de la minorit&#233; blanche qui repr&#233;sentait moins de 20 % de la population. Le gouvernement voulait ainsi que des emplois soient r&#233;serv&#233;s aux Blancs, y compris aux travailleurs afrikaners non-&#233;duqu&#233;s pour les lier encore plus au parti national au pouvoir. C'est pourquoi ce parti mettait une attention particuli&#232;re &#224; couper le plus possible les Blancs des Noirs. Des mesures de s&#233;gr&#233;gation &#233;taient sp&#233;cifiquement destin&#233;es &#224; lier au pouvoir la frange la plus raciste de la population blanche et &#224; r&#233;duire au maximum le contact des autres Blancs avec la majorit&#233; noire de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Tous les lieux publics &#233;taient soumis &#224; une s&#233;paration strictement d&#233;finie par la loi. Les h&#244;pitaux, les tribunaux, les prisons, les b&#226;timents administratifs, les transports, les stades, les plages &#233;taient soient sp&#233;cifiquement r&#233;serv&#233;s &#224; l'une ou l'autre des pr&#233;tendues &#171; races &#187; ; soient disposaient d'entr&#233;es sp&#233;cifiques, de places assises sp&#233;cifiques, de gradins sp&#233;cifiques. M&#234;me les toilettes et les fontaines &#224; eau &#233;taient s&#233;par&#233;es. Enfin les relations sexuelles et le mariage entre &#171; races &#187; &#233;taient des crimes, d&#233;finis par une loi sur l'immoralit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Ce r&#233;gime ouvertement in&#233;galitaire &#233;tait alors soutenu par les &#201;tats-Unis, qui connaissait d'ailleurs eux aussi, &#224; des degr&#233;s vari&#233;s sur l'&#233;tendue de leur territoire, la s&#233;gr&#233;gation entre Blancs et Noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Tout autant que le racisme am&#233;ricain, les injustices en Afrique du Sud ont provoqu&#233; bien des r&#233;actions d'hostilit&#233; et de r&#233;volte. Des Blancs intellectuels de gauche, journalistes, avocats... ont t&#226;ch&#233; de freiner les aspects les plus oppressifs de l'apartheid en choisissant de le contester dans le cadre de ses propres lois, et donc de fa&#231;on tr&#232;s limit&#233;e. D'autres Blancs, moins nombreux mais qui ont en r&#233;alit&#233; jou&#233; un r&#244;le bien plus important, ont milit&#233; dans les rangs du parti communiste, parti multiracial luttant contre l'apartheid tout au long de son histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Au sein des populations non-blanches, il n'y avait pas que l'ANC qui contestait les lois racistes. Les m&#233;tis de la r&#233;gion du Cap se sont aussi dress&#233;s contre le r&#233;gime qui leur a supprim&#233; leur droit de vote en 1948. De son c&#244;t&#233; la population d'origine indienne a b&#226;ti ses propres organisations, choisissant principalement la voie de la r&#233;sistance passive et non-violente sur les traces de Gandhi qui avait v&#233;cu une vingtaine d'ann&#233;e en son sein. Les Indiens furent d'ailleurs, notamment dans la r&#233;gion de Durban, &#224; la pointe de la r&#233;sistance &#224; l'apartheid au tout d&#233;but de sa mise en place &#224; la fin des ann&#233;es 1940. Ils r&#233;pondirent nombreux &#224; l'appel des militants qui, &#224; leur t&#234;te, d&#233;fiaient ouvertement les lois de s&#233;gr&#233;gation en avertissant &#224; l'avance la police et la justice de leurs actions. Ces militants, pr&#234;ts &#224; affronter l'&#233;preuve de la prison, voulaient d&#233;noncer le plus bruyamment possible les lois injustes, tout en limitant au maximum l'affrontement physique avec l'appareil de r&#233;pression du r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Cette politique d'opposition symbolique n'eut que peu d'effet sur les dirigeants de l'&#201;tat qui, sachant parfaitement les limites de ce type de protestation, n'h&#233;sitaient pas &#224; pers&#233;cuter ces organisations dont les militants &#233;taient constamment l'objet de proc&#232;s, d'amendes ou de peine de prison.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC cherche &#224; conqu&#233;rir l'h&#233;g&#233;monie sur l'opposition &#224; l'apartheid&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	C'est une opposition de ce type que repr&#233;sentait aussi l'ANC, le Congr&#232;s National Africain, quand Nelson Mandela, jeune avocat noir issu de l'aristocratie tribale, rejoignit cette organisation en 1944. Mandela avait &#233;t&#233; un des rares &#233;tudiants noirs dans une universit&#233; hupp&#233;e o&#249; il c&#244;toya des &#233;tudiants blancs de gauche, dont certains &#233;taient membres du parti communiste. Mais il se tint &#224; l'&#233;cart de ce parti d&#233;j&#224; compl&#232;tement d&#233;form&#233; par le stalinisme depuis des ann&#233;es, et choisit d'adh&#233;rer &#224; l'ANC dont le programme r&#233;clamait le suffrage universel &#224; l'&#201;tat qui opprimait les Noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Mandela se lia &#224; un courant de jeunes intellectuels radicaux qui critiquaient la mollesse de la direction de l'ANC. L'id&#233;ologie de ce courant &#233;tait l'africanisme qui proclamait que les Africains se lib&#232;reraient eux-m&#234;mes de l'oppression et n'attendait rien des Blancs. Se voulant nationalistes sans concession, Mandela et ses camarades rejetaient le communisme car, disaient-ils, c'&#233;tait une id&#233;ologie europ&#233;enne. Toutefois ils admiraient les r&#233;gimes parlementaires et se r&#233;clamait du nationalisme, concepts venant tout droit d'Europe mais qui surtout, &#224; la diff&#233;rence du communisme, ne signifiait pas le renversement de la bourgeoisie. Dans son autobiographie publi&#233;e en 1994 &#8211; &#171; un long chemin vers la libert&#233; &#187; - Mandela fait part de ses relations avec le parti communiste au moment de l'instauration de l'apartheid vers 1948, je cite : &#171; avec quelques-uns de mes coll&#232;gues (de l'ANC), j'ai m&#234;me interrompu des meetings du parti communiste en me pr&#233;cipitant sur la tribune, en arrachant les banderoles et en prenant le micro &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; A la m&#234;me &#233;poque, la communaut&#233; indienne &#233;tait fortement mobilis&#233;e et ses dirigeants voulaient entra&#238;ner la majorit&#233; noire en collaborant avec les organisations influentes, dont l'ANC, pour r&#233;clamer le droit de vote pour tous. Mais la premi&#232;re pr&#233;occupation de Mandela et d'autres dans l'ANC, n'&#233;tait pas d'organiser la campagne politique la plus efficace possible, mais plut&#244;t de faire en sorte que l'ANC apparaisse en toutes circonstances comme &#233;tant &#224; la t&#234;te des protestations. Mandela &#233;crit : &#171; nous pensions que la campagne serait dirig&#233;e par l'ANC, mais quand nous avons appris que l'ANC n'en prenait pas la t&#234;te, le comit&#233; (r&#233;gional de Johannesburg) d&#233;cida que l'ANC devait se retirer. Je pensais (&#8230;) que l'ANC ne devait participer qu'aux campagnes qu'elle dirigeait &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1950 des organisations indiennes et noires, avec le parti communiste, lanc&#232;rent un mouvement pour l'abolition de la loi instaurant le pass et contre l'ensemble des discriminations racistes. L'ANC ne soutenait pas ce mouvement et le 1er mai 1950 Nelson Mandela et Walter Sisulu assist&#232;rent en spectateur, sur le c&#244;t&#233;, au rassemblement de Soweto sur lequel la police tira faisant 18 morts et bien plus de bless&#233;s. Le gouvernement sud-africain cria au complot communiste et prit ce pr&#233;texte pour faire passer une loi d'interdiction du communisme qui rendit ill&#233;gal le PC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Cela ne d&#233;couragea pas les militants du PC qui continu&#232;rent leurs activit&#233;s hors de la vue de la police politique du r&#233;gime, avec l'id&#233;e de s'associer &#233;troitement &#224; l'ANC l&#233;gale, puisqu'il en soutenait la politique. Le PC fit des offres de service &#224; l'ANC. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC expliquait &#224; Mandela : &#171; Nelson, qu'est-ce tu as contre nous ? Nous combattons le m&#234;me ennemi. Nous ne parlons pas de dominer l'ANC ; nous travaillons dans le contexte du nationalisme africain &#187;. Et au cours de l'ann&#233;e 1950 Mandela accepta que le PC mette son appareil militant au service de l'ANC, en lui offrant ainsi le contr&#244;le sur une bonne partie du mouvement ouvrier noir et un avantage important permettant &#224; l'ANC de pr&#233;tendre &#224; l'h&#233;g&#233;monie sur l'ensemble du mouvement anti-apartheid. En &#233;change l'ANC servirait de vitrine l&#233;gale pour l'appareil du PC interdit.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;Les campagnes de r&#233;sistance non-violentes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	En position de force gr&#226;ce au soutien du PC, l'ANC accepta alors de coop&#233;rer aussi avec les organisations indiennes &#224; une campagne de d&#233;fi des lois de l'apartheid en 1952. Cette campagne &#233;tait bas&#233;e sur une r&#233;sistance passive mais d&#233;termin&#233;e, ce qui valut les d&#233;sagr&#233;ments de la prison &#224; bon nombre de militants. La population noire y participa assez largement et l'ANC passa de 20 000 &#224; 100 000 adh&#233;rents. Dans deux villes, &#224; Port-Elizabeth et East-London, la population d&#233;passa les consignes non-violentes des dirigeants de la campagne et des &#233;meutes eurent lieu, sauvagement r&#233;prim&#233;es par la police qui f&#238;t 40 morts. Mandela se d&#233;solidarisa publiquement des &#233;meutiers victimes de la r&#233;pression polici&#232;re. L'ANC ne voulait absolument pas que les masses pauvres prennent des initiatives en dehors de son contr&#244;le. Mandela et ses camarades &#233;taient m&#233;fiants de tout ce qui venait des couches populaires, et c'est cela qui les avaient fait h&#233;siter si longtemps avant de s'allier avec le parti communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une partie des dirigeants de l'ANC fond&#232;rent une organisation concurrente, le Congr&#232;s Pan-Africain, le PAC, sans quitter le terrain du nationalisme. Le PAC lan&#231;a en 1960 sa propre campagne de mobilisation contre le pass, d'autant plus impopulaire qu'il &#233;tait maintenant appliqu&#233; aussi aux femmes. L'ANC de Mandela ne s'y associa pas, voulant &#233;viter d'appara&#238;tre &#224; la remorque du PAC. La mobilisation ne toucha que tr&#232;s in&#233;galement le pays. Mais dans plusieurs villes d'importantes manifestations eurent lieu. Et &#224; Sharpeville, pr&#232;s de Johannesburg, la police tira dans la foule, tuant 69 personnes et en blessant 400.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Imm&#233;diatement des protestations eurent lieu dans tout le pays, auxquelles cette fois l'ANC participait tout en s'effor&#231;ant qu'elles ne tournent pas &#224; l'&#233;meute. Le pouvoir se raidit et les blind&#233;s de l'arm&#233;e prirent position &#224; l'entr&#233;e des principaux townships. Tout comme il avait pr&#233;text&#233; en 1950 un massacre commis par ses propres forces arm&#233;es pour interdire le parti communiste, le gouvernement prit en 1960 le pr&#233;texte des morts de Sharpeville pour interdire le PAC, l'ANC et la centrale syndicale noire li&#233;e au parti communiste clandestin. Des milliers de militants furent arr&#234;t&#233;s. Mandela bascula dans la clandestinit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC se tourne vers la lutte arm&#233;e&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Interdite, l'ANC voyait se fermer la possibilit&#233; de continuer sa politique de r&#233;sistance passive et non-violente. Ses dirigeants avaient pendant des ann&#233;es d&#233;fendus &#233;nergiquement aupr&#232;s de leurs militants et des gens qui leur faisaient confiance, l'id&#233;e que l'on ne pouvait pas en finir avec cette dictature par la force. Mais &#224; pr&#233;sent l'ANC, aiguillonn&#233; par la concurrence du PAC, op&#233;ra un tournant vers la lutte arm&#233;e. Mandela entreprit de convaincre les dirigeants de l'ANC r&#233;ticents. Il leur dit que &#171; le peuple avait pris les armes tout seul (...) Si nous ne prenons pas maintenant la direction de la lutte arm&#233;e, nous serons des retardataires et les suiveurs d'un mouvement que nous ne contr&#244;lerons pas. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	C'est ainsi que Mandela devint le chef du haut-commandement de la nouvelle organisation militaire de l'ANC. Sous les ordres de Mandela se trouvaient Walter Sisulu et Joe Slovo, le dirigeant blanc du parti communiste qui mettait encore une fois ses forces et ses comp&#233;tences techniques au service du nationalisme noir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es 1950 jusqu'aux ann&#233;es 1980 ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par la guerre froide qui opposait dans le monde entier les puissances imp&#233;rialistes &#224; l'URSS. Dans ce contexte, l'alliance de l'ANC avec le PC servait en permanence &#224; l'&#201;tat sud-africain d'&#233;pouvantail anti-communiste. L'Afrique du Sud pouvait ainsi trouver un soutien puissant du c&#244;t&#233; des &#201;tats-Unis pour sa politique d'oppression raciale. L'argent et les armes am&#233;ricaines servaient &#233;galement &#224; l'arm&#233;e sud-africaine pour soutenir les r&#233;gimes coloniaux des pays limitrophes qui essayaient de se maintenir contre les populations africaines en lutte. Le r&#233;gime d'apartheid entretenait dans la population blanche sud-africaine, quelques millions d'individus sur le continent noir, une mentalit&#233; d'assi&#233;g&#233;s craignant d'&#234;tre rejet&#233;s &#224; la mer. Cela en faisait un r&#233;servoir de troupes pr&#234;tes &#224; combattre les mouvements de lib&#233;ration alli&#233;s de l'URSS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire du PC, l'ANC pouvait b&#233;n&#233;ficier d'armes et de soutien logistique en provenance d'Union Sovi&#233;tique. Mais la lutte arm&#233;e ne signifiait absolument pas fournir des armes aux militants des townships pour se d&#233;fendre contre la police et l'arm&#233;e. Les militants affect&#233;s &#224; l'organisation militaire et leurs armes &#233;taient au contraire extraits des masses pauvres et plac&#233;s &#224; l'&#233;cart dans le but de poser des bombes pour saboter les installations militaires et les infrastructures &#233;lectriques ou routi&#232;res du pays. Il s'agissait surtout de montrer que l'ANC agissait, m&#234;me interdite. La m&#233;fiance envers la population pauvre est une caract&#233;ristique des nationalistes qui, apr&#232;s lui avoir pr&#234;ch&#233; la non-violence, la conviait en spectatrice uniquement du d&#233;vouement des militants de l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur pr&#233;occupation &#233;tait avant tout d'encadrer les masses et de ne les faire agir que sous la direction d'un appareil construit en dehors des luttes, un appareil sur lequel elles n'avaient aucun contr&#244;le. C'est cela que l'ANC et le parti communiste stalinien avaient en commun. Et le PC jouait un r&#244;le important de ce point de vue car en Afrique du Sud ce n'&#233;tait pas la paysannerie mais bien la classe ouvri&#232;re non-blanche qui &#233;tait la force sociale principale engag&#233;e dans la lutte contre l'apartheid. Or l'appareil stalinien exer&#231;ait une influence sur le prol&#233;tariat afin que ses luttes politiques ne quittent pas le terrain du nationalisme bourgeois. L'ANC et le PC &#233;taient socialement hostiles &#224; tout armement des ouvriers. L'ANC s'armait d'abord pour son propre compte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nationalistes se donnaient ainsi comme but la construction par en-haut d'un embryon d'appareil d'&#201;tat, comme moyen d'encadrer la population laborieuse et de n'utiliser sa force qu'au service de leurs objectifs politiques. Si les moyens &#233;taient radicaux, le but &#233;tait toujours le m&#234;me : faire accepter des Noirs dans les rangs de la classe bourgeoise d'Afrique du Sud et amener le gouvernement sud-africain &#224; reconna&#238;tre l'ANC comme leur repr&#233;sentant politique.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.4'&gt;&lt;/a&gt;Le r&#233;gime d'apartheid parach&#232;ve la r&#233;pression&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime de l'apartheid, qui avait install&#233; sa dictature au cours des ann&#233;es 1950 sans rien c&#233;der aux campagnes de r&#233;sistance passive, &#233;tait &#224; pr&#233;sent bien en place. Tout au long des ann&#233;es 1960 il utilisa son appareil r&#233;pressif contre la tactique de sabotage, sans rien c&#233;der politiquement. M&#234;me les rares journaux blancs critiques de l'apartheid n'eurent plus le droit de parler librement du combat des populations non-blanches. L'&#201;tat pouvait d&#233;tenir tout individu au secret pendant trois mois, et renouveler cette d&#233;tention administrative pour trois autres mois, sans m&#234;me en informer un juge ou qui que ce soit. La police utilisait la torture syst&#233;matiquement dans les commissariats. Elle suppliciait des noirs &#224; l'&#233;lectricit&#233;, exactement comme l'&#201;tat fran&#231;ais l'avait fait avec les insurg&#233;s alg&#233;riens &#224; l'autre extr&#233;mit&#233; du continent africain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La justice sud-africaine quant &#224; elle, infligeait dix coups de fouets pour activit&#233; politique &#224; une quarantaine de millier de personne chaque ann&#233;e. Et les peines de prison tombaient fermes. Nelson Mandela f&#251;t arr&#234;t&#233; en 1962 et condamn&#233; &#224; cinq ans de prison. Mais ce n'&#233;tait pas assez. Le pouvoir organisa un autre proc&#232;s, connu comme celui de Rivonia, destin&#233; &#224; briser l'ANC. Mandela y &#233;tait accus&#233; au c&#244;t&#233; de Walter Sisulu et d'autres militants. Il s'en servit comme tribune politique pour expliquer son opposition au communisme et justifier vis-&#224;-vis de la bourgeoisie l'alliance que l'ANC avait conclu avec le parti communiste par opportunit&#233; : &#171; pendant des d&#233;cennies les communistes ont form&#233; le seul groupe politique d'Afrique du Sud pr&#234;t &#224; traiter les Africains comme des &#234;tres humains et comme leurs &#233;gaux ; pr&#234;t &#224; manger avec nous ; &#224; parler, &#224; vivre, et &#224; travailler avec nous &#187;. Mandela en expliqua aussi l'inconv&#233;nient &#224; ses yeux, en regrettant qu'&#171; &#224; cause de cela, il y a aujourd'hui beaucoup d'Africains qui ont tendance &#224; confondre la libert&#233; et le communisme &#187;. La politique de l'ANC les d&#233;trompera des dizaines d'ann&#233;es plus tard quand la fin de l'apartheid et sa venue au pouvoir n'auront absolument rien &#224; voir avec le communisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Tous les accus&#233;s du proc&#232;s de Rivonia, furent condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie. On les envoya purger leur peine au nouveau bagne de Robben Island, une &#238;le au large du Cap. Seule l'absurdit&#233; du racisme d'&#201;tat explique que l'on envoya le seul condamn&#233; Blanc dans une autre prison ; pendant qu'&#224; Robben Island on obligeait les prisonniers Noirs &#224; porter des shorts, alors les militants Indiens avaient, eux, le droit de porter des pantalons...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En apparence le contr&#244;le de l'&#201;tat sud-africain &#233;tait total sur le prol&#233;tariat noir parqu&#233; dans les townships. Mais aucune dictature ne dure &#233;ternellement sans provoquer de r&#233;actions, et le d&#233;but des ann&#233;es 1970 f&#251;t le th&#233;&#226;tre du r&#233;veil de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;Les luttes de la classe ouvri&#232;re et de la jeunesse&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;	En 1973, 60 000 travailleurs particip&#232;rent &#224; plus de 150 gr&#232;ves dans la r&#233;gion de Durban, obtenant les augmentations de salaire revendiqu&#233;es, de 20 &#224; 40 %. Bien que les travailleurs et les militants qui organisaient les gr&#232;ves soient victimes de la r&#233;pression, que les piquets de gr&#232;ves soient mitraill&#233;s par la police, les mineurs s'engouffraient &#224; leur tour dans la br&#232;che et leur salaire de mis&#232;re quadrupla entre 1972 et 1975, les patrons pr&#233;f&#233;rant c&#233;der devant la force des gr&#233;vistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'ind&#233;pendance des colonies portugaises d'Angola et du Mozambique en 1975 apr&#232;s de longues ann&#233;es de luttes, et &#224; la faveur de la r&#233;volution des &#339;illets l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#224; Lisbonne, encourageait les Noirs d'Afrique du Sud opprim&#233;s aussi par une minorit&#233; blanche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Dans ce contexte de combativit&#233; des masses, le gouvernement pris une mesure discriminatoire de trop en 1976. Il d&#233;cida que d&#233;sormais les &#233;l&#232;ves noirs suivraient la moiti&#233; de leur enseignement en langue afrikaans, langue symbole de leur oppression. Au-del&#224; de cette injustice de plus, c'&#233;tait tout le syst&#232;me &#233;ducatif sud-africain qui &#233;tait rejet&#233; par la population noire. Le gouvernement d'Afrique du Sud d&#233;pensait en moyenne pour chaque &#233;l&#232;ve class&#233; m&#233;tis ou Indien 42 % de ce qu'il d&#233;pensait pour un &#233;l&#232;ve Blanc. Un &#233;l&#232;ve Noir n'avait, lui, droit qu'&#224; 6 % de cette somme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les jeunes du township de Soweto refus&#232;rent l'enseignement en afrikaans et une gr&#232;ve d'&#233;l&#232;ves se d&#233;veloppa, bien souvent sans l'approbation des parents. Le 16 juin 1976 une manifestation regroupa des milliers de jeunes, rejoint par certains adultes entra&#238;n&#233;s par l'&#233;nergie des &#233;l&#232;ves qui commen&#231;aient &#224; caillasser la police. Parmi les slogans on entendait le cri &#171; Amandla &#187; (signifiant &#171; le pouvoir &#187;) auquel la foule r&#233;pondait &#171; Ngawethu ! &#187; (&#171; nous appartient ! &#187;), ce qui &#233;tait un d&#233;fi politique direct au r&#233;gime. La police r&#233;prima durement les jeunes, d'abord avec matraques et gaz lacrymog&#232;nes, puis avec les fusils. Le premier mort &#233;tait un &#233;l&#232;ve &#226;g&#233; de 13 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Soweto se souleva alors. Quand les ouvriers revinrent le soir de leur travail &#224; Johannesburg la blanche, sans savoir ce qui s'&#233;tait pass&#233; dans la journ&#233;e, ils essuy&#232;rent des coups de feu de la police dans les rues de Soweto et se trouv&#232;rent ainsi m&#234;l&#233;s d'embl&#233;e au soul&#232;vement. 23 personnes perdirent la vie ce jour-l&#224;, dont deux Blancs sur lesquels la foule s'&#233;tait veng&#233;e des balles de la police. Le lendemain la police ratissa Soweto avec des blind&#233;s en tirant &#224; tout va et l'arm&#233;e se tint pr&#234;te aux portes du township.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Gr&#226;ce &#224; la combativit&#233; de sa population, le nom de Soweto, abr&#233;viation de &#171; townships du Sud-ouest &#187; de Johannesburg, f&#251;t instantan&#233;ment connu dans le monde entier comme synonyme de r&#233;volte contre les injustices. La r&#233;volte de Soweto f&#238;t t&#226;che d'huile. Dans les mois qui suivirent, 160 townships se soulev&#232;rent, y compris dans les homelands pr&#233;tendument ind&#233;pendants et jusqu'en Namibie qui &#233;tait alors administr&#233;e par l'Afrique du Sud. L'ann&#233;e 1976 fut marqu&#233;e par des gr&#232;ves et des manifestations au cours desquelles la population eut &#224; affronter la police &#224; chaque fois. Bien des gens furent arr&#234;t&#233;s et renvoy&#233;s dans leur homeland. D'autres &#233;taient emprisonn&#233;s administrativement sans limite de temps. La r&#233;pression tua des centaines de personnes et fit plus d'un millier furent bless&#233;es. Parmi les victimes on compta beaucoup d'enfants que les circonstances avaient transform&#233;s en militants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les autorit&#233;s fran&#231;aises, qui ne manquent jamais une occasion de donner des le&#231;ons de morale sur la question des droits de l'homme, vendirent une centrale nucl&#233;aire &#224; l'Afrique du Sud, cette m&#234;me ann&#233;e 1976.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;bellion de la population des townships&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	L'agitation &#224; Soweto dura deux ans. Et l'&#201;tat, qui n'avait cess&#233; depuis 1948 de renforcer les interdictions de toutes sortes rendant la vie de la population noire impossible, f&#251;t contraint de reculer pour la premi&#232;re fois et de retirer sa loi sur l'enseignement en afrikaans. De plus tous les habitants des townships eurent le droit d'y r&#233;sider officiellement et d'acqu&#233;rir leur propre logement en propri&#233;t&#233;, ce qui &#233;tait interdit auparavant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les luttes de cette p&#233;riode portaient sur l'&#233;ducation, les loyers, le prix des transports, bien entendu en relation avec l'oppression raciale. Des comit&#233;s de quartier surgissaient. Des militants, jeunes pour la plupart, venaient &#224; l'activit&#233; et se politisaient. Ce foisonnement n'&#233;tait pourtant pas dirig&#233; par l'ANC. Certains des militants les plus en vue appartenaient &#224; des organisations chr&#233;tiennes des droits civiques, b&#226;ties sur le mod&#232;le de celle de Martin Luther King aux &#201;tats-Unis. D'autres, plus radicaux, s'affilaient au courant nationaliste de la Conscience Noire, cr&#233;&#233; par des &#233;tudiants influenc&#233; par le parti des Black Panthers am&#233;ricain et voulant rompre avec l'oppression que repr&#233;sentait &#224; leurs yeux le monde blanc. D'importantes manifestations suivirent l'arrestation puis l'assassinat par la police en 1977 de Steve Biko, militant de la Conscience Noire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La classe ouvri&#232;re &#233;tait aussi entra&#238;n&#233;e dans l'action &#224; la fin des ann&#233;es 1970. Les syndicats non-Blancs se reconstituaient ouvertement. Ils regroupaient six fois plus d'adh&#233;rents en 1983 que quatre ans plus t&#244;t. Cette mont&#233;e ouvri&#232;re for&#231;a le gouvernement &#224; assouplir la r&#233;pression, et le patronat f&#251;t contraint de reconna&#238;tre ces syndicats qui ne pouvaient plus &#234;tre simplement ignor&#233;s et &#233;cras&#233;s. Seules cinq entreprises reconnaissaient officiellement un syndicat noir en 1979, quatre ans plus tard elles &#233;taient plus de 400. M&#234;me le puissant patronat des mines se voyait forcer de n&#233;gocier avec le NUM, le syndicat national des mineurs africains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ANC, dont l'organisation avait &#233;t&#233; consid&#233;rablement affaiblie par la tr&#232;s dure r&#233;pression des ann&#233;es 1960, ne jouait pas un r&#244;le d&#233;terminant dans cette mont&#233;e des masses. Ce n'&#233;taient pas toujours ses cadres qui y donnaient le ton car ils s'&#233;taient investis depuis une quinzaine d'ann&#233;es dans des activit&#233;s de lutte arm&#233;e, bien loin des townships o&#249; battait le c&#339;ur de la r&#233;volte des travailleurs noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les actes de sabotage sur le territoire sud-africain avaient laiss&#233;s la place &#224; la constitution d'un appareil militaire en dehors des fronti&#232;res, notamment dans des camps au Mozambique. C'&#233;tait un &#201;tat en miniature et en exil qui se construisait ; un instrument disciplin&#233;, car toute arm&#233;e doit l'&#234;tre si elle veut &#234;tre efficace, et surtout hors de l'influence des masses. Joe Slovo, dirigeant du PC et de l'ANC, commandait sur place cette force militaire, pendant qu'&#224; Londres, Oliver Tambo essayait en vain d'obtenir l'appui des puissances imp&#233;rialistes pour faire fl&#233;chir le r&#233;gime de l'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es de luttes ouvri&#232;res qui suivirent l'explosion de Soweto &#233;taient potentiellement porteuses de perspectives bien diff&#233;rentes de celles des nationalistes. Les appareils de l'ANC et du PC n'avaient encore que peu d'influence sur le prol&#233;tariat des townships r&#233;volt&#233; contre l'apartheid qui aurait pu tout &#224; fait agir pour son propre compte. Pas simplement sur le terrain &#233;conomique des luttes salariales gr&#226;ce auxquelles il avait entam&#233; sa remobilisation au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Mais en se dotant aussi d'un programme politique de renversement de l'apartheid correspondant &#224; l'&#233;volution de la situation et de la conscience ouvri&#232;re. Bien diff&#233;remment des nationalistes qui construisaient leur appareil d'&#201;tat &#224; l'&#233;cart de l'activit&#233; des travailleurs, ceux-ci auraient pu au contraire encourager toutes les initiatives venant d'en bas, de la population en lutte contre les forces de r&#233;pression. Le foisonnement de comit&#233;s populaires dans les townships, accompagnant la naissance d'une g&#233;n&#233;ration militante intr&#233;pide, montrait peut-&#234;tre la voie. En outre l'alignement complet du PC sur la politique de l'ANC m&#233;fiante vis-&#224;-vis de ces formes d'organisation locales, donnait une certaine influence aux courants politiques se situant sur sa gauche. Mais ces organisations, quoique qu'hostiles &#224; l'ANC, n'ont pas quitt&#233; le terrain du nationalisme noir ou bien ne se sont pas d&#233;velopp&#233;es. Et il a manqu&#233; une force politique pour d&#233;velopper la possibilit&#233; que les travailleurs en lutte apprennent &#224; s'organiser eux-m&#234;mes ind&#233;pendamment des nationalistes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC et le PC t&#226;chent de chapeauter les luttes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Priv&#233; de perspective politique de cet ordre, bien des jeunes r&#233;volt&#233;s des townships en but &#224; la r&#233;pression, s'enfuirent d'Afrique du Sud pour s'engager dans la petite arm&#233;e de l'ANC qui ne pouvait pas vaincre l'&#201;tat, mais qui avait le m&#233;rite d'exister. De cette fa&#231;on l'ANC r&#233;cup&#233;rait des forces militantes issues de luttes dont elle &#233;tait absente, car elle pouvait proposer un cadre d'action. L'&#233;nergie de ces jeunes militants y &#233;tait &#233;troitement canalis&#233;e. Il ne s'agissait pas de les renvoyer une fois form&#233;s et &#233;quip&#233;s d'armes, dans les townships pour y servir de cadres &#224; la mobilisation des masses ; ce qu'une bonne partie d'entre eux r&#234;vaient de faire. Au contraire l'ANC gardait cette force en r&#233;serve pour le jour o&#249; le r&#233;gime sud-africain serait pr&#234;t &#224; n&#233;gocier ; et o&#249; les nationalistes int&#233;grant l'appareil d'&#201;tat d'Afrique du Sud devraient imposer &#224; la population pauvre qu'elle le reste, malgr&#233; un changement de couleur du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Ceux des soldats de l'ANC mal &#224; l'aise avec cette politique n'avaient pas le droit de la discuter, au nom de la discipline. En 1983, l'ANC qui participait &#224; la guerre civile angolaise, envoya des soldats contestataires y combattre pour s'en d&#233;barrasser. Et quand les centaines de survivants qui revinrent se mutin&#232;rent l'ann&#233;e suivante, ils furent r&#233;prim&#233;s. Pour cela il existait au Mozambique un camp-prison de l'ANC, celui de Quatro, o&#249; la torture &#233;tait utilis&#233;e contre les opposants internes r&#233;calcitrants. C'&#233;tait au travers des basses besognes d'un &#201;tat en miniature que l'ANC formait ses cadres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'ANC ne pouvait se contenter d'&#234;tre surtout pr&#233;sente aux fronti&#232;res de l'Afrique du Sud quand les travailleurs b&#226;tissaient des syndicats pour passer &#224; l'offensive contre l'exploitation patronale, et quand les habitants des townships s'organisaient dans des comit&#233;s pour contester le pouvoir. Et cela en se passant tr&#232;s bien des chefs de l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'ANC voulait r&#233;cup&#233;rer les r&#234;nes de la lutte et cr&#233;a pour cela en 1983 le front d&#233;mocratique unifi&#233; qui &#233;tait destin&#233; &#224; chapeauter toutes les formes d'organisations qui surgissaient de la lutte anti-apartheid. Quant &#224; la centrale syndicale r&#233;cr&#233;e en 1979, qui prit en 1985 le nom de congr&#232;s des syndicats sud-africains, COSATU, le PC se battait pour en prendre la direction. Ce qu'il finit par faire, d'en haut, gr&#226;ce &#224; son appareil.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.3'&gt;&lt;/a&gt;L'&#201;tat s'affaiblit&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	En 1984, le r&#233;gime de l'apartheid, confront&#233; &#224; la contestation des masses depuis des ann&#233;es, commen&#231;a &#224; donner des signes de fl&#233;chissement. Les mariages interraciaux furent autoris&#233;s. On accorda aux Indiens et aux m&#233;tis le droit d'&#233;lire, s&#233;par&#233;ment, leurs propres d&#233;put&#233;s. La majorit&#233; noire de la population eu juste le droit d'&#233;lire des conseillers municipaux dans les townships, mais elle n'avait toujours pas officiellement son mot &#224; dire sur la politique du pays. C'&#233;tait trop peu pour satisfaire les tr&#232;s nombreux m&#233;contents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	45 000 mineurs commenc&#232;rent une gr&#232;ve qui se prolongea en gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de deux jours dans toute la r&#233;gion du Transvaal. Et une semaine plus tard eu lieu une autre gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de deux jours &#224; Port-Elizabeth. La contestation avait de multiples revendications : le droit de vote, l'abolition du pass, un r&#233;el acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation, le gel ou la baisse des loyers, l'augmentation des salaires&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'&#201;tat sud-africain s'affaiblissait devant l'in&#233;puisable volont&#233; de changement et de lutte des masses. De plus la guerre incessante que menait l'Afrique du Sud &#224; ses fronti&#232;res pour le compte de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et pour la pr&#233;servation de son propre r&#233;gime raciste, devenait impopulaire parmi les jeunes hommes Blancs, seuls astreint &#224; un service militaire de deux ans, assorti de p&#233;riodes de r&#233;serve obligatoires pouvant aller jusqu'&#224; trois mois. Ils &#233;taient de plus en plus nombreux, ces jeunes qui ne voulaient pas servir de soldats du racisme et &#234;tre oblig&#233;s de tirer sur une population noire mobilis&#233;e mais d&#233;sarm&#233;e, lors de raids militaires destructeurs dans les townships. En 1985, plus de 7 500 conscrits n'avaient pas r&#233;pondu &#224; l'appel. Le refus de servir dans l'arm&#233;e qui avait traditionnellement des bases religieuses et pacifistes, devenait un acte politique de d&#233;fiance vis-&#224;-vis du gouvernement. Une partie de la jeunesse blanche quittait le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la population blanche b&#233;n&#233;ficiait d'un niveau de vie &#233;quivalent &#224; celui de la petite bourgeoisie occidentale, ce que l'exploitation du prol&#233;tariat noir permettait, cela avait un prix. Et on pouvait v&#233;rifier en Afrique du Sud cette v&#233;rit&#233; qu'un peuple qui en opprime un autre ne peut pas &#234;tre libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'ann&#233;e 1985 connut une mobilisation accrue de la population noire. Dans les townships se d&#233;veloppaient le boycott des commerces qui &#233;taient la propri&#233;t&#233; des Blancs et les gr&#232;ves contre les prix excessifs des transports. Les conseillers municipaux noirs, les policiers noirs, et tous ceux qui collaboraient avec le gouvernement de l'apartheid &#233;taient expuls&#233;s des townships par la population, &#224; moins qu'ils ne d&#233;missionnent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat perdait le contr&#244;le des townships malgr&#233; la proclamation de l'&#233;tat d'urgence et la carte blanche donn&#233;e aux forces de r&#233;pression qui tiraient pour disperser les enterrements des victimes pr&#233;c&#233;dentes. Sit&#244;t que l'&#233;tat d'urgence venait &#224; bout de la r&#233;volte dans une r&#233;gion, elle repartait ailleurs. Et quand la r&#233;pression &#233;touffait la lutte dans les townships, elle resurgissait sous forme de gr&#232;ves ouvri&#232;res. 20 000 mineurs furent licenci&#233;s pour avoir particip&#233; &#224; ces gr&#232;ves politiques.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.4'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC t&#226;che de s'imposer comme interlocuteur unique du gouvernement&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Au cours des ann&#233;es suivantes l'agitation ne cessa pas. Le gouvernement du parti national voulait pr&#233;server l'apartheid, mais il &#233;tait oblig&#233; de reculer sous la pression des masses. Le pass tant ha&#239; f&#251;t aboli en 1986, ann&#233;e o&#249; 40 000 personnes &#233;taient emprisonn&#233;es, les plus jeunes ayant 11 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;pondre aux besoins de la situation, l'ANC, pas plus que le parti communiste, n'apprenaient &#224; la population &#224; gouverner elle-m&#234;me les townships qui &#233;chappaient au contr&#244;le de l'&#201;tat. Pour les nationalistes noirs, il &#233;tait hors de question que les travailleurs noirs s'organisent en pouvoir, m&#234;me local, de peur que cela ne leur serve d'&#233;cole pour gouverner, peut-&#234;tre demain, le pays. Leurs militants n'aidaient pas les insurg&#233;s, qui affrontaient la police et l'arm&#233;e &#224; mains nues, &#224; s'armer. Ils &#233;taient en premi&#232;re ligne pour subir la r&#233;pression, et gagnaient ainsi la sympathie des masses &#224; leur organisation, mais leur r&#244;le &#233;tait d'entretenir juste assez de pression pour forcer le gouvernement &#224; composer avec l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ANC utilisait l'&#233;nergie de ses propres militants dans le but de contr&#244;ler la population des townships et y imposer son ordre. L&#224;, sous le contr&#244;le de l'appareil de l'ANC, les armes &#233;taient utilis&#233;es, et des r&#232;glements de compte entre organisations rivales eurent lieu dans les townships, y compris lors de luttes de faction internes &#224; l'ANC. Le supplice du pneu enflamm&#233; n'&#233;tait pas r&#233;serv&#233; qu'aux suppl&#233;tifs noirs du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les principaux affrontements eurent lieu avec les partisans du chef zoulou Buthelezi. Pour affaiblir l'ANC qui r&#233;ussissait &#224; chapeauter la mobilisation des masses, le gouvernement arma l'Inkatha qui &#233;tait autant un parti politique, qu'une milice. La base de l'Inkatha, fond&#233; au d&#233;part comme un mouvement culturel, &#233;tait les 7 &#224; 8 millions de zoulous habitants le homeland du Kwazulu, dont une partie des hommes &#233;taient partis travailler au Transvaal et logeait entre eux dans des foyers. Buthelezi attisait les diff&#233;rences ethniques et jouait sur la crainte que l'h&#233;g&#233;monie de l'ANC n'affaiblisse les traditions zouloues. En fait il voulait s'assurer une partie du pouvoir qui commen&#231;ait &#224; &#233;chapper des mains du parti national.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.5'&gt;&lt;/a&gt;La bourgeoisie sud-africaine change de politique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	De son c&#244;t&#233;, la bourgeoisie sud-africaine qui avait tant profit&#233; de la dictature que le parti national faisait peser sur le prol&#233;tariat noir, commen&#231;ait &#224; changer de cap politique. Elle craignait que la situation ne passe de la r&#233;volte &#224; la r&#233;volution. Harry Oppenheimer procura des locaux &#224; COSATU &#224; Johannesburg pour servir de si&#232;ge aux syndicats. C'&#233;tait un des dirigeants de l'Anglo-American, grand trust minier pr&#233;sent sur tous les continents et incluant la c&#233;l&#232;bre compagnie diamantaire De Beers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emmen&#233;e par Oppenheimer, une d&#233;l&#233;gation du patronat se rendit en 1986 en Zambie pour y rencontrer la direction en exil de l'ANC. Ces rencontres se d&#233;roul&#232;rent ensuite des dizaines de fois en quelques ann&#233;es, de fa&#231;on &#224; ce que les repr&#233;sentants de la bourgeoisie puissent v&#233;rifier jusqu'o&#249; l'ANC et le parti communiste pouvaient aller contre leur propre base dans les classes populaires noires, s'ils &#233;taient l&#233;galis&#233;s et int&#233;gr&#233;s &#224; l'&#201;tat sud-africain afin de calmer les masses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le patronat rendit la premi&#232;re de ces rencontres publique de fa&#231;on &#224; faire pression sur le gouvernement de Botha, le dirigeant du parti national au pouvoir. Nelson Mandela, du fond de sa prison, saisit l'occasion pour &#233;crire au gouvernement et lui proposer d'entamer des pourparlers. Il d&#251; le faire &#224; plusieurs reprises avant que Botha n'amorce un timide virage politique en envoyant secr&#232;tement son ministre de la justice rencontrer Mandela en 1987, et &#224; partir de 1988 r&#233;guli&#232;rement. Ce tournant du pouvoir transf&#233;rait sur le terrain des n&#233;gociations le rapport de force, mais ne le supprimait pas. Le gouvernement continuait sa politique de r&#233;pression et d'assassinat de militants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les bourgeoisies imp&#233;rialistes s'inqui&#233;taient pour la stabilit&#233; de l'&#233;conomie sud-africaine, la plus juteuse en b&#233;n&#233;fice du continent africain. Elles craignaient encore plus que l'&#233;nergie militante d&#233;ploy&#233;e par le prol&#233;tariat sud-africain ne soit contagieuse pour la population pauvre des pays avoisinants. Les militants de l'ANC et du PC en exil dans les pays limitrophes de l'Afrique du Sud, auraient pu chercher &#224; lier les classes populaires qui, quelques soient les fronti&#232;res issues du colonialisme, se battaient contre la m&#234;me oppression sociale et &#233;conomique : celle de l'imp&#233;rialisme et de son relais local, la bourgeoisie sud-africaine. Le soul&#232;vement des townships faisait l'admiration des opprim&#233;s bien au-del&#224; des fronti&#232;res sud-africaines. Mais pas question pour les nationalistes d'unifier les pauvres d'Afrique dans les luttes. Leur politique &#233;tait &#224; l'oppos&#233;. Ils respectaient les &#201;tats nationaux et voulaient plus que tout trouver un compromis avec l'&#201;tat sud-africain qu'ils aspiraient &#224; diriger un jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Inqui&#232;tes d'une possible contagion, les grandes puissances, USA en t&#234;te, entam&#232;rent en 1986 un boycott officiel du pays de l'apartheid pour faire pression en faveur d'un changement de r&#233;gime. Cela faisait d&#233;j&#224; plus de vingt ans que l'ONU passait des r&#233;solutions contre l'apartheid sans aucun effet concret. Mais &#224; pr&#233;sent que les profits &#233;taient menac&#233;s, il en allait autrement. C'&#233;tait aussi l'&#233;poque de la fin de la guerre froide et l'URSS ne jouait plus de r&#244;le sur la sc&#232;ne africaine. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, &#224; pr&#233;sent sans rival mondial, fit pression pour que l'Afrique du Sud cesse d'alimenter les guerres r&#233;gionales. Il avait bien d'autres moyens d'exploiter les richesses de la r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Botha n'avait plus les moyens de sa politique d'apartheid. Il avait essay&#233; un peu de concessions et beaucoup de r&#233;pression tout &#224; la fois, mais il n'&#233;tait pas parvenu &#224; ce que les travailleurs sud-africains se r&#233;signent aux injustices qu'ils subissaient. La r&#233;volte des townships ne pouvait pas &#234;tre mat&#233;e. Il fallait un changement politique pour d&#233;samorcer la poudri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.6'&gt;&lt;/a&gt;L'alliance entre l'ANC et le Parti national&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	C'est au sein du Parti national, le parti de l'apartheid depuis 1948, que la bourgeoisie trouva le personnel politique pour sortir de cette impasse. En 1989 Botha d&#233;missionna de son poste de pr&#233;sident de la r&#233;publique pour introniser imm&#233;diatement un autre dirigeant du parti national : Frederik De Klerk. De Klerk incarnait le virage politique de la bourgeoisie sud-africaine. Si elle ne pouvait plus dominer le pays au travers de la dictature raciste et du parti national, elle le dominerait gr&#226;ce au suffrage universel et &#224; l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	De Klerk commen&#231;a par lib&#233;rer de prison des dirigeants de l'ANC et d&#233;manteler certaines dispositions l&#233;gales de l'apartheid. En f&#233;vrier 1990 il fit un discours o&#249; il annon&#231;a la fin de l'interdiction de l'ANC et du parti communiste. Et une semaine apr&#232;s, Nelson Mandela, qui venait de passer 27 ans en prison, &#233;tait lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Mandela et De Klerk entam&#232;rent alors une collaboration qui avait pour but d'organiser la transition vers un r&#233;gime multiracial au mieux des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. Il fallait qu'en apparence tout change, pour que l'exploitation capitaliste subsiste. Leur r&#244;le consistait &#224; organiser au mieux la continuit&#233; de l'&#201;tat bourgeois, dont le personnel allait &#234;tre en partie renouvel&#233; par l'apport de l'ANC. La transition dura quatre ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La politique de Mandela pouvait enfin aboutir. En l'absence d'un parti repr&#233;sentant leurs int&#233;r&#234;ts de classe, les travailleurs en lutte avaient impos&#233; l'ANC comme force politique incontournable en Afrique du Sud. Les masses avaient fait leur travail et devaient maintenant quitter la sc&#232;ne politique.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.7'&gt;&lt;/a&gt;Au seuil du pouvoir, l'ANC freine les mobilisations&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	De ce point de vue, les illusions dans l'ANC des travailleurs mobilis&#233;s - illusions sem&#233;es et renforc&#233;es par le parti communiste - posaient m&#234;me probl&#232;me. La l&#233;galisation de l'ANC, qui avait dissous le front d&#233;mocratique derri&#232;re lequel elle avait op&#233;r&#233; auparavant pour appara&#238;tre elle-m&#234;me au grand jour, avait fait affluer vers elle un demi-million d'adh&#233;rents qui n'avaient pas tous envie de patienter encore des ann&#233;es sous un gouvernement blanc. D'ailleurs au congr&#232;s de l'ANC de 1991, Mandela s'inqui&#233;ta publiquement que les adh&#233;rents soient principalement des pauvres et r&#233;clama un effort de recrutement dans les classes moyennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	&#192; pr&#233;sent l'ANC allait tenter de freiner la mobilisation, mais ce n'&#233;tait pas si facile. D'autant moins que les rivalit&#233;s politiques, aiguis&#233;es par la perspective d'un compromis gouvernemental, avaient leur traduction violente au sein de la population. Les n&#233;gociations entre l'ANC et le gouvernement avaient lieu bien &#224; l'&#233;cart des townships, dans le quartier d'affaire de Johannesburg. Elles &#233;taient hors du contr&#244;le de la population, mais pas sans cons&#233;quences sur elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'Inkatha voulait &#224; tout prix sa place &#224; la table des discussions. Et De Klerk utilisait la force de frappe de l'Inkatha pour affaiblir l'ANC au cours des n&#233;gociations. Buthelezi d&#233;cha&#238;na ses militants de la r&#233;gion de Johannesburg en se servant des foyers de migrants comme base pour lancer des raids meurtriers dans les townships. Il y eu 700 morts en juillet et ao&#251;t 1990. Cette guerre civile &#224; l'int&#233;rieur de la population noire, qui se d&#233;veloppait aussi dans la r&#233;gion de Durban, fit 13 000 morts en quatre ans. En plus de la menace que les troupes de l'Inkatha faisaient peser sur la population, la police de De Klerk elle aussi perp&#233;tra plusieurs tueries pendant les quatre ann&#233;es de la transition. Mandela r&#233;agissait &#224; ces massacres en mena&#231;ant de rompre les n&#233;gociations avec le gouvernement ou en les repoussant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les militants de l'ANC se d&#233;fendaient physiquement, mais leurs dirigeants craignaient que les travailleurs ne s'arment eux-m&#234;mes hors de leur contr&#244;le. Lors des meetings de protestation contre les violences de la police ou de l'Inkatha, la population r&#233;clamait des armes &#224; Mandela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	L'ANC, m&#233;fiante des masses, pr&#233;f&#233;rait que la police et l'arm&#233;e, les forces de r&#233;pression de l'apartheid, viennent r&#233;tablir l'ordre dans les townships. Sa politique &#233;tait de faire accepter &#224; la population noire, l'appareil d'&#201;tat qui l'avait opprim&#233; si longtemps. L'ANC fit &#233;galement patrouiller dans les townships son service d'ordre, compos&#233; d'anciens gu&#233;rilleros, pendant qu'&#233;tait dissoute sa branche arm&#233;e, dont des cadres &#233;taient envoy&#233;s se former dans des acad&#233;mies militaires &#224; l'&#233;tranger en vue d'int&#233;grer l'arm&#233;e sud-africaine en tant qu'officiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	En 1993 un militant d'extr&#234;me-droite blanc assassina Chris Hani, dirigeant influent de l'ANC, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti communiste et tr&#232;s populaire dans les townships dont il repr&#233;sentait la g&#233;n&#233;ration militante issue du soul&#232;vement de Soweto. Ce meurtre relan&#231;a l'agitation parmi les travailleurs. L'ANC organisa des meetings et des manifestations. L'affluence y &#233;tait bien au-del&#224; de ce qu'elle souhaitait. Ce f&#251;t l'occasion pour les masses de montrer leur m&#233;contentement car si l'ANC se rapprochait chaque jour du pouvoir, peu de choses avaient chang&#233; pour la population. On vit des pancartes r&#233;dig&#233;es ainsi : &#171; Mandela lib&#233;r&#233; il y a 3 ans, l'Afrique du Sud ne l'est toujours pas ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le parti communiste n'essaya absolument pas de profiter du d&#233;calage entre la politique des dirigeants de l'ANC et les sentiments de leur base, pour la bonne raison qu'il faisait partie de la direction de l'ANC. Le PC &#233;tait en pleine croissance, tout comme ceux des syndicats qu'il dirigeait. Il comptait 80 000 adh&#233;rents et jouissait d'une r&#233;elle influence sur la classe ouvri&#232;re. Mais avant tout, le PC &#233;tait tr&#232;s responsable vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie sud-africaine, de la solution politique et du rythme qu'elle avait choisi pour sortir de l'apartheid. Ses militants &#233;taient disciplin&#233;s et ne tent&#232;rent pas d'organiser les travailleurs impatients sur d'autres bases. Pour donner le change, le PC utilisait, et continue &#224; le faire aujourd'hui, tous les symboles du communisme, drapeaux rouges, faucilles et marteaux, pour conduire une politique bourgeoise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les tueries qui eurent lieu pendant la p&#233;riode de transition finirent par d&#233;tourner une bonne part du prol&#233;tariat, qui en &#233;tait la principale victime, de l'activit&#233; politique. De sorte que plus on s'approchait de la fin de l'apartheid, moins la classe ouvri&#232;re avait envie de pousser ses conqu&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.8'&gt;&lt;/a&gt;L'ANC parvient au pouvoir en assurant la continuit&#233; de l'&#201;tat&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	En avril 1994, apr&#232;s que les principales forces bourgeoises du pays, le parti national pour les Blancs et l'ANC pour les Noirs, aient tout r&#233;gl&#233; en fonction des int&#233;r&#234;ts des capitalistes durant huit ann&#233;es de n&#233;gociations secr&#232;tes puis officielles, la population f&#251;t appel&#233; &#224; ent&#233;riner cet accord. Les premi&#232;res &#233;lections au suffrage universel &#233;taient organis&#233;es. Elles &#233;taient la cons&#233;quence de la lutte d&#233;termin&#233;e du prol&#233;tariat sud-africain depuis 20 ans ; et en m&#234;me temps les n&#233;gociations d&#233;bouchaient sur la continuit&#233; de l'&#201;tat : la classe ouvri&#232;re &#233;tait frustr&#233;e de sa victoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le pays avait &#233;t&#233; red&#233;coup&#233; en provinces qui permettaient &#224; ce que le pouvoir local soit d&#233;tenu par tel ou tel partenaire de l'accord g&#233;n&#233;ral quelque soit le r&#233;sultat national des &#233;lections. Buthelezi, apr&#232;s avoir men&#233; pendant des ann&#233;es une politique d'hostilit&#233; violente &#224; l'&#233;gard de l'ANC, venait de signer un accord avec Mandela. L'Inkatha serait au pouvoir dans la r&#233;gion du Kwazulu-Natal, en &#233;change de quoi elle s'engageait &#224; accepter un gouvernement dirig&#233; par l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les homelands disparaissaient pour r&#233;int&#233;grer officiellement l'Afrique du Sud. Par contre l'ANC respectait soigneusement les fronti&#232;res dessin&#233;es par les colonisateurs : le Lesotho et le Swaziland, compl&#232;tement sous influence sud-africaine, restaient en dehors de la nouvelle Afrique du Sud. Pour leurs trois millions d'habitants il n'&#233;tait pas question de droit de vote, il fallait rester soumis &#224; des monarchies dictatoriales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Aux &#233;lections de 1994, l'ANC obtint 12,2 millions de suffrages, soit 62 % et Mandela devint pr&#233;sident de l'Afrique du Sud. Peu importait le r&#233;sultat des autres formations politiques, du moment qu'elles d&#233;passaient 5 %, puisque la composition du gouvernement r&#233;sultait d'une entente g&#233;n&#233;rale. Le parti national, apr&#232;s 46 ans de pouvoir sur la base de l'apartheid, avait neuf portefeuilles dont une des deux vice-pr&#233;sidences pour De Klerk et le minist&#232;re des finances qui ne changeait m&#234;me pas de titulaire, de fa&#231;on &#224; rassurer la bourgeoisie. Le gouverneur de la banque centrale restait lui aussi &#224; son poste. L'Inkatha obtenait quatre minist&#232;res : dont celui de l'Int&#233;rieur occup&#233; par Buthelezi et celui de vice-ministre de la S&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le PC et COSATU ne s'&#233;taient pas pr&#233;sent&#233;s aux &#233;lections sous leur propre drapeau mais sur les listes de l'ANC, qui dirigeait l'&#201;tat et se taillait la part du lion avec 26 postes sur 39. Sur ce quota, le parti communiste obtenait notamment le minist&#232;re du Logement pour Joe Slovo o&#249; il se trouvait en premi&#232;re ligne face aux demandes de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le nouveau ministre de la D&#233;fense, un dirigeant du PC, maintint pour les cinq ans &#224; venir le chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e sud-africaine &#224; son poste. En &#233;change de quoi les 14 000 anciens soldats de l'ANC int&#233;gr&#232;rent les rangs de l'arm&#233;e. Ce type d'accord au sommet ne changeait pourtant pas la r&#233;alit&#233; des comportements racistes fortement ancr&#233;s parmi les cadres blancs de l'&#201;tat. Beaucoup de soldats noirs d&#233;sert&#232;rent et d'autres manifest&#232;rent contre leur hi&#233;rarchie blanche, mais sans le soutien de l'ANC. La situation &#233;tait similaire dans la police o&#249; 2 000 policiers noirs firent gr&#232;ve en occupant une caserne, et o&#249; le gouvernement de Mandela envoya des forces loyales, compos&#233;es essentiellement de Blancs, leur tirer dessus faisant un mort.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Une transition politique qui conforte la domination de la bourgeoisie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;	L'accord politique de 1994 valu &#224; De Klerk et &#224; Mandela la reconnaissance de la bourgeoisie mondiale sous la forme du prix Nobel de la Paix. D'ailleurs un des premiers gestes du pr&#233;sident Mandela avait &#233;t&#233; de reconna&#238;tre officiellement la dette ext&#233;rieure de l'&#201;tat sud-africain, qui avait servie pourtant en partie &#224; acheter les armes qui permirent de maintenir si longtemps l'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La p&#233;riode de transition a &#233;t&#233; une p&#233;riode dangereuse pour la bourgeoisie. Son &#201;tat &#233;tait menac&#233; par les luttes politiques des millions de travailleurs contre le r&#233;gime d'apartheid. C'est l&#224; que l'ANC, &#233;paul&#233;e par le PC et COSATU dont l'influence sur la classe ouvri&#232;re &#233;tait importante, a jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant. Non seulement ce changement de r&#233;gime n'a absolument rien chang&#233; aux rapports de propri&#233;t&#233; et &#224; la domination de l'&#233;conomie par la bourgeoisie blanche, mais l'&#201;tat lui-m&#234;me a &#233;t&#233; peu affect&#233;. Mandela et les principaux dirigeants de l'ANC n'&#233;taient pas des r&#233;volutionnaires. Toute leur politique n'avait qu'un but : diriger l'&#201;tat sud-africain tel qu'il &#233;tait, et non le renverser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il &#233;tait juste question de former des serviteurs noirs de l'&#201;tat aux c&#244;t&#233;s des hauts fonctionnaires blancs. L'accord de 1994 stipulait d'ailleurs que le nouveau gouvernement ne pouvait pas se d&#233;barrasser des fonctionnaires de la p&#233;riode de l'apartheid avant 5 ans. Ainsi les patrons gardaient tous leurs interlocuteurs habituels dans l'appareil d'&#201;tat. Les ministres changeaient, et encore pas tous, mais tous les hauts fonctionnaires et responsables, qui composent les rouages de l'&#201;tat et sont habitu&#233;s &#224; faciliter les affaires de la bourgeoisie &#224; laquelle ils sont souvent intimement li&#233;s, restaient en place. La continuit&#233; de l'&#201;tat &#233;tait assur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour mener une politique favorisant les b&#233;n&#233;fices de la bourgeoisie, Mandela s'appuya notamment sur Trevor Manuel, d'abord ministre de l'Industrie, puis ministre des Finances sans discontinuer jusqu'&#224; l'ann&#233;e derni&#232;re. En 1995, le premier budget de l'ANC au pouvoir comportait une baisse de 6 % des salaires r&#233;els des fonctionnaires et de 10 % des cr&#233;dits pour la sant&#233;, au nom de la comp&#233;titivit&#233; du pays qui devait se relever de d&#233;cennies d'apartheid. Et cela semblait aux travailleurs d'autant plus cr&#233;dible que les 80 d&#233;put&#233;s du PC et les 76 de COSATU appuyaient ces mesures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	C'est un ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de COSATU qui organisa la privatisation de la Poste et des T&#233;l&#233;coms en 1997, rompant ouvertement avec des d&#233;cennies de revendications de nationalisations. Joe Slovo, ministre du Logement et dirigeant du PC, oublia les promesses faites aux 13 millions de personnes sans-logis ou mal-log&#233;es du pays. Par contre il exigea des r&#233;sidents des townships, la plupart locataires de taudis mis &#224; leur disposition &#224; l'&#233;poque de l'apartheid, qu'ils payent leurs charges locatives. Trop pauvres, ils en &#233;taient incapables et de plus ils avaient l'habitude que ce soient les militants de l'ANC qui organisent des campagnes de boycott des charges, et non qu'ils y mettent fin. Des expulsions eurent lieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le logement, le tout-&#224;-l'&#233;gout, l'eau courante, l'&#233;lectricit&#233;, les emplois, la sant&#233; : tout cela allait rester largement hors de la port&#233;e des masses pauvres. Presque aucune des terres dont l'ANC avait promis la redistribution aux paysans noirs, car elles avaient &#233;t&#233; vol&#233;es sous l'apartheid, ne furent redistribu&#233;es. Bien que les deux tiers des terres agricoles soient la propri&#233;t&#233; de gros fermiers blancs, il n'&#233;tait pas question de leur nuire car ils travaillaient pour l'exportation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Pour donner le change aux pauvres le gouvernement lan&#231;a un programme de reconstruction et de d&#233;veloppement dont il confia la t&#234;te &#224; un ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de COSATU. Mais comme l'&#201;tat ne lui accorda presque aucun financement, les syndicats demand&#232;rent aux travailleurs de faire les sacrifices n&#233;cessaires. Le syndicat des chemins de fer expliqua &#171; nous avons eu souvent des journ&#233;es de gr&#232;ves o&#249; nous n'&#233;tions pas pay&#233;s. C'est &#224; nous, en tant que travailleurs, de donner l'exemple des sacrifices &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Mais tous les travailleurs ne l'entendaient pas de cette oreille. Des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent en 1995 malgr&#233; le frein des appareils syndicaux de COSATU. On envoya aux gr&#233;vistes des supermarch&#233;s les chiens policiers, les balles en caoutchouc et les grenades lacrymog&#232;nes. On en arr&#234;ta un millier. Dans les transports, le syndicat se d&#233;solidarisa de routiers gr&#233;vistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Et pendant que le gouvernement demandait aux travailleurs d'&#234;tre patients et de se sacrifier, il baissait l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s de 48 &#224; 35 % et supprimait le contr&#244;le des capitaux entrants ou sortants du pays. Non seulement des compagnies d'assurance, mais aussi les deux plus grandes compagnies mini&#232;res, dont l'embl&#233;matique Anglo-American qui symbolisait le capitalisme sud-africain, choisirent de baser leur si&#232;ge &#224; Londres. Ce qui ne les emp&#234;chait pas de continuer &#224; exploiter les richesses du pays en or, platine, chrome, mangan&#232;se, diamant et charbon. Et puis l'implantation des plus grandes entreprises sud-africaines en Afrique noire, dont les march&#233;s s'ouvraient enfin &#224; elle, &#233;tait facilit&#233;e car un Mandela &#224; la pr&#233;sidence &#233;tait bien plus efficace pour cela que les politiciens racistes du temps de l'apartheid.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;Une couche de privil&#233;gi&#233;s noirs fabriqu&#233;e &#224; l'ombre du pouvoir&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	L'ANC au pouvoir ne se contenta pas de favoriser la grande bourgeoisie blanche qui dominait le pays depuis un si&#232;cle. Le projet nationaliste voulait que se cr&#233;e aussi &#224; ses c&#244;t&#233;s une bourgeoisie noire. Comme elle ne pouvait pas tirer sa position sociale, sa puissance financi&#232;re et ses capitaux de la propri&#233;t&#233; des moyens de production qui &#233;taient aux mains des riches Blancs, cette couche suppl&#233;mentaire de parasites, noirs cette fois-ci, ne put exister que gr&#226;ce au contr&#244;le des nationalistes sur l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La plupart de ces nouveaux capitalistes, qu'on appelait les &#171; diamants noirs &#187;, n'ont pu amasser leurs premiers millions que gr&#226;ce aux lignes de cr&#233;dit ouvertes par l'&#201;tat et les fonds que g&#233;rait l'ANC. Ils &#233;taient issus directement des hautes sph&#232;res de l'ANC et de la bureaucratie syndicale de COSATU. Cyril Ramaphosa, dirigeant de l'ANC et du NUM, le syndicat des mineurs, pu racheter les mines les moins rentables que lui c&#233;da l'Anglo-American. Il en tira du profit, joua le r&#244;le de courtier pour son propre compte, devint millionnaire et se lan&#231;a dans d'autres affaires. Quant au successeur de Ramaphosa &#224; la t&#234;te du NUM, il int&#233;gra aussi le monde de la bourgeoisie en devenant membre du comit&#233; de direction de l'Anglo-American.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	COSATU cr&#233;a une compagnie holding pour monter un casino en partenariat avec un propri&#233;taire de salles de jeu. De son c&#244;t&#233; le syndicat du textile utilisa la presque totalit&#233; des fonds destin&#233; aux enfants de ses membres pour acheter des actions en bourse et permettre aux bureaucrates qui le dirigeaient de s'initier au r&#244;le de parasites bourgeois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Ces hommes ont fait carri&#232;re dans l'appareil politique ou syndical li&#233; &#224; l'&#201;tat, d'autres directement dans le monde des affaires en passant facilement de l'un &#224; l'autre. L'argent passait aussi tr&#232;s facilement du public au priv&#233;, et pas seulement officiellement. Mandela avait amen&#233;, dans le sillage de son arriv&#233;e &#224; la pr&#233;sidence, de nombreux hommes impatients de go&#251;ter aux d&#233;lices du pouvoir dont ils estimaient qu'ils avaient &#233;t&#233; trop longtemps priv&#233;s du fait de la couleur de leur peau. Ils voulaient s'enrichir et vite. La corruption prit alors une ampleur importante et des scandales incessants rythment depuis la vie politique du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Toute cette politique a &#233;t&#233; et continue &#224; &#234;tre men&#233;e au nom de la redistribution des richesses aux populations d&#233;favoris&#233;es sous l'apartheid. Mais ce n'est pas le prol&#233;tariat noir qui en b&#233;n&#233;ficie, c'est la petite et moyenne bourgeoisie noire qui doit son &#233;panouissement, et pour une toute petite partie sa transformation en bourgeoisie v&#233;ritable, &#224; l'arriv&#233;e de l'ANC au pouvoir. Cette nouvelle couche bourgeoise ne s'est m&#234;me pas cr&#233;&#233;e en s'appropriant les capitaux de la bourgeoisie blanche qui d&#233;tient toujours les r&#234;nes de l'&#233;conomie sud-africaine. Elle a &#233;t&#233; coopt&#233;e par la grande bourgeoise et ne vient que se surajouter &#224; elle. Aujourd'hui les richesses cr&#233;&#233;es par le travail de la classe ouvri&#232;re sud-africaine sont vol&#233;es non seulement par la bourgeoisie imp&#233;rialiste occidentale et la bourgeoisie blanche sud-africaine ; mais elles le sont aussi par des bourgeois noirs. Et cela &#224; une &#233;poque o&#249; le capitalisme n'apporte plus aucun d&#233;veloppement &#233;conomique au pays, seulement un parasitisme accru.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.2'&gt;&lt;/a&gt;Mandela passe le relais de la politique anti-ouvri&#232;re&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Le dernier service important rendu par Mandela &#224; la bourgeoisie sud-africaine et &#224; son &#201;tat, f&#251;t d'absoudre les crimes politiques de l'apartheid gr&#226;ce &#224; la commission v&#233;rit&#233;-r&#233;conciliation qu'il lan&#231;a en 1996 en la confiant &#224; Desmond Tutu, l'archev&#234;que anglican noir de Johannesburg &#233;galement prix Nobel de la paix. Mandela s'&#233;tait senti oblig&#233;, devant les demandes des proches des victimes de l'apartheid, d'autoriser des auditions publiques. Elles &#233;taient parfois tr&#232;s suivies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Mais sans surprise cette commission ne d&#233;boucha sur presque rien, si ce n'est le recyclage de hauts-fonctionnaires de l'apartheid qui pouvaient, apr&#232;s passage devant la commission, retrouver une place au service de l'&#201;tat. Le g&#233;n&#233;ral Malan, qui avait ordonn&#233; en 1987 le massacre de 13 personnes, dont 7 enfants, au domicile d'un militant communiste, f&#251;t absous pour ce crime-l&#224; et m&#234;me pas interrog&#233; sur les milliers d'autres victimes de la r&#233;pression dont il &#233;tait &#233;galement responsable en tant que chef des services de s&#233;curit&#233; sous l'apartheid. Pour faire bonne figure on d&#233;non&#231;a aussi les tortures et les assassinats commis au sinistre camp de l'ANC &#224; Quatro au Mozambique, tout en laissant tranquille le ministre de la D&#233;fense qui en &#233;tait un des responsables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	En 1999, &#224; la fin de son mandat pr&#233;sidentiel, Mandela c&#233;da sa place &#224; la t&#234;te de l'ANC &#224; Thabo Mbeki, qui remporta les &#233;lections haut la main avec 66 % des voix. Mais la participation avait &#233;t&#233; bien plus faible et l'ANC perdait 1,5 million de voix. Mbeki reconduisit l'alliance entre l'ANC, le PC et COSATU. Elle &#233;tait n&#233;cessaire pour comprimer les revendications ouvri&#232;res qui s'exprimaient de plus en plus. Mbeki annon&#231;a tout de suite apr&#232;s son &#233;lection, un train de mesures d'aust&#233;rit&#233; et une gr&#232;ve de 500 000 travailleurs lui r&#233;pondit. Mais le PC s'opposait toujours &#224; ce que les travailleurs luttent pour leurs int&#233;r&#234;ts politiques propres. Une partie de l'appareil de COSATU avait bien agit&#233; un moment, avant l'&#233;lection de 1999, l'id&#233;e de pr&#233;senter une liste ind&#233;pendante de l'ANC. Mais elle y avait renonc&#233;, et avait pr&#233;sent&#233; des candidats sous l'&#233;tiquette ANC dont elle a financ&#233; la campagne avec l'argent des cotisations des syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Mbeki accentua la politique de privatisation entam&#233;e sous Mandela depuis 1996, dont Trevor Manuel &#233;tait l'organisateur. On privatisa partiellement des services parmi les plus utiles &#224; la population : eau, gaz, transports urbains. On n'est pas surpris que la Lyonnaise des Eaux - aujourd'hui Veolia - entre autres trusts, en ait profit&#233;, amenant son lot de corruption.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Sous la direction de Mbeki, l'ANC absorba en son sein la majorit&#233; de ce qu'il restait du parti national, qui avait instaur&#233; l'apartheid. Le d&#233;vouement commun au service de la bourgeoisie avait cr&#233;&#233; une solidarit&#233; bien plus importante que l'oppression raciale et politique. C'est en &#233;largissant ainsi le spectre des courants politiques qu'elle regroupe que l'ANC a pu affronter encore une fois victorieusement les &#233;lections de 2004. Mbeki f&#251;t reconduit au pouvoir avec 69 % des suffrages, mais le nombre de voix de l'ANC restait stable car l'abstention avait plus que doubl&#233;, touchant presque un quart de l'&#233;lectorat.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.3'&gt;&lt;/a&gt;Le sort des classes populaires sous les gouvernements de l'alliance ANC-PC-COSATU&lt;/h4&gt; &lt;p&gt; Il y a de multiples raisons au d&#233;senchantement des travailleurs sud-africains. Les compagnies mini&#232;res ont beaucoup licenci&#233;, conduisant des ch&#244;meurs &#224; s'&#233;chiner dans des mines abandonn&#233;es pour extraire de la poussi&#232;re d'or au p&#233;ril de leur vie. La s&#233;curit&#233; des mines officielles a &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;e au point qu'elles sont plus dangereuses encore que les mines chinoises. Le ch&#244;mage touche plus d'un quart de la population active et bien plus chez les Noirs pauvres, peut-&#234;tre la moiti&#233; si tant est que l'on puisse le savoir quand la survie de la population pauvre passe par l'&#233;conomie informelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Bien que Trevor Manuel se vante que le pays ait connu 36 trimestres cons&#233;cutifs de croissance, cela s'apparente &#224; la fameuse &#171; croissance sans emploi &#187; que d&#233;crivent les &#233;conomistes. Et cela n'emp&#234;che pas que 12 millions de personnes ne survivent qu'avec l'aide publique, et 2 millions d'avoir &#233;t&#233; expuls&#233;es de leur logement de 1994 &#224; 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le township d'Alexandra avait &#233;t&#233; pr&#233;vu pour loger 30 000 personnes lors de sa construction sous l'apartheid. Il en abrite 700 000 &#224; pr&#233;sent. Comme beaucoup d'autres townships, &#224; Alexandra la plupart des routes sont en terre battue, un tiers des foyers n'a pas l'eau potable, un tiers n'est pas desservi par la collecte des ordures et 80 % n'ont pas de sanitaires. Et &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, se situe le riche centre de Johannesburg, avec le quartier de Sandton, le plus cher de tout le continent africain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le PIB par habitant classe l'Afrique du Sud en 105&#232;me position mondiale pour 2008, entre le Mont&#233;n&#233;gro et la R&#233;publique Dominicaine, ce qui fait peu d'envieux. Plus de la moiti&#233; des 50 millions d'habitants vit sous le seuil de pauvret&#233;. Un million d'enfants travaillent. La mortalit&#233; infantile est treize fois sup&#233;rieure &#224; celle de la France et classe l'Afrique du Sud entre l'Irak et la Bolivie. Un indice qui quantifie particuli&#232;rement les in&#233;galit&#233;s, l'indice de Gini, a empir&#233; depuis la fin de l'apartheid, positionnant le pays &#224; l'avant-derni&#232;re place mondiale, en 2005, derri&#232;re Ha&#239;ti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	De plus le fl&#233;au du virus HIV touche particuli&#232;rement l'Afrique du Sud avec pr&#232;s de 6 millions de personnes infect&#233;es. Et cela se traduit dramatiquement par des morts du SIDA : 350 000 en 2007. Cette catastrophe n'a ses racines ni dans l'apartheid, ni dans la politique de l'ANC, m&#234;me si ses dirigeants ont pendant des ann&#233;es ni&#233; de fa&#231;on absurde des r&#233;alit&#233;s scientifiques. L'&#233;pid&#233;mie touche durement bon nombre de pays pauvres qui n'ont que peu de moyens de pr&#233;vention et pour lesquels le co&#251;t des m&#233;dicaments produits par les multinationales de la pharmacie est exorbitant. En Afrique du Sud, le SIDA p&#232;se de tout son poids dans la faible esp&#233;rance de vie, 49 ans, qui classe le pays derri&#232;re la Somalie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Par contre ce qui est de la responsabilit&#233; des gouvernements sud-africains c'est d'avoir de n'avoir pas investi dans le syst&#232;me de sant&#233; contrairement &#224; ce qu'ils avaient promis, et d'avoir privatis&#233; la plupart des services publics. On estime que durant les dix ann&#233;es qui ont suivi 1994, 10 millions de personnes ont eu l'eau ou l'&#233;lectricit&#233; coup&#233; pour cause de non paiement de facture. Eskom, entreprise encore publique d'&#233;lectricit&#233;, n'h&#233;site pas &#224; utiliser des gardes arm&#233;s pour effectuer ce genre de travail. M&#234;me les abonn&#233;s r&#233;guliers ont une &#224; deux heures de coupure d'&#233;lectricit&#233; par jour. Les compagnies d'eau installent des compteurs d'eau pr&#233;pay&#233;e, et si les gens n'ont pas de quoi payer, ils n'ont qu'&#224; prendre l'eau dans les rivi&#232;res et les &#233;tangs. En ao&#251;t 2000, juste apr&#232;s l'installation de tels compteurs une &#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra a touch&#233; 100 000 personnes dans la province du Kwazulu-Natal, en en tuant 200.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.4'&gt;&lt;/a&gt;Mbeki discr&#233;dit&#233; par la politique de l'ANC&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Cette situation a entra&#238;n&#233; des luttes importantes. Dans beaucoup de townships des militants organisent des protestations locales contre la d&#233;gradation des services publics, et se retrouvent parfois &#224; affronter la police. En 2007, un demi-million d'employ&#233;s de l'&#201;tat, essentiellement infirmi&#232;res et enseignants ont fait trois semaines de gr&#232;ve, pourtant interdite, et ont amen&#233; le gouvernement &#224; un compromis salarial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce qui domine la situation c'est la d&#233;ception face &#224; la politique de l'ANC qui a renforc&#233; consid&#233;rablement l'individualisme. Les townships sont souvent g&#233;r&#233;s par de petites mafias issues de l'ANC qui consid&#232;rent les finances locales et les habitants comme leur propri&#233;t&#233;. Ils imposent un racket par la force. Parall&#232;lement se d&#233;veloppe le gangst&#233;risme, une pourriture qui pousse sur la mis&#232;re et qui p&#232;se sur les plus opprim&#233;s, notamment les femmes victimes de viols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	On comprend facilement que Thabo Mbeki et son &#233;quipe gouvernementale au pouvoir depuis 1999 aient engendr&#233; beaucoup de frustration. En s'appuyant sur le rejet de Mbeki, une partie des dirigeants de l'ANC, derri&#232;re le vice-pr&#233;sident Jacob Zuma, un ancien dirigeant du PC, ont commenc&#233; &#224; prendre leurs distances avec le pr&#233;sident d&#232;s 2005. Une intense lutte de faction s'en est suivie &#224; l'int&#233;rieur de la coalition au pouvoir. Dans un premier temps Zuma a &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;, perdant son poste de vice-pr&#233;sident &#224; l'occasion d'un des nombreux scandales de corruption. Mais Mbeki paraissait trop discr&#233;dit&#233; par ses deux mandats pr&#233;sidentiels et, en 2007, Zuma a r&#233;ussi &#224; prendre la direction de l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Un atout important de Zuma, dans sa comp&#233;tition avec Mbeki, a &#233;t&#233; la d&#233;cision du PC et de COSATU de le soutenir &#224; l'int&#233;rieur de l'ANC. Et du coup cela a renforc&#233; l'image proche du peuple que Zuma aime &#224; cultiver. Zuma a fini par l'emporter si compl&#232;tement au sein de l'ANC que Mbeki, emp&#234;tr&#233; dans un scandale d'&#233;coutes t&#233;l&#233;phoniques, a &#233;t&#233; oblig&#233; de d&#233;missionner de la pr&#233;sidence de la r&#233;publique avant la fin de son mandat. Au passage Zuma a &#233;vit&#233; une condamnation f&#226;cheuse dans une affaire de viol, ce qui t&#233;moigne de son emprise sur l'appareil d'&#201;tat avant m&#234;me son arriv&#233;e au pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Une partie des dirigeants de l'ANC appartenant au clan Mbeki en disgr&#226;ce, dont onze de ses ministres, ont alors scissionn&#233; pour former un nouveau parti en 2008 ainsi qu'une nouvelle centrale syndicale rivale de COSATU. Mais sur la base de la m&#234;me politique que l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.5'&gt;&lt;/a&gt;Les &#233;meutes x&#233;nophobes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Pendant que le petit monde des politiciens se d&#233;chire dans d'incessantes luttes de clans, la population pauvre affronte une mis&#232;re grandissante. L'ANC n'a pas eu beaucoup &#224; lui offrir en quinze ans de pouvoir, si ce n'est un nationalisme exalt&#233; et une d&#233;magogie x&#233;nophobe lourde de cons&#233;quence. Si l'&#233;conomie sud-africaine est largement domin&#233;e par les multinationales et les banques occidentales, elle est tout de m&#234;me relativement d&#233;velopp&#233;e en comparaison du reste de l'Afrique noire. Et elle attire des immigr&#233;s qui pour survivre acceptent des salaires de mis&#232;re. Ces travailleurs ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; l'hostilit&#233; des gouvernements de l'ANC qui ont, depuis 1996, expuls&#233; autour d'un million d'immigr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Cette x&#233;nophobie d'&#201;tat a pes&#233; sur la population d&#233;laiss&#233;e et sans perspective des townships. En mai 2008 des &#233;meutes anti-immigr&#233; ont &#233;clat&#233; &#224; Alexandra. Des travailleurs, souvent des mineurs licenci&#233;s, se plaignaient que les gens du Zimbabwe ou du Lesotho leur volaient leur travail. Des petits commer&#231;ants voulaient &#233;liminer la concurrence des vendeurs de rue somaliens. Des pauvres sans-logis lorgnaient sur les baraques, pourtant sordides, habit&#233;es par des familles du Malawi ou du Mozambique. Une vague de meurtres, de pillage et d'incendie a d&#233;ferl&#233; dans le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Officiellement les &#233;meutes ont fait 62 morts, au moins 740 bless&#233;s et 80 000 sans abri. Un tiers des morts &#233;taient de nationalit&#233; sud-africaine, soit qu'ils &#233;taient originaires de r&#233;gion &#233;loign&#233;es et parlaient une langue diff&#233;rente des &#233;meutiers, soit qu'ils s'opposaient &#224; eux. Il s'est d'ailleurs trouv&#233; des organisations pour rassembler plusieurs milliers de personnes dans le centre de Johannesburg, au plus fort des &#233;meutes, pour crier leur solidarit&#233; avec les immigr&#233;s ainsi que &#171; Mbeki, leur sang est sur tes mains. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.6'&gt;&lt;/a&gt;Zuma &#224; la pr&#233;sidence : toujours la m&#234;me politique &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	C'est dans cette atmosph&#232;re de profonde d&#233;moralisation des travailleurs que Jacob Zuma a remport&#233; les &#233;lections d'avril 2009. Zuma s'est hiss&#233; &#224; la pr&#233;sidence de la r&#233;publique en renouvelant la politique d'alliance de l'ANC avec le PC et COSATU. Le PC a mis ses forces &#224; son service en d&#233;veloppant une campagne qui expliquait que les probl&#232;mes des travailleurs venaient de la politique qu'il appelle &#171; n&#233;o-lib&#233;rale &#187; men&#233;e par Trevor Manuel depuis 1996 ; passant sous silence le fait qu'il avait &#233;t&#233; ministre des finances sous Mandela et sous Mbeki &#224; une &#233;poque ou Zuma &#233;tait vice-pr&#233;sident. Et que le PC avait particip&#233; &#224; tous ces gouvernements... La revue politique du PC titrait avant l'&#233;lection de 2009 : &#171; nous avons besoin d'une victoire massive de l'ANC pour que le peuple, et pas la bourgeoisie, puisse diriger l'&#233;conomie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Et sit&#244;t &#233;lu, Jacob Zuma a confirm&#233; la place de Trevor Manuel au gouvernement. Comme Mandela et Mbeki avant lui, Zuma a rassembl&#233; dans son gouvernement un large &#233;ventail politique. Le vice-ministre de l'agriculture et de la p&#234;che est un dirigeant de l'extr&#234;me droite blanche, et celui du tourisme vient d'une scission de l'ancien parti national. Ils si&#232;gent aux c&#244;t&#233;s du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC, ministre de l'&#233;ducation sup&#233;rieure et d'autres dignitaires de COSATU.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Les seuls changements que Zuma apporte &#224; la politique de l'&#201;tat sont cosm&#233;tiques. On ne dit plus ministre du logement, mais ministre des habitations humaines. Ce qui n'emp&#234;che pas le titulaire, un ancien dirigeant syndical, d'&#234;tre un milliardaire. On donne aux bidonvilles le nom de dirigeants de l'ANC. Ce qui permet aux squatters de vivre dans le &#171; campement informel Cyril Ramaphosa &#187; ou dans le &#171; campement informel Joe Slovo &#187;. Sans &#234;tre prot&#233;g&#233;s le moins du monde des expulsions au bulldozer, surtout &#224; l'approche de la coupe du monde de football.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.7'&gt;&lt;/a&gt;Les travailleurs subissent la crise mondiale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;	Ce n'est donc pas la politique de l'&#201;tat qui met la population &#224; l'abri des cons&#233;quences de la crise &#233;conomique actuelle. D&#233;j&#224;, avant la crise financi&#232;re de 2008, pendant la p&#233;riode d'intense sp&#233;culation mondiale sur les denr&#233;es alimentaires, l'alimentation avait augment&#233; de 16 % en une ann&#233;e. Le pain, la farine de bl&#233;, la farine de ma&#239;s, les p&#226;tes avaient augment&#233; entre 20 et 30 % et l'huile de cuisson avait pris 66 % de hausse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	A pr&#233;sent l'&#233;conomie sud-africaine est touch&#233;e de plein fouet par la crise mondiale. Au cours de l'ann&#233;e 2008, la production mini&#232;re a diminu&#233; de 33 % et la production manufacturi&#232;re de 20 %. Plus de 750 000 emplois ont &#233;t&#233; perdus en un an. Les salaires de 1000 rands par mois, &#233;quivalents &#224; une centaine d'euros, sont fr&#233;quents. 68 % des enfants vivent dans un m&#233;nage qui gagne moins que cette somme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Par contre la bourse de Johannesburg a augment&#233; de 30 % depuis avril 2009, &#224; l'image du regain de l'activit&#233; sp&#233;culative de la bourgeoisie mondiale. Et l'Afrique du Sud a &#233;t&#233; convi&#233;e &#224; devenir membre du G20, ce qui permet &#224; Zuma de parader devant les cam&#233;ras aux c&#244;t&#233;s de Sarkozy et compagnie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;La force de la classe ouvri&#232;re mise au service du nationalisme et de la bourgeoisie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Au temps de l'apartheid, l'ANC camouflait sa politique de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie derri&#232;re les mots de libert&#233; et de suffrage universel, mais son but &#233;tait de g&#233;rer les affaires de celle-ci au gouvernement, et rien d'autre. Au bout du compte les luttes de la classe ouvri&#232;re noire dans les ann&#233;es 1970 et 1980 n'ont abouti qu'&#224; changer la couleur de peau du personnel politique au service de l'exploitation capitaliste, et encore pas de tous. Et les hommes qui composent les rouages de l'appareil d'&#201;tat sont rest&#233; en partie les m&#234;mes, au service d'une bourgeoisie, toujours blanche dans sa grande majorit&#233;. Ce que les nationalistes noirs ont chang&#233;, c'est tr&#232;s peu de choses. En tout cas, la classe exploiteuse s'y est tr&#232;s bien adapt&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Pourtant en Afrique du Sud des militants se sont lanc&#233; &#224; chaque g&#233;n&#233;ration dans la lutte pour bouleverser cette soci&#233;t&#233; injuste. Des intellectuels blancs et noirs ont &#233;t&#233; capables de rompre avec le conformisme raciste et social et ont r&#233;ussi &#224; trouver le lien avec les travailleurs noirs opprim&#233;s. Et surtout la classe ouvri&#232;re sud-africaine a fait surgir des militants noirs en quantit&#233;. Ensemble ils ont affront&#233; courageusement la r&#233;pression quasi permanente tout au long du 20&#232;me si&#232;cle. Mais ils se sont rang&#233;s pour la plupart derri&#232;re la politique des dirigeants staliniens. Le parti communiste a fait le choix de mettre ses militants et leur influence sur la classe ouvri&#232;re au service des nationalistes noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Sous l'apartheid, le PC a cantonn&#233; la combativit&#233; des travailleurs, d&#232;s qu'elle d&#233;bouchait sur des revendications politiques, sur un terrain exclusivement nationaliste. Il a frein&#233; les luttes &#224; partir du moment o&#249; l'ANC est arriv&#233;e au pouvoir. Il a fourni des ministres aux gouvernements anti-ouvriers depuis 1994, et a m&#234;me contribu&#233;, par l'interm&#233;diaire de ses cadres qui jouaient un grand r&#244;le dans la bureaucratie syndicale, &#224; la cr&#233;ation d'une couche de parasites bourgeois, noirs de peau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le parti communiste a une grande responsabilit&#233; dans la situation politique actuelle en Afrique du Sud. D'autant plus grande qu'il aurait pu choisir de mener une politique bien diff&#233;rente s'il n'avait pas substitu&#233; le stalinisme au marxisme, troqu&#233; l'internationalisme pour le nationalisme, et pr&#233;f&#233;r&#233; la construction du parti bourgeois qu'est l'ANC &#224; la perspective de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans le d&#233;vouement des militants communistes, il n'est pas s&#251;r que l'ANC aurait surv&#233;cu en tant qu'organisation &#224; la r&#233;pression sous l'apartheid. Et lors de la mobilisation des masses, et particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re, pendant plus d'une d&#233;cennie &#224; partir des ann&#233;es 1970, il n'&#233;tait pas &#233;crit d'avance que cette &#233;nergie militante soit canalis&#233;e derri&#232;re l'ANC, en bonne partie gr&#226;ce aux efforts du PC. Le PC a d&#233;lib&#233;r&#233;ment entrav&#233; toute possibilit&#233; de d&#233;veloppement de la conscience de classe qui aurait pu permettre aux travailleurs de comprendre que l'ANC d&#233;fendait le pouvoir de la bourgeoisie blanche tout autant que les tenants de l'apartheid. Et alors que les travailleurs se heurtaient au cours de chacune des vagues de mobilisation &#224; l'appareil d'&#201;tat, le PC a mis tout son poids pour que les masses ne se donnent pas comme but le renversement de cet &#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant dans les townships en r&#233;bellion, les travailleurs s'&#233;taient d&#233;barrass&#233;s de la pr&#233;sence quotidienne de la police blanche et de ses suppl&#233;tifs noirs. Ils n'&#233;taient &#224; la merci des raids meurtriers des forces de r&#233;pression que parce qu'ils n'avaient pas les armes qu'ils r&#233;clamaient en vain au PC et &#224; l'ANC. Ayant repouss&#233; l'&#201;tat hors de leurs townships, les travailleurs contestaient beaucoup d'aspects de la soci&#233;t&#233; bourgeoise au travers des comit&#233;s qui fleurissaient. Il n'&#233;tait pas hors de leur port&#233;e de se gouverner eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est &#233;videmment impossible de savoir si sous la direction d'un parti r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien r&#233;ellement communiste, les luttes de la classe ouvri&#232;re auraient pu d&#233;boucher sur une r&#233;volution. Mais il est certain que tous les appareils politiques ayant eu de l'influence sur le prol&#233;tariat ont pes&#233; pour que le mouvement n'aille pas jusqu'au bout de ses possibilit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enjeu &#233;tait d'autant plus important que la lutte du prol&#233;tariat sud-africain b&#233;n&#233;ficiait d'une large sympathie parmi les opprim&#233;s du monde entier. Pendant une dizaine d'ann&#233;e il symbolisa pour beaucoup la lutte d&#233;termin&#233;e et courageuse contre l'oppression. Et dans toute une partie du continent africain, cette lutte &#233;tait palpable aussi bien au travers des militants sud-africains en exil que par le biais des travailleurs africains immigr&#233;s en Afrique du Sud. Dans les pays limitrophes les pauvres &#233;taient oppos&#233;s dans leur lutte pour l'ind&#233;pendance nationale &#224; l'&#201;tat sud-africain &#233;galement, ennemi qu'ils partageaient avec leurs fr&#232;res des townships de Soweto et d'ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui la classe ouvri&#232;re sud-africaine est bien moins politis&#233;e. Et elle est absorb&#233;e par les probl&#232;mes quotidiens que pose sa survie mat&#233;rielle. Mais elle reste toujours la classe ouvri&#232;re la plus nombreuse d'Afrique et la plus organis&#233;e. L'ann&#233;e 2009 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un regain des luttes gr&#233;vistes contre les licenciements, mais aussi pour l'augmentation des salaires dans les mines, les transports et la construction. Alors ce que nous esp&#233;rons, c'est que le r&#244;le moteur dans la lutte de classe contre la bourgeoisie qu'elle n'a pas pu jouer dans le pass&#233;, la classe ouvri&#232;re puisse le tenir &#224; l'avenir, et s'en servir pour le renversement de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>La d&#233;croissance : une doctrine qui pr&#233;tend faire avancer la soci&#233;t&#233;... &#224; reculons</title>
	
	
	
	

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				117 Introduction Hasard du calendrier, la conf&#233;rence du Cercle L&#233;on Trotsky de ce soir se d&#233;roule en plein sommet de Copenhague. &#192; cette grand-messe de l'&#233;cologie, les dirigeants de la plan&#232;te parleront beaucoup, mais au final il n'en sortira rien. Car il en va des probl&#232;mes &#233;cologiques comme de la crise &#233;conomique : aucune r&#233;gulation ne pourra exister tant que la soci&#233;t&#233; sera g&#233;r&#233;e en fonction du profit, c'est-&#224;-dire tant qu'elle sera dirig&#233;e par la classe capitaliste. Ce sommet de Copenhague fait couler (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky-62/" rel="directory"&gt;Cercle L&#233;on Trotsky&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;117&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='0.1'&gt;&lt;/a&gt;Introduction&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Hasard du calendrier, la conf&#233;rence du Cercle L&#233;on Trotsky de ce soir se d&#233;roule en plein sommet de Copenhague. &#192; cette grand-messe de l'&#233;cologie, les dirigeants de la plan&#232;te parleront beaucoup, mais au final il n'en sortira rien. Car il en va des probl&#232;mes &#233;cologiques comme de la crise &#233;conomique : aucune r&#233;gulation ne pourra exister tant que la soci&#233;t&#233; sera g&#233;r&#233;e en fonction du profit, c'est-&#224;-dire tant qu'elle sera dirig&#233;e par la classe capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sommet de Copenhague fait couler beaucoup d'encre. Et il place, plus encore que d'habitude, le courant &#233;cologiste sous les feux de la rampe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est de l'une des branches de ce courant &#233;cologiste que nous allons parler ce soir : la d&#233;croissance. Ce courant regroupe des militants qui se d&#233;signent sous le nom d' &#171; objecteurs de croissance &#187; ou de &#171; d&#233;croissants &#187;. Leurs opinions sont souvent tr&#232;s diverses, mais elles ont en commun d'estimer que l'on consomme trop et que l'on produit trop. Et que l'essentiel des maux qui frappent la plan&#232;te viendraient de cette surconsommation, et de ce qu'ils appellent le &#171; productivisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous, communistes, nous pensons que les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; viennent d'une certaine organisation sociale &#8211; le capitalisme &#8211; et qu'ils sont le fruit de la division de la soci&#233;t&#233; en classes sociales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont deux visions radicalement diff&#233;rentes et m&#234;me antagonistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le terme de &#171; d&#233;croissance &#187; conna&#238;t un certain effet de mode, il surprend et choque aussi bon nombre de gens. Et l'on comprend pourquoi : le 16 octobre dernier, un organisme de l'Onu annon&#231;ait que le nombre d'humains frapp&#233;s par la famine avait, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, d&#233;pass&#233; le chiffre de un milliard. &#192; peu pr&#232;s au m&#234;me moment, une enqu&#234;te du Secours populaire r&#233;v&#233;lait que 44% de la population europ&#233;enne rencontreraient des difficult&#233;s pour &#171; s'acheter des v&#234;tements convenables &#187;, tandis que 35% peinent &#224; se procurer une &#171; alimentation saine et &#233;quilibr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte-l&#224;, pr&#244;ner une r&#233;duction de la production et de la consommation para&#238;t stup&#233;fiant. Ah, bien s&#251;r, la plupart des objecteurs de croissance se disent soucieux de la famine et de la mis&#232;re dans les pays d'Afrique ou d'Asie &#8211; mais ils en mettent une partie de la responsabilit&#233; sur le dos des peuples des pays riches. &#171; Nous, au Nord, les gav&#233;s de l'hyperconsommation &#187;, peut-on lire par exemple sous la plume de l'&#233;conomiste d&#233;croissant Serge Latouche. Les &#171; gav&#233;s de l'hyperconsommation &#187; ? De qui parle-t-il ? De la grande bourgeoisie, des banquiers arros&#233;s &#224; l'argent public ? Non, bien s&#251;r. De vous et moi, des salari&#233;s, des petites gens qui vont chaque semaine remplir un caddie &#224; l'hypermarch&#233;, qui ont une voiture, ou, pire encore, un lecteur MP3. &#192; eux ils pr&#244;nent, plut&#244;t qu'une illusoire hausse du pouvoir d'achat, (je cite) &#171; l'ivresse joyeuse de la sobri&#233;t&#233; volontaire. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les id&#233;es de la d&#233;croissance gagnent du terrain. On les retrouve, sous une forme ou sous une autre, dans les discours de la plupart des partis politiques de gauche ; on les lit dans la presse ; on les entend dans la bouche de nombreux jeunes d&#233;boussol&#233;s par la faillite du capitalisme ; on en retrouve m&#234;me des traces dans ce que disent certains syndicalistes d&#233;moralis&#233;s ou certains travailleurs priv&#233;s de perspective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un certain nombre de d&#233;fenseurs de la d&#233;croissance se veulent de gauche. Certains se disent anticapitalistes. Ils pr&#233;tendent que leurs id&#233;es peuvent permettre de changer le monde &#8211; et seraient m&#234;me une solution tant &#224; la crise &#233;cologique qu'&#224; la crise &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien pour nous, cette id&#233;ologie du renoncement et du recul, m&#234;me si elle se travestit en mouvement de gauche, voire d'extr&#234;me gauche, est une escroquerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les id&#233;es de la d&#233;croissance sont forc&#233;ment impuissantes : pour r&#233;soudre les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233;, il est indispensable de raisonner en termes de lutte des classes. Et cela, les d&#233;croissants ne le font jamais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-ce que la d&#233;croissance ? Quelles sont ses id&#233;es essentielles ? En quoi celles-ci sont non seulement incompatibles avec les id&#233;es communistes, mais m&#234;me oppos&#233;es &#224; celles-ci ? Pourquoi les id&#233;es de la d&#233;croissance ont-elles le vent en poupe, et quelles autres perspectives l'humanit&#233; a-t-elle pour sortir d'un marasme qui est en r&#233;alit&#233; bien pire que ce que les d&#233;croissants d&#233;noncent eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont ces sujets que nous allons aborder ce soir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Qu'est-ce que la d&#233;croissance ?&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;Un concept &#224; la mode&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas une formation politique de gauche qui ne soit all&#233;e, ces derniers mois, de son couplet contre le &#171; productivisme &#187;, la &#171; consommation &#187; et &#171; le culte de la croissance &#187;. La presse a pris le relais en donnant de plus en plus souvent la parole aux diff&#233;rents porte-parole de ces id&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le concept est tellement &#224; la mode que m&#234;me la droite n'a pas envie d'&#234;tre en reste : tout r&#233;cemment, le ministre de l'industrie Herv&#233; Novelli a par exemple d&#233;clar&#233; : &#171; La crise que nous connaissons aujourd'hui est beaucoup plus grave qu'une crise &#233;conomique : c'est la crise d'un mod&#232;le, celui de la soci&#233;t&#233; de consommation. Ce mod&#232;le reposait sur une incitation &#224; consommer toujours plus. &#187; Le Medef lui-m&#234;me a consacr&#233;, &#224; la rentr&#233;e, un atelier de son universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; la d&#233;croissance &#8211; mais une d&#233;croissance supportable pour le patronat, puisque l'atelier, auquel participait le Vert Yves Cochet, s'intitulait Pour une d&#233;croissance prosp&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les grandes figures du mouvement &#233;cologiste, jusque-l&#224; plut&#244;t dubitatifs, sont l'un apr&#232;s l'autre en train de d&#233;couvrir les m&#233;rites de la d&#233;croissance. Cela a &#233;t&#233; le cas, tout r&#233;cemment, de C&#233;cile Duflot, de Yann Arthus-Bertrand et de Nicolas Hulot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Italie, en Belgique, aux &#201;tats-Unis et au Canada, la d&#233;croissance conna&#238;t de semblables succ&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait consid&#233;rer tout cela comme de l'agitation politicienne et m&#233;diatique. Mais tout ce matraquage conduit &#224; influencer peu &#224; peu les consciences. L'influence de ce courant de pens&#233;e est aujourd'hui palpable dans certaines couches sociales et dans la jeunesse. Certes, peu de gens se disent clairement &#171; d&#233;croissants &#187;. Mais combien de fois n'entend-on pas autour de nous parler de &#171; surconsommation &#187;, de &#171; productivisme &#187;, et de la fameuse id&#233;e selon laquelle &#171; si toute l'humanit&#233; vivait comme nous, il faudrait 3 plan&#232;tes &#187; ? Qui n'a pas d&#233;j&#224; entendu quelqu'un se demander si &#171; les RMIstes ont vraiment besoin d'une t&#233;l&#233;vision &#224; &#233;cran plat &#187; ; ou entendu des discours plus ou moins m&#233;prisants sur les travailleurs pauvres qui &#171; claqueraient leur salaire &#224; remplir des caddies chez Auchan &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous avons choisi de parler de ces id&#233;es ce soir, c'est parce que oui, elles ont le vent en poupe. Elles attirent des jeunes qui sont &#224; cent lieues de penser qu'il s'agit l&#224; d'id&#233;es r&#233;actionnaires. Des gens qui sont tout &#224; fait convaincus qu'&#234;tre d&#233;croissants, c'est &#234;tre anticapitalistes. Eh bien nous voulons montrer, justement, que ce n'est pas le cas. Si nous comprenons ce qui peut pousser des gens &#224; se tourner vers ces id&#233;es, nous sommes n&#233;anmoins convaincus qu'il est indispensable, pour les communistes r&#233;volutionnaires, d'en montrer sans indulgence les limites.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;Une th&#233;orie aux contours confus&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais pour commencer, qu'est-ce que la d&#233;croissance ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;pondre &#224; cette question rel&#232;ve de la gageure, tant ce courant rassemble de points de vue divers, divergents, voire contradictoires. La d&#233;croissance n'est ni une id&#233;ologie, ni une doctrine coh&#233;rente. Ce n'est &#8211; si l'on en croit ses porte-paroles &#8211; rien d'autre qu'une id&#233;e, un mot. Cette d&#233;finition plut&#244;t vague permet aux d&#233;croissants d'assumer leur &#233;tonnante diversit&#233;. On trouve des d&#233;croissants aussi bien &#224; l'extr&#234;me gauche qu'&#224; l'extr&#234;me droite. Certains se r&#233;clament de l'anarchisme, d'autres d'un avatar du marxisme. Un Pierre Rahbi, qui faillit &#234;tre candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2002, est lui ouvertement mystique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si l'on tente de se faire une id&#233;e de ce qu'est la d&#233;croissance en lisant les ouvrages de ses penseurs et sa presse, on trouve v&#233;ritablement tout&#8230; et son contraire. &#171; Nous ne crierons jamais &#171; Vive la crise ! &#187; &#187;, s'&#233;crie le d&#233;croissant Vincent Cheynet. Fortes paroles. Mais il faut croire qu'il n'est pas d'accord avec son comp&#232;re Serge Latouche qui &#233;crivait lui sans complexe, en 2007, &#171; il est &#224; souhaiter, au nord, que la crise arrive &#224; temps pour laisser sa chance &#224; l'autre Afrique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les origines th&#233;oriques de la d&#233;croissance sont multiples. Nous ne nous attarderons pas longuement ce soir sur ces origines, pr&#233;f&#233;rant discuter des id&#233;es d&#233;fendues par les d&#233;croissants d'aujourd'hui. Mais disons que ces id&#233;es, sous leur forme actuelle, remontent aux ann&#233;es 1960 et 1970 : le mot de &#171; d&#233;croissance &#187; est tir&#233; d'un ouvrage de l'&#233;conomiste am&#233;ricain Georgescu-Roegen, paru en France en 1979. Il reprenait des id&#233;es issues de rapport publi&#233;s auparavant, notamment la Lettre Mansholt, puis le rapport du Club de Rome intitul&#233; Halte &#224; la Croissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces rapports reprenaient en fait des id&#233;es bien plus anciennes : cela fait plus de deux si&#232;cles qu'il existe, dans le sillage de Thomas Malthus dont nous reparlerons, des gens qui pensent que &#171; nous sommes trop nombreux au banquet de la nature &#187;. Les d&#233;croissants actuels ne disent pas exactement que nous sommes trop nombreux au banquet de la nature, mais que la table du banquet est trop petite pour tous &#8211; ce qui revient au fond exactement au m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les d&#233;croissants revendiquent aujourd'hui un h&#233;ritage intellectuel bien plus vaste. Pour Paul Ari&#232;s en effet, la d&#233;croissance &#171; met ses pas &#187; dans ceux de Socrate, du juda&#239;sme, du catholicisme, de la philosophie des Lumi&#232;res, des Luddites, de Marx, de Proudhon, de la Commune, de Freud et de la R&#233;sistance !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;ussir &#224; &#171; mettre ses pas &#187; &#224; la fois dans ceux de la religion catholique et dans ceux des Lumi&#232;res n&#233;cessite d&#233;j&#224; une certaine souplesse. Mais mettre c&#244;te &#224; c&#244;te le luddisme et Marx rel&#232;ve carr&#233;ment du contorsionnisme ! En effet le mouvement luddite consistait, &#224; l'aube de la r&#233;volution industrielle, &#224; pousser les ouvriers &#224; d&#233;truire les machines, consid&#233;r&#233;es comme porteuses de ch&#244;mage. Marx, lui, pensait que les machines &#233;taient porteuses du progr&#232;s de la soci&#233;t&#233;, &#224; condition que celle-ci soit r&#233;organis&#233;e sur d'autres bases. Se r&#233;clamer en m&#234;me temps de ces deux courants en dit long sur le s&#233;rieux de l'auteur. Mais il est vrai que Paul Ari&#232;s parle d'autant plus facilement de Marx qu'il ne l'a pas lu. Sans cela, il aurait perdu une occasion d'&#233;taler son ignorance en &#233;crivant que : &#171; Marx est mort trop t&#244;t : avant de commencer l'analyse de l'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque l'on discute avec les d&#233;croissants, il faut donc choisir ses interlocuteurs. Nous ne discuterons ce soir ni de Pierre Rahbi et de ses &#233;lucubrations mystiques, ni de la d&#233;croissance nationaliste d'Alain de Benoist, ni des th&#233;ories d'Ivan Illitch sur le caract&#232;re n&#233;faste de l'&#233;cole et de la m&#233;decine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, m&#234;me si le rire y perdra, nous ne commenterons pas les exp&#233;riences alternatives des int&#233;gristes de la d&#233;croissance, pr&#244;nant d'habiter dans des yourtes ou de remplacer le tout &#224; l'&#233;gout par des cultures de vers de terre. &#201;videmment, il est tentant de se moquer de cet aspect caricatural et souvent ridicule de la d&#233;croissance, et des pr&#233;occupations de ses adeptes. Les forums internet fourmillent de d&#233;bats sur des sujets aussi fondamentaux que : &#171; Quel dentifrice pour les d&#233;croissants ? &#187; ou &#171; Je suis adepte de la simplicit&#233; volontaire, quel shampoing dois-je utiliser ? &#187; (&#192; ce sujet, si la question vous taraude, sachez tout de m&#234;me que les d&#233;batteurs se divisent clairement en deux camps : ceux qui pr&#233;conisent le shampoing au savon d'Alep &#8211; mais uniquement s'il n'est pas fabriqu&#233; &#224; Alep car Alep est en Syrie et le transport est anti-&#233;cologique ; et ceux qui pensent, non sans une certaine logique, que la solution la plus d&#233;croissante est tout simplement&#8230; de se raser le cr&#226;ne.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus s&#233;rieusement, nous avons donc choisi de discuter des id&#233;es politiques de la d&#233;croissance, celles qui sont d&#233;fendues par des militants qui, dans leur discours du moins, se disent de gauche ou d'extr&#234;me gauche et se targuent de vouloir changer la soci&#233;t&#233;. Ceux qui animent le journal La D&#233;croissance en font partie, puisqu'eux-m&#234;mes rejettent les &#171; farfelus &#187; qui donnent une image caricaturale de leur mouvement. Ceux-l&#224; parlent &#171; d'en finir avec le capitalisme &#187;. Comme c'est &#233;galement le but que nous nous fixons, l'expos&#233; de ce soir est presque enti&#232;rement consacr&#233; &#224; discuter des id&#233;es des d&#233;croissants anticapitalistes, c'est-&#224;-dire notamment celles du publicitaire repenti Vincent Cheynet, du politologue Paul Ari&#232;s ou de l'&#233;conomiste Serge Latouche.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.3'&gt;&lt;/a&gt;Critiquer les effets, ou les causes ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Disons d&#232;s maintenant que nous partageons bien des critiques des d&#233;croissants contre tel ou tel aspect de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il serait d'ailleurs bien plus juste de dire que ce sont les d&#233;croissants qui partagent bien des critiques des communistes ! Car ces critiques sont contenues dans les id&#233;es marxistes depuis leur naissance. Si les r&#233;volutionnaires sont r&#233;volutionnaires, c'est bien parce qu'ils trouvent insupportable le fonctionnement quotidien de la soci&#233;t&#233; &#8211; et pas seulement parce que celle-ci est profond&#233;ment in&#233;galitaire. Beaucoup des probl&#232;mes point&#233;s du doigt par les d&#233;croissants, comme l'&#233;puisement des ressources naturelles, le gaspillage effarant de richesses, l'ali&#233;nation au travail, les strat&#233;gies des capitalistes pour arriver &#224; transformer n'importe quoi en marchandise vendable, l'individualisme, la dissolution des liens sociaux, etc., &#233;taient d&#233;j&#224; analys&#233;s par Marx et Engels, il y a plus de 150 ans, comme des cons&#233;quences du capitalisme. Aucun de ces probl&#232;mes n'est r&#233;ellement nouveau &#8211; &#224; commencer par celui de l'&#233;puisement des mati&#232;res premi&#232;res et des ressources fossiles. Dans le Capital, paru en 1867, Marx &#233;crivait d&#233;j&#224; : &#171; La production capitaliste ne d&#233;veloppe la technique et la production qu'en &#233;puisant en m&#234;me temps les deux sources d'o&#249; jaillissent toute richesse : la terre et le travailleur. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une &#233;vidence : le capitalisme fait courir &#224; l'humanit&#233; des dangers mortels. Nous ne sommes pas des optimistes b&#233;ats persuad&#233;s que quoi qu'il arrive, l'humanit&#233; s'achemine tranquillement vers l'avenir radieux du socialisme ! Pour passer au socialisme, il faudra des r&#233;volutions, et rien ne dit h&#233;las que le capitalisme n'aura pas r&#233;ussi &#224; d&#233;truire une bonne partie de la plan&#232;te avant que ces r&#233;volutions n'&#233;clatent. &#171; Socialisme ou barbarie &#187;, s'&#233;criait Rosa Luxembourg en 1915, face &#224; l'horreur de la Premi&#232;re guerre mondiale. Cette alternative reste plus que jamais d'actualit&#233;. Les ravages du capitalisme sur l'environnement, la rar&#233;faction des ressources, entre autres, sont peut-&#234;tre des questions qui am&#232;neront l'humanit&#233; vers de nouvelles guerres, de nouveaux cataclysmes mondiaux dont nul ne sait s'ils ne conduiront pas les humains, comme dans les pires cauchemars des auteurs de science-fiction, &#224; vivre un jour terr&#233;s comme des taupes dans des sous-sols parce que l'atmosph&#232;re sera devenue irrespirable et que la vie aura disparu de la surface de la terre. Albert Einstein a dit, para&#238;t-il, apr&#232;s Hiroshima : &#171; Je ne sais pas comment la Troisi&#232;me Guerre Mondiale sera men&#233;e, mais je sais comment le sera la quatri&#232;me : avec des b&#226;tons et des pierres. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes r&#233;volutionnaires pr&#233;cis&#233;ment parce que nous voulons un autre avenir &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, nous pensons m&#234;me que les d&#233;croissants, dans leur critique de la soci&#233;t&#233;, sont souvent bien en-dessous de la r&#233;alit&#233;. Tout simplement parce que les penseurs de la d&#233;croissance n'ont qu'une vision tr&#232;s partielle de la soci&#233;t&#233; &#8211; celle qui commence et s'arr&#234;te &#224; leur porte. Cela donne &#224; leurs critiques un caract&#232;re souvent d&#233;risoire. On trouve par exemple souvent dans les ouvrages de la d&#233;croissance l'expression &#171; fuir l'enfer urbain &#187;. De quel enfer urbain parle-t-on ? Bogota, Bombay, Lagos ? Non : Paris. On conviendra que, m&#234;me s'il y a trop d'embouteillages sur le p&#233;riph&#233;rique, la notion &#171; d'enfer urbain &#187; est tout de m&#234;me assez relative dans une ville aliment&#233;e, chauff&#233;e, &#233;clair&#233;e, munie d'un r&#233;seau de tout &#224; l'&#233;gout et de transports en commun. Il en va de m&#234;me dans tous les sujets abord&#233;s par les d&#233;croissants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On est &#233;galement frapp&#233; de constater &#224; quel point leur critique est d&#233;clin&#233;e au pr&#233;sent &#8211; comme si les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; avaient commenc&#233; il y a dix ou quinze ans, lorsque les risques de r&#233;chauffement climatiques ont commenc&#233; &#224; &#234;tre d&#233;nonc&#233;s. Et ces critiques perdent beaucoup de leur force de frappe lorsque l'on constate que les d&#233;croissants d&#233;plorent avec bien plus de virulence le sort des petits bourgeois des pays riches que celui des gamins qui meurent de faim en Afrique ou des ouvriers de ces m&#234;mes pays riches. On lit sous la plume de Latouche ou de Cheynet des descriptions de la vie &#171; cauchemardesque &#187; de ces cadres souffrant &#171; d'addiction au travail &#187;, accroch&#233;s &#224; leur Smartphone et &#224; leur ordinateur portable &#8211; description qui fait dire &#224; Serge Latouche : &#171; Jamais l'humanit&#233; n'avait atteint un tel degr&#233; de d&#233;r&#233;liction &#187;, c'est-&#224;-dire d'abandon. Jamais, vraiment ? Ni dans la boue des tranch&#233;es de Verdun, ni dans les trains menant &#224; Auschwitz, ni sur les terres d'Afrique d&#233;cim&#233;es par la famine et les guerres ? Chacun voit midi &#224; sa porte, et notre porte en la mati&#232;re n'est visiblement pas la m&#234;me que celle des d&#233;croissants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et quand bien m&#234;me nous serions d'accord avec toutes les critiques que font les d&#233;croissants de la soci&#233;t&#233; capitaliste, nous ne le sommes ni sur les causes, ni sur les rem&#232;des &#224; apporter &#224; ces catastrophes. Car s'ils ont raison de d&#233;noncer les m&#233;faits de la soci&#233;t&#233; capitaliste, ils s'appuient, nous allons le voir, sur des raisonnements qui les rendent incapables de mettre fin &#224; ces m&#233;faits.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.4'&gt;&lt;/a&gt;Quelques id&#233;es essentielles de la d&#233;croissance&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e de base de la d&#233;croissance &#8211; une des seules d'ailleurs sur lesquelles tous ses militants sont d'accord, se r&#233;sume dans la formule : &#171; Une croissance infinie est impossible dans un monde fini. &#187; Il faudrait donc se d&#233;tourner de la volont&#233; de produire &#171; toujours plus &#187;, et &#171; se d&#233;sintoxiquer de la croissance &#187;. Au lieu de r&#234;ver &#224; poss&#233;der plus, &#224; consommer plus, il faudrait cesser de courir apr&#232;s les biens mat&#233;riels &#8211; qui d&#233;socialisent &#8211; et se tourner vers les liens sociaux. Ce qui est r&#233;sum&#233; dans le slogan : &#171; Moins de biens, plus de liens. &#187; La solution serait donc de r&#233;duire notre consommation, &#171; environ des deux tiers pour la France &#187;, s'avance carr&#233;ment Serge Latouche. Dans le m&#234;me temps, il faudrait rompre avec la recherche de la vitesse, ralentir. Et aller vers une relocalisation g&#233;n&#233;rale des activit&#233;s humaines : relocaliser l'agriculture, la production de marchandises, r&#233;duire le plus possible les transports. Rompre avec la production industrielle et remettre en avant l'artisanat et le commerce de proximit&#233;. Paul Ari&#232;s &#233;crit dans son livre D&#233;croissance ou barbarie : &#171; Il faut casser la soci&#233;t&#233; productiviste, c'est-&#224;-dire d&#233;truire la soci&#233;t&#233; industrielle. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ressources de la plan&#232;te s'&#233;puiseraient donc parce que nous consommons trop. Et de cela, tous sont coupables, du moins dans les pays riches. La d&#233;croissance ne conna&#238;t pas de division de la soci&#233;t&#233; en classes, de diff&#233;rences entre exploiteurs et exploit&#233;s, entre salari&#233;s et capitalistes, m&#234;me pas entre riches et pauvres &#8211; tous sont regroup&#233;s dans la m&#234;me cat&#233;gorie des &#171; hyperconsommateurs &#187;. Pour que l'on en soit bien convaincus, Paul Ari&#232;s &#233;crit d'ailleurs &#171; nous n'exon&#233;rons pas la consommation ordinaire des gens ordinaires. &#187; Celui qui utilise une voiture et qui, ce faisant, pollue est pour eux aussi responsable que le trust qui fait fabriquer ces voitures ou celui qui fait de juteux profits gr&#226;ce au p&#233;trole. Cette philosophie du &#171; tous coupables &#187; est totalement assum&#233;e par les d&#233;croissants, qui n'h&#233;sitent pas &#224; rendre les &#171; consommateurs ordinaires &#187;, c'est-&#224;-dire pour l'essentiel, les travailleurs, responsables de l'exploitation du tiers-monde, voire de la famine. Sachez par exemple que si vous avez une voiture, vous &#234;tes rien moins qu'un esclavagiste conscient. C'est ce qu'&#233;crit Vincent Cheynet : &#171; 800 millions d'automobilistes sont pr&#234;ts &#224; r&#233;duire d&#233;finitivement en esclavage 2 milliards de paysans pauvres, &#224; les emp&#234;cher de cultiver de quoi se nourrir dans le but de les obliger &#224; produire des plantes pour les agrocarburants. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pourquoi donc les travailleurs des pays riches seraient-ils partisans de vouloir r&#233;duire les autres en esclavage ? Parce qu'ils sont idiots, tout simplement. Les textes de la d&#233;croissance, bien souvent, transpirent le m&#233;pris social par tous les pores. On y trouve sans cesse des r&#233;f&#233;rences aux &#171; masses cr&#233;tinis&#233;es &#187;, &#171; abruties &#187;. Une des blagues pr&#233;f&#233;r&#233;es du journal La D&#233;croissance est d'orthographier &#171; consommateurs &#187; avec un trait d'union au milieu : les con-sommateurs. Quand on consomme, on est un &#171; con &#187;. Et assez logiquement, certains d&#233;croissants en viennent &#224; juger avec le m&#234;me m&#233;pris les travailleurs et les militants qui les d&#233;fendent &#8211; comme sur ce site internet d&#233;croissant o&#249; l'on peut lire que &#171; Lutte Ouvri&#232;re repr&#233;sente ce que le mouvement ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; a produit de pire. Ils id&#233;alisent tellement les ouvriers qu'ils d&#233;fendent tout, comme par exemple les cong&#233;s pay&#233;s o&#249; l'on descend en transhumances bovines se torcher au pastis dans les HLM de bord de mer. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour finir ce tour d'horizon, ajoutons que la d&#233;croissance milite contre la notion de progr&#232;s et contre la science. Serge Latouche &#233;crit clairement sur ce sujet : &#171; La d&#233;croissance repose sur la critique du d&#233;veloppement, de la croissance, du progr&#232;s, de la technique, et finalement de la modernit&#233;. &#187; Vous avez bien entendu : &#171; la critique du d&#233;veloppement &#187;. L'un des th&#232;mes favoris de la d&#233;croissance est de critiquer le d&#233;veloppement en g&#233;n&#233;ral et celui des pays pauvres en particulier. Dans son livre Survivre au d&#233;veloppement, Latouche pr&#233;tend que les pays riches voudraient forcer les pays pauvres &#224; se d&#233;velopper, en quelque sorte contre leur gr&#233;, balayant leurs pr&#233;tendues traditions anticonsum&#233;ristes et leurs croyances ancestrales. Le d&#233;veloppement consisterait donc &#224; faire entrer en contrebande dans les pays pauvres le d&#233;mon de la consommation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Appel &#224; une baisse de la production et de la consommation, relocalisation, d&#233;sindustrialisation, rejet du progr&#232;s et de la science&#8230; Voil&#224;, r&#233;sum&#233;es &#224; grands traits, les id&#233;es de base de la d&#233;croissance.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Marxisme et d&#233;croissance&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt; &#171; Productivisme &#187;, production et croissance&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La d&#233;croissance se d&#233;finit avant tout comme une doctrine antiproductiviste, qui combat &#171; la croissance pour la croissance. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce mot de &#171; productivisme &#187; conna&#238;t un certain succ&#232;s. Il n'a pourtant pas beaucoup de sens &#8211; quand on l'applique de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale au capitalisme. Un simple dictionnaire d&#233;finit le productivisme comme : &#171; (Un) syst&#232;me &#233;conomique dans lequel la production est donn&#233;e comme le but premier &#187;. Dit comme cela, il appara&#238;t &#233;vident que la soci&#233;t&#233; capitaliste n'est pas en tout lieu et en tout temps, un syst&#232;me productiviste. Ce n'est pas la production qui est le &#171; but premier &#187; du capitalisme, mais le profit. Et si, pour faire des profits, les capitalistes doivent ne pas produire, ils sont capables de le faire. Il faudrait expliquer &#224; tous ceux qui cr&#232;vent de faim sur trois continents et qui manquent de tout &#8211; logements, v&#234;tements, m&#233;dicaments &#8211; que le capitalisme est &#171; productiviste &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le capitalisme ne produit qu'en fonction du march&#233; solvable, c'est-&#224;-dire qu'en fonction de ses possibilit&#233;s de vendre. L&#224; o&#249; il y a un march&#233;, c'est-&#224;-dire des consommateurs ayant les moyens d'acheter, le capitalisme peut se montrer &#171; productiviste &#187; ; l&#224; o&#249; il n'y en a pas, il ne l'est pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si r&#233;ellement le &#171; but premier &#187; &#233;tait la production, il produirait plus de nourriture, plus de m&#233;dicaments, plus d'outils agricoles &#8211; bref tout ce qui manque cruellement aux pays pauvres. Le fait qu'il existe sur cette plan&#232;te un milliard de personnes qui souffrent de la famine et deux milliards qui n'ont pas acc&#232;s au minimum de confort qu'offre l'eau courante, devrait suffire &#224; faire un sort &#224; la th&#233;orie d'un capitalisme &#171; productiviste &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est de la m&#234;me mani&#232;re absurde de pr&#233;tendre que le capitalisme serait &#171; drogu&#233; &#224; la croissance &#187;. Le capitalisme n'est pas drogu&#233; &#224; la croissance : il est drogu&#233; au profit &#8211; ce qui n'est pas pareil. R&#233;duire le capitalisme &#224; un syst&#232;me tendant vers une &#171; croissance infinie &#187; est non seulement r&#233;ducteur, mais surtout faux. Bien s&#251;r, la concurrence capitaliste impose aux bourgeois d'investir tout ou partie de leurs profits dans le d&#233;veloppement de leurs outils de production&#8230; mais dans certaines p&#233;riodes seulement : dans les p&#233;riodes o&#249; les capitalistes ont l'espoir d'augmenter leurs profits en &#233;largissant leurs march&#233;s. Mais que ces march&#233;s se r&#233;duisent, que la soci&#233;t&#233; entre en p&#233;riode de crise, alors les capitalistes vendent moins et r&#233;duisent alors leur production, parfois de fa&#231;on consid&#233;rable. Faut-il rappeler qu'entre 1929 et 1932, la production industrielle am&#233;ricaine a chut&#233; de 50% ? Et ce n'est que gr&#226;ce &#224; de telles p&#233;riodes de &#171; d&#233;croissance &#187; &#233;conomique, c'est-&#224;-dire de crise, qu'une partie des capitalistes parviennent &#224; r&#233;tablir leurs profits, tandis que d'autres, moins solides, disparaissent purement et simplement. Dans cette soci&#233;t&#233; irrationnelle, les crises &#233;conomiques, la d&#233;croissance de la production et ses cons&#233;quences en mati&#232;re de ch&#244;mage et de mis&#232;re, sont les seuls r&#233;gulateurs de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; ces aspects, qui sont profond&#233;ment inh&#233;rents au capitalisme lui-m&#234;me, ce syst&#232;me a, pendant toute une p&#233;riode historique, r&#233;volutionn&#233; la plan&#232;te et formidablement accru la quantit&#233; de richesses produites par l'humanit&#233;. Sans jamais parvenir, ni m&#234;me chercher, &#224; satisfaire les besoins humains, certes, mais d'une fa&#231;on jamais vue jusque-l&#224;. C'&#233;tait &#224; l'&#233;poque de la r&#233;volution industrielle. Mais depuis, le capitalisme est entr&#233;, au 20e si&#232;cle, dans une nouvelle phase, o&#249; les progr&#232;s &#233;conomiques n'ont pas cess&#233;, mais o&#249; ils ont &#233;t&#233; grev&#233;s par des p&#233;riodes de destruction massives de richesses &#8211; parmi lesquelles deux guerres mondiales, d'innombrables guerres r&#233;gionales et crises locales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien ne nous dit que l'avenir du capitalisme ne soit pas une longue p&#233;riode de stagnation, de croissance z&#233;ro &#8211; voire n&#233;gative. Personne ne le sait, parce que personne ne contr&#244;le ce syst&#232;me totalement chaotique. Mais l'histoire du capitalisme r&#233;cent montre qu'en permanence, le syst&#232;me alterne entre production de richesses et destruction de richesses. Le probl&#232;me n'est donc pas de s'en prendre &#224; la croissance, mais de s'attaquer pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce caract&#232;re irrationnel et incontr&#244;l&#233; du capitalisme, dont le profit est le seul moteur. De supprimer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, parce que c'est le seul moyen de rationaliser la production et l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;La consommation, un rapport &#233;conomique et social&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la consommation est aussi biais&#233; que celui sur la croissance. D'abord parce que dans le terme de consommation on peut tout mettre : le bol de riz d'un affam&#233; de Bombay, et le yacht g&#233;ant de Bollor&#233;. Dans un pays comme le n&#244;tre, o&#249; l'on vient d'apprendre que les chiffres de vol de nourriture sont en tr&#232;s forte hausse, il para&#238;t tout de m&#234;me stup&#233;fiant d'entendre des militants d&#233;noncer la consommation sans faire de diff&#233;rence entre les consommateurs&#8230; c'est-&#224;-dire entre les classes sociales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais lorsque les d&#233;croissants en appellent &#224; une r&#233;duction volontaire de la consommation, cela signifie qu'ils consid&#232;rent cette consommation comme un libre choix de la population. C'est une lourde erreur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La consommation est bien s&#251;r avant tout, une affaire de survie de l'esp&#232;ce : il faut bien manger pour vivre. Mais elle n'est pas que cela : elle est aussi un rapport social et &#233;conomique. Dans le march&#233; capitaliste, la consommation des travailleurs est indispensable aux capitalistes parce que ce n'est qu'en vendant leur production qu'ils r&#233;alisent leurs profits. Il est donc indispensable aux capitalistes de vendre leur production &#8211; que celle-ci soit utile ou pas, nuisible ou pas, peu importe. Ce n'est pas la consommation qui r&#232;gle la production, sous le capitalisme, mais la production elle-m&#234;me qui oriente, voire d&#233;termine, la consommation. Les capitalistes fabriquent des voitures et des chars d'assaut, des vaccins et des fusils, des c&#233;r&#233;ales et du maquillage&#8230; et il leur revient par la suite de convaincre de gr&#233; ou de force les consommateurs d'acheter leurs marchandises. D'o&#249; la d&#233;bauche de moyens qu'ils consacrent &#224; la publicit&#233;, &#224; la cr&#233;ation de modes plus ou moins artificielles, voire &#224; la cr&#233;ation de produits dont l'obsolescence, la vitesse d'usure, est artificiellement acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela repr&#233;sente indiscutablement un gaspillage r&#233;voltant de moyens et de travail social. Sans compter le gaspillage encore plus absurde qui d&#233;coule de la concurrence entre les diff&#233;rentes entreprises capitalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pr&#233;tendre s'attaquer &#224; cette question du gaspillage sans remettre en cause la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, et la mainmise des capitalistes sur la production industrielle, cela revient &#224; s'attaquer aux effets et non aux causes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, en dehors de cela, pourquoi devrions-nous &#234;tre choqu&#233;s par la hausse de la consommation &#8211; je ne parle pas de la consommation des armes, qui repr&#233;sente aujourd'hui 1 200 milliards de dollars par an, mais de celle des classes populaires ? Si l'on en croit un rapport que vient de publier l'Insee sur &#171; Cinquante ans de consommation en France &#187;, la consommation a augment&#233; dans ce pays, entre 1960 et 2007, de 2,5% par an. Dans les budgets des m&#233;nages, de nombreuses mutations se sont op&#233;r&#233;es &#8211; ce qui n'a en soi rien de surprenant ni de critiquable. Ainsi la part de l'alimentation est-elle pass&#233;e de 38 &#224; 25% &#8211; ce qui signifie, et c'est tout de m&#234;me tant mieux, que la France n'est plus consid&#233;r&#233;e comme un pays pauvre. (En Roumanie par exemple, aujourd'hui, ce chiffre s'&#233;l&#232;ve &#224; 40%.) Cela signifie-t-il que nous serions, comme le dit Latouche, des &#171; gav&#233;s de l'hyperconsommation &#187; ? Selon l'Insee, le budget nourriture des m&#233;nages fran&#231;ais atteint aujourd'hui 2 640 euros par an, c'est-&#224;-dire 7,2 euros par jour. Et c'est une moyenne. Le terme de &#171; gavage &#187; para&#238;t ici l&#233;g&#232;rement exag&#233;r&#233; &#8211; c'est le moins que l'on puisse dire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut &#234;tre aveugle pour ne pas voir que la croissance industrielle des ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre a permis en France l'&#233;radication des bidonvilles, et d'atteindre aujourd'hui un taux d'&#233;quipement en salles de bains de 97% des m&#233;nages. Pour ne pas voir que les m&#233;nages populaires mangent aujourd'hui infiniment mieux qu'ils ne mangeaient avant-guerre. Alors, s'il est indispensable de critiquer les m&#233;thodes qui ont permis cette am&#233;lioration du niveau de vie, il est ridicule de la d&#233;noncer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourtant ce que font les objecteurs de croissance. Ils ont une fa&#231;on choquante de glorifier le pass&#233;, une sorte de &#171; paradis perdu &#187; dont la pr&#233;tendue surconsommation nous aurait chass&#233;s. Les pauvres d'avant, ils &#233;taient pauvres, vraiment pauvres. Est-ce que c'&#233;tait mieux ? Ah, l'&#233;poque o&#249; les ouvriers n'avaient ni l'eau courante, ni les sanitaires, ni les moyens de manger de la viande plus d'une fois par semaine ! Aujourd'hui, rendez-vous compte, tous les travailleurs, &#171; m&#234;me archi-pauvres &#187; &#233;crit un d&#233;croissant, ont une t&#233;l&#233;vision ! Voire m&#234;me &#8211; comble du comble &#8211; une t&#233;l&#233;&#8230; &#224; &#233;cran plat !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt; &#171; Jeter sa t&#233;l&#233;vision &#187; ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Oui, il faut expliquer ici que les d&#233;croissants ont un probl&#232;me avec les t&#233;l&#233;visions &#224; &#233;cran plat. On ne sait pas trop pourquoi, mais le fait de voir des t&#233;l&#233;visions &#224; &#233;cran plat dans les foyers populaires les met tr&#232;s en col&#232;re. Chez les riches, moins. Ce sont les pauvres qui d&#233;montrent toute leur &#171; cr&#233;tinisation &#187; en d&#233;pensant leur argent pour de tels gadgets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On touche l&#224; au c&#339;ur du probl&#232;me : on peut toujours d&#233;noncer les m&#233;faits de la surconsommation et appeler les gens &#224; ne consommer &#171; que ce qui est n&#233;cessaire &#187;. Mais c'est une notion tr&#232;s subjective. Qu'est-ce qui est n&#233;cessaire dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, &#224; un moment donn&#233; ? &#192; partir de quand, de quoi, consomme-t-on &#171; trop &#187; ? Comme selon les d&#233;croissants, les masses sont trop b&#234;tes pour faire ce choix elles-m&#234;mes, il ne reste plus aux d&#233;croissants qu'&#224; fixer les r&#232;gles eux-m&#234;mes. Par exemple, peut-&#234;tre, en suivant les pr&#233;ceptes de Serge Latouche qui propose d'instaurer &#171; de forts imp&#244;ts, type TVA, sur la consommation des produits dont les prix relatifs continuent de baisser. &#187; Comme &#231;a, ce sera parfait : les riches pourront continuer &#224; se payer des produits de bonne qualit&#233;, les fameux &#233;crans plats et tout le reste, pendant que les plus pauvres se contenteront des vieilles t&#233;l&#233;visions qui font mal aux yeux voire&#8230; de pas de t&#233;l&#233;vision du tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est d'ailleurs une des revendications principales de la d&#233;croissance, d'appeler les gens &#224; &#171; jeter leur t&#233;l&#233;vision &#187;. Sous pr&#233;texte que celle-ci ne serait qu'un instrument &#224; &#171; d&#233;c&#233;r&#233;brer &#187; et &#224; &#171; cr&#233;tiniser &#187;. Voil&#224; qui est facile &#224; dire, quand on est prof de fac comme Ari&#232;s ou Latouche&#8230; et que l'on a 1000 fois les moyens d'acc&#233;der &#224; toutes les autres formes de culture. Mais ne pas voir que la t&#233;l&#233;vision est probablement aujourd'hui le moyen le plus populaire de diffuser la culture, c'est faire preuve d'un aveuglement profond. La culture, oui ! Les d&#233;croissants pensent-ils vraiment que les masses du d&#233;but du 20e si&#232;cle, qui n'avaient pas la t&#233;l&#233;vision, &#233;taient plus &#171; cultiv&#233;es &#187; que celles d'aujourd'hui ? Que lorsque la messe du dimanche &#233;tait la seule distraction, dans les villages, la situation culturelle &#233;tait meilleure ? Le simple fait d'avoir une t&#233;l&#233;vision, de pouvoir ne serait-ce que regarder le journal t&#233;l&#233;vis&#233; tous les jours, est l'objet de toutes les railleries chez les d&#233;croissants. Parce qu'ils ne se rendent pas compte &#224; quel point cela permet de sortir de son petit univers, de comprendre que l'on appartient &#224; un monde dont les fronti&#232;res ne s'arr&#234;tent pas &#224; celles du village, de d&#233;couvrir la vie, les luttes, l'existence m&#234;me des autres. Ils ne le comprennent pas parce que eux, encore une fois, ils ont les moyens de faire autrement. Et de ceux qui n'ont pas ces moyens, ils n'ont que faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r, la t&#233;l&#233;vision diffuse bien des &#226;neries. Elle v&#233;hicule les id&#233;es, les pr&#233;jug&#233;s de la bourgeoisie, quand elle ne s'abaisse pas au niveau d'un instrument de propagande pour les gouvernements qui passent. Mais elle diffuse aussi &#171; l'Odyss&#233;e de l'esp&#232;ce &#187;, qui a permis &#224; 8,7 millions de t&#233;l&#233;spectateurs de d&#233;couvrir le darwinisme. Ce n'est pas dans l'instrument qu'est le d&#233;faut, mais dans l'usage qui en est fait. S'en prendre &#224; la t&#233;l&#233;vision parce qu'elle diffuse aussi &#171; Star academy &#187;, est aussi ridicule que de d&#233;noncer l'imprimerie&#8230; sous pr&#233;texte qu'elle a permis de diffuser les &#339;uvres compl&#232;tes de l'astrologue Elizabeth Tessier.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.4'&gt;&lt;/a&gt;Glorifier la pauvret&#233; plut&#244;t que la combattre&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, toute l'id&#233;ologie des d&#233;croissants consiste &#224; glorifier la pauvret&#233; et le d&#233;nuement, &#224; les pr&#234;cher m&#234;me. A faire croire aux gens que la pauvret&#233; &#8211; qu'ils appellent pudiquement ou hypocritement &#171; frugalit&#233; &#187; &#8211; lib&#232;re l'homme. Les livres et la presse des d&#233;croissants regorgent de citations l&#233;nifiantes de Gandhi du genre : &#171; Il faut un minimum de bien-&#234;tre et de confort, mais pass&#233; cette limite ce qui devait nous aider devient source de g&#234;ne &#187;. C'est donc tout naturellement qu'ils en arrivent &#224; glorifier les soci&#233;t&#233;s primitives (&#171; renouer avec l'abondance perdue des soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs &#187;,&#233;crit Latouche), et, pire encore, &#224; faire des soci&#233;t&#233;s mis&#233;rables de l'Afrique actuelle une sorte de paradis &#224; prot&#233;ger &#224; tout prix contre le chancre du d&#233;veloppement. Serge Latouche exalte dans ses livres la &#171; merveilleuse inventivit&#233; &#187; de ces Africains capables de &#171; tout bricoler &#187;, eux qui ne sont pas encore des assist&#233;s de la soci&#233;t&#233; de consommation ; la spiritualit&#233; qui y en d&#233;coule, le sens de l'entraide, les liens communautaires, la capacit&#233; &#224; se contenter de ce qu'on a et d'&#234;tre heureux quand m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que les liens communautaires, l'entraide et la solidarit&#233; soient tr&#232;s d&#233;velopp&#233;s, par la force des choses, dans certaines soci&#233;t&#233;s pauvres, c'est une r&#233;alit&#233;. Ce sont des qualit&#233;s humaines que le capitalisme cherche d'ailleurs partout &#224; d&#233;truire, en transformant le monde en une jungle gouvern&#233;e par la loi du plus fort. Mais penser qu'il faille retourner &#224; la pauvret&#233; pour retrouver ces qualit&#233;s humaines, c'est faire preuve de beaucoup de m&#233;pris et de bien peu de confiance dans l'humanit&#233;. &#202;tre communistes, c'est pr&#233;cis&#233;ment &#339;uvrer pour que ces liens se recr&#233;ent, mais pas sur la base d'une aggravation de la pauvret&#233;. Nous faisons assez confiance &#224; l'humanit&#233; pour penser que cela pourra exister sans qu'il y ait besoin pour cela, d'habiter dans un bidonville.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'exag&#232;re ? H&#233;las, non. Dans un num&#233;ro sp&#233;cial de Courrier international consacr&#233; &#224; la d&#233;croissance, on trouve un article du Boston Globe qu'un journaliste visiblement tr&#232;s d&#233;croissant a intitul&#233; : &#171; Les bidonvilles, une bonne le&#231;on d'urbanisme &#187;. &#171; Les bidonvilles poss&#232;dent des points forts et peuvent &#234;tre riches d'enseignement en mati&#232;re d'urbanisme. Esprit communautaire, respect de l'environnement, inventivit&#233;&#8230; la lutte pour la survie y favorise une cr&#233;ativit&#233; d&#233;bordante. &#187; D&#233;bordante, en effet ! Il y a aujourd'hui un milliard d'humains qui croupissent dans ce que le g&#233;ographe am&#233;ricain Mike Davis appelle &#171; des d&#233;charges humaines &#187;. Des villes de t&#244;le et de carton construites sur des failles sismiques, au bord de lacs empoisonn&#233;s, &#224; l'ombre des usines chimiques, parfois m&#234;me au flanc des volcans. Des villes o&#249;, selon son expression, les gens &#171; vivent litt&#233;ralement dans la merde &#187;, parce qu'il n'y a aucun moyen d'&#233;vacuer les milliers de tonnes d'excr&#233;ments humains qui jonchent les rues, les cours, les toits des maisons. Inventivit&#233;, esprit d'entreprise ? Bien s&#251;r ! comme &#224; Nairobi par exemple, o&#249; Davis d&#233;crit avec un humour noir les &#171; petits m&#233;tiers urbains innovants &#187;, comme ceux des nettoyeurs de vitres de voitures, &#171; gamins de dix ans qui brandissent dans une main des excr&#233;ments humains, pr&#234;ts &#224; les jeter par la fen&#234;tre des voitures, pour forcer les conducteurs &#224; payer le nettoyage de leurs pare-brise. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La ville de Kinshasa, en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, ne serait-elle pas apr&#232;s tout le r&#234;ve de Serge Latouche ? Pas d'ali&#233;nation par le travail : moins de 5% des 6 millions d'habitants y ont un salaire. Red&#233;couverte de la petite agriculture relocalis&#233;e : les habitants ne survivent que gr&#226;ce &#224; des potagers mis&#233;rables. Pas de voitures : il est impossible &#224; Kinshasa, si l'on n'habite pas les quartiers riches, de trouver la moindre goutte d'essence. Certes, un adulte sur cinq est s&#233;ropositif, mais voil&#224; au moins des gens qui ne sont pas soumis aux diktats de la m&#233;decine occidentale consum&#233;riste. Avec en prime, ce qui n'est pas &#224; n&#233;gliger, un v&#233;ritable renouveau de la spiritualit&#233; et des &#171; savoirs traditionnels &#187; : les malades s'en remettent aux marabouts ou &#224; l'un ou l'autre des gu&#233;risseurs pentec&#244;tistes d'une des quelque 2 000 sectes religieuses r&#233;cemment constitu&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons dit que Serge Latouche attendait impatiemment la crise pour &#171; pr&#233;server &#187; l'Afrique. La crise est l&#224;, les peuples des pays riches s'appauvrissent. Mais pendant ce temps, les habitants des bidonvilles continuent de moisir dans leurs propres d&#233;chets.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.5'&gt;&lt;/a&gt;L'empreinte &#233;cologique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Un autre volet essentiel de la d&#233;croissance est celui de l'&#233;cologie. La d&#233;croissance est une doctrine &#233;cologiste, c'est-&#224;-dire fond&#233;e sur la pr&#233;servation des ressources naturelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principe le plus souvent &#233;voqu&#233; lorsque les d&#233;croissants parlent &#233;cologie est celui de &#171; l'empreinte &#233;cologique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La th&#233;orie de l'empreinte &#233;cologique, popularis&#233;e par l'association WWF, part du constat que la plan&#232;te a un r&#233;servoir de richesses naturelles limit&#233; : terres arables, ressources en mati&#232;res premi&#232;res, for&#234;ts, etc. C'est ce qu'ils appellent l'espace bioproductif. Cet espace serait, sur l'ensemble de la plan&#232;te, de 12 milliards d'hectares. Divis&#233; par le nombre actuel d'habitants de la plan&#232;te, cela donne un espace de 1,8 hectare par personne. Selon cette th&#233;orie, si chacun vivait en consommant 1,8 hectare d'espace bioproductif par an, tout irait bien. Or, les habitants des pays riches d&#233;passent d&#233;j&#224; largement ce chiffre : un citoyen am&#233;ricain utiliserait 9,6 ha, un Fran&#231;ais 5,6, un Italien 3,8. D'o&#249; la conclusion c&#233;l&#232;bre : si chacun consommait comme un Am&#233;ricain, il faudrait cinq plan&#232;tes, comme un Fran&#231;ais, trois plan&#232;tes, et ainsi de suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conclusion : nous devons imp&#233;rativement r&#233;duire nos productions et nos consommations pour revenir au chiffre raisonnable de 1,8 ha par habitant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette notion est aujourd'hui mise &#224; toutes les sauces. On lit par exemple dans un document de la r&#233;gion Ile-de-France que &#171; Si tous les habitants de la plan&#232;te avaient le mode de vie et de consommation des Franciliens, il leur faudrait pour vivre l'&#233;quivalent de trois fois la surface de la terre (&#8230;) L'empreinte &#233;cologique du &#171; Francilien moyen &#187; est de 5,8 ha &#187;. L'absurdit&#233; de ce raisonnement saute aux yeux ! On se demande bien &#224; quoi ressemble cet animal &#233;trange qu'est &#171; le Francilien moyen &#187;. Vit-il dans une somptueuse r&#233;sidence de 1 500 m&#178; de Neuilly, avec piscine chauff&#233;e, ou dans une cit&#233; mis&#233;rable de La Courneuve ou de Drancy ? Prend-il un avion deux ou trois fois par semaine pour affaires, ou va-t-il &#224; l'usine en RER ? Une fois de plus, une fois encore, pas de classes sociales, pas de diff&#233;rences entre riches et pauvres, tous coupables !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le raisonnement des d&#233;fenseurs de &#171; l'empreinte &#233;cologique &#187; p&#232;che pour bien d'autres raisons. D'abord, il s'appuie sur des pr&#233;suppos&#233;s parfaitement irr&#233;alistes dans la soci&#233;t&#233; actuelle : &#171; si tous les habitants de la plan&#232;te vivaient comme des Am&#233;ricains&#8230; &#187; S'agirait-il donc d'une perspective &#224; court terme ? Voil&#224; qui d&#233;note une bien grande confiance dans le capitalisme ! &#171; Si tous les Africains consommaient comme des Fran&#231;ais &#187;&#8230;. Les d&#233;fenseurs de cette notion sont-ils au courant qu'en &#201;thiopie et au Soudan, 99,4% de la population urbaine vit dans des bidonvilles ? Alors &#8211; et ce n'est pas pour nous r&#233;jouir &#8211; de telles perspectives ne sont malheureusement pas pour demain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de &#231;a, la principale critique que l'on puisse faire &#224; ce type de raisonnement est son caract&#232;re totalement atemporel, ne tenant aucun compte de l'&#233;volution des techniques et de la productivit&#233;. On calcule par exemple l'empreinte &#233;cologique agricole en tenant compte des rendements moyens actuels. Mais calculer ainsi suppose que l'on pense que ces rendements n'&#233;volueront plus. Or, il faut rappeler la diff&#233;rence de rendement entre un cultivateur qui n'utilise que des outils manuels, sur des parcelles minuscules, et un cultivateur travaillant sur de grandes parcelles, avec engrais, s&#233;lection des semences et machines. Le premier, par exemple un agriculteur du Sahel, ne peut cultiver avec sa houe qu'un hectare de mil, dont il obtiendra au mieux 5 ou 6 quintaux. De l'autre c&#244;t&#233;, un agriculteur europ&#233;en a des machines qui lui permettent de cultiver seul plus de 200 hectares, avec des rendements qui peuvent atteindre 100 quintaux &#224; l'hectare. La diff&#233;rence de rendement entre ces deux travailleurs est de 1 pour 3000 !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit qu'appliquer les meilleurs rendements possibles &#224; toutes les terres agricoles bouleverserait tous les calculs de &#171; l'empreinte &#233;cologique &#187; !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.6'&gt;&lt;/a&gt;La question de l'&#233;nergie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour l'&#233;nergie. Chaque nouvelle d&#233;couverte dans le domaine de l'&#233;nergie permet une augmentation consid&#233;rable de la productivit&#233; &#233;nerg&#233;tique, c'est-&#224;-dire du rendement ; il suffit de dire qu'un seul kg d'uranium a le m&#234;me rendement que 10 000 kg de charbon, ou 7 000 kg de p&#233;trole ! Alors &#224; l'&#233;poque o&#249; l'&#233;nergie nucl&#233;aire n'existait m&#234;me pas en r&#234;ve, on aurait pu faire tous les calculs d'empreinte &#233;cologique que l'on voulait, on aurait certainement abouti &#224; des projections pr&#233;voyant la n&#233;cessit&#233; de 10, 20 plan&#232;tes pour continuer le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit naturellement pas de nier la n&#233;cessit&#233; de faire des &#233;conomies d'&#233;nergie, ou de diminuer le g&#226;chis monstrueux que repr&#233;sente le syst&#232;me capitaliste : &#233;videmment que p&#234;cher des crevettes au Danemark, les faire d&#233;cortiquer en Tha&#239;lande, et les faire revenir en Europe pour les vendre n'a socialement et &#233;cologiquement aucun sens. &#201;videmment que construire des logements HLM qui sont de v&#233;ritables passoires thermiques, capables d'envoyer &#224; l'ext&#233;rieur jusqu'&#224; 30% de la chaleur produite, est une aberration. &#201;videmment m&#234;me que br&#251;ler une ressource aussi rare et pr&#233;cieuse que le p&#233;trole dans des automobiles est une stupidit&#233;. Mais c'est l'organisation sociale qui est stupide ! La faute n'en est pas aux consommateurs de crevettes, aux habitants de logements sociaux et aux automobilistes &#8211; qui n'ont pas le choix &#8211; mais &#224; la cupidit&#233; des trusts de l'agro-alimentaire, du b&#226;timent, de l'automobile et du p&#233;trole&#8230; et par-dessus tout &#224; un syst&#232;me qui fait de cette cupidit&#233; la vertu supr&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mati&#232;re d'&#233;nergie, tout particuli&#232;rement, les pr&#233;visions des &#233;cologistes et des d&#233;croissants sont empreintes d'un pessimisme qui d&#233;montre surtout leur manque de confiance dans les possibilit&#233;s de la recherche scientifique. Ils pr&#233;voient la fin des ressources p&#233;troli&#232;res pour&#8230; bient&#244;t. 2050, peut-&#234;tre. De toutes fa&#231;ons, il n'en savent strictement rien, puisque en la mati&#232;re les seules donn&#233;es fiables sont aux mains des trusts du p&#233;trole, qui se gardent bien de les rendre publiques pour pouvoir &#224; leur guise jouer sur les prix. Pour d'autres mati&#232;res premi&#232;res, les pr&#233;visions sont plus ou moins fantaisistes : l'&#233;puisement viendrait dans 31 ans pour l'uranium, 63 ans pour le gaz, et m&#234;me&#8230; 130 ans pour la bauxite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;cisons ici que le rapport du club de Rome, publi&#233; en 1972, pr&#233;voyait la fin du mercure en 1983, de l'or en 1984, du p&#233;trole en 1992, et de l'uranium avant 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais au-del&#224;, comment peut-on tirer des conclusions de tels chiffres ? Qui a la moindre id&#233;e de ce que seront les possibilit&#233;s techniques de l'humanit&#233; dans 31 ans, 63 ans, voire 130 ans ? Pour le mesurer, il suffit de jeter un petit coup d'&#339;il vers l'arri&#232;re : il y a 130 ans, c'est-&#224;-dire en 1879, on ne ma&#238;trisait pas encore l'ampoule &#233;lectrique ; et on ne connaissait encore ni la voiture, ni l'avion, ni les t&#233;l&#233;communications, ni &#233;videmment le nucl&#233;aire ou l'&#233;lectronique. Il y a 63 ans, en 1946, les ordinateurs n'&#233;taient que des machines g&#233;antes et balbutiantes, occupant des surfaces de plusieurs dizaines de m&#232;tres carr&#233;s, et tout justes capables de r&#233;aliser les quatre op&#233;rations arithm&#233;tiques. Il y a trente ans, personne ne connaissait ni les ordinateurs individuels, ni les t&#233;l&#233;phones portables, ni internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et rappelons que les scientifiques eux-m&#234;mes, souvent autrement moins pessimistes que les &#233;cologistes, pr&#233;voyaient qu'il leur faudrait au moins 20 ans pour cartographier le g&#233;nome humain. Il ne leur en a fallu que 3.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La science est un domaine o&#249; il faut &#234;tre prudent lorsque l'on fait des pr&#233;visions. Sinon, on risque fort de se rendre aussi ridicule que ce journal de vulgarisation scientifique qui &#233;crivait en 1949 : &#171; Les ordinateurs du futur ne p&#232;seront jamais moins d'une tonne et demi &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement pour l'humanit&#233;, la production d'&#233;nergie ne s'arr&#234;tera certainement pas le jour o&#249; la derni&#232;re goutte de p&#233;trole aura &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e. D'ici l&#224;, quelles technologies nouvelles auront enfin &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;es ? La fusion des atomes d'hydrog&#232;ne, qui permettrait de cr&#233;er de l'&#233;nergie &#224; partir de l'eau ? La r&#233;cup&#233;ration et l'exploitation des hydrates de m&#233;thane qui couvrent le fond des oc&#233;ans et dont les r&#233;serves sont tr&#232;s sup&#233;rieures &#224; celles du p&#233;trole ? Les nanotechnologies permettront-elles de multiplier par 6 ou 8 le rendement des panneaux solaires ? Sera-t-on capable d'installer des panneaux solaires dans l'espace pour r&#233;cup&#233;rer plus d'&#233;nergie ? Ce sont en tout cas des pistes sur lesquelles les chercheurs travaillent d&#232;s aujourd'hui. Cela rend d'autant plus contradictoire, lorsqu'on est dans la position des &#233;cologistes et des d&#233;croissants, de d&#233;noncer comme ils le font ces recherches qui se m&#232;nent, au nom de la lutte contre la &#171; technoscience &#187;. Les associations d&#233;croissantes organisent par exemple des manifestations contre le &#171; gouffre &#224; milliards &#187; que repr&#233;sente le projet ITER de Cadarache, qui pourrait d'ici 20 ans aboutir &#224; des d&#233;couvertes d&#233;cisives en mati&#232;re de fusion de l'hydrog&#232;ne. Gouffre &#224; milliards ? Le budget d'ITER est au contraire ridiculement petit : 10 milliards d'euros sur 45 ans ! Soit environ 220 millions d'euros par an. Pour donner un ordre d'id&#233;e, il suffit de dire que ces 10 milliards repr&#233;sentent un 120e des d&#233;penses d'armement mondiales en 2007 !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas, en r&#233;alit&#233;, les d&#233;penses occasionn&#233;es qui choquent les d&#233;croissants : c'est que l'on tente d'apporter une r&#233;ponse scientifique &#224; la crise &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.7'&gt;&lt;/a&gt;Agriculture : d&#233;velopper plut&#244;t que reculer !&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le raisonnement est exactement le m&#234;me en mati&#232;re d'agriculture. Les d&#233;croissants constatent comme nous qu'une partie effroyablement importante de l'humanit&#233; n'a pas de quoi manger de fa&#231;on suffisante&#8230; mais ils rejettent les solutions techniques pour r&#233;soudre cette crise. L'agriculture moderne, on l'a vu, l'usage des machines, des engrais, de la s&#233;lection des semences, permettent des rendements qui pourraient d&#232;s aujourd'hui nourrir bien plus que les 6,5 milliards d'&#234;tres humains qui peuplent la terre. C'est ainsi que dans les pays riches, une population agricole repr&#233;sentant moins de 5% de la population totale a largement les moyens de nourrir le pays entier. Mais au lieu de pr&#233;coniser l'extension de ces techniques &#224; l'ensemble de la plan&#232;te&#8230; les d&#233;croissants proposent tout le contraire, c'est-&#224;-dire d'y renoncer&#8230; y compris dans les pays riches !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On sait &#233;videmment que l'agriculture m&#233;canis&#233;e, aujourd'hui, sous le capitalisme, n'est pas &#224; la port&#233;e des paysans pauvres du Tiers-monde, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter autre chose que des outils litt&#233;ralement pr&#233;historiques. L'agronome Marcel Mazoyer a calcul&#233; qu'un cultivateur manuel, en Afrique par exemple, tire si peu de b&#233;n&#233;fices de son exploitation qu'il lui faudrait 33 ann&#233;es de travail pour acheter une paire de b&#339;ufs et un attelage ; 300 ann&#233;es pour acheter un tracteur ; et 3 000 ann&#233;es de travail pour acheter une moissonneuse-batteuse !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; cela qu'il faut s'attaquer, plut&#244;t que de pr&#233;tendre que la solution pour l'humanit&#233; serait ni plus ni moins que la suppression de l'agriculture intensive au profit de l'agriculture biologique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'agriculture biologique, c'est-&#224;-dire sans ajouts d'intrants chimiques, ne peut pas offrir des rendements suffisants pour pouvoir esp&#233;rer nourrir l'humanit&#233;. Les &#233;tudes men&#233;es sur le sujet le prouvent amplement : dans le domaine du bl&#233;, en France, le bio a un rendement inf&#233;rieur de 43 % &#224; celui des autres modes. Croit-on vraiment que diminuer le rendement de 43% est la bonne voie pour nourrir l'humanit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s tout, l'agriculture des pays pauvres est d&#233;j&#224;, selon les crit&#232;res &#233;cologistes, &#171; bio &#187; : il y a encore bien des endroits dans le monde o&#249; les paysans cultivent sans machines, sans engrais chimiques, sans pesticides. L'agriculture intensive et m&#233;canis&#233;e ne repr&#233;sente aujourd'hui qu'une part infime de l'agriculture mondiale : seuls 28 millions de paysans poss&#232;dent un tracteur, soit 1,8% du total ; 300 millions, soit 22%, utilisent la traction animale. Et 1 milliard, soit les 75% restants, n'utilisent tout simplement que leurs bras, leurs jambes, des houes et des b&#234;ches. Comment peut-on oser se r&#233;jouir d'une telle situation, et esp&#233;rer qu'elle perdure, plut&#244;t qu'attendre et pr&#233;parer une r&#233;volution sociale qui vienne bouleverser les rapports de production, et arrache enfin ce milliard et demi de paysans &#224; la mis&#232;re ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en fait, la position des d&#233;croissants en mati&#232;re d'agriculture est la m&#234;me que celle qu'ils ont, en g&#233;n&#233;ral, sur toutes les questions touchant &#224; la productivit&#233; du travail. Nous avons vu que Paul Ari&#232;s en appelait &#224; &#171; d&#233;truire la civilisation industrielle. &#187; Pour la remplacer par quoi ? Par une &#233;conomie relocalis&#233;e bas&#233;e sur l'artisanat. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale d'ailleurs, la relocalisation est l'alpha et l'omega de la d&#233;croissance. Latouche propose rien moins que &#171; produire localement (&#8230;) dans des entreprises locales financ&#233;e par l'&#233;pargne collect&#233;e localement &#187; ! L'&#233;pargne collect&#233;e localement ! Il va sans dire que, si ce projet voyait le jour, le niveau de l'&#233;pargne locale ne serait pas tout &#224; fait le m&#234;me dans les Hauts-de-Seine et au Togo. Mais ce n'est apparemment pas la question. Serge Latouche met un point final &#224; ce tableau cauchemardesque d'une vie relocalis&#233;e en pr&#244;nant&#8230; des vacances dans son salon, puisque gr&#226;ce &#224; internet on peut aujourd'hui &#171; d&#233;couvrir les merveilles du monde sur son &#233;cran d'ordinateur. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.8'&gt;&lt;/a&gt;&#171; Relocaliser &#187; : un projet r&#233;actionnaire&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais en fait, la position des d&#233;croissants en mati&#232;re d'agriculture est la m&#234;me que celle qu'ils ont, en g&#233;n&#233;ral, sur toutes les questions touchant &#224; la productivit&#233; du travail. Nous avons vu que Paul Ari&#232;s en appelait &#224; &#171; d&#233;truire la civilisation industrielle. &#187; Pour la remplacer par quoi ? Par une &#233;conomie relocalis&#233;e bas&#233;e sur l'artisanat. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale d'ailleurs, la relocalisation est l'alpha et l'omega de la d&#233;croissance. Latouche propose rien moins que &#171; produire localement (&#8230;) dans des entreprises locales financ&#233;e par l'&#233;pargne collect&#233;e localement &#187; ! L'&#233;pargne collect&#233;e localement ! Il va sans dire que, si ce projet voyait le jour, le niveau de l'&#233;pargne locale ne serait pas tout &#224; fait le m&#234;me dans les Hauts-de-Seine et au Togo. Mais ce n'est apparemment pas la question. Serge Latouche met un point final &#224; ce tableau cauchemardesque d'une vie relocalis&#233;e en pr&#244;nant&#8230; des vacances dans son salon, puisque gr&#226;ce &#224; internet on peut aujourd'hui &#171; d&#233;couvrir les merveilles du monde sur son &#233;cran d'ordinateur. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce vaste projet de relocalisation de l'&#233;conomie fait partie de ce qu'il y a de plus r&#233;actionnaire, au sens propre du terme, dans le programme des d&#233;croissants. Le commerce international, les &#233;changes entre les diff&#233;rentes zones de la plan&#232;te, les migrations, ont commenc&#233; bien avant que le capitalisme arrive aux commandes de la soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui, cette interd&#233;pendance des activit&#233;s humaines d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te a atteint des sommets in&#233;gal&#233;s. Redisons-le, certains de ces d&#233;placements de marchandises sont nuisibles et ne r&#233;pondent qu'&#224; une logique de profit. Mais jeter le b&#233;b&#233; de la mondialisation avec l'eau du bain du profit est absurde. Les d&#233;croissants ne mesurent sans doute pas ce que repr&#233;sente la division internationale du travail dans l'&#233;conomie actuelle &#8211; et le fait que l'humanit&#233;, ou du moins sa partie la moins pauvre, ne pourrait tout simplement pas vivre sans les &#233;changes mondiaux. Tout d'abord parce que proposer la relocalisation supposerait d'abandonner &#224; leur triste sort des r&#233;gions enti&#232;res de la plan&#232;te, priv&#233;es de mati&#232;res premi&#232;res ou de ressources agricoles. Mais au-del&#224;, il faut tout de m&#234;me se rendre compte que sans la division internationale du travail, quasiment aucun des produits que nous utilisons dans notre quotidien ne pourrait m&#234;me exister ; m&#234;me dans les r&#234;ves de ceux qui voudraient que les prol&#233;taires passent leurs vacances sur internet, il faut &#8230; internet. Et internet, cela ne peut exister sans r&#233;seau, c'est-&#224;-dire, en France aujourd'hui, 90 millions de km de fil de cuivre. Les principaux producteurs de cuivre dans le monde &#233;tant le Chili, les &#201;tats-Unis, le P&#233;rou et l'Indon&#233;sie, une relocalisation de l'&#233;conomie priverait l'Europe de l'essentiel de cette mati&#232;re premi&#232;re. Il est vrai qu'aujourd'hui, les scientifiques ont trouv&#233; des modes de transmission bien plus efficaces que les fils de cuivre avec la fibre optique, qui a le double avantage d'&#234;tre infiniment plus rapide et de ne pas avoir d'impact sur les r&#233;serves de cuivre, &#233;tant fabriqu&#233;es &#224; partir de silice. Mais lorsque l'on voit la complexit&#233; technique de la fabrication de ces fibres optiques, on comprend qu'il est tout simplement inimaginable qu'elles soient un jour fabriqu&#233;es artisanalement ! Plus de cuivre pour cause de relocalisation, plus de fibre optique pour cause de retour &#224; l'artisanat&#8230; avec la d&#233;croissance il n'y aura en effet gu&#232;re d'autre solution que de communiquer gr&#226;ce &#224; des signaux de fum&#233;e, garantis made in France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On retrouve finalement dans cette volont&#233; de relocaliser le bon vieux protectionnisme traditionnel, qui revient toujours en temps de crise. Vincent Cheynet ne s'en cache pas d'ailleurs, lui qui pr&#244;ne &#171; la relocalisation progressive de l'&#233;conomie par des taxes douani&#232;res &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.9'&gt;&lt;/a&gt;La question du travail&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Alors, pour mettre quoi &#224; la place ? L'artisanat local. Outre les avantages &#233;cologiques que les d&#233;croissants voient dans ce retour &#224; la petite production, ce serait aussi, pour eux, l'occasion de revenir &#224; une forme de travail &#171; choisi &#187; et non &#171; subi &#187;. Ils d&#233;noncent, &#224; juste titre, le fait que le travail soit aujourd'hui v&#233;cu comme une ali&#233;nation. Mais comme d'habitude, au lieu d'opposer &#224; l'exploitation et &#224; l'ali&#233;nation la lutte collective, les d&#233;croissants y r&#233;pondent par des solutions individuelles : &#171; Tant qu'il repose sur l'exploitation et la domination, &#233;crit Paul Ari&#232;s, le travail est &#224; fuir ! &#187; Fuir le travail ? Cela ne peut signifier, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, que deux solutions : ou bien se retirer de la soci&#233;t&#233; et vivre en communaut&#233; o&#249; l'on travaillera &#171; librement &#187; ; ou bien&#8230; vivre du travail des autres. Et certains d&#233;croissants assument tr&#232;s tranquillement cette solution. Il n'y a qu'&#224; voir pour s'en convaincre le succ&#232;s qu'a rencontr&#233; dans ce milieu le film r&#233;cent de Pierre Carles, Attention danger travail. Ce documentaire montre des personnages qui ont abandonn&#233; le circuit du travail et qui exp&#233;rimentent la &#171; frugalit&#233; volontaire &#187;&#8230; en vivant du RMI. Le seul probl&#232;me &#233;tant que le RMI, comme toutes les prestations sociales, est financ&#233; par l'argent public, c'est-&#224;-dire le fruit du travail de millions d'autres travailleurs. Les militants pr&#233;sent&#233;s dans ce film ne vivent pas en dehors de la soci&#233;t&#233; : ils se nourrissent, vont au cin&#233;ma, empruntent les transports collectifs. C'est-&#224;-dire l&#224; encore se servent du travail des autres, en estimant apparemment qu'il n'y a rien de choquant &#224; ne pas apporter, eux, leur quote-part au travail social. Cette situation qui est v&#233;cue si douloureusement par des millions de ch&#244;meurs qui eux, ne demanderaient pas mieux que de travailler pour pouvoir vivre dignement, est, pour ces d&#233;croissants, un choix, qu'ils assument et dont ils se vantent. Allant, comme un personnage du film, jusqu'&#224; remercier leur patron de les avoir mis &#224; la porte, ce qui leur a permis de d&#233;couvrir ce qu'ils appellent &#171; la vraie vie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois de plus, nous sommes &#224; cent lieues des d&#233;croissants sur ce terrain. Nous ne glorifions pas le parasitisme social &#8211; m&#234;me si nous ne mettons pas sur le m&#234;me terrain les exploiteurs et les &#171; ch&#244;meurs volontaires &#187; que les d&#233;croissants portent aux nues. Nous nous adressons &#224; ceux qui travaillent, ceci incluant bien s&#251;r les ch&#244;meurs &#224; qui les patrons interdisent de travailler ; &#224; ceux qui sont utiles &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; ceux qui se servent de leurs bras ou de leur t&#234;te pour produire quelque chose. Le communisme, c'est une doctrine qui se donne pour but l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire de la classe sociale qui travaille &#8211; et cela ne consiste pas &#224; pr&#244;ner la d&#233;brouille individuelle sur le dos des autres. Au risque peut-&#234;tre de choquer certains, nous rappellerons qu'une des devises de la r&#233;volution russe &#233;tait &#171; Qui ne travaille pas ne mange pas &#187; &#8211; et nous assumons pleinement cet h&#233;ritage. Nous sommes partisans d'une soci&#233;t&#233; o&#249; tout le monde travaille, en fonction de ses capacit&#233;s, o&#249; tout le monde participe aux t&#226;ches sociales. Dans une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e du capitalisme, le travail sera partag&#233; entre tous, et l'humanit&#233; &#339;uvrera &#224; utiliser la technique, les machines, les robots, pour diminuer peu &#224; peu le travail p&#233;nible, les t&#226;ches les plus ingrates &#8211; en esp&#233;rant m&#234;me qu'un jour ce travail-l&#224; dispara&#238;tra enti&#232;rement et que l'humanit&#233; pourra tout enti&#232;re se consacrer aux sciences, &#224; l'art, aux loisirs et &#224; la culture. Alors l'humanit&#233; aura gagn&#233; &#171; le droit &#224; la paresse &#187;, comme l'appelait le communiste Paul Lafargue. Mais revendiquer aujourd'hui, dans le cadre du capitalisme, ce &#171; droit &#224; la paresse &#187; comme le font les d&#233;croissants, c'est ent&#233;riner l'id&#233;e qu'il est normal qu'il y en ait qui balayent les rues pendant que d'autres se cultivent. Eh bien, camarades, ce ne sont pas nos id&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.10'&gt;&lt;/a&gt; L'augmentation de la productivit&#233;, moteur de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Une &#171; soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance &#187; telle que d&#233;crite dans les ouvrages de nos auteurs serait donc bas&#233;e sur l'artisanat qui redeviendrait donc, comme avant la soci&#233;t&#233; industrielle, le mode de production essentiel. Ce qui signifierait un retour en arri&#232;re consid&#233;rable en mati&#232;re de productivit&#233; du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; un argument qui n&#8216;&#233;branlera certainement pas les d&#233;croissants, pour qui la course &#224; la productivit&#233; est n&#233;gative par d&#233;finition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant&#8230; depuis que l'homme a commenc&#233; &#224; transformer des objets pour en faire des outils, il y a plus de 2 millions d'ann&#233;es, il a cherch&#233; plus ou moins consciemment &#224; augmenter le rendement de son travail. Et le r&#244;le qu'a jou&#233; l'augmentation de la productivit&#233; dans l'&#233;volution de l'humanit&#233; est absolument central. C'est l'augmentation de la productivit&#233; qui a permis, apr&#232;s l'apparition de l'agriculture, de voir appara&#238;tre la division du travail. Que le travail d'un seul homme soit en mesure d'en nourrir deux, ou trois, ou dix, a permis qu'apparaissent de nouveaux m&#233;tiers, qui ne soient pas exclusivement tourn&#233;s vers la production de nourriture. A permis qu'apparaissent, au fur et &#224; mesure que les soci&#233;t&#233;s se sont complexifi&#233;es, des intellectuels, des savants, des ing&#233;nieurs ; lesquels savants ont pu se consacrer &#224; des inventions qui, &#224; leur tour, ont permis d'augmenter la productivit&#233; du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cette augmentation de la productivit&#233; qui permet aujourd'hui non seulement d'avoir la possibilit&#233; de satisfaire largement aux besoins de tous, mais aussi qu'une classe ouvri&#232;re industrielle minoritaire en nombre dans la soci&#233;t&#233;, soit capable de r&#233;aliser une telle production. Et c'est, soit dit en passant, ce qui permet &#224; des gens tels que des &#171; politologues &#187; ou des &#171; publicitaires repentis &#187; de pouvoir r&#233;fl&#233;chir sur la baisse de la productivit&#233; sans avoir &#224; se pr&#233;occuper d'effectuer un quelconque travail productif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais la productivit&#233; du travail artisanal ne pourra atteindre le milli&#232;me de celle de l'industrie. Il y a l&#224; une contradiction fondamentale dans les id&#233;es de la d&#233;croissance : eux qui veulent d&#233;barrasser au maximum l'humanit&#233; du &#171; travail &#187; ne se rendent pas compte que le seul espoir pour qu'un jour le travail ali&#233;nant disparaisse, ce serait justement non seulement de mettre fin au g&#226;chis capitaliste, mais aussi de chercher des gains de productivit&#233; toujours sup&#233;rieurs, de mani&#232;re &#224; pouvoir produire plus en moins de temps &#8211; temps lib&#233;r&#233; pour les producteurs. Revenir &#224; l'artisanat signifierait, si l'on voulait ne serait-ce que fournir le &#171; strict minimum &#187; aux membres de la soci&#233;t&#233;, une augmentation de la quantit&#233; de travail individuel inimaginable.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.11'&gt;&lt;/a&gt; La d&#233;croissance contre le progr&#232;s&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;On voit bien ici qu'une des questions principales qui sous-tend le d&#233;bat entre les d&#233;croissants et les marxistes est celle du progr&#232;s. Nous l'avons dit, le courant d&#233;croissant rejette avec m&#233;pris ce qu'ils nomment &#171; l'id&#233;ologie du progr&#232;s &#187;, tant dans l'esprit que dans ses r&#233;alisations concr&#232;tes. Le mois dernier par exemple, le journal La D&#233;croissance titrait &#224; la Une : &#171; R&#233;sister au progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce rejet du progr&#232;s et de la science par les d&#233;croissants les conduits &#224; vouloir se d&#233;barrasser, sans m&#234;me leur laisser le temps de se d&#233;velopper, de secteurs tels que les OGM et les nanotechnologies &#8211; la discipline qui consiste &#224; fabriquer des mat&#233;riaux &#224; l'&#233;chelle du milliardi&#232;me de m&#232;tre. Dans une d&#233;marche quasiment mystique, ils rejettent tout ce qui nous &#233;loigne de la nature telle qu'elle existait avant nous &#8211; ce qui explique qu'ils soient aussi bien oppos&#233;s aux engrais chimiques qu'aux proth&#232;ses qui seraient en passe de nous transformer en &#171; hommes machines &#187;. On se demande simplement si ceux qui affirment cela assument que rejeter le progr&#232;s, cela veut dire aussi rejeter la m&#233;decine, les &#233;chographies et les scanners, les vaccins et les trith&#233;rapies, et quelques milliers d'autres inventions qui ont d&#233;livr&#233; la population des pays riches d'un certain nombre de fl&#233;aux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#224; ceux qui affirment, comme nous, que la science est un des moyens qui pourraient offrir &#224; l'humanit&#233; les conditions de son &#233;mancipation, les d&#233;croissants ont une r&#233;ponse toute trouv&#233;e &#224; la bouche : ceux-l&#224; sont des scientistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le scientisme est un courant philosophique qui a eu une certaine vogue &#224; la fin du 19e si&#232;cle, et qui existe encore aujourd'hui. Il consiste &#224; faire de la science le seul moteur de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s, &#224; croire que la science seule pourrait r&#233;volutionner le monde. Le marxisme a toujours combattu le scientisme, en expliquant que la science n'est qu'un moyen, dont les r&#233;sultats ne peuvent s'appr&#233;cier qu'en fonction des rapports sociaux, dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un raisonnement scientiste typique est celui du scientifique Marconi, qui, lorsqu'il imagina le principe de la t&#233;l&#233;vision, en conclut que celle-ci marquerait forc&#233;ment la fin de toutes guerres&#8230; car Marconi croyait que les guerres naissent d'un manque de communication entre les peuples. Mais la science et la technique, comme l'a &#233;crit Trotsky, &#171; ne se d&#233;veloppent pas dans le vide, elles le font dans une soci&#233;t&#233; humaine divis&#233;e en classes. La technique en elle-m&#234;me ne peut &#234;tre appel&#233;e militariste ou pacifiste. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la classe dirigeante est militariste, la technique est au service du militarisme. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh oui, la science sera un formidable moyen d'&#233;mancipation de l'humanit&#233;&#8230; mais cela ne sera possible que lorsque ce sera la population elle-m&#234;me qui exercera le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en cela que les marxistes ne sont nullement &#171; scientistes &#187;. En revanche, il est frappant de constater que les d&#233;croissants font exactement la m&#234;me erreur de raisonnement que les scientistes, en se contentant de la renverser : les scientistes pr&#233;tendent que la science pourrait &#234;tre la cause de tout le bien ; les d&#233;croissants qu'elle serait celle de tout le mal. C'est exactement le m&#234;me raisonnement, qui ne tient aucun compte de l'existence des rapports sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est aberrant de consid&#233;rer la science, la technique, comme des causes et non comme des moyens. Aberrant, parce que cela ne peut pas permettre de comprendre les r&#233;alit&#233;s sociales. Tout objet technique, du plus simple au plus complexe, peut &#234;tre utilis&#233; pour &#234;tre utile &#224; l'humanit&#233; ou pour lui nuire. Faut-il rejeter l'&#233;lectricit&#233; sous pr&#233;texte qu'elle a servi &#224; torturer en Alg&#233;rie ? M&#234;me un objet technique aussi simple qu'une machette peut servir &#224; couper de la canne &#224; sucre&#8230; ou &#224; massacrer des gens. Mais celui qui pense que c'est la machette, et non l'imp&#233;rialisme, qui est la cause du g&#233;nocide au Rwanda, n'a gu&#232;re de chance de pouvoir ni comprendre, ni agir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les objets qui nous entourent et qui nous facilitent la vie sont &#224; la fois le fruit du progr&#232;s scientifique et de la volont&#233; de la bourgeoisie de faire des profits. Le capitalisme a toujours su concilier ces deux aspects, ce qui a tir&#233; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; humaine vers l'avant. C'est la raison pour laquelle Marx consid&#233;rait que le capitalisme repr&#233;sentait un immense progr&#232;s historique, quand bien m&#234;me il s'est d&#233;velopp&#233; en &#171; suant le sang et la boue par tous les pores &#187;. Mais le capitalisme d'aujourd'hui, en fin de course, s'il n'emp&#234;che pas le progr&#232;s, le freine, le bride, le maintient &#224; des niveaux incomparablement plus bas que ce qu'il pourrait &#234;tre : avec le secret industriel, les brevets, les cr&#233;dits qui sont ou ne sont pas allou&#233;s &#224; telle ou telle recherche, avec surtout le fait que des milliards d'&#234;tres humains sont aujourd'hui emp&#234;ch&#233;s par la mis&#232;re d'acc&#233;der au savoir et de devenir des savants. Oui, le capitalisme bride le progr&#232;s. Oui, il est capable de s'emparer des plus magnifiques fruits de la science et d'en faire des instruments de mort. Mais que faut-il en conclure ? Qu'il faut rejeter le progr&#232;s&#8230; ou en finir avec le capitalisme ?&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.12'&gt;&lt;/a&gt;Une doctrine fondamentalement malthusienne&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au final, tous les raisonnements des d&#233;croissants que nous venons d'&#233;voquer ne prouvent qu'une chose : c'est qu'ils sont incapables de sortir des raisonnement malthusiens &#8211; du nom de Robert Malthus qui pensait, au d&#233;but du 19e si&#232;cle, que l'accroissement des richesses ne pourrait jamais permettre de subvenir aux besoins d'une population de plus en plus nombreuse. Certains d&#233;croissants se d&#233;fendent d'&#234;tre malthusiens, parce que cela sonne mal ; d'autres l'assument pleinement, comme ce d&#233;croissant qui &#233;crit carr&#233;ment que : &#171; Tout accroissement de la production agricole alimente la pullulation humaine. &#187; Mais qu'ils l'assument ou pas, la d&#233;croissance part d'un raisonnement fondamentalement malthusien, consistant &#224; consid&#233;rer que les richesses disponibles ne sont pas suffisantes pour une humanit&#233; dont le nombre et la consommation s'accroissent. Et cet aspect a &#233;t&#233; clairement pos&#233; d&#232;s les origines de la d&#233;croissance, puisque le p&#232;re fondateur de cette doctrine, Nicholas Georgescu-Roegen, &#233;crivait en 1979 : &#171; La grandeur souhaitable de la population est celle que pourrait nourrir une agriculture exclusivement organique &#187; (on dirait aujourd'hui &#171; agriculture biologique &#187;). Il ne pr&#233;cise pas, toutefois, les moyens qu'il juge &#171; souhaitables &#187; d'employer pour &#233;liminer le surplus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, Serge Latouche nous propose de &#171; renouer avec l'abondance perdue des soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs &#187;. On se demande de quelles soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs il parle : celles du M&#233;solithique, il y a un peu plus de 10 000 ans, o&#249; 86% des individus mourraient avant l'&#226;ge de 30 ans ? Ou celles, plus anciennes, des Sinanthropes, il y a 300 000 ans, o&#249; 70% des individus n'atteignaient pas 15 ans ? On ne sait pas si les peuplades de ces &#233;poques connaissaient ou non &#171; l'abondance &#187;, mais si c'&#233;tait le cas, il faut peut-&#234;tre rappeler que la population mondiale repr&#233;sentait, il y a 35 000 ans, 5 millions d'individus. &#171; Renouer avec l'abondance perdue des soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs &#187; supposerait donc, petit d&#233;tail, de faire pr&#233;alablement dispara&#238;tre 99,9% de la population mondiale actuelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La faille fondamentale du raisonnement des d&#233;croissants est qu'ils semblent consid&#233;rer la terre comme une sorte de r&#233;serve de mati&#232;res premi&#232;res brutes, dont l'homme se contente de tirer des produits sans les transformer. C'est ignorer encore une fois, ou faire semblant d'ignorer, l'augmentation du rendement permise par la technique. Selon les estimations de chercheurs en &#233;conomie, entre l'an 1000 et l'an 2000, la population humaine aurait &#233;t&#233; multipli&#233;e par 25&#8230; pendant que la production de richesses l'aurait &#233;t&#233; par 356 !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r que cette augmentation de la production pose des probl&#232;mes d'impact sur l'environnement. Mais il n'y a aucune raison de supposer que la seule issue soit la diminution de la consommation (comme le disent les d&#233;croissants) ou la diminution de la population elle-m&#234;me (comme le disent les malthusiens). Le d&#233;veloppement de la technique et de la science permet d'envisager &#224; la fois qu'on tire davantage de la nature tout en l'ab&#238;mant moins. Sauf que tout cela suppose de changer l'organisation sociale, d'arracher la direction de la soci&#233;t&#233; des mains de la bourgeoisie, et cela, c'est justement la seule question que les d&#233;croissants ne posent jamais.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.13'&gt;&lt;/a&gt;La d&#233;croissance : utopiste et r&#233;formiste&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Voyons maintenant ce que sont les modes d'actions que pr&#244;nent les objecteurs de croissance. Depuis quelques mois, ce sujet jusque-l&#224; assez flou a &#233;t&#233; un peu &#233;clairci par le lancement d'un certain nombre de regroupements politiques d&#233;croissants, comme l'Adoc (Association des objecteurs de croissance), qui ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; se poser le probl&#232;me des modalit&#233;s d'action. Modalit&#233;s qui pourraient permettre, si l'on en croit le Manifeste de l'Adoc, de &#171; sortir d&#233;finitivement du capitalisme. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.14'&gt;&lt;/a&gt;Les limites du boycott&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le premier moyen d'action pr&#244;n&#233; est celui des &#171; manifestations sans violence &#187;. Nombre de pistes sont &#233;voqu&#233;es &#8211; p&#233;titions, votations, d&#233;monstrations pacifiques, marches de la d&#233;croissance, journ&#233;es sans achat, etc. On note que la seule forme de lutte qui soit absente de ce programme, c'est la gr&#232;ve &#8211; ou en tout cas la gr&#232;ve du travail, &#224; laquelle les d&#233;croissants pr&#233;f&#232;rent la gr&#232;ve de la consommation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme on s'en doute, ils ne pr&#244;nent pas d'arr&#234;ter de manger, mais d'arr&#234;ter de se fournir dans la grande distribution &#8211; pour revenir, une fois de plus, vers les artisans et les petits commer&#231;ants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce mode d'action &#8211; le boycott de la grande distribution et des grandes marques &#8211; est certainement l'aspect qui remporte le plus de succ&#232;s au-del&#224; m&#234;me du milieu d&#233;croissant. Il peut sembler logique, en effet, que si les gens cessaient de fr&#233;quenter les hypermarch&#233;s, s'ils cessaient de s'approvisionner aupr&#232;s des grandes marques, etc., cela ferait baisser les marges des capitalistes et les asphyxierait. Logique, peut-&#234;tre. Mais parfaitement irr&#233;alisable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme des d&#233;croissants nous ont d&#233;j&#224; accus&#233;s d'&#234;tre implicitement des d&#233;fenseurs de la grande distribution et des trusts, pr&#233;cisons d'embl&#233;e que non, nous n'avons aucune sympathie pour les capitalistes de la grande distribution : leurs m&#233;thodes monopolistes, la fa&#231;on dont ils traitent les petits producteurs, leurs techniques de marketing, l'exploitation qui r&#232;gne dans leurs sous-sols ou aux caisses, tout cela est un bon concentr&#233; de pur capitalisme. Ce qui n'emp&#234;che pas, disons-le tout de m&#234;me, que nous estimons pr&#233;f&#233;rable que les travailleurs soient en mesure de fr&#233;quenter des super et hypermarch&#233;s, et d'y remplir des caddies, plut&#244;t que de manger des galettes de boue comme le font les damn&#233;s de la faim d'Ha&#239;ti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait commencer par se poser la question de savoir o&#249; ces partisans du boycott s'approvisionneraient-ils ? Les d&#233;croissants ne l'ont peut-&#234;tre pas remarqu&#233;, mais l'une des tendances historiques du capitalisme est d'avoir litt&#233;ralement annihil&#233; le petit commerce et l'artisanat. En France apr&#232;s-guerre, il y avait encore un nombre important de commer&#231;ants ind&#233;pendants et de petits artisans. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Si l'on parcourt n'importe quel centre ville de ce pays, et que l'on enl&#232;ve les banques, les succursales de grandes cha&#238;nes &#8211; opticiens, magasins de v&#234;tements, etc. &#8211; il ne reste presque rien. Et notre boycotteur se trouvera t&#244;t ou tard oblig&#233; ou bien de c&#233;der &#224; cet &#233;tat de fait, ou bien en effet de cultiver son propre potager et de tisser ses v&#234;tements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais allons plus loin. Imaginons une minute que le petit commerce connaisse une deuxi&#232;me jeunesse, et qu'un important mouvement d'opinion en faveur du boycott se d&#233;veloppe, y compris dans les milieux populaires&#8230; avec pour r&#233;sultat de menacer r&#233;ellement les int&#233;r&#234;ts des trusts capitalistes. Qui peut croire, un seul instant, que ces m&#234;mes trusts capitalistes se laisseraient plumer sans r&#233;agir ? C'est oublier la capacit&#233; d'adaptation des capitalistes qui, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils ont &#233;t&#233; capables de prendre le virage du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, pourraient r&#233;agir en multipliant &#224; l'avenir les petites enseignes &#224; la place des hypermarch&#233;s&#8230; petites enseignes qui appartiendraient aux m&#234;mes groupes, et serait d&#233;pendantes des m&#234;mes banques !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a souvent l'impression que les d&#233;croissants, &#224; force de rejeter la lutte de classes, ont fini par oublier que la classe sociale qui dirige aujourd'hui le monde, la bourgeoisie, a toujours &#233;t&#233; pr&#234;te &#224; tout pour sauvegarder ses profits. Elle disposerait, ne serait-ce qu'&#224; travers les appareils d'&#201;tat qui lui sont tout d&#233;vou&#233;s, de mille moyens pour r&#233;pondre &#224; un tel mouvement, tout simplement en coupant le probl&#232;me &#224; la source &#8211; c'est-&#224;-dire en &#233;tranglant les petits concurrents g&#234;neurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie aurait et les moyens, et la volont&#233; de le faire, si ses profits &#233;taient r&#233;ellement en danger. &#192; moins de croire que les capitalistes sont des enfants de ch&#339;ur respectueux de la d&#233;mocratie, de la volont&#233; populaire et des desiderata des consommateurs, ce que nous ne pensons pas. Permettons-nous de rappeler que la bourgeoisie et ses &#201;tats, pour sauvegarder les profits, ont &#233;t&#233; capables de faire bien d'autres choses, de provoquer des guerres qui ont tu&#233; des millions de gens ou de faire mourir de faim, aujourd'hui m&#234;me, un enfant toutes les six secondes. Alors croire qu'un gentil petit boycott des grandes surface pourrait faire autre chose que les faire rire, c'est se faire de cruelles illusions.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.15'&gt;&lt;/a&gt;Des exp&#233;riences marginales&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Il en va de m&#234;me, plus largement, pour tous les projets &#171; d'exp&#233;rimentations concr&#232;tes &#187; que proposent les d&#233;croissants. Elles ne pourront jamais rester que des projets &#224; la marge, des tentatives d&#233;risoires pour essayer de contourner le capitalisme plut&#244;t que d'essayer de l'abattre. Ce n'est pas tr&#232;s nouveau : d&#232;s le d&#233;but du 19e si&#232;cle, il y a eu des militants pour pr&#244;ner la mise en place de syst&#232;mes alternatifs capables selon eux de &#171; convaincre par l'exemple &#187;. C'est ce qu'on a appel&#233; les socialistes utopiques. Et leurs projets, il y a presque deux si&#232;cles, apparaissaient autrement plus hardis et plus r&#233;volutionnaires que ceux des d&#233;croissants ! Mais le probl&#232;me est le m&#234;me : que l'on parle de &#171; SEL &#187;, les syst&#232;mes d'&#233;changes locaux, de mise en place de monnaies locales qui ne permettraient m&#234;me pas d'acheter des marchandises en dehors de son village, tout cela ne peut exister que de fa&#231;on marginale, tant que cela n'inqui&#232;te pas et ne d&#233;range pas les capitalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et en aucun cas, de toute fa&#231;on, cela ne pourrait &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Il n'y a qu'&#224; prendre l'exemple des Amap, ces &#171; associations pour le maintien d'un agriculture paysanne &#187; tr&#232;s en vogue dans le milieu &#233;colo-d&#233;croissant. Le syst&#232;me est simple : on s'inscrit &#224; l'Amap, et on s'engage &#224; acheter chaque semaine un panier de produits frais &#224; un agriculteur local. Nul doute que les produits achet&#233;s sont de meilleure qualit&#233; que ceux que l'on trouve chez les hard-discounteurs pour pauvres. Tant mieux pour ceux qui peuvent y avoir acc&#232;s. Mais une Amap comme celle des Lilas, en r&#233;gion parisienne, ne peut pas fournir plus de &#8230; 30 paniers par semaine, le nombre de petits producteurs et leur productivit&#233; &#233;tant bien trop faibles pour en accueillir plus. Il y a 12 millions d'habitants en r&#233;gion parisienne&#8230; il est techniquement impossible que les petits producteurs, locaux ou pas, puissent satisfaire cette demande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, on le voit, par quelque bout qu'on essaye de la prendre, la d&#233;croissance reste un mouvement au mieux utopiste ; profond&#233;ment r&#233;formiste ; et fondamentalement r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Utopiste et r&#233;formiste, parce qu'il est illusoire de croire que l'on peut vaincre le capitalisme en lui donnant des coups d'&#233;pingles. Illusoire de croire que l'on pourrait &#171; changer la mentalit&#233; des gens &#187; sans changer de soci&#233;t&#233;. Les d&#233;croissants se lamentent constamment du fait que les travailleurs eux-m&#234;mes soient &#171; intoxiqu&#233;s &#187; par la consommation, anim&#233;s par la volont&#233; de gagner de l'argent, etc. Mais ils retardent : cela fait 150 ans que Marx a &#233;crit que &#171; l'id&#233;ologie dominante est toujours l'id&#233;ologie de la classe dominante &#187;. Une id&#233;ologie fond&#233;e sur le partage, la fin de l'individualisme, de la concurrence et du chacun pour soi, ne pourra se d&#233;velopper que lorsque la classe dominante ne sera plus la bourgeoisie, mais le prol&#233;tariat qui aura collectivis&#233; les moyens de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fondamentalement r&#233;actionnaire enfin, parce que la d&#233;croissance veut faire tourner &#224; l'envers la roue de l'histoire, en revenant &#224; des modes de production depuis longtemps disparus &#8211; et en se coupant ainsi de la possibilit&#233; de changer le monde en s'appuyant sur les progr&#232;s g&#233;n&#233;r&#233;s par la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;D&#233;croissance, ou r&#233;volution sociale ?&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;Pourquoi la d&#233;croissance gagne-t-elle du terrain ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Alors, il nous reste pour conclure &#224; essayer de comprendre pourquoi cette th&#233;orie a le vent en poupe. Comment il est possible que des intellectuels de gauche puissent aujourd'hui se dire &#171; antiprogressistes &#187; sans que cela ne fasse apparemment bondir grand-monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;croissance est clairement le fruit d'une &#233;poque, d'une p&#233;riode de d&#233;liquescence de l'histoire du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, une p&#233;riode de profonde d&#233;moralisation politique. Une p&#233;riode o&#249; bien des combats ont &#233;t&#233; men&#233;s, et bien des combats perdus. O&#249; les partis de gauche comme les directions syndicales se sont tellement englu&#233;s dans la collaboration de classe qu'ils ont d&#233;finitivement abandonn&#233; ne serait-ce que des r&#233;f&#233;rences &#224; la possibilit&#233; de transformations sociales. Une p&#233;riode o&#249;, avec la disparition de l'URSS il y a vingt ans, les derniers vestiges visibles de quelque chose qui n'&#233;tait pas le capitalisme ont disparu. Cette situation pousse bien des intellectuels, bien des jeunes, &#224; se r&#233;fugier dans une esp&#232;ce d'individualisme d&#233;sesp&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, nous sommes aussi dans une p&#233;riode de d&#233;cadence &#233;conomique : le capitalisme d'aujourd'hui n'a plus rien &#224; voir avec celui, conqu&#233;rant, de l'&#233;poque de Marx. Le capitalisme d'aujourd'hui est poussif, &#224; bout de souffle, c'est un vieillard s&#233;nile qui ne se tient debout qu'en s'appuyant &#224; gauche sur la b&#233;quille des aides de l'&#201;tat et &#224; droite sur celle du monopolisme. Ce capitalisme-l&#224; n'a rien &#224; offrir &#224; personne, nulle possibilit&#233; de r&#233;ussite individuelle, pas m&#234;me pour des petits bourgeois sans cesse menac&#233;s de se retrouver pouss&#233;s vers la pauvret&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes les soci&#233;t&#233;s en fin de course ont produit leur philosophie du d&#233;nuement, conseillant &#224; leurs adeptes de se d&#233;pouiller des biens de ce monde, parce qu'il fallait trouver dans la spiritualit&#233; ce que l'on ne pouvait plus trouver dans la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. Le sto&#239;cisme &#224; la fin de l'&#233;poque ath&#233;nienne, le catholicisme sous l'empire romain, ont jou&#233; ce r&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'essor de la bourgeoisie commer&#231;ante a engendr&#233; la Renaissance et l'humanisme. Le capitalisme triomphant du 19e si&#232;cle a produit par contrecoup le Manifeste communiste&#8230; Le capitalisme &#224; l'agonie du d&#233;but du 21e si&#232;cle donne naissance, entre autres, &#224; la d&#233;croissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a rien de surprenant au fait que la d&#233;croissance rencontre ses plus grands succ&#232;s dans le milieu des intellectuels d&#233;class&#233;s, enseignants pr&#233;caires, &#233;tudiants salari&#233;s&#8230; Ceux-l&#224;, &#224; qui longtemps la soci&#233;t&#233; capitaliste a eu &#224; offrir une petite place, ne se voient plus aucun avenir dans cette soci&#233;t&#233; en d&#233;cr&#233;pitude. Ils se r&#233;fugient alors dans une id&#233;ologie du d&#233;nuement, de la pauvret&#233; &#171; choisie et non impos&#233;e &#187;, comme si dans un dernier effort un peu d&#233;risoire de fiert&#233; ils disaient au capitalisme : &#171; Plut&#244;t que de laisser la soci&#233;t&#233; nous d&#233;pouiller contre notre gr&#233;, nous pr&#233;f&#233;rons le faire nous-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;Une doctrine qui pourrait &#234;tre utile&#8230; aux exploiteurs&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais ceux qui &#233;pousent ces th&#233;ories ne se rendent probablement pas compte que v&#233;hiculer et populariser ces id&#233;es, non seulement n'a aucune raison de faire peur &#224; la bourgeoisie, mais au contraire pourrait bien lui rendre de grands services. Le matraquage &#233;cologiste et, aujourd'hui, d&#233;croissant, permet d'accr&#233;diter l'id&#233;e que si finalement tout le monde se serrait la ceinture, le monde irait mieux. Qu'un salari&#233; qui voit son pouvoir d'achat diminuer devrait plus se r&#233;jouir que s'en plaindre. Avec l'&#233;cologie classique, on peut convaincre un salari&#233; qui ne peut plus s'offrir une voiture et doit aller au travail en v&#233;lo qu'il fait &#171; un geste pour la plan&#232;te &#187;. Avec la d&#233;croissance, on passe un degr&#233; au-dessus : il fait m&#234;me un geste pour les pauvres du Tiers-monde, puisqu'en r&#233;duisant sa consommation il laissera plus de place &#224; celle des Africains . En r&#233;alit&#233;, cela n'a aucun rapport, et ce n'est pas le fait que les travailleurs europ&#233;ens voient leur pouvoir d'achat taill&#233; en pi&#232;ce qui augmentera si peu que ce soit celui des mis&#233;reux d'Afrique. Cela n'augmentera que les profits des capitalistes. Mais que des travailleurs le pensent, et le pensent nombreux, cela ne peut qu'arranger la bourgeoisie d'ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela revient, encore une fois, &#224; tenter de trouver des solutions de remplacement lorsque l'on ne croit plus &#224; un autre avenir pour l'humanit&#233;. Les d&#233;croissants n'envisagent que des solutions de repl&#226;trage, dont on ne peut que se d&#233;soler de la faible ambition. Chez les d&#233;croissants, tout doit &#234;tre petit, local, lent : il faut r&#233;duire, d&#233;cro&#238;tre, ralentir ; il faut aller vers des micro-soci&#233;t&#233;s, des petites exploitations, des petits potagers, du petit commerce, du petit artisanat. Ils d&#233;noncent les projets scientifiques les plus ambitieux en les appelant &#171; prom&#233;th&#233;ens &#187;, du nom du h&#233;ros grec Prom&#233;th&#233;e qui, dans la l&#233;gende, vola le feu aux dieux pour le donner aux hommes. C'est la raison pour laquelle ils critiquent si violemment le projet de fusion nucl&#233;aire ITER : au lieu de s'&#233;merveiller du fait que des scientifiques tentent de recr&#233;er le soleil dans un laboratoire, les d&#233;croissants s'indignent de ce que les hommes cherchent &#224; imiter la nature&#8230; ou dieu &#8211; ce sont eux qui le disent. Et m&#234;me dans la vision qu'ils ont des loisirs et de la vie en g&#233;n&#233;ral, on retrouve ce m&#234;me regard limit&#233; : Serge Latouche fait cet &#233;tonnant &#233;loge du chacun chez soi : &#171; Un clocher au centre, et tout autour un horizon, d&#233;limitent un territoire suffisant pour une vie d'homme. Il ne faut pas bouger pour que l'imagination d&#233;ploie ses ailes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.3'&gt;&lt;/a&gt;D'autres perspectives pour l'humanit&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Comme on est loin, en lisant cette apologie de l'immobilisme et cette th&#233;orisation de son propre manque d'ambition pour l'humanit&#233;, des perspectives grandioses que le marxisme trace &#224; l'humanit&#233; ! Comme nous l'avons dit, nous ne sommes pas scientistes ; mais nous pensons tout de m&#234;me que l'on peut placer d'immenses espoirs dans l'alliance de la r&#233;volution sociale et de la science. Et ne pas perdre confiance en cela, quelles que soient les difficult&#233;s de la p&#233;riode travers&#233;e, est l'ambition des communistes. Dans une p&#233;riode bien plus sombre, en 1927, alors que le stalinisme &#233;tait en train d'abattre une chape de plomb sur la r&#233;volution russe, le bolchevik Adolph Ioff&#233; &#233;crivait, sur son lit de mort : &#171; Pendant plus de trente ans j'ai admis l'id&#233;e que la vie humaine n'a de signification que dans la mesure o&#249; elle est au service de quelque chose d'infini. Pour nous, l'humanit&#233; est cet infini. (&#8230;) Si on croit, comme je le fais, au progr&#232;s, on peut admettre que lorsque l'heure viendra pour notre plan&#232;te de dispara&#238;tre, l'humanit&#233; aura longtemps avant trouv&#233; le moyen d'&#233;migrer et de s'installer sur des plan&#232;tes plus jeunes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne discutons pas de la validit&#233; scientifique de cette id&#233;e, mais de l'attitude morale qu'elle d&#233;note. L'humanit&#233; n'a finalement pu avancer que parce que tout au long de son histoire, des hommes et des femmes &#8211; inventeurs, d&#233;couvreurs, savants, r&#233;volutionnaires &#8211; ont &#233;t&#233; capables de r&#233;fl&#233;chir ainsi et de regarder au-del&#224; de leur clocher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous l'avons dit au d&#233;but de cet expos&#233;, rien ne prouve de fa&#231;on certaine que l'avenir de l'humanit&#233; ne ressemblera pas &#224; un cauchemar d'auteur de science-fiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais rien ne permet non plus de penser que l'humanit&#233; ne sera pas capable de r&#233;soudre les probl&#232;mes qui se posent &#224; elle, lorsqu'elle aura le contr&#244;le sur sa propre &#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.4'&gt;&lt;/a&gt;Le communisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;R&#233;gler d&#233;finitivement les drames et les crises engendr&#233;s par le capitalisme exigera, pour reprendre une expression de Marx, &#171; une mobilisation consciente de toute l'humanit&#233; &#187;. L'erreur fondamentale des d&#233;croissants est de croire que cette mobilisation peut se produire sans sortir du syst&#232;me capitaliste, c'est-&#224;-dire sans avoir expropri&#233; la classe bourgeoise par une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, ce seront les travailleurs eux-m&#234;mes qui dirigeront le monde. Alors, on se dirigera vers la construction d'une soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; partir de l&#224; que l'humanit&#233;, d&#233;barrass&#233;e de ses parasites, pourra commencer &#224; se poser consciemment le probl&#232;me de la production et de la consommation. D&#233;cider ce qui devra cro&#238;tre et d&#233;cro&#238;tre. Apprendre, comme disait Marx encore, &#224; &#171; administrer [la terre] en bons p&#232;res de famille, afin de transmettre aux g&#233;n&#233;rations futures un bien am&#233;lior&#233; &#187;. Car ce n'est qu'alors qu'elle aura et le pouvoir, et les moyens culturels de le faire consciemment. La r&#232;gle qui r&#233;gira la soci&#233;t&#233; socialiste sera, en mati&#232;re de production : &#171; De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins. &#187; Les besoins seront d&#233;finis d&#233;mocratiquement, cette d&#233;finition donnera naissance &#224; des plans de production, et cette planification permettra une production ma&#238;tris&#233;e qui mettra fin pour toujours au g&#226;chis et au gaspillage du capitalisme. Qu'est-ce qui cro&#238;tra et qu'est-ce qui d&#233;cro&#238;tra, dans cette soci&#233;t&#233; ? Il est &#233;videmment difficile de le dire aujourd'hui au-del&#224; du fait qu'une humanit&#233; consciente apprendra certainement &#224; se limiter si cela est n&#233;cessaire, regardera avec m&#233;pris les avions priv&#233;s et les yacht g&#233;ants des milliardaires d'hier&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut cependant d&#233;j&#224; avoir quelques id&#233;es : d&#232;s que l'homme sera d&#233;barrass&#233; des oppositions de classe, d&#232;s qu'il n'y aura plus un seul exploiteur &#224; menacer et &#224; vaincre, la premi&#232;re production qui dispara&#238;tra sera naturellement celle des armes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; D&#232;s que l'&#233;conomie sera rationnalis&#233;e et planifi&#233;e, de formidables &#233;conomies de papier &#8211; et donc de bois ! &#8211; seront faites gr&#226;ce &#224; la disparition progressive d'abord des milliards de prospectus et d'affiches publicitaires, puis tout simplement des billets de banque et des ch&#232;ques. Et ce ne sont que quelques exemples &#8211; mais nous sommes convaincus que l'humanit&#233; fera preuve, en la mati&#232;re, de beaucoup d'imagination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, dans une telle soci&#233;t&#233;, l'homme aura pour la premi&#232;re fois la possibilit&#233; d'avoir la ma&#238;trise totale sur la nature et sur ses destin&#233;es. Et tant pis pour ceux qui pensent que c'est vouloir prendre la place de dieu : nous ne croyons pas en dieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'homme soumettra la nature &#224; sa volont&#233;, mais cela ne veut pas dire qu'il la n&#233;gligera &#8211; car il aura alors pleinement conscience qu'il a besoin de la prot&#233;ger, parce qu'il en est partie int&#233;grante. Trotsky &#233;crivait &#224; ce sujet en 1925 : &#171; Les id&#233;alistes nigauds peuvent dire que tout cela finira par manquer d'agr&#233;ment&#8230; c'est pourquoi ce sont des nigauds. Pensent-ils que tout le globe terrestre sera tir&#233; au cordeau, que les for&#234;ts seront transform&#233;es en parcs et en jardins ? Il restera des fourr&#233;s et des for&#234;ts, des faisans et des tigres, l&#224; o&#249; l'homme leur dira de rester. &#187; Et il poursuit : &#171; Le mode de vie communiste ne cro&#238;tra pas aveugl&#233;ment, &#224; la fa&#231;on des r&#233;cifs de corail dans la mer. Il sera &#233;difi&#233; consciemment. Il sera contr&#244;l&#233; par la pens&#233;e critique. Il sera dirig&#233; et rectifi&#233;. L'homme, qui saura d&#233;placer les rivi&#232;res et les montagnes, qui apprendra &#224; construire des palais du peuple (&#8230;) au fond de l'Atlantique, donnera &#224; son existence la richesse, la couleur, la tension dramatique, le dynamisme le plus &#233;lev&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, camarades, nous avons confiance dans cet avenir-l&#224; pour l'humanit&#233;. Nous sommes tous t&#233;moins de l'extraordinaire acc&#233;l&#233;ration du progr&#232;s scientifique et technique, du fait que si l'homme a mis des centaines de milliers d'ann&#233;es pour inventer le feu et la pierre taill&#233;e, il ne lui a fallu que deux si&#232;cles &#224; peine pour passer de la machine &#224; vapeur au g&#233;nie g&#233;n&#233;tique et aux nanotechnologies. Il est certain qu'utilis&#233; par le capitalisme, ce progr&#232;s peut engendrer le pire. Mais utilis&#233; par une humanit&#233; consciente, il peut tout simplement permettre de changer la face de l'humanit&#233;. Aux d&#233;croissants qui ne proposent &#224; l'humanit&#233; que de revenir &#224; la soci&#233;t&#233; pr&#233;industrielle et de renoncer aux fruits du progr&#232;s, nous r&#233;pondons avec Trotsky : &#171; L'inconnaissable n'existe pas pour la science. Nous comprendrons tout ! Nous apprendrons tout ! Nous reconstruirons tout ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces perspectives semblent peut-&#234;tre bien &#233;loign&#233;es de la situation que nous vivons en ce moment. Il faudra pourtant continuer de les d&#233;fendre contre vents et mar&#233;es, parce qu'elles seules sont &#224; la hauteur de l'humanit&#233; et de tout ce qu'elle a &#233;t&#233; capable de r&#233;aliser de meilleur tout au long de son histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vive le communisme !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>La crise de 1929 et ses cons&#233;quences catastrophiques</title>
	
	
	
	

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				116 Il y a un an, une crise financi&#232;re secouait le monde entier, aggravant brutalement la crise &#233;conomique que nous connaissons depuis tant d'ann&#233;es. Aux &#201;tats-Unis, une entreprise aussi importante que General Motors a &#233;t&#233; pendant plusieurs mois au bord de la faillite, arr&#234;tant une partie de ses activit&#233;s et r&#233;duisant ses effectifs. Le ch&#244;mage explose. La pauvret&#233; gagne d&#233;sormais des couches de plus en plus larges de la population. Et alors que les sp&#233;culateurs immobiliers, premiers responsables de la (...)
			


			
			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;116&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a un an, une crise financi&#232;re secouait le monde entier, aggravant brutalement la crise &#233;conomique que nous connaissons depuis tant d'ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, une entreprise aussi importante que General Motors a &#233;t&#233; pendant plusieurs mois au bord de la faillite, arr&#234;tant une partie de ses activit&#233;s et r&#233;duisant ses effectifs. Le ch&#244;mage explose. La pauvret&#233; gagne d&#233;sormais des couches de plus en plus larges de la population. Et alors que les sp&#233;culateurs immobiliers, premiers responsables de la crise financi&#232;re, reprennent leurs activit&#233;s nuisibles, des millions de personnes, victimes de ces sp&#233;culateurs, sont &#224; la rue, expuls&#233;es de chez elles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France chaque mois, le ch&#244;mage grimpe car les licenciements se multiplient. Et ceux qui ont encore un emploi voient r&#233;guli&#232;rement leur salaire amput&#233; par le ch&#244;mage partiel. Ce sont les fins de mois qui commencent le 5, ce sont les m&#233;dicaments qu'on ne rembourse plus, les cantines plus ch&#232;res ou m&#234;me refus&#233;es aux enfants des plus pauvres. L'essence trop ch&#232;re, le fioul domestique trop cher, le gaz et l'&#233;lectricit&#233; trop chers, sans parler de la viande et des fruits. Partout des magasins pour pauvres surgissent pour profiter de ce nouveau march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais non, pour les dirigeants du monde bourgeois, tout cela n'est rien ! Depuis quelques semaines, la Bourse conna&#238;t une nouvelle embellie, les cours des actions repartent. En clair, la sp&#233;culation, source de la crise financi&#232;re, reprend de plus belle. Et ils osent parler de reprise ! Ce qui compte pour eux, ce ne sont ni le drame du ch&#244;mage, ni la multiplication des travailleurs pauvres : seuls comptent vraiment les banquiers et la sant&#233; de leurs profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise a pris un caract&#232;re mondial et elle a des cons&#233;quences internationales dont on est loin de pouvoir encore mesurer l'ampleur. Nous ne savons pas non plus comment va &#233;voluer la situation. Mais ce dont on est s&#251;r en revanche, c'est que ni les gouvernements, ni les capitalistes n'ont de solution contre les crises, car le syst&#232;me est min&#233; par ses propres contradictions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a tout juste 80 ans, en octobre 1929, le syst&#232;me capitaliste entrait en crise, sous le poids des m&#234;mes contradictions. Le krach boursier de Wall Street, le 24 octobre 1929, a aussi entra&#238;n&#233; une crise mondiale. Les populations ont &#233;t&#233; plong&#233;es dans la mis&#232;re dans des pays comme les &#201;tats-Unis ou l'Allemagne. Les &#201;tats intervinrent dans l'&#233;conomie pour aider leur bourgeoisie. Des aides publiques aux entreprises et aux banques, des grands travaux et surtout des commandes militaires, voil&#224; &#224; quoi se r&#233;sum&#232;rent les solutions g&#233;niales des &#233;conomistes bourgeois. Sans mettre fin &#224; la crise &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non seulement le monde ne sortit pas de la crise, mais les cons&#233;quences de celle-ci furent dramatiques. Dix ans apr&#232;s le krach de Wall Street, en septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale d&#233;butait - du moins pour la France, car dans bien des pays cette guerre avait commenc&#233; plusieurs ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'&#233;tait la deuxi&#232;me fois dans le XX&#232;me si&#232;cle, que les bourgeoisies entra&#238;naient le monde dans la guerre, &#224; cause de leurs conflits d'int&#233;r&#234;ts entre imp&#233;rialistes. En 1929, la crise avait r&#233;duit les march&#233;s et donc aggrav&#233; les tensions entre capitalistes. Tout cela d&#233;clencha la marche &#224; la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La seule force qui aurait pu s'y opposer &#233;tait le prol&#233;tariat. Entre 1934 et 1939, des luttes eurent lieu. Des luttes sociales massives aux &#201;tats-Unis jusqu'&#224; une v&#233;ritable r&#233;volution en Espagne, des millions d'ouvriers &#224; l'&#233;chelle internationale se soulevaient contre la bourgeoisie et contre le fascisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La puissance du mouvement aurait pu arr&#234;ter la marche &#224; la guerre. Le prol&#233;tariat en entrant en lutte mettait en marche un processus qui pouvait mener jusqu'&#224; la r&#233;volution et donc mettre fin aux conflits imp&#233;rialistes fauteurs de guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. Nulle part n'a surgi une direction r&#233;volutionnaire ayant du cr&#233;dit dans la classe ouvri&#232;re et ayant pour objectif d'aller jusqu'au bout de cette lutte, jusqu'au renversement r&#233;volutionnaire du pouvoir de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces luttes ne furent au final que des occasions manqu&#233;es. Et l'humanit&#233; enti&#232;re a pay&#233; cher le maintien du capitalisme, de la domination bourgeoise. L'imp&#233;rialisme n'est sorti de la crise qu'au prix de 50 millions de morts et du g&#233;nocide des juifs et des Tsiganes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous avons fait le choix d'aborder cette p&#233;riode ce soir, ce n'est pas en raison des dates anniversaires, &#233;videmment. Mais parce que cette histoire-l&#224; est un enseignement pour le mouvement ouvrier. Il ne s'agit pas d'assimiler des situations, ni de vouloir pr&#233;dire l'avenir. Le contexte politique actuel et celui de 1929 sont tr&#232;s diff&#233;rents, et l'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas, en tout cas, pas &#224; l'identique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements d'hier est indispensable pour les luttes de demain.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;La crise de 1929&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;Les causes de la crise&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le monde capitaliste dans lequel a &#233;clat&#233; la crise de 1929 n'&#233;tait certainement pas un monde stable et prosp&#232;re. Au contraire, il sortait depuis &#224; peine 10 ans de la boue des tranch&#233;es, et la guerre avait laiss&#233; aux humains comme aux &#233;conomies bien des cicatrices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1914 et 1918, les &#201;tats europ&#233;ens s'&#233;taient fait la guerre pour que leurs grands groupes financiers, industriels et bancaires dominent des espaces plus vastes, &#233;tendent leur empire au d&#233;triment des autres. Et la fin de la guerre n'avait att&#233;nu&#233; aucun conflit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme allemand qui &#233;touffait dans ses fronti&#232;res en 1914, se retrouvait apr&#232;s la guerre encore plus &#224; l'&#233;troit dans un territoire r&#233;duit par les soins des vainqueurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France et le Royaume-uni, s'ils &#233;taient des pays vainqueurs militairement, sortaient de cette guerre &#233;puis&#233;s. Leur industrie, qui en faisait les premi&#232;res puissances au XIX&#232;me si&#232;cle, &#233;tait devenue retardataire. Seuls leurs empires coloniaux pouvaient encore compenser leur faiblesse &#233;conomique. De plus, ils &#233;taient endett&#233;s aupr&#232;s de la nouvelle grande puissance imp&#233;rialiste : les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis, eux, &#233;taient les vrais vainqueurs. Leur industrie et leur agriculture avaient connu un v&#233;ritable boom pendant cette guerre. &#192; partir de 1918, en &#233;change des pr&#234;ts accord&#233;s &#224; leurs alli&#233;s, ils r&#233;cup&#233;r&#232;rent la plus grande partie des stocks d'or mondiaux. R&#233;sultat, parmi tous ces pays industrialis&#233;s d&#233;truits ou ruin&#233;s par la guerre, les &#201;tats-Unis purent faire figure de seule &#233;conomie stable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la guerre entre imp&#233;rialistes &#233;tait finie sur les champs de bataille, elle se poursuivait toujours dans le domaine &#233;conomique et diplomatique. Les n&#233;gociations pour les trait&#233;s de paix passaient par des luttes entre vainqueurs pour tracer des fronti&#232;res, pour signer des accords &#233;conomiques, pour d&#233;pecer les vaincus. La lutte imp&#233;rialiste reprenait de plus belle, m&#234;me si elle se menait, pour un temps seulement, en chapeau haut de forme et en gants blancs, et, encore, quand cela ne cachait pas des guerres coloniales ou semi-coloniales. En fait, les trait&#233;s de paix pr&#233;paraient la future guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, dans les premi&#232;res ann&#233;es de ce qu'ils appel&#232;rent la paix, toutes les puissances imp&#233;rialistes partirent en guerre contre la Russie bolch&#233;vique car toutes redoutaient la contagion r&#233;volutionnaire. Et elles avaient raison d'avoir peur car une vague r&#233;volutionnaire internationale faillit bien renverser le vieux monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la r&#233;volution russe victorieuse, des r&#233;volutions &#233;clat&#232;rent dans de nombreux pays, en particulier en Europe. Mais aucune n'arriva &#224; renverser la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ces &#233;checs, il r&#233;sulta l'isolement de l'URSS et le maintien du capitalisme, de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui-ci venait d'&#233;chapper &#224; la r&#233;volution. Mais il n'&#233;chappait ni aux luttes entre bourgeoisies qui pr&#233;paraient les guerres &#224; venir, ni aux contradictions propres au syst&#232;me. La concentration des richesses dans quelques mains et la mis&#232;re pour l'immense majorit&#233; de la population, tout cela &#233;touffait le d&#233;veloppement &#233;conomique. Certes, les ann&#233;es 1920 apport&#232;rent l'illusion d'une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; retrouv&#233;e. Mais elle fut de courte dur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La prosp&#233;rit&#233; a surtout &#233;t&#233; une r&#233;alit&#233; aux &#201;tats-Unis. La production industrielle explosa &#224; partir de 1922. Elle &#233;tait tir&#233;e par de nouvelles industries : l'automobile, la chimie, le caoutchouc, l'aluminium, le p&#233;trole. Toutes ces nouveaut&#233;s envahissaient la vie quotidienne. L'&#233;lectricit&#233; se g&#233;n&#233;ralisa dans les villes domin&#233;es par les gratte-ciel. Bient&#244;t il y eut une voiture pour cinq Am&#233;ricains. La radio, le cin&#233;ma &#233;largissaient l'horizon de beaucoup. La technique permettait de produire plus, plus vite et moins cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, tous ces progr&#232;s &#233;conomiques, au lieu d'&#233;lever l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, aliment&#232;rent les contradictions du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1922 et 1929, aux &#201;tats-Unis, la production augmenta de 50 %. Mais les salaires ne connurent qu'une augmentation de 7 %. Rien &#224; voir avec les dividendes vers&#233;s aux actionnaires qui, eux, grimp&#232;rent de 65 %. Dans les ann&#233;es dites de prosp&#233;rit&#233;, au moins un tiers de la population am&#233;ricaine restait dans la pauvret&#233; : une grande partie des fermiers du Sud, l'immense majorit&#233; de la population noire et les personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La production s'accroissait beaucoup plus vite que le niveau de vie de la population. Cet &#233;cart entre les deux devait forc&#233;ment finir par se transformer en crise, quand la production ne pourrait plus s'&#233;couler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette contradiction permanente du capitalisme &#233;tait amplifi&#233;e par le d&#233;veloppement des monopoles. Ceux-ci dominaient de plus en plus l'&#233;conomie. Aux &#201;tats-Unis, par exemple, il y avait 181 constructeurs d'automobiles en 1903. Il n'en restait que 44 en 1926. Dans le p&#233;trole, la chimie, l'&#233;lectricit&#233;, le tableau &#233;tait similaire. Leur position leur permettait d'aspirer toutes les richesses de la soci&#233;t&#233;. Les trusts utilis&#232;rent les profits tir&#233;s des progr&#232;s techniques, non pour am&#233;liorer les capacit&#233;s de production mais pour sp&#233;culer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de 1925, les investissements productifs ont commenc&#233; &#224; baisser. La production ne leur rapportant pas les profits esp&#233;r&#233;s, les capitalistes se tournaient de plus en plus vers la finance. Les banques, les industriels, les financiers, tous jouaient en bourse. La sp&#233;culation cr&#233;a une bulle qui allait finir par &#233;clater en octobre 1929, mettant alors &#224; nu les contradictions du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre la Premi&#232;re Guerre mondiale, les crises de l'apr&#232;s-guerre et la grande crise &#233;conomique de 1929, le monde eut &#224; peine le temps de respirer.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;La crise &#233;clate&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Jeudi 24 octobre 1929 : la bourse de New York s'&#233;croule. Le d&#233;calage entre l'offre et la demande a fait chuter les prix des actions. 13 millions de titres sont vendus &#224; des cours tr&#232;s bas et le 29 octobre, de nouveau 16 millions de titres. Les milliards fictifs cr&#233;&#233;s par la bulle sp&#233;culative s'envolent en fum&#233;e. Les banques, en manque de liquidit&#233;, g&#232;lent les cr&#233;dits aux entreprises et aux particuliers. La crise boursi&#232;re devient crise bancaire. Des milliers de banques font faillite. D'&#233;tapes en &#233;tapes, le krach boursier d'octobre 1929 se transforme en crise &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, celle-ci &#233;tait d&#233;j&#224; latente. La r&#233;cession &#233;tait amorc&#233;e depuis un an d&#233;j&#224;. Les productions avaient du mal &#224; se vendre, les stocks ne s'&#233;coulaient plus. La crise avait d&#233;marr&#233;. Le krach boursier ne fit que l'acc&#233;l&#233;rer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1929 et 1932, la production industrielle am&#233;ricaine chuta de moiti&#233;, les investissements de 89 %. Les entreprises faisaient faillite les unes derri&#232;re les autres. Les prix baissaient car les ventes diminuaient. Les profits suivaient le mouvement. Trois fois moins de profits en 1932 qu'en 1928. Mais les entreprises continuaient &#224; verser des dividendes aux actionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des dividendes sup&#233;rieurs aux profits d'ailleurs. Les capitalistes pr&#233;f&#233;raient piller les fonds de leurs propres entreprises pour continuer &#224; s'enrichir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour essayer de r&#233;tablir les prix, et donc leurs profits, les grands groupes, les monopoles, diminu&#232;rent la production. Ce qui acc&#233;l&#233;ra encore la crise. Tout &#233;tait bon pour prot&#233;ger la classe capitaliste des cons&#233;quences de la crise de son propre syst&#232;me et pour la faire payer &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; toute la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les agriculteurs furent les premi&#232;res victimes. Pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, la production agricole am&#233;ricaine avait explos&#233; pour r&#233;pondre au march&#233; international. Mais avec le retour de la paix, les exportations s'&#233;taient r&#233;duites. Sans d&#233;bouch&#233;s suffisants, des milliers de paysans se retrouvaient &#233;trangl&#233;s par les dettes. La crise les ruina d&#233;finitivement. Ils furent alors chass&#233;s de leurs terres par la mis&#232;re. Pas parce qu'ils ne produisaient pas assez, mais pour la raison inverse !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;crivain am&#233;ricain John Steinbeck, dans son roman &#171; &lt;i&gt;les Raisins de la col&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;crit la crise qui frappait les paysans : &#171; &lt;i&gt;Le travail de l'homme et de la nature, le produit des ceps, des arbres, doit &#234;tre d&#233;truit pour que se maintiennent les cours, et c'est l&#224; une abomination qui d&#233;passe toutes les autres (&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un sol fertile, des files interminables d'arbres aux troncs robustes et des fruits m&#251;rs. Et les enfants atteints de (maladie) doivent mourir parce que chaque orange doit rapporter un b&#233;n&#233;fice. Et les coroners doivent inscrire sur les constats de d&#233;c&#232;s : mort due &#224; la sous-nutrition - et tout cela parce que la nourriture pourrit, parce qu'il faut de force la faire pourrir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gens s'en viennent arm&#233;s d'&#233;puisettes pour p&#234;cher les pommes de terre dans les rivi&#232;res et les gardes les repoussent ; ils s'am&#232;nent dans leurs vieilles guimbardes pour t&#226;cher de ramasser quelques oranges, mais on les a arros&#233;es de p&#233;trole (&#8230;) et la consternation se lit dans les regards, et la col&#232;re commence &#224; luire dans les yeux de ceux qui ont faim. Dans l'&#226;me des gens, les raisins de la col&#232;re se gonflent et m&#251;rissent, annon&#231;ant les vendanges prochaines.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les villes, le ch&#244;mage, les licenciements par milliers faisaient sombrer une grande partie de la classe ouvri&#232;re dans la pauvret&#233;. Le spectre de la faim et de la mis&#232;re r&#233;apparaissait. Les familles ouvri&#232;res, ne pouvant plus payer leur loyer et chass&#233;es de chez elles, construisaient des bidonvilles aux abords des grandes cit&#233;s &#233;tincelantes. En 1932, il y avait plus de 12 millions de ch&#244;meurs aux &#201;tats-Unis, plus du quart de la population active ! Sans espoir d'embauche, sans aide gouvernementale, ces millions de ch&#244;meurs s'alignaient dans les queues sans fin devant les soupes populaires. La situation &#233;tait pire encore pour les ouvriers noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;conomie am&#233;ricaine &#233;tait bloqu&#233;e par le fonctionnement irrationnel du capitalisme. Et la crise, partie des &#201;tats-Unis, s'&#233;tendit au monde entier. Elle se g&#233;n&#233;ralisa car l'&#233;conomie &#233;tait depuis longtemps d&#233;j&#224; mondialis&#233;e - comme on dit aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s le krach boursier, les &#201;tats-Unis d&#233;cid&#232;rent de rapatrier leurs capitaux d'Europe. Les banques allemandes et autrichiennes, les plus li&#233;es aux &#201;tats-Unis, se retrouv&#232;rent alors au bord du gouffre financier. L'activit&#233; &#233;conomique irrigu&#233;e jusque-l&#224; par ces capitaux fut asphyxi&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; De plus, la r&#233;cession am&#233;ricaine provoqua l'effondrement du commerce mondial. Les exportations de tous les pays s'&#233;croulaient, entra&#238;nant leur propre industrie dans leur chute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En quelques ann&#233;es, dans le monde entier, la chute de la production industrielle fut spectaculaire. Les pays furent touch&#233;s les uns apr&#232;s les autres. Partout, les m&#233;ventes, les faillites et l'explosion du ch&#244;mage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1933, on estimait &#224; 30 millions le nombre de ch&#244;meurs - auxquels il faut certainement ajouter environ 10 millions de ch&#244;meurs non compt&#233;s - et tout cela dans les pays industriels seulement, car dans les colonies et dans les pays pauvres, personne ne compte les mis&#233;reux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; cette catastrophe &#233;conomique, les gouvernements cherch&#232;rent des moyens de prot&#233;ger leur propre bourgeoisie. Bien souvent au d&#233;triment des autres. Leur politique se r&#233;sumait au grand principe du &#171; &lt;i&gt;chacun pour soi&lt;/i&gt; &#187; ! Les gouvernements ressemblaient &#224; des hommes en train de s'enfoncer dans des sables mouvants et qui chercheraient &#224; s'en sortir en appuyant sur la t&#234;te des autres. Mais chacun de leur geste eut des cons&#233;quences sur la situation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ensemble des politiques suivies par les diff&#233;rents gouvernements forme la trame des &#233;v&#233;nements qui men&#232;rent &#224; la guerre.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.3'&gt;&lt;/a&gt;Le New Deal&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, le pr&#233;sident en place en 1929, Hoover, lan&#231;a les premiers plans pour aider les banques et les entreprises. Il inaugura une politique de grands travaux pour relancer les investissements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, aucune mesure ne fut envisag&#233;e pour secourir la mis&#232;re de la population. Les ch&#244;meurs ne recevaient aucune aide de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, seulement parfois quelques dollars des associations priv&#233;es ou des municipalit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors de la campagne &#233;lectorale de 1932, Hoover &#233;tait si vomi par toute la population qu'il ne pouvait pas sortir de la Maison Blanche sans &#234;tre accueilli par des jets de fruits pourris. Roosevelt fut &#233;lu et rempla&#231;a Hoover &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. Mais sa politique nomm&#233;e le New Deal, la &#171; &lt;i&gt;nouvelle donne&lt;/i&gt; &#187;, ne donna pas grand chose et n'&#233;tait pas si nouvelle que cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Roosevelt arriva aux manettes, une nouvelle crise frappait la finance am&#233;ricaine. Sa premi&#232;re d&#233;cision fut de fermer momentan&#233;ment les banques pour emp&#234;cher toute panique et ainsi les sauver. L'&#201;tat prit des participations dans leur capital et racheta leurs cr&#233;ances. Le total des sommes d&#233;pens&#233;es par l'&#201;tat pour aider les banques s'&#233;leva &#224; plus d'un milliard de dollars. Malgr&#233; cela, les faillites bancaires continu&#232;rent par milliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une des lois principales du New deal fut la loi sur la reprise de la production industrielle, la &#171; &lt;i&gt;NIRA&lt;/i&gt; &#187; d'apr&#232;s ses initiales en anglais. Cette loi aidait les grandes entreprises &#224; former des cartels, des ententes, pour se mettre d'accord sur les salaires, sur les prix pour &#233;viter la concurrence, se partager les march&#233;s. Les grandes entreprises s'en trouvaient favoris&#233;es et cela les aidait &#224; faire dispara&#238;tre bien des petites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine agricole, le New Deal chercha &#224; r&#233;duire la production pour faire remonter les prix. Pendant ce temps, &#224; la campagne comme dans les villes, la population continuait &#224; mourir de faim.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des chantiers furent entrepris pour construire des barrages hydro-&#233;lectriques et des ponts, pour r&#233;parer des routes et de voies de chemin de fer. Bref, pour pallier les manques d'investissements des capitalistes priv&#233;s dans des domaines indispensables &#224; la vie &#233;conomique et remettre en marche, par des commandes d'&#201;tat, les industries de biens de production. Ces chantiers embauch&#232;rent presque 4 millions de ch&#244;meurs, ce qui n'&#233;tait toujours qu'une petite partie de ceux-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans des conditions rudes, avec des journ&#233;es de travail harassantes et interminables et des salaires plus bas que les taux normaux. On appela m&#234;me ces embauch&#233;s &#171; &lt;i&gt;les for&#231;ats f&#233;d&#233;raux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Roosevelt, comme les patrons priv&#233;s, voulait profiter de la crise pour tirer les salaires vers le bas. Les traitements des agents de l'&#201;tat et les pensions des anciens combattants ont &#233;t&#233; diminu&#233;s quasiment de moiti&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces mesures du New Deal &#233;taient dict&#233;es - parfois au sens propre - par les int&#233;r&#234;ts des plus grands capitalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie am&#233;ricaine faisait payer la crise &#224; toute la population car c'&#233;tait vital pour elle de prendre sur les classes populaires de quoi sauver ses profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans cette situation de crise &#233;conomique, de restriction du march&#233; mondial, une guerre &#224; mort s'enclenchait aussi entre les bourgeoisies mondiales pour la d&#233;fense de leurs propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque bourgeoisie voulut prot&#233;ger son march&#233; national de la concurrence des autres, de ceux qui vendaient moins cher. Pour cela, les diff&#233;rents gouvernements augment&#232;rent les tarifs douaniers afin de faire grimper artificiellement les prix des produits &#233;trangers. Et tout &#231;a pour permettre aux capitalistes locaux de vendre plus cher leurs propres marchandises. C'est ce qu'on appelle le &#171; protectionnisme &#187;. Mais &#231;a ne prot&#232;ge que les profits des capitalistes et rien d'autre. De telles mesures permettent surtout &#224; la bourgeoisie de mener sa guerre &#233;conomique sur le dos des classes populaires. Parce que, au final, c'est bien la population qui en fait les frais, qui paye plus cher, qui voit son niveau de vie diminuer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es trente, toutes les bourgeoisies sont devenues protectionnistes. Hoover et Roosevelt, aux &#201;tats-Unis, ont commenc&#233; &#224; augmenter les tarifs douaniers, mais ils furent suivis par tous les autres pays. Chacune des bourgeoisies essayait de prendre de vitesse ses concurrentes pour augmenter ses propres exportations tout en fermant au maximum ses fronti&#232;res aux produits ext&#233;rieurs. Cet engrenage de mesures protectionnistes accentua l'&#233;croulement du commerce mondial et eut des r&#233;percussions dramatiques pour bien des pays car aucun ne peut vivre en vase clos.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.4'&gt;&lt;/a&gt;La politique des puissances coloniales&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans cette situation de crise &#233;conomique et de diminution importante des &#233;changes mondiaux, la possession de colonies joua un r&#244;le crucial. Les puissances coloniales comme le Royaume-Uni et la France purent se replier sur leur empire, le fermer aux autres, le pressurer encore plus. Cette politique permit &#224; ces puissances d'&#233;chapper un tant soit peu &#224; l'&#233;touffement, alors m&#234;me qu'elles &#233;taient devenues des puissances de second ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, le Royaume-Uni avait perdu son h&#233;g&#233;monie &#233;conomique, son industrie &#233;tait devenue archa&#239;que et retardataire sur ses concurrents. Depuis la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale, la vieille Angleterre ne sortait pas du marasme. Ses exportations &#233;taient concurrenc&#233;es par celles des &#201;tats-Unis, sa domination maritime battue en br&#232;che. Les vieilles industries du charbon, de la sid&#233;rurgie et du textile connaissaient une crise permanente. Durant toutes les ann&#233;es 1920, le ch&#244;mage ne cessa pas. La prosp&#233;rit&#233; n'avait pas &#233;t&#233; au rendez-vous pour les Britanniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1930, avec la crise, la production industrielle commen&#231;a &#224; baisser. Les exportations chut&#232;rent. Le gouvernement d&#233;cida d'un plan d'attaque contre les travailleurs : baisse des allocations ch&#244;mage de 10 % et r&#233;duction de leur dur&#233;e, baisse des traitements des fonctionnaires, baisse de 27 % des soldes des marins - qui r&#233;agirent par une gr&#232;ve dans la Royal Navy, du jamais vu !&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le gouvernement favorisa, lui aussi, la cr&#233;ation de monopoles. Ainsi un seul cartel, le &#171; &lt;i&gt;British iron and steel federation&lt;/i&gt; &#187; dominant 2 000 entreprises, finit par contr&#244;ler les deux tiers de l'acier britannique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui plus est, ce fut le leader du Parti travailliste, Ramsay MacDonald, qui se porta &#224; la t&#234;te de l'offensive de la bourgeoisie contre la classe ouvri&#232;re. Ayant &#233;t&#233; exclu de son partie pour cette raison, MacDonald forma un gouvernement d'union nationale avec les conservateurs qui, &#224; partir de l'&#233;t&#233; 1931, mit en oeuvre les attaques contre l'indemnisation du ch&#244;mage et r&#233;prima les ch&#244;meurs lors des marches de la faim organis&#233;es par les militants du Parti communiste et de la gauche travailliste, pour protester contre la diminution des allocations ch&#244;mage et refuser qu'on les r&#233;duise &#224; la mis&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En f&#233;vrier 1932, le pays champion du monde du libre-&#233;change adopta une loi qui taxait les produits &#233;trangers jusqu'&#224; 20 %. En contrepoint de cette mesure, le Royaume-Uni &#233;tablit des accords de pr&#233;f&#233;rence imp&#233;riale avec ses colonies et ses Dominions. Les liens commerciaux s'amplifi&#232;rent entre la m&#233;tropole et les colonies. Les barri&#232;res douani&#232;res &#233;rig&#233;es autour de l'empire ont, par exemple, permis aux produits industriels anglais de p&#233;n&#233;trer encore plus en Inde ou en Afrique du Sud et d'y emp&#234;cher toute industrialisation. Le repli sur l'empire colonial &#233;tait la seule solution pour att&#233;nuer les effets de la crise pour la bourgeoisie anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'autre puissance coloniale d&#233;catie, la France, la politique suivie &#233;tait assez similaire. La crise y fut plus tardive car son &#233;conomie et son industrie &#233;taient encore plus archa&#239;ques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, par exemple, le monde paysan gardait un poids largement sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait dans les autres pays industrialis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La contraction du commerce mondial finit par faire chuter les exportations fran&#231;aises de 60 %. D&#232;s lors, la production industrielle s'effondra. A partir de 1932, la taxation des produits &#233;trangers approchait des 30 %. Ces taxes s'accompagnaient de mesures dites de contingentement pour limiter quantitativement les importations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exposition coloniale de 1931 devait glorifier cet empire colonial que la bourgeoisie comptait bien piller plus syst&#233;matiquement pour compenser la baisse des &#233;changes mondiaux. Les populations coloniales furent encore plus soumises aux travaux forc&#233;s et &#224; l'oppression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le reste, les gouvernements fran&#231;ais ont &#233;t&#233; &#224; l'unisson de ceux des autres pays imp&#233;rialistes. Ils ont utilis&#233; les m&#234;mes m&#233;thodes pour faire payer la crise &#224; la population laborieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1931 et 1935, les fonctionnaires virent leur salaire amput&#233; de 13 &#224; 17 %. Le ch&#244;mage explosa. Les ch&#244;meurs n'&#233;taient pas secourus, sauf par quelques mairies. Les premi&#232;res victimes de ce ch&#244;mage ont &#233;t&#233; les ouvriers &#233;trangers. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, les patrons des mines, apr&#232;s une campagne x&#233;nophobe, firent repartir des dizaines de milliers d'ouvriers polonais. Les ouvriers &#233;trangers furent interdits dans certains secteurs. Les ouvri&#232;res furent aussi les principales victimes de cette crise. Des campagnes r&#233;actionnaires sur la place pr&#233;tendument &#171; &lt;i&gt;naturelle&lt;/i&gt; &#187; de la femme au foyer justifi&#232;rent le licenciement de 500 000 d'entre elles entre 1931 et 1936.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La politique &#233;conomique des gouvernements se r&#233;suma &#224; tenter de r&#233;duire la production. Dans l'industrie, l'installation de nouvelles usines de chaussures fut interdite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'agriculture, des lois interdirent de planter des nouvelles vignes ou de construire de nouveaux moulins. On chercha &#224; r&#233;duire la production de bl&#233; et &#224; r&#233;duire les importations. Toutes ces mesures furent plus ridicules qu'efficaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun capitaliste n'avait donc de solution pour sortir de la crise. Si ce n'est s'entred&#233;vorer les uns les autres pour d&#233;fendre leurs profits et leurs positions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie am&#233;ricaine, en exportant sa crise pour la faire payer par les autres ; les bourgeoisies anglaise et fran&#231;aise, en &#233;tranglant l'Allemagne et en amplifiant le pillage de leurs colonies ; la bourgeoisie allemande, en utilisant le fascisme ; les bourgeoisies italienne et japonaise - dont on n'a pas le temps de parler ce soir - avec leurs objectifs d'expansion territoriale ; tous les capitalistes du monde, tous leurs &#201;tats ont contribu&#233; &#224; la marche vers la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est avant tout une histoire commune, une responsabilit&#233; collective. C'est bien l'histoire globale du capitalisme, de la bourgeoisie mondiale qui mena de la crise &#224; la guerre, en passant par le fascisme.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Le nazisme&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;La mont&#233;e du nazisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La crise mondiale frappa durement l'&#233;conomie allemande, la paralysant. La production diminua quasiment de moiti&#233; en trois ans. Ainsi, la bourgeoisie allemande, plus qu'une autre, &#233;tait &#233;trangl&#233;e. Et elle &#233;tait confront&#233;e &#224; une classe ouvri&#232;re puissante, mais aussi organis&#233;e. Depuis des d&#233;cennies d&#233;j&#224;, le prol&#233;tariat allemand avait form&#233; des syndicats et des partis de masse, pour lutter collectivement. Il avait acquis une conscience &#233;lev&#233;e de son poids, de son r&#244;le, de sa force sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, en 1918, le prol&#233;tariat allemand avait renvers&#233; la monarchie et s'&#233;tait attaqu&#233; au pouvoir de la bourgeoisie. Mais les socialistes allemands, en s'alliant avec le haut &#233;tat-major militaire, r&#233;actionnaire et monarchiste, r&#233;ussirent &#224; emp&#234;cher la constitution d'un v&#233;ritable pouvoir ouvrier, &#224; emp&#234;cher la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. En janvier 1919, ils firent assassiner Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, les dirigeants r&#233;volutionnaires. Mais malgr&#233; cela, les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires se succ&#233;d&#232;rent tout au long de l'ann&#233;e. En Bavi&#232;re, les ouvriers prirent le pouvoir pour quelques mois. En 1920 encore, une puissante gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale stoppa une tentative de coup d'&#233;tat monarchiste. Une derni&#232;re tentative r&#233;volutionnaire eut lieu en 1923.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re allemande n'arriva pas &#224; renverser la bourgeoisie, mais elle ne fut pas pour autant &#233;cras&#233;e. En quelque sorte, la contre-r&#233;volution en Allemagne n'&#233;tait pas achev&#233;e. Et la classe ouvri&#232;re allemande gardait ses forces, ses exp&#233;riences acquises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es vingt, la social-d&#233;mocratie allemande comptait un million de membres. Elle dirigeait les syndicats : quatre millions et demi de syndiqu&#233;s, les coop&#233;ratives, les associations. Les socialistes contr&#244;laient aussi une association d'anciens combattants de deux millions de membres, au sein de laquelle se forma la milice ouvri&#232;re socialiste, capable d'impressionnants d&#233;fil&#233;s m&#234;me si elle n'&#233;tait pas constitu&#233;e pour combattre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti communiste allemand, quant &#224; lui, regroupait sous le drapeau de la r&#233;volution prol&#233;tarienne des milliers de militants jeunes, d&#233;vou&#233;s, intr&#233;pides, ayant v&#233;cu des exp&#233;riences uniques. Imaginez ce que repr&#233;sente pour nous l'exp&#233;rience d'une gr&#232;ve. Et imaginons ensuite ce que repr&#233;sentait l'exp&#233;rience de quatre ann&#233;es r&#233;volutionnaires avec la multiplicit&#233; des situations et des luttes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On estime que le Front rouge, la milice du Parti communiste, regroupait 100 000 hommes. Les ouvriers allemands avaient appris le maniement des armes pendant la guerre et pendant les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires. Et leurs capacit&#233;s d'organisation pouvaient leur permettre de devenir une force arm&#233;e imposante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cette classe ouvri&#232;re l&#224; que les bourgeois allemands devaient affronter avec la crise qui arrivait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la bourgeoisie allemande, la crise &#233;conomique signifiait un danger encore plus grand que pour les autres bourgeoisies. L'Allemagne n'avait pas de colonies, elle subissait de plein fouet le protectionnisme des autres, et en plus elle &#233;tait soumise aux contraintes impos&#233;es par les vainqueurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise la for&#231;ait donc &#224; choisir entre l'&#233;tranglement et la guerre pour un repartage du monde. Mais pour faire la guerre, il fallait d'abord &#233;craser la classe ouvri&#232;re allemande, pour ensuite embrigader toute la population afin de la faire marcher au pas. Ce choix ne fut pas imm&#233;diat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un premier temps la bourgeoisie chercha &#224; faire payer la crise &#224; toute la population, en recourant &#224; des gouvernements forts. En 1930, Hindenburg, le mar&#233;chal-pr&#233;sident de la R&#233;publique, pla&#231;a au pouvoir un homme de droite, Br&#252;ning, qui gouverna avec autoritarisme, sans demander son avis au Parlement. Le temps des jeux parlementaires pour trouver une majorit&#233; de pouvoir &#233;tait r&#233;volu. D&#232;s ce moment, la bourgeoisie abandonna son costume d&#233;mocratique et les gouvernements devinrent de plus en plus autoritaires, de plus en plus r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premi&#232;res mesures de Br&#252;ning furent clairement anti-ouvri&#232;res : les salaires, les allocations ch&#244;mage, furent baiss&#233;s violemment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les plus grandes entreprises et les grands propri&#233;taires fonciers de l'Est re&#231;urent des subventions massives. Les banques au bord de la ruine furent rachet&#233;es ou aid&#233;es. L'&#201;tat finit par contr&#244;ler trois cinqui&#232;mes du capital bancaire allemand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout cela ne suffit pas pour r&#233;tablir la situation de la bourgeoisie. D'autant plus que la crise &#233;conomique se doublait d'une crise sociale. La population allemande &#233;tait broy&#233;e par cette crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ch&#244;mage frappa la classe ouvri&#232;re massivement. Tr&#232;s vite, les ch&#244;meurs furent des millions. Dans l'hiver 1930-1931, pr&#232;s de la moiti&#233; des familles ouvri&#232;res vivaient - si on peut dire - d'allocations, de secours et de soupes populaires. La situation de la jeunesse &#233;tait particuli&#232;rement dramatique. Un grand nombre de jeunes ouvriers erraient sur les routes, sans feu ni lieu, vivant d'aum&#244;nes ou de travaux occasionnels. Dans certaines r&#233;gions, plus de la moiti&#233; des enfants souffrait de sous-alimentation grave.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En septembre 1930, Br&#252;ning organisa des &#233;lections qui furent un &#233;lectrochoc. Les partis traditionnels s'effondr&#232;rent. Une v&#233;ritable radicalisation politique avait lieu. Une partie du prol&#233;tariat attaqu&#233; de plein fouet, parfois r&#233;duit &#224; la mis&#232;re, se tournait vers le Parti communiste qui gagna 1,3 million de voix. Mais surtout une bonne partie des classes moyennes, ayant perdu d&#233;finitivement toute confiance dans le parlementarisme et dans les partis traditionnels de droite, vota Nazi. Les nazis gagnaient 5,8 millions de voix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trotsky analysait le National-Socialisme comme : &#171; &lt;i&gt;l'expression politique du d&#233;sespoir des classes moyennes : des petits commer&#231;ants, artisans, paysans ruin&#233;s, d'une partie du prol&#233;tariat au ch&#244;mage, des fonctionnaires et anciens officiers de la grande Guerre qui portent toujours leurs d&#233;corations mais qui ne touchent plus leur solde, des employ&#233;s des bureaux qui ont ferm&#233;, des comptables des banques en faillite, des ing&#233;nieurs sans emploi, des journalistes sans traitement ni perspective, des m&#233;decins dont les clients sont toujours malades mais ne savent pas comment les payer (&#8230;) La petite bourgeoisie se rebella contre tous les vieux partis qui l'avaient tromp&#233;e. Ces vexations, vivement ressenties par les petits poss&#233;dants qui ne pouvaient &#233;chapper &#224; la faillite, par leurs fils qui sortaient de l'universit&#233; et ne trouvaient ni emploi, ni client, et par leurs filles qui restaient sans dot et sans fianc&#233;, r&#233;clamaient l'ordre et une main de fer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce parti nazi &#233;tait issu des lendemains de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Il avait d'abord &#233;t&#233; compos&#233; d'anciens combattants incapables de supporter le retour &#224; la vie civile et surtout la perte de commandement. Ces hommes avaient alors commenc&#233; par en d&#233;coudre avec les ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le programme du parti nazi &#233;tait un ramassis de pr&#233;jug&#233;s de la petite bourgeoisie. Dans le mythe de la race sup&#233;rieure, le petit bourgeois ruin&#233; croyait retrouver sa fiert&#233;. La crainte envieuse envers le grand capital s'y trouvait exprim&#233;e par des propos enflamm&#233;s contre la pseudo finance juive et par la haine contre le petit boutiquier juif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s un putsch manqu&#233; en 1923, Hitler ne fit que quelques mois de prison car la justice, cl&#233;mente avec l'extr&#234;me droite, lui accorda une remise de peine. Pour le m&#234;me motif : &#171; &lt;i&gt;atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat et r&#233;bellion&lt;/i&gt; &#187;, dix communistes furent condamn&#233;s &#224; mort la m&#234;me semaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les quelques ann&#233;es de stabilit&#233; &#233;conomique faillirent bien &#234;tre fatales au parti nazi. En 1928, il obtenait moins de 3 % des voix aux &#233;lections.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais avec la crise, le parti nazi allait se renforcer. Il attira &#224; lui une grande partie de ces petits bourgeois qui &#233;taient pouss&#233;s vers la mis&#232;re, eux qui pensaient avoir une place dans la soci&#233;t&#233;, une partie de ces fils de la petite bourgeoisie qui, la faim au ventre, devaient faire la queue aux c&#244;t&#233;s des ouvriers qu'ils m&#233;prisaient et dont ils ha&#239;ssaient le collectivisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des industriels, les premiers d'une longue liste, commenc&#232;rent &#224; financer le parti nazi. Ainsi, il put enr&#244;ler les plus enrag&#233;s de ces petits bourgeois qui cherchaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; la fois un espoir et un exutoire &#224; leur col&#232;re. Le parti nazi devenait un imposant parti de masses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il profita aussi de la sympathie peu dissimul&#233;e de la police et de l'arm&#233;e allemande qui voyaient d'un bon oeil ce parti capable de lancer des troupes contre les organisations ouvri&#232;res. En 1930, les Sections d'Assaut regroupaient 200 000 membres, dont plus de la moiti&#233; vivaient dans des casernes sp&#233;ciales du parti nazi. Ils d&#233;filaient dans les rues, attaquaient les locaux des syndicats ou des partis ouvriers, s'en prenaient aux militants ouvriers. Pendant la campagne &#233;lectorale de l'&#233;t&#233; 1930, deux cents militants ouvriers furent assassin&#233;s par les SA.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;lections de 1930 avaient donc r&#233;v&#233;l&#233; le danger r&#233;el repr&#233;sent&#233; d&#233;sormais par le parti nazi, par le fascisme. La crise poussait au d&#233;sespoir et &#224; la violence des centaines de milliers de petits bourgeois qui s'enr&#244;laient dans le parti nazi. Cela pouvait donc fournir &#224; la bourgeoisie une force sociale susceptible de contrer la classe ouvri&#232;re, d'an&#233;antir toute opposition. Car pour s'attaquer &#224; la classe ouvri&#232;re, la bourgeoisie allemande ne pouvait pas compter sur l'arm&#233;e allemande car le trait&#233; de Versailles avait limit&#233; les effectifs militaires allemands &#224; 100 000 hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les premi&#232;res ann&#233;es de la crise, les bourgeois ont utilis&#233; les milices nazies contre les travailleurs, contre leurs organisations, pour briser des gr&#232;ves, pour casser des manifestations. Mais la bourgeoisie finit par faire plus encore. Elle finit par appeler les Nazis au pouvoir quand elle fut globalement convaincue de la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;parer la guerre et donc d'&#233;craser la classe ouvri&#232;re, de l'atomiser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but de la crise, en 1930, rien n'&#233;tait encore d&#233;finitif. L'ensemble de la grande bourgeoisie n'avait pas encore clairement fait le choix du fascisme. M&#234;me le ralliement de la petite bourgeoisie au nazisme n'&#233;tait pas une fatalit&#233;. Le prol&#233;tariat repr&#233;sentait une force largement suffisante pour barrer la route au nazisme, pour attirer &#224; lui ces classes moyennes d&#233;sesp&#233;r&#233;es par la crise.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;La trahison des partis ouvriers allemands&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Alors comment expliquer la d&#233;faite ? Comment expliquer que cette classe ouvri&#232;re si forte, si organis&#233;e ait pu laisser Hitler arriver au pouvoir ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se poser cette question, c'est forc&#233;ment se poser la question des partis ouvriers et de leur politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, de tout temps, spontan&#233;ment les travailleurs ont pu se r&#233;volter, mener la lutte des classes contre les bourgeois, pour devenir une force sociale, une classe sociale consciente de son r&#244;le, le prol&#233;tariat a besoin de se regrouper, de s'organiser. Et surtout pour d&#233;fendre r&#233;ellement ses int&#233;r&#234;ts, il a besoin de le faire sur le terrain politique, en contestant le pouvoir bourgeois. Il a besoin d'un parti r&#233;volutionnaire. Mais justement les partis ouvriers en Allemagne n'&#233;taient plus r&#233;volutionnaires et ils n'ont pas men&#233; la lutte contre le fascisme. &#192; commencer par le plus important d'entre eux, le Parti socialiste, la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette social-d&#233;mocratie &#233;tait parfaitement int&#233;gr&#233;e, par sa direction, par sa t&#234;te, &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoisie. Les socialistes s'&#233;taient sagement assis dans leurs fauteuils confortables de gestionnaires de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Des centaines de milliers de fonctionnai&#172;res de l'&#201;tat &#233;taient sociaux-d&#233;mocrates. En Prusse, par exemple, la police avait &#233;t&#233; recrut&#233;e en tr&#232;s grande majorit&#233; chez les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates. Le pr&#233;fet de police lui-m&#234;me &#233;tait membre de ce parti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie allemande refusa de mener la lutte contre le fascisme. M&#234;me si certains dirigeants socialistes entrevoyaient le danger - ne serait-ce qu'en c&#244;toyant dans les salons ces hommes de la bourgeoisie qui pr&#244;naient la destruction du mouvement ouvrier -, la perspective des luttes, la perspective de mettre en danger la soci&#233;t&#233; bourgeoisie et leur propre position leur &#233;tait devenue totalement &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie mit tout son poids politique &#224; convaincre la classe ouvri&#232;re que, pour se prot&#233;ger du danger fasciste, elle devait s'en remettre aux institutions bourgeoises, voire aux hommes de la bourgeoisie eux-m&#234;mes. Ses d&#233;put&#233;s refus&#232;rent de voter contre les mesures anti- ouvri&#232;res de Br&#252;ning, en pr&#233;textant que cela ferait le lit de Hitler. Plus tard, aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, la social-d&#233;mocratie fit voter Hindenburg contre Hitler, celui-l&#224; m&#234;me qui appela Hitler au pouvoir plus tard. La social-d&#233;mocratie en appelait donc aux repr&#233;sentants de la bourgeoisie pour la prot&#233;ger du fascisme... alors que le fascisme &#233;tait un outil utilis&#233; par la bourgeoisie contre le mouvement ouvrier, contre la social-d&#233;mocratie en particulier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les socialistes non seulement ne menaient pas la lutte contre le fascisme, mais ils participaient &#224; la r&#233;pression de gr&#232;ves ou de manifestations ouvri&#232;res. En Prusse, par exemple, en ao&#251;t 1930, la police, dirig&#233;e par les sociaux-d&#233;mocrates, tira sur des manifestants, faisant plus de 30 morts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des militants communistes &#233;taient arr&#234;t&#233;s, des meetings communistes &#233;taient interdits. Toute la politique des socialistes allemands aboutit, au final, &#224; livrer le prol&#233;tariat pieds et poings li&#233;s &#224; la dictature nazie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au KPD, le Parti communiste allemand, comme tous les partis communistes du monde, il avait &#233;t&#233; fond&#233; en r&#233;action aux trahisons de la social-d&#233;mocratie. Il repr&#233;sentait l'espoir d'une perspective r&#233;volutionnaire face &#224; l'int&#233;gration socialiste. Mais, sous l'emprise du stalinisme, le Parti communiste allemand avait cess&#233; d'exprimer les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. Il avait cess&#233; d'&#234;tre un parti r&#233;volutionnaire et sa politique se r&#233;sumait &#224; suivre tous les tournants de Staline.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1928 et 1933, pour des raisons li&#233;es aux luttes internes en URSS, le cours politique impos&#233; aux partis communistes internationaux se voulait radical. Pour tous les partis communistes, cela se traduisit par des discours sur la r&#233;volution imminente et des actions radicales sans lien avec la r&#233;alit&#233;, actions qui isolaient les militants communistes du reste de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique aventuriste du KPD ne lui permit pas de conqu&#233;rir la confiance de la majorit&#233; des ouvriers. Alors qu'en Allemagne, la majorit&#233; des ouvriers &#233;taient socialistes. Ils &#233;taient 4 millions et demi dans les syndicats sociaux-d&#233;mocrates contre 300 000 dans les syndicats communistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Allemagne, la politique stalinienne s'accompagnait d'une campagne syst&#233;matique contre la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journal communiste &#171; &lt;i&gt;Rote Fahne&lt;/i&gt; &#187; pouvait &#233;crire par exemple &quot; Le fascisme de Br&#252;ning n'est pas meilleur que celui de Hitler&#8230; C'est contre la social-d&#233;mocratie que nous menons le combat principal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique qui semblait si hostile &#224; la social-d&#233;mocratie, la favorisait en fait. Le sectarisme aveugle des communistes allemands permettait &#224; la social-d&#233;mocratie de r&#233;pondre aux ouvriers inquiets face au fascisme : &#171; &lt;i&gt;Vous voyez bien qu'on ne peut rien faire avec eux, aucune lutte n'est possible avec des militants qui nous traitent de fascistes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les militants communistes allemands se battirent courageusement contre les nazis, mais leur direction, soumise &#224; la bureaucratie stalinienne, n'avait pas de politique propre, n'avait pas de perspective de luttes. Le KPD abandonnait le combat contre le fascisme avant m&#234;me de le mener.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il camouflait cela derri&#232;re un discours qui se voulait radical : &#171; &lt;i&gt;La social-d&#233;mocratie c'est le fascisme, le gouvernement r&#233;actionnaire de Br&#252;ning, c'est le fascisme, Hindenburg c'est le fascisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r que tous ces partis politiques repr&#233;sentaient des formes de gouvernements de la bourgeoisie, des soutiens de la bourgeoisie. Bien s&#251;r que la social-d&#233;mocratie, en refusant toute lutte contre le capitalisme, en cautionnant la politique anti ouvri&#232;re de Br&#252;ning, pr&#233;parait la voie au fascisme. Bien s&#251;r qu'ils &#233;taient tous dans le m&#234;me camp face au prol&#233;tariat. Mais dans ce camp, ils n'y jouaient pas le m&#234;me r&#244;le. Et cela comptait pour les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;tendre que Br&#252;ning ou Hitler, c'&#233;tait du pareil au m&#234;me, cela revenait &#224; dire en somme &#171; &lt;i&gt;que nos organisations ouvri&#232;res existent ou pas, c'est du pareil au m&#234;me, que la classe ouvri&#232;re soit &#233;cras&#233;e ou en voie de l'&#234;tre, c'est du pareil au m&#234;me. Qu'on soit encore vivant ou d&#233;j&#224; mort, c'est pareil&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand la bourgeoisie fit le choix d'Hitler, plus tard, en 1933, c'&#233;tait pour pouvoir d&#233;truire enti&#232;rement toutes les organisations ouvri&#232;res. Il y avait donc une diff&#233;rence importante entre Br&#252;ning et Hitler, qui n'&#233;tait pas de l'ordre de la morale abstraite mais de l'existence du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fascisme en Allemagne n'&#233;tait pas une fatalit&#233;. Entre 1930 et 1933, le prol&#233;tariat avait les forces de r&#233;sister, de combattre. D&#232;s 1930, Trotsky chercha &#224; convaincre les militants communistes allemands d'abandonner la politique criminelle de la bureaucratie stalinienne pour se poser le probl&#232;me de gagner la majorit&#233; des ouvriers allemands &#224; la lutte contre le fascisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut, affirmait-t-il, proposer des combats communs aux ouvriers socialistes pour prot&#233;ger les locaux, pour constituer des d&#233;p&#244;ts d'armes, pour prot&#233;ger les usines, bref pour opposer la force du prol&#233;tariat uni &#224; ces nazis qui ne savent attaquer qu'&#224; 10 contre 1. Car ce qui se jouait en Allemagne, c'&#233;tait l'existence m&#234;me du mouvement ouvrier. En sauvegardant ses organisations, le prol&#233;tariat aurait pu alors mesurer sa force et se pr&#233;parer aux combats n&#233;cessaires contre l'ensemble de la politique bourgeoise, contre l'ensemble des capitalistes qui voulaient son &#233;crasement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, &#233;videment, pour mener r&#233;ellement la lutte contre le fascisme, il fallait un parti r&#233;volutionnaire capable de ne pas s'arr&#234;ter aux portes de la propri&#233;t&#233; bourgeoise, d'aller jusqu'au bout pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant ces trois ann&#233;es, au lieu de cela, les politiques des deux partis ouvriers allemands sem&#232;rent le d&#233;sarroi et la d&#233;moralisation dans les rangs ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt;L'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir et l'&#233;crasement du mouvement ouvrier&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Et pendant ce temps, la crise s'amplifiait. La vie des masses, souvent affam&#233;es, se passait entre les interminables attentes devant les bureaux de ch&#244;mage et les soupes populaires. Le spectacle d'hommes, de femmes ou d'enfants qui tombaient d'inanition dans la rue &#233;tait courant. Les ch&#244;meurs finirent par &#234;tre six millions - presque un salari&#233; sur trois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de 1932, la bourgeoisie pr&#233;para de plus en plus clairement l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler. Celui-ci rencontra plusieurs fois des grands patrons allemands et les financements s'intensifiaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, les nazis recrutaient. Les SA se gonflaient y compris de jeunes ch&#244;meurs. Ils &#233;taient 400 000 au printemps 1932. Les attaques contre les locaux communistes, syndicaux, sociaux-d&#233;mocrates, se r&#233;p&#233;taient. Des militants communistes &#233;taient assassin&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un livre documentaire d'un &#233;crivain am&#233;ricain, W. Allen &#171; &lt;i&gt;Une petite ville nazie&lt;/i&gt; &#187;, un ouvrier des chemins de fer allemands raconte la progression des nazis dans son entreprise :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y avait d&#233;j&#224; pas mal de nazis parmi les directeurs et dans le personnel des services techniques ou des bureaux. Le parti avait commenc&#233; par s&#233;duire certains hauts fonctionnaires et avait ensuite descendu les &#233;chelons. Depuis 1931, il y avait des chefs de service qui veillaient &#224; ce que les ouvriers appartenant aux chemises brunes jouissent de traitements privil&#233;gi&#233;s... il y avait souvent des discussions violentes et m&#234;mes des bagarres. Quand je disais du mal des nazis dans des discussions avec d'autres ouvriers, on le rapportait &#224; la direction qui m'interdisait de parler pendant les heures de travail... &#224; la fin du printemps 1932, on fit signer &#224; tous les ouvriers socialistes une d&#233;charge qui leur enlevait leur titularisation. La plupart sign&#232;rent plut&#244;t que de perdre leur place (...) je fus le seul &#224; tenir bon et &#224; rester ouvertement &#224; la SPD&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; En juillet 1932, 7 000 SA attaqu&#232;rent un faubourg ouvrier pr&#232;s de Hambourg : Altona. Ils durent affronter les milices communistes, bien moins nombreuses. Mais les 7 000 SA n'eurent pas le dessus, malgr&#233; l'aide de la police. Ce n'&#233;tait ni le courage, ni la force qui manquaient aux militants ouvriers allemands, mais une politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 30 janvier 1933, Hindenburg, celui que les sociaux-d&#233;mocrates avait pr&#233;sent&#233; comme un rempart contre le fascisme, nomma Hitler chancelier. Le r&#233;gime nazi se mettait en place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie &#233;crivit alors dans son journal :&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Et maintenant attendre ! Face au gouvernement de menace de coup d'&#201;tat, la social-d&#233;mocratie et tout le front de fer (c'est-&#224;-dire la milice ouvri&#232;re socialiste) se maintiennent avec les deux pieds sur le terrain de la constitution et de la l&#233;galit&#233;. La social-d&#233;mocratie ne fera pas le premier pas pour en sortir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux militants communistes, ils se trouv&#232;rent d&#233;boussol&#233;s. Et la direction du parti n'offrait toujours aucune explication. Le KPD continuait &#224; proclamer dans ses journaux que la nomination de Hitler n'&#233;tait pas dramatique car le pouvoir nazi s'userait forc&#233;ment tr&#232;s vite et alors ce serait l'heure des communistes !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, il aurait pu y avoir des r&#233;actions de la part de la classe ouvri&#232;re. Le 7 f&#233;vrier - apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler donc -, une manifestation eut lieu pour protester contre l'assassinat d'un maire socialiste. Bien que les dirigeants socialistes ne veuillent d'aucun d&#233;bordement, interdisant la prise de parole communiste et concluant en appelant le peuple allemand &#224; &#171; prendre de nouveau son destin en mains&lt;/i&gt; &#187; lors de futures &#233;lections organis&#233;es par le r&#233;gime nazi (!), des milliers de communistes entra&#238;n&#232;rent quand m&#234;me des socialistes &#224; poursuivre la manifestation. Je cite un t&#233;moin :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ils sont de plus en plus nombreux. Ils ont empli la rue, les trottoirs. Les gens accourent de tous les c&#244;t&#233;s, c'est un v&#233;ritable fleuve qui coule sans arr&#234;t. Les agents les regardent sans intervenir. On y voit sur les boutonni&#232;res, les trois fl&#232;ches (symbole socialiste), la faucille et le marteau.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;A bas le gouvernement, &#224; mort Hitler.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Nous ne craignons maintenant aucun Hitler, Dieu soit b&#233;ni&lt;/i&gt; &#187;, dit une petite vieille qui l&#232;ve le poing et ses yeux sont emplis de larmes.&lt;/i&gt; &#187; La foule passa m&#234;me devant un local nazi, o&#249; des SA impuissants et &#233;tonn&#233;s regardaient d&#233;filer les travailleurs. Mais ce fut une manifestation sans lendemain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La terrible r&#233;alit&#233; fut qu'Hitler arriva au pouvoir sans avoir &#224; affronter le mouvement ouvrier en lutte, sans avoir &#224; combattre r&#233;ellement les rangs arm&#233;s du prol&#233;tariat. Le mouvement ouvrier connut sa pire d&#233;faite, une d&#233;faite sans combat face &#224; ce qui devint une catastrophe historique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fin f&#233;vrier, les nazis organis&#232;rent l'incendie du Reichstag, le parlement allemand, pr&#233;texte &#224; l'interdiction du KPD. Quelque 4 000 dirigeants communistes et socialistes furent imm&#233;diatement arr&#234;t&#233;s. Hitler esp&#233;rait faire des &#233;lections pr&#233;vues un pl&#233;biscite pour le nouveau pouvoir. Il fut forc&#233; de laisser les communistes et les socialistes se pr&#233;senter &#224; ces &#233;lections. Malgr&#233; les arrestations, les meurtres et ces ann&#233;es d'impuissance politique, la classe ouvri&#232;re allemande vota pour ses partis dans ces derni&#232;res &#233;lections. Presque cinq millions pour le KPD et plus de sept millions pour la social-d&#233;mocratie. Les nazis ne remport&#232;rent que 43 % des voix. Ils n'obtenaient pas la majorit&#233;, le pl&#233;biscite &#233;tait rat&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ouvriers allemands n'avaient pas abandonn&#233; leurs partis. Ce sont leurs partis qui les ont abandonn&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces &#233;lections furent les derni&#232;res. Par la prise en main de tous les organes du pouvoir, par la propagande, par la terreur, le nazisme installa sa dictature absolue. Le 20 f&#233;vrier 1933, devant un cercle de grands patrons de l'industrie (IG Farben, Krupp, AEG, Siemens, Opel et d'autres), Hitler promit un &#171; &lt;i&gt;avenir tranquille&lt;/i&gt; &#187;, le r&#233;armement et &#171; &lt;i&gt;pour les dix, voire les cent prochaines ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, la suppression des &#233;lections.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie avait trouv&#233; un r&#233;gime capable de r&#233;pondre &#224; ses aspirations en &#233;crasant le mouvement ouvrier, point sur lequel tous les repr&#233;sentants bourgeois &#233;taient d'accord.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, Hitler put compter sur les voix des partis bourgeois pour obtenir les pleins pouvoirs n&#233;cessaires &#224; la mise en place de sa dictature, alors m&#234;me qu'il n'avait pas la majorit&#233; dans la nouvelle assembl&#233;e. Par la suite, les partis bourgeois d&#233;cid&#232;rent de se dissoudre eux-m&#234;mes. Les repr&#233;sentants de la bourgeoisie se fondirent dans le r&#233;gime nazi sans se faire trop violence. Certes, des enseignants, des employ&#233;s subalternes, furent d&#233;mis de leurs fonctions &#224; cause de leurs id&#233;es. Mais plus on montait dans la hi&#233;rarchie, moins on trouvait de r&#233;sistance au nazisme. La haute administration de l'&#201;tat allemand s'adaptait au nazisme, m&#234;me s'il fallait pour cela supporter les parvenus nazis profitant de leurs nouveaux privil&#232;ges et de leurs nouveaux pouvoirs. Le haut &#233;tat-major militaire fit de m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie, de son c&#244;t&#233;, chercha &#224; s'adapter pour pouvoir survivre sous le nazisme, sans succ&#232;s. Les nazis pr&#233;paraient l'interdiction de toutes les organisations ouvri&#232;res sans exception. Apr&#232;s les partis, vint le tour des syndicats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les bureaucrates syndicaux accept&#232;rent de participer au 1er mai organis&#233; par Hitler, transform&#233; en une sorte de f&#234;te nationale du travail !! Des chefs syndicalistes furent achemin&#233;s de tous les coins de l'Allemagne pour acclamer la solidarit&#233; du r&#233;gime nazi avec les travailleurs. Eh bien, 12 heures plus tard, les locaux de ces m&#234;mes syndicats &#233;taient envahis, occup&#233;s par des troupes SA, les bureaucrates chass&#233;s de leurs postes et la plupart des dirigeants syndicaux arr&#234;t&#233;s eux aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant toute l'ann&#233;e 1933, les masses de petits bourgeois, sous l'uniforme SA, furent dirig&#233;es contre le mouvement ouvrier. Un v&#233;ritable ouragan de violences s'abattit sur la soci&#233;t&#233; allemande. Les SA, dont le nombre atteignit deux millions, purent assouvir toute leur haine en faisant r&#233;gner la terreur dans les quartiers populaires. Ils &#233;tablirent des prisons clandestines dans lesquelles se d&#233;roulaient des sc&#232;nes terribles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin, militant et &#233;crivain engag&#233;, raconte dans &#171; &lt;i&gt;Fascisme et grand capital&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt; En plein Berlin, une sorte de tour en brique rouge, au sommet le drapeau &#224; croix gamm&#233;e flotte. Ici, me dit un ami, on a entendu des cris, tant de cris, qu'ils ont d&#251;, pour les couvrir, installer un orchestre. Et aujourd'hui encore, il doit y avoir des copains l&#224;-dedans ; mais on ne sait rien. Une femme lui dit en contenant ses larmes : personne ne sait. Si vous avez de la chance, vous pouvez vous en tirer... si vous tombez sur des sadiques, vous pouvez en sortir mutil&#233;, fou ou mort. La voisine qui avait &#233;cout&#233; en pleurant, l'interrompt : et quand ils reviennent, ils ne peuvent rien dire... on leur a fait signer un papier attestant qu'ils ont &#233;t&#233; bien trait&#233;s... Tenez, mon mari je l'ai questionn&#233; des jours et des nuits, il ne desserre pas les dents. Ou bien ils r&#233;pondent comme un jeune gars que nous connaissons : &#171; &lt;i&gt;jamais plus je ne ferai de politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On estime que sur les 300 000 membres que comptait le parti communiste allemand en 1932, entre 60 000 et 100 000 &#233;taient d&#233;tenus fin 1933. En quelques mois, les organisations ouvri&#232;res, partis et syndicats, avaient disparu et leurs dirigeants avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s dans les premiers camps de concentration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les entreprises, toutes les formes d'organisations ouvri&#232;res, m&#234;me les plus anodines, disparurent. Le r&#233;gime tenta d'enr&#244;ler les ouvriers dans un syndicat corporatiste et nazi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais surtout, les ouvriers furent soumis &#224; une dictature patronale renforc&#233;e par la r&#233;pression et la terreur exerc&#233;e directement par des nazis en armes. Le droit de gr&#232;ve fut aboli. Les ouvriers coupables de contestation pouvaient non seulement &#234;tre sanctionn&#233;s ou renvoy&#233;s par les patrons, mais finir en prison. Bient&#244;t, le livret de travail fut institu&#233; pour soumettre encore plus les ouvriers &#224; leur employeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La destruction du mouvement ouvrier permit l'encadrement de toute la soci&#233;t&#233;. La police politique, les centaines de milliers de mouchards dans tous les recoins de la soci&#233;t&#233; surveillaient, espionnaient la population allemande. Le r&#233;gime put embrigader la jeunesse dans des organisations nazies. Les jeunes eux-m&#234;mes devinrent les mouchards de leurs propres parents, tout en se pr&#233;parant &#224; servir de chair &#224; canon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; allemande fut submerg&#233;e par des torrents de haine d&#233;velopp&#233;e par le nazisme. Haine contre les ouvriers, haine contre toutes les id&#233;es progressistes et haine contre les juifs. Les violences antis&#233;mites se multipliaient. Elles allaient conduire au g&#233;nocide durant la guerre. Et cela dans le pays le plus civilis&#233; d'Europe. Celui o&#249; la culture &#233;tait la plus largement partag&#233;e, o&#249; la soci&#233;t&#233; &#233;tait la plus polic&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.4'&gt;&lt;/a&gt;La marche &#224; la guerre&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En 1934, quand l'&#233;crasement du mouvement ouvrier fut achev&#233;, la grande bourgeoisie commen&#231;a &#224; trouver les exactions des SA inutiles et nuisibles. Ceux-ci avaient cru que le r&#233;gime allait leur offrir une place, mais rien n'&#233;tait plus faux. En juin 1934, Hitler d&#233;cida de se d&#233;barrasser de ce qui pouvait devenir une opposition en massacrant les principaux chefs SA, ce fut ce qu'on appela la Nuit des longs couteaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le fascisme allemand, comme le fascisme italien, &#233;crivait Trotsky en juin 33, s'est hiss&#233; au pouvoir sur le dos de la petite bourgeoisie, dont il s'est servi comme d'un b&#233;lier contre la classe ouvri&#232;re et les institutions de la d&#233;mocratie. Mais le fascisme au pouvoir [n'est en aucun cas] le gouvernement de la petite bourgeoisie. Au contraire, c'est la dictature la plus impitoyable du capital monopoliste.&lt;/i&gt; &#187; fin de citation&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autant le r&#233;gime nazi &#233;tait sp&#233;cifique, diff&#233;rent des autres r&#233;gimes bourgeois avec l'utilisation des classes moyennes pour &#233;craser le mouvement ouvrier, l'encadrement et l'endoctrinement de toute la population, autant sa politique &#233;conomique fut semblable &#224; celle des autres pays imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, si les nazis s'install&#232;rent aux commandes de l'&#201;tat, tout ce qui concernait l'&#233;conomie passa directement dans les mains des repr&#233;sentants du grand capital. Le directeur g&#233;n&#233;ral du groupe Allianz devint ministre de l'&#233;conomie en juillet 33, puis il fut remplac&#233; par un repr&#233;sentant des banques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; la situation &#233;conomique d&#233;sastreuse, le grand capital profita de la dictature nazie pour augmenter son poids dans l'&#233;conomie. D&#232;s juillet 1933, les cartels devinrent obligatoires, au profit des grandes entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1936, les cartels r&#233;gissaient les deux tiers de la production, contr&#244;laient les march&#233;s, d&#233;cidaient des prix et des salaires. Les nazis impos&#232;rent un encadrement de toute l'&#233;conomie, qui profita principalement aux grandes entreprises. Toutes les entreprises d'un secteur donn&#233; devaient se fondre dans des structures dirig&#233;es directement par les plus gros capitalistes du secteur, et se soumettre &#224; leurs d&#233;cisions. Les entreprises dont le capital &#233;tait inf&#233;rieur &#224; 20 000 dollars furent simplement dissoutes. Enfin, l'&#201;tat r&#233;duisit presque de moiti&#233; les imp&#244;ts pour les entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif de Hitler, c'&#233;tait la guerre pour un repartage du monde. Tr&#232;s vite toute l'&#233;conomie fut soumise &#224; l'imp&#233;ratif du r&#233;armement. La moiti&#233; du budget de l'&#201;tat fut consacr&#233;e aux commandes militaires. Les commandes publiques les plus importantes pour la grande industrie furent celles li&#233;es au r&#233;armement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1935, la production d'avions fut relanc&#233;e, malgr&#233; l'interdiction faite &#224; l'Allemagne de construire des avions ou des chars. De 1936 &#224; 1940, un plan organisa la production d'armes, de chars, de munitions. Les industries lourdes fonctionnaient d&#233;sormais &#224; plein r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videment, ce fut la population qui paya le prix le plus &#233;lev&#233;. Les importations furent limit&#233;es au minimum incontournable et destin&#233;es en priorit&#233; &#224; l'industrie lourde. Toute la production &#233;tait tourn&#233;e vers l'armement au d&#233;triment des biens destin&#233;s &#224; la population. Celle-ci dut se contenter de produits de substitution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ouvriers avaient &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; l'esclavage et ce furent eux qui pay&#232;rent le r&#233;armement de l'Allemagne. Les salaires furent diminu&#233;s de 40 ou 50 % dans bien des r&#233;gions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cela, il fallait ajouter la multitude de nouveaux imp&#244;ts ou cotisations pour les organisations nazies : le Front du travail, la Force par la joie, la d&#233;fense anti-a&#233;rienne, les jeunesses hitl&#233;riennes, etc. Non seulement les salaires s'effondraient, mais les femmes furent massivement licenci&#233;es. Il fut m&#234;me instaur&#233;, pour les jeunes femmes voulant travailler, l'obligation de servir gratuitement une ann&#233;e comme fille de ferme ou domestique en ville.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les ch&#244;meurs, les aides &#233;taient r&#233;duites. Dans de nombreuses communes pour recevoir l'allocation, il fallait prouver qu'on avait d&#233;march&#233; 25 entreprises dans la semaine, et cela chaque semaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour relancer l'&#233;conomie, Hitler se lan&#231;a dans une politique de grands travaux similaire &#224; celle de Roosevelt. 2 000 km d'autoroutes, des b&#226;timents urbains, des gares furent construits, dans ces chantiers publics o&#249; l'on faisait travailler les ouvriers sans machine, &#224; la pelle et &#224; la pioche, pour des salaires de mis&#232;re. Dans ces chantiers, les ch&#244;meurs percevaient moins que les salaires minimum. Ces grands travaux permirent la r&#233;sorption du ch&#244;mage, mais en r&#233;duisant les ch&#244;meurs au rang de for&#231;ats alors que les magnats du fer et du ciment profitaient des commandes de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, les profits des entreprises furent multipli&#233;s par trente entre 1933 et 1939.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons le : toute la politique d'Hitler, &#224; partir de 1933, visait &#224; r&#233;armer l'Allemagne pour pr&#233;parer la guerre. En juin 1933, Trotsky expliquait que ce qui s&#233;parait d&#233;sormais le monde de la guerre &#233;tait le temps n&#233;cessaire au r&#233;armement de l'Allemagne, qu'il estimait &#224; six ans. Et il avait vu juste !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la marche &#224; la guerre, Hitler ne rencontra aucune r&#233;sistance des grandes puissances imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains historiens y voient de la faiblesse ou du pacifisme des r&#233;gimes occidentaux. C'&#233;tait en r&#233;alit&#233; de la complaisance avec le r&#233;gime nazi, complaisance appuy&#233;e sur une v&#233;ritable solidarit&#233; de classe entre r&#233;gimes bourgeois. En effet, le r&#233;gime hitl&#233;rien qui s'&#233;tait mis en place en 1933 &#233;tait appr&#233;ci&#233; &#224; Paris et &#224; Londres. La bourgeoisie mondiale avait gard&#233; vivant le souvenir de la peur des soubresauts r&#233;volutionnaires de 1917-1921. A partir de 1934, la remont&#233;e du mouvement ouvrier dans le monde renfor&#231;a cette peur. Les industriels, les hommes politiques, en Europe et aux &#201;tats-Unis voyaient donc d'un bon oeil ce pouvoir capable d'&#233;craser la classe ouvri&#232;re la plus organis&#233;e, la plus forte d'Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les films critiquant Hitler &#233;taient censur&#233;s &#224; Londres. Charlie Chaplin dut produire lui-m&#234;me le &#171; &lt;i&gt;Dictateur&lt;/i&gt; &#187; car personne ne voulait de ce film ni &#224; Hollywood, ni &#224; la Maison Blanche. Quant &#224; l'antis&#233;mitisme du r&#233;gime nazi, il ne g&#234;nait pas plus les gouvernements occidentaux. Les hommes politiques de la bourgeoisie partageaient une grande partie de ces pr&#233;jug&#233;s racistes. Et l'oppression des populations ne pouvait vraiment pas choquer ces hommes ayant eux-m&#234;mes utilis&#233; le racisme pour justifier la colonisation. Les bourgeoisies fran&#231;aise et anglaise avaient plus peur de la classe ouvri&#232;re que de Hitler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hitler a commenc&#233; par augmenter les effectifs de l'arm&#233;e, au vu et au su de tout le monde. Puis il a envoy&#233; son arm&#233;e occuper la r&#233;gion frontali&#232;re de la France, d&#233;militaris&#233;e jusque l&#224;, et les grandes puissances le laiss&#232;rent faire. Il a envahi et annex&#233; l'Autriche sans que personne ne bouge. Quand il occupa une grande partie de la Tch&#233;coslovaquie, les chefs d'&#201;tat britannique et fran&#231;ais le tol&#233;r&#232;rent, rendirent officielle leur acceptation en signant avec lui les accords de Munich en 1938, sur le dos des Tch&#233;coslovaques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les grandes puissances ne s'attaqu&#232;rent pas &#224; Hitler. Elles n'avaient aucune raison de vouloir une guerre. Leurs positions dominantes, leurs empires coloniaux, les rendaient satisfaites de l'organisation du monde. Alors, si bien des hommes politiques de la bourgeoisie comprenaient tr&#232;s clairement qu'Hitler pr&#233;parait un repartage du monde, ils esp&#233;raient que la conqu&#234;te des territoires orientaux de l'Europe lui suffirait et qu'ainsi les bourgeoisies imp&#233;rialistes seraient &#233;pargn&#233;es. Ils acceptaient donc volontiers de c&#233;der la Tch&#233;coslovaquie et l'Autriche pour prot&#233;ger leurs colonies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la m&#234;me logique qui permit &#224; Mussolini d'attaquer l'&#201;thiopie sans devoir subir de sanctions de la part des grandes puissances. &#192; l'autre bout du monde, le Japon put envahir une partie du territoire chinois et massacrer comme &#224; Nankin o&#249; 300 000 personnes furent assassin&#233;es en 1937 ; tout cela sans r&#233;action des pr&#233;tendues &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocraties&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Les r&#233;actions de la classe ouvri&#232;re&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans toute la p&#233;riode, les seules r&#233;actions vinrent de la classe ouvri&#232;re. &#192; partir de 1934, des luttes ouvri&#232;res, en nombre, secou&#232;rent bien des pays, bien des continents, mettant en mouvement des forces consid&#233;rables. Dans leur sillage, des opprim&#233;s dans les colonies se mettaient en mouvement. Toutes ces luttes avaient la m&#234;me cause : la crise du syst&#232;me capitaliste et la domination de la bourgeoisie qui lui permettait de faire payer ch&#232;rement aux populations cette crise. La cause &#233;tait mondiale, la r&#233;action ouvri&#232;re le fut aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec cette remont&#233;e de la combativit&#233; ouvri&#232;re, surgissait enfin la perspective d'arracher la direction de la soci&#233;t&#233; &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette r&#233;action ouvri&#232;re n'est pas venue tout de suite, elle a pris du temps. Dans les premi&#232;res ann&#233;es de la crise, la classe ouvri&#232;re semblait m&#234;me assomm&#233;e, sans r&#233;action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fallait une conviction profonde dans les capacit&#233;s de la classe ouvri&#232;re pour continuer &#224; militer dans ce qui semblait &#234;tre un d&#233;sert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trotsky &#233;crivait en 1931 : &#171; &lt;i&gt;Les EU sont pass&#233;s sans transition d'une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; inou&#239;e qui stup&#233;fia le monde entier par un feu d'artifice de millions et de milliards de dollars, au ch&#244;mage de millions de personnes, &#224; une p&#233;riode de mis&#232;re biologique &#233;pouvantable pour les travailleurs. Une secousse sociale aussi importante ne peut pas ne pas marquer l'&#233;volution politique du pays... On peut supposer que les masses elles-m&#234;me ont &#233;t&#233; &#224; ce point surprises par la crise de conjoncture catastrophique, &#224; ce point &#233;cras&#233;es et abasourdies par le ch&#244;mage ou la peur du ch&#244;mage, qu'elles n'ont pas encore r&#233;ussi &#224; tirer les conclusions politiques &#233;l&#233;mentaires du malheur qui s'est abattu sur elles...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est toujours Trotsky qui parle, en 31 : &#171; &lt;i&gt;Il est tout &#224; fait possible que la radicalisation r&#233;volutionnaire de larges couches ouvri&#232;res se produise non lorsque la conjoncture sera au plus bas, mais au contraire quand on se dirigera vers une reprise &#233;conomique et un nouvel essor.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;Les grandes gr&#232;ves aux &#201;tats-Unis&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Et en effet, cinq ans apr&#232;s le d&#233;but de la crise, en 1934, les &#201;tats-Unis connurent une remont&#233;e spectaculaire de la combativit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Toledo, dans l'Ohio, des ouvriers se lancent dans une gr&#232;ve pour les salaires. Le patronat r&#233;pond par l'envoi de la Garde Nationale et par des meurtres. Mais les gr&#233;vistes font appel &#224; la solidarit&#233; ouvri&#232;re. Avec le soutien des femmes, des ch&#244;meurs et de la population, ils finissent par faire reculer la garde nationale et obtenir des hausses de salaire ainsi que la reconnaissance de leur syndicat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au m&#234;me moment &#224; des centaines de km, au centre du pays, &#224; Minneapolis, &#233;clate une grande gr&#232;ve qui met en mouvement de nombreuses cat&#233;gories d'ouvriers d'entreprises diverses, derri&#232;re les militants du syndicat des Camionneurs de la ville, contre la politique anti-syndicale du patronat local. La gr&#232;ve, organis&#233;e par des militants trotskistes, est minutieusement pr&#233;par&#233;e. Elle est dirig&#233;e par un comit&#233; de gr&#232;ve. Ils installent leur quartier g&#233;n&#233;ral dans un grand garage, avec un h&#244;pital, une cuisine pouvant nourrir des milliers de gr&#233;vistes, des camions pour les piquets de gr&#232;ve mobiles. Pr&#233;par&#233;s aux affrontements, les gr&#233;vistes ne reculent pas et finissent par imposer leurs revendications.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; encore, les capacit&#233;s de s'organiser, de faire appel aux autres travailleurs font leurs preuves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant le m&#234;me &#233;t&#233; 1934, une gr&#232;ve des dockers &#224; San Francisco se transforme en gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sous la direction de militants du PC et contre la volont&#233; du syndicat officiel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1936, dans les usines General Motors, l'une des plus grandes entreprises am&#233;ricaines, des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent et bloqu&#232;rent la production. Plusieurs dizaines de milliers d'ouvriers particip&#232;rent &#224; ces gr&#232;ves avec occupation. Encore une fois, le prol&#233;tariat am&#233;ricain montrait ses tr&#233;sors d'organisation et sa d&#233;termination. Et malgr&#233; les multiples interventions polici&#232;res, il ne recula pas. La direction de la GM fut contrainte de reconna&#238;tre le syndicat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1937, il y eut plus de 4 000 gr&#232;ves mettant en mouvement deux millions de gr&#233;vistes. Le gouvernement de Roosevelt chercha alors &#224; prot&#233;ger la bourgeoisie am&#233;ricaine de la radicalisation de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il commen&#231;a par faire voter un certain nombre de mesures sociales comme la mise en place d'une s&#233;curit&#233; sociale avec des pensions de vieillesse, des allocations ch&#244;mage, etc. Mais cette loi ne concernait ni les domestiques ni les ouvriers agricoles, c'est-&#224;-dire pas la grande majorit&#233; des travailleurs noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais surtout, il chercha &#224; convaincre la bourgeoisie am&#233;ricaine de changer d'attitude face aux syndicats. Il s'agissait d&#233;sormais d'accepter les syndicats, de leur reconna&#238;tre une place, pour obtenir leur soutien. Le danger &#233;tait concret pour la bourgeoisie am&#233;ricaine. Des dizaines de milliers de jeunes ouvriers entraient en lutte pour la premi&#232;re fois de leur vie. Cela pouvait aboutir &#224; la construction de v&#233;ritables organisations de classe, voir des organisations r&#233;volutionnaires. C'est pour &#233;viter cela que Roosevelt fit adopter une loi reconnaissant les syndicats. Loi qui resta quand m&#234;me tr&#232;s timor&#233;e. Et il fallut encore de nombreuses gr&#232;ves pour la faire appliquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais malgr&#233; sa combativit&#233;, le prol&#233;tariat am&#233;ricain n'arriva pas &#224; construire des organisations de classes, il ne trouva pas une v&#233;ritable direction ind&#233;pendante de la bourgeoisie. Au contraire, les dirigeants du mouvement ouvrier se ralli&#232;rent &#224; Roosevelt.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut en particulier le cas du Parti communiste am&#233;ricain. Cela correspondait &#224; un nouveau changement radical de politique de Staline et de l'ensemble des partis communistes dans le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, depuis 1933, les hommes de Staline avaient compris que Hitler au pouvoir repr&#233;sentait un danger direct pour l'URSS, que la politique guerri&#232;re et expansionniste du nazisme se tournerait in&#233;vitablement contre elle. Contre ce danger, la bureaucratie ne voulut pas s'appuyer sur le prol&#233;tariat mondial, car une nouvelle r&#233;volution aurait mis en p&#233;ril le pouvoir de la clique stalinienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Staline chercha alors un appui du c&#244;t&#233; des &#201;tats bourgeois d'Occident. Cela se traduisit par une politique conciliante des partis communistes vis-&#224;-vis de leur propre bourgeoisie. Aux &#201;tats-Unis, le PC devint un soutien de Roosevelt. En France, le PCF connut le m&#234;me tournant &#224; 180&#176; de sa politique au moment o&#249; la classe ouvri&#232;re retrouvait sa combativit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;Les gr&#232;ves de mai-juin 1936 en France&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La remont&#233;e ouvri&#232;re en France fut en grande partie li&#233;e &#224; la prise de conscience du danger fasciste. L'&#233;crasement du prol&#233;tariat allemand suivi de celui du prol&#233;tariat autrichien furent v&#233;cus par les travailleurs en France comme des coups de semonce. Alors, quand en f&#233;vrier 1934, les Ligues, ces organisations d'extr&#234;me droite fran&#231;aises, d&#233;clench&#232;rent une &#233;meute contre le gouvernement, la r&#233;action ouvri&#232;re fut imm&#233;diate.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier, la gr&#232;ve fut un succ&#232;s. Les travailleurs r&#233;pondaient pr&#233;sent ! Dans tout le pays, la gr&#232;ve fut largement suivie. Elle s'accompagna de manifestations o&#249; les aspirations &#224; l'unit&#233; s'exprimaient clairement. Les ouvriers voulaient l'unit&#233; pour mener les luttes. L'unit&#233;, cela pouvait signifier des milices ouvri&#232;res communes pour emp&#234;cher toute attaque de la part des organisations d'extr&#234;me droite, des comit&#233;s &#233;lus dans les entreprises pour les surveiller. Une pr&#233;paration m&#233;thodique &#224; la lutte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette volont&#233; d'unit&#233; fut d&#233;tourn&#233;e par les deux partis ouvriers fran&#231;ais. En 1935, la SFIO socialiste et le PCF constitu&#232;rent un front &#233;lectoral avec le Parti radical : le Front populaire. S'allier avec le Parti radical, c'&#233;tait s'allier avec le plus vieux et le plus us&#233; au pouvoir des partis bourgeois. Pour le PC, cela voulait dire rejoindre le camp des hommes politiques de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques semaines auparavant, Staline avait d&#233;j&#224; conclu un accord militaire avec Laval, repr&#233;sentant du gouvernement fran&#231;ais. Pour les militants, le changement &#233;tait abrupt. C'en &#233;tait fini de l'antimilitarisme qui avait fait les heures de gloire du PC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le programme de ce front &#233;lectoral, le Front populaire, ne comportait m&#234;me pas les revendications ouvri&#232;res que les gr&#232;ves de mai-juin 1936 allaient mettre &#224; l'ordre du jour. Pourtant, dans ce climat de remont&#233;e ouvri&#232;re, le Front populaire gagna les &#233;lections l&#233;gislatives d'avril 1936 et forma un nouveau gouvernement dirig&#233; par le chef de la SFIO : L&#233;on Blum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce juriste de la bourgeoisie avait fait ses classes dans les institutions de son appareil d'&#201;tat, et depuis longtemps d&#233;j&#224;, &#224; la t&#234;te de la SFIO, il pr&#244;nait la &#171; &lt;i&gt;gestion loyale du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, selon ses propres termes. La bourgeoisie n'avait donc rien &#224; craindre de ce nouveau gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la donne fut cependant chang&#233;e par l'intervention de la classe ouvri&#232;re, avant m&#234;me la formation officielle du nouveau gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but du mois de mai, des ouvriers firent gr&#232;ve et obtinrent la r&#233;int&#233;gration de leurs camarades sanctionn&#233;s pour avoir particip&#233; aux manifestations du 1er mai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 24 mai 1936, la comm&#233;moration de la Commune de Paris et de son massacre par les Versaillais se transforma en manifestation ouvri&#232;re monstre. Les 60 000 manifestants purent mesurer leur force. D&#232;s le lendemain, des gr&#232;ves &#233;clataient dans la r&#233;gion parisienne. Le 28 mai, les usines Renault de Billancourt furent gagn&#233;es par la gr&#232;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La CGT n'avait ni pr&#233;par&#233; ou ni voulu cette gr&#232;ve, mais les militants -en particulier communistes - par leur pr&#233;sence, leur courage face &#224; un patronat de combat, l'&#233;nergie qu'ils avaient d&#233;pens&#233;e &#224; organiser les travailleurs, &#224; &#233;tendre l'influence des id&#233;es communistes, jou&#232;rent un r&#244;le dans le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve. Mais personne n'avait pr&#233;vu son ampleur, sa d&#233;termination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les jours suivants, la gr&#232;ve s'&#233;tendit dans tout le pays, &#224; tous les secteurs. De la m&#233;tallurgie, elle gagna la chimie, le textile. De l'industrie, elle passa aux transports, aux bureaux. Jusqu'aux vendeuses des grands magasins qui se mettaient en gr&#232;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les salari&#233;s des caf&#233;s et restaurants, les laboratoires pharmaceutiques, les usines de chaussures, les cin&#233;mas, les vendeurs des kiosques, les camionneurs des Halles, la gr&#232;ve toucha des cat&#233;gories qui n'avaient jamais connu de luttes jusque-l&#224;. Et cette gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, oeuvre des travailleurs eux-m&#234;mes, rencontra le soutien de bien des cat&#233;gories de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui s'accompagnait la plupart du temps de l'occupation des usines ou des locaux terrifia le patronat. La classe ouvri&#232;re s'&#233;tait rendue ma&#238;tresse des entrep&#244;ts, des usines, des magasins, des chantiers, qu'elle gardait avec tranquillit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Les bourgeois sentaient que cette force collective pouvait tout leur prendre, pouvait leur &#244;ter le contr&#244;le de l'&#233;conomie, leur pouvoir. Et ils avaient peur ! La r&#233;volution russe n'&#233;tait vieille que de 19 ans. &#192; l'&#233;poque, les patrons fran&#231;ais savaient que &#231;a pouvait leur arriver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, ce furent eux qui all&#232;rent chercher Blum pour imposer des n&#233;gociations. Les m&#234;mes, qui ne voulaient pas entendre parler de syndicat chez eux, les suppliaient de faire cesser ce mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la nuit du 7 au 8 juin, les repr&#233;sentants patronaux et syndicaux sign&#232;rent les accords connus sous le nom d'accords Matignon. Les patrons c&#233;daient la reconnaissance du droit syndical, l'instauration de d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers &#233;lus et des augmentations de salaires, contre l'&#233;vacuation des usines et la fin des gr&#232;ves. Le gouvernement Blum, lui, fit ensuite voter les lois sur les cong&#233;s pay&#233;s et les 40 heures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants syndicalistes, comme les dirigeants socialistes et communistes, voulaient la fin de la gr&#232;ve, la fin de cette effervescence ouvri&#232;re. Ils mirent tout leur poids - en particulier les communistes, les plus implant&#233;s dans la classe ouvri&#232;re - pour faire reprendre le travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il fallut du temps pour convaincre les gr&#233;vistes de cesser leur mouvement. La fraternit&#233; acquise dans la lutte collective, la force mise en action dans les gr&#232;ves, le sentiment qu'on pouvait garder les usines et les faire fonctionner sans le patron, les ouvriers ne voulaient c&#233;der tout cela, ils r&#233;sist&#232;rent &#224; la volont&#233; de les faire rentrer dans le rang.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 11 juin, Maurice Thorez dans L'Humanit&#233;, affirmait : &#171; &lt;i&gt;Il faut savoir terminer une gr&#232;ve&lt;/i&gt; &#187;. Le 12 juin, il insistait : &#171; &lt;i&gt;Tout n'est pas possible maintenant&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le PC poursuivait ainsi sa politique de soutien &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise, entam&#233;e en 1935. II pesa de toutes ses forces pour emp&#234;cher le mouvement de gr&#232;ve de devenir un mouvement r&#233;volutionnaire capable de se fixer d'autres objectifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, les acquis de 1936 sont les plus importants jamais obtenus par la classe ouvri&#232;re en France. Mais, en laissant le contr&#244;le de l'&#233;conomie &#224; la bourgeoisie, les chefs communistes et syndicalistes la laissaient aussi organiser sa riposte et finalement tout reprendre. D&#232;s la fin 1936, les augmentations de salaires disparurent dans celles des prix. En 1938, le gouvernement revint sur la loi des 40 heures. Puis il fit voter le blocage des salaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, la politique des partis ouvriers fran&#231;ais en 1936 a frein&#233; et arr&#234;t&#233; la mobilisation ouvri&#232;re et surtout elle a emp&#234;ch&#233; le prol&#233;tariat de comprendre les v&#233;ritables enjeux de l'&#233;poque. Un gr&#233;viste de 1936 raconte ainsi : &#171; &lt;i&gt;36, (&#8230;) c'&#233;tait insens&#233;, incroyable... Tout &#231;a &#233;tait d'une gait&#233; ! C'&#233;tait la force calme, tranquille, l'&#233;vidence... Le Front populaire, personnellement, je pensais que cela devait durer &#233;ternellement. Si on m'avait dit que, trois ans apr&#232;s, il y aurait la guerre, j'aurais &#233;t&#233; sid&#233;r&#233;...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es trente, la seule question pos&#233;e par l'histoire &#233;tait : le capitalisme m&#232;nera-t-il &#224; la guerre en passant par le fascisme / ou la classe ouvri&#232;re pourra-t-elle &#233;viter la catastrophe en le renversant ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise de l'&#233;conomie capitaliste avait mis &#224; vif les pires contradictions du syst&#232;me. La bourgeoisie &#233;tait devenue incapable de maintenir sa domination politique et &#233;conomique par des moyens traditionnels. Sa d&#233;cadence se traduisait par son recours au fascisme dans certains pays. Les diff&#233;rentes bourgeoisies ne pouvaient r&#233;soudre leurs conflits d'int&#233;r&#234;ts autrement que par la guerre. Seules les luttes ouvri&#232;res offraient la possibilit&#233; de mettre fin et &#224; la marche &#224; la guerre et au fascisme, en attaquant le mal &#224; la racine : en s'en prenant &#224; la domination de la bourgeoisie sur le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que la classe ouvri&#232;re en soit consciente ou pas, elle porte l'avenir de toute la soci&#233;t&#233; dans ses mains, dans ses luttes, car elle est la seule classe capable de renverser le capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et elle le montra dans les ann&#233;es trente. Des gr&#232;ves se d&#233;clench&#232;rent aux &#201;tats-Unis et en France, on l'a vu, mais aussi dans toute l'Europe, en Belgique, au Royaume-Uni, en Pologne, en Gr&#232;ce, en Yougoslavie. Des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent en Indochine, en Tunisie, au Maroc. Elles s'accompagn&#232;rent de luttes contre la colonisation. En 1936, la r&#233;volte arabe gagna tout le Moyen-Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce bouillonnement international se profilait la possibilit&#233; de retourner une situation qui menait &#224; la guerre. D'autant plus que, contrairement &#224; 1917, les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires avaient aussi lieu dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s, au coeur du syst&#232;me, l&#224; o&#249; le prol&#233;tariat pouvait l'atteindre mortellement. Les luttes ouvri&#232;res furent suffisamment internationales et profondes pour ouvrir un processus r&#233;volutionnaire. Dans bien des pays, ce processus ne fut qu'&#233;bauch&#233;. Mais en 1936, en Espagne, la r&#233;volution ouvri&#232;re &#233;clata pour de bon.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.3'&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;volution espagnole&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ce pays, la remont&#233;e ouvri&#232;re avait commenc&#233; d&#232;s 1931, avec le renversement de la monarchie. Entre 1931 et 1936, les gouvernements dits r&#233;publicains ne voulurent d'aucune r&#233;forme s&#233;rieuse et rest&#232;rent hostiles au monde ouvrier. Les travailleurs espagnols continu&#232;rent donc &#224; combattre les poss&#233;dants et ces gouvernements, et ce furent des ann&#233;es de prise de conscience r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En f&#233;vrier 1936, les &#233;lections port&#232;rent au pouvoir un gouvernement de Front populaire, soutenu par tous les partis r&#233;publicains, les partis de gauche et m&#234;me ayant le soutien tacite de la CNT anarchiste. Ce fut un homme de la bourgeoisie, un r&#233;publicain, qui en prit la t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette victoire &#233;lectorale fut v&#233;cue par les travailleurs comme un encouragement &#224; poursuivre les luttes. Les gr&#232;ves se multipli&#232;rent partout. Une atmosph&#232;re de guerre civile r&#233;gnait en Espagne. Mais le nouveau gouvernement de Front populaire ne voulait surtout pas s'attaquer aux classes poss&#233;dantes. Il laissa en place l'arm&#233;e et les g&#233;n&#233;raux les plus r&#233;actionnaires, dont Franco. Il conserva la police, la justice, les piliers de l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie espagnole continuait &#224; craindre non pas le gouvernement de Front populaire, mais les travailleurs. Alors le 17 juillet 1936, Franco lan&#231;ait le signal d'un coup d'&#201;tat contre le gouvernement, destin&#233; en fait &#224; mettre fin aux luttes du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une partie du pays passa sous la dictature des arm&#233;es de Franco. Mais dans le reste du pays, le coup d'&#201;tat d&#233;clencha la r&#233;volution ouvri&#232;re tant redout&#233;e. Les travailleurs seuls, puisque le gouvernement r&#233;publicain avait refus&#233; de leur donner des armes, avait refus&#233; d'arr&#234;ter les g&#233;n&#233;raux putschistes, avait m&#234;me refus&#233; d'informer des pr&#233;paratifs de ce coup d'&#201;tat, les travailleurs seuls mont&#232;rent &#224; l'assaut des casernes. &#192; Madrid, &#224; Barcelone et dans d'autres villes, ils s'arm&#232;rent eux-m&#234;mes, arr&#234;t&#232;rent les putschistes et se retrouv&#232;rent ma&#238;tres du terrain, car l'&#201;tat r&#233;publicain &#233;tait all&#233;... se cacher. L'arm&#233;e officielle et la police &#233;taient pass&#233;es dans le camp de Franco ou avaient disparu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait une r&#233;volution qui &#233;tait en marche et qui soulevait les masses opprim&#233;es d'Espagne. Les travailleurs se battaient non pour cette r&#233;publique bourgeoise qui avait tourn&#233; le dos &#224; leurs aspirations, mais pour se d&#233;barrasser de l'exploitation, pour briser le pouvoir des pr&#234;tres, des militaires. Ils voulaient une vie digne, la libert&#233; et la fin des humiliations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la plus grande partie du pays non occup&#233;e par Franco, les ouvriers prirent leur sort en main. Ils prirent le contr&#244;le des entreprises. Des comit&#233;s se constitu&#232;rent pour organiser l'&#233;conomie, g&#233;rer toute la soci&#233;t&#233;. Les biens de l'&#201;glise furent confisqu&#233;s. Dans les campagnes, les paysans prenaient les terres et les collectivisaient eux-m&#234;mes. L&#224; aussi, ils s'organisaient et mettaient en place des comit&#233;s pour g&#233;rer. De v&#233;ritables organes de pouvoir ouvrier naissaient, tendant &#224; remplacer l'&#201;tat r&#233;publicain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Mais, contrairement &#224; ce qui s'&#233;tait pass&#233; en Russie en 1917, aucun parti n'avait comme politique de d&#233;truire ce pouvoir bourgeois et de construire une v&#233;ritable &#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement de Front populaire &#233;tait devenu caduc, sans force et sans pouvoir r&#233;el. Mais il existait encore et les politiciens r&#233;publicains le firent rena&#238;tre pour en faire le centre de la contre r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En septembre 1936, le dirigeant socialiste Largo Caballero prit la t&#234;te du gouvernement r&#233;publicain, avec cette fois des ministres communistes auquel s'adjoignirent des ministres anarchistes. Son objectif principal &#233;tait de restaurer l'autorit&#233; de la bourgeoisie, sous l'&#233;tiquette de R&#233;publique. L'arm&#233;e et la police r&#233;publicaines furent reconstitu&#233;es. L'appareil d'&#201;tat retira peu &#224; peu aux organisations ouvri&#232;res leur pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique r&#233;ellement contre-r&#233;volutionnaire rencontra le soutien de Staline. Celui-ci redoutait qu'une r&#233;volution ouvri&#232;re vienne &#233;branler le monde et permette alors &#224; la classe ouvri&#232;re russe de remettre en cause la dictature de la bureaucratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, l'URSS envoya bien des armes en Espagne, d'ailleurs au compte-goutte et en se faisant payer. Mais, et ce fut l'essentiel, par l'interm&#233;diaire du PC et des conseillers politiques russes, elle aida le gouvernement &#224; combattre les r&#233;volutionnaires espagnols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces attaques contre les conqu&#234;tes ouvri&#232;res se firent sous couvert de lutte contre Franco. Les directions socialistes, communistes et anarchistes tentaient de faire croire aux ouvriers qu'ils devaient abandonner leurs positions, se ranger derri&#232;re le gouvernement bourgeois pour vaincre Franco d'abord et que la r&#233;volution viendrait apr&#232;s. Tout cela &#233;tait un mensonge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement socialiste espagnol et ses suppl&#233;tifs du Parti communiste oeuvr&#232;rent m&#234;me &#224; d&#233;sarmer la classe ouvri&#232;re en d&#233;cidant la dissolution des milices ouvri&#232;res, fer de lance de la collectivisation des terres et de la r&#233;volution. Ils voulaient remplacer les milices par une arm&#233;e sous le contr&#244;le du gouvernement officiel, une arm&#233;e bourgeoise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs de Barcelone n'accept&#232;rent pas d'&#234;tre ainsi d&#233;sarm&#233;s. Ils s'insurg&#232;rent contre le gouvernement r&#233;publicain et &#233;rig&#232;rent des barricades dans la capitale de la Catalogne. Mais, sans direction r&#233;volutionnaire, ils finirent par &#234;tre vaincus. Le PC en profita alors pour mener toute une campagne d'assassinats des militants espagnols jug&#233;s trop radicaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mettant fin aux mesures r&#233;volutionnaires de juillet, le camp dit r&#233;publicain perdait de sa force. Les soldats marocains enr&#244;l&#233;s par Franco savaient bien que cette r&#233;publique n'avait pas mis fin &#224; la colonisation. Les paysans &#224; l'arri&#232;re des troupes franquistes voyaient bien que, dans le camp r&#233;publicain, on abandonnait la collectivisation des terres. Et plus g&#233;n&#233;ralement, en d&#233;truisant les comit&#233;s et milices ouvri&#232;res, le gouvernement cassait la colonne vert&#233;brale de la lutte, l'enthousiasme, le r&#233;servoir d'&#233;nergie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique ne pouvait que finir par la victoire de Franco. Contrairement &#224; l'argument utilis&#233; par les r&#233;publicains pour justifier les reculs &#171; &lt;i&gt;ne pas faire peur &#224; nos alli&#233;s bourgeois&lt;/i&gt; &#187;, ils n'avaient pas d'alli&#233;s dans le camp bourgeois. Toute la bourgeoisie espagnole &#233;tait dans le camp de Franco. Les gouvernement bourgeois de France, du Royaume-Uni et des &#201;tats-Unis, craignant plus que tout la contagion r&#233;volutionnaire, asphyxi&#232;rent le camp r&#233;publicain tout en priant pour une d&#233;faite des travailleurs. Les seuls v&#233;ritables alli&#233;s des combattants espagnols &#233;taient les ouvriers du monde entier qui pouvaient se reconna&#238;tre dans une r&#233;volution en marche. Mais tout fut fait pour emp&#234;cher la r&#233;volution de s'&#233;tendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement espagnol, ne voulant surtout pas de cette guerre de classe qui d&#233;marrait, fit tout pour la r&#233;duire &#224; une guerre civile entre deux camps militaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les opposants &#224; Franco ne pouvaient pas vaincre sur le terrain strictement militaire, d'autant plus que Hitler et Mussolini soutenaient Franco. En pr&#233;vision de la guerre mondiale &#224; venir, Hitler utilisa l'Espagne pour tester ses chars, ses m&#233;thodes et surtout ses avions dans des bombardements de population civile, comme &#224; Guernica.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re espagnole a su combattre les militaires, a su prendre son sort en main, organiser la soci&#233;t&#233; l&#224; o&#249; elle avait arrach&#233; le pouvoir. Mais les partis -socialiste avant tout, mais aussi stalinien et anarchiste- en restaurant l'appareil d'&#201;tat et en lui permettant de reprendre le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; ont orchestr&#233; une v&#233;ritable contre r&#233;volution. Cela ouvrait les all&#233;es du pouvoir &#224; Franco. En 1939, il entra dans Barcelone, derni&#232;re &#233;tape avant d'instaurer sa dictature pour quarante ans. Les combattants espagnols qui cherch&#232;rent refuge en France se retrouv&#232;rent dans des camps. La r&#233;publique fran&#231;aise les traitait en ennemis et nombre d'entre eux finirent par &#234;tre livr&#233;s aux nazis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces d&#233;faites ont &#233;t&#233; pay&#233;es par la guerre et ses atrocit&#233;s. Mais rien ne peut faire oublier la responsabilit&#233; collective de la bourgeoisie dans cette seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie allemande en premier lieu qui a install&#233; Hitler au pouvoir et lui a ainsi laiss&#233; les mains libres pour mettre au point le g&#233;nocide de six millions de juifs, de Tsiganes. Les bourgeois allemands dans leur ensemble n'ont peut-&#234;tre pas voulu la solution finale, mais ils en ont &#233;t&#233; responsables, et d'ailleurs ils ne se sont pas priv&#233;s d'en tirer profit en faisant travailler des d&#233;port&#233;s dans leurs usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et cela avec la complicit&#233; des dirigeants du monde capitaliste qui savaient ce qui se perp&#233;trait dans les camps d'extermination. Mais durant la guerre - cette guerre qu'ils menaient non pour lutter contre le fascisme mais pour r&#233;sister &#224; la supr&#233;matie de l'imp&#233;rialisme allemand-, ils ont continu&#233; &#224; pr&#233;f&#233;rer bombarder les usines allemandes, voire les populations civiles, plut&#244;t que les chemins de fer qui alimentaient ces camps de la mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui a manqu&#233; cruellement dans ces ann&#233;es trente, face &#224; la crise et au fascisme, ce ne sont ni les capacit&#233;s de lutte, de sacrifices, d'enthousiasme de la classe ouvri&#232;re ; ce qui a fait d&#233;faut, c'est ce que Trotsky appelait une direction r&#233;volutionnaire. Un parti avec la volont&#233; de mener les combats jusqu'au bout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est avec cette exp&#233;rience du mouvement ouvrier, que nous abordons la p&#233;riode pr&#233;sente.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La crise &#233;conomique actuelle a d&#233;j&#224; des cons&#233;quences graves. Des dizaines de millions de ch&#244;meurs rien que dans les pays d&#233;velopp&#233;s ; et dans le monde, le nombre d'enfants, de femmes et d'hommes r&#233;duits &#224; la famine d&#233;passe le milliard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Mais on est loin d'avoir tout vu. Les milliards d&#233;vers&#233;s pour sauver les banques, il faudra bien les payer. Et on ne sait pas quelles en seront les cons&#233;quences pour les classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise d'aujourd'hui est la d&#233;monstration de l'impasse du capitalisme. Cette organisation sociale est non seulement incapable, m&#234;me dans les p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233;, de r&#233;soudre des probl&#232;mes essentiels de l'humanit&#233; &#224; commencer par la faim dans le monde, mais en plus, p&#233;riodiquement elle conduit avec les crises &#224; un g&#226;chis effrayant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, qu'ils enterrent le communisme autant qu'ils le veulent ! Les aberrations de leur syst&#232;me rendent ces id&#233;es toujours aussi vivantes et actuelles. Le communisme est n&#233; et continue &#224; exister du fait de l'incapacit&#233; du capitalisme &#224; sortir l'humanit&#233; de la barbarie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la crise, c'est toute la soci&#233;t&#233; qui est pouss&#233;e vers l'incertitude et l'instabilit&#233;. La vie de millions de personnes va &#234;tre transform&#233;e, bouscul&#233;e. Aujourd'hui, surprises, confront&#233;es aux coups qui leur sont port&#233;s, les masses ouvri&#232;res sont sans perspective. Mais elles retrouveront le chemin des luttes. C'est in&#233;vitable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et &#224; ce moment l&#224;, la classe ouvri&#232;re fera surgir de ses rangs des militants, des centaines, des milliers de militants qui auront &#224; coeur de se mettre en avant dans les luttes, de se consacrer aux combats de leur classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il faudra que ces militants puissent renouer avec les combats et les exp&#233;riences du pass&#233;, avec les id&#233;es communistes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudra donc qu'existe dans le mouvement ouvrier, un courant r&#233;volutionnaire capable de se faire entendre, pour que ces militants des luttes de demain ne trouvent pas comme seule perspective les politiques d'abandon, de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts bourgeois, pr&#244;n&#233;es par les partis socialistes et communistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il nous appartient donc de combattre la seule v&#233;ritable utopie qui r&#232;gne dans le mouvement ouvrier, celle des dirigeants politiques ou syndicaux qui voudraient nous faire croire qu'on peut g&#233;rer tranquillement le capitalisme ! Bref que la r&#233;volution n'est pas n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; nous d'affirmer notre confiance dans les forces du prol&#233;tariat, dans ses capacit&#233;s &#224; arracher la direction de l'&#233;conomie, le pouvoir, &#224; la bourgeoisie, pour b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>L'enseignement public</title>
	
	
	
	

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				114 Les r&#233;formes de Darcos servent, selon ses propres confidences rapport&#233;es en d&#233;cembre 2008 par le Canard encha&#238;n&#233;, &#171; d'habillage aux suppressions de postes &#187;. Dans le domaine de l'&#233;ducation comme dans bien d'autres, les mesures du gouvernement de Sarkozy ont pour but de justifier les restrictions des budgets sociaux, et elles repr&#233;sentent une r&#233;gression. L'enseignement public est, comme tous les services publics, victime de la volont&#233; de sacrifier une part croissante du budget de l'&#201;tat &#224; la classe (...)
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;formes de Darcos servent, selon ses propres confidences rapport&#233;es en d&#233;cembre 2008 par le Canard encha&#238;n&#233;, &#171; &lt;i&gt;d'habillage aux
suppressions de postes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine de l'&#233;ducation comme dans bien d'autres, les mesures du gouvernement de Sarkozy ont pour but de justifier les restrictions des budgets sociaux, et elles repr&#233;sentent une r&#233;gression. L'enseignement public est, comme tous les services publics, victime de la volont&#233; de sacrifier une part croissante du budget de l'&#201;tat &#224; la classe bourgeoise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette politique se manifestent de bien des fa&#231;ons pour les enfants des milieux populaires : aggravation de l'&#233;chec scolaire, mont&#233;e de la violence &#224; l'&#233;cole, recrudescence de l'illettrisme, des centaines de milliers de jeunes qui sortent du syst&#232;me scolaire sans aucune culture ni aucune qualification, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les d&#233;fenseurs de la pr&#233;tendue &#171; &#233;galit&#233; des chances &#187;, la &#171; machine &#233;galitaire &#187; ne fonctionnerait plus. Mais a-t-elle jamais fonctionn&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;velopp&#233; dans le cadre de la soci&#233;t&#233; capitaliste, le service public de l'&#201;ducation nationale pouvait-il ne pas &#234;tre profond&#233;ment in&#233;galitaire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cet expos&#233;, on reviendra sur l'histoire de l'enseignement public sous
le capitalisme, avant d'aborder ses probl&#232;mes actuels. En m&#234;me temps, la
lutte contre l'ignorance et pour l'&#233;ducation a toujours &#233;t&#233; un combat du
mouvement ouvrier. Les communistes au pouvoir apr&#232;s la R&#233;volution
d'Octobre 1917 n'ont-ils pas tent&#233; de cr&#233;er une autre &#233;cole que celle que
nous connaissons ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;ducation, un besoin social essentiel&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;L'invention de l'&#233;criture et la naissance de l'&#233;cole&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Transmettre des connaissances accumul&#233;es d'une g&#233;n&#233;ration &#224; une autre, c'est une pr&#233;occupation humaine aussi ancienne que la taille des premiers silex, qui n&#233;cessitait d&#233;j&#224; un apprentissage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut penser que l'enseignement, comme branche sp&#233;cifique, est n&#233; &#224;
la suite de la r&#233;volution n&#233;olithique, qui avait comme fondement l'invention et la g&#233;n&#233;ralisation de l'agriculture et de la domestication des animaux. Le passage d'une &#233;conomie uniquement pr&#233;datrice (chasse, p&#234;che, cueillette) &#224; une &#233;conomie productive a entra&#238;n&#233; bien d'autres innovations, de la c&#233;ramique au tissage en passant par la vannerie. L'accroissement de la productivit&#233; humaine et la division du travail qui en a r&#233;sult&#233; ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de l'&#233;mergence de la civilisation humaine, dont l'invention de l'&#233;criture fait partie. Tout cela a augment&#233; la quantit&#233; de connaissances &#224; conserver et &#224; diffuser. Et c'est devenu possible avec l'invention de l'&#233;criture. Avec la naissance de l'&#233;cole, la transmission des savoirs collectifs se fait dans des institutions sp&#233;cialis&#233;es et s&#233;par&#233;es de l'activit&#233; productive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apparue avec la soci&#233;t&#233; de classes, l'&#233;cole n'est pas ind&#233;pendante de la soci&#233;t&#233; dont elle est issue. Elle refl&#232;te m&#234;me exactement les rapports entre la classe exploiteuse et les exploit&#233;s. La formation des premiers scribes de la civilisation de Sumer, ou de l'&#201;gypte des Pharaons, s'est d&#233;velopp&#233;e pour r&#233;pondre &#224; la croissance des activit&#233;s commerciales et administratives, mais elle &#233;tait &#233;troitement contr&#244;l&#233;e par la hi&#233;rarchie politique ou cl&#233;ricale. Pour lire et &#233;crire le sum&#233;rien, les scribes devaient apprendre, d&#232;s leur plus jeune &#226;ge, &#224; manier au moins un demi-millier de signes. L'&#233;cole les formait en fonction des besoins du palais et du temple, que ce soit pour tenir la comptabilit&#233; des quantit&#233;s de bl&#233; ou de laine vendues, ou pour transcrire les &#233;pop&#233;es royales, les pri&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;ducation au service des classes dominantes : de la soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'esclavage&#8230;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Chez les Grecs de l'Antiquit&#233;, &#234;tre &#233;duqu&#233; &#233;tait le privil&#232;ge des citoyens libres, m&#234;me si certains &#233;ducateurs pouvaient &#234;tre des esclaves, puisqu'apr&#232;s tout il s'agissait d'un travail. Dans l'&#233;ducation des jeunes Grecs, il y avait des diff&#233;rences en fonction du contexte social et culturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi qu'&#224; Sparte, la noblesse au pouvoir imposa une &#233;ducation qui formait des guerriers. Plus que rude, cette &#233;ducation &#233;tait bas&#233;e sur une s&#233;lection eug&#233;niste, qui &#233;liminait les nouveau-n&#233;s mal form&#233;s ou malingres, confiait les enfants jusqu'&#224; sept ans aux femmes, avant de les soustraire &#224; leur famille jusqu'&#224; leurs vingt ans, pour les confier collectivement aux soins de l'&#201;tat. L'&#233;ducation intellectuelle &#233;tait r&#233;duite au minimum, il s'agissait surtout de d&#233;velopper des aptitudes physiques et militaires, en s'entra&#238;nant &#224; dormir sur le sol nu, &#224; se priver de nourriture, tout en multipliant les exercices. &#201;videmment, on peut pr&#233;f&#233;rer l'&#233;ducation que procurait, presque &#224; la m&#234;me &#233;poque, la cit&#233; d'Ath&#232;nes &#224; ses jeunes, bas&#233;e sur l'enseignement des lettres, de la musique et de la gymnastique, les pr&#233;parant &#224; la philosophie et &#224; la sp&#233;culation scientifique... Mais c'est l'esclavage qui rendait possible l'existence m&#234;me de l'&#233;ducation, le travail des esclaves lib&#233;rant &#233;l&#232;ves et ma&#238;tres de l'activit&#233; productive.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.3'&gt;&lt;/a&gt;&#8230; &#224; la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, qui vit l'ascension de la bourgeoisie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;On parlera ce soir essentiellement de l'&#233;ducation dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, mais comme celle-ci s'est d&#233;velopp&#233;e dans les entrailles de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, quelques mots d'abord sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que la chanson attribue &#224; Charlemagne d'avoir un jour &#171; invent&#233; l'&#233;cole &#187;, les &#233;coles ne commenc&#232;rent &#224; se multiplier que dans la deuxi&#232;me partie du Moyen &#194;ge, &#224; partir du XIIe si&#232;cle, dans le m&#234;me mouvement historique qui vit appara&#238;tre la bourgeoisie. Jusque-l&#224;, le savoir &#233;crit &#233;tait &#233;troitement contr&#244;l&#233; par l'&#201;glise, dans les monast&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'apparition d'une &#233;ducation hors de l'&#201;glise fut justement l'un des aspects du d&#233;veloppement de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les r&#233;gions du nord de la France plus d&#233;velopp&#233;es, comme &#224; Lille, les marchands bataill&#232;rent contre les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques pour imposer leurs propres &#233;coles, afin que leurs enfants apprennent non seulement &#224; lire, &#233;crire et calculer, mais aussi qu'ils assimilent l'essentiel des techniques commerciales, qu'ils sachent r&#233;diger des lettres et des billets &#224; ordre. C'&#233;tait une &#233;ducation disons &#171; utilitaire &#187;, mais qui repr&#233;sentait un certain progr&#232;s, en s'affranchissant des textes religieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sens m&#234;me du mot Universit&#233;, qui signifie r&#233;unir les savoirs ensemble, dans leur totalit&#233;, correspond &#224; une nouvelle vision du monde, une vision caract&#233;ristique de l'universalisme de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusqu'&#224; la R&#233;volution, ce qui est frappant, c'est que presque tous les hommes cultiv&#233;s, jusqu'aux philosophes des Lumi&#232;res tels que Rousseau ou Voltaire, ces hommes qui avaient, sans aucun doute, des id&#233;es novatrices sur l'&#233;ducation de l'enfant, tous s'accordaient n&#233;anmoins sur le danger d'instruire le peuple. Dans la Nouvelle H&#233;lo&#239;se, Rousseau &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;N'instruisez pas l'enfant du villageois car il ne lui convient pas d'&#234;tre instruit&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, Voltaire approuvait le procureur du Parlement de Rennes qui, dans son &lt;i&gt;Essai d'&#233;ducation nationale&lt;/i&gt; en 1763, affirmait : &#171; &lt;i&gt;Le bien de la soci&#233;t&#233; demande que les connaissances du peuple ne s'&#233;tendent pas plus que ses occupations&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#224; la veille de la R&#233;volution de 1789, un changement s'amor&#231;ait : en t&#233;moignent les nombreux cahiers de dol&#233;ances remontant des villages et des villes qui r&#233;clamaient des &#233;coles et des coll&#232;ges plus nombreux.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.4'&gt;&lt;/a&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise et l'Empire&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'irruption des masses allait lib&#233;rer les id&#233;es sur l'&#233;ducation, autoriser les audaces. La R&#233;volution eut des projets ambitieux, mais elle n'eut pas le temps, ni les moyens de les r&#233;aliser. En particulier, le projet pour l'instruction publique de Condorcet ne vit pas le jour. Affirmant que &#171; &lt;i&gt;l'in&#233;galit&#233; d'instruction est une des principales sources de la tyrannie&lt;/i&gt; &#187;, il pr&#244;nait une instruction de tous, publique et la&#239;que, et utilisa, le premier, le terme d'instituteur. Selon lui, le devoir de la soci&#233;t&#233; &#233;tait de &#171; procurer &#224; chacun l'instruction n&#233;cessaire pour exercer les fonctions communes d'homme, de p&#232;re de famille, et de citoyen &#187;. Un autre r&#233;volutionnaire, Le Peletier de Saint-Fargeau, imagina des &#171; Maisons d'&#233;ducation nationale &#187;, sortes d'internats o&#249; les enfants de 5 &#224; 12 ans, filles et gar&#231;ons, seraient &#233;lev&#233;s sans distinction, aux frais de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'&#233;cole du peuple ne fut pas r&#233;alis&#233;e, il restait l'id&#233;e d'un syst&#232;me &#233;ducatif &#233;tatique et centralis&#233;, qui allait servir de mod&#232;le pour l'enseignement r&#233;serv&#233; aux fils de la bourgeoisie. Pour les dirigeants de la R&#233;volution d'abord, puis de l'Empire, il fallait former les cadres n&#233;cessaires au d&#233;veloppement de la nation. De grandes &#233;coles furent cr&#233;&#233;es, telles que l'&#201;cole polytechnique, pour former des ing&#233;nieurs dans les domaines scientifiques et techniques, ou encore l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure, pour fournir les professeurs des lyc&#233;es imp&#233;riaux. Entretenus par l'&#201;tat, les lyc&#233;ens, issus des couches ais&#233;es, y menaient une v&#233;ritable vie de caserne. D'ailleurs, en ces temps de guerres napol&#233;oniennes, le principal d&#233;bouch&#233; &#233;tait bien souvent la carri&#232;re militaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime draconien des lyc&#233;es ne changera gu&#232;re pendant plusieurs d&#233;cennies, sauf en pire au moment de la Restauration monarchique, o&#249; le poids de l'&#201;glise devint &#233;touffant. L'uniforme, les privations, voire les ch&#226;timents physiques, un r&#233;gime quasi monacal, tout cela faisait des lyc&#233;es de v&#233;ritables &#171; bagnes de l'enfance &#187;, o&#249; les jeunes menaient une vie &#171; captive et encasern&#233;e &#187;. Ce r&#233;gime provoqua des mutineries : la troupe intervint &#224; Louis-le-Grand, des lyc&#233;es de province furent occup&#233;s militairement pour que les examens de fin d'ann&#233;e puissent avoir lieu !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.5'&gt;&lt;/a&gt;Avec le d&#233;veloppement du capitalisme, l'extension de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'instruction &#233;l&#233;mentaire, celle du peuple, devint une n&#233;cessit&#233; avec les
progr&#232;s de l'industrie. Dans un premier temps, le d&#233;veloppement de l'industrie avait entra&#238;n&#233; une d&#233;qualification g&#233;n&#233;rale du travail. Mais rapidement, les industries les plus avanc&#233;es manqu&#232;rent d'ouvriers qualifi&#233;s. Il fallait accro&#238;tre les comp&#233;tences techniques de certains ouvriers ; car les patrons de fabriques ne disposant pas de main-d'oeuvre qualifi&#233;e durent faire appel &#224; des travailleurs &#233;trangers, des m&#233;tallurgistes allemands et des m&#233;caniciens anglais, puisque la plupart des nouvelles machines &#233;taient anglaises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans toute l'Europe, la r&#233;volution industrielle transformait les paysans,
arrach&#233;s aux campagnes et souvent illettr&#233;s, en prol&#233;taires, qu'il fallait
instruire un minimum pour les utiliser sur des machines. Il fallait aussi former des chefs, des contrema&#238;tres, des employ&#233;s, bref tout l'encadrement n&#233;cessaire &#224; la production manufacturi&#232;re. Dans cette situation nouvelle, un pasteur anglais mit au point un syst&#232;me d'enseignement dit mutuel, parce que s'appuyant sur les &#233;l&#232;ves les plus anciens pour instruire les plus jeunes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait &#233;conomique puisqu'un seul ma&#238;tre suffisait pour plusieurs centaines d'&#233;l&#232;ves. L'enseignement mutuel &#233;tait d&#233;j&#224; assez r&#233;pandu en Angleterre quand il commen&#231;a &#224; se d&#233;velopper en France dans les ann&#233;es 1820, sous l'action d'une Soci&#233;t&#233; pour l'instruction &#233;l&#233;mentaire, cr&#233;&#233;e par des notables &#233;clair&#233;s et des industriels, qui prenaient conscience de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique et sociale d'une instruction populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'un d'eux, le baron Dupin, expliquait en 1826 : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s qu'un &#233;tablissement d'industrie est un peu consid&#233;rable, soit qu'il exige un mat&#233;riel d'une grande valeur, soit qu'il exige un personnel nombreux d'ouvriers, de manoeuvres, de porteurs, de gardiens, etc., il faut des chefs, des sous-chefs d'ouvrage, d'inspection, de comptabilit&#233;. Ces chefs, ces sous-chefs doivent tous savoir lire, &#233;crire et compter, pour tenir note des ordres, des commandes qu'ils re&#231;oivent et qu'ils transmettent, des distributions, des recettes, des paiements et des simples laissez-passer dont ils sont charg&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Paris, plus de cinquante &#233;coles furent cr&#233;&#233;es, plus d'un millier dans tout
le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ces &#233;coles, des &#171; moniteurs &#187;, plus &#226;g&#233;s et plus avanc&#233;s, &#233;taient charg&#233;s de suivre chacun une dizaine d'enfants plus jeunes. Une m&#234;me salle pouvait contenir quatre cents enfants, sous l'autorit&#233; d'un seul ma&#238;tre si&#233;geant sur une estrade, avec des moniteurs pour relayer les instructions aux &#233;l&#232;ves align&#233;s sur de longs bancs de seize &#224; vingt places. Avec tout ce monde, il fallait une codification pr&#233;cise pour coordonner le travail : une sonnette attirait l'attention ; un coup de sifflet signifiait le d&#233;but ou la fin d'un exercice ; on usait &#233;galement de signaux manuels &#224; l'aide d'ardoises et d'un tableau noir. L'ardoise &#233;tait &#171; le papier du pauvre &#187; et c'est bien la seule chose qui nous en est rest&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enseignement mutuel fut abandonn&#233; au bout de quelques ann&#233;es. Car si les moniteurs retenaient mieux en instruisant les autres, il ne permettait de transmettre que des notions tr&#232;s &#233;l&#233;mentaires d'&#233;criture et de calcul au plus grand nombre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout, il avait l'inconv&#233;nient aux yeux des poss&#233;dants de se passer des cur&#233;s et de valoriser les moniteurs, ce qui faisait dire &#224; l'archev&#234;que de Paris : &#171; &lt;i&gt;Il est facile de sentir combien une telle m&#233;thode est vicieuse, puisqu'on montre aux enfants la facilit&#233; de devenir chacun &#224; leur tour les chefs et les sup&#233;rieurs de leurs condisciples. (&#8230;) C'est &#233;videmment l&#224; un principe r&#233;publicain.&lt;/i&gt; &#187; La suite lui a donn&#233; en partie raison, un Communard se souvenant : &#171; &lt;i&gt;Je me suis quelquefois demand&#233; si l'habitude d'enseigner, contract&#233;e &#224; l'&#233;cole mutuelle par beaucoup d'enfants de ma g&#233;n&#233;ration, n'avait pas form&#233; cette p&#233;pini&#232;re d'ouvriers qui pr&#233;paraient dans les associations et les r&#233;unions publiques la chute du Second Empire&lt;/i&gt; &#187; !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.6'&gt;&lt;/a&gt;Des initiatives vari&#233;es, mais toujours priv&#233;es, pour faire face aux besoins&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Comme l'industrie employait de plus en plus de femmes, il fallut cr&#233;er des salles d'asile pour accueillir les nourrissons et les enfants en bas &#226;ge. Ces salles d'asile allaient devenir les &#233;coles maternelles, mais &#224; leur cr&#233;ation elles avaient plus un r&#244;le social qu'&#233;ducatif, et elles devaient leur existence &#224; la charit&#233; de notables fortun&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1826, un maire d'arrondissement de Paris fit b&#226;tir, sur sa fortune personnelle, un des premiers groupes scolaires, qui comprenait une &#233;cole &#233;l&#233;mentaire et une salle d'asile pour accueillir de tr&#232;s jeunes enfants, entre deux et six ans, dont les parents travaillaient. Il s'inspirait des r&#233;alisations de Robert Owen en &#201;cosse, qui l'avaient fortement impressionn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Owen &#233;tait un industriel anglais acquis aux id&#233;es socialistes, qui avait fond&#233; une &#233;cole en 1816 dans sa filature de New Lanark. Non seulement il voulait &#233;pargner &#224; ses ouvriers des journ&#233;es de travail abrutissantes, mais il se pr&#233;occupait &#233;galement du d&#233;veloppement physique et moral de leurs enfants. &#192; ses yeux, les enfants d'ouvriers allaient trop t&#244;t dans les manufactures, parce que les seuls salaires des parents ne permettaient pas de faire vivre la famille. Dans ses filatures, il releva les salaires des ouvriers, et il cr&#233;a une &#233;cole pour soustraire les enfants au travail p&#233;nible. L'instruction y &#233;tait men&#233;e avec bienveillance et attention, pour susciter l'int&#233;r&#234;t et la curiosit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au m&#234;me moment en France, Charles Fourier, un autre socialiste utopique, imaginait la vie dans un phalanst&#232;re, une cit&#233; id&#233;ale. Il d&#233;crivait l'&#233;ducation collective qu'y recevraient les enfants, organis&#233;s en sept choeurs selon leur &#226;ge. D&#232;s qu'ils marcheraient seuls, les enfants du choeur des &#171; bambins et bambines &#187;, entre deux et quatre ans, pourraient se rendre aux petits ateliers - comme celui de menuiserie - surveill&#233;s par quelques patriarches qui ne leur donneraient aucun ordre, &#171; l'&#233;mulation suffisant pour tout diriger &#187;. Les activit&#233;s tiendraient aussi compte des &#171; passions &#187; propres &#224; chaque enfant. Ainsi, notant que &#171; les 2/3 des petites filles sont enclines &#224; la parure, et les 2/3 des petits gar&#231;ons enclins &#224; la malpropret&#233;, aux manutentions immondes &#187;, il sugg&#233;rait d'employer les filles &#224; la d&#233;coration collective, tandis que les gar&#231;ons ramasseraient les d&#233;chets !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'inspirant de l'utopie fouri&#233;riste, le fabricant de po&#234;les Godin fit construire, &#224; c&#244;t&#233; de son usine de Guise (Aisne), un ensemble de b&#226;timents appel&#233; Familist&#232;re, comprenant des logements pour ses ouvriers, mais aussi une &#233;cole, un th&#233;&#226;tre. Les enfants y &#233;taient pris en charge depuis la naissance jusqu'&#224; l'entr&#233;e dans la vie professionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres industriels fond&#232;rent des &#233;coles, mais ceux-l&#224; n'&#233;taient pas anim&#233;s par un id&#233;al socialiste, loin de l&#224;. Ils avaient plut&#244;t la vue moins courte que les autres patrons et cherchaient &#224; pr&#233;server la future main-d'oeuvre, en limitant l'exploitation qui estropiait les enfants. Ce fut le cas de Schneider au Creusot, ou De Wendel en Lorraine, qui d&#233;velopp&#232;rent des &#233;coles &#233;l&#233;mentaires, plus rarement des &#233;coles professionnelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans tout ce foisonnement, l'&#201;tat n'intervint quasiment pas. Mais aux n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques s'ajouta bient&#244;t la crainte des explosions ouvri&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mesurant le danger, les hommes politiques de la bourgeoisie envisag&#232;rent les premi&#232;res lois pour d&#233;velopper une &#233;cole qui ne donne pas que des rudiments d'instruction, mais qui apprenne aussi la soumission, l'ob&#233;issance. Cette &#233;cole s'est mise en place un demi-si&#232;cle avant les lois de Jules Ferry.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.7'&gt;&lt;/a&gt;L'intervention de l'&#201;tat avec les premi&#232;res lois sur l'instruction&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;C'est en 1833 que les bases de l'enseignement primaire public furent jet&#233;es par Guizot, alors ministre de l'Instruction publique, celui-l&#224; m&#234;me qui deviendra pr&#233;sident du Conseil. Voil&#224; dans quels termes il pr&#233;sentait le r&#244;le de l'instituteur : &#171; &lt;i&gt;La foi dans la Providence, la saintet&#233; du devoir, la soumission &#224; l'autorit&#233; paternelle, le respect d&#251; aux lois, au prince, aux droits de tous, tels sont les sentiments que l'instituteur s'attachera &#224; d&#233;velopper&lt;/i&gt; &#187;. Pour lui, instruire le peuple, c'&#233;tait d'abord lui enseigner &#224; ob&#233;ir et &#224; respecter l'ordre social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie ressentait la n&#233;cessit&#233; de domestiquer la classe ouvri&#232;re, parce que les ouvriers acceptaient de moins en moins la mis&#232;re noire &#224; laquelle l'exploitation capitaliste les r&#233;duisait, et qu'ils entraient en effervescence. Les canuts, comme on appelait les ouvriers de la soie de Lyon, s'insurg&#232;rent en 1831, et &#224; nouveau en 1834, contre la baisse des tarifs impos&#233;e par les fabricants. Aux cris de &#171; &lt;i&gt;Vivre en travaillant ou mourir en combattant !&lt;/i&gt; &#187;, ils s'empar&#232;rent de l'H&#244;tel de Ville. Il fallut la troupe pour les en d&#233;loger et les &#233;craser. &#192; Paris &#233;galement, l'&#233;meute grondait. Alors, s'il fallait donner aux ouvriers l'instruction &#233;l&#233;mentaire n&#233;cessaire &#224; l'essor &#233;conomique, il fallait surtout leur &#244;ter toute id&#233;e de bouleverser le nouvel ordre politique et social !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La loi obligea chaque commune &#224; cr&#233;er une &#233;cole primaire, qui pouvait &#234;tre publique ou priv&#233;e et tenue par des religieux. Elle cr&#233;a aussi une &#233;cole normale par d&#233;partement pour former les instituteurs, de jeunes gar&#231;ons, dont la principale r&#233;compense &#233;tait d'&#234;tre exempt&#233;s du service militaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Guizot contribua &#224; mettre en place les diff&#233;rents niveaux qu'on utilise aujourd'hui encore : le cours &#233;l&#233;mentaire, le cours moyen et le cours sup&#233;rieur (seul ce dernier n'existe plus car, d&#233;tach&#233; du primaire, il a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; au secondaire).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet enseignement primaire n'&#233;tait ni obligatoire, ni gratuit, et encore moins la&#239;c. Il r&#233;sultait d'un compromis avec l'&#201;glise : d'un c&#244;t&#233;, l'&#201;tat confortait son pouvoir sur les instituteurs publics, en contr&#244;lant leur formation dans les &#233;coles normales et les manuels ; d'un autre c&#244;t&#233;, il laissait les religieux enseigner dans les &#233;coles priv&#233;es, mais ils n'avaient plus le monopole de l'enseignement.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.8'&gt;&lt;/a&gt;La peur de la r&#233;volution&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce compromis n'allait pas durer longtemps. La r&#233;volution de 1848 effraya
la bourgeoisie. Elle n'h&#233;sita pas &#224; noyer dans le sang la mobilisation ouvri&#232;re et se pr&#233;cipita dans les bras de la r&#233;action et de l'&#201;glise. D&#232;s lors, des hommes politiques comme Thiers, le futur fossoyeur de la Commune, s'engag&#232;rent pour que l'&#201;glise joue un r&#244;le plus grand ; ils se mirent &#224; d&#233;fendre la libert&#233; de l'enseignement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, le clivage politique autour de la libert&#233; de l'enseignement n'&#233;tait pas le m&#234;me qu'aujourd'hui. Pour nous, les partisans de l'enseignement libre sont d'abord contre le service public, et pour le maintien d'un enseignement priv&#233;, le plus souvent confessionnel. Mais au XIXe si&#232;cle les socialistes &#233;taient pour la libert&#233; d'enseignement, car c'&#233;tait la seule mani&#232;re d'&#233;chapper &#224; la tutelle de l'&#201;tat sur l'&#233;cole. Avec peu de moyens, gr&#226;ce aux militants qui se d&#233;vouaient sans compter, ils pouvaient cr&#233;er eux-m&#234;mes des &#233;coles pour instruire les enfants et les adultes. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que Thiers, &#224; ses d&#233;buts en politique, combattait la libert&#233; de l'enseignement. La seule pens&#233;e qu'un r&#233;volutionnaire comme Blanqui p&#251;t ouvrir une &#233;cole pour y professer ses id&#233;es lui faisait horreur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journ&#233;es de juin 1848 le firent changer d'avis. Le soul&#232;vement ouvrier lui prouva que la classe ouvri&#232;re &#233;tait d&#233;j&#224; contamin&#233;e par les id&#233;es r&#233;volutionnaires, et qu'il fallait utiliser la mitraille pour la contenir. Il devenait d'autant plus urgent d'inculquer aux enfants d'ouvriers la crainte des puissants, le respect de la propri&#233;t&#233;. Bien que non-croyant, mais avant tout r&#233;actionnaire, Thiers, selon ses propres mots, courut se jeter dans les bras des &#233;v&#234;ques : &#171; &lt;i&gt;Je demande que l'action du cur&#233; soit forte, beaucoup plus forte qu'elle ne l'est, parce que je compte beaucoup sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend &#224; l'homme qu'il est ici pour souffrir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc pour maintenir l'ordre qu'un conservateur la&#239;c comme Thiers
s'aplatit devant les cl&#233;ricaux, le comte Falloux et l'&#233;v&#234;que Dupanloup. En 1850, Falloux fit adopter une loi de financement de l'enseignement priv&#233; par le budget de l'&#201;tat. Ainsi les &#233;coles priv&#233;es, tenues par les cur&#233;s, et qui
&#233;chappaient &#224; la tutelle de l'&#201;tat, pouvaient &#234;tre financ&#233;es sur les deniers publics dans la limite de 10 % de leurs d&#233;penses d'investissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Imm&#233;diatement, la loi Falloux redonna vigueur &#224; l'&#201;glise catholique ; elle entra&#238;na un foisonnement d'&#233;coles et de coll&#232;ges confessionnels. Pour les r&#233;publicains, c'&#233;tait une d&#233;faite. Figurez-vous que cette loi est toujours en vigueur aujourd'hui, et qu'on en a reparl&#233; gr&#226;ce &#224; Bayrou. En 1993, alors qu'il &#233;tait ministre de l'&#201;ducation, il tenta de la remettre en cause : il voulait tout simplement que les subventions publiques &#224; l'enseignement priv&#233; ne soient plus limit&#233;es par ce plafond de 10 %. Il y eut une grande mobilisation des syndicats enseignants, de la gauche et de l'extr&#234;me-gauche, avec des centaines de milliers de manifestants &#224; Paris, pour emp&#234;cher la r&#233;vision de la loi, pr&#232;s de 150 ans apr&#232;s son adoption !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e 1850 marqua le d&#233;but d'une p&#233;riode de recul pour l'&#233;cole publique. Les instituteurs &#233;taient surveill&#233;s par le pr&#233;fet. Pour continuer d'exercer, il fallait jurer fid&#233;lit&#233; &#224; l'empereur Napol&#233;on III, ce que refus&#232;rent des milliers d'entre eux, qui furent r&#233;voqu&#233;s. Refusant de pr&#234;ter un tel serment, Louise Michel ouvrit en 1852 une &#233;cole libre en province, avant de rejoindre Paris, o&#249; elle continua d'instruire les autres, tout en militant et en fr&#233;quentant les milieux ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.9'&gt;&lt;/a&gt;Le mouvement ouvrier et l'&#233;ducation&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le monde ouvrier revendiquait le droit &#224; l'&#233;ducation. La lutte pour l'&#233;mancipation sociale passait par le combat contre l'ignorance. Les ouvriers savaient qu'avec l'instruction, ce serait moins difficile de s'organiser et de se d&#233;fendre contre l'exploitation capitaliste. Ils luttaient aussi pour limiter, voire interdire le travail des enfants, car leur exploitation &#233;tait particuli&#232;rement ignoble : elle en faisait des handicap&#233;s &#224; vie, quand elle ne les tuait pas pr&#233;matur&#233;ment, avec des journ&#233;es de dix &#224; douze heures de travail ext&#233;nuant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s 1848, Marx et Engels avait r&#233;clam&#233; dans le &lt;i&gt;Manifeste Communiste&lt;/i&gt; l'abolition du travail des enfants et l'&#233;ducation publique et gratuite, &#233;ducation qu'ils voulaient vivante et coordonn&#233;e &#224; la production mat&#233;rielle. Marx consid&#233;rait comme l'&#233;ducation de l'avenir &#171; &lt;i&gt;l'&#233;ducation qui unira, pour tous les enfants au-dessus d'un certain &#226;ge, le travail productif avec l'instruction et la gymnastique, et cela, non seulement comme m&#233;thode d'accro&#238;tre la production sociale, mais comme seule et unique m&#233;thode de produire des hommes complets&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Varlin, militant de la Premi&#232;re Internationale, d&#233;fendait l'id&#233;e d'une &#233;ducation prise en charge par la soci&#233;t&#233;, non pas la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'in&#233;galit&#233; sociale, mais une &#171; soci&#233;t&#233; vraiment d&#233;mocratique, dans laquelle la direction de l'enseignement serait la volont&#233; de tous &#187;. Sa propre vie illustre les luttes du mouvement ouvrier pour l'&#233;ducation. Sa famille fit des sacrifices pour le soustraire au travail de l'usine, et l'envoya &#224; l'&#233;cole, qu'il suivit jusqu'&#224; l'&#226;ge de treize ans. Sachant lire et &#233;crire, il partit chez un ma&#238;tre relieur &#224; Paris, et devint ouvrier qualifi&#233;. Il eut alors la possibilit&#233; de suivre des cours du soir de fran&#231;ais, de g&#233;om&#233;trie, de comptabilit&#233;, et surtout il trouva le temps de militer. Il fut massacr&#233; &#224; 32 ans, pendant la Semaine Sanglante, lorsque les troupes de Thiers &#233;cras&#232;rent la Commune de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien qu'elle n'ait dur&#233; que quelques mois, la Commune de Paris, en 1871, allait tenter de mettre en oeuvre les id&#233;es du mouvement ouvrier sur l'&#233;ducation. Le Journal officiel du 29 mars 1871 proclamait que : &#171; &lt;i&gt;L'avenir appartient au savoir, et il importe qu'un peuple qui veut &#234;tre r&#233;ellement libre ne demeure pas dans une d&#233;pendance honteuse impos&#233;e par l'ignorance&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Commune d&#233;cr&#233;ta, pour la premi&#232;re fois, la gratuit&#233;, l'obligation et la la&#239;cit&#233; de l'enseignement. Avec la scolarit&#233; obligatoire, elle s'attaquait au travail des enfants, toujours largement r&#233;pandu, malgr&#233; une loi de 1841 qui l'avait limit&#233; &#224; huit heures par jour pour les enfants de moins de douze ans, loi qui avait &#233;t&#233; peu respect&#233;e par les patrons. L'obligation concernait &#233;galement les filles, dont l'instruction avait &#233;t&#233; jusque-l&#224; n&#233;glig&#233;e. La s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat entra&#238;nait la la&#239;cit&#233; de l'enseignement, sapant l'influence des congr&#233;gations religieuses. La Commune voulait aussi d&#233;velopper une &#233;ducation dite &#171; int&#233;grale &#187;, &#224; la fois g&#233;n&#233;rale et technique, et elle lan&#231;a des &#233;coles professionnelles. Malgr&#233; les conditions difficiles de la guerre civile, certains arrondissements distribu&#232;rent gratuitement les fournitures, d'autres r&#233;ussirent &#224; ouvrir des cantines. Toutes ces mesures ne lui surv&#233;curent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Commune vaincue, la IIIe R&#233;publique allait relancer l'instruction primaire avec les lois Ferry.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;cole de Jules Ferry&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;Ce qu'apport&#232;rent les lois Ferry&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'obligation scolaire &#233;tait devenue une n&#233;cessit&#233; sociale. Avec les lois Ferry de 1881 et 1882, l'&#201;tat cr&#233;ait enfin le service public national d'&#233;ducation qui avait &#233;t&#233; envisag&#233; plusieurs fois et toujours report&#233;. Il instituait l'&#233;cole gratuite, obligatoire et la&#239;que.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La gratuit&#233;, cela signifiait que l'&#201;tat prenait en charge les salaires des instituteurs. M&#234;me s'il fut longtemps le moins pay&#233; des fonctionnaires, et qu'il dut souvent assurer des t&#226;ches compl&#233;mentaires &#224; la mairie pour boucler les fins de mois, il n'&#233;tait plus &#224; la charge des familles. L'&#201;tat aida &#233;galement les communes &#224; financer la construction de nouvelles &#233;coles, en cr&#233;ant une Caisse nationale, aliment&#233;e par le budget public. En sept ans, 16 000 nouvelles &#233;coles furent construites, 30 000 furent restaur&#233;es. Il fallut imposer des crit&#232;res de construction, avec des normes de surface ou d'&#233;clairage, et contr&#244;ler la salubrit&#233; des b&#226;timents restaur&#233;s. Ce fut un effort sans pr&#233;c&#233;dent : le budget qu'y consacra l'&#201;tat fut multipli&#233; par dix ! On peut voir encore, dans bien des communes, l'&#233;cole datant de cette &#233;poque qui reste l'un des plus beaux b&#226;timents publics. Et quand on pense qu'aujourd'hui il faut quatre &#224; six ans de proc&#233;dures pour construire un coll&#232;ge, cela prouve bien que ce n'est pas un probl&#232;me de moyens, mais une question de volont&#233; politique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'obligation allait permettre de scolariser les enfants durablement. Avant l'obligation, plus de 70 % des enfants de cinq &#224; quinze ans b&#233;n&#233;ficiaient d&#233;j&#224; d'une petite instruction. Mais une partie d'entre eux ne restait pas &#224; l'&#233;cole six mois par an, occup&#233;s par les travaux des champs. Les gar&#231;ons &#233;taient plus scolaris&#233;s que les filles, ces derni&#232;res l'&#233;tant plus souvent dans le priv&#233;. Car selon les pr&#233;jug&#233;s de l'&#233;poque, elles &#233;taient &#171; plus enclines au p&#233;ch&#233; &#187;, et on disait qu'elles seraient mieux tenues par les cur&#233;s. Il y avait &#233;galement une certaine disparit&#233; r&#233;gionale, le nord du pays &#233;tant plus alphab&#233;tis&#233; que le sud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la loi Ferry, le nombre d'&#233;coliers n'augmenta que de 10 %, passant de 4,7 millions en 1876 &#224; 5,3 en 1884. Mais ils allaient &#224; l'&#233;cole toute l'ann&#233;e, et surtout plusieurs ann&#233;es, puisque l'&#233;cole devenait obligatoire de six &#224; treize ans. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, pr&#232;s de 95 % des enfants &#233;taient sur les bancs de l'&#233;cole, et le taux d'alphab&#233;tisation de la population avait grimp&#233; de 20 % : 95 % chez les femmes et 97 % chez les hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui posa le plus de probl&#232;me, ce fut la la&#239;cit&#233;. Avec la la&#239;cisation, tout enseignement religieux fut exclu des programmes scolaires. Mais Jules Ferry conc&#233;da aux cur&#233;s qu'un jour de la semaine leur serait r&#233;serv&#233;. Il fit supprimer la classe le jeudi, pour que les enfants puissent suivre le cat&#233;chisme ce jour-l&#224; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vingt ans plus tard, en 1905, la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat entra&#238;na la fermeture des &#233;coles tenues par les congr&#233;gations religieuses, et donna lieu &#224; des affrontements entre les partisans la&#239;ques et les cl&#233;ricaux. La presse catholique en fit une &#233;pop&#233;e digne de la guerre de Vend&#233;e. Quant au monde ouvrier, certains firent de l'anticl&#233;ricalisme le combat du moment mais, pour les marxistes, cela d&#233;tournait du combat essentiel, celui contre l'exploitation capitaliste et la domination de la bourgeoisie sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Suite &#224; la la&#239;cisation, un journal catholique regrettait am&#232;rement : &#171; &lt;i&gt;Dans l'&#233;cole la&#239;que, le crucifix et l'image de la Sainte Vierge ont &#233;t&#233; enlev&#233;s, les pieuses sentences, les pr&#233;ceptes de la morale chr&#233;tienne inscrits sur les murs ont &#233;t&#233; effac&#233;s. Un commentaire sur la d&#233;claration des droits de l'homme, un &#233;loge du r&#233;gime r&#233;publicain, a remplac&#233; la le&#231;on de cat&#233;chisme et la lecture d'histoire sainte. Les jours suivants, on &#233;tudiera, selon le programme, l'anatomie et la g&#233;ologie, sans qu'il ne soit jamais question du cr&#233;ateur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais m&#234;me d&#233;barrass&#233;e du cat&#233;chisme, des soutanes et des crucifix, l'&#233;cole publique restait impr&#233;gn&#233;e de pr&#233;jug&#233;s religieux puisque, selon les instructions officielles, les enfants de la &#171; la&#239;que &#187; devaient &#171; apprendre &#224; ne pas prononcer &#224; la l&#233;g&#232;re le nom de Dieu &#187;. Ce n'est qu'en 1923 que les &#171; devoirs envers Dieu &#187; dispara&#238;tront des instructions !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les critiques ne venaient pas que de la droite catholique, elles venaient aussi de la gauche. Une publication sp&#233;cialis&#233;e de p&#233;dagogie d&#233;non&#231;ait les conseils qu'un inspecteur d'acad&#233;mie donnait aux instituteurs : &#171; &lt;i&gt;Il faut aussi mettre en garde les enfants, fils d'ouvriers, contre les th&#233;ories &#233;galitaires qui hantent souvent les ateliers (&#8230;). Sans &#234;tre de profonds th&#233;oriciens, il vous sera facile de montrer &#224; vos &#233;l&#232;ves l'impossibilit&#233; de partager les biens entre tous et de donner &#224; chacun selon ses forces et son m&#233;rite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;Jules Ferry, un homme politique de la bourgeoisie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au moment o&#249; il fit voter ces lois scolaires, Jules Ferry avait d&#233;j&#224; derri&#232;re lui une carri&#232;re d'homme politique de la bourgeoisie. Pendant le si&#232;ge de Paris, puis pendant la Commune, il s'&#233;tait distingu&#233; dans la chasse aux &#171; rouges &#187;. Sous la III&#232;me R&#233;publique, il fut un des meilleurs d&#233;fenseurs de l'Empire colonial, faisant voter &#224; l'Assembl&#233;e les interventions militaires en Tunisie, &#224; Madagascar et au Tonkin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il justifiait la politique coloniale : &#171; &lt;i&gt;La paix sociale est une question de d&#233;bouch&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. C'est en effet le pillage des colonies qui permit &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise d'avoir de quoi maintenir la paix sociale, en faisant quelques concessions &#224; la classe ouvri&#232;re. Et pour domestiquer les masses, on rempla&#231;a la religion des cur&#233;s par celle du drapeau et de la patrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Jules Ferry, l'instituteur avait une mission : apprendre &#171; &lt;i&gt;l'ob&#233;issance aux lois, le respect de la hi&#233;rarchie sociale, la frugalit&#233; et le travail sans r&#233;crimination&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt;Endoctriner et &#171; moraliser &#187; les masses populaires : l'exemple du manuel Le tour de France par deux enfants&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce sont la morale, la r&#233;signation &#224; son sort, et surtout le patriotisme qui impr&#232;gnent quasiment chaque page du manuel Le tour de France par deux enfants, v&#233;ritable petit livre rouge de la IIIe R&#233;publique. Publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1877, ce fut rapidement ce qu'on appellerait aujourd'hui un best-seller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;&#233;dit&#233; plus de cent fois jusqu'au XXe si&#232;cle, des millions d'exemplaires en furent vendus et &#233;quip&#232;rent les biblioth&#232;ques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sous-titre de l'ouvrage annonce la couleur : &#171; Devoir et patrie &#187;. On suit l'initiation de deux jeunes gar&#231;ons qui parcourent le pays, et qui d&#233;couvrent chaque r&#233;gion, chaque ville, avec son industrie, comme les hauts fourneaux du Creusot, son commerce, avec le port de Marseille, ou encore son agriculture et les vaches de Normandie. Il s'agissait de mieux conna&#238;tre le pays et ses hommes certes, mais en les identifiant toujours &#224; la patrie. Ainsi, comme le dit le texte, &#171; &lt;i&gt;ils l'aimeraient encore davantage et pourraient encore mieux la servir&lt;/i&gt; &#187;. La morale de chaque histoire est la m&#234;me : riche ou pauvre, ce que tu as, tu ne le dois qu'&#224; toi-m&#234;me, et tu dois en &#234;tre reconnaissant &#224; ta patrie !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.4'&gt;&lt;/a&gt;Le cas des instituteurs de Noisiel li&#233;s aux Menier&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas seulement les manuels, mais les instituteurs eux-m&#234;mes qui devaient &#234;tre des &#233;l&#233;ments moralisateurs. Ce fut le cas des instituteurs li&#233;s, et compl&#232;tement inf&#233;od&#233;s, &#224; la famille Menier qui b&#226;tit sa fortune avec le chocolat auquel elle donna son nom. Dans leur ville de Noisiel, les Menier p&#232;re et fils d&#233;velopp&#232;rent un syst&#232;me paternaliste qui dominait toute la vie sociale : de la mairie &#224; l'usine, et du logement au banc de l'&#233;cole, tout &#233;tait une cr&#233;ation estampill&#233;e &#171; Menier &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le directeur de l'&#233;cole participait &#224; ce syst&#232;me et il contribuait &#224; reproduire l'ordre social des Menier, qui existait dans l'usine comme dans la ville. C'est ainsi que les faits essentiels de la scolarit&#233; de chaque ouvrier natif de Noisiel figuraient dans les notes confidentielles du patron : assiduit&#233;, comportement, dipl&#244;me obtenu, etc. Dans les courriers que le directeur de l'&#233;cole ou les instituteurs envoyaient r&#233;guli&#232;rement &#224; l'ing&#233;nieur-maison de l'usine, chaque fait, chaque nom &#233;tait consign&#233;, jusqu'aux mesures disciplinaires prises ! Dans une lettre dat&#233;e de 1903, l'instituteur d&#233;non&#231;ait : &#171; &lt;i&gt;J'ai constat&#233; que des arbustes au square avaient &#233;t&#233; ab&#238;m&#233;s et que des balan&#231;oires y avaient &#233;t&#233; install&#233;es en permanence. On peut voir encore le reste des cordes.&lt;/i&gt; &#187; Et plus loin : &#171; &lt;i&gt;Plusieurs jeunes ont aussi l'habitude de se servir de frondes &#224; caoutchouc, pour tirer les oiseaux : entre autres, X &#224; qui j'ai maintes fois fait des observations &#224; ce sujet.&lt;/i&gt; &#187; Il finit : &#171; &lt;i&gt;Je pourrai, si vous le voulez, vous donner quelques renseignements sur les enfants dont vous me donnerez les noms.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; des instituteurs comme Sarkozy les aurait aim&#233;s !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.5'&gt;&lt;/a&gt;D&#233;fense de la patrie et de l'Empire colonial&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mise en place dix ans apr&#232;s la perte de l'Alsace et de la Lorraine, l'&#233;cole de Jules Ferry fut en premi&#232;re ligne pour d&#233;fendre le retour de ces deux r&#233;gions dans les fronti&#232;res nationales. Une carte de France bord&#233;e par l'Alsace-Lorraine en violet ornait les murs de nombreuses salles de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La propagande nationaliste pr&#233;para l'Union sacr&#233;e de 1914.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette propagande &#233;tait aussi colonialiste. Les manuels d&#233;fendaient la colonisation comme un progr&#232;s. Les massacres de populations, le pillage des richesses, tout cela &#233;tait justifi&#233; au nom de la grande oeuvre civilisatrice de l'Empire colonial fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, certains instituteurs &#233;taient anticolonialistes, ou antipatriotiques. L'un d'eux fut m&#234;me r&#233;voqu&#233; pour avoir &#233;crit, &#224; propos de la c&#233;r&#233;monie militaire de son village, qu'il aurait mieux valu planter le drapeau fran&#231;ais sur un tas de fumier ! Mais ceux-l&#224; &#233;taient encore une minorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.6'&gt;&lt;/a&gt;Les instituteurs, &#171; hussards noirs de la R&#233;publique &#187;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat de la bourgeoisie voulait que les instituteurs soient un rouage de sa
propagande. Ils &#233;taient soumis &#224; un v&#233;ritable bourrage de cr&#226;ne pendant leur formation dans les &#233;coles normales, consid&#233;r&#233;es alors comme de v&#233;ritables &#171; s&#233;minaires la&#239;ques &#187;. Recrut&#233;s &#224; quinze ans et originaires de milieux populaires, majoritairement des fils de paysans au d&#233;but, puis de plus en plus des fils d'ouvriers, ils &#233;taient soumis pendant trois ans &#224; une discipline stricte qui tenait aussi bien de l'arm&#233;e que de la congr&#233;gation religieuse. L'&#233;cole normale &#233;tant situ&#233;e au chef-lieu du d&#233;partement, ils &#233;taient coup&#233;s de leur famille, de leurs amis, leurs sorties &#233;taient surveill&#233;es, leurs correspondances lues. Leur d&#233;vouement &#224; la morale r&#233;publicaine devait primer sur tout le reste, puisqu'ils &#233;taient cens&#233;s incarner l'autorit&#233; intellectuelle et morale de la R&#233;publique dans les villes et les campagnes. On les conditionnait donc pour qu'ils se sentent appartenir &#224; un corps prestigieux, une sorte de milice, v&#234;tus de l'uniforme noir qui faisait d'eux les fameux &#171; hussards noirs de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenant son poste &#224; dix-huit ans, l'instituteur &#233;tait mal pay&#233;, sous la menace constante de son inspecteur. Au village, sa conduite devait &#234;tre irr&#233;prochable : il ne devait pas aller au caf&#233;, ne pas manger &#224; la table commune de l'auberge. Ses seules distractions autoris&#233;es : lecture et jardinage. Les notables de la commune lui faisaient sentir qu'il n'&#233;tait pas des leurs, ni par son origine sociale, ni par son niveau de vie. Quant &#224; l'institutrice, sa vocation fut longtemps consid&#233;r&#233;e comme une d&#233;ch&#233;ance. Les plus f&#233;ministes engag&#232;rent le combat contre la diff&#233;rence des salaires, et contre l'usage d'abandonner le m&#233;tier lorsqu'elles se mariaient.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.7'&gt;&lt;/a&gt;L'essor du mouvement ouvrier&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais le bel &#233;difice de l'&#233;cole r&#233;publicaine commen&#231;ait &#224; se fissurer : la mont&#233;e du mouvement ouvrier le travaillait. Les instituteurs se consid&#233;raient comme des prol&#233;taires intellectuels. La loi de 1884 autorisait les syndicats, ils en form&#232;rent aussit&#244;t. Mais l'&#201;tat les interdit, leur refusant le droit de former des syndicats, comme il leur refusait le droit de gr&#232;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour contourner l'interdiction, les instituteurs allaient multiplier les amicales, qui regroupaient en1903 les trois quarts d'entre eux. Le &lt;i&gt;Manifeste des instituteurs syndicalistes&lt;/i&gt;, paru en 1905, revendiquait le droit de former des syndicats, d'entrer dans les Bourses du travail et &#224; la CGT. Il expliquait : &#171; &lt;i&gt;Par leurs origines, par la simplicit&#233; de leur vie, les instituteurs appartiennent au peuple. Ils lui appartiennent aussi parce que c'est aux fils du peuple qu'ils sont charg&#233;s d'enseigner (&#8230;). C'est au milieu des Syndicats ouvriers que nous prendrons connaissance des besoins intellectuels et moraux du peuple. C'est &#224; leur contact et avec leur collaboration que nous &#233;tablirons nos programmes et nos m&#233;thodes.&lt;/i&gt; &#187; En 1907, la F&#233;d&#233;ration Nationale des Syndicats d'Instituteurs, qui n'&#233;tait toujours pas autoris&#233;e par le pouvoir, vota son adh&#233;sion &#224; la CGT. &#192; la suite, six instituteurs furent r&#233;voqu&#233;s, dont le secr&#233;taire national, et tous les syndicats dissous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela ne brisa pas le mouvement de politisation des instituteurs, pas plus que la politisation de la classe ouvri&#232;re n'&#233;tait bris&#233;e par la r&#233;pression des gr&#232;ves. Les ouvriers luttaient pour la journ&#233;e de huit heures, qu'ils revendiquaient aussi comme le droit &#224; pouvoir se cultiver. Les instituteurs prenaient leur part dans ce combat pour l'&#233;mancipation, en donnant des cours du soir dans les Bourses du travail. Les militants anarcho-syndicalistes multipliaient les exp&#233;riences p&#233;dagogiques. Le lien avec la classe ouvri&#232;re et l'attitude militante de nombre d'instituteurs ne pouvaient pas ne pas se r&#233;percuter sur la fa&#231;on dont ils concevaient leur enseignement dans les milieux populaires. Cela se concr&#233;tisait dans de nouvelles p&#233;dagogies, comme celle que C&#233;lestin Freinet allait d&#233;velopper, bas&#233;es sur la motivation, la responsabilisation et sur le caract&#232;re collectif des activit&#233;s scolaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie avait form&#233; des instituteurs pour moraliser les ouvriers, mais cela mena&#231;ait de se retourner contre elle, puisque nombre de ces instituteurs, gagn&#233;s aux id&#233;es socialistes ou anarchistes, se mettaient au service de la lutte contre la soci&#233;t&#233; capitaliste et revendiquaient un autre r&#244;le &#233;ducatif !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre aspect du r&#244;le des &#233;coles, qui n'&#233;tait pas plus dans les intentions de la bourgeoisie, c'est qu'en apprenant &#224; lire et &#224; &#233;crire &#224; de larges couches de la population, elles favoris&#232;rent la propagande des organisations ouvri&#232;res, qui purent toucher un public plus nombreux. Avec l'essor du mouvement ouvrier, la diffusion des id&#233;es marxistes, en particulier, allait passer par les journaux, les brochures et diff&#233;rents ouvrages de base. Les Partis Socialistes multipli&#232;rent les &#233;coles, les biblioth&#232;ques, et &#233;duqu&#232;rent des millions d'ouvriers, les &#233;veillant &#224; la vie politique et sociale.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.8'&gt;&lt;/a&gt;Le bilan : une &#171; &#233;cole du peuple &#187; s&#233;par&#233;e de celle r&#233;serv&#233;e aux enfants de la bourgeoisie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Si l'&#233;ducation &#233;tait une revendication ouvri&#232;re, l'instruction &#233;l&#233;mentaire, telle qu'elle fut mise en place en un demi-si&#232;cle, &#233;tait le fait de l'&#201;tat dans l'int&#233;r&#234;t de la bourgeoisie, m&#234;me si elle dut &#234;tre impos&#233;e &#224; sa fraction la plus avide et la plus &#233;go&#239;ste. Les premi&#232;res lois furent prises sous la monarchie de Juillet, et compl&#233;t&#233;es dans les derni&#232;res ann&#233;es du Second Empire. Quant aux lois Ferry, elles furent promulgu&#233;es dix ans apr&#232;s l'&#233;crasement de la Commune pour &#171; &lt;i&gt;pr&#233;parer et pr&#233;disposer les gar&#231;ons aux futurs travaux de l'ouvrier et du soldat, les filles aux soins du m&#233;nage et aux ouvrages de femmes&lt;/i&gt; &#187;, selon les mots m&#234;me de Jules Ferry.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l'instruction donn&#233;e &#233;tait vraiment basique, l'&#233;cole se terminant par le certificat d'&#233;tudes, le fameux &#171; certif &#187;, que l'on pouvait passer d&#232;s l'&#226;ge de 11 ans, mais qu'un tiers seulement des enfants d'une classe d'&#226;ge obtenaient au d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre utilit&#233; pour la bourgeoisie, c'&#233;tait d'inculquer ses valeurs aux classes populaires, de leur apprendre le respect de l'ordre, de faire des exploit&#233;s des &#171; citoyens &#187;, convaincus que leur place dans la soci&#233;t&#233; et dans la production &#233;tait celle qu'ils m&#233;ritaient, une place d&#233;termin&#233;e non par leur situation sociale mais par leurs capacit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; l'aristocratie, qui en son temps avait revendiqu&#233; son parasitisme sur la soci&#233;t&#233;, la bourgeoisie voulait montrer que sa r&#233;ussite et son argent tenaient &#224; ses m&#233;rites personnels, non au profit qu'elle tirait de l'exploitation. D'un autre c&#244;t&#233;, comme il lui fallait aussi conserver certains signes distinctifs de cette classe aristocratique pour &#234;tre reconnue comme son h&#233;riti&#232;re politique, elle donna &#224; ses propres enfants l'acc&#232;s &#224; de longues &#233;tudes d&#233;gag&#233;es de toute contingence mat&#233;rielle. Ce n'&#233;tait plus l'oisivet&#233; &#224; la naissance, mais dans les &#233;tudes. Plus on s'&#233;loignait de la R&#233;volution de 1789, qui avait au moins d&#233;velopp&#233; l'enseignement des sciences et des techniques dans les lyc&#233;es, plus les &#233;tudes &#233;taient centr&#233;es sur les disciplines classiques, le grec et le latin. Seulement 1 % des jeunes gens en France obtenaient alors leur baccalaur&#233;at, le s&#233;same pour acc&#233;der aux &#233;tudes sup&#233;rieures. Et les jeunes filles en &#233;taient largement &#233;cart&#233;es : la premi&#232;re femme &#224; obtenir le baccalaur&#233;at, en1861, &#233;tait une institutrice de 37 ans ; il fallut attendre 1905 pour qu'elles puissent se pr&#233;senter &#224; certaines agr&#233;gations, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s leur cr&#233;ation !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enseignement primaire rudimentaire dans les &#233;coles pour les enfants du peuple d'un c&#244;t&#233; ; enseignement secondaire classique et &#233;litiste, excluant les filles et payant dans les lyc&#233;es pour les enfants de la bourgeoisie de l'autre : voil&#224; ce qu'&#233;tait l'&#233;ducation il y a seulement cent ans.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;D'une guerre &#224; l'autre, la formation de la main-d'oeuvre sous la coupe des patrons&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;Une instruction &#233;l&#233;mentaire devenue insuffisante&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; la veille de la guerre de 14-18, le patronat devait r&#233;pondre &#224; un double probl&#232;me. Il avait toujours besoin d'une masse d'ouvriers peu qualifi&#233;s mais, avec l'industrialisation croissante, il lui fallait aussi un grand nombre d'ouvriers tr&#232;s qualifi&#233;s, capables de travailler dans les nouveaux secteurs, tels que l'&#233;lectricit&#233;, les communications. Ce n'&#233;tait plus possible de former ces ouvriers sur le tas, dans l'atelier, car cela exigeait une formation th&#233;orique plus importante. En m&#234;me temps, le patronat s'opposait &#224; l'instauration de cours professionnels obligatoires, qui seraient pris sur le temps de travail et contr&#244;l&#233;s par l'&#201;tat. Il repoussait toute l&#233;gislation sur l'enseignement professionnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Premi&#232;re Guerre mondiale et les besoins des industries d'armement r&#233;v&#233;l&#232;rent le manque crucial de qualification des ouvriers. Cela acc&#233;l&#233;ra les choses et poussa l'&#201;tat &#224; voter en 1919 la loi Astier, qui organisait l'enseignement technique, industriel et commercial. Cette loi imposait des cours obligatoires et gratuits pour tous les jeunes travailleurs, apprentis ou non, de moins de dix-huit ans. Les cours devaient &#234;tre pris sur le temps de travail &#224; raison de quatre heures par semaine. Mais comme toujours quand il s'agit d'une loi s'appliquant aux entreprises, des tas de d&#233;rogations pouvaient &#234;tre accord&#233;es. Ainsi, lorsque la dur&#233;e de travail &#233;tait de huit heures par jour, les cours pouvaient &#234;tre pris sur le temps libre. Or, la loi limitant &#224; huit heures la dur&#233;e l&#233;gale du travail &#233;tant vot&#233;e la m&#234;me ann&#233;e 1919, les patrons n'eurent plus aucune obligation. &#192; peine vot&#233;e, la loi concernant la formation obligatoire et gratuite des jeunes sur
le temps de travail devenait caduque !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour la premi&#232;re fois, restait l'id&#233;e qu'une instruction professionnelle g&#233;n&#233;rale &#233;tait n&#233;cessaire &#224; la suite de l'instruction primaire. Apr&#232;s trois ans de cours, les jeunes pouvaient se pr&#233;senter aux &#233;preuves des diff&#233;rents CAP, cr&#233;&#233;s en 1911. Bien que les patrons aient refus&#233; de mettre la main &#224; la poche pour financer les cours, laissant aux communes le soin de les prendre en charge, ils n'en d&#233;terminaient pas moins le contenu des CAP dont ils avaient besoin.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;Apprendre&#8230; l'exploitation&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le Front Populaire prolongea la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; quatorze ans, mais la grande majorit&#233; des jeunes d'origine populaire n'entraient pas dans l'enseignement secondaire. &#192; peine 6,5 % des &#233;coliers entraient en sixi&#232;me &#224; la veille de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis entre 1940 et 1944 le r&#233;gime de Vichy mena une politique &#233;ducative bas&#233;e sur le retour &#224; l'ordre moral et violemment anti-la&#239;que. Des milliers d'instituteurs furent r&#233;voqu&#233;s. Les congr&#233;gations religieuses purent &#224; nouveau enseigner et re&#231;urent des subventions publiques. L'enseignement
professionnel sous l'&#233;gide des patrons se d&#233;veloppa. Gaston Chausson, propri&#233;taire des usines du m&#234;me nom, &#233;crivait en 1941 : &#171; &lt;i&gt;&#192; 14 ans, un jeune homme dont les parents n'ont pas de rentes doit &#234;tre pr&#233;par&#233; dans le minimum de temps &#224; gagner sa vie. Il y a 40 ans, un jeune apprenti de 14 ans travaillait fr&#233;quemment 60 heures par semaine. Aujourd'hui, je peux affirmer et prouver qu'il ne doit pas consacrer moins de 40 heures par semaine &#224; l'apprentissage effectif de son m&#233;tier. L'enseignement culturel et de la culture physique sont &#224; prendre sur des heures suppl&#233;mentaires&lt;/i&gt;. &#187; L'apprentissage, c'&#233;tait surtout celui de l'exploitation !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin de la guerre, il fallut reconstruire l'&#233;conomie. Les patrons avaient besoin d'une main-d'oeuvre abondante et bon march&#233;. Les jeunes furent remis au travail, pr&#232;s de la moiti&#233; des gar&#231;ons de quatorze ans et presque le quart des filles travaillaient en 1946.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y eut bien un projet d'&#233;cole unique pour tous les jeunes jusqu'&#224; dix-huit ans, le plan Langevin-Wallon de 1947, du nom de deux intellectuels, un scientifique et un psychologue, compagnons de route du PC, mais il ne fut pas appliqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;L'entr&#233;e massive des jeunes dans l'enseignement secondaire &#224; partir de 1960 et la pseudo-&#171; d&#233;mocratisation &#187;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1950, il devint urgent de moderniser les installations comme de former les ouvriers, les techniciens, les ing&#233;nieurs, dont l'industrie avait besoin. Pour y faire face, les patrons comptaient bien sur l'aide de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est De Gaulle qui impulsa en 1959 la r&#233;forme du syst&#232;me scolaire. En m&#234;me temps, la scolarit&#233; devenait obligatoire jusqu'&#224; seize ans, ce qui posait d'autant moins de probl&#232;mes qu'une industrie moderne n'a pas l'utilit&#233; d'une main-d'oeuvre trop jeune.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;Un prolongement de la scolarit&#233;, mais toujours une s&#233;lection&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La r&#233;forme Berthoin de 1959 supprima l'examen d'entr&#233;e en sixi&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si elle ouvrait les portes des coll&#232;ges d'enseignement g&#233;n&#233;ral &#224; tous, elle mit d'autres verrous en place, avec une orientation d&#232;s la fin de la cinqui&#232;me vers l'enseignement technique, et une autre en fin de troisi&#232;me. Car, comme son concepteur Berthoin s'en inqui&#233;tait, il ne s'agissait pas &#171; &lt;i&gt;d'accepter la perspective de lyc&#233;es bient&#244;t submerg&#233;s par un million d'&#233;l&#232;ves&lt;/i&gt; &#187;. De Gaulle &#233;tait lui-m&#234;me partisan d'une barri&#232;re tr&#232;s s&#233;lective &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e. Avec le recul, on peut dire que leurs appr&#233;hensions &#233;taient fond&#233;es puisqu'apr&#232;s la r&#233;forme De Gaulle allait d&#233;plorer &#171; &lt;i&gt;l'invasion des classes terminales&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour limiter l'acc&#232;s au lyc&#233;e, la r&#233;forme mit en place des fili&#232;res, avec une
s&#233;lection &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des coll&#232;ges. On y orientait les &#233;l&#232;ves en fonction de leurs pr&#233;tendues &#171; aptitudes &#187;. Par exemple, ce r&#233;sum&#233; de textes officiels expliquait : &#171; &lt;i&gt;Les enfants re&#231;oivent de la nature des qualit&#233;s. Certains sont dou&#233;s pour l'enseignement g&#233;n&#233;ral, d'autres plut&#244;t pour les activit&#233;s concr&#232;tes. Les dispositions naturelles de chacun ou encore les &#171; aptitudes &#187; sont diff&#233;rentes selon les individus.&lt;/i&gt; &#187; Ces textes r&#233;v&#232;lent plut&#244;t l'inaptitude de l'&#201;ducation nationale &#224; surmonter&#8230; les pr&#233;jug&#233;s de classe et le m&#233;pris social !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En dix ans, entre 1959 et 1969, la proportion de jeunes scolaris&#233;s &#224; seize
ans passa de 43 % &#224; 61 %, ce qui fait dire &#224; propos de cette r&#233;forme qu'elle initia la &#171; d&#233;mocratisation &#187; de l'enseignement. Elle favorisa aussi la mixit&#233;, en ne cr&#233;ant pas de coll&#232;ges s&#233;par&#233;s pour les filles et les gar&#231;ons. Et les filles y entr&#232;rent massivement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le nombre de jeunes scolaris&#233;s augmentait, une s&#233;lection renforc&#233;e
orientait les enfants d'ouvriers vers les fili&#232;res courtes des coll&#232;ges d'enseignement technique, les CET, anc&#234;tres des lyc&#233;es professionnels actuels, tandis que la fili&#232;re g&#233;n&#233;rale restait &#233;litiste. Mais pour ces jeunes, la formation re&#231;ue dans les CET avait au moins sur celle inculqu&#233;e par les
patrons l'avantage de leur dispenser un enseignement g&#233;n&#233;ral et de leur
donner acc&#232;s &#224; un minimum de culture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La derni&#232;re r&#233;forme du coll&#232;ge est celle qui suscite des d&#233;bats aujourd'hui encore. Mise en place par Haby en 1975, elle cr&#233;a le &#171; coll&#232;ge unique &#187;, un m&#234;me tronc commun de quatre ans pour tous. L'orientation vers les voies g&#233;n&#233;rale, technologique ou professionnelle ne se fait plus officiellement qu'&#224; l'issue de la troisi&#232;me. Mais dans les faits, un fils d'ouvrier d'un coll&#232;ge de banlieue ne fait pas la m&#234;me troisi&#232;me qu'un coll&#233;gien d'un quartier hupp&#233; de Paris !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beullac, le ministre de l'&#201;ducation qui succ&#233;da &#224; Haby en 1978, &#233;tait un ancien directeur adjoint de Renault, et il disait les choses cr&#251;ment : &#171; &lt;i&gt;Une id&#233;ologie du laxisme, de la permissivit&#233;, de l'&#233;galitarisme &#224; tous crins s'est infiltr&#233;e dans notre enseignement, dans nos &#233;coles. Cocktail insipide mais corrosif du marxisme et de modes venues d'outre-Atlantique, cet &#233;tat d'esprit a fait des ravages. Ces derni&#232;res ann&#233;es, s'est exasp&#233;r&#233;e une id&#233;e fausse selon laquelle tous les enfants sont les m&#234;mes, doivent arriver au m&#234;me endroit. Il faut au contraire avoir le courage de dire que tous les enfants n'ont pas les m&#234;mes qualit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1980, pour la premi&#232;re fois depuis la guerre, la croissance du budget
de l'&#201;ducation fut inf&#233;rieure &#224; celle du budget de l'&#201;tat. Beullac parla de &#171; &lt;i&gt;red&#233;ploiement des moyens&lt;/i&gt; &#187;, pour masquer des suppressions de postes, tout en les justifiant par la baisse des effectifs scolaires. Il faut croire que l'argument, &#224; la mode aujourd'hui, n'est pas nouveau !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;L'essor de l'enseignement priv&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Quelques mots maintenant sur l'enseignement priv&#233;, qui s'est d&#233;velopp&#233;
fortement pendant ces m&#234;mes vingt ann&#233;es, entre 1959 et 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour faire face &#224; l'accroissement d&#233;mographique, l'&#201;tat choisit en effet en
1959 de s'appuyer sur l'enseignement priv&#233;, &#224; 90 % catholique. D&#233;j&#224;, au
d&#233;but des ann&#233;es 1950, deux lois avaient favoris&#233; le d&#233;veloppement du priv&#233;, en accordant d'abord des bourses, puis des allocations aux &#233;l&#232;ves de l'enseignement priv&#233;, alors qu'&#224; l'exception de la p&#233;riode du r&#233;gime de Vichy, il &#233;tait plut&#244;t en perte de vitesse depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;alis&#233;e la m&#234;me ann&#233;e que l'obligation de la scolarit&#233; &#224; seize ans, la r&#233;forme Debr&#233; donna un nouvel &#233;lan aux &#233;coles priv&#233;es. Affirmant qu'elles
contribuaient au service public d'enseignement, alors qu'en fait elles ne
faisaient que pallier les carences du service public, l'&#201;tat les subventionna
davantage gr&#226;ce &#224; des contrats, qui permettaient la prise en charge du
traitement de leurs enseignants ainsi que d'une partie de leurs frais de
fonctionnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette loi est toujours en vigueur aujourd'hui : l'enseignement priv&#233; scolarise pr&#232;s de 20 % des &#233;l&#232;ves, gr&#226;ce aux deniers publics, mais pas dans les m&#234;mes conditions puisqu'il dispose de plus de locaux et qu'il perd moins de postes que le public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons &#224; cette occasion que la cr&#233;ation d'un grand service public,
unifi&#233; et la&#239;que, faisait partie du programme d'un certain Mitterrand en 1981, promesse qui, comme beaucoup d'autres, fut enterr&#233;e apr&#232;s son &#233;lection. Loin de la promesse initiale, la r&#233;forme envisag&#233;e par Savary, ministre de l'&#201;ducation en 1984, pr&#233;voyait seulement un plus grand contr&#244;le des subventions accord&#233;es au priv&#233;. La droite catholique mobilisa le ban et l'arri&#232;re-ban, organisa une &#233;norme manifestation &#224; Paris contre &#171; la dictature socialo-communiste &#187;. Elle voulait bien continuer &#224; empocher l'argent public distribu&#233; par un pouvoir qu'elle vilipendait, mais rendre compte de son usage, &#231;a jamais ! Le gouvernement recula lamentablement et Savary d&#233;missionna.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis lors, l'enseignement priv&#233; est toujours subventionn&#233; sans contrepartie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;Des ann&#233;es 1980 &#224; la p&#233;riode actuelle&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1980, avec l'envol&#233;e du ch&#244;mage de masse, les responsables de l'&#201;ducation nationale se pr&#233;occup&#232;rent de garder les jeunes &#224; l'&#233;cole au-del&#224; de seize ans, afin qu'ils soient moins nombreux sur le march&#233; du travail. Alors que les ministres de droite avaient parl&#233; de &#171; revaloriser le travail manuel &#187;, les ministres de gauche au pouvoir depuis 1981 parlaient, eux, de &#171; former aux technologies nouvelles &#187;. Mais au fond, il s'agissait bien de la m&#234;me chose : prolonger la scolarit&#233; des jeunes d'origine populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1985, Chev&#232;nement annon&#231;ait &#171; 80 % d'une classe d'&#226;ge au niveau du
baccalaur&#233;at &#187; pour l'an 2000, et il cr&#233;ait les bacs professionnels. Ainsi
chaque coll&#233;gien pouvait effectivement esp&#233;rer avoir le sien, qu'il soit orient&#233; en lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral, technologique ou en lyc&#233;e professionnel. En quinze ans, le taux de jeunes arrivant au niveau du bac a doubl&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour autant, les bacs professionnels sont consid&#233;r&#233;s comme des bacs au
rabais : l'enseignement g&#233;n&#233;ral y est r&#233;duit, et il y a de longues p&#233;riodes de stages en entreprise sous couvert &#171; d'ouverture sur la vie &#187;. Calqu&#233;e sur le syst&#232;me de l'apprentissage, l'alternance entre l'&#233;cole et l'entreprise, qui favoriserait &#171; l'insertion professionnelle &#187;, permet en fait de livrer aux
entreprises des jeunes qu'elles exploitent sans avoir &#224; d&#233;bourser de salaire. Il vaudrait bien mieux, au contraire, donner &#224; ces jeunes un bagage de culture g&#233;n&#233;rale qui leur permette de s'adapter plus facilement aux changements du march&#233; du travail !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, et &#224; cause du recul g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; et des id&#233;es,
le contenu des manuels d'histoire s'appauvrit. Les faits sociaux occupent une place r&#233;duite, tandis que le pass&#233; r&#233;cent est r&#233;&#233;crit sous l'angle de l'id&#233;ologie bourgeoise la plus r&#233;actionnaire, comme par exemple l'&#233;tude des totalitarismes, qui met sur le m&#234;me plan nazisme et communisme. Et que dire de la r&#233;cente pol&#233;mique sur l'enseignement des aspects pr&#233;tendument positifs de la colonisation ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s le nombre de lyc&#233;ens, c'est le nombre d'&#233;tudiants qui a augment&#233;,
le bac professionnel, au m&#234;me titre que le bac technologique ou le bac
g&#233;n&#233;ral, ouvrant l'acc&#232;s du sup&#233;rieur, m&#234;me si la r&#233;ussite n'y est pas assur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, un jeune sur deux quitte le syst&#232;me &#233;ducatif apr&#232;s au moins une inscription &#224; la fac. Il y a plus de deux millions d'&#233;tudiants, soit dix fois plus qu'il y a cinquante ans !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; n'a pas chang&#233; pour autant. Elle est toujours aussi in&#233;galitaire
et bas&#233;e sur l'exploitation du travail humain, f&#251;t-il hautement dipl&#244;m&#233;. Car les dipl&#244;mes ne prot&#232;gent ni des bas salaires, ni de la pr&#233;carit&#233;, ni m&#234;me du ch&#244;mage. Qu'on se souvienne de ces jeunes chercheurs qui manifestaient, il y a quelques ann&#233;es, parce qu'avec des contrats pr&#233;caires dans des laboratoires de recherche publique ils ne touchaient m&#234;me pas le smic. Qu'on pense &#224; ces milliers d'ing&#233;nieurs de l'industrie a&#233;ronautique qui sont jet&#233;s au ch&#244;mage par les plans sociaux. Sans oublier que la soci&#233;t&#233; capitaliste utilise toujours de nombreux emplois peu qualifi&#233;s, et qu'elle emploiera indiff&#233;remment des jeunes qui ont un niveau d'&#233;tudes &#171; bac+3 &#187; ou &#171; bac+4 &#187; pour distribuer du courrier ou mettre en rayon les produits dans les grandes surfaces. Le travail intellectuel est une marchandise comme le travail manuel, et son prix, c'est-&#224;-dire le salaire, ne vaut pas cher en ce moment o&#249; le nombre de ch&#244;meurs dipl&#244;m&#233;s augmente sans cesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre aspect de l'&#233;ducation qui int&#233;resse le syst&#232;me capitaliste, c'est le
v&#233;ritable &#171; march&#233; &#187; qu'elle repr&#233;sente. La restauration des &#233;coles est en
partie privatis&#233;e. Mais il y a aussi tout le secteur des &#233;quipements scolaires : les manuels, le mobilier et surtout les ordinateurs, qui &#233;quipent tous les &#233;tablissements depuis vingt ans, vraie manne pour les trusts de
l'informatique. Sans parler de ces entreprises priv&#233;es de soutien scolaire,
comme Acadomia et autres, qui s'engraissent en jouant sur l'inqui&#233;tude
l&#233;gitime des parents face &#224; l'&#233;chec scolaire, en faisant payer bien cher des
cours particuliers ou des stages de rattrapage dont personne ne contr&#244;le les contenus ni les enseignants.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;flottedroite&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;La situation actuelle : une &#233;cole o&#249; les in&#233;galit&#233;s se renforcent&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, quasiment tous les jeunes passent pr&#232;s de quinze ans de leur
vie &#224; l'&#233;cole, depuis l'&#226;ge de trois ans et l'entr&#233;e en maternelle, jusqu'&#224; dix-huit ans et la sortie du lyc&#233;e avec ou sans bac. Mais pr&#232;s de 10 % des &#233;l&#232;ves restent illettr&#233;s, des centaines de milliers sortent du syst&#232;me &#233;ducatif chaque ann&#233;e sans qualification et sans culture, ou &#233;chouent par manque de motivation. Mais on n'est pas d&#233;motiv&#233; de naissance, on le devient.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;Le mythe de &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re la fameuse &#171; &#233;galit&#233; des chances &#187; qui n'est qu'un mythe,
l'in&#233;galit&#233; &#224; l'&#233;cole refl&#232;te l'in&#233;galit&#233; sociale. Il y a cinquante ans, les choses &#233;taient plus visibles : la plupart des enfants d'ouvriers, d'employ&#233;s ou de paysans ne recevaient qu'une instruction primaire, les meilleurs d'entre eux pouvant esp&#233;rer devenir instituteurs, tandis que les enfants des classes riches, eux, suivaient un enseignement dans les coll&#232;ges et les lyc&#233;es. Avant la r&#233;forme de 1959 et la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; seize ans, les trois quarts des enfants n'allaient m&#234;me pas au coll&#232;ge, encore moins au lyc&#233;e, et seuls 10 % d'une classe d'&#226;ge obtenaient le baccalaur&#233;at chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, tous les enfants acc&#232;dent au coll&#232;ge, o&#249; ils restent au minimum quatre ans, et la plupart d'entre eux continuent en lyc&#233;e, puisqu'ils sont pr&#232;s de 70 % d'une classe d'&#226;ge &#224; acc&#233;der au bac, soit sept fois plus que dans les ann&#233;es soixante ! Il est vrai que ce n'est pas vraiment le m&#234;me, selon qu'il s'agisse d'un bac g&#233;n&#233;ral, technologique ou professionnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'in&#233;galit&#233; sociale joue toujours, mais de fa&#231;on hypocrite et cynique. Car &#224;
chaque fois que l'&#201;ducation nationale a ouvert les portes de l'enseignement
secondaire, du coll&#232;ge d'abord dans les ann&#233;es 1960, puis du lyc&#233;e dans les ann&#233;es 1980, elle a mis en place des m&#233;canismes de s&#233;lection, elle a
multipli&#233; les fili&#232;res pour amener la plupart des jeunes qui arrivaient vers les voies technologiques ou professionnelles. Ainsi, beaucoup poursuivent des &#233;tudes certes, mais sont orient&#233;s vers des voies d'enseignement au rabais, quand ce ne sont pas des voies de garage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les beaux discours sur &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187; qu'on nous sert depuis des ann&#233;es sont aussi faux aujourd'hui, dans la bouche d'un ministre de l'&#233;ducation de droite, qu'ils l'&#233;taient hier, dans celle d'un ministre de gauche. Mais ils ont un but : convaincre les &#233;l&#232;ves, et derri&#232;re eux leurs parents, que les plus m&#233;ritants peuvent r&#233;ussir quelle que soit leur origine sociale. La r&#233;ussite scolaire, et au bout la r&#233;ussite sociale, ne tiendrait qu'&#224; leurs propres aptitudes ; l'&#233;chec scolaire ne serait d&#251; qu'&#224; eux-m&#234;mes. Ce n'est plus la soci&#233;t&#233; in&#233;galitaire qui est en cause, c'est l'in&#233;galit&#233; du m&#233;rite de chacun !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;La vitrine de la r&#233;ussite de quelques-uns, pour cacher l'&#233;chec du plus grand nombre&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dernier exemple en date de mesures qui favoriseraient &#171; &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233; r&#233;elle
des chances&lt;/i&gt; &#187; selon Sarkozy, celles qu'il a annonc&#233;es il y a deux mois &#224; l'&#201;cole polytechnique et qui consistent &#224; augmenter le nombre de boursiers dans les classes pr&#233;paratoires aux grandes &#233;coles, et &#224; cr&#233;er des internats &#171; de la r&#233;ussite &#187; pour les &#233;l&#232;ves de ces classes qui viennent de banlieues. Mais le fait d'ajouter l'adjectif &#171; r&#233;elle &#187; au mot &#171; &#233;galit&#233; &#187; ne rend pas plus r&#233;aliste pour un gamin de cit&#233;s de finir &#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure ou &#224; Polytechnique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Favoriser quelques douzaines de jeunes des quartiers, qui ont &#233;t&#233;
s&#233;lectionn&#233;s dans les lyc&#233;es de ZEP (les zones d'&#233;ducation prioritaire), qu'est-ce que cela change pour les autres, pour tous les autres ? Pour une poign&#233;e qui s'en sort, en int&#233;grant de grandes &#233;coles, combien de milliers sont enferm&#233;s dans des ghettos scolaires et ne connaissent que l'&#233;chec ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme, d'ailleurs, le fait que quelques repr&#233;sentants des minorit&#233;s dites
visibles, issus de l'immigration, soient ministre de la Justice ou pr&#233;fet ne
change rien aux contr&#244;les policiers au faci&#232;s ni aux discriminations que subissent beaucoup d'immigr&#233;s ou leurs enfants.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.3'&gt;&lt;/a&gt;L' &#171; ascenseur social &#187; n'est pas en panne, il n'a jamais fonctionn&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L' &#171; ascenseur social &#187; n'a jamais fonctionn&#233; que pour une minorit&#233;. Pour
les autres, ce qui s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est surtout l'&#233;chec scolaire, une notion
r&#233;cente finalement, qui date des ann&#233;es 1960 et de l'entr&#233;e massive au
coll&#232;ge. Avec l'allongement de la scolarit&#233;, cet &#233;chec est plus visible : il touche des jeunes plus nombreux, et surtout pendant plus longtemps.
Et p&#233;riodiquement, on entend dire que les jeunes sont en &#233;chec parce
qu'ils &#171; s'ennuient &#224; l'&#233;cole &#187;, qu'il est inutile de les y maintenir jusqu'&#224; 16 ans, et qu'il vaut mieux les mettre en apprentissage d&#232;s que possible, &#224; 14 ans. Le probl&#232;me serait de se demander pourquoi ces jeunes, arriv&#233;s vers la fin de la scolarit&#233; obligatoire, ne veulent plus de l'&#233;cole, ne s'y int&#233;ressent plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'o&#249; vient cet &#233;chec scolaire, que les gouvernements successifs imputent
tant&#244;t aux enseignants, tant&#244;t aux m&#233;thodes p&#233;dagogiques, tant&#244;t, et c'est le pire, aux parents ? Rejeter la responsabilit&#233; de l'&#233;chec scolaire sur les parents, qui ne seraient pas assez pr&#233;sents, c'est pour les ministres une mani&#232;re commode de se d&#233;douaner de leurs propres manquements. Ils sont sacr&#233;ment cyniques, ces hommes politiques qui accusent les parents de d&#233;missionner, alors qu'eux-m&#234;mes ont compl&#232;tement d&#233;missionn&#233; de ce qui est de leur responsabilit&#233; : d&#233;velopper un service public d'&#233;ducation qui puisse offrir &#224; tous la culture et les connaissances qu'exige une vie digne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au contraire, en n'accordant pas les cr&#233;dits dont l'enseignement public a
besoin, en supprimant des postes par dizaines de milliers, la carence de l'&#201;tat touche tous les niveaux de l'&#233;ducation, de la maternelle &#224; l'universit&#233;. Et la d&#233;gradation du syst&#232;me &#233;ducatif frappe d'autant plus durement que l'on est pauvre. Car dans les milieux ais&#233;es, c'est tout l'entourage qui peut aider, qui peut cultiver. Un enfant qui prend des cours de musique, que ses parents emm&#232;nent dans les mus&#233;es, qui peut puiser &#224; tout moment dans la biblioth&#232;que familiale, va compenser sans probl&#232;me les d&#233;faillances de l'&#233;ducation donn&#233;e par l'&#233;cole. Mais pour les enfants des milieux populaires, ce qu'ils ne trouvent pas dans la famille, c'est l'&#233;cole qui doit le leur apporter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'&#233;cole qui peut transmettre, qui peut cultiver et, plus largement, qui peut socialiser. Alors c'est d'autant plus ignoble de culpabiliser les parents qui n'ont pas les moyens de faire tout cela !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.4'&gt;&lt;/a&gt;La racine du probl&#232;me, c'est l'&#233;cole primaire, voire maternelle&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; l'&#233;cole primaire, voire &#224; la maternelle, que la carence de l'&#201;tat a les
cons&#233;quences les plus graves. D&#232;s l'&#233;cole maternelle, d&#232;s l'&#226;ge de deux ou
trois ans, l'&#233;cole publique devrait prendre en main les enfants des milieux
populaires les plus pauvres. C'est &#224; cet &#226;ge-l&#224; qu'on s'initie &#224; la langue et aux comportements collectifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alain Bentolila, linguiste et conseiller p&#233;dagogique, explique que pour acqu&#233;rir la langue &#233;crite, un enfant doit ma&#238;triser la langue orale. Tout petit, il doit poss&#233;der un minimum de vocabulaire lorsqu'il commence &#224; d&#233;chiffrer les mots, sinon il aura toutes les difficult&#233;s avec la lecture et l'&#233;criture. Mais comment un enfant dont le fran&#231;ais n'est pas la langue maternelle pourrait-il apprendre &#224; le parler correctement, dans une classe o&#249; s'entassent des dizaines d'enfants, et o&#249; on utilise plusieurs langues diff&#233;rentes ? Pour ne citer qu'un exemple, dans certaines classes des &#233;coles maternelles de Marseille, il peut y avoir trente enfants. Si la plupart sont de nationalit&#233; fran&#231;aise, leurs parents sont originaires d'Afrique noire, du Maghreb, d'Asie ou d'Europe centrale. Cette diversit&#233; devrait &#234;tre une richesse, car lorsqu'un enfant ma&#238;trise une langue, il peut facilement en apprendre d'autres. Mais il faut d'abord qu'il puisse r&#233;ellement apprendre la langue dans laquelle il va &#233;crire et poursuivre sa scolarit&#233;. Sinon, il va &#233;chouer et se d&#233;courager.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et m&#234;me un jeune enfant de langue maternelle fran&#231;aise, avec qui va-t-il
acqu&#233;rir un vocabulaire vari&#233;, riche, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la plupart des
femmes travaillent, o&#249; les grands-parents ne vivent plus dans le m&#234;me foyer ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est bien &#224; l'enseignement public d'assurer ce r&#244;le. Selon le m&#234;me linguiste, auteur d'un rapport minist&#233;riel sur l'&#233;cole maternelle et dont les conseils sont suivis avec l'efficacit&#233; que l'on voit, il faudrait un instituteur pour huit enfants maximum d&#232;s la petite enfance. On est loin du compte et, pour bon nombre d'enfants, l'&#233;cole maternelle se r&#233;duit &#224; du gardiennage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;claration du ministre Darcos sur les instituteurs de maternelle, qui
n'auraient pas besoin d'avoir &#171; bac+5 &#187; pour changer des couches et surveiller des siestes, est m&#233;prisante &#224; plus d'un titre. Tout d'abord, le ministre semble si peu int&#233;ress&#233; par ce qui s'y passe qu'il ignore que, pour &#234;tre admis &#224; la maternelle, un enfant doit &#234;tre propre et que changer une couche est occasionnel. Mais surtout, il se moque du r&#244;le essentiel que joue l'&#233;cole maternelle dans l'apprentissage de la langue. D'ailleurs, il veut les supprimer et les remplacer par des &#171; jardins d'&#233;veil &#187; qui seront payants pour les familles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s la rentr&#233;e prochaine, il n'y aura plus d'enfants de deux ans en maternelle, et l'accueil des trois ans est en ligne de mire. Les familles les plus pauvres garderont leurs enfants elles-m&#234;mes, alors que ce sont justement ces enfants qui gagnent le plus &#224; &#234;tre scolaris&#233;s t&#244;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudrait, au contraire, embaucher massivement pour l'&#233;cole maternelle
et le primaire. Au lieu d'imposer des heures de soutien scolaire &#224; tous, il faut au minimum maintenir le nombre de postes dans les RASED, les r&#233;seaux d'aide sp&#233;cialis&#233;e aux enfants en difficult&#233;s, alors que le gouvernement projette d'y supprimer des milliers de postes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole primaire, dans des classes surcharg&#233;es, que peut-on
transmettre &#224; des enfants d&#233;j&#224; en difficult&#233;s ? Certainement pas la ma&#238;trise de la langue &#233;crite et du calcul, encore moins des r&#232;gles de vie en soci&#233;t&#233;, alors que c'est l'&#233;cole primaire qui doit enseigner tout cela. Lorsqu'un gamin ne sait pas parler &#224; deux ou trois ans, on s'inqui&#232;te &#224; juste titre, alors il faut aussi s'inqui&#233;ter de ce que des enfants ne sachent pas lire et &#233;crire &#224; six ou sept ans. Car c'est un retard qui ne se rattrape pas, pire, qui va s'aggraver et handicaper ces enfants dans toute leur scolarit&#233;. Aujourd'hui presque 10 % des enfants entrant en sixi&#232;me sont illettr&#233;s. L'&#233;cole de Jules Ferry n'en fabriquait pas autant, et c'&#233;tait il y a plus d'un si&#232;cle !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.5'&gt;&lt;/a&gt;Au coll&#232;ge et au lyc&#233;e, les in&#233;galit&#233;s scolaires se creusent encore&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour beaucoup, le parcours au coll&#232;ge sera synonyme d'&#233;checs
successifs. Et pour une minorit&#233; d'entre eux, ils retourneront leur frustration et leur col&#232;re contre l'&#233;cole. La mont&#233;e des &#171; incivilit&#233;s &#187; comme on dit, les actes de violence &#224; l'&#233;cole trouvent aussi leur origine dans cette d&#233;ficience de l'&#233;cole publique, incapable d'&#233;duquer ces jeunes, c'est-&#224;-dire incapable de leur apprendre &#224; chaque &#233;tape les connaissances pour progresser, mais aussi incapable de les socialiser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devant l'&#233;chec de nombreux coll&#233;giens &#224; acqu&#233;rir ces connaissances,
l'id&#233;e revient dans la presse, dans la bouche d'hommes politiques ou m&#234;me d'enseignants, qu'il faut remettre en cause le &#171; coll&#232;ge unique &#187;. Certains affirment qu'un coll&#232;ge o&#249; tous les jeunes re&#231;oivent la m&#234;me &#233;ducation est une belle utopie, qu'il est inadapt&#233; pour accueillir des &#233;l&#232;ves trop diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres pensent que tous les jeunes de quatorze ans ne peuvent pas avoir
acc&#232;s aux m&#234;mes connaissances, &#224; la m&#234;me culture. Mais c'est un faux probl&#232;me qui v&#233;hicule une id&#233;e r&#233;actionnaire. Est-ce que cela veut dire qu'il faut revenir &#224; une orientation pr&#233;coce, qui &#233;jecterait ces jeunes encore plus t&#244;t du syst&#232;me &#233;ducatif ? C'est la volont&#233; des derniers
gouvernements, qui d&#233;fendent le retour &#224; l'apprentissage. Ou bien s'agit-il
d'adapter le coll&#232;ge aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, en ne leur fournissant plus qu'une culture r&#233;duite pour &#234;tre accessible ? Dans les deux cas, c'est consid&#233;rer que la culture n'est pas pour tout le monde et en exclure ceux qui subissent d&#233;j&#224; l'exclusion sociale.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.6'&gt;&lt;/a&gt;La question des moyens, c'est le budget mais aussi la volont&#233; politique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Rien n'est fait pour donner aux jeunes qui en ont besoin le go&#251;t de
l'instruction, de la culture. Et ce n'est s&#251;rement pas en supprimant des
moyens humains, en supprimant des milliers de postes d'enseignants, qu'on peut le leur donner. Au contraire : sans les enseignants, rien n'est possible, aucun ordinateur ne peut y suppl&#233;er.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit m&#234;me pas de moyens extraordinaires pour embaucher le
personnel suffisant, enseignant et non-enseignant. Il faudrait surtout que l'&#201;tat en ait la volont&#233; politique, et qu'il choisisse de donner &#224; des services publics essentiels comme l'&#201;ducation nationale une partie de ce qu'il distribue sans compter aux banquiers et aux patrons !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les gouvernements successifs ont affirm&#233; que le budget de
l'&#201;ducation nationale n'a pas cess&#233; d'augmenter pendant des ann&#233;es sans
r&#233;soudre aucun probl&#232;me et qu'il ne faut pas faire plus, mais mieux. En fait, les moyens n'ont jamais suivi l'accroissement de la jeunesse scolaris&#233;e, qui est deux fois plus nombreuse qu'il y a cinquante ans. Et m&#234;me lorsque le gouvernement pr&#233;texte une l&#233;g&#232;re baisse d&#233;mographique, il ne veut pas voir que la population d'&#233;l&#232;ves a chang&#233;, qu'elle est bien plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne, et qu'il faudrait au contraire des moyens plus importants. Il pr&#233;f&#232;re sacrifier une partie de la jeunesse, en particulier la plus pauvre, celle qui aurait besoin de plus d'attention !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;prisant, Darcos ajoute : &#171; &lt;i&gt;Si on faisait un montage des manifestations
des ann&#233;es 70 &#224; nos jours, on y trouverait toujours les m&#234;mes slogans.&lt;/i&gt; &#187;. Il peut avoir tous les dipl&#244;mes, sa myopie sociale l'emp&#234;che de voir que
l'&#233;ducation ne fait que r&#233;gresser. Ou alors il fait peut-&#234;tre son autocritique et celle de ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, parce que si les manifestants r&#233;p&#232;tent la
m&#234;me chose, c'est surtout parce que rien ne change, ou alors en pire !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.7'&gt;&lt;/a&gt;Les ZEP ne peuvent pas compenser la d&#233;gradation sociale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;M&#234;me la politique des ZEP, ces zones d'&#233;ducation prioritaire, cr&#233;&#233;es en
1981, a peu chang&#233; la donne. Le saupoudrage de moyens &#233;tait trop
insuffisant, et le slogan &#171; donner plus &#224; ceux qui ont le moins &#187; n'a pas
emp&#234;ch&#233; la formation de ghettos scolaires dans ces quartiers qui concentrent d&#233;j&#224; les jeunes d&#233;soeuvr&#233;s et les ch&#244;meurs. &#192; ces nombreux jeunes sans travail, sans logement correct et pour beaucoup issus de l'immigration, qui subissent en plus du racisme social le racisme tout court, le gouvernement n'a &#224; offrir que du m&#233;pris et aucun autre avenir qu'un &#233;ni&#232;me plan &#171; banlieue &#187; aussi inefficace que les pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et &#224; leurs parents, que les patrons ont recrut&#233;s il y a quelques d&#233;cennies
pour les exploiter &#224; la construction des routes et des b&#226;timents, ou sur les
cha&#238;nes de montage des usines automobiles, l'&#201;tat ose faire la morale, alors que c'est lui qui abandonne ces quartiers, quand il ne menace pas de
supprimer les allocations familiales, ce qui ne peut qu'enfoncer les familles un peu plus dans la mis&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On nous parle de &#171; mixit&#233; sociale &#187;. Mais la mixit&#233; sociale sans la mixit&#233;
des logements, c'est une illusion. La carte scolaire, qui, d'apr&#232;s ses
d&#233;fenseurs, contribuait &#224; cette mixit&#233; et qui est maintenant supprim&#233;e, ne
servait en fait pas &#224; grand-chose, d'autant que beaucoup de ceux qui le
pouvaient la contournaient. Mais m&#234;me lorsqu'elle fonctionnait, le
fonctionnement m&#234;me de la carte scolaire faisait qu'un &#233;l&#232;ve d'un quartier
bourgeois de Paris &#233;tait scolaris&#233; dans un bon &#233;tablissement de son beau
quartier, tandis que celui qui vivait dans une cit&#233; laiss&#233;e pour compte de
banlieue se retrouvait dans le seul coll&#232;ge de ZEP qui y existait. Dans une
soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'in&#233;galit&#233; sociale, la mixit&#233; sociale ne peut pas plus exister que l'&#233;galit&#233; des chances.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.8'&gt;&lt;/a&gt;Un service public national qu'on d&#233;mant&#232;le et auquel on impose la logique de march&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s entre quartiers, entre communes, voire entre r&#233;gions se
sont aggrav&#233;es avec la d&#233;centralisation. L'&#201;tat s'est d&#233;charg&#233; sur les
d&#233;partements et les r&#233;gions, comme sur les communes, d'un certain nombre de t&#226;ches, mais sans leur donner les moyens de les remplir. Plus une commune est riche, plus elle consacre d'argent &#224; l'&#233;ducation, et les &#233;l&#232;ves des communes les plus pauvres se retrouvent doublement p&#233;nalis&#233;s, puisqu'aux difficult&#233;s sociales s'ajoute un environnement scolaire plus d&#233;grad&#233;. Au lieu d'&#234;tre compens&#233;es, au moins un peu, par l'&#201;tat, les in&#233;galit&#233;s se creusent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La logique de march&#233; que le gouvernement voudrait bien imposer &#224;
l'&#233;ducation joue aussi un r&#244;le dans le renforcement des in&#233;galit&#233;s. En
pr&#233;tendant am&#233;liorer le &#171; &lt;i&gt;rendement de la machine &#233;ducative, tout en
r&#233;duisant les d&#233;penses&lt;/i&gt; &#187;, Darcos ne fait que pousser les &#233;tablissements &#224;
entrer en comp&#233;tition pour attirer les meilleurs &#233;l&#232;ves, seule garantie d'une
meilleure performance. C'est &#224; celui qui affichera le meilleur palmar&#232;s de
r&#233;ussite au bac, ou qui multipliera les sections les plus prestigieuses, pour
attirer les bons &#233;l&#232;ves comme on attire le chaland. M&#234;me les coll&#232;ges de
quartiers populaires s'y mettent pour proposer, qui l'option europ&#233;enne &#224; la mode, qui la classe &#224; horaires am&#233;nag&#233;s pour le sport, afin d'&#233;viter la fuite des &#233;l&#232;ves les moins pauvres du quartier, tent&#233;s de s'inscrire ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques lyc&#233;es d'excellence &#224; un p&#244;le, une grande majorit&#233; d'&#233;tablissements au bord de l'asphyxie &#224; l'autre, voil&#224; ce que pr&#233;pare l'&#233;volution actuelle du syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au vu de tout cela, on peut dire que, dans le domaine de l'&#233;ducation
comme dans bien d'autres, les choses &#233;voluent vraiment dans la mauvaise
direction depuis des ann&#233;es. Et les &#233;conomies faites sur son dos ne peuvent qu'acc&#233;l&#233;rer la faillite du syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; la situation dans un pays qui a &#171; &lt;i&gt;un des meilleurs syst&#232;mes &#233;ducatifs du monde&lt;/i&gt; &#187; comme dirait Sarkozy. La situation est-elle diff&#233;rente dans les autres pays imp&#233;rialistes ? Sans parler de tous, quelques mots sur le plus puissant d'entre eux, les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;flottedroite&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;ducation aux &#201;tats-Unis&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En mati&#232;re d'&#233;ducation, les &#201;tats-Unis, parce qu'ils sont la premi&#232;re
puissance mondiale, sont aussi le pays qui montre le mieux &#224; la fois les
possibilit&#233;s et les limites de l'&#233;ducation dans le cadre capitaliste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel contraste entre d'un c&#244;t&#233; les plus grandes universit&#233;s du monde, o&#249; l'on travaille sur des sujets scientifiques qui n&#233;cessitent les connaissances les plus pointues, avec les moyens les plus modernes, et de l'autre c&#244;t&#233; la remise en cause de l'enseignement de la th&#233;orie de l'&#233;volution dans les &#233;coles publiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le pays capitaliste le plus avanc&#233;, les prix Nobel peuvent c&#244;toyer&#8230;
un Mus&#233;e de la cr&#233;ation, ouvert il y a un an et demi, et qui montre l'histoire du monde selon le r&#233;cit de la Gen&#232;se, pr&#233;sent&#233; comme litt&#233;ralement exact. Ainsi la Terre n'aurait pas plus de 6 000 ans, les hommes auraient jadis fr&#233;quent&#233; les dinosaures, le d&#233;luge serait une r&#233;alit&#233; historique, dont t&#233;moignerait notamment l'existence du Grand Canyon, etc. Des id&#233;es d'un autre &#226;ge ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, mais diffus&#233;es avec des moyens modernes : un plan&#233;tarium, des
reconstitutions multim&#233;dias, comme celle qui pr&#233;sente les animaux cramponn&#233;s&#8230; &#224; l'arche de No&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cr&#233;ationnisme au lieu de la th&#233;orie de l'&#233;volution dans les &#233;coles
Au-del&#224; de l'anecdote, les fondamentalistes religieux cherchent depuis
longtemps &#224; imposer l'enseignement de la cr&#233;ation dans les &#233;coles publiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours d'un proc&#232;s retentissant qui eut lieu en 1925 dans le Tennessee, un enseignant fut jug&#233; pour avoir enfreint la loi qui interdisait l'enseignement de la th&#233;orie de l'&#233;volution dans les &#233;coles de l'&#201;tat. On lui reprochait d'enseigner &#171; &lt;i&gt;une th&#233;orie qui nie l'histoire de la cr&#233;ation divine de l'homme telle qu'elle est enseign&#233;e dans la Bible et d'enseigner &#224; la place que l'homme descend d'un ordre animal inf&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187;. La presse parla du &#171; proc&#232;s du singe &#187;. L'enseignant fut condamn&#233;, non pas sur le fond comme partisan de la th&#233;orie de l'&#233;volution, mais pour n'avoir pas respect&#233; la loi, loi qui sera maintenue dans quatre autres &#201;tats du Sud jusque dans les ann&#233;es 1960, en m&#234;me temps que la lecture obligatoire de dix versets de la Bible par jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis, les cr&#233;ationnistes ont tent&#233; d'imposer le &#171; traitement &#233;quilibr&#233; &#187;
comme ils disent, c'est-&#224;-dire l'enseignement de la cr&#233;ation au m&#234;me titre que la th&#233;orie de l'&#233;volution. D&#233;bout&#233;s en 1982 par des tribunaux qui ont jug&#233; que la pr&#233;tendue th&#233;orie de la cr&#233;ation n'&#233;tait pas scientifique, ce qui est quand m&#234;me la moindre des choses, les cr&#233;ationnistes reviennent aujourd'hui &#224; la charge sous le couvert de la th&#233;orie du &#171; dessein intelligent &#187;. Cette th&#233;orie ne conteste pas l'&#233;volution, mais elle d&#233;fend l'id&#233;e qu'un monde si complexe n'aurait pas pu exister sans l'intervention d'une intelligence sup&#233;rieure. Et revoil&#224;, &#224; peine d&#233;guis&#233;e, la cr&#233;ation divine.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;Une &#233;cole malade des in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on que chacun des &#201;tats d&#233;cide des programmes
scolaires, il finance ses propres &#233;coles, essentiellement avec le revenu des
taxes locales. Ainsi les districts riches peuvent disposer de quelques bonnes &#233;coles, tandis que celles des ghettos pauvres sont en ruines. De plus, l'enseignement public a p&#226;ti de la baisse d'imp&#244;ts g&#233;n&#233;rale d&#233;cid&#233;e par le gouvernement Bush, qui a acc&#233;l&#233;r&#233; la d&#233;gradation des &#233;coles publiques, que fuient tous ceux qui peuvent payer une &#233;cole priv&#233;e. Le r&#233;sultat, c'est qu'un quart des lyc&#233;ens, et pr&#232;s de la moiti&#233; des lyc&#233;ens noirs, ont de telles difficult&#233;s pour lire lorsqu'ils terminent leur scolarit&#233; que certaines universit&#233;s publiques font des cours d'apprentissage de la lecture pour leurs &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;flottedroite&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;Le cas de l'&#233;ducation dans la Russie sovi&#233;tique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Une autre &#233;ducation a &#233;t&#233; possible dans un pays qui exp&#233;rimentait une
soci&#233;t&#233; diff&#233;rente du capitalisme. Il s'agit de la Russie r&#233;volutionnaire. Bien
s&#251;r, ce n'est pas un mod&#232;le de ce qu'il faudrait faire aujourd'hui, on n'est plus au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Mais cela donne n&#233;anmoins une id&#233;e de ce qu'il est possible de faire lorsqu'il y a la volont&#233; politique et la conscience que l'&#233;ducation des hommes, c'est l'avenir de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Russie, les ouvriers, les soldats et les paysans prirent le pouvoir en
1917 et renvers&#232;rent le vieil ordre social tsariste. Ils provoqu&#232;rent une
immense avanc&#233;e dans le domaine de l'&#233;ducation, apr&#232;s des si&#232;cles
d'obscurantisme et d'analphab&#233;tisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la veille de la r&#233;volution de 1917, 80 % de la population &#233;tait toujours
illettr&#233;e. La plupart des &#233;coles existantes &#233;taient tenues par des popes de
l'&#201;glise orthodoxe. En mettant fin au r&#233;gime qui maintenait le peuple dans une mis&#232;re noire, la r&#233;volution bolch&#233;vique mit fin &#233;galement &#224; l'analphab&#233;tisme, &#224; un &#233;tat d'ignorance et de superstitions inimaginables.
Lutter contre l'analphab&#233;tisme, une priorit&#233; D&#232;s 1918, un commissariat &#224; l'Instruction publique fut mis en place, et un d&#233;cret promulguait l'alphab&#233;tisation de toute la population entre huit et cinquante ans. Malgr&#233; les bouleversements de la R&#233;volution, puis les difficult&#233;s de la guerre civile, et en l'absence de moyens importants, l'enthousiasme r&#233;volutionnaire souleva des montagnes, le combat contre l'illettrisme fut men&#233; dans tous les coins de la nouvelle URSS, du Turkestan jusqu'en Sib&#233;rie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un roman d'A&#239;tmatov raconte l'arriv&#233;e du &#171; premier ma&#238;tre &#187; dans un village de Kirghizie. Sachant lui-m&#234;me tout juste lire et &#233;crire, il dut faire face &#224; la m&#233;fiance des paysans, qui h&#233;sitaient &#224; lui confier leurs enfants. &#201;tablir l'&#233;cole, convaincre enfants et parents, ce ne fut pas une mince affaire, mais il s'y attela avec fougue et ferveur. Et ce fut gr&#226;ce &#224; des milliers et des milliers de ces premiers ma&#238;tres qu'en quelques ann&#233;es l'analphab&#233;tisme recula radicalement, m&#234;me parmi les peuples dont la langue ne connaissait pas l'&#233;criture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des dizaines de milliers de centres de lutte contre l'analphab&#233;tisme furent
cr&#233;&#233;s, autant de biblioth&#232;ques. Pour alimenter la soif de savoir, surgirent des &#233;coles nouvelles, des cours d'adultes, des facult&#233;s ouvri&#232;res. En 1920, il y avait un demi-million d'enseignants &#224; travers tout le pays. Mais chacun &#233;tait concern&#233;, un d&#233;cret exigeait de tout homme cultiv&#233; &#171; &lt;i&gt;qu'il consid&#232;re comme son devoir d'instruire plusieurs illettr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;John Reed, un militant communiste am&#233;ricain qui v&#233;cut les d&#233;buts de la
R&#233;volution, &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Toute la Russie apprenait &#224; lire, et lisait de la politique, de l'&#233;conomie et de l'histoire, car le peuple voulait savoir et conna&#238;tre (&#8230;) L'aspiration &#224; l'&#233;ducation pendant si longtemps contenue &#233;clata avec la R&#233;volution.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; propos du r&#244;le du commissariat &#224; l'Instruction publique, L&#233;nine disait : &#171; &lt;i&gt;D'en bas, c'est-&#224;-dire de la masse des travailleurs que le capitalisme &#233;cartait de l'instruction, &#224; la fois ouvertement par la violence, et par l'hypocrisie et la duperie, monte un puissant &#233;lan vers le savoir et les connaissances. Nous sommes fiers &#224; juste titre de le seconder et d'&#234;tre &#224; son service.&lt;/i&gt; &#187; Et il recommandait : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi n'apprendrions-nous pas &#224; donner au peuple en un an, malgr&#233; notre indigence actuelle, &#224; raison de deux exemplaires pour les 50 000 biblioth&#232;ques et salles de lecture, tous les manuels n&#233;cessaires et tous les classiques de la litt&#233;rature, de la science et de la technique modernes ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7.1'&gt;&lt;/a&gt;Une &#233;cole au service d'une nouvelle soci&#233;t&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Il s'agissait de cr&#233;er une nouvelle &#233;cole, &#171; l'&#233;cole unique du travail &#187;
que Boukharine et Pr&#233;obrajenski d&#233;crivaient ainsi dans l'&lt;i&gt;ABC du communisme&lt;/i&gt; en 1923 : &#171; &lt;i&gt;Cela signifie d'abord que la s&#233;paration des sexes doit &#234;tre supprim&#233;e. Il faut &#233;carter ensuite cette division des &#233;coles en &#233;coles sup&#233;rieures, secondaires et primaires, dont les programmes ne sont point adapt&#233;s les uns aux autres. Il faut cesser &#233;galement la distinction entre l'enseignement g&#233;n&#233;ral et l'enseignement professionnel, la division en &#233;coles accessibles &#224; tous et en &#233;coles r&#233;serv&#233;es aux classes privil&#233;gi&#233;es. L'&#233;cole unique doit constituer une &#233;chelle unique que tout &#233;l&#232;ve de la R&#233;publique socialiste peut et doit gravir en commen&#231;ant par l'&#233;chelon le plus bas : le jardin d'enfants, et en terminant par le plus haut : l'Universit&#233;. L'enseignement g&#233;n&#233;ral et la culture polytechnique seront obligatoires pour tous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fallut aussi trouver des solutions au probl&#232;me imm&#233;diat des orphelins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De nombreux enfants et jeunes avaient perdu leurs parents dans la guerre
mondiale, la r&#233;volution ou la guerre civile, et ils se retrouvaient livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, voire tombaient dans la d&#233;linquance. Makarenko s'occupa dans les ann&#233;es 1920 d'une colonie de jeunes d&#233;linquants. Il chercha &#224; les
transformer en leur faisant mener une vie bas&#233;e sur le travail et l'int&#233;r&#234;t
collectif, une vie d'o&#249; la loi de la jungle qu'ils avaient connue jusque-l&#224; &#233;tait
bannie et qui valorisait au contraire la vie collective et la responsabilit&#233;.
Pendant dix ans, il y eut une effervescence et un g&#233;nie inventif dans le
domaine de l'&#233;ducation et de l'enfance qui impressionn&#232;rent jusqu'en
Am&#233;rique le p&#233;dagogue et philosophe John Dewey, celui-l&#224; m&#234;me que Trotsky choisit des ann&#233;es plus tard pour pr&#233;sider la commission charg&#233;e de d&#233;monter l'argumentaire des proc&#232;s staliniens. Dewey vint en Russie en 1928 et en revint enthousiasm&#233; par les &#233;coliers comme par les ma&#238;tres.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7.2'&gt;&lt;/a&gt;Changer les comportements sociaux&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais instruire, ce n'&#233;tait pas que cela, il fallait aussi modifier les comportements sociaux. Les bolcheviks avaient pris le pouvoir dans un pays barbare : la crasse des id&#233;es, la brutalit&#233; des comportements, l'esprit
bureaucratique et la corruption impr&#233;gnaient toute la soci&#233;t&#233; tsariste, du haut jusqu'en bas. Il fallait donc aussi que l'&#233;ducation soit un moyen de socialiser, de transformer les comportements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une petite brochure qui devint vite tr&#232;s populaire et qui s'appelait
Les questions du mode de vie, Trotsky abordait diff&#233;rents aspects de la vie
quotidienne. Des petites choses en regard des grandes qu'accomplissait la
r&#233;volution ? Non, parce qu'il consid&#233;rait que l'h&#233;ritage du pass&#233;, ce n'&#233;tait pas seulement l'arri&#233;ration &#233;conomique, mais aussi l'arri&#233;ration des moeurs qui empoisonnait toute la vie sociale, depuis la famille jusqu'au sommet de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour changer cet &#233;tat de choses, il appelait &#224; combattre avec &#233;nergie
l'alcoolisme, les pr&#233;jug&#233;s religieux et les superstitions de toutes sortes,
comme la grossi&#232;ret&#233; du langage qui refl&#233;tait celle des rapports humains.
Il fallait aussi rendre la culture accessible &#224; tous. Les oeuvres d'art, les
mus&#233;es consid&#233;r&#233;s comme la propri&#233;t&#233; du peuple entier furent prot&#233;g&#233;s. Les salles de concerts, de ballets ou d'op&#233;ras furent ouvertes &#224; tous et elles se remplirent de soldats en vareuses, d'ouvriers en habits de travail, d'enfants de tous les &#226;ges. Loin de d&#233;truire la culture, il fallait au contraire s'approprier ce que les classes riches avaient produit de mieux, et le mettre au service de tous. Il fallait assimiler les richesses accumul&#233;es par la connaissance humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'adressant aux jeunes communistes en 1920, L&#233;nine expliquait : &#171; &lt;i&gt;Notre
&#233;cole doit donner &#224; la jeunesse les bases de la connaissance, lui apprendre &#224; &#233;laborer elle-m&#234;me les conceptions communistes, elle doit en faire des hommes cultiv&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7.3'&gt;&lt;/a&gt;Le r&#233;sultat&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les difficult&#233;s dues &#224; la mis&#232;re et &#224; la p&#233;nurie, il y eut des
tentatives nouvelles dans toutes les directions et de nombreuses
exp&#233;rimentations, tout cela avec les moyens du bord. La bureaucratisation
stalinienne allait y mettre fin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en un demi-si&#232;cle, la Russie passa d'une arri&#233;ration quasi moyen&#226;geuse &#224; la modernit&#233;, donnant une &#233;ducation g&#233;n&#233;rale et technique &#224; des millions de Sovi&#233;tiques, ainsi qu'&#224; des g&#233;n&#233;rations d'&#233;tudiants de pays pauvres form&#233;s en URSS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et malgr&#233; le stalinisme qui a tout fig&#233;, le syst&#232;me d'&#233;ducation sovi&#233;tique a
sauvegard&#233; une certaine universalit&#233;, une volont&#233; de d&#233;mocratiser
l'enseignement et la culture, en les rendant accessibles au plus grand nombre plut&#244;t que de privil&#233;gier une minorit&#233;. C'est en fournissant l'&#233;ducation la plus vaste &#224; de larges masses que l'URSS occupa une place de premier plan dans la conqu&#234;te de l'espace, dans la science.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le seul fait que la R&#233;volution d'Octobre ait enseign&#233; au peuple russe,
aux dizaines de peuples de la Russie tsariste, &#224; lire et &#224; &#233;crire, se place
incomparablement plus haut que toute la culture russe en serre d'autrefois&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait Trotsky en 1932. Oui, quand on mesure l'ampleur de ce que le r&#233;gime issu de la r&#233;volution a fait en mati&#232;re d'&#233;ducation, sans m&#234;me parler de ce qu'il a tent&#233; de faire, on peut &#234;tre fier d'&#234;tre communiste !&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8'&gt;&lt;/a&gt;Pour une autre &#233;ducation, il faut changer la soci&#233;t&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;ducatif en France doit son essor historique au d&#233;veloppement de la bourgeoisie. Dans le cadre du capitalisme, il ne pouvait qu'&#234;tre limit&#233;, profond&#233;ment in&#233;galitaire, et il l'est rest&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La meilleure &#233;ducation, la culture universelle, cela reste r&#233;serv&#233; aux enfants de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour les enfants des classes populaires, l'&#233;cole, c'est quand m&#234;me
ce que la soci&#233;t&#233; offre de mieux, avant l'exploitation capitaliste ou le ch&#244;mage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;ducation nationale, comme d'autres services publics, fait aujourd'hui partie des conditions d'existence de la population. Relativement gratuite, elle permet de pallier, au moins un peu, l'insuffisance des revenus des travailleurs. C'est pour cela que le d&#233;sengagement de l'&#201;tat, qui s'aggrave d'ann&#233;e en ann&#233;e et tous gouvernements confondus depuis trente ans, a des cons&#233;quences sociales catastrophiques, particuli&#232;rement dans les quartiers populaires. Et ce n'est pas l'annonce r&#233;cente d'un recrutement de m&#233;diateurs dans ces quartiers pour lutter contre l'absent&#233;isme scolaire qui peut changer quoi que soit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi les lyc&#233;ens, les enseignants, les parents, tous ceux qui se
mobilisent en ce moment pour limiter la d&#233;gradation actuelle, ont bien raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ils ont tout notre soutien. Mais leur combat ne peut vraiment d&#233;boucher
que s'il s'inscrit dans un combat plus g&#233;n&#233;ral contre le capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car la crise de l'&#233;ducation est li&#233;e &#224; la crise du capitalisme. La bourgeoisie
n'a plus rien &#224; faire de la production elle-m&#234;me, pourquoi donc investirait-elle dans l'&#233;ducation, c'est-&#224;-dire dans la formation des producteurs ? On l'a vu, l'investissement de la bourgeoisie dans l'&#233;ducation, c'&#233;tait d'abord un investissement sur le long terme, parce qu'il y avait une n&#233;cessit&#233; d'&#233;lever le niveau g&#233;n&#233;ral d'instruction de la population laborieuse, pour permettre un accroissement ult&#233;rieur de la production. Mais aujourd'hui, les capitalistes ne voient m&#234;me plus l'int&#233;r&#234;t d'investir dans le long terme, dans une instruction minimale. La crise de l'&#233;ducation, c'est finalement l'un des aspects qui r&#233;v&#232;le le pourrissement du capitalisme, et par lequel son caract&#232;re s&#233;nile, usurier, se manifeste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de toute forme d'exploitation et d'oppression,
une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement communiste, ferait de l'&#233;ducation une priorit&#233;,
comme elle fournirait &#224; tous la nourriture et le logement. Et cette &#233;ducation
aurait lieu tout au long de la vie, elle ne serait plus confin&#233;e dans des
institutions sp&#233;cialis&#233;es, coup&#233;es de la soci&#233;t&#233;, mais elle favoriserait le
d&#233;veloppement des talents, des qualit&#233;s de chacun &#224; tout moment de sa vie, et pas seulement dans ses dix-huit premi&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx, en son temps, &#233;crivait que l'&#233;ducation &#171; &lt;i&gt;n'est pour l'immense
majorit&#233; qu'un dressage qui en fait des machines&lt;/i&gt; &#187;. Et il ajoutait qu'au
contraire, elle devrait produire des &#171; &lt;i&gt;hommes complets&lt;/i&gt; &#187;, exer&#231;ant aussi bien des activit&#233;s manuelles qu'intellectuelles et capables de s'assimiler la plupart des techniques de production. Marx rappelait que la bourgeoisie, &#224; ses d&#233;buts r&#233;volutionnaires, avait elle-m&#234;me pos&#233; plus ou moins consciemment un programme d'&#233;ducation &#171; &lt;i&gt;polytechnique&lt;/i&gt; &#187;. Dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, il soulignait une des contradictions du capitalisme : &#171; &lt;i&gt;Si la nature m&#234;me de la grande industrie n&#233;cessite le changement dans le travail, la fluidit&#233; des fonctions, la mobilit&#233; universelle du travailleur, elle reproduit, sous sa forme capitaliste, l'ancienne division du travail avec ses particularit&#233;s ossifi&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sp&#233;cialisation &#224; outrance, la coupure entre travail manuel et travail
intellectuel, sont li&#233;es au fonctionnement m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste et
dispara&#238;tront avec elle. Bien s&#251;r, il faudra se sp&#233;cialiser pour certaines t&#226;ches : on ne s'improvise pas m&#233;decin ou ing&#233;nieur dans l'&#233;lectronique, ni m&#234;me musicien virtuose. Mais chacun pourra acqu&#233;rir des connaissances &#233;lev&#233;es dans les domaines qu'il choisira. C'est irr&#233;aliste ? Aujourd'hui certainement, car en consacrant pr&#232;s de quarante heures par semaine &#224; travailler pour gagner un salaire, il n'y a plus gu&#232;re le temps de se consacrer &#224; autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans une soci&#233;t&#233; qui ne sera plus bas&#233;e sur l'exploitation et le profit,
o&#249; le travail n&#233;cessaire &#224; la satisfaction des besoins de tous sera r&#233;parti
&#233;galement entre tous les membres, on trouvera largement le temps de se
cultiver, d'approfondir ses connaissances techniques, d'acc&#233;der &#224; la culture
litt&#233;raire, scientifique ou artistique, d'apprendre de nouvelles langues selon
ses go&#251;ts et ses sensibilit&#233;s. Fran&#231;ois Jacob, le biologiste prix Nobel, explique que l'homme est programm&#233; pour apprendre, comme le cheval est programm&#233; pour courir ou l'oiseau pour voler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son ouvrage La femme dans le pass&#233;, le pr&#233;sent et l'avenir, Bebel,
dirigeant socialiste allemand, imaginait d&#233;j&#224; en 1883 : &#171; &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; future
poss&#233;dera, en quantit&#233;s innombrables, des savants et des artistes de tous
genres, qui emploieront activement une certaine partie de la journ&#233;e &#224; un
travail physique et qui, le reste du temps, cultiveront les arts et les sciences selon leurs go&#251;ts. En m&#234;me temps, dispara&#238;tra la contradiction qui existe aujourd'hui entre le travail intellectuel et le travail manuel, contradiction que les classes dirigeantes ont fait tout leur possible pour renforcer, dans le but de faire para&#238;tre comme privil&#233;gi&#233; le travail intellectuel qui leur &#233;choit principalement en leur qualit&#233; de classes dirigeantes et pr&#233;pond&#233;rantes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour atteindre cela, il faudra se d&#233;barrasser d'un syst&#232;me &#233;conomique
d&#233;pass&#233; et qui fait plus que jamais obstacle &#224; des possibilit&#233;s inou&#239;es de
progr&#232;s humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, il faut renvoyer le capitalisme &#224; la pr&#233;histoire de l'humanit&#233; ! Le
communisme est l'avenir de la soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>La crise de l'&#233;conomie capitaliste</title>
	
	
	
	

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				113 Les annonces de plans de suppressions d'emplois ressemblent d&#233;sormais &#224; un bulletin de guerre quotidien : Sony &#224; Dax : 330 emplois supprim&#233;s ; Plastic Omnium au Havre : 210 emplois ; ArcelorMittal, 1 400 ; Renault : 4 000 ; PSA : 3 500 ; Ford &#224; Blanquefort : 1 600 ; Hewlett-Packard : 580 ; Adecco : 600 ; La Redoute : 672 ; Camif : 980 ; Continental Autoradios &#224; Rambouillet : 400 ; Faurecia &#224; Sandouville : 130, etc. Il ne s'agit l&#224; que de quelques usines, en France, appartenant &#224; des grands (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky-62/" rel="directory"&gt;Cercle L&#233;on Trotsky&lt;/a&gt;
			

			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;113&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les annonces de plans de suppressions d'emplois ressemblent d&#233;sormais &#224; un bulletin de guerre quotidien : Sony &#224; Dax : 330 emplois supprim&#233;s ; Plastic Omnium au Havre : 210 emplois ; ArcelorMittal, 1 400 ; Renault : 4 000 ; PSA : 3 500 ; Ford &#224; Blanquefort : 1 600 ; Hewlett-Packard : 580 ; Adecco : 600 ; La Redoute : 672 ; Camif : 980 ; Continental Autoradios &#224; Rambouillet : 400 ; Faurecia &#224; Sandouville : 130, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit l&#224; que de quelques usines, en France, appartenant &#224; des grands groupes. Il faudrait plusieurs pages pour dresser la liste de toutes les entreprises qui suppriment des emplois dans ce pays, de la petite PME &#233;trangl&#233;e par l'arr&#234;t brutal du cr&#233;dit bancaire au sous-traitant automobile dont le carnet de commandes s'est brutalement vid&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudrait aussi dresser la liste de toutes les entreprises touch&#233;es par le ch&#244;mage, partiel ou total, avec les diminutions importantes de salaires que cela implique pour les travailleurs. Il ne s'agit plus seulement de la fili&#232;re automobile. Des dizaines d'entreprises de toutes les tailles et de tous les secteurs ont d'ores et d&#233;j&#224; programm&#233; des fermetures de leurs ateliers en 2009, parfois pour des semaines enti&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la situation de l'emploi est pire encore. Le 5 d&#233;cembre, le d&#233;partement du Travail am&#233;ricain annon&#231;ait qu'un demi-million d'emplois avaient &#233;t&#233; d&#233;truits dans ce pays pour le seul mois de novembre. Pour l'ensemble de l'ann&#233;e 2008, qui n'est pas encore termin&#233;e, le total des emplois d&#233;truits va d&#233;passer les 2 millions, un chiffre jamais atteint depuis 1945.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un mois, le journal Les &#201;chos, pourtant pas connu pour ses id&#233;es socialistes, &#233;crivait dans un suppl&#233;ment sp&#233;cial consacr&#233; la crise : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;conomie mondiale traverse l'une des plus graves crises de son histoire. Sans qu'une guerre, sans qu'aucune catastrophe soudaine en soit &#224; l'origine, le syst&#232;me financier de la plan&#232;te vient de fr&#244;ler le collapsus, la banqueroute g&#233;n&#233;rale. (&#8230;) Longtemps un peu irr&#233;elle, la d&#233;b&#226;cle financi&#232;re se transforme en crise &#233;conomique profonde. La liste des pays entr&#233;s en r&#233;cession s'allonge chaque jour, la d&#233;tresse gagne des franges nouvelles de la population. Les pays du Sud subissent avec violence le ralentissement du Nord. Le monde fait face &#224; pr&#233;sent au risque d'une grande d&#233;pression, une chute &#224; la fois brutale et massive de l'activit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni les dirigeants politiques ni les &#233;conomistes ni les commentateurs ne peuvent plus nier la gravit&#233; et la profondeur de la crise &#233;conomique dans laquelle s'enfonce la plan&#232;te. Comparer la crise actuelle &#224; la grande d&#233;pression des ann&#233;es 1930 est aujourd'hui devenue une banalit&#233;.
Pourquoi le capitalisme ne peut-il pas fonctionner sans crises ? Qu'est-ce que la crise de 1929 nous apprend sur la crise actuelle ? Quelles sont les causes imm&#233;diates et les raisons plus profondes de cette crise ? Comment les travailleurs peuvent-ils y faire face ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; ces questions que nous voulons r&#233;pondre dans cet expos&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Le fonctionnement normal du capitalisme&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution industrielle, toute l'histoire du capitalisme est ponctu&#233;e de crises, suivies de r&#233;cessions plus ou moins longues, avant qu'une lente reprise ne s'amorce, se transformant en un boom &#233;conomique jusqu'&#224; la crise suivante. Ces cycles &#233;conomiques &#171; &lt;i&gt;jouent, dans la vie du capitalisme, le m&#234;me r&#244;le que les cycles de circulation du sang dans la vie de l'organisme&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre une formule de Trotsky.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les crises ne sont ni des anomalies ni des maladies de l'&#233;conomie capitaliste. Elles sont en fait le seul et unique moment de r&#233;gulation de tous les d&#233;s&#233;quilibres provoqu&#233;s par ce syst&#232;me de production.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;La crise est le seul r&#233;gulateur de l'&#233;conomie &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise le capitalisme, c'est que l'ensemble des moyens de production et de distribution des richesses est contr&#244;l&#233; par des propri&#233;taires priv&#233;s. L'objectif des capitalistes n'est pas de fournir tous les biens n&#233;cessaires &#224; la vie quotidienne de plusieurs milliards d'&#234;tres humains. Ils ne produisent pas de la nourriture, des m&#233;dicaments ou des automobiles pour satisfaire des besoins mais uniquement parce que cette production est cens&#233;e leur rapporter des profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est dans les ateliers de production que sont cr&#233;&#233;es toutes les richesses de la soci&#233;t&#233;, y compris le profit. C'est la force de travail humaine qui est seule capable de cr&#233;er de la valeur en transformant, par exemple, de l'acier, du plastique ou des c&#226;bles &#233;lectriques en automobiles. La force de travail a cette propri&#233;t&#233; extraordinaire de cr&#233;er plus de valeur que ce qu'elle co&#251;te pour l'entretenir. Si le salaire vers&#233; par un capitaliste &#224; ses ouvriers leur permet plus ou moins de faire face &#224; leurs d&#233;penses courantes, il est toujours bien inf&#233;rieur aux richesses qu'ils cr&#233;ent par leur travail. Cette partie de la valeur cr&#233;&#233;e par les ouvriers et qui n'est pas pay&#233;e par les capitalistes, c'est ce que Marx a appel&#233; la plus-value. Et c'est la source du profit capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au bout du compte, toute la soci&#233;t&#233; capitaliste s'organise autour du partage de la plus-value. La plus-value su&#233;e par les ouvriers sur les cha&#238;nes de fabrication des automobiles va se r&#233;partir entre les actionnaires, les concessionnaires, les banquiers, les assureurs et quelques autres interm&#233;diaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tant que les voitures produites restent sur les parkings de l'usine ou dans le hall du concessionnaire, la plus-value reste virtuelle. Pour que le capitaliste r&#233;cup&#232;re son profit, il doit les vendre. C'est une phase capitale. Pour chaque automobile, chaque &#233;cran plasma, chaque bien de consommation mis sur le march&#233;, les capitalistes doivent trouver un client disposant du pouvoir d'achat suffisant pour l'acheter. Ils doivent trouver un march&#233; solvable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le march&#233; solvable est limit&#233;. Les clients potentiels des biens de consommation sont les m&#233;nages, partout sur la plan&#232;te. Ceux de la bourgeoisie petite ou grande, qui consomment beaucoup, et pas seulement des jets priv&#233;s ou des yachts. Mais aussi, les plus nombreux, ceux des milieux populaires dont le pouvoir d'achat limit&#233; permet tout juste de faire face &#224; leurs besoins quotidiens, m&#234;me dans les p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique o&#249; le pouvoir d'achat de la classe ouvri&#232;re augmente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'offre, de son c&#244;t&#233;, d&#233;pend de la capacit&#233; de production. Cette derni&#232;re augmente avec les inventions scientifiques, les innovations techniques. Mais l'offre ne r&#233;sulte pas d'une d&#233;cision consciente qui prendrait en compte les besoins &#224; satisfaire ainsi que les moyens pour y faire face. Elle r&#233;sulte des d&#233;cisions d'une multitude de capitalistes individuels, oppos&#233;s les uns aux autres par la concurrence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces capitalistes se livrent une guerre acharn&#233;e. Dans le secteur automobile on compte une douzaine de grands constructeurs. Si la demande mondiale est estim&#233;e &#224; 70 millions de v&#233;hicules neufs par an, chacun veut rafler la plus grosse part du march&#233;. Chacun lance des installations pour produire plus de voitures qu'il n'en vendra au bout du compte. Cette concurrence entra&#238;ne un gonflement des capacit&#233;s de production qui d&#233;passent, &#224; un moment ou &#224; un autre, la demande solvable. C'est la surproduction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Inexorablement, certains se retrouvent avec des installations surdimensionn&#233;es ou des stocks non &#233;coul&#233;s. Pour r&#233;tablir l'&#233;quilibre, les perdants r&#233;duiront brutalement leur production. Certains licencieront partiellement ou totalement leurs ouvriers, annuleront les contrats pass&#233;s avec leurs sous-traitants. D'autres feront faillite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise est le seul moyen de liquider les stocks, d'&#233;quilibrer l'offre toujours plus grande et la demande solvable limit&#233;e. L'ajustement se fait ainsi, apr&#232;s coup, brutalement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La construction d'une voiture exige des mati&#232;res premi&#232;res, de l'acier, divers m&#233;taux, des c&#226;bles &#233;lectriques, du plastique produit &#224; partir du p&#233;trole, des pneumatiques, une multitude de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, sans parler des machines-outils, des lignes d'assemblage et de l'&#233;lectricit&#233; pour les alimenter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque crise, chaque arr&#234;t du processus de production dans l'automobile ou dans une autre industrie des biens de consommation se r&#233;percute sur les industries situ&#233;es en amont qui leur vendent ces biens de production. C'est ainsi qu'ArcelorMittal vient d'annoncer l'arr&#234;t de la moiti&#233; de ses hauts-fourneaux en Europe pour cause de crise dans le b&#226;timent et l'automobile. Il en profite pour supprimer plusieurs milliers d'emplois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme dans tous les secteurs, la concurrence fait rage entre sid&#233;rurgistes ou entre chimistes pour vendre le plus possible d'acier ou de plastiques aux industries des biens de consommation. Elle fait rage aussi d'un &#233;tage &#224; l'autre de la production, entre les deux ou trois producteurs de minerais, les sid&#233;rurgistes et tous leurs clients constructeurs automobiles ou industriels du b&#226;timent, pour accaparer chacun la plus grande part des profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette concurrence est encore une source de d&#233;s&#233;quilibre et de crise. Mais le d&#233;s&#233;quilibre est d'autant plus grand que les investissements pour construire un haut fourneau ou une installation chimique sont tr&#232;s lourds. Les amortissements se font sur des ann&#233;es et la mise en route de ces installations est longue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sid&#233;rurgistes fran&#231;ais ont, par exemple, apr&#232;s la guerre, retard&#233; au maximum leurs investissements dans des hauts fourneaux capables de produire des aciers plats pour l'automobile ou l'&#233;lectrom&#233;nager. Quand ils ont fini par le faire, avec l'aide massive de l'&#201;tat, dans les ann&#233;es 1960, leurs nouvelles installations, &#224; Fos ou &#224; Dunkerque, &#233;taient &#224; peine op&#233;rationnelles que les besoins en acier avaient chut&#233;, condamnant de nombreux hauts fourneaux &#224; la fermeture d&#233;finitive. Ce fut l'une des causes de la crise de la sid&#233;rurgie des ann&#233;es 1970-1980 qui provoqua des dizaines de milliers de licenciements et qui vit une nouvelle fois l'&#201;tat fran&#231;ais voler au secours des Wendel ou autres Schneider en nationalisant leurs usines obsol&#232;tes ou surdimensionn&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise permet ainsi de r&#233;tablir l'&#233;quilibre entre les diff&#233;rentes branches industrielles ; de r&#233;&#233;quilibrer les deux secteurs fondamentaux de l'&#233;conomie, les industries qui produisent pour le march&#233; des biens de consommation et celles qui produisent des machines ou des mati&#232;res premi&#232;res, tous les moyens de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est encore &#224; travers les crises que l'&#233;conomie capitaliste &#233;limine les entreprises qui sont en trop par rapport au march&#233; solvable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me dans une &#233;conomie rationnellement organis&#233;e, il serait n&#233;cessaire d'adapter r&#233;guli&#232;rement les efforts collectifs, le temps de travail consacr&#233; &#224; produire n'importe quelle marchandise. C'est une constante de l'&#233;conomie humaine : au fur et &#224; mesure des innovations techniques et des am&#233;liorations dans la fa&#231;on de produire collectivement les richesses, le temps de travail moyen n&#233;cessaire pour produire la nourriture, les v&#234;tements mais aussi des ordinateurs ou des voitures, a tendance &#224; baisser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans l'&#233;conomie capitaliste, cet ajustement p&#233;riodique se fait par la disparition brutale des entreprises dont le temps et les co&#251;ts de production sont sup&#233;rieurs &#224; la moyenne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est encore la crise qui permet de r&#233;tablir le taux moyen de profit de l'&#233;conomie capitaliste. Pour augmenter sa part de profit, chaque capitaliste produit toujours plus de marchandises. Si une nouvelle machine ou un nouveau proc&#233;d&#233; lui permet de produire deux fois plus vite, deux fois plus pour deux fois moins cher, il investit dans cette machine. Cela lui permet d'accro&#238;tre sa part de march&#233; et d'&#233;liminer une partie de ses concurrents. Mais ce qui est bon pour un capitaliste individuel ne l'est pas pour la classe capitaliste dans son ensemble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les concurrents finissent t&#244;t ou tard par investir eux aussi dans cette machine, ou une autre encore meilleure. Au bout du compte, il y a un gonflement du capital investi dans les machines. Comme c'est le travail humain qui produit le profit, pas les machines, ce gonflement sans fin du capital provoque une diminution r&#233;guli&#232;re du taux de profit pour l'ensemble de l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque capitaliste tente bien s&#251;r de r&#233;sister &#224; cette diminution en aggravant l'exploitation des travailleurs par tous les bouts : allongement du temps de travail, intensification des cadences, r&#233;duction des salaires comme des effectifs. Mais l'exploitation finit par se heurter &#224; des limites biologiques et le taux de profit moyen diminue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En &#233;liminant les entreprises les moins rentables, en fermant les ateliers les moins productifs, les crises d&#233;truisent du capital. Cette destruction de capital fait remonter le taux de profit dans l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les capitalistes les plus faibles, la crise signifie la disparition. Pour les autres, c'est une opportunit&#233; de racheter &#224; bas prix des concurrents. Les plus gros capitalistes grossissent encore un peu plus. &#192; chaque crise, le capital se concentre davantage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'&#233;conomie capitaliste, les crises sont donc des moments absolument indispensables pour purger le syst&#232;me de tous les d&#233;s&#233;quilibres qu'il engendre &#224; toutes les &#233;tapes de la production et de la distribution des marchandises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les travailleurs, chaque crise est une catastrophe car elle se traduit par des licenciements massifs et du ch&#244;mage, par l'appauvrissement d'une fraction suppl&#233;mentaire des classes populaires. Elle est nuisible, aussi, pour la soci&#233;t&#233;, car elle se traduit par la destruction et le gaspillage de biens utiles qui manquent cruellement &#224; toute une autre fraction de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour l'&#233;conomie capitaliste, ce ne sont que des faux frais !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;Le r&#244;le des banques, de la Bourse et de la finance&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La crise actuelle a mis &#233;vidence le poids d&#233;mesur&#233; de la finance dans l'&#233;conomie capitaliste. Mais, contrairement aux apparences, la finance n'est pas seulement un cancer qui parasite l'&#233;conomie capitaliste. Elle est aussi le sang qui irrigue son march&#233;. L'&#233;conomie capitaliste ne pourrait pas fonctionner sans les banques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord les banques permettent la continuit&#233; de la production en fournissant les liquidit&#233;s, les avances sur tr&#233;sorerie dont les entreprises ont besoin en permanence. C'est vrai pour les petits fournisseurs ou les sous-traitants qui sont pay&#233;s par leurs donneurs d'ordre avec souvent des d&#233;lais de trois mois mais qui doivent payer leurs traites imm&#233;diatement. Mais c'est vrai aussi pour les grosses entreprises. Si Renault devait attendre d'avoir vendu ses voitures pour racheter de la mati&#232;re premi&#232;re, payer ses factures d'&#233;lectricit&#233; ou verser les salaires de ses ouvriers, la production risquerait d'&#234;tre sans cesse interrompue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un arr&#234;t brutal des pr&#234;ts financiers suite &#224; une perte de confiance dans le syst&#232;me bancaire ou une forte augmentation des taux d'int&#233;r&#234;t provoquent la faillite de milliers d'entreprises en les emp&#234;chant d'acc&#233;der aux cr&#233;dits dont elles d&#233;pendent. M&#234;me un g&#233;ant de l'automobile comme General Motors, dont les ventes se sont effondr&#233;es ces derni&#232;res semaines, voit fondre inexorablement ses r&#233;serves dans le fonctionnement quotidien de ses usines car il ne peut emprunter aupr&#232;s des banques comme des march&#233;s financiers qu'&#224; des taux exorbitants.
Les banques jouent encore un r&#244;le quand les capitalistes d&#233;cident de r&#233;investir leurs profits. Les investissements pour construire une nouvelle usine n&#233;cessitent de gros capitaux. En attendant de les accumuler, les capitalistes placent dans les banques, pour les faire fructifier, les sommes r&#233;colt&#233;es au fur et &#224; mesure de leurs ventes. Les banques centralisent ainsi des masses de capitaux, elles les mutualisent en quelque sorte, pour les mettre &#224; disposition de tel ou tel capitaliste au moment o&#249; il en a besoin. Elles lui permettent ainsi d'investir en anticipant sur ses profits &#224; venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit plus l&#224; d'un simple cr&#233;dit commercial, d'un pr&#234;t &#224; court terme pour faire tourner l'entreprise, mais d'un pr&#234;t &#224; long terme, d'un cr&#233;dit d'investissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours du d&#233;veloppement du capitalisme, les banques ont drain&#233; vers l'industrie des capitaux de plus en plus petits et &#233;pars provenant de petits patrons et de divers rentiers. Des succursales bancaires de plus en plus d&#233;centralis&#233;es, les caisses d'&#233;pargne, les bureaux de poste ont drain&#233; l'&#233;pargne populaire, puis une fraction des salaires ouvriers d&#233;pos&#233;s sur leur compte bancaire. Elles ont ainsi transform&#233; des sommes &#233;parses inutilisables en un capital mis &#224; la disposition des gros capitalistes qui, crise apr&#232;s crise, ont pris le contr&#244;le des grands secteurs de la production.
&#201;videmment les banques ne font pas ce travail d'interm&#233;diaires pour les beaux yeux des industriels. En &#233;change des sommes avanc&#233;es, elles per&#231;oivent un int&#233;r&#234;t. &#192; travers cet int&#233;r&#234;t elles pr&#233;l&#232;vent leur part de la plus-value cr&#233;&#233;e par les ouvriers et elles ne se contentent pas de la portion congrue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les banques, au cours du temps, ne sont pas rest&#233;es longtemps de modestes interm&#233;diaires. Plac&#233;es au coeur m&#234;me des affaires des entreprises, au niveau du portefeuille, elles en ont pris le contr&#244;le, en n'investissant que dans les plus rentables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parall&#232;lement aux banques, les capitalistes trouvent leur ration de capital frais &#224; travers la Bourse des valeurs. Ils ont cr&#233;&#233;, tr&#232;s t&#244;t dans leur histoire, des soci&#233;t&#233;s industrielles par actions. Chaque action repr&#233;sente une fraction du capital. Les actionnaires ne touchent pas un int&#233;r&#234;t fixe, comme les banquiers, mais un dividende. Ces dividendes, variables d'une ann&#233;e &#224; l'autre, repr&#233;sentent une partie des profits annuels de l'entreprise.
Les entreprises peuvent encore obtenir des capitaux en &#233;mettant sur les march&#233;s financiers des obligations qui rapportent &#224; leurs porteurs un int&#233;r&#234;t annuel fixe mais aucun droit sur la marche de l'entreprise.
La g&#233;n&#233;ralisation des soci&#233;t&#233;s par actions a permis de dissocier compl&#232;tement la vie des entreprises de celle des capitaux qui leur permettent de fonctionner. Elle a surtout acc&#233;l&#233;r&#233; la concentration en mettant sous la tutelle de gros investisseurs des milliers de petits porteurs sans aucune prise sur la marche de l'entreprise. Cela a permis la cr&#233;ation des monopoles et de cartels dans les grands secteurs &#233;conomiques.
Finalement il y a belle lurette que la fronti&#232;re entre les industriels et les banquiers a disparu, qu'il n'y a pas les bons entrepreneurs industriels d'un c&#244;t&#233; et les mauvais financiers de l'autre. Les directeurs des grandes banques sont dans les conseils d'administration des grandes firmes industrielles et vice versa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale &#233;tait par exemple Eug&#232;ne Schneider, le patron des forges du Creusot. Le principal banquier de l'Am&#233;rique, J. P. Morgan, qui disposait en 1900 de plus d'or que le Tr&#233;sor am&#233;ricain, contr&#244;lait la moiti&#233; du r&#233;seau ferr&#233; am&#233;ricain avant de racheter la principale compagnie d'acier du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le poids des financiers dans l'industrie et la concentration du capital ont augment&#233; r&#233;guli&#232;rement lors de chaque crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la concentration, l'extension du capitalisme &#224; tous les pays, &#224; tous les secteurs &#233;conomiques, puis le d&#233;veloppement du cr&#233;dit, plus tard les interventions directes des &#201;tats, les crises sectorielles se sont transform&#233;es en crises g&#233;n&#233;rales plus profondes au moment o&#249; elles &#233;clataient. Mais, sectorielles ou g&#233;n&#233;rales, elles reviennent immuablement avec une fr&#233;quence plus ou moins r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1921, Trotsky constatait : &#171; &lt;i&gt;que pendant les p&#233;riodes de d&#233;veloppement rapide du capitalisme, les crises sont courtes et ont un caract&#232;re superficiel (&#8230;). Pendant les p&#233;riodes de d&#233;cadence, les crises durent longtemps et les rel&#232;vements sont momentan&#233;s, superficiels et bas&#233;s sur la sp&#233;culation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'allons pas faire le tour de toutes les crises qui ont secou&#233; l'&#233;conomie capitaliste depuis sa naissance. Nous n'en &#233;voquerons que deux : la grande d&#233;pression des ann&#233;es 1930, provoqu&#233;e par le krach boursier de New York en octobre 1929, et la crise actuelle qui s'est brutalement aggrav&#233;e le 15 septembre dernier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la crise actuelle ne fait que d&#233;marrer, si nul ne peut en pr&#233;voir les d&#233;veloppements, tous les commentateurs la comparent &#224; celle de 1929. M&#234;me si la situation internationale n'est pas du tout la m&#234;me et m&#234;me si l'histoire ne se r&#233;p&#232;te jamais de la m&#234;me fa&#231;on, il est instructif d'&#233;tudier les encha&#238;nements qui ont conduit &#224; la crise actuelle, &#224; la lumi&#232;re de celle de 1929.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;La crise de 1929&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;S'il existait une &#233;chelle de Richter des crises &#233;conomiques, comme pour les tremblements de terre, celle de 1929 serait tout en haut. Elle a traumatis&#233; la bourgeoisie pour plusieurs g&#233;n&#233;rations. Le syst&#232;me financier de toute la plan&#232;te a &#233;t&#233; &#233;branl&#233; pour des d&#233;cennies. Si les banquiers n'ont pas autant saut&#233; par les fen&#234;tres qu'on le dit, des centaines de banques firent faillite. La Bourse de Wall Street n'a retrouv&#233; son volume d'affaires que dans les ann&#233;es 1950. Le krach boursier d'octobre 1929 a ouvert la d&#233;pression &#233;conomique la plus profonde de l'histoire du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors qu'est-ce qui provoqua la crise de 1929 et qu'a-t-elle de commun avec la crise actuelle ?&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;&#171; Surproduction &#187; et sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e&#8230;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Il y eut, avant le krach d'octobre 1929, la m&#234;me phase d'euphorie boursi&#232;re et financi&#232;re que ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de 1921-22, l'&#233;conomie am&#233;ricaine connut une spectaculaire croissance. Pour les &#233;conomistes de l'&#233;poque, l'Am&#233;rique &#233;tait entr&#233;e dans la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;. Le directeur de la Bourse de Wall Street p&#233;rorait : &#171; &lt;i&gt;C'en est apparemment fini des crises &#233;conomiques cycliques telles que nous les avons connues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette croissance &#233;conomique &#233;tait port&#233;e par des investissements relativement massifs. La construction automobile &#233;tait l'une des locomotives de cette &#171; nouvelle &#233;conomie &#187; : en 1929, un Am&#233;ricain sur cinq poss&#233;dait une voiture. Cette ann&#233;e-l&#224;, 5 millions d'unit&#233;s sortirent des cha&#238;nes de montage de Ford ou de la General Motors. Les profits des constructeurs automobiles s'envolaient en m&#234;me temps que le cours de leurs actions &#224; la Bourse. General Motors pouvait ainsi racheter Vauxhall, au Royaume-Uni, et Opel, en Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les constructeurs automobiles avaient besoin d'acier, de pneumatiques ou de p&#233;trole fournis par la US Steel de Carnegie et Morgan ou par la Standard Oil de Rockfeller. La construction immobili&#232;re explosait.
Le b&#226;timent et l'automobile tiraient la sid&#233;rurgie. Les &#201;tats-Unis produisaient alors la moiti&#233; de l'acier, extrayaient les deux tiers du p&#233;trole de la plan&#232;te. Les profits suivaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut, comme dans les ann&#233;es 2000, une &#233;poque d'intenses fusions-acquisitions. La concentration &#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e dans l'industrie lourde, mais pas dans les nouveaux secteurs comme l'automobile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Henry Ford avait invent&#233; le syst&#232;me des &#171; Five Dollars Day &#187;, cinq dollars par jour de travail, et pr&#233;tendait ainsi offrir &#224; ses ouvriers un pouvoir d'achat suffisant pour qu'ils ach&#232;tent leur propre voiture, le fameux mod&#232;le T. En fait, il fallait une longue anciennet&#233; chez Ford pour toucher effectivement ce salaire. Pour les ouvriers, l'achat d'une automobile neuve n'&#233;tait possible qu'&#224; cr&#233;dit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cr&#233;dit fut pr&#233;cis&#233;ment l'autre moteur de l'expansion &#233;conomique des ann&#233;es 1920. Quand la crise a &#233;clat&#233;, il y avait plus de 1,4 milliard de dollars de cr&#233;ances sur des automobiles aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les banques avaient invent&#233; le cr&#233;dit &#224; la consommation, propos&#233; &#224; des fractions de plus en plus pauvres de la population. C'&#233;tait devenu un instrument magique pour &#233;largir artificiellement le march&#233; solvable.
C'est le cr&#233;dit encore qui favorisait la vente d'appareils m&#233;nagers. La radio &#233;tait au centre de cette &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;. Le principal fabricant de postes r&#233;cepteurs, RCA, d&#233;cha&#238;nait un engouement boursier semblable &#224; celui que connut Amazon.com ou Yahoo entre 1999 et 2001. Le cours de son action fut ainsi multipli&#233; par sept durant la seule ann&#233;e 1929.
En 1927, la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale, la banque centrale am&#233;ricaine, qu'on appelle couramment la FED, baissa ses taux d'int&#233;r&#234;t. Les banques, qui pouvaient ainsi emprunter &#224; tr&#232;s bon march&#233; aupr&#232;s de la FED, accord&#232;rent encore plus facilement des pr&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut le d&#233;but d'une sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e sur le cours des actions. Les acheteurs n'attendaient plus simplement le dividende vers&#233; en fin d'ann&#233;e. Ils achetaient des actions pour les revendre un peu plus cher. Le cours des actions boursi&#232;res s'envola et fut bient&#244;t compl&#232;tement d&#233;connect&#233; de la valeur r&#233;elle des soci&#233;t&#233;s. Apr&#232;s les banquiers et les rentiers, ce furent les entreprises industrielles qui sp&#233;cul&#232;rent avec toute leur tr&#233;sorerie, des salaires aux fonds de roulement. En septembre 1929, les capitaux engag&#233;s dans la sp&#233;culation qui provenaient de l'industrie d&#233;passaient ceux d'origine bancaire. Des capitaux affluaient y compris d'Europe.
Ceux qui ne disposaient pas de capitaux empruntaient. Les banques, des plus petites aux plus grosses, proposaient des pr&#234;ts au jour le jour, index&#233;s sur la valeur des actions elles-m&#234;mes. Le montant total de ces pr&#234;ts augmentait encore plus vite que la hausse des cours en Bourse.
Les financiers cr&#233;&#232;rent des soci&#233;t&#233;s d'investissement par actions, puis des filiales de ces soci&#233;t&#233;s qu'ils introduisaient &#224; la Bourse. En 1929, il se cr&#233;ait une soci&#233;t&#233; par jour ! Le &#171; g&#233;nie financier &#187; de l'&#233;poque &#233;tait d&#233;j&#224; fertile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bulle ne pouvait que crever. Tous les sp&#233;culateurs le savaient mais aucun ne voulait &#234;tre le premier &#224; revendre, aucun ne voulait risquer de perdre le moindre dollar tant que la hausse se poursuivait. Pour les rassurer sans doute, un &#233;conomiste de l'&#233;poque d&#233;clarait au printemps 1929 : &#171; &lt;i&gt;Le prix des actions a atteint ce qui para&#238;t un haut plateau permanent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le plateau s'effondra. Le krach survint en octobre. Une m&#233;canique fatale s'est alors enclench&#233;e : les soci&#233;t&#233;s d'investissement, profond&#233;ment endett&#233;es aupr&#232;s des banques, vendirent des actions en masse pour r&#233;cup&#233;rer des liquidit&#233;s. La plupart d'entre elles firent faillite, fragilisant les banques qui s'&#233;croul&#232;rent &#224; leur tour. Elles gel&#232;rent le cr&#233;dit aux entreprises puis rapatri&#232;rent le maximum de fonds depuis l'Europe et sp&#233;cialement depuis l'Allemagne. La crise, d'abord boursi&#232;re, devint bancaire, puis toucha la production.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;Une longue d&#233;pression &#233;conomique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le krach boursier n'avait &#233;t&#233; que le r&#233;v&#233;lateur d'une crise bien plus profonde. La r&#233;cession &#233;conomique &#233;tait en fait d&#233;j&#224; amorc&#233;e depuis le milieu de l'ann&#233;e 1929.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;conomie mondiale &#224; la fin des ann&#233;es 1920 &#233;tait marqu&#233;e par les cons&#233;quences de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Malgr&#233; leur victoire sur l'Allemagne, la France et l'Angleterre en &#233;taient sorties consid&#233;rablement affaiblies. Une grande partie de leur appareil de production &#233;tait d&#233;truit ou us&#233; jusqu'&#224; la corde faute d'avoir &#233;t&#233; renouvel&#233;. Le paysan ne trouvait plus d'engrais chimiques ou de machines agricoles, le propri&#233;taire de mines ne renouvelait plus son outillage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les monnaies europ&#233;ennes &#233;taient d&#233;valu&#233;es car les gouvernements avaient fait marcher la planche &#224; billets. Pour restaurer &#224; marche forc&#233;e la convertibilit&#233; de leurs monnaies avec l'or, les gouvernements britannique et fran&#231;ais avaient r&#233;duit les importations et cherchaient &#224; exporter le plus possible en baissant tous les prix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien avant la crise, cette politique poussa les puissances europ&#233;ennes &#224; se replier sur leur empire colonial dont elles intensifi&#232;rent l'exploitation.
L'appareil productif am&#233;ricain, alors en pleine expansion, ne pouvait pas compter sur le march&#233; europ&#233;en pour &#233;couler sa production. M&#234;me si son march&#233; int&#233;rieur &#233;tait vaste, avec des r&#233;gions enti&#232;res encore &#224; industrialiser, il n'&#233;tait pas infini. Le recours massif au cr&#233;dit n'avait fait qu'en repousser artificiellement les limites. Les inventions financi&#232;res qui avaient conduit au krach &#233;taient finalement une fa&#231;on de placer des capitaux qui ne trouvaient pas &#224; s'investir dans la production.
C'est un point commun avec la p&#233;riode actuelle : le d&#233;veloppement de la finance et de la sp&#233;culation &#233;tait une fois de plus provoqu&#233; par les limites du march&#233; solvable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute une fraction de la bourgeoisie am&#233;ricaine en &#233;tait parfaitement consciente. Certains pensaient m&#234;me que cette crise &#233;tait salutaire pour purger le syst&#232;me, liquider les canards boiteux et remonter ses taux de profit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Andrew Mellon, secr&#233;taire au Tr&#233;sor de 1921 &#224; 1932, banquier et milliardaire, l'exprima sans fard. Il d&#233;clara cyniquement, au moment o&#249; des millions de travailleurs am&#233;ricains &#233;taient jet&#233;s au ch&#244;mage, dans des bidonvilles ou sur les routes : &#171; &lt;i&gt;Liquidons les emplois, liquidons les stocks, liquidons les agriculteurs, liquidons l'immobilier&lt;/i&gt; &#187;, en ajoutant &#171; l&lt;i&gt;e co&#251;t de la vie et le niveau de vie trop &#233;lev&#233;s baisseront, les gens travailleront plus dur et m&#232;neront une vie plus morale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais Mellon et ses semblables furent servis au-del&#224; de leurs souhaits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement aux crises pr&#233;c&#233;dentes, celle-ci fut une d&#233;pression profonde qui dura.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant quatre ans la production industrielle am&#233;ricaine chuta &#224; la moiti&#233; de sa valeur d'avant le krach. En 1933, il y avait 15 millions de ch&#244;meurs aux &#201;tats-Unis, un travailleur sur cinq ! Les grandes entreprises automobiles licenci&#232;rent les deux tiers de leurs ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le textile ou la sid&#233;rurgie plus de la moiti&#233; des usines &#233;taient &#224; l'arr&#234;t. Ceux qui conservaient leur emploi ch&#244;maient plusieurs jours par semaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les prix de production de toutes les denr&#233;es se sont effondr&#233;s. C'&#233;tait la d&#233;flation. Howard Zinn raconte dans son Histoire populaire des &#201;tats-Unis &#171; &lt;i&gt;qu'il y avait des millions de tonnes de nourriture disponibles mais qu'on ne pouvait profiter ni de leur transport ni de leur vente. De nombreux logements &#233;taient disponibles mais restaient vacants, personne ne pouvant en payer les loyers. Les gens avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s de chez eux et vivaient d&#233;sormais dans des taudis, les fameux &#171; hoovervilles &#187;, qui s'&#233;taient rapidement construits dans les d&#233;charges.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que des milliers de personnes mouraient de faim aux &#201;tats-Unis, on d&#233;truisait des milliers de tonnes de bl&#233; et de fruits, on abattait des centaines de milliers de t&#234;tes de b&#233;tail pour faire remonter le cours de ces denr&#233;es agricoles. Steinbeck raconte dans Les Raisins de la col&#232;re comment des millions de petits agriculteurs, endett&#233;s pour moderniser leur exploitation, furent chass&#233;s de leur terre par les banques qui r&#233;cup&#233;raient leurs hypoth&#232;ques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise joua son r&#244;le habituel en &#233;liminant les entreprises les plus faibles et les moins rentables. Les grands trusts de l'acier, du p&#233;trole, de la chimie renforc&#232;rent leur h&#233;g&#233;monie d&#233;j&#224; tr&#232;s forte tout en voyant leurs affaires ralentir consid&#233;rablement. Dans l'automobile, la concentration augmenta. Les deux grands, GM et Ford, absorb&#232;rent leur ration de constructeurs ind&#233;pendants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les banques furent les plus touch&#233;es. Pr&#232;s d'un millier firent faillite. Les directeurs des plus grosses furent sermonn&#233;s et convoqu&#233;s devant le S&#233;nat. Ils furent parfois renvoy&#233;s&#8230; mais avec des r&#233;mun&#233;rations &#224; vie confortables m&#234;me si elles ne s'appelaient pas encore parachutes dor&#233;s.
Apr&#232;s les &#201;tats-Unis, la crise s'est &#233;tendue &#224; l'Allemagne dont l'&#233;conomie fut an&#233;mi&#233;e par le retrait brutal des capitaux am&#233;ricains rapatri&#233;s en urgence vers Wall Street. Avec deux ans de retard, le reste de l'Europe fut touch&#233;. On vit appara&#238;tre en France, et plus encore en Grande-Bretagne, des files de ch&#244;meurs sans ressources et des sc&#232;nes de mis&#232;re populaire.
Tous les pays furent touch&#233;s. Au Br&#233;sil, on br&#251;lait dans les locomotives le caf&#233; dont les cours s'&#233;taient effondr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le protectionnisme d&#233;j&#224; tr&#232;s fort avant la crise fut consid&#233;rablement renforc&#233; de part et d'autre de l'Atlantique. Le commerce mondial s'est litt&#233;ralement effondr&#233;. Chaque bourgeoisie s'est repli&#233;e sur son march&#233; int&#233;rieur ou sur ses colonies. Aux &#201;tats-Unis, une loi instaura en 1930 des tarifs douaniers prohibitifs.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt;Le New Deal et l'&#233;tatisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;C'est au cours de ces ann&#233;es de d&#233;pression &#233;conomique que Franklin Roosevelt fut &#233;lu pr&#233;sident des &#201;tats-Unis en remplacement de Hoover. Roosevelt est rest&#233; dans l'histoire pour avoir mis sur pied, d&#232;s son entr&#233;e en fonction au printemps 1933, un programme d'intervention &#233;conomique, le New Deal ou &#171; la nouvelle donne &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le New Deal est pr&#233;sent&#233; comme un plan de relance &#233;conomique et surtout comme une politique d'intervention de l'&#201;tat destin&#233;e &#224; redonner du travail aux millions de ch&#244;meurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le probl&#232;me du gouvernement Roosevelt n'&#233;tait pas de r&#233;duire le ch&#244;mage ni la mis&#232;re noire pour les travailleurs. Sa politique &#233;tait d'abord destin&#233;e &#224; relancer les affaires de la bourgeoisie am&#233;ricaine, &#224; lui offrir de nouveaux march&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le New Deal fut concr&#232;tement une s&#233;rie de lois prises par le Congr&#232;s dans les cent premiers jours de la pr&#233;sidence. Roosevelt restaura le syst&#232;me bancaire en garantissant les pr&#234;ts par l'&#201;tat et r&#233;organisant, sous son contr&#244;le, les banques en quasi-faillite. Il racheta leurs cr&#233;ances douteuses. Une mesure qui allait resservir !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Roosevelt fit voter une loi pour subventionner les agriculteurs afin qu'ils r&#233;duisent leur production et que les prix remontent. Cette loi renfor&#231;a les plus gros fermiers. Dans l'industrie, une nouvelle loi limitait la concurrence et fixait des minima pour les salaires et pour les prix. Les plus grandes entreprises se partag&#232;rent les secteurs et les march&#233;s. L'&#201;tat se m&#234;lait certes des affaires industrielles, ce qui &#233;tait nouveau aux &#201;tats-Unis, mais c'&#233;tait sous l'&#233;gide de l'Association nationale des industriels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le New Deal est connu par sa politique de grands travaux. La construction de dizaines de barrages, de tunnels, de dizaines de milliers de ponts ou de kilom&#232;tres d'autoroutes, l'&#233;lectrification de r&#233;gions enti&#232;res, furent certes un progr&#232;s. Mais l&#224; encore, le but principal ne fut pas de redonner du travail aux ch&#244;meurs. Ce fut d'offrir des march&#233;s aux industriels du b&#226;timent et des travaux publics. Les salaires &#233;taient maintenus au minimum et les conditions de travail telles qu'on pouvait parler &#171; des groupes de for&#231;ats f&#233;d&#233;raux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Roosevelt d&#233;clara lui-m&#234;me en 1936 : &#171; &lt;i&gt;c'est mon administration qui a sauv&#233; le syst&#232;me du profit priv&#233; et de la libre entreprise&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut dire que la bourgeoisie am&#233;ricaine fut confront&#233;e &#224; une v&#233;ritable explosion sociale &#224; partir de 1934. Cette ann&#233;e-l&#224;, plus d'un million et demi de travailleurs de diff&#233;rents secteurs se mirent en gr&#232;ve. Les gr&#232;ves qui s'intensifi&#232;rent en 1935 et 1936 prirent souvent un caract&#232;re politique avec occupation des usines. Elles d&#233;bord&#232;rent les vieilles bureaucraties syndicales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour faire face &#224; cette vague de gr&#232;ve, Roosevelt favorisa la cr&#233;ation de droits minimum &#224; l'assurance retraite et &#224; l'assurance ch&#244;mage. Une autre loi permettait &#224; un syndicat de faire appel &#224; l'&#201;tat pour obtenir sa reconnaissance par le patron, &#224; condition toutefois de s'&#234;tre conform&#233; &#224; une proc&#233;dure tr&#232;s restrictive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, Roosevelt r&#233;ussit &#224; canaliser la r&#233;volte des travailleurs par un m&#233;lange de r&#233;pression et de connivences avec les directions syndicales.
Mais en 1937, une nouvelle r&#233;cession &#233;clatait. Finalement c'est la production militaire massive en vue de la guerre qui relan&#231;a vraiment l'&#233;conomie capitaliste. Si les d&#233;penses militaires sont &#224; toutes les &#233;poques un march&#233; pour les capitalistes, la construction de navires, de chars et d'armes lourdes s'emballa dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique interventionniste de l'&#201;tat fut men&#233;e dans tous les pays de la plan&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat qui a men&#233; la politique la plus interventionniste et la plus dirigiste entre 1930 et 1945 fut l'Allemagne. Cela d&#233;marra d&#232;s 1930 sous le gouvernement Br&#252;ning qui diminua par d&#233;cret les salaires et les prix et r&#233;duisit les indemnit&#233;s ch&#244;mage. Mais cela s'intensifia avec l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler et du nazisme. Gr&#226;ce &#224; la dictature f&#233;roce contre les travailleurs, &#224; l'&#233;limination des organisations ouvri&#232;res, &#224; la militarisation des ouvriers &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des usines, le r&#233;gime hitl&#233;rien a lanc&#233; une politique de grands travaux et de relance &#233;conomique. En s'appuyant sur les cartels industriels allemands et les grandes banques du pays - et pour le plus grand b&#233;n&#233;fice de leurs actionnaires - Hitler a impos&#233; la r&#233;gulation de l'&#233;conomie, la centralisation de l'industrie et des approvisionnements en mati&#232;res premi&#232;res. Ce furent le dirigisme et le protectionnisme pouss&#233;s &#224; l'extr&#234;me dans une soci&#233;t&#233; capitaliste pour permettre &#224; l'imp&#233;rialisme allemand de reconqu&#233;rir sa place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de l'Allemagne, la militarisation de l'&#233;conomie fut le lot de tous les pays engag&#233;s dans la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Ce fut finalement le seul v&#233;ritable &#171; rem&#232;de &#187; &#224; la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les profits revenaient &#224; la bourgeoisie, le choix des productions comme leurs destinations &#233;taient impos&#233;s par les gouvernements. GM s'enrichit en fabriquant des tanks et le cimentier fran&#231;ais Lafarge en construisant le mur de l'Atlantique au profit de l'arm&#233;e allemande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'humanit&#233; paya au prix fort la crise du capitalisme des ann&#233;es 1930 ; d'abord, par les souffrances endur&#233;es partout durant la grande d&#233;pression ; ensuite, par les dizaines de millions de morts, les destructions massives et les nouvelles souffrances provoqu&#233;es par la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Une courte p&#233;riode d'expansion&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il est &#224; la mode, dans les milieux bourgeois mais aussi dans les milieux altermondialistes, d'opposer la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, qui serait une &#233;poque d'intervention syst&#233;matique des &#201;tats dans l'&#233;conomie, &#224; la p&#233;riode d&#233;marr&#233;e dans les ann&#233;es 1970 o&#249; la r&#232;gle aurait &#233;t&#233; le &#171; laisser faire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise actuelle d&#233;clenche des d&#233;bats sur les responsabilit&#233;s de telle ou telle &#233;cole d'&#233;conomistes. Il y aurait d'un c&#244;t&#233; les partisans de l'intervention des &#201;tats avec le Britannique Keynes comme mod&#232;le. Il y aurait de l'autre c&#244;t&#233; les &#171; int&#233;gristes du march&#233; &#187;, partisans de la d&#233;r&#233;gulation &#224; tout prix, dont Milton Friedman &#233;tait le pape. Ceux-l&#224; auraient pris le pouvoir &#224; l'&#233;poque de Reagan et Thatcher et seraient responsables de la d&#233;confiture actuelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette discussion est oiseuse. Les grands &#201;tats imp&#233;rialistes n'ont jamais cess&#233; un seul instant d'intervenir dans la marche de l'&#233;conomie. La b&#233;quille de l'&#201;tat est devenue une caract&#233;ristique permanente de l'&#233;conomie capitaliste apr&#232;s la grande d&#233;pression des ann&#233;es 1930. Ce qui changea, au tournant des ann&#233;es 1980, ce fut la forme de cette intervention. Et si la forme changea c'est, qu'apr&#232;s une phase globale d'expansion &#233;conomique, &#233;clata une nouvelle crise.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;L'intervention des &#201;tats&#8230; au secours des capitalistes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Si les ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre virent un accroissement consid&#233;rable de la production, le red&#233;marrage fut lent. Et il ne se fit, justement, qu'avec l'intervention massive des &#201;tats. Il a fallu reconstruire des &#233;conomies d&#233;vast&#233;es. Il n'y avait plus ni surproduction ni abondance de capitaux. C'&#233;tait la p&#233;nurie qui r&#233;gnait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la plupart des pays imp&#233;rialistes, sauf les &#201;tats-Unis, des industries enti&#232;res et les grandes banques furent nationalis&#233;es. C'&#233;tait une n&#233;cessit&#233; pour les capitalistes. Les industries de l'acier, du charbon, de l'&#233;lectricit&#233; ou le transport ferroviaire &#233;taient exsangues. Les taux de profit dans ces secteurs &#233;taient bien trop faibles pour que des capitaux priv&#233;s veuillent s'y investir. L'&#201;tat finan&#231;a lui-m&#234;me leur reconstruction, passa des commandes aux industriels. Il y eut m&#234;me un minist&#232;re du Plan sous de Gaulle, pourtant pas r&#233;put&#233; pour son socialisme !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce sont les Wendel, Alsthom, Schlumberger, Bouygues, ou feu Thomson qui se sont enrichis avec les commandes d'&#201;tat, les programmes de construction des centrales nucl&#233;aires, des trains, des autoroutes et des r&#233;seaux t&#233;l&#233;phoniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il y eut apr&#232;s-guerre un contr&#244;le strict de la circulation des marchandises et des capitaux, c'est qu'on manquait de tout. Toutes les marchandises devaient &#234;tre import&#233;es depuis les &#201;tats-Unis en m&#234;me temps que les dollars pour les payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est qu'au fur et &#224; mesure du red&#233;marrage de l'&#233;conomie que les &#233;changes se sont lib&#233;ralis&#233;s, au cours de longues n&#233;gociations entre capitalistes rivaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour relancer les &#233;changes internationaux et les stabiliser, les &#201;tats-Unis, seul pays dont la monnaie ne s'&#233;tait pas effondr&#233;e, impos&#232;rent en 1944 les fameux accords de Bretton Woods. Ces accords consacraient le dollar comme la monnaie des &#233;changes commerciaux, la seule monnaie th&#233;oriquement convertible en or, du moins pour les banques centrales.
Les autres monnaies &#233;taient index&#233;es sur le dollar et les variations de leurs cours sujettes &#224; des accords entre les pays. Cela permettait de garantir les emprunts que devaient faire les pays ravag&#233;s par la guerre aupr&#232;s des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les accords de Bretton Woods affirmaient surtout la supr&#233;matie de l'&#233;conomie am&#233;ricaine qui servait de garantie en dernier ressort au dollar. Ils furent &#233;tablis dans une p&#233;riode o&#249; il y avait p&#233;nurie de monnaie et de capitaux. Les r&#232;gles fix&#233;es par ces accords furent plus ou moins respect&#233;es pendant vingt-cinq ans, malgr&#233; l'inflation et au prix de d&#233;valuations p&#233;riodiques des monnaies les plus faibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces accords dur&#232;rent&#8230; jusqu'&#224; la crise suivante.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;Le retour de la crise au d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si les &#233;conomistes appellent la p&#233;riode 1945-1970 les &#171; trente glorieuses &#187;, elle connut plusieurs crises &#171; courtes et superficielles &#187; dans une p&#233;riode d'expansion globale. Ni la faim ni la mis&#232;re ni les guerres dans le monde n'avaient disparu. Pas plus que les in&#233;galit&#233;s sociales et l'exploitation dans les m&#233;tropoles imp&#233;rialistes. Le niveau de vie des classes populaires des pays occidentaux avait un peu augment&#233;. C'&#233;tait d'abord l'effet du plein emploi qui permettait aux travailleurs d'obtenir des salaires un peu meilleurs. C'&#233;tait ensuite l'effet de la diminution massive du prix des &#233;quipements &#233;lectrom&#233;nagers ou des automobiles, rendant ces marchandises accessibles aux milieux ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette expansion permettait une nouvelle fois aux &#233;conomistes d'annoncer triomphalement &#171; la fin des crises du capitalisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, in&#233;luctablement pourrait-on dire, une nouvelle crise de l'&#233;conomie capitaliste &#233;tait de retour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier sympt&#244;me de la crise fut mon&#233;taire. Tout un symbole pour la suite ! En 1971, le gouvernement Nixon d&#233;valua le dollar et supprima d&#233;finitivement sa convertibilit&#233; avec l'or. Il y avait bien plus de dollars en circulation, partout dans le monde, que d'or dans les r&#233;serves de la FED. Pour financer les d&#233;penses d'armement, en particulier celles de la guerre du Vietnam, la conqu&#234;te spatiale, les nombreuses commandes d'&#201;tat &#224; l'industrie, les gouvernements am&#233;ricains avaient &#233;mis des dollars sans retenue, provoquant l'inflation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dollar &#233;tant la monnaie internationale, cette inflation s'&#233;tait r&#233;pandue sur toute la plan&#232;te. Des masses de dollars avaient &#233;t&#233; accumul&#233;es par les banques europ&#233;ennes, au cours des diverses transactions internationales. Gr&#226;ce &#224; ces r&#233;serves, les banques europ&#233;ennes &#233;mirent des cr&#233;dits en dollars. Ce furent les eurodollars, &#233;mis sans contr&#244;le ni de la FED ni des banques centrales europ&#233;ennes. Cette cr&#233;ation d&#233;brid&#233;e de dollars faisait baisser inexorablement leur valeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;valuation du dollar marquait la fin du syst&#232;me de Bretton Woods.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela allait permettre, dans les ann&#233;es suivantes, la fluctuation de toutes les monnaies les unes par rapport aux autres, au gr&#233; de l'offre et la demande de chacune d'entre elles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me manifestation de la crise fut le choc p&#233;trolier de 1973 et sa r&#233;plique en 1979. On trouve encore aujourd'hui des commentateurs pour expliquer que la crise a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par une augmentation brutale du prix du p&#233;trole d&#233;cid&#233;e par les pays producteurs. C'est une l&#233;gende qui servit &#224; justifier la flamb&#233;e des prix de l'&#233;nergie aupr&#232;s des populations.
Dans la r&#233;alit&#233;, il y a eu, entre 1970 et 1973, une s&#233;rie d'accords n&#233;goci&#233;s entre les pays producteurs et les grandes compagnies p&#233;troli&#232;res pour relever le prix du baril.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les grandes compagnies p&#233;troli&#232;res avaient pris conscience que des investissements lourds sur de nouveaux gisements aux acc&#232;s plus co&#251;teux &#233;taient n&#233;cessaires pour continuer &#224; fournir la plan&#232;te en p&#233;trole. Du coup leurs taux de profit allaient inexorablement baisser. En faisant remonter brutalement les prix, les compagnies allaient maintenir, voire accro&#238;tre leurs b&#233;n&#233;fices tout en r&#233;duisant la production. Elles &#233;vitaient ainsi les investissements n&#233;cessaires. C'&#233;tait une anticipation brutale et cynique de la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la hausse du prix du p&#233;trole n'&#233;tait pas la cause de la crise, elle en devenait un facteur aggravant. Pour sauver leurs profits, les p&#233;troliers en situation de monopole prenaient sur les profits de leurs comp&#232;res des autres secteurs &#233;conomiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette d&#233;cision allait acc&#233;l&#233;rer, partout dans le monde, une v&#233;ritable r&#233;cession avec toutes les cons&#233;quences dramatiques tant pour les peuples des pays sous-d&#233;velopp&#233;s que pour les classes populaires des pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Les pr&#233;mices de la crise actuelle&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;Le recul des investissements productifs&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;C'est en 1975 que la production industrielle recula pour la premi&#232;re fois dans tous les pays. Cette nouvelle crise de surproduction ne prit pas, &#224; ce moment-l&#224;, la forme d'un effondrement brutal. Mais la diminution du produit national brut des &#201;tats-Unis en 1975 repr&#233;sentait tout de m&#234;me le PNB total d'un pays comme la Turquie !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la production industrielle repartit, c'est avec une croissance deux fois et demie plus faible qu'avant. Elle recula de nouveau, brutalement, en 1980, puis en 1991 et encore 2001. Jusqu'&#224; la d&#233;gradation actuelle, la crise a pris la forme d'une longue stagnation au cours de laquelle des secteurs industriels entiers ont subi des restructurations massives : le textile, la sid&#233;rurgie, la construction navale mais aussi l'automobile ou la chimie.
Pour les travailleurs, la cons&#233;quence principale de cette longue crise a &#233;t&#233; le ch&#244;mage de masse qui n'a cess&#233; de s'aggraver malgr&#233; les phases de reprises partielles. Dans les meilleures ann&#233;es, une fraction des ch&#244;meurs se transforme par intermittence en travailleurs pr&#233;caires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant ces ann&#233;es, les classes populaires ont &#233;t&#233; consid&#233;rablement appauvries. Leur part de la richesse totale a &#233;t&#233; r&#233;duite par de multiples moyens : le ch&#244;mage et les licenciements qui diminuent la masse salariale ; le blocage des salaires et leur diminution absolue &#224; chaque fois qu'un travailleur ne retrouve qu'un emploi moins pay&#233; ; l'inflation qui grignote le pouvoir d'achat ; la tr&#232;s forte d&#233;gradation des services publics et celle de la sant&#233;, de l'&#233;ducation ou des retraites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue de l'&#233;conomie capitaliste, toute cette p&#233;riode est marqu&#233;e par deux ph&#233;nom&#232;nes qui s'alimentent l'un l'autre : la tr&#232;s grande faiblesse des investissements productifs et l'accumulation de masses de capitaux disponibles qui cherchent le meilleur moyen de faire des petits. M&#234;me quand, par l'aggravation de l'exploitation, les capitalistes ont fini par r&#233;tablir leur taux de profit, ils ont limit&#233; leurs investissements productifs au strict n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, ils ont cherch&#233; un nouveau d&#233;bouch&#233; pour leurs milliards. Ce d&#233;bouch&#233; fut la finance qui prit progressivement un poids jamais atteint dans toute l'histoire du capitalisme. Pour en donner une id&#233;e, en 2005, le commerce et l'industrie ne repr&#233;sentaient plus que 2 % du total des &#233;changes mondiaux, quand la finance en repr&#233;sentait 98 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sp&#233;culation fait partie du capitalisme. Quand les dirigeants d'un groupe industriel d&#233;cident d'investir leurs capitaux dans tel ou tel secteur, c'est en soi une sp&#233;culation sur la part de march&#233; solvable qu'ils peuvent gagner. Quand ce groupe vend ses marchandises en dollars, en yens ou en euros, son directeur financier doit sans cesse d&#233;cider quelle monnaie lui fournira le meilleur placement, quel titre aura le meilleur rendement, sur quelle place boursi&#232;re, dans six mois ou dans un an. Au gr&#233; des fluctuations du cours des monnaies et des titres boursiers, il doit en changer en permanence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc tout naturellement que la part financi&#232;re de leurs activit&#233;s a grossi quand les grands groupes industriels ont d&#233;cid&#233; de r&#233;duire leurs investissements productifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela prit diff&#233;rentes formes successives, de fa&#231;on empirique, au gr&#233; des crises financi&#232;res, des krachs boursiers provoqu&#233;s justement par cet afflux de capitaux. Sur l'ensemble de ces trente ans, cela a pris la forme de bulles sp&#233;culatives qui se sont nourries l'une l'autre. Chaque rem&#232;de administr&#233; pour surmonter la crise financi&#232;re ou la r&#233;cession en cours s'est av&#233;r&#233; &#224; l'origine de la crise ou du krach suivant.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;De bulle en bulle : des crises de plus en plus graves&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les financiers commenc&#232;rent par pr&#234;ter massivement aux &#201;tats du Tiers-Monde et d'Europe de l'Est. Ces pr&#234;ts profitaient aux groupes occidentaux qui leur vendaient en &#233;change armes ou constructions de prestige. Incapables de rembourser leur dette, m&#234;me en pressurant la population, ces &#201;tats firent de nouveaux emprunts pour payer les int&#233;r&#234;ts. Mais en 1982, plusieurs d'entre eux, comme l'Argentine ou le Mexique, se retrouv&#232;rent au bord de la faillite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#233;viter ces faillites, qui mena&#231;aient en cascade toutes les banques pr&#234;teuses, le Fonds mon&#233;taire international a r&#233;&#233;chelonn&#233; la dette, sans pour autant l'annuler, tout en imposant des sacrifices &#224; la population. Mais les capitalistes ont d&#251; chercher un nouveau d&#233;bouch&#233; pour leurs capitaux. Ce fut le d&#233;but de la sp&#233;culation sur les actions. Les Bourses devinrent des centres n&#233;vralgiques de la finance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De nouvelles soci&#233;t&#233;s financi&#232;res apparurent pour g&#233;rer des portefeuilles d'actions. Ce n'&#233;tait pas tant le dividende, cette fraction du b&#233;n&#233;fice de l'entreprise, qui int&#233;ressait ces &#171; investisseurs &#187; que la revente de l'action elle-m&#234;me avec b&#233;n&#233;fice. Mais pour que le cours des actions montent, l'entreprise doit faire des b&#233;n&#233;fices, ses co&#251;ts de production doivent &#234;tre r&#233;duits et la productivit&#233; augment&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;volution de l'indice Dow Jones, qui mesure l'&#233;volution du cours des actions des principales entreprises am&#233;ricaines, donne une bonne id&#233;e de cette flamb&#233;e. Il &#233;tait rest&#233; sous la barre des 1 000 points pendant les quatre-vingts premi&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle, m&#234;me pendant l'euphorie pr&#233;c&#233;dant le krach de 1929. Entre 1982 et 1987, cet indice passa de 1 000 &#224; 2 500 points.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1987, cette sp&#233;culation boursi&#232;re provoqua un violent krach &#224; la Bourse de New York. La panique s'&#233;tendit &#224; toutes les Bourses de la plan&#232;te qui d&#233;gringol&#232;rent pendant quelques semaines. C'est l'intervention massive de la banque centrale am&#233;ricaine, la FED, qui sauva le syst&#232;me financier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La confiance restaur&#233;e, le cours du Dow Jones reprit son ascension. Il atteignait 14 000 points en 2007 !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 furent l'&#232;re des &#171; golden boys &#187;. Comme un certain Michael Milken, qui d&#233;veloppa le march&#233; des &#171; obligations pourries &#187;.
Il s'agissait d'obligations &#233;mises par des entreprises petites ou consid&#233;r&#233;es comme peu solides et que des banques achetaient moyennant un taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Milken fit des &#233;mules. Les caisses d'&#233;pargne am&#233;ricaines, apr&#232;s avoir fait de nombreux pr&#234;ts hasardeux dans l'immobilier, se sont financ&#233;es avec des obligations pourries. Jusqu'&#224; leur faillite en 1990. La FED versa 150 milliards de dollars pour sauver les caisses d'&#233;pargne. Milken, lui, fut envoy&#233; en prison pour fraude et d&#233;lit d'initi&#233;. Ces faillites, puis la restriction drastique du cr&#233;dit qui suivit, d&#233;clench&#232;rent directement la r&#233;cession &#233;conomique de 1991.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre temps, les capitaux s'&#233;taient envol&#233;s vers le Japon, attir&#233;s par le cours &#233;lev&#233; du yen et la sp&#233;culation dans l'immobilier. Entre 1985 et 1990, la valeur des actions &#224; la Bourse de Tokyo a &#233;t&#233; multipli&#233;e par trois. Cette bulle financi&#232;re a fini par crever. Le syst&#232;me bancaire du Japon s'est trouv&#233; en faillite et n'a d&#251; sa survie qu'&#224; l'intervention massive de l'&#201;tat japonais. Une longue p&#233;riode de r&#233;cession s'est alors ouverte, que la population continue de payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant toutes ces ann&#233;es, la sp&#233;culation sur les monnaies faisait rage. Leur flottement g&#233;n&#233;ral permettait aux financiers de s'enrichir en pariant sur les variations quotidiennes des cours. Ces variations repr&#233;sentent les fluctuations entre l'offre et la demande de telle ou telle monnaie. Elles sont normalement le reflet de la circulation des marchandises entre les pays. Mais l'afflux de capitaux vers les Bourses de devises amplifia consid&#233;rablement les variations, aggravant l'instabilit&#233; financi&#232;re sur toute la plan&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En septembre 1992, la livre sterling subit des attaques sp&#233;culatives. Au cours de celles-ci, le milliardaire George Soros vendit &#224; d&#233;couvert, c'est-&#224;-dire sans les poss&#233;der, plusieurs milliards de livres sterling, pariant &#224; la baisse sur cette devise. La Banque d'Angleterre d&#233;boursa une bonne part de ses r&#233;serves pour d&#233;fendre sa monnaie qu'elle dut finalement d&#233;valuer. Quant &#224; Soros, il racheta ses milliards de livres &#224; bas prix, et se vanta d'avoir empoch&#233; plus d'un milliard de dollars de b&#233;n&#233;fice.
En moins de cinq ans, le d&#233;placement des capitaux sur les places financi&#232;res de la plan&#232;te provoqua des crises, financi&#232;res ou boursi&#232;res, au Mexique en 1994, dans le Sud-est asiatique en 1997, provoquant un effondrement complet des &#233;conomies tha&#239;landaise et indon&#233;sienne, en Russie en 1998, suivie de la faillite de l'Argentine la m&#234;me ann&#233;e.
Lors de cette crise, un gros fonds sp&#233;culatif am&#233;ricain, LTCM, se retrouva incapable d'honorer ses engagements. La FED trouva en urgence des banques pour le sauver : sa faillite aurait entra&#238;n&#233; la panique dans tout le syst&#232;me financier et peut-&#234;tre son effondrement. Le refrain allait resservir.
La crainte des &#171; march&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire celle des financiers, n'emp&#234;cha pas les affaires de repartir. La bulle gonfla alors dans le secteur de l'industrie informatique, la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187; des ann&#233;es 1990.
Ce secteur connaissait une v&#233;ritable croissance &#233;conomique, bas&#233;e sur la production, bien r&#233;elle, de t&#233;l&#233;phones portables, d'ordinateurs ou d'&#233;crans plats. Cette production entra&#238;nait &#224; son tour des investissements chez les fabricants de composants, en particulier leurs sous-traitants en Chine.
Mais ce boom fut amplifi&#233; par la sp&#233;culation. Les actions d'une soci&#233;t&#233; comme amazon.com, ne poss&#233;dant que quelques gros ordinateurs et ne faisant pas encore de profits, valaient en Bourse bien plus que celles d'un g&#233;ant de l'automobile comme General Motors ! Cela ne pouvait pas durer et finit par s'effondrer &#224; la fin 2000 provoquant une nouvelle crise.
Cette crise, comme les pr&#233;c&#233;dentes, n'eut pas que des cons&#233;quences boursi&#232;res. Des soci&#233;t&#233;s de l'industrie des t&#233;l&#233;communications firent faillite, en particulier les fameuses start-up qui avaient fleuri dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. D'autres, bien plus grosses, Alcatel, Vodaphone ou France T&#233;l&#233;com licenci&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;clatement de la bulle des nouvelles technologies co&#239;ncida aux &#201;tats-Unis avec deux autres &#233;v&#233;nements qui mena&#231;aient de provoquer un krach de toute la finance. Ce fut le scandale de l'affaire Enron qui r&#233;v&#233;lait comment les dirigeants de cette soci&#233;t&#233; texane de courtage en &#233;nergie avaient trafiqu&#233; leurs comptes pour doper le cours de leurs actions. Ce furent, surtout, les attentats du 11 septembre 2001 qui secou&#232;rent l'&#233;conomie am&#233;ricaine au moment o&#249; elle entrait en r&#233;cession.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#233;viter un effondrement, le directeur de la FED, Alan Greenspan, abaissa les taux d'int&#233;r&#234;ts au maximum. Cela dopa l'&#233;conomie en facilitant une nouvelle fois le cr&#233;dit. &#192; cause de ce choix, Greenspan est aujourd'hui rendu responsable de la crise. C'est dur d'&#234;tre le banquier central de la bourgeoisie : s'il avait fait le choix contraire, il serait sans doute vou&#233; aux g&#233;monies pour avoir provoqu&#233; une crise grave d&#232;s 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au prix d'un endettement encore jamais atteint, le march&#233; solvable allait &#234;tre une nouvelle fois &#233;largi. L'&#201;tat allait augmenter massivement sa dette et &#233;mettre de nouveaux bons du Tr&#233;sor.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela lui permit en particulier de passer des commandes au complexe militaro-industriel. Les attentats du 11 Septembre servirent de formidable pr&#233;texte pour d&#233;clencher les guerres en Afghanistan puis en Irak. Avec le &#171; terrorisme international &#187;, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'est invent&#233; un nouvel ennemi pour remplacer le communisme et la guerre froide et justifier des budgets militaires en croissance exponentielle. Les commandes de l'arm&#233;e sont en effet devenues au fil du temps une b&#233;quille vitale de l'industrie am&#233;ricaine, une extension permanente du march&#233; solvable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cr&#233;dit facile relan&#231;a la consommation des m&#233;nages et tira la production de toute la plan&#232;te. La dette des m&#233;nages am&#233;ricains explosa. De 4 000 milliards de dollars en 1990, elle passa &#224; 7 000 en 2000 pour atteindre 13 900 en 2008. Malgr&#233; la diminution constante de leurs revenus, les classes populaires se virent proposer toujours plus de cr&#233;dits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart des pr&#234;ts immobiliers aux &#201;tats-Unis sont &#224; taux variables et garantis par l'hypoth&#232;que du logement. Mais des officines allaient proposer ce type de pr&#234;ts immobiliers &#224; des familles de moins en moins solvables. C'&#233;tait les fameux cr&#233;dits &#171; subprimes &#187;. Cela inaugurait un nouveau boom dans l'immobilier. Tant que les prix montaient, les m&#233;nages pouvaient toujours revendre la maison pour rembourser le pr&#234;t.
Les officines revendirent ces cr&#233;dits &#224; des banques qui les inclurent dans des titres : c'&#233;tait la &#171; titrisation &#187;. Les financiers multipli&#232;rent &#233;galement les &#171; produits d&#233;riv&#233;s &#187;. Au d&#233;part il s'agissait d'assurances, par exemple pour garantir des pr&#234;ts peu fiables, ou encore pour se pr&#233;munir de la la fluctuation des taux de change entre les monnaies. Cela devint de nouveaux titres boursiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme c'&#233;tait trop simple, les g&#233;nies de la finance ont con&#231;u des &#171; d&#233;riv&#233;s &#187; bas&#233;s sur une combinaison complexe de plusieurs titres. Certains sont si complexes qu'il faut un livret de plusieurs centaines de pages pour expliquer leur m&#233;canisme. Autant dire que les acheteurs ne savent pas ce qu'ils contiennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me s'il vit sa propre vie et circule sur tous les march&#233;s financiers de la plan&#232;te, la valeur d'un produit d&#233;riv&#233; reste bas&#233;e sur les cr&#233;dits ou autres titres qui lui servent de support. Si les cr&#233;dits ne valent plus rien, le produit d&#233;riv&#233; s'effondre &#224; son tour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;conomistes appellent toutes ces manipulations &#171; l'industrie bancaire &#187;. Cette expression dit clairement que pour les capitalistes, le but de l'industrie n'est pas de produire des biens utiles mais de rapporter des profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant le krach de septembre 2008, le march&#233; mondial des produits d&#233;riv&#233;s atteignait les 400 000 milliards de dollars. Une somme &#224; comparer avec les 60 000 milliards de dollars de capitalisation boursi&#232;re sur la plan&#232;te avant le krach. Cette somme est cens&#233;e repr&#233;senter la valeur totale de toutes les entreprises cot&#233;es en Bourse. Autant dire que les produits d&#233;riv&#233;s, d'une valeur quinze fois plus grande, ne repr&#233;sentaient que du vent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme en 1929, c'&#233;tait la chronique d'une catastrophe annonc&#233;e. Tous les sp&#233;culateurs savaient que leur syst&#232;me financier &#233;tait instable. George Soros, un expert en sp&#233;culation, r&#233;sume lui-m&#234;me dans son dernier livre toutes les raisons qui ont fait gonfler, depuis trente ans, ce qu'il appelle &#171; la super bulle &#187;. Soros ajoute que chaque krach a servi de &#171; test concluant &#187; aux sp&#233;culateurs. Lors de chaque crise, ils ont pu se convaincre que les autorit&#233;s interviendraient toujours pour emp&#234;cher les faillites en injectant des capitaux frais pour huiler le syst&#232;me. Les autorit&#233;s ont aussi favoris&#233; la d&#233;r&#233;gulation de tous les march&#233;s financiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gouvernements ont progressivement supprim&#233; les barri&#232;res juridiques qui compartimentaient les diff&#233;rents secteurs de la finance : banques de d&#233;p&#244;ts, banques d'investissement, compagnies d'assurance, soci&#233;t&#233;s d'investissement...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont supprim&#233; les contr&#244;les des changes entre pays et leurs droits de regard sur les transactions financi&#232;res. Ils ont assoupli les fronti&#232;res entre le march&#233; des actions, celui des obligations, des devises ou encore celui des commodit&#233;s c'est-&#224;-dire des mati&#232;res premi&#232;res. En passant par le bon courtier, une compagnie d'assurance peut acheter des bons repr&#233;sentant des tonnes de bl&#233; ou de cuivre ; un constructeur automobile peut acheter des titres adoss&#233;s sur des cr&#233;dits immobilier.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;L'interd&#233;pendance entre la production et la finance&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les gouvernements n'ont finalement fait qu'aider la bourgeoisie &#224; trouver des d&#233;bouch&#233;s aux capitaux qu'elle ne voulait pas investir dans la production. Car tous ces capitaux engag&#233;s dans la sph&#232;re financi&#232;re ne sont pas des coupons de Monopoly. Ils sont issus de la production des richesses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; le &#171; capitalisme moral &#187;, les industriels qui seraient utiles, et de l'autre des financiers immoraux, des fonds sp&#233;culatifs qui &#233;trangleraient la production. Les deux sont intimement imbriqu&#233;s et se nourrissent l'un l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cas du fonds Wendel Investissement dirig&#233; par Ernest-Antoine Seilli&#232;re, ex-patron du Medef, en est une illustration. Les Wendel b&#226;tirent leur immense fortune dans la sid&#233;rurgie. Ils surent habilement profiter de la crise de ce secteur dans les ann&#233;es 1970. Avec l'argent du rachat d'Usinor-Sacilor par des banques publiques, puis sa nationalisation compl&#232;te en 1981, ils constitu&#232;rent un holding financier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wendel Investissement poss&#232;de aujourd'hui des actions dans des dizaines de soci&#233;t&#233;s dont Valeo et Saint-Gobain ou dans des banques comme UBS. Malgr&#233; son nom, cette soci&#233;t&#233; n'investit pas des capitaux frais dans les entreprises qu'elle contr&#244;le. Elle se contente d'acheter des parts de capital et de pr&#233;lever du profit dans les entreprises les plus rentables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990, Wendel s'&#233;tait associ&#233; &#224; un fonds sp&#233;culatif dont la sp&#233;cialit&#233; &#233;tait le rachat par emprunt, rembours&#233; par la suite par l'entreprise achet&#233;e. Par ces m&#233;thodes, Wendel a pris le contr&#244;le de l'&#233;lectricien Legrand et de l'&#233;quipementier Valeo, supprimant des milliers d'emplois et fermant des usines en Normandie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wendel Finance n'est pas un fonds sp&#233;culatif anonyme. C'est une soci&#233;t&#233; constitu&#233;e par les h&#233;ritiers d'une famille de la grande bourgeoisie industrielle fran&#231;aise, dirig&#233;e par celui qui fut le porte-parole des patrons de ce pays pendant plus de cinq ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; un bel exemple de capitalisme industriel &#171; entrepreneurial &#187; !
La plupart des groupes industriels partagent leurs activit&#233;s entre la production et la finance. Tous les grands constructeurs automobiles ont cr&#233;&#233; des filiales financi&#232;res sp&#233;cialis&#233;es au d&#233;part dans le cr&#233;dit et l'assurance auto, mais qui sont devenues quasiment des banques. En 2005, les filiales financi&#232;res des six plus grands constructeurs ont rapport&#233; sept milliards d'euros de dividendes, entre la moiti&#233; et les deux tiers des b&#233;n&#233;fices de leur groupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GMAC, la filiale financi&#232;re de General Motors, &#233;tait avant la crise le septi&#232;me organisme de cr&#233;dit des &#201;tats-Unis. Dans les ann&#233;es 2000, elle s'est lanc&#233;e &#224; grande &#233;chelle dans les pr&#234;ts immobiliers. Elle vient d'ailleurs de perdre beaucoup d'argent avec les cr&#233;dits &#171; subprimes &#187;.
La r&#233;partition des profits entre les filiales financi&#232;res et la production est largement un artifice comptable. Les deux branches se nourrissent l'une l'autre : dans les p&#233;riodes de fortes ventes, les profits r&#233;alis&#233;s dans la production sont orient&#233;s vers la finance. Quand les ventes diminuent, la branche financi&#232;re permet de maintenir les b&#233;n&#233;fices des actionnaires.
Mais fondamentalement les profits d&#233;gag&#233;s proviennent de la production.
Les trois grands constructeurs am&#233;ricains, GM, Ford et Chrysler, d&#233;clarent aujourd'hui des pertes abyssales. Le cours des actions de GM comme ses ventes de v&#233;hicules ont chut&#233; ces derniers mois, ce qui a pouss&#233; leurs dirigeants &#224; mendier un plan de sauvetage &#224; l'&#201;tat. Mais les trois grands ont r&#233;alis&#233; ensemble un total de 108 milliards de dollars de b&#233;n&#233;fices entre 1994 et 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces b&#233;n&#233;fices ont &#233;t&#233; obtenus en r&#233;duisant drastiquement les effectifs, en augmentant la productivit&#233; et les cadences. Pour l'ensemble du secteur automobile am&#233;ricain, le nombre de salari&#233;s est pass&#233; de plus d'un million en 1979 &#224; 640 000 en 2007 tandis que la production passait de 10 &#224; 12 millions de v&#233;hicules par an.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la r&#233;duction du personnel des seuls trois grands a &#233;t&#233; encore plus spectaculaire. En g&#233;n&#233;ralisant la sous-traitance et en vendant leurs usines par tron&#231;ons, les effectifs sont pass&#233;s de 720 000 &#224; 139 000 en un peu plus de vingt-cinq ans !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants de ces trusts se sont s&#233;par&#233;s de centaines d'usines de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es. Ils n'ont conserv&#233; que les segments de production les plus rentables. Ce fut d'abord un moyen de r&#233;duire consid&#233;rablement les salaires et de remettre en cause les couvertures m&#233;dicales et les retraites des travailleurs de l'automobile. Les sous-traitants, parfois eux-m&#234;mes de v&#233;ritables multinationales comme Vist&#233;on ou Delphi, pouvaient se d&#233;clarer plus facilement en faillite pour licencier et sous-traiter &#224; leur tour.
Durant la m&#234;me p&#233;riode, la production n'a finalement augment&#233; que mod&#233;r&#233;ment, les trois constructeurs se concentrant aux &#201;tats-Unis sur les gammes qui rapportaient le plus, celles des 4x4 ou des petits camions.
La construction automobile illustre une tendance g&#233;n&#233;rale de toute l'industrie : les taux de profit ont &#233;t&#233; r&#233;tablis moins par l'&#233;largissement de la production, moins par l'innovation, que par l'aggravation de l'exploitation, par la r&#233;duction de la masse salariale. Tous les grands industriels se sont concentr&#233;s sur les secteurs disposant des taux de profit les plus &#233;lev&#233;s. Ils ont revendu ou sous-trait&#233; les parties moins rentables quand ils ne les ont pas carr&#233;ment arr&#234;t&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis quinze ans, les r&#233;sultats nets de toutes les grandes entreprises progressent bien plus vite que leurs chiffres d'affaires, ce qui signifie une augmentation des profits sans augmentation &#233;quivalente de la production. Ce ralentissement des investissements finit par avoir des cons&#233;quences sur la production. Ce sont des centaines de milliards de dollars qu'il faudrait investir dans des nouveaux forages ou des raffineries pour simplement continuer &#224; satisfaire la demande actuelle de p&#233;trole.
En limitant la production, les industriels les plus gros, ceux en situation de monopole, font monter les prix. En aggravant l'exploitation, ils font monter les taux de profit. Finalement ils produisent moins mais gagnent beaucoup plus. Et ils r&#233;investissent leurs profits dans la sph&#232;re financi&#232;re.
Quand ils n'empruntent pas carr&#233;ment sur les march&#233;s pour sp&#233;culer. &#192; la faveur de la crise, on a ainsi pu apprendre que les soci&#233;t&#233;s cot&#233;es au CAC 40 avaient plus de 250 milliards d'euros de dettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais alors qu'ont fait ces entreprises de tous les milliards de profits accumul&#233;s ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e ? Elles les ont vers&#233;s aux actionnaires sous forme de dividendes ordinaires ou extraordinaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est encore pour satisfaire les actionnaires et pour faire gonfler le cours des actions qu'ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es toutes les fusions et acquisitions. Dans tous les secteurs, les grands groupes ont rachet&#233; leurs concurrents : Alcatel a fusionn&#233; avec Lucent, Mittal a rachet&#233; Arcelor. Non seulement ces fusions-acquisitions ne cr&#233;ent pas de richesses suppl&#233;mentaires, mais elles suppriment les emplois par milliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces concentrations g&#233;antes n'entra&#238;nent pas une rationalisation des forces productives. Dans le pass&#233;, la concentration du capital, crise apr&#232;s crise, se faisait certes brutalement avec des fermetures d'usines et des licenciements. Mais elle r&#233;duisait l'&#233;miettement de la production. Elle entra&#238;nait une forme de planification &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me trust.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est m&#234;me plus le cas aujourd'hui. Pour rembourser les emprunts qui permettent ces fusions-acquisitions, les dirigeants revendent les usines les moins rentables, quand ils ne les ferment pas carr&#233;ment. Et cela m&#234;me quand elles sont indispensables dans la cha&#238;ne de production. Finalement, pour faire monter le taux de profit, ils d&#233;truisent volontairement du capital.
Malgr&#233; l'exploitation f&#233;roce et le renforcement des in&#233;galit&#233;s, le capitalisme avait &#233;t&#233; capable, &#224; ses d&#233;buts, d'accro&#238;tre consid&#233;rablement les forces productives de la soci&#233;t&#233;. C'est m&#234;me son seul m&#233;rite historique. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. L&#233;nine avait d&#233;j&#224; constat&#233;, en 1916, que les monopoles, c'est-&#224;-dire les grands groupes concentr&#233;s, freinaient l'innovation et les am&#233;liorations techniques. Aujourd'hui, ils en sont &#224; d&#233;pecer l'appareil de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le capitalisme de rentiers dont parlaient d&#233;j&#224; L&#233;nine et les socialistes avant la Premi&#232;re Guerre mondiale est devenu un capitalisme de charognards au fur et &#224; mesure que le parasitisme de la finance sur l'&#233;conomie s'est accru.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;L'aggravation de la crise&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'a &#233;clat&#233; la bulle de l'immobilier, en ao&#251;t 2007.
Aux &#201;tats-Unis, les prix de l'immobilier ont fini par se retourner. Trop de maisons avaient &#233;t&#233; construites. Les m&#233;nages endett&#233;s ne pouvaient plus ni payer leurs mensualit&#233;s ni trouver un acqu&#233;reur pour revendre leur bien. Les produits d&#233;riv&#233;s qui contenaient des cr&#233;dits &#171; subprimes &#187; virent leur valeur s'effondrer. Toutes les institutions qui en poss&#233;daient, y compris de tr&#232;s grandes banques, l'am&#233;ricaine Citigroup, la suisse UBS ou la fran&#231;aise Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, perdirent brutalement plusieurs milliards de dollars.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les banques se sont alors m&#233;fi&#233;es les unes des autres au point de refuser de se pr&#234;ter de l'argent entre elles, ce qu'elles font quotidiennement.
En septembre 2007, la panique a commenc&#233; &#224; s'&#233;tendre. Pour &#233;viter des faillites en cha&#238;ne, comme celle de la britannique Northern Rock, les banques centrales ont inject&#233; des centaines de milliards de dollars ou d'euros dans le syst&#232;me bancaire mondial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En temps ordinaire, si on peut dire, les banques centrales &#233;mettent r&#233;guli&#232;rement des cr&#233;dits. Elles prennent en contrepartie toutes sortes de titres. Elles r&#233;gulent ainsi la masse mon&#233;taire en circulation. Depuis le d&#233;but de la crise, elles pr&#234;tent sans limite, &#224; toutes les banques qui le demandent, &#224; des taux tr&#232;s bas et en acceptant n'importe quel titre en contrepartie, y compris les titres &#171; toxiques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela n'a pas enray&#233; la crise pour autant. Au fur et &#224; mesure que les banques annon&#231;aient leurs bilans annuels, elles r&#233;v&#233;laient l'ampleur de leurs pertes, aggravant encore la d&#233;fiance dans le syst&#232;me.
&#192; la mi-janvier 2008, les actions de plusieurs entreprises se sont effondr&#233;es &#224; la Bourse. La crise ne concernait plus seulement les banques.
Malgr&#233; une nouvelle baisse des taux d'int&#233;r&#234;t par les banques centrales, la crise s'amplifiait. En mars, l'annonce de la quasi-faillite de la banque d'affaires Bear Stearns, puis son rachat en catastrophe avec l'aide du gouvernement am&#233;ricain, ont provoqu&#233; une nouvelle panique&#8230;
Le cours des actions s'est ensuite un peu stabilis&#233;, ce qui permit &#224; certains ministres de s'&#233;crier : &#171; &lt;i&gt;On commence &#224; penser &#224; un sc&#233;nario de sortie de crise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en septembre, une nouvelle vague de faillites survenait aux &#201;tats-Unis. Cela concernait une grande banque d'affaires, Lehman Brothers ; des organismes sp&#233;cialis&#233;s dans le rachat de cr&#233;dits, Fannie Mae et Freddy Mac, qui poss&#232;dent &#224; eux seuls 42 % de tous les cr&#233;dits immobiliers am&#233;ricains ; des soci&#233;t&#233;s d'assurances comme AIG.
Le secr&#233;taire au Tr&#233;sor am&#233;ricain, Henry Paulson, sous l'&#233;gide des banquiers de Wall Street, laissa couler Lehman Brothers, puis d&#233;boursa des centaines de milliards de dollars pour sauver les autres. Il annon&#231;a alors un vaste plan de sauvetage des banques laborieusement valid&#233; par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Les d&#233;put&#233;s avaient en effet du mal &#224; expliquer &#224; leurs &#233;lecteurs pourquoi le gouvernement offrait 700 milliards aux banquiers alors qu'il n'avait pas fait un geste pour emp&#234;cher des millions de m&#233;nages d'&#234;tre expuls&#233;s de leur logement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, les ministres assuraient encore que la crise &#233;tait purement am&#233;ricaine quand, fin septembre, plusieurs grandes banques europ&#233;ennes &#233;taient touch&#233;es. Fortis, Dexia et d'autres ne durent leur salut qu'aux dizaines de milliards d'euros vers&#233;s en urgence par les gouvernements europ&#233;ens concern&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette fois, la faillite du syst&#232;me financier mondial n'&#233;tait plus un spectre lointain. Elle frappait &#224; la porte. Plus aucun banquier ne faisait confiance &#224; son voisin. Dans un monde o&#249; des millions de transactions bancaires ont lieu en permanence, o&#249; les financiers passent leur temps &#224; emprunter, o&#249; toutes les banques sont interconnect&#233;es, le refus d'alimenter les &#233;changes interbancaires &#233;quivaut &#224; la paralysie de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les banques centrales ont ouvert les vannes du cr&#233;dit &#224; grands flots. Alors qu'on rab&#226;che depuis des ann&#233;es aux travailleurs que toutes les caisses sont vides, chaque gouvernement a sorti de son chapeau des dizaines de milliards d'euros pour nationaliser ses banques ou les recapitaliser en urgence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en plein milieu de la tourmente, les affaires continuaient. Alors que Sarkozy fustigeait les sp&#233;culateurs immoraux, on apprenait que la Caisse d'&#233;pargne, une banque publique suppos&#233;e prudente, jouait et perdait 700 millions d'euros dans la sp&#233;culation. Quant &#224; la banque Fortis que les gouvernements belge et n&#233;erlandais venaient tout juste de sauver de la faillite avec l'argent des contribuables, sa branche de d&#233;p&#244;t en Belgique &#233;tait rachet&#233;e par la BNP Paribas avec la b&#233;n&#233;diction des autorit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;La crise devient g&#233;n&#233;rale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Alors que la faillite g&#233;n&#233;rale des banques mena&#231;ait, la crise s'est &#233;tendue &#224; la Bourse des valeurs. La marche des entreprises &#233;tant intimement m&#234;l&#233;e &#224; celle de la finance, certains fonds sp&#233;culatifs retiraient en urgence leurs capitaux de la Bourse parce qu'ils avaient besoin de liquidit&#233;s. Cela acc&#233;l&#233;ra la chute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres &#171; investisseurs &#187; anticipaient la r&#233;cession et la baisse &#224; venir des profits des entreprises. Ils vendaient des actions dont ils estimaient le cours sur&#233;valu&#233; apr&#232;s des ann&#233;es de hausses boursi&#232;res. Apr&#232;s dix jours d'effondrement, le journal Le Monde pouvait titrer spectaculairement &#171; 25 000 milliards de dollars &#233;vanouis &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces 25 000 milliards de capitalisation boursi&#232;re &#171; &#233;vanouis &#187; peuvent appara&#238;tre comme une abstraction, un capital virtuel. Mais pour les accumuler, combien de milliers de travailleurs ont &#233;t&#233; mis &#224; la porte ? Combien d'accidents, de stress, de maladies professionnelles bien r&#233;els, les ouvriers ont-ils subis ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis ces capitaux refl&#233;taient, m&#234;me de fa&#231;on d&#233;form&#233;e, la valeur des entreprises. Cet effondrement rendra plus difficiles l'obtention d'emprunts, la r&#233;alisation d'investissements et pourra faire fuir des actionnaires potentiels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re le capital d&#233;truit, il y a les travailleurs de ces entreprises. On peine &#224; faire la liste des plans de suppressions d'emplois en cours. D&#232;s la mi-octobre, tous les secteurs &#233;conomiques se sont mis en ordre de bataille. Apr&#232;s le secteur bancaire et le b&#226;timent, ce fut l'automobile. En France, Renault puis Peugeot ont annonc&#233; plusieurs plans de suppressions d'emplois, renvoy&#233; massivement les int&#233;rimaires, organis&#233; le ch&#244;mage technique, coup&#233; brutalement les commandes &#224; leurs centaines de sous-traitants, provoquant parfois des faillites, des fermetures d'usines et toujours des licenciements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les constructeurs de la plan&#232;te ont fait la m&#234;me chose, exactement au m&#234;me moment, anticipant largement un recul des ventes. Bien s&#251;r le march&#233; automobile a ralenti avec la flamb&#233;e des prix du p&#233;trole, la baisse du pouvoir d'achat et plus encore le gel du cr&#233;dit. Mais, baisse des ventes ou pas, la plupart des constructeurs feront encore de gros b&#233;n&#233;fices cette ann&#233;e. Les actionnaires de Renault devraient ainsi se partager plus de 2 milliards d'euros de b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, les actions de GM ne valent quasiment plus rien. Les trois constructeurs vont restructurer brutalement leur production, quelle que soit la forme juridique qui sera adopt&#233;e, faillite officielle ou recapitalisation par l'&#201;tat. Cette restructuration est m&#234;me une condition pos&#233;e par Obama pour verser des milliards aux constructeurs. Elle impliquera forc&#233;ment des licenciements massifs, la remise en cause des retraites et des assurances maladies, la r&#233;duction des salaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les constructeurs automobiles utilisent, dans tous les pays, le chantage &#224; l'emploi, m&#234;l&#233; &#224; des arguments &#233;cologiques, pour faire financer par les &#201;tats les restructurations qu'ils ne veulent pas payer eux-m&#234;mes. Mais, au moment o&#249; ils mendient des milliards, ils suppriment les emplois par dizaines de milliers. Ce sont au total plus de 100 000 emplois qui pourraient dispara&#238;tre chez les constructeurs automobiles. Voil&#224; un mod&#232;le de cynisme !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s l'automobile, ce sont la chimie ou la sid&#233;rurgie qui sont touch&#233;es. ArcelorMittal arr&#234;te la moiti&#233; de ses hauts fourneaux en Europe. Mittal, comme les autres industriels, anticipe sur l'avenir en baissant trois fois plus sa production que la chute r&#233;elle de la consommation : il veut ass&#233;cher le march&#233; pour maintenir des prix assez &#233;lev&#233;s malgr&#233; la crise. S'il peut le faire sans craindre que ses concurrents ne lui prennent des parts de march&#233;, c'est qu'il est en position de quasi-monopole sur plusieurs produits. &#192; travers la crise, un combat f&#233;roce se livre entre les diff&#233;rents secteurs industriels pour le repartage des profits. Le combat se livre en m&#234;me temps contre les travailleurs puisque Mittal veut supprimer 9 000 emplois.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;cession s'est &#233;tendue &#224; tous les pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la vente des biens de consommation les plus courants, les v&#234;tements et l'alimentation, a recul&#233; de plus de 6 % au troisi&#232;me trimestre, la plus forte baisse depuis cinquante ans. C'est la cons&#233;quence directe, m&#233;canique, de la brutale d&#233;gradation du sort des classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premi&#232;res victimes de la crise ont &#233;t&#233; les m&#233;nages chass&#233;s de leur logement. De v&#233;ritables campements qui rappellent les &#171; hoovervilles &#187; de la grande d&#233;pression sont apparus autour de certaines villes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'effondrement des valeurs boursi&#232;res a entra&#238;n&#233; celui des fonds de pension. Plusieurs millions de retrait&#233;s am&#233;ricains ont d&#233;j&#224; perdu une partie des sommes &#233;conomis&#233;es toute leur vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-unis, on assiste &#224; une v&#233;ritable h&#233;morragie d'emplois. Plus d'un million d'emplois ont &#233;t&#233; supprim&#233;s sur les trois derniers mois, apr&#232;s un million d&#233;j&#224; supprim&#233;s entre janvier et ao&#251;t de cette ann&#233;e. Au total ce sont plus de 22 millions de travailleurs qui sont au ch&#244;mage, partiel ou total.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Grande-Bretagne, 300 familles sont expropri&#233;es chaque jour et le ch&#244;mage a explos&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, il faut un sacr&#233; cynisme pour oser se vanter, comme la ministre Lagarde, du 0,1 % de croissance au troisi&#232;me trimestre alors m&#234;me que des milliers de travailleurs perdent chaque jour leur emploi ou une partie de leur salaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derni&#232;re &#233;tape dans l'extension de la crise, la Chine, l'Inde et d'autres pays sous-d&#233;velopp&#233;s sont touch&#233;s les uns apr&#232;s les autres. Des commentateurs, menteurs ou stupides, nous r&#233;p&#233;taient pourtant que ces pays seraient prot&#233;g&#233;s et qu'ils allaient m&#234;me tirer la croissance &#233;conomique mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces pays qui servent d'ateliers de sous-traitance pour les grands groupes industriels de la plan&#232;te d&#233;pendent bien s&#251;r tant des capitaux occidentaux que des exportations vers les pays d&#233;velopp&#233;s. Les capitaux sont rapatri&#233;s en urgence par les financiers qui ont besoin de liquidit&#233;s et la r&#233;cession r&#233;duit massivement les importations des pays riches. Des milliers d'entreprises chinoises ont d&#233;j&#224; mis la cl&#233; sous la porte dans la r&#233;gion de Canton, parfois des grosses, comme cette usine de jouets de 6 500 ouvriers. Des milliers de travailleurs ont manifest&#233; dans plusieurs villes pour r&#233;clamer leurs salaires non vers&#233;s par des patrons qui se sont volatilis&#233;s, provoquant d'ailleurs chez les autorit&#233;s la crainte d'une r&#233;volte g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La liste des pays qui font appel au FMI pour &#233;viter la faillite s'allonge tous les jours. Apr&#232;s l'Islande, la Hongrie, l'Ukraine, il y a eu le Pakistan, la Serbie, le Liban et la Bi&#233;lorussie. L'&#233;conomie de ces pays &#233;tant d&#233;pendante des capitaux occidentaux investis, leur retrait brutal provoque une catastrophe. Cela montre au passage la valeur et la solidit&#233; des investissements occidentaux r&#233;alis&#233;s dans ces pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux pays sous-d&#233;velopp&#233;s dont l'&#233;conomie repose sur l'exportation des mati&#232;res premi&#232;res, la chute brutale du cours de celles-ci provoque un effondrement de leurs rentr&#233;es financi&#232;res et la ruine des petits producteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise n'est plus seulement financi&#232;re ou boursi&#232;re. C'est d&#233;sormais une crise &#233;conomique g&#233;n&#233;rale et profonde. Elle n'est plus am&#233;ricaine, ni europ&#233;enne, elle est mondiale.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.3'&gt;&lt;/a&gt;Les b&#233;quilles de l'&#201;tat pour un capitalisme s&#233;nile&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Depuis l'&#233;clatement de la crise, l'intervention des gouvernements au secours de l'&#233;conomie capitaliste a &#233;t&#233; spectaculaire. Les vannes du cr&#233;dit public ont &#233;t&#233; ouvertes &#224; grands flots.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela prit d'abord la forme des milliards de dollars inject&#233;s dans le syst&#232;me financier par les banques centrales ou directement par les &#201;tats. Il est bien difficile d'en faire le compte exact, d'autant que cela augmente tous les jours. Ce sont plusieurs milliers de milliards de dollars. Certaines de ces sommes ont &#233;t&#233; vers&#233;es comptant pour recapitaliser des banques d&#233;faillantes. D'autres sont des lignes de cr&#233;dit mises &#224; leur disposition et qu'elles utiliseront pour profiter de la moindre opportunit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gouvernements pr&#233;sentent ces injections comme des mesures pour &#233;viter l'effondrement du syst&#232;me financier mondial. Mais les banques secourues n'ont pas ces pudeurs. Elles n'ont jamais cess&#233; un seul instant ni de sp&#233;culer ni de racheter leurs concurrents fragilis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sauvetage des banques n'est pas celui de leurs salari&#233;s. Le gouvernement am&#233;ricain vient de recapitaliser la banque Citigroup &#224; hauteur de 20 milliards de dollars et de lui accorder une ligne de cr&#233;dit jusqu'&#224; 306 milliards, pour &#233;viter sa faillite. Au m&#234;me moment, Citigroup supprime 75 000 emplois, un emploi sur cinq.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intervention des &#201;tats est pass&#233;e &#224; une nouvelle phase avec les plans de relance directe de l'&#233;conomie. En Europe, derri&#232;re la fa&#231;ade fictive d'un plan europ&#233;en, chaque gouvernement fait le compte des milliards qu'il va offrir &#224; sa propre bourgeoisie tout en refusant de subventionner celle d'&#224; c&#244;t&#233;. En France, Sarkozy vient d'offrir 26 milliards d'euros au patronat, un acompte sans aucun doute. Aux &#201;tats-Unis, apr&#232;s les 15 milliards d'aide au secteur automobile, Obama pr&#233;pare &#171; &lt;i&gt;le plus grand plan d'investissement dans notre infrastructure nationale depuis la cr&#233;ation du syst&#232;me autoroutier f&#233;d&#233;ral des ann&#233;es 1950&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout indique que les commandes directes d'&#201;tat vont se multiplier dans tous les pays. La bourgeoisie les attend et les gouvernements les pr&#233;parent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est significatif que ce soit les dirigeants qui affichaient le lib&#233;ralisme le plus intransigeant, de Bush &#224; Sarkozy, qui ont adopt&#233; depuis le d&#233;but de la crise la politique la plus &#233;tatiste et la plus interventionniste. Ils n'ont pas vir&#233; leur cuti, ils n'ont fait que r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233;s urgentes d'une &#233;conomie capitaliste paralys&#233;e par la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En intervenant massivement dans l'&#233;conomie, ils reconnaissent &#224; leur fa&#231;on que le capitalisme ne peut pas se passer de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait d&#233;j&#224; le r&#244;le planificateur de l'&#201;tat, la nationalisation des secteurs-cl&#233;s de l'&#233;conomie et des principales banques qui avait permis le red&#233;marrage de l'&#233;conomie apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Ce sont les interventions r&#233;p&#233;t&#233;es des &#201;tats et de leurs banques centrales qui ont emp&#234;ch&#233; l'effondrement du syst&#232;me bancaire ou boursier &#224; chaque fois qu'une bulle sp&#233;culative a &#233;clat&#233; depuis trente ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;gulation et d'une intervention planificatrice est bien plus profonde. Malgr&#233; une concentration accrue du capital, malgr&#233; des r&#233;seaux financiers de plus en plus interconnect&#233;s, l'anarchie de la production et tous les d&#233;s&#233;quilibres provoqu&#233;s par la concurrence acharn&#233;e entre les capitalistes demeurent. Ce sont des freins de plus en plus puissants au fonctionnement de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque capitaliste, chaque banquier agit plus que jamais en fonction de ses int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes, m&#234;me si cela rapproche tout le syst&#232;me du pr&#233;cipice. Avec la crise, le caract&#232;re parasitaire et nuisible de la bourgeoisie, son incapacit&#233; &#224; agir dans le sens des int&#233;r&#234;ts collectifs, y compris ceux de son propre syst&#232;me, sont encore plus flagrants. Du coup, la n&#233;cessit&#233; du r&#244;le r&#233;gulateur de l'&#201;tat appara&#238;t encore plus indispensable.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.4'&gt;&lt;/a&gt;Une lutte de classe acharn&#233;e&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Nous ne savons pas combien de temps durera cette crise, ni dans quel &#233;tat la soci&#233;t&#233; en sortira.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme lors de chaque crise, la lutte entre les capitalistes eux-m&#234;mes est exacerb&#233;e. On assiste &#224; une phase acc&#233;l&#233;r&#233;e de concentration. On assiste &#224; une guerre acharn&#233;e entre les diff&#233;rents secteurs de la production. Les sid&#233;rurgistes se positionnent face aux constructeurs automobiles. Les producteurs de minerais face aux sid&#233;rurgistes. Les grands groupes r&#233;percutent le co&#251;t de la crise sur leurs sous-traitants. Les banquiers imposent des taux de cr&#233;dit exorbitants aux patrons les moins puissants.
Mais l'ensemble de la classe capitaliste m&#232;ne une guerre encore plus violente contre la classe ouvri&#232;re. S'ils se laissent faire, les travailleurs paieront la crise, par la perte de leur emploi, par la baisse de leur salaire, par l'appauvrissement de toute leur classe. Ce sont eux qui paieront tous les plans de sauvetage des gouvernements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est parce que la bourgeoisie ne s'est jamais vraiment heurt&#233;e &#224; la force collective des travailleurs depuis la fin des ann&#233;es 1970 qu'elle a pu r&#233;tablir ses taux de profit, proc&#233;der &#224; des dizaines de plans sociaux successifs et appauvrir toutes les classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis trente ans et le d&#233;but de la crise, il y a eu de multiples r&#233;actions de d&#233;fense. Elles furent presque toujours le dos au mur, entreprise par entreprise. La bourgeoisie a pleinement profit&#233; de la complicit&#233; des partis de gauche qui ont gouvern&#233; en faisant accepter les sacrifices. Elle a profit&#233; aussi de celle des directions syndicales qui ont &#233;miett&#233; soigneusement toutes les r&#233;actions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la brutale aggravation de la crise pourrait provoquer un r&#233;veil de la conscience de classe et de la combativit&#233; des travailleurs. C'est m&#234;me la seule chose positive qui pourrait en sortir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En novembre 1931, analysant la situation sociale deux ans apr&#232;s le krach de 1929, Trotsky &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Les &#201;tats-Unis sont pass&#233;s sans transition d'une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; inou&#239;e qui stup&#233;fia le monde entier par un feu d'artifice de millions et de milliards de dollars, au ch&#244;mage de millions de personnes, &#224; une p&#233;riode de mis&#232;re biologique &#233;pouvantable pour les travailleurs. Une secousse sociale aussi importante ne peut pas ne pas marquer l'&#233;volution politique du pays. Aujourd'hui, il est encore difficile (&#8230;) de d&#233;terminer quelle peut &#234;tre l'importance de la radicalisation des masses ouvri&#232;res am&#233;ricaines. On peut supposer que les masses elles-m&#234;mes ont &#233;t&#233; &#224; ce point surprises par la crise de conjoncture catastrophique, &#224; ce point &#233;cras&#233;es et abasourdies par le ch&#244;mage ou la peur du ch&#244;mage, qu'elles n'ont pas encore r&#233;ussi &#224; tirer les conclusions politiques les plus &#233;l&#233;mentaires du malheur qui s'est abattu sur elles. Pour cela, il faut un certain temps. Mais les conclusions seront tir&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conclusions furent tir&#233;es, en effet. &#192; partir de 1934, des &#201;tats-Unis &#224; l'Espagne en passant par la France, les travailleurs ont men&#233; des luttes parfois tr&#232;s radicales. Avec l'occupation des usines en juin 1936 en France, ils sont all&#233;s jusqu'&#224; mettre en cause, de fait, le sacro-saint droit de propri&#233;t&#233; des capitalistes sur les entreprises. Mais aucun des partis qui avaient la confiance des travailleurs, pas m&#234;me le Parti Communiste, ne leur ont donn&#233; pour objectif de renverser le pouvoir de la bourgeoisie. Au contraire, aux c&#244;t&#233;s d'un Parti Socialiste qui avait abandonn&#233; toute perspective r&#233;volutionnaire, les dirigeants du parti Communiste clamaient par la voix de Maurice Thorez &#171; il faut savoir terminer une gr&#232;ve &#187;.
Finalement, les droits et les concessions &#233;conomiques qu'obtinrent les travailleurs ne r&#233;gl&#232;rent rien et leur furent repris avec la marche &#224; la guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Espagne o&#249; les masses commen&#231;aient &#224; s'engager sur la voie r&#233;volutionnaire, ce sont les partis qui pr&#233;tendaient repr&#233;senter les travailleurs, partis socialiste et communiste et m&#234;me anarchistes qui ont tous contribu&#233; &#224; transformer la guerre sociale, engag&#233;e par les masses, en une guerre entre deux camps, r&#233;publicains contre arm&#233;e de Franco, tous deux partisans de l'ordre social capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, rien ne nous garantit que l'aggravation de la crise provoquera des luttes de la m&#234;me ampleur. Rien, sauf l'exp&#233;rience du pass&#233; justement et sauf la confiance que nous avons, en tant que marxistes, dans la capacit&#233; du prol&#233;tariat &#224; contester son exploitation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les travailleurs ne veulent pas &#171; &lt;i&gt;subir une p&#233;riode de mis&#232;re biologique &#233;pouvantable&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre l'expression de Trotsky, il faut qu'ils se d&#233;fendent. Il faut que la classe ouvri&#232;re lance une offensive g&#233;n&#233;rale collective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r le r&#233;veil de la combativit&#233; ouvri&#232;re ne d&#233;pend pas des r&#233;volutionnaires. Mais il est par contre de leur responsabilit&#233; de tenter de diffuser et de rendre concrets les objectifs vitaux que les travailleurs devront mettre &#224; l'ordre du jour quand ils se radicaliseront.
Il faut que les travailleurs sortent avec le moins de d&#233;g&#226;ts possibles de cette crise dont ils ne sont en rien responsables. Ils ne doivent pas accepter le ch&#244;mage. Cela implique l'interdiction des licenciements des travailleurs en activit&#233; et le retour &#224; l'emploi de ceux qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; jet&#233;s hors des entreprises. Cela exige la r&#233;partition du travail entre tous mais, &#233;videmment, sans diminution des salaires. C'est ce qu'on appelle &#171; l'&#233;chelle mobile du temps de travail &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela co&#251;tera de l'argent ? Oui, &#233;videmment ! Mais pas plus que les milliards distribu&#233;s sans limite aux banquiers. Et il serait infiniment plus juste humainement, plus utile socialement, de sauver les salaires des travailleurs plut&#244;t que les profits des banquiers !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs ne doivent pas accepter non plus la chute brutale de leur niveau de vie, en particulier du fait de l'inflation. Ils devront imposer l'alignement imm&#233;diat de leurs salaires sur le co&#251;t r&#233;el de la vie, ce qu'on appelle &#171; l'&#233;chelle mobile des salaires &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais par dessus tout, au-del&#224; de ces revendications de d&#233;fense imm&#233;diate, ce que les travailleurs en lutte devront imposer, c'est de mettre leur nez dans les affaires de la bourgeoisie. Ils devront imposer un contr&#244;le sur leurs comptes, leurs profits, leurs projets. Ils devront finalement contester aux capitalistes leur propri&#233;t&#233; sur les moyens de production pour prendre eux-m&#234;mes le contr&#244;le de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'une des &#233;tapes dans cette prise de contr&#244;le, que la crise actuelle rend d'ailleurs tr&#232;s concr&#232;te, est l'expropriation de toutes les banques priv&#233;es et leur centralisation en une banque unique, sous le contr&#244;le direct des travailleurs et de la population. Il s'agit de mettre un terme &#224; la rivalit&#233; et &#224; la concurrence destructrices entre les banques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; ceux des industriels qui demandent de l'aide &#224; l'&#201;tat pour &#233;viter la faillite, alors qu'ils ont d&#233;montr&#233; leur incapacit&#233; &#224; assurer normalement la production, il serait absolument l&#233;gitime de les exproprier, sans indemnit&#233;s ni rachat !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en s'emparant, l'une apr&#232;s l'autre, de ces revendications que les travailleurs se rendront compte que l'on peut parfaitement se passer des capitalistes, que l'on peut mettre un terme &#224; la dictature que les banquiers ou les actionnaires des grands groupes exercent sur toute l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mettre ainsi un terme au capitalisme, c'est la seule et unique fa&#231;on de mettre un terme d&#233;finitif aux crises &#233;conomiques destructrices et d'&#233;viter la barbarie &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Crises alimentaires p&#233;riodiques, plus d'un milliard de sous-aliment&#233;s : le capitalisme affameur</title>
	
	
	
	

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				112 Malgr&#233; les centaines de milliards d'euros et de dollars mises &#224; la disposition des banquiers, la crise financi&#232;re n'a &#233;t&#233; stopp&#233;e que pour deux br&#232;ves journ&#233;es. Aussit&#244;t apr&#232;s, les Bourses se sont remises &#224; chuter. &#192; l'ombre de la crise financi&#232;re a grandi la crise de l'activit&#233; productive elle-m&#234;me, une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e de toute l'&#233;conomie capitaliste. Si les prix des actions continuent &#224; chuter malgr&#233; les interventions des &#201;tats en faveur du syst&#232;me bancaire, c'est, bien s&#251;r, parce qu'il y a des (...)
			


			
			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;112&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; les centaines de milliards d'euros et de dollars mises &#224; la disposition des banquiers, la crise financi&#232;re n'a &#233;t&#233; stopp&#233;e que pour deux br&#232;ves journ&#233;es. Aussit&#244;t apr&#232;s, les Bourses se sont remises &#224; chuter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'ombre de la crise financi&#232;re a grandi la crise de l'activit&#233; productive elle-m&#234;me, une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e de toute l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les prix des actions continuent &#224; chuter malgr&#233; les interventions des &#201;tats en faveur du syst&#232;me bancaire, c'est, bien s&#251;r, parce qu'il y a des sp&#233;culateurs qui continuent &#224; sp&#233;culer, mais cette fois-ci &#224; la baisse. C'est aussi parce que la baisse des actions d'une entreprise arrange les affaires d'un concurrent &#224; qui cela donne l'occasion de la racheter pour pas cher.
Derri&#232;re ces multiples mouvements, il y a cependant, surtout, le fait que tous ceux qui ont des capitaux &#224; placer s'attendent &#224; une r&#233;cession, c'est-&#224;-dire &#224; un recul des march&#233;s, &#224; la diminution de la production et sans doute des profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne sont pas seulement les banquiers qui se m&#233;fient les uns des autres au point de refuser de se pr&#234;ter de l'argent, au point de bloquer le fonctionnement normal du cr&#233;dit. C'est toute la classe capitaliste qui se m&#233;fie de la capacit&#233; &#224; rebondir de sa propre &#233;conomie en crise.
Une r&#233;cession &#233;conomique, ce sont des usines qui ferment, totalement ou partiellement, qui r&#233;duisent leurs effectifs ; c'est un accroissement du ch&#244;mage ; c'est la pression sur les salaires. La classe capitaliste, qui ne cesse depuis nombre d'ann&#233;es d'aggraver les conditions d'existence de la classe ouvri&#232;re pour d&#233;gager les &#233;normes profits qu'elle a jou&#233;s au casino de la finance, tentera de faire payer les cons&#233;quences de la crise par les travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, ce que nous souhaitons, ce que nous esp&#233;rons, ce qui nous donne des raisons de militer, c'est que la classe ouvri&#232;re retrouve les voies et les moyens de se d&#233;fendre.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='0.1'&gt;&lt;/a&gt;Une crise internationale de l'ampleur de la crise de 1929&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pendant des mois, les ministres se sont r&#233;pandus en phrases l&#233;nifiantes, tant&#244;t pour minimiser la gravit&#233; de la crise, tant&#244;t pour pr&#233;tendre que la crise &#233;tait am&#233;ricaine et ne traverserait pas l'Atlantique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais on n'arr&#234;te pas la crise en la niant avec des mensonges de propagande !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous ces ministres savaient pertinemment que la plus grave crise qu'ait connue le capitalisme, celle de 1929, avait commenc&#233; aussi aux &#201;tats-Unis. Mais non seulement elle avait travers&#233; l'Atlantique, mais tr&#232;s rapidement elle avait fait plus de d&#233;g&#226;ts en Europe qu'en Am&#233;rique. Elle s'&#233;tait traduite par la fermeture d'un grand nombre d'entreprises, par un accroissement brutal du ch&#244;mage, par la plong&#233;e dans la mis&#232;re de millions, de dizaines de millions de travailleurs, sur tous les continents, sans m&#234;me parler de ses cons&#233;quences politiques catastrophiques, l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler en Allemagne d&#233;bouchant sur la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas n&#233;cessairement, bien s&#251;r, et surtout pas dans les m&#234;mes formes. Mais la crise actuelle rappelle que le capitalisme n'est pas seulement un syst&#232;me fondamentalement injuste parce que bas&#233; sur l'exploitation au profit d'une petite minorit&#233; de capitalistes, mais aussi parce que c'est un syst&#232;me irrationnel, incapable de r&#233;pondre aux besoins de l'humanit&#233; m&#234;me dans les p&#233;riodes o&#249; la machine &#233;conomique semble fonctionner et qui pourtant la conduit p&#233;riodiquement &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='0.2'&gt;&lt;/a&gt;La crise alimentaire et les &#233;meutes de la faim qu'elle a provoqu&#233;es, cons&#233;quences de la crise actuelle&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais, parmi les multiples voies emprunt&#233;es par la crise au cours de son d&#233;veloppement, il y en a une qui a d&#233;j&#224; touch&#233; les classes populaires ici m&#234;me, en France, mais qui, surtout, a d&#233;j&#224; frapp&#233; durement les pays pauvres. Il s'agit de la hausse brutale des prix alimentaires.
Oui, la crise alimentaire qui a d&#233;clench&#233; des &#233;meutes de la faim dans les premiers mois de cette ann&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; une des premi&#232;res manifestations de la crise actuelle de l'&#233;conomie capitaliste !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Souvenez-vous de ces images, pourtant filtr&#233;es, de villes d'&#201;gypte, du S&#233;n&#233;gal, du Cameroun, d'Indon&#233;sie, montrant des femmes et des hommes manifestant parce qu'ils n'en pouvaient plus, parce que les prix des aliments de base, riz, bl&#233;, ma&#239;s, s'&#233;taient envol&#233;s avec une telle brutalit&#233; qu'ils &#233;taient condamn&#233;s &#224; la famine ! L'image de ces femmes de C&#244;te-d'Ivoire arm&#233;es de casseroles, d'assiettes et d'ustensiles divers qui criaient leur col&#232;re devant le rench&#233;rissement du prix du riz ! Les images d'Ha&#239;ti qu'on a pu voir hier, montrant des familles r&#233;duites &#224; se nourrir de galettes de boue d'argile contenant du sel et du beurre, en r&#233;alit&#233; une graisse de mauvaise qualit&#233; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La carte des manifestations, des &#233;meutes, des pillages d'entrep&#244;ts est all&#233;e du Mexique aux Philippines, &#224; l'autre bout de l'Asie, en traversant toute une partie de l'Afrique. Les gouvernements locaux, affol&#233;s, tant&#244;t ont r&#233;pondu par la r&#233;pression en faisant donner la matraque ou le fusil, tant&#244;t ont recul&#233; devant la col&#232;re populaire en annon&#231;ant des subventions pour les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La simultan&#233;it&#233; et la violence des &#233;meutes dans de nombreuses villes de diff&#233;rents pays ont donn&#233; la mesure des cons&#233;quences de la hausse brutale des prix pour les classes populaires des pays pauvres.
Oui, le fait que des millions de personnes dans les pays pauvres soient pouss&#233;es vers la famine est d&#233;j&#224; une des cons&#233;quences de la crise actuelle. Mais si la crise a commenc&#233; l&#224;-bas sous forme d'une crise alimentaire, c'est pour des raisons bien plus profondes. C'est parce que, m&#234;me en temps ordinaire, toute une partie de l'humanit&#233; est aux limites de la famine, sous-aliment&#233;e ou mal nourrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelles sont les causes imm&#233;diates de la crise alimentaire ? Et au-del&#224;, pourquoi des centaines de millions de personnes, une partie importante de l'humanit&#233;, sont-elles condamn&#233;es en permanence &#224; la sous-alimentation ou &#224; la malnutrition ? Et pourquoi tout cela continue-t-il de s'aggraver alors que l'homme n'a jamais autant ma&#238;tris&#233; la nature ? Nourrir convenablement toute l'humanit&#233; serait-il une impossibilit&#233; li&#233;e aux ressources de la plan&#232;te ou cela est-il d&#251; exclusivement &#224; l'organisation sociale actuelle ?&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;flottedroite&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Une situation alimentaire catastrophique pour des millions d'&#234;tres humains&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;Une hausse des prix brutale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Selon la Banque mondiale, l'ensemble des prix alimentaires mondiaux a augment&#233; de 83 % au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es. Le prix du ma&#239;s a doubl&#233; en deux ans sur le march&#233; mondial, celui du bl&#233; en un an. Le prix du riz a grimp&#233; de 54 % depuis janvier 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette hausse des prix a eu des cons&#233;quences jusque et y compris dans les pays les plus riches de la plan&#232;te. Combien de familles ouvri&#232;res ne parviennent plus &#224; se nourrir sans les dons de la Banque alimentaire, sans les &#233;piceries sociales, sans les Restaurants du coeur ? Combien d'enfants ne disposent que d'un seul repas &#233;quilibr&#233;, celui servi &#224; la cantine dans les municipalit&#233;s ayant fait le choix d'en r&#233;duire le prix &#224; 50 centimes ou moins ? Depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, les reportages se multiplient sur ces familles qui, disposant de revenus de l'ordre de 450 euros ou de 600 euros, font les poubelles des supermarch&#233;s pour se nourrir. Dans les pays pauvres, la situation prend un tour catastrophique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment pourrait-il en &#234;tre autrement pour l'immense majorit&#233; des habitants des bidonvilles des grandes cit&#233;s qui consacrent 80 % de leurs faibles revenus &#224; la nourriture ? Et encore souvent pour un seul repas par jour ! Alors quand le prix du bl&#233;, du ma&#239;s et du riz, qui sont la base de l'alimentation quotidienne, augmente de 30 &#224; 50 %, il n'y a aucune autre d&#233;pense sur laquelle prendre de quoi faire face &#224; la hausse. Il devient alors m&#234;me impossible de prendre un repas par jour ! Ces femmes, ces hommes et ces enfants sont litt&#233;ralement assassin&#233;s !&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;La sous-alimentation permanente pour des millions d'&#234;tres humains&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas seulement lorsque les prix s'envolent, c'est en permanence qu'une partie de l'humanit&#233; est affam&#233;e. D'apr&#232;s la FAO, l'organisation mondiale de l'agriculture et de l'alimentation, sur les six milliards et demi d'habitants que compte actuellement la Terre, deux milliards sont mal nourris et 923 millions sont affam&#233;s. Ces chiffres se basent sur les besoins quotidiens de chaque &#234;tre humain qui sont de 2 500 kilocalories par jour minimum. Cela signifie qu'un septi&#232;me environ de la population mondiale actuelle vit dans une famine permanente et sous la menace constante de mourir de faim. Avec toutes les cons&#233;quences que cela comporte : toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt car sa famille ne peut pas le nourrir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la malnutrition, elle est permanente pour des millions de personnes. Cette malnutrition n'a rien &#224; voir avec la &#171; mal bouffe &#187; dont parle Jos&#233; Bov&#233; qui consiste &#224; aller trop souvent au Mac Do. Pouvoir aller au Mac Do, ce serait d&#233;j&#224; pouvoir se nourrir. Et, &#224; tout prendre, c'est une nourriture plus &#233;quilibr&#233;e que la peau ou les os des bovins morts de vieillesse, que les herbes ou les feuillages bouillis, qui font le quotidien de tant de familles d'Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La malnutrition dont nous parlons, c'est celle qui est responsable de maladies, de carences, de l'affaiblissement g&#233;n&#233;ral d'une fraction importante de la population mondiale. Les carences en vitamines A peuvent rendre aveugle. L'iode et le fer sont indispensables pour les enfants et les femmes enceintes. Chaque ann&#233;e, dix &#224; vingt millions de personnes meurent de maladies provoqu&#233;es par la malnutrition.
Voil&#224; ce qui se passe en temps ordinaire, voil&#224; la vie quotidienne de centaines de millions de personnes sur la plan&#232;te en ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, et ce malgr&#233; nos immenses possibilit&#233;s techniques et scientifiques.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.3'&gt;&lt;/a&gt;La production agricole mondiale est suffisante pour nourrir la population mondiale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La production de c&#233;r&#233;ales, de riz et autres aliments de base est suffisante pour que toute la population ait de quoi se nourrir m&#234;me dans cette ann&#233;e de crise alimentaire. On dispose de plus de 2 500 kilocalories par personne en se basant sur le niveau des r&#233;coltes de c&#233;r&#233;ales, de la production de fruits et l&#233;gumes et de viande. Il est vrai que les r&#233;serves ont diminu&#233; du fait de quelques ann&#233;es de mauvaises r&#233;coltes mais aussi des choix des autorit&#233;s, des pays riches en particulier, de limiter la production pour maintenir les prix. Cependant malgr&#233; cette baisse, il y a encore de quoi satisfaire les besoins &#233;l&#233;mentaires de la population mondiale bien que celle-ci soit pass&#233;e de 2,5 milliards d'individus en 1950 &#224; plus de six milliards aujourd'hui. Alors ce n'est pas le manque, au sens strict, de riz ou de bl&#233;, ce ne sont pas les mauvaises r&#233;coltes qui expliquent la situation alimentaire d&#233;sastreuse d'une partie de la population. Cette situation est li&#233;e &#224; ce fait fondamental que la nourriture comme tout produit dans cette soci&#233;t&#233; se vend et donc que le droit &#224; s'alimenter d&#233;pend du march&#233;, de la solvabilit&#233;. D'apr&#232;s les chiffres de la FAO, 1,2 milliard d'hommes doivent vivre avec des revenus inf&#233;rieurs &#224; un dollar par jour. Quel moyen a-t-on de se nourrir, de faire face &#224; un impr&#233;vu, quel qu'il soit, avec une telle somme ? Quand on est pauvre on a juste le droit de crever.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.4'&gt;&lt;/a&gt;Les premi&#232;res tentatives de ma&#238;trise de la nature : de la r&#233;volution n&#233;olithique &#224; la division de la soci&#233;t&#233; en classes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Des disettes et des famines, l'humanit&#233; en a connues tout au long de son histoire. La lutte pour arracher &#224; la nature de quoi se nourrir en est m&#234;me la trame. En menant cette lutte pour tenter d'&#233;chapper &#224; la pr&#233;carit&#233; de leur existence, les hommes des soci&#233;t&#233;s primitives de chasseurs-cueilleurs ont d&#233;velopp&#233; des nouveaux moyens de production. La p&#233;riode, qui s'est &#233;tal&#233;e sur des mill&#233;naires, durant laquelle ont &#233;t&#233; d&#233;couverts l'agriculture et l'&#233;levage, a permis aux hommes de ne plus d&#233;pendre uniquement de ce qu'ils trouvaient dans la nature mais de faire quelques r&#233;serves. Cette &#233;tape de l'histoire de l'humanit&#233;, qualifi&#233;e de &#171; r&#233;volution n&#233;olithique &#187;, a boulevers&#233; le mode de vie des hommes et les a rendus capables de ma&#238;triser la nature. On a atteint alors une plus grande s&#233;curit&#233; alimentaire. N&#233;anmoins les soci&#233;t&#233;s d'agriculteurs et d'&#233;leveurs durent continuer &#224; affronter des p&#233;riodes de disettes li&#233;es &#224; des conditions climatiques d&#233;favorables ou aux difficult&#233;s de transport.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'invention de l'agriculture et sa g&#233;n&#233;ralisation ont permis aux collectivit&#233;s humaines de b&#233;n&#233;ficier d'un surplus permanent. Gr&#226;ce &#224; ce surplus, une partie de la collectivit&#233; humaine s'est d&#233;tach&#233;e de la production de nourriture pour s'adonner en permanence &#224; d'autres activit&#233;s, artisanales ou intellectuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En favorisant une division du travail plus pouss&#233;e au sein de la soci&#233;t&#233;, ce surplus a &#233;t&#233; &#224; l'origine de bien des progr&#232;s de l'humanit&#233;. Mais il a aussi cr&#233;&#233; les conditions mat&#233;rielles de la division de la soci&#233;t&#233; en classes : en monopolisant le surplus, une minorit&#233; a acquis la possibilit&#233; de dominer le reste de la population. La lutte pour accaparer ce surplus est devenue le fil conducteur de la lutte des classes et donc de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.5'&gt;&lt;/a&gt;Le parasitisme de la classe au pouvoir : un facteur de disettes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;D&#232;s ce moment, les conditions sociales ont largement interf&#233;r&#233; avec les conditions naturelles pour rendre la collectivit&#233; humaine capable, ou pas, d'assurer &#224; ses membres leur nourriture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224;, de Rome &#224; la Chine, la classe dominante et l'&#201;tat qui la repr&#233;sentait pesaient sur les conditions de production et de r&#233;partition de la nourriture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des terres accapar&#233;es par la classe dominante, des imp&#244;ts &#224; payer en nature ou en journ&#233;es de travail aux princes ou aux rois, tout cela pesait d&#233;j&#224; autant, voire plus que les al&#233;as de la nature sur les conditions de vie des paysans mais aussi sur la capacit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#224; nourrir la population. Et m&#234;me la sp&#233;culation dont je parlerai dans la suite n'est pas une invention r&#233;cente. Accaparer du bl&#233; au moment de la r&#233;colte pour le revendre avec profit au moment o&#249; il manque est un moyen de s'enrichir depuis des temps imm&#233;moriaux. Le socialiste allemand August Bebel explique dans son ouvrage La femme et le socialisme : &#171; &lt;i&gt;&#192; aucune &#233;poque Rome et l'Italie ne furent aussi pauvres en ressources alimentaires que lorsque la totalit&#233; du sol se trouva entre les mains d'environ 3 000 propri&#233;taires ; d'o&#249; le cri d'alarme : la grande propri&#233;t&#233; m&#232;ne Rome &#224; sa ruine. Le sol &#233;tait transform&#233; en vastes territoires de chasse et en jardins d'agr&#233;ment grandioses ; en maint endroit on le laissait en friche parce que sa culture par le travail des esclaves co&#251;tait plus cher que les c&#233;r&#233;ales et les grains qu'on tirait de la Sicile et de l'Afrique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut ajouter n&#233;anmoins que les ma&#238;tres avaient int&#233;r&#234;t &#224; nourrir leurs esclaves pour ne pas perdre le capital que ceux-ci repr&#233;sentaient. Ce n'est pas le cas du mode d'exploitation actuel, du salariat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne furent plus uniquement les catastrophes naturelles d&#233;truisant les r&#233;coltes et les maladies d&#233;cimant les troupeaux qui expliquaient le manque de nourriture, mais le parasitisme des classes poss&#233;dantes. Ce parasitisme s'exacerbe &#224; toutes les &#233;poques o&#249; la classe au pouvoir entre en d&#233;cadence. &#192; la veille de la R&#233;volution fran&#231;aise, quand le r&#244;le social des nobles devint purement parasitaire, les terres de Picardie qui constituaient le grenier &#224; bl&#233; pour Paris produisaient de moins en moins. En effet, les propri&#233;taires terriens menaient la grande vie &#224; Paris ou &#224; Versailles et cherchaient &#224; tirer le maximum des paysans, mais sans investir et sans se pr&#233;occuper des cultures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La ma&#238;trise de la nature par l'homme restait rudimentaire. Cela rendait probablement in&#233;vitables ces disettes, mais aux difficult&#233;s pour produire suffisamment de nourriture, se superposait une organisation sociale au service des classes riches.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;conomie de march&#233; incapable de satisfaire correctement les besoins alimentaires de la population mondiale&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Avec l'av&#232;nement au pouvoir de la bourgeoisie et la r&#233;volution industrielle, l'humanit&#233; a lib&#233;r&#233;, selon les termes de Marx dans le Manifeste du parti communiste, &#171; &lt;i&gt;des forces productives plus nombreuses, plus colossales que ne l'avaient fait toutes les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es prises ensemble&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement prodigieux des moyens de production pourrait permettre &#224; l'humanit&#233; de sortir de l'ins&#233;curit&#233; alimentaire. Les moyens existent pour produire, transporter, conserver les aliments. La productivit&#233; du sol a fait un bond. Au XVIIe si&#232;cle, en Europe, il fallait en moyenne deux hectares pour nourrir une personne. Actuellement, ces deux hectares peuvent nourrir entre dix et vingt personnes. Et il ne s'agit pas des exploitations les plus modernes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut dire qu'entre le producteur de nourriture et le consommateur s'intercale le march&#233;. Jusqu'&#224; la r&#233;volution industrielle, la majorit&#233; de la population vivait dans les campagnes et &#233;tait paysanne. Elle parvenait plus ou moins &#224; subvenir &#224; ses besoins mais participait tr&#232;s peu &#224; l'&#233;conomie marchande. Le d&#233;veloppement capitaliste acc&#233;l&#233;r&#233; par la r&#233;volution industrielle a boulevers&#233; cet ordre en int&#233;grant petit &#224; petit l'ensemble de la population &#224; son &#233;conomie et au march&#233;. L'exode d'un nombre croissant de paysans chass&#233;s de leurs terres par la violence, qui a pr&#233;c&#233;d&#233; et accompagn&#233; la r&#233;volution industrielle en Angleterre, allait se reproduire un peu partout. Transform&#233;s en ouvriers ou en ch&#244;meurs quand l'industrie n'avait pas besoin d'eux, ils sont all&#233;s grossir les villes o&#249; ils ne pouvaient se nourrir qu'en passant par le march&#233;. L'exode rural a arrach&#233; des millions d'&#234;tres humains &#224; une vie en grande partie autarcique. Cette &#233;volution s'est faite progressivement dans de nouveaux pays et de nouvelles r&#233;gions. Pour &#233;largir sans cesse la production, trouver des d&#233;bouch&#233;s &#224; ses marchandises et &#224; ses capitaux, la bourgeoisie a petit &#224; petit impos&#233; dans le monde entier son mode de production et les rapports d'exploitation bourgeois. Les modes d'organisation pr&#233;c&#233;dents ont &#233;t&#233; plus ou moins d&#233;truits et en tout cas int&#233;gr&#233;s dans le syst&#232;me capitaliste. Aujourd'hui, la quasi totalit&#233; de la population mondiale d&#233;pend du march&#233; capitaliste, directement ou indirectement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seulement, l'&#233;conomie de march&#233; ne tient compte que de la demande solvable et uniquement de la demande solvable. De ce fait, le syst&#232;me laisse de c&#244;t&#233; des millions de gens trop pauvres, m&#234;me en dehors des p&#233;riodes de crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise financi&#232;re nous apporte la d&#233;monstration que l'&#233;conomie de march&#233; est aveugle et irrationnelle, et que l'&#233;quilibre entre ce que l'on produit et la demande m&#234;me solvable, se r&#233;alise apr&#232;s coup, de fa&#231;on violente, par la destruction, par la crise justement. Mais s'il y a un domaine o&#249; cette fa&#231;on de r&#233;guler l'&#233;conomie apr&#232;s coup est dramatique, c'est ce domaine vital pour les &#234;tres humains qu'est l'alimentation.
De plus, pr&#233;senter le march&#233; mondial comme un lieu idyllique de confrontation entre l'offre et la demande qui finirait par s'&#233;quilibrer au mieux pour les producteurs et pour les consommateurs est un conte de f&#233;es. Il n'y a aucune &#233;galit&#233; entre les diff&#233;rents acteurs qui s'y confrontent. De grands groupes dominent le march&#233; de l'alimentation comme la production de toute marchandise. Qu'y a-t-il de commun entre le paysan qui tente de survivre en produisant du caf&#233; et Nestl&#233;, un des plus grands trusts, qui est l'acheteur final et le distributeur de sa production ? Quelques dizaines de milliers de firmes agissant &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te sont face &#224; la majorit&#233; des pauvres et des affam&#233;s qui sont des paysans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on le march&#233; n'unifie pas mais oppose les pays riches, d'o&#249; est issue la plus grande partie de ces trusts alimentaires, et les pays pauvres. Ces derniers ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s au march&#233; mondial mais en &#233;tat de subordination &#224; l'&#233;conomie des pays imp&#233;rialistes. Quels moyens ont des pays comme l'&#201;thiopie ou Ha&#239;ti d'intervenir sur le march&#233; et d'imposer leurs conditions ? L&#224; encore il n'y a pas d'&#233;galit&#233;. Ce sont les pays riches qui fixent les r&#232;gles. Le march&#233; est une ar&#232;ne o&#249; les plus pauvres sont &#233;cras&#233;s au profit des plus riches. N'en d&#233;plaise &#224; Sarkozy, le march&#233; est une jungle.Voil&#224; dans quel contexte s'est d&#233;velopp&#233;e depuis quelques mois la crise alimentaire. Elle est un condens&#233; de la fa&#231;on dont fonctionne le march&#233; et un contre-exemple des capacit&#233;s de ce m&#234;me march&#233; &#224; harmoniser la production.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Des explications &#224; la hausse brutale des prix agricoles, au mieux insuffisantes, mais souvent cyniques&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Quelles sont donc les raisons imm&#233;diates de la flamb&#233;e des prix alimentaires ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les raisons invoqu&#233;es il y a de tout et surtout du n'importe quoi. Passons sur les explications classiques telles que les s&#233;cheresses ici ou les fortes pluies ailleurs. Nous ne sommes plus au XVIIe si&#232;cle ni du point de vue des capacit&#233;s de production ni de celles du transport. Il y a eu des explications plus &#224; la mode qui r&#233;unissent les pr&#233;c&#233;dentes comme : c'est la faute au r&#233;chauffement climatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis il y a les pseudo explications cyniques. Celles qui accusent les Chinois ou les Indiens de trop manger. Un journaliste d'Ouest-France a m&#234;me pu &#233;crire qu'en Chine &#171; &lt;i&gt;on s'est pris d'app&#233;tit pour la viande&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour ces gens-l&#224;, le fait qu'une partie de la population qui jusqu'&#224; maintenant ne pouvait se payer un morceau de viande y ait acc&#232;s repr&#233;sente une calamit&#233; ! Faut-il que les pauvres restent pauvres et ne puissent pas faire deux repas par jour pour que les autres n'aient pas &#224; craindre des d&#233;sordres mondiaux dans la production alimentaire ?
Il en est m&#234;me qui ont point&#233; du doigt le Viet Nam, le Cambodge, la Tha&#239;lande et d'autres pour avoir instaur&#233; un moratoire sur leurs exportations de riz ou les avoir limit&#233;es. David King, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration internationale des producteurs agricoles, a os&#233; d&#233;clarer : &#171; &lt;i&gt;Ces pays choisissent d'affamer leurs voisins.&lt;/i&gt; &#187; Ce monsieur est outr&#233; parce que des pays sous-d&#233;velopp&#233;s font le choix de garder du riz pour nourrir leur population plut&#244;t que d'exporter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pr&#233;sident de la Banque mondiale a exhort&#233; les pays exportateurs &#224; laisser les lois du march&#233; &#233;tablir les prix. On a actuellement un bel exemple de ce qu'il advient lorsqu'on laisse faire les lois du march&#233;. Et cette crise, n'est-elle pas elle-m&#234;me le r&#233;sultat des lois du march&#233; ?
Des commentateurs d&#233;j&#224; plus s&#233;rieux soul&#232;vent d'autres causes, r&#233;elles celles-l&#224;, comme la hausse du prix du p&#233;trole qui rench&#233;rit l'usage du tracteur et des machines agricoles ainsi que le co&#251;t de fabrication des engrais et des pesticides. Mais cette r&#233;ponse soul&#232;ve une nouvelle question : pourquoi une telle hausse du prix du p&#233;trole ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Li&#233; au probl&#232;me du p&#233;trole, il y a celui des agro-carburants qui accaparent de plus en plus de terres qui ne produisent plus pour l'alimentation humaine. On ne peut que partager l'indignation de Jean Ziegler, intellectuel de gauche suisse, ex-repr&#233;sentant de l'ONU sur les questions alimentaires, qui d&#233;nonce le d&#233;veloppement de cette essence dite verte comme &#171; &lt;i&gt;un crime contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces explications mettent en cause tel ou tel aspect du fonctionnement de l'&#233;conomie capitaliste mais pas son fonctionnement dans son ensemble, pas la logique du march&#233; capitaliste dans le domaine de l'agriculture et de l'alimentation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sp&#233;culation sur les mati&#232;res premi&#232;res agricoles elles-m&#234;mes, raison majeure de la crise alimentaire de cette ann&#233;e, ne se comprend que dans le cadre du fonctionnement d'ensemble de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise alimentaire fait partie d'une succession d'&#233;v&#233;nements qui, depuis plus d'un an, fait trembler l'&#233;conomie capitaliste et aboutit de proche en proche &#224; une crise g&#233;n&#233;rale de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque la crise immobili&#232;re sur les cr&#233;dits hypoth&#233;caires am&#233;ricains a &#233;clat&#233;, des capitaux &#233;normes ont fui l'immobilier et se sont ru&#233;s notamment sur les mati&#232;res premi&#232;res, dont les mati&#232;res premi&#232;res agricoles et le b&#233;tail, parce que le contexte laissait pr&#233;voir des possibilit&#233;s de hausse de leurs cours. Pour les financiers, le bl&#233; ou le ma&#239;s ne sont pas seulement des marchandises comme les autres. Les titres qui les repr&#233;sentent sont des supports de la sp&#233;culation qui peuvent rapporter, et &#224; certains moments rapporter gros. Derri&#232;re ces mouvements de fonds, il n'y a pas de d&#233;placement de marchandises. Ce ne sont que des bouts de papiers que les traders s'arrachent &#224; Chicago ou &#224; Londres. Mais pendant que les traders s'agitent &#224; la Bourse, quand on sort de l'&#233;conomie virtuelle pour entrer dans la vraie soci&#233;t&#233;, les plus pauvres ne peuvent plus se nourrir et ce sont des millions d'&#234;tres humains qui sont menac&#233;s.
Alors que le march&#233; des produits agricoles ne tient pas compte de la demande non solvable des affam&#233;s, il tient compte en revanche de la demande des sp&#233;culateurs !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'augmentation des volumes de transactions illustre l'importance et la responsabilit&#233; de la sp&#233;culation dans l'amplification de la hausse des prix actuelle. Depuis un an, les volumes d'&#233;changes et de contrats portant sur le soja, le ma&#239;s, le bl&#233; ou la viande ont augment&#233; de 20 %, pour atteindre un million de contrats par jour. On peut aussi &#233;voquer l'&#233;cart entre l'augmentation de la consommation de caf&#233; pr&#233;vue &#224; 1,6 % sur l'ann&#233;e et la hausse de 22 % des cours du caf&#233; &#224; la Bourse de New York. Au final, la sp&#233;culation a touch&#233; tous les produits agricoles, que les r&#233;coltes ou la consommation aient augment&#233; ou pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;calage entre l'offre et la demande devient de plus en plus insens&#233; du fait des achats massifs de la part des financiers. Mais les investisseurs sont &#224; l'aff&#251;t de nouveaux placements plus profitables et peuvent retirer leurs capitaux brusquement du march&#233; en entra&#238;nant une chute des cours des mati&#232;res agricoles tout autant catastrophique que leur hausse. Et plus la crise se d&#233;veloppe, plus les mouvements deviennent erratiques.
Les soubresauts fi&#233;vreux des prix du riz, du ma&#239;s ou du bl&#233; ont des cons&#233;quences plus imm&#233;diates, plus mortelles au sens litt&#233;ral du mot, que les variations du cours des actions de telle ou telle grande banque. D'autant plus que lorsqu'une de ces banques est menac&#233;e de faillite, elle peut compter sur la g&#233;n&#233;rosit&#233; des &#201;tats pour la sauver. Pas les affam&#233;s.
Un journaliste du Monde &#233;crivait &#224; propos de la tendance &#224; la hausse des prix : &#171; &lt;i&gt;&#192; court terme, la Banque mondiale a raison de faire campagne pour att&#233;nuer l'impact de prix alimentaires plus &#233;lev&#233;s sur les pauvres. Mais &#224; plus long terme, le meilleur moyen de r&#233;duire la pauvret&#233; - sp&#233;cialement celle des populations rurales - et de nourrir la plan&#232;te est de faire en sorte que l'agriculture paye&lt;/i&gt;. &#187; Ce que propose ce monsieur c'est de laisser faire les lois du march&#233;. Mais combien d'habitants des bidonvilles, combien de paysans d'Afrique ou d'Asie mourront de faim avant que les lois du march&#233; permettent une augmentation suffisante de la production et que les prix leur soient accessibles ? Si tant est m&#234;me que cela arrivera un jour !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, incontestablement, les mouvements erratiques des capitaux sp&#233;culatifs constituent les causes imm&#233;diates de la crise alimentaire pr&#233;sente. Mais si les hausses brutales du prix de la nourriture qui ont touch&#233; les classes populaires, m&#234;me dans les pays imp&#233;rialistes, ont eu des r&#233;percussions imm&#233;diates, dramatiques dans tant de pays, c'est tout de m&#234;me essentiellement parce que dans ces pays une partie importante de la population est sous-aliment&#233;e ou mal nourrie en permanence. Pour s'attaquer &#224; la faim, il faudrait s'attaquer &#224; la domination de la grande bourgeoisie sur l'&#233;conomie dont la responsabilit&#233; est engag&#233;e dans cette mis&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e. L'agriculture est devenue une branche d'activit&#233; qui, comme l'industrie, est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Dans cette sph&#232;re, la plus ancienne de l'activit&#233; humaine, celle qui est la plus &#233;troitement li&#233;e aux besoins vitaux de l'homme, la recherche effr&#233;n&#233;e de profits et la concurrence conduisent au scandale de la malnutrition et de la famine.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;La transformation de l'agriculture avec le d&#233;veloppement du capitalisme&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;C'est dans l'industrie que le capitalisme moderne a connu son essor explosif, pas dans l'agriculture. Au XIXe si&#232;cle pendant que toute l'Europe, surtout dans sa partie occidentale, voyait pousser des usines, s'allonger les lignes de chemins de fer et se transformer l'&#233;conomie, l'agriculture est rest&#233;e globalement archa&#239;que.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;Aux &#201;tats-Unis&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis en revanche, dans la plaine du Middle West, sur les terres accapar&#233;es et d&#233;frich&#233;es par les colons, le manque de main-d'oeuvre a favoris&#233; l'introduction de moissonneuses, de batteuses, tir&#233;es dans un premier temps par des animaux de trait avant d'&#234;tre motoris&#233;es. Disposant de conditions favorables, les fermiers am&#233;ricains sont devenus les premiers producteurs de c&#233;r&#233;ales, supplantant entre autres la Russie d&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale. Les &#201;tats-Unis ont profit&#233; des deux guerres mondiales qui ont affaibli leurs concurrents europ&#233;ens pour renforcer leur h&#233;g&#233;monie industrielle mais aussi agricole. D&#232;s l'introduction de m&#233;thodes industrielles dans la production agricole, les n&#233;gociants ont pris le contr&#244;le du march&#233;. L'entreprise Cargill s'occupait du commerce du bl&#233; en 1865. Elle a ensuite &#233;largi ses activit&#233;s au commerce du soja, du ma&#239;s, puis &#224; la fabrication de tourteaux, c'est-&#224;-dire de la nourriture pour les &#233;levages industriels, et au conditionnement de la viande. Elle poss&#232;de sa propre flotte. Elle est devenue la premi&#232;re multinationale dans le domaine de l'agro-alimentaire.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;En Europe&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En Europe, ce n'est qu'&#224; partir de la Seconde Guerre mondiale, que, ne pouvant faire face &#224; la demande agricole int&#233;rieure, la plupart des &#201;tats des pays les plus riches se sont engag&#233;s dans une politique de modernisation de l'agriculture. Celle-ci &#233;tait encore tr&#232;s peu m&#233;canis&#233;e et utilisait peu d'engrais. La France en particulier restait un pays &#224; forte population rurale. Des millions de petits exploitants poss&#233;daient les terres. Le gouvernement a favoris&#233; la constitution de coop&#233;ratives de producteurs, qui sont devenues depuis de v&#233;ritables soci&#233;t&#233;s capitalistes malgr&#233; leur statut particulier. Les marchands de grains priv&#233;s ont quasiment disparu au profit de ces coop&#233;ratives. Des aides au d&#233;part ont &#233;t&#233; instaur&#233;es pour inciter les paysans &#224; se reconvertir et faciliter ainsi la concentration des terres. En se regroupant, les paysans ont pu acheter des tracteurs, centraliser leur production. La modernisation demandait d'engager des capitaux de plus en plus importants. Des financements et des pr&#234;ts bonifi&#233;s ont &#233;t&#233; mis &#224; disposition des paysans. Les terres ont &#233;t&#233; remembr&#233;es pour former des zones plus vastes facilitant l'emploi de moyens modernes. D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1950, la France est devenue exportatrice de c&#233;r&#233;ales. La constitution de la Communaut&#233; europ&#233;enne dans les ann&#233;es 1960 a permis &#224; l'agriculture de disposer d'un march&#233; prot&#233;g&#233;. Le commerce &#233;tait libre entre les six partenaires de la Communaut&#233; europ&#233;enne. Mais les importations &#233;taient contr&#244;l&#233;es. La pr&#233;f&#233;rence communautaire s'appliquait. &#192; l'issue de cette transformation, le nombre de paysans, en France, est tomb&#233; de sept millions apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale &#224; sept cent mille aujourd'hui. C'est dans ces conditions alliant la protection du march&#233; int&#233;rieur et une aide importante de l'&#201;tat et de l'Union europ&#233;enne que s'est faite la modernisation de l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;Le d&#233;veloppement de l'agriculture : un marchepied pour les multinationales&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; chaque &#233;tape de cette modernisation, les grandes soci&#233;t&#233;s ont raffermi leur mainmise sur l'ensemble de l'agriculture et de l'&#233;levage. La m&#233;canisation et la motorisation ont impliqu&#233; le d&#233;veloppement de groupes industriels fournissant tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc. Pour rendre la terre plus productive, il faut &#233;pandre des engrais. Des hybrides plus performants ont &#233;t&#233; livr&#233;s par des entreprises sp&#233;cialis&#233;es qui ont brevet&#233; les semences obtenues. De m&#234;me les races de vaches, volailles et autres animaux d'&#233;levage ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;es. L'&#233;levage du b&#233;tail implique d&#232;s lors une emprise plus grande des secteurs de l'agro-alimentaire sur les paysans. Pour qu'une vache produise dix mille litres de lait par an, comme cela est possible aujourd'hui, il faut la nourrir avec une alimentation sp&#233;cifique fournie par l'industrie. Les quantit&#233;s produites de c&#233;r&#233;ales, de viande ou de lait sont devenues telles que leurs transformations et leurs commercialisations ont &#233;t&#233; prises en main par des trusts tels que Nestl&#233; ou Danone. La politique des &#201;tats pour constituer une agriculture moderne a donc &#233;t&#233; un marchepied pour ces soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.4'&gt;&lt;/a&gt;Des grandes soci&#233;t&#233;s issues du n&#233;goce ou de l'industrie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La plupart des grands trusts de l'agro-alimentaire ont &#233;merg&#233; non pas de l'agriculture mais de l'industrie ou du commerce. Un groupe fran&#231;ais, le groupe Louis-Dreyfus, est le fruit d'une &#233;volution similaire &#224; celle du trust am&#233;ricain Cargill d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;. Cette soci&#233;t&#233;, fond&#233;e en 1851 par un marchand de bl&#233; alsacien, s'est d'abord sp&#233;cialis&#233;e dans le n&#233;goce des grains entre la Russie et les villes du Nord. Ses affaires se sont ensuite diversifi&#233;es au point qu'elle fait partie aujourd'hui des leaders sur les march&#233;s du sucre, du caf&#233;, de l'&#233;tain et du zinc. Elle est pr&#233;sente dans le gaz, le p&#233;trole, les transports et la communication. Son chiffre d'affaires actuel est de trente milliards de dollars. Elle est poss&#233;d&#233;e &#224; 51 % par la famille Dreyfus qui, pour l'anecdote, poss&#232;de aussi le club de football Olympique de Marseille. Filiale de Du Pont depuis 1999, la soci&#233;t&#233; Pioneer Hi-Bred s'est impos&#233;e dans le domaine des semences hybrides qui permettent d'augmenter les rendements mais doivent &#234;tre rachet&#233;es tous les ans ou presque. Aujourd'hui elle compte parmi ses actionnaires les banques Barclays, City Group et d'autres. Avec une dizaine d'autres soci&#233;t&#233;s, elle contr&#244;le 40 % du march&#233; des semences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne les intrants, c'est-&#224;-dire par exemple les engrais ou les herbicides, on retrouve des semenciers et des entreprises chimiques comme Bayer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; comme Danone est issue de l'entreprise BSN qui produisait &#224; l'origine des bouteilles en verre. Elle est aujourd'hui une des premi&#232;res entreprises mondiales pour le march&#233; des produits frais &#224; base de lait, des biscuits et des eaux min&#233;rales.
Dans la distribution, une entreprise comme Carrefour dispose d'environ neuf mille magasins dans plus d'une vingtaine de pays. Wal-Mart, la soci&#233;t&#233; de distribution am&#233;ricaine, s'est d&#233;velopp&#233;e dans les ann&#233;es 1960 aux &#201;tats-Unis et poss&#232;de actuellement plus de six mille supermarch&#233;s et hypermarch&#233;s dans le monde.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;L'exploitation des terres et de la paysannerie par les trusts de l'agro-alimentaire&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;Les fermes capitalistes transform&#233;es en sous-traitants de l'industrie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Toutes ces entreprises, semenciers, trusts de la chimie et de la transformation des denr&#233;es alimentaires ou encore du transport et de la distribution, enserrent les paysans. Elles contr&#244;lent les prix d'achat et de vente, le prix des fournitures aux paysans et jusqu'au r&#233;sultat de leur travail. Les fermes capitalistes les plus modernes ne produisent plus pour un march&#233; local. Elles sont devenues des sous-traitants des grands groupes industriels de l'agro-alimentaire et produisent pour le march&#233; mondial.Voil&#224; comment est d&#233;crite la position des agriculteurs ou &#233;leveurs dans une revue, The Ecologist, qui d&#233;nonce la politique de la fameuse soci&#233;t&#233; Cargill : un fermier sous contrat avec Cargill ach&#232;te ses semences &#224; la soci&#233;t&#233; Renessen, qui est une filiale de Monsanto et de Cargill, puis son fertilisant &#224; Cargill. Il vend sa production &#224; Cargill qui la transforme en nourriture pour volaille, la fait transporter par ses navires en Tha&#239;lande o&#249; elle sert &#224; un producteur de volaille sous contrat avec&#8230; Cargill.
La strat&#233;gie de cette entreprise est de multiplier le nombre de producteurs qui travaillent pour elle. Aux &#201;tats-Unis, qui est le pays o&#249; cette &#233;volution a &#233;t&#233; la plus pouss&#233;e, un tiers des agriculteurs est sous contrat avec des industriels de l'agro-alimentaire. Ces fermiers sont devenus des sous-traitants des industriels.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;Des exploitations g&#233;r&#233;es directement par les trusts&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Certains des trusts de l'agro-alimentaire font le choix d'exploiter directement des terres. Une soci&#233;t&#233; comme Unilever poss&#232;de environ 18 000 hectares de plantations dans le monde. Elle emploie des milliers d'ouvriers agricoles pay&#233;s &#224; des salaires tr&#232;s faibles. Le march&#233; des bananes, cultiv&#233;es le plus souvent sur de grandes plantations, est contr&#244;l&#233; &#224; 70 % par quatre soci&#233;t&#233;s : Chiquita anciennement United Fruit, Dole, Del Monte et Castle and Cooke. La presse a rapport&#233; r&#233;cemment les propos de certains manifestants de bananeraies du Cameroun, protestant contre les salaires au moment des &#233;meutes de la faim qui ont travers&#233; ce pays : &#171; Nous voulons que les Fran&#231;ais nous payent bien. Nous sommes chez nous apr&#232;s tout, nous ne sommes pas des esclaves &#187;. Ces bananeraies sont poss&#233;d&#233;es par la soci&#233;t&#233; SPM, une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, ou encore par la soci&#233;t&#233; PHP, d&#233;tenue &#224; 37 % par la Dole. Ces plantations et ces serres sont la propri&#233;t&#233; de capitalistes. Ce sont des &#238;lots d'agriculture moderne o&#249; l'on met en oeuvre, pour les rentabiliser, ce qui est n&#233;cessaire en mati&#232;re d'irrigation, d'engrais, de recherche, de semences, etc.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.3'&gt;&lt;/a&gt;La paysannerie dite ind&#233;pendante prise en tenaille&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans d'autres secteurs, les multinationales ont fait le choix de commercialiser la production sans y &#234;tre directement li&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les pays riches, les exploitants d&#233;pendent le plus souvent des trusts de l'agro-alimentaire ou de la grande distribution. En France r&#233;cemment, on a vu des producteurs de lait entrer en conflit avec la soci&#233;t&#233; Entremont qui voulait leur imposer un prix inf&#233;rieur &#224; celui qui est habituellement pratiqu&#233;. Cet &#233;t&#233; encore, les producteurs de fruits et l&#233;gumes ont d&#233;nonc&#233; le prix qui leur &#233;tait pay&#233;, soit quarante centimes pour un melon vendu ensuite deux euros dans les grandes surfaces. Les grandes enseignes r&#233;cup&#233;reraient 60 % du prix de vente final de la plupart des fruits et l&#233;gumes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les pays pauvres un grand nombre de paysans travaillent de fait pour ces trusts. C'est le cas des producteurs de caf&#233;, d'arachide ou de cacao, pour n'en citer que quelques-uns.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le caf&#233;, ce sont quatre soci&#233;t&#233;s, dont la soci&#233;t&#233; Louis Dreyfus, encore elle, qui contr&#244;lent la commercialisation de la majorit&#233; de la production et trois autres, dont Nestl&#233; et Philipp Morris, qui torr&#233;fient les fruits des vingt-cinq millions de producteurs. En &#201;thiopie, au Viet-nam, en Colombie, au Br&#233;sil, des millions de familles paysannes disposant de moins de cinq hectares esp&#232;rent parvenir &#224; gagner de quoi s'acheter suffisamment de nourriture, de quoi se v&#234;tir et envoyer les enfants &#224; l'&#233;cole. Via toute une cha&#238;ne d'interm&#233;diaires, les trusts leur ach&#232;tent leur production lorsque les cours sont au plus bas et payent au producteur de l'ordre de 60 % du prix du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces paysans ont &#233;videmment une capacit&#233; d'investissement extr&#234;mement faible. Les trusts se d&#233;sengagent compl&#232;tement de la production. Ils ne sont pas concern&#233;s par les difficult&#233;s des paysans, qui subissent par exemple la chute des prix qui a ruin&#233; quantit&#233; de familles. Ils n'ont d'ailleurs le plus souvent aucun contact direct avec les paysans. Ce sont des interm&#233;diaires, des soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat ou des marchands priv&#233;s qui collectent la production et prennent leur part sur le travail des paysans.
Il existe aussi un grand nombre de paysans qui sont rejet&#233;s sur les terres les moins fertiles, sans moyens techniques, sans acc&#232;s &#224; l'eau. Toute irrigation leur est inaccessible. Cherchant &#224; produire juste de quoi ne pas crever de faim, ils sont malgr&#233; tout confront&#233;s au march&#233; pour le renouvellement des outils ou l'obtention de semences. Ils s'y confrontent aussi en raison de leurs quelques pieds de caf&#233; ou de palmiers qu'ils entretiennent pour se procurer un peu d'argent. Lorsqu'ils vendent directement aux citadins, ou par l'interm&#233;diaire de marchands, les quelques produits de leurs cultures, ils subissent la concurrence de denr&#233;es &#233;quivalentes qui viennent des pays riches et qui sont subventionn&#233;es. Les lois du march&#233; les &#233;crasent encore plus durement.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.4'&gt;&lt;/a&gt;Des &#233;carts de productivit&#233; de plus en plus importants &#224; l'&#233;chelle du monde&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ce monde o&#249; la technologie semble p&#233;n&#233;trer tous les secteurs de la vie &#233;conomique, la grande majorit&#233; de ces paysans utilise toujours des techniques ancestrales. &#192; l'&#233;chelle mondiale, sur 1,3 milliard de paysans, trente millions, 2 % &#224; peine, disposent d'un tracteur. 80 % des agriculteurs d'Afrique et 40 &#224; 60 % de ceux d'Asie et d'Am&#233;rique utilisent un outillage manuel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les diff&#233;rences de productivit&#233; sont &#233;normes. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, suite &#224; une premi&#232;re &#233;volution de l'agriculture et dans la foul&#233;e de la r&#233;volution industrielle, ceux des paysans des pays europ&#233;ens qui disposaient des meilleures techniques produisaient d&#233;j&#224; jusqu'&#224; dix fois plus que ceux qui cultivaient manuellement les moins bonnes terres. Aujourd'hui l'&#233;cart s'est creus&#233; entre l'agriculture la plus performante et celle qui utilise des techniques archa&#239;ques sur des sols peu fertiles sans acc&#232;s &#224; l'irrigation. Les exploitations les plus modernes produisent cinq cents fois plus que les autres. En cons&#233;quence des millions de paysans sont sous-aliment&#233;s. Et comme ils ne disposent pas d'un minimum de moyens, ils ne peuvent pas augmenter leur production, ce qui aggrave encore le manque de denr&#233;es agricoles dans les pays pauvres. La puissance des multinationales conduit &#224; une restriction de la production vivri&#232;re. Les firmes de l'agro-alimentaire dirigent de fait le d&#233;veloppement de la production agricole mondiale mais elles entrent en concurrence les unes avec les autres et leur objectif n'est de toute fa&#231;on pas d'assurer l'alimentation de la plan&#232;te. Elles y pourvoient en fonction des exigences de leurs actionnaires. Elles n'envisagent donc aucune planification en fonction des besoins de l'humanit&#233;. Cela constitue une des raisons majeures de la malnutrition permanente &#224; laquelle est soumise une partie importante de la population.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;L'imp&#233;rialisme maintient dans la pauvret&#233; la paysannerie des pays sous-d&#233;velopp&#233;s&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'&#233;volution du capitalisme &#224; son stade imp&#233;rialiste a conduit &#224; l'&#233;mergence des trusts. Un autre aspect en a &#233;t&#233; la situation privil&#233;gi&#233;e d'une poign&#233;e d'&#201;tats qui pillent le reste de la plan&#232;te. Par la colonisation, les &#201;tats des pays industrialis&#233;s ont mis sous tutelle le reste du monde pour assurer des d&#233;bouch&#233;s &#224; leur production et &#224; leurs capitaux, pour contr&#244;ler les sources de mati&#232;res premi&#232;res et avoir &#224; disposition une main-d'oeuvre exploitable. Puis avec la d&#233;colonisation, cette mainmise a pris d'autres formes, mais elle emp&#234;che toujours ces pays de sortir de leur sous-d&#233;veloppement. Leur &#233;conomie est devenue une annexe de celle des pays riches. Je ne reviendrai pas sur le pillage de ces pays par les puissances coloniales mais sur les dommages qui les ont marqu&#233;s et qui se perp&#233;tuent toujours aujourd'hui au travers de m&#233;canismes &#233;conomiques.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;La culture d'exportation impos&#233;e par l'imp&#233;rialisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans quasiment toutes les colonies, la monoculture fut impos&#233;e. En Indochine, ce fut la culture de l'h&#233;v&#233;a, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle qui fut exploit&#233;e entre autres par Michelin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Afrique, d&#233;j&#224; d&#233;cim&#233;e par le trafic d'hommes et de femmes r&#233;duits en esclavage, eut &#224; subir comme les autres colonies la sp&#233;cialisation de son &#233;conomie. Au Tchad, le coton fut cultiv&#233;, enrichissant les familles Boussac et autres. Au Cameroun l'administration fran&#231;aise d&#233;veloppa le cacao.
Au XIXe si&#232;cle, l'administration coloniale fran&#231;aise imposait aux habitants du S&#233;n&#233;gal de lui fournir de l'arachide ou de la graine de palme. Si les villageois ne satisfaisaient pas &#224; cette demande, les troupes coloniales mettaient les villages &#224; feu et &#224; sang. C'est par la simple cueillette &#224; la main que les graines d'arachide et de palme &#233;taient r&#233;colt&#233;es avant d'&#234;tre exp&#233;di&#233;es en France. L&#224;, elles &#233;taient transform&#233;es en huile alimentaire ou en savon pour le plus grand profit de la famille Lesieur qui b&#226;tit sa fortune gr&#226;ce &#224; l'exploitation de l'arachide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1930, lorsque la moiti&#233; des terres agricoles furent couvertes d'arachide, l'administration coloniale importa de la brisure de riz d'Indochine pour satisfaire la consommation locale. Elle imposa le riz en remplacement du mil que l'on produisait en quantit&#233; insuffisante du fait de l'extension de la production d'arachide. Cela lui permettait aussi de trouver un d&#233;bouch&#233; au riz d'Indochine, autre colonie fran&#231;aise. Non seulement les habitants furent contraints de produire de l'arachide mais ils devinrent d&#233;pendants de l'imp&#233;rialisme pour leur nourriture de base.
Les colons ou les entreprises de l'empire colonial ont vol&#233; les meilleures terres. Les m&#233;tropoles ont mis en faillite les produits de l'artisanat local en inondant le march&#233; de marchandises &#224; bas prix. Elles ont appauvri et bris&#233; toute une partie de la population par le travail forc&#233; et l'exploitation. L'investissement pour les chemins de fer, les routes ou les ports a &#233;t&#233; limit&#233; &#224; ce qui &#233;tait indispensable aux affaires des capitalistes pr&#233;sents sur ces march&#233;s. Les progr&#232;s techniques ou m&#233;dicaux que le capitalisme aurait pu apporter furent quasiment inexistants. Dans la plupart des colonies, les paysans en rest&#232;rent &#224; l'utilisation des outils les plus rudimentaires. Le capitalisme a renforc&#233; la barbarie de ces soci&#233;t&#233;s et a d&#233;grad&#233; la situation de leurs habitants en se superposant aux anciennes classes dominantes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.2'&gt;&lt;/a&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;pendance politique, le pillage continue&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Cette emprise directe a dur&#233; jusque dans les ann&#233;es 1960 pour la plupart des pays d'Afrique et d'Asie. Ils s'en sont lib&#233;r&#233;s, pour un certain nombre d'entre eux, tels que l'Alg&#233;rie ou l'Indochine, au prix de guerres extr&#234;mement violentes et destructrices. Mais &#224; partir de l&#224; cette domination s'est exerc&#233;e sous d'autres formes et perdure avec toujours autant de brutalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ex-colonies sont devenues ind&#233;pendantes mais elles ont continu&#233; &#224; &#234;tre &#233;cras&#233;es non plus directement par le pouvoir colonial mais par le march&#233; mondial. Les pays qui n'ont jamais &#233;t&#233; au sens strict des colonies ont &#233;t&#233; domin&#233;s par les grandes puissances et le sont rest&#233;s. Chacun de ces pays est enferm&#233; dans des choix politiques tr&#232;s restreints qui les conduisent &#224; perp&#233;tuer ce que nous avons soulign&#233; pour la p&#233;riode coloniale, &#224; savoir la monoculture d'exportation. Il n'y a plus de chicote mais la violence est la m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.3'&gt;&lt;/a&gt;Le besoin de devises enferme les pays pauvres dans la culture d'exportation&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;De nombreux pays pauvres ont tent&#233; de d&#233;velopper leurs industries en accumulant des capitaux par l'exploitation de leurs paysanneries. Ils ont de fait poursuivi la politique coloniale de d&#233;veloppement de cultures d'exportation. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; la politique de l'administration fran&#231;aise au S&#233;n&#233;gal o&#249; la moiti&#233; des terres cultiv&#233;es a &#233;t&#233; consacr&#233;e &#224; l'arachide. Le gouvernement s&#233;n&#233;galais l'a poursuivie. L'&#201;tat fit du commerce de l'arachide, entre autres, son monopole, ce qui lui permit de g&#233;n&#233;rer des fonds, au d&#233;triment des paysans. Mais entre la concurrence avec les autres types d'huile v&#233;g&#233;tale et la forte augmentation de la production venant de pays o&#249; l'on pr&#233;sentait la culture de l'arachide comme une panac&#233;e pour faire rentrer des devises, du fait aussi de la fin du tarif pr&#233;f&#233;rentiel accord&#233; par la France, les prix baiss&#232;rent, fragilisant la situation &#233;conomique du S&#233;n&#233;gal. L'&#201;tat n'eut plus les moyens de payer l'arachide au tarif fix&#233; jusque-l&#224;. L'industrialisation du pays fut limit&#233;e. Parall&#232;lement, avec le recul des cultures vivri&#232;res, l'alimentation de la population s'est d&#233;t&#233;rior&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;conomie de ces pays bas&#233;e sur la monoculture d'exportation les rend extr&#234;mement sensibles aux variations des cours et aux conditions du march&#233; sur lesquelles ils n'ont pas de prise. Le Ghana, dont la source de devises d&#233;pend du cacao, a subi de plein fouet la baisse de 20 % de son prix entre 1996 et 2000. Ses rentr&#233;es en devises ont diminu&#233; malgr&#233; une augmentation de sa production de cent trente mille tonnes pendant cette p&#233;riode. Les normes fix&#233;es par les pays importateurs de produits exotiques peuvent modifier les termes de l'&#233;change. Par exemple, la d&#233;finition adopt&#233;e en 2003 par l'Europe sur le chocolat, acceptant l'usage d'autres graisses que celle du cacao, a eu pour cons&#233;quence de favoriser certains pays au d&#233;triment d'autres.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.4'&gt;&lt;/a&gt;L'endettement des pays pauvres : une politique des pays riches&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Avec le d&#233;but de la crise, dans les ann&#233;es 1970, les banques, les investisseurs trouv&#232;rent comme palliatif au ralentissement des investissements productifs une politique de pr&#234;ts destin&#233;s aux pays pauvres. En qu&#234;te de placements lucratifs, ces pr&#234;ts &#224; des taux &#233;lev&#233;s ont constitu&#233; une nouvelle source de profit. Les remboursements semblaient garantis par les rentr&#233;es d'argent li&#233;es aux prix des mati&#232;res premi&#232;res, entre autres agricoles. Lorsque ceux-ci se mirent &#224; baisser, les pays fortement endett&#233;s entr&#232;rent dans la spirale du surendettement. &#192; partir des ann&#233;es 1980, du fait de l'incapacit&#233; &#224; rembourser les pr&#234;ts accord&#233;s dans les ann&#233;es 1970, le Fonds mon&#233;taire international imposa une coupe claire dans les d&#233;penses d'&#201;tat, l'arr&#234;t des subventions &#224; l'industrie et &#224; l'agriculture. Les pays qui suivirent les recommandations du FMI et de la Banque mondiale furent gratifi&#233;s de nouveaux pr&#234;ts. Ceux-ci furent accord&#233;s aux pays qui accept&#232;rent aussi l'abaissement des barri&#232;res douani&#232;res. C'est ce qu'on a appel&#233; les politiques &#171; d'ajustement structurel &#187;. En r&#233;alit&#233; les pays soumis &#224; ce chantage ruin&#232;rent leur agriculture. Rembourser les pr&#234;ts implique de renforcer plus encore la politique de la monoculture ou de cultures d'exportation pour parvenir &#224; faire rentrer des devises. Chaque gouvernement imposa donc de son propre chef, &#224; son propre pays, la quasi-disparition de la culture vivri&#232;re, c'est-&#224;-dire des cultures destin&#233;es aux besoins locaux. Par l&#224; m&#234;me, la d&#233;pendance alimentaire vis-&#224;-vis des pays riches exportateurs de c&#233;r&#233;ales s'est renforc&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.5'&gt;&lt;/a&gt;Les tentatives pour &#233;chapper &#224; l'emprise de l'imp&#233;rialisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce constat terrible est fait par bien d'autres courants politiques que les communistes r&#233;volutionnaires. Les altermondialistes en voient les causes dans la mondialisation. Les tiers-mondistes d'ici et les nationalistes radicaux de pays pauvres proposent une politique protectionniste vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur afin d'&#233;chapper, au moins dans une certaine mesure, &#224; l'emprise des trusts de l'agro-alimentaire. Nous avons toujours &#233;t&#233; et nous sommes solidaires des pays pauvres qui ont eu le courage et la possibilit&#233; de choisir cette voie. Ce choix a &#233;t&#233; fait, &#224; des degr&#233;s divers, par quelques pays dont le gouvernement est venu au pouvoir gr&#226;ce &#224; une r&#233;volution populaire. S'appuyant sur des mouvements paysans radicaux, ces pays, de ce fait, avait un soutien dans les classes populaires qui leur permettait de r&#233;sister aux pressions de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette pression ne se limite pas aux lois du march&#233;. Le trust United Fruit, aujourd'hui Chiquita, a impos&#233; sa loi dans toute l'Am&#233;rique centrale par la violence en brisant impitoyablement toute tentative de s'en lib&#233;rer. Rien que depuis le renversement du gouvernement Arbenz, au Guatemala, en 1954, parce qu'il envisageait une timide r&#233;forme agraire qui mena&#231;ait ses int&#233;r&#234;ts, combien de coups d'&#201;tat ont &#233;t&#233; appuy&#233;s par Chiquita, combien de guerres civiles sourdes comme celle men&#233;e au Salvador par des bandes arm&#233;es contre les paysans pauvres, ont toujours cours !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s une v&#233;ritable insurrection paysanne, Cuba a r&#233;ussi &#224; desserrer l'emprise directe des trusts imp&#233;rialistes. Le Nicaragua aussi dans une certaine mesure et seulement pendant quelque temps. Mais les &#201;tats-Unis ont impos&#233; un isolement total &#224; Cuba. Et cet exemple montre qu'il n'y a pas de solution &#224; long terme dans l'isolement par rapport &#224; l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas la mondialisation de l'&#233;conomie qui est un fait in&#233;luctable. Le probl&#232;me c'est l'imp&#233;rialisme, ces relations &#233;conomiques bas&#233;es sur l'in&#233;galit&#233; fondamentale entre pays imp&#233;rialistes et pays pauvres, in&#233;galit&#233; qui s'accro&#238;t au lieu de se r&#233;duire avec le temps. C'est l'ordre imp&#233;rialiste qu'il est imp&#233;ratif de d&#233;truire, c'est-&#224;-dire le capitalisme dont il est l'expression supr&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;Capitalisme et sous-d&#233;veloppement&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7.1'&gt;&lt;/a&gt;Un &#233;change entre pays riches et pays pauvres fondamentalement in&#233;gal&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les grandes puissances ne sont pas avares en discours d&#233;fendant la libre concurrence, la n&#233;cessit&#233; de lever toutes les entraves au commerce. Elles pr&#233;tendent que c'est la voie qui permettra aux pays sous-d&#233;velopp&#233;s de s'en sortir, mais ces discours masquent l'offensive des puissances imp&#233;rialistes. Elles encha&#238;nent les pays pauvres dans le sous-d&#233;veloppement en multipliant les petites mesures qui s'ajoutent aux m&#233;canismes &#233;conomiques du capitalisme. L'&#233;change entre pays pauvres et pays riches est fondamentalement in&#233;gal. Les pays pauvres &#233;changent le plus souvent des mati&#232;res premi&#232;res contre des produits manufactur&#233;s. Pour le cacao, par exemple, alors que 90 % de la production sort des pays pauvres, la transformation en chocolat se fait &#224; 96 % hors des pays producteurs. Mais comme si cela ne suffisait pas, les &#201;tats des pays riches limitent par leurs politiques douani&#232;res l'entr&#233;e de produits agricoles transform&#233;s. Aux &#201;tats-Unis, la taxe sur l'importation de la tomate chilienne est de 2,2 %, mais si elle est import&#233;e en bo&#238;te ou s&#233;ch&#233;e la taxe s'&#233;l&#232;ve &#224; 8,7 % pour atteindre 11,6 % pour la sauce tomate. Ces pays riches qui pr&#244;nent la libre concurrence comme garantie du bon fonctionnement du march&#233; sont les champions des subventions sur les produits agricoles. Ces subventions sont de v&#233;ritables armes de guerre contre les paysans des pays pauvres. &#192; l'&#233;chelle des pays de l'OCDE, c'est-&#224;-dire tous les pays industrialis&#233;s, l'ensemble des aides &#224; l'agriculture sous une forme ou une autre a repr&#233;sent&#233; trois cent cinquante milliards de dollars en 2006. Gr&#226;ce &#224; ces subventions, l'Union europ&#233;enne pouvait &#233;couler en 2000 ses volailles &#224; 1100 F CFA sur les march&#233;s de Dakar alors que le poulet local co&#251;tait 1535 F CFA ! La pr&#233;tendue libre concurrence n'existe que pour les discours. La puissance des pays riches est telle qu'ils r&#233;ussissent &#224; imposer leurs conditions aux pays pauvres sans que ceux-ci puissent se d&#233;fendre. C'est la loi du plus fort qui s'applique.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7.2'&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;chec des tentatives des pays producteurs d'imposer leurs prix&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1980, la C&#244;te d'Ivoire, qui fournit plus de 30 % du march&#233; du cacao mondial, a tent&#233; de r&#233;sister &#224; la pression sur les prix du cacao venant des firmes qui le commercialisent. Les importateurs se sont tourn&#233;s vers le cacao indon&#233;sien dont la production avait progress&#233; parall&#232;lement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1980, quand le gouvernement indien a voulu imposer un prix d'exportation minimum pour le th&#233;, Unilever, qui d&#233;tient 20 % du march&#233; mondial du th&#233;, et quelques autres ont boycott&#233; la production indienne pour obliger le gouvernement indien &#224; baisser ses prix. Les accords commerciaux adopt&#233;s entre les pays pauvres et les pays riches sont des rouleaux compresseurs qui &#233;crasent les pays les plus pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La constitution de l'ALENA, c'est-&#224;-dire d'un Accord de libre &#233;change nord am&#233;ricain qui lie le Mexique, les &#201;tats-Unis et le Canada, le d&#233;montre. Cet accord associe deux pays d&#233;velopp&#233;s &#224; un pays pauvre. Il convenait d'abaisser toutes les barri&#232;res douani&#232;res entre les trois pays. Les industriels am&#233;ricains qui voulaient profiter de la main-d'oeuvre &#224; bas co&#251;t du Mexique multipli&#232;rent par quatre leurs investissements annuels en installant notamment des usines de montage. Le Mexique prit la treizi&#232;me place dans le classement &#224; l'&#233;chelle mondiale des pays exportateurs. Mais ses exportations &#233;taient bien s&#251;r presque exclusivement en direction des &#201;tats-Unis et provenaient d'usines &#224; capitaux am&#233;ricains. Dans le m&#234;me temps, le Mexique ouvrit ses fronti&#232;res aux produits agricoles, en particulier le ma&#239;s am&#233;ricain. En quelques ann&#233;es, les agriculteurs am&#233;ricains r&#233;ussirent &#224; imposer leur ma&#239;s sur le march&#233; mexicain du fait de la diff&#233;rence de productivit&#233; mais aussi des subventions qu'ils recevaient. Rien qu'en 2000, le seul secteur du ma&#239;s am&#233;ricain a re&#231;u dix milliards de dollars de subventions, soit dix fois plus que le budget de l'agriculture du Mexique. En quelques ann&#233;es, deux millions et demi de paysans mexicains, voire trois millions, ont &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;s sans pour autant pouvoir trouver du travail dans les villes mexicaines. En fait dans le cadre de l'&#233;conomie de march&#233;, les pays pauvres ne peuvent pas sortir du sous-d&#233;veloppement, qu'ils ouvrent ou non leurs fronti&#232;res. Chaque mesure, chaque r&#232;gle prise au nom de la libre concurrence ou pas, devient un nouveau moyen de d&#233;truire l'&#233;conomie des pays sous-d&#233;velopp&#233;s, ou de l'inf&#233;oder aux pays imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7.3'&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;volution verte : une panac&#233;e ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans les pays pr&#233;tendument &#233;mergents, l'&#233;cart entre l'opulence cr&#233;&#233;e par le capitalisme et la mis&#232;re toujours aussi pr&#233;sente atteint un niveau in&#233;gal&#233;. Au Br&#233;sil, d&#233;crit actuellement comme le futur grenier &#224; bl&#233; du monde, quatorze millions de personnes souffrent de la faim sur 165 millions d'habitants. En majorit&#233; des paysans. L'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;partition des terres est telle que 1 % des propri&#233;taires terriens d&#233;tiennent la moiti&#233; des terres cultivables. &#192; c&#244;t&#233; de ces grands propri&#233;taires, il y a quatre millions de familles paysannes sans terre. Le gouvernement n'a proc&#233;d&#233; &#224; aucune redistribution et comme les grands domaines &#233;taient parfaitement adapt&#233;s &#224; l'utilisation de moyens m&#233;caniques, et &#224; la production de c&#233;r&#233;ales &#224; haut rendement, le pays a r&#233;alis&#233; ce que l'on a appel&#233; la r&#233;volution verte. Norman Borlaug, son initiateur, a re&#231;u d'ailleurs le prix Nobel de la paix en 1970. Celui-ci avait avec son &#233;quipe mis au point des vari&#233;t&#233;s de bl&#233;, de riz, de rendement quatre fois sup&#233;rieur aux vari&#233;t&#233;s de l'&#233;poque, les ann&#233;es 1960. Les discours dithyrambiques des laudateurs de l'&#233;poque promettant l'autosuffisance aux pays pauvres n'&#233;taient en r&#233;alit&#233; qu'un habillage id&#233;ologique de la n&#233;cessit&#233; d'investir dans l'agriculture et l'&#233;levage comme les pays riches l'avaient fait. Cela supposait une irrigation ad&#233;quate, des produits phytosanitaires adapt&#233;s. Les grandes soci&#233;t&#233;s industrielles chimiques, p&#233;troli&#232;res, pharmaceutiques et bien s&#251;r agro-alimentaires ont trouv&#233; le moyen en investissant dans l'agriculture de se tailler des march&#233;s dans les pays pauvres avec la b&#233;n&#233;diction des pouvoirs publics.
&#192; qui pouvaient servir ces techniques, sinon aux propri&#233;taires de grandes superficies disposant de moyens financiers, pouvant avoir acc&#232;s aux pr&#234;ts bancaires dans des conditions acceptables ? Le Br&#233;sil est devenu un des pays exportateurs de c&#233;r&#233;ales. Une grande partie des cent millions de tonnes de c&#233;r&#233;ales qui y sont produites sont export&#233;es. Le d&#233;veloppement des grandes propri&#233;t&#233;s pour la culture d'exportation s'est poursuivi au d&#233;triment des cultures vivri&#232;res et en particulier par la confiscation des terres des paysans pauvres. Car non seulement ceux-ci ont subi la concurrence des grandes exploitations, la faiblesse des prix agricoles, mais aussi les expropriations pures et simples. Une fois expropri&#233;s ou ruin&#233;s, ils rejoignent la cohorte des pauvres des bidonvilles o&#249; aucune industrie ne les embauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La croissance, l'augmentation en valeur et en quantit&#233; de la production agricole n'a pas permis de faire dispara&#238;tre la faim. Au contraire, elle a creus&#233; l'&#233;cart entre les plus riches et les plus pauvres, comme le montre l'exemple du Br&#233;sil. Elle est aussi la preuve que la &#171; r&#233;volution verte &#187; ne peut pas remplacer la r&#233;volution sociale qui se fixerait pour objectif, entre bien d'autres, l'expropriation des grands propri&#233;taires terriens et la mise &#224; disposition des paysans pauvres des terres fertiles o&#249; se cultivent notamment des c&#233;r&#233;ales destin&#233;es &#224; la fabrication d'agro-carburants pour le march&#233; mondial.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8'&gt;&lt;/a&gt;Nourrir la plan&#232;te, est-ce possible ?&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.1'&gt;&lt;/a&gt;Les OGM, une solution contre les famines ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui un nouveau rem&#232;de miracle nous est propos&#233; avec les OGM, qui seraient capables d'apr&#232;s leurs partisans d'augmenter la production au point d'emp&#234;cher toute famine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les promoteurs du d&#233;veloppement des OGM d&#233;fendent le fait que ces vari&#233;t&#233;s g&#233;n&#233;tiquement transform&#233;es pourraient permettre d'&#233;liminer les carences en vitamines, d'emp&#234;cher les insectes de d&#233;truire les r&#233;coltes, de faire pousser du riz avec moins d'eau, le tout en mettant moins d'engrais, etc. Sans entrer dans le d&#233;bat sur les risques r&#233;els ou suppos&#233;s de telles cultures, leurs discours rappellent ceux qui ont accompagn&#233; la r&#233;volution verte des ann&#233;es 1960 dont nous venons de parler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a effectivement permis une forte progression de la rentabilit&#233; des terres agricoles trait&#233;es comme des entreprises capitalistes, mais elle n'a pas r&#233;solu le probl&#232;me de la faim et a accru les in&#233;galit&#233;s entre les producteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de cultures OGM aura probablement les m&#234;mes effets, &#224; savoir que la d&#233;pendance des paysans augmentera encore face aux trusts des semenciers, en l'occurrence Monsanto, Aventis et BASF, pour n'en citer que les trois principaux, et que seule une minorit&#233; de paysans disposant des terres et des moyens financiers n&#233;cessaires pourra avoir acc&#232;s &#224; ces cultures. Ces soci&#233;t&#233;s cherchent surtout &#224; &#233;tendre leurs march&#233;s et &#224; rendre l'agriculture d&#233;pendante de leurs semences.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.2'&gt;&lt;/a&gt;Et la r&#233;volution &#171; doublement verte &#187; ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Des agronomes partent du constat que les paysans pauvres ont peu de ressources, des petites surfaces, et cherchent des moyens techniques &#224; leur port&#233;e. Ces agronomes veulent, pour reprendre les mots de Michel Griffon, un des leurs, &#171; inventer une agriculture &#233;cologiquement intensive qui tire un meilleur rendement sans d&#233;grader les &#233;cosyst&#232;mes &#187;. Il a qualifi&#233; l'ensemble des solutions qu'il propose de r&#233;volution doublement verte. Les &#233;tudes de ces chercheurs aux c&#244;t&#233;s des paysans sur la base de terrains friables peu fertiles, en proie &#224; la s&#233;cheresse, ont l'int&#233;r&#234;t de montrer que des possibilit&#233;s existent pour augmenter les rendements de la production vivri&#232;re en respectant la nature. Et donc permettre &#224; des millions de paysans de se nourrir ainsi que leurs familles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces solutions font abstraction et de la fluctuation des prix qui peut r&#233;duire &#224; n&#233;ant ces efforts, et des offensives des grandes soci&#233;t&#233;s appuy&#233;es par leurs &#201;tats pour balayer ces tentatives. Abstraction est faite aussi de la r&#233;partition des terres alors qu'une partie de la mis&#232;re des paysans est due au fait qu'ils ne poss&#232;dent qu'un hectare ou parfois moins.
Comme ils restent dans le cadre du syst&#232;me capitaliste, les solutions qu'ils proposent se heurtent aux lois &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.3'&gt;&lt;/a&gt;Un probl&#232;me d&#233;mographique ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La malnutrition d'aujourd'hui et la n&#233;cessaire augmentation de la production agricole dans les ann&#233;es &#224; venir soul&#232;vent bien des d&#233;bats. Une grande partie des protagonistes ont des arguments particuli&#232;rement r&#233;actionnaires. Ils reprennent les raisonnements de Malthus, pasteur anglican, &#233;conomiste &#224; ses heures, auteur de cette th&#233;orie qui consiste &#224; rendre responsables les pauvres de leur mis&#232;re. Au XIXe si&#232;cle, en pleine r&#233;volution industrielle, alors que, dans les faubourgs des villes anglaises, une mis&#232;re effroyable se r&#233;pandait, Malthus expliquait que &#171; &lt;i&gt;la population double tous les 25 ans selon une progression g&#233;om&#233;trique tandis que la nourriture disponible en partant de l'&#233;tat actuel de la terre habit&#233;e augmente selon une progression arithm&#233;tique&lt;/i&gt; &#187;. Sa th&#233;orie &#233;rigeait en loi intangible l'impossibilit&#233; de produire suffisamment pour faire face &#224; l'augmentation de la population. On comprend bien pourquoi les milieux bourgeois de l'&#233;poque l'ont reprise. Elle d&#233;gageait la bourgeoisie de toute responsabilit&#233; face &#224; l'extr&#234;me mis&#232;re qui frappait les quartiers pauvres des villes anglaises. Elle la disculpait du licenciement des hommes qu'elle privait de tout revenu et de leur remplacement par des enfants d&#232;s l'&#226;ge de cinq ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme cette th&#233;orie, le malthusianisme, d&#233;douane le syst&#232;me capitaliste de toute responsabilit&#233;, elle continue de trouver des partisans et revient en force &#224; chaque fois que la mis&#232;re s'&#233;tend.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, m&#234;me dans le cadre de la soci&#233;t&#233; capitaliste, malgr&#233; les limites que l'organisation sociale impose aux progr&#232;s, les faits l'ont compl&#232;tement infirm&#233;e. Entre 1950 et 2000, alors que la population mondiale a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 2,4, la production agricole l'a &#233;t&#233; par 2,6, selon les chiffres de la FAO. Le rendement agricole a donc &#233;t&#233; multipli&#233; par deux, bien que des r&#233;gions aient gard&#233; une rentabilit&#233; des cultures tr&#232;s faible et bien que des terres aient &#233;t&#233; mises en friche pour soutenir les cours des produits agricoles. Le monde bourgeois et celui des intellectuels impr&#233;gn&#233;s de son id&#233;ologie continuent d'accuser les pays pauvres d'&#234;tre responsables de leur propre malheur. Ce qui est d'autant plus stupide qu'en Afrique les pays qui ont la plus forte natalit&#233; sont aussi des pays qui ont une faible densit&#233; de population. Il y en a pour des ann&#233;es avant qu'ils ne rattrapent la densit&#233; de la population de la Hollande. Pourtant personne ne d&#233;clare que la Hollande souffre de surpopulation.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.4'&gt;&lt;/a&gt;La d&#233;croissance : une id&#233;e r&#233;trograde&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Une autre forme de malthusianisme est exprim&#233;e par le nouveau rapporteur de l'ONU sur les questions alimentaires (Olivier de Schutter) qui d&#233;clarait dans son interview au journal Le Monde : &#171; &lt;i&gt;Avec l'augmentation de la demande alimentaire, l'offre ne suit plus. Ne nous voilons pas la face, il faut consommer moins d'&#233;nergie, utiliser moins d'automobiles, ne pas se faire des illusions sur la capacit&#233; des nouvelles techniques &#224; nous permettre de poursuivre notre mode de vie occidental.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; encore ce langage n'a rien de nouveau et a &#233;t&#233; &#224; chaque &#233;poque d&#233;menti par les faits. De plus cette id&#233;ologie sous-entend que ce serait aux plus pauvres de payer la situation de crise, car qui devra consommer moins si ce n'est ceux qui n'en ont pas les moyens ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La controverse contre les arguments malthusiens a eu lieu au sein m&#234;me du Parti social-d&#233;mocrate entre deux th&#233;oriciens du mouvement socialiste, Bebel et Kautsky, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Kautsky finissait par se ranger derri&#232;re les arguments de Malthus &#224; partir de l'id&#233;e que la terre ne pourrait que s'appauvrir &#224; force d'&#234;tre travaill&#233;e par les hommes. Il &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;la loi du peuplement est la condition pr&#233;liminaire in&#233;luctable de toute discussion fructueuse de la question sociale&lt;/i&gt; &#187;. C'est-&#224;-dire qu'il faudrait commencer, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; socialiste, par limiter l'augmentation de la population pour &#233;chapper &#224; &#171; la loi d'appauvrissement des sols &#187; qu'il tirait de Malthus. Deux si&#232;cles plus tard, avec le recul, nous ne pouvons qu'&#234;tre plus convaincus de l'&#233;troitesse des raisonnements malthusiens. Les pr&#233;tendues limites de la nature ont &#233;t&#233; plus d'une fois repouss&#233;es et quand elles perdurent, elles sont li&#233;es au mode de fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. La course au profit que m&#232;ne la grande bourgeoisie, la r&#233;partition des richesses qu'elle impose : voil&#224; les obstacles &#224; la r&#233;solution de ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bebel &#233;tait porteur de la conviction, qui est aussi la n&#244;tre, que la soci&#233;t&#233; trouvera d'autres formes d'organisation sociale et qu'elle sera alors capable de bien des progr&#232;s pouvant r&#233;pondre &#224; l'accroissement de la population comme aux limites de la production. Il r&#233;pondait &#224; Kautsky : &#171; &lt;i&gt;Partout c'est aux institutions sociales et aux modes de production et de r&#233;partition qui en d&#233;pendent qu'il y a lieu de faire remonter les causes de la d&#233;tresse et de la mis&#232;re, et non pas au nombre des &#234;tres humains.&lt;/i&gt; &#187;
C'est le capitalisme qui est incapable de nourrir la plan&#232;te malgr&#233; les progr&#232;s techniques prodigieux dont il est &#224; l'origine. Il faudrait que les hommes se d&#233;barrassent des entraves li&#233;es au syst&#232;me capitaliste, pour jouir pleinement de ces progr&#232;s et permettre &#224; l'humanit&#233; de ma&#238;triser sa propre &#233;volution, m&#234;me dans un domaine comme celui de la d&#233;mographie.
Karl Marx &#233;crivait dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; que &#171; &lt;i&gt;chaque p&#233;riode &#233;conomique du d&#233;veloppement de l'humanit&#233; a aussi sa loi de peuplement particuli&#232;re.
L'humanit&#233;, dans la soci&#233;t&#233; socialis&#233;e, o&#249; seulement elle commencera &#224; &#234;tre vraiment libre et plac&#233;e sur sa base naturelle, dirigera en connaissance de cause toute son &#233;volution suivant des lois naturelles.
Jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; toutes les &#233;poques, en ce qui concerne la production comme la r&#233;partition des moyens d'existence et l'accroissement de la population, l'humanit&#233; a agi sans conna&#238;tre leurs lois, et par suite inconsciemment. Dans la soci&#233;t&#233; nouvelle, elle agira m&#233;thodiquement et en pleine connaissance de toutes ces lois. Le socialisme est la science appliqu&#233;e, en pleine conscience et en toute connaissance de cause, &#224; toutes les branches de l'action humaine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.5'&gt;&lt;/a&gt;Le g&#226;chis engendr&#233; par la soci&#233;t&#233; capitaliste&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'appropriation des moyens de production par la bourgeoisie et leur d&#233;tournement dans la course au profit provoquent un g&#226;chis des ressources, un g&#226;chis des potentialit&#233;s de l'humanit&#233;, dramatique dans le domaine alimentaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me sans faire r&#233;f&#233;rence aux possibilit&#233;s futures d'une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e du capitalisme, l'irrationalit&#233; de ce syst&#232;me est un scandale par le gaspillage qu'elle engendre. Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, on d&#233;bourse des centaines de milliards pour tenter de sauver les banques et les sp&#233;culateurs. Combien d'heures de travail cela repr&#233;sente-t-il ? De combien d'investissements utiles la soci&#233;t&#233; est-elle priv&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.6'&gt;&lt;/a&gt;Une politique de destruction pour soutenir les prix&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En p&#233;riode de crise, les capitalistes d&#233;truisent les r&#233;coltes, d&#233;naturent les fruits pour faire remonter les cours. Il n'est pas question de les distribuer &#224; ceux qui en ont besoin. En 1929, lors de la grande crise, il y eut huit millions de t&#234;tes de b&#233;tail abattues aux &#201;tats-Unis, vingt millions de sacs de caf&#233; br&#251;l&#233;s au Br&#233;sil, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, la bourgeoisie tente de contrer la baisse des cours par la m&#234;me politique de destruction men&#233;e de fa&#231;on pr&#233;ventive. Peu lui importe que tout le monde ait suffisamment. Les &#201;tats europ&#233;ens ont d&#233;cid&#233; en 1988 la mise en place des quotas laitiers, la mise en jach&#232;re de terres. Il y avait trop de lait, trop de beurre, trop de bl&#233; de plus en plus utilis&#233; pour l'alimentation du b&#233;tail pour faire face &#224; la surproduction. Les paysans re&#231;urent des subventions pour ne pas produire. On les incita &#224; changer de culture, &#224; abandonner leurs &#233;levages de vaches laiti&#232;res&#8230; L'agriculture &#233;tait parvenue &#224; des records de productivit&#233; pour ensuite se demander comment se d&#233;barrasser de ce qui ne trouvait pas d'acheteur ! Bien des paysans ont eu du mal &#224; admettre toute l'absurdit&#233; de ce syst&#232;me. Quant aux consommateurs qui peinent &#224; s'acheter fruits, l&#233;gumes et produits laitiers, les stocks d&#233;mesur&#233;s de la CEE ont pu leur appara&#238;tre comme une v&#233;ritable provocation. Depuis il a &#233;t&#233; annonc&#233; une p&#233;nurie de lait, une baisse des stocks de c&#233;r&#233;ales. Dans le cadre de l'Europe, l'arr&#234;t complet des jach&#232;res lib&#233;rerait quatre &#224; cinq millions d'hectares.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est de cette fa&#231;on que les gouvernements r&#233;gulent le syst&#232;me capitaliste et tentent d'att&#233;nuer ses lois pour leurs propres capitalistes. Seule une organisation sociale qui ne serait pas bas&#233;e sur le march&#233; pourrait se d&#233;barrasser d'un tel gaspillage.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.7'&gt;&lt;/a&gt;Des produits sophistiqu&#233;s pour les uns et un appauvrissement pour les autres&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'objectif des multinationales est de vendre toujours plus &#224; ceux qui en ont les moyens, quitte &#224; susciter, cr&#233;er des besoins. Non seulement, les pays du Tiers Monde sont mis &#224; contribution en permanence pour la satisfaction des besoins des pays les plus riches par la monoculture, mais ils produisent pour des besoins artificiels comme la production des fruits et l&#233;gumes en contre-saison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre forme de gaspillage est li&#233;e &#224; la volont&#233; de vendre des produits &#224; forte valeur ajout&#233;e comme le font Nestl&#233; ou Danone. Il leur faut faire une marge plus importante &#224; chaque fois sur chaque produit. Une de leurs derni&#232;res solutions a &#233;t&#233; de diminuer la quantit&#233; de produits dans chaque paquet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela ne les emp&#234;che pas de multiplier les produits plus chers qui sont loin d'&#234;tre plus nutritifs mais qu'ils rendent le plus attirants possible pour le consommateur avec la publicit&#233;. Cela frise l'absurde comme lorsque ces grandes soci&#233;t&#233;s cherchent &#224; vendre un nouveau produit &#224; base de lait qui pourra &#234;tre bu m&#234;me par ceux qui ne le dig&#232;rent pas : enfin nous pourrons tous devenir des buveurs de lait. C'est probablement mieux qu'une soci&#233;t&#233; de buveurs d'alcool mais ce n'est s&#251;rement pas par philanthropie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La notion de profit limite les progr&#232;s potentiels. Les recherches concernant les semences sont faites essentiellement sur les produits d'exportation ou les produits consomm&#233;s par les pays riches. Le manioc ou autres cultures vivri&#232;res des pays pauvres n'int&#233;ressent pas ou tr&#232;s peu les centres de recherche agronomique des entreprises priv&#233;es puisque la grande masse des paysans pauvres ne constitue pas un march&#233; solvable attirant. Le capitalisme g&#226;che les immenses possibilit&#233;s scientifiques et techniques de l'humanit&#233;. Celles-ci devraient servir &#224; faire progresser la soci&#233;t&#233; alors qu'elles ne font qu'aggraver les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand une partie de la population est &#233;cart&#233;e de quasiment toute consommation, il est ind&#233;cent de mettre en avant la n&#233;cessit&#233; de diminuer la production et la consommation. Pour sortir de la contradiction apparente entre les ressources et les besoins, il faudrait que la bourgeoisie perde la direction qu'elle a sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8.8'&gt;&lt;/a&gt;Quand ils consacrent une journ&#233;e mondiale aux affam&#233;s au lieu de les nourrir&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les repr&#233;sentants de la FAO ont toutes les raisons de s'attendre &#224; une aggravation de la crise alimentaire dans l'ann&#233;e &#224; venir. Ils estiment qu'il leur faudrait trente milliards de dollars pour nourrir tous les affam&#233;s, pendant cette ann&#233;e &#224; venir. Cette somme, c'est un tiers de ce que les &#201;tats-Unis viennent de d&#233;bourser pour sauver une compagnie d'assurance. C'est une goutte d'eau par rapport aux centaines de milliards que l'ensemble des &#201;tats est en train d'injecter dans les diff&#233;rentes institutions financi&#232;res en difficult&#233; en pr&#233;tendant sauver la plan&#232;te. Alors d&#233;cr&#233;ter une journ&#233;e mondiale pour l'alimentation est d'une hypocrisie r&#233;voltante. Non seulement l'aide alimentaire est insuffisante depuis des ann&#233;es mais les grandes puissances, dont les &#201;tats-Unis qui en fournissent la moiti&#233;, s'en servent comme d'une variable d'ajustement de leur politique agricole. Avec la hausse des prix, ce sont soixante-quinze millions de personnes suppl&#233;mentaires qui sont affam&#233;es. La rapidit&#233; avec laquelle les grandes puissances se pr&#233;cipitent au chevet des banques et leur inertie devant l'urgence &#224; nourrir les millions d'affam&#233;s, provoqu&#233;s en partie par les d&#233;sordres que les financiers de la plan&#232;te ont engendr&#233;s, r&#233;sument le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; capitaliste et le condamnent&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='9'&gt;&lt;/a&gt;Quel avenir pour la situation alimentaire mondiale ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Avec l'aggravation de la crise &#233;conomique, la situation alimentaire des pays pauvres va se d&#233;grader encore plus. Mais cette crise peut entra&#238;ner un bouleversement profond de la situation alimentaire de l'ensemble de la plan&#232;te jusque et y compris les pays les plus riches o&#249; les crises alimentaires semblent un lointain souvenir. Lors de la grande d&#233;pression qui avait suivi la crise de 1929 aux &#201;tats-Unis, des millions d'Am&#233;ricains d&#233;pendaient de la soupe populaire pour leur survie. Trotsky &#233;crivait le texte intitul&#233; Le marxisme et notre &#233;poque en 1939, dix ans apr&#232;s l'effondrement de 1929 : &#171; &lt;i&gt;L'histoire rapportera que le gouvernement du pays capitaliste le plus puissant a donn&#233; des primes aux fermiers pour qu'ils arrachent ce qu'ils ont sem&#233;, c'est-&#224;-dire pour diminuer artificiellement le revenu national d&#233;j&#224; en baisse. Les r&#233;sultats parlent d'eux-m&#234;mes : en d&#233;pit de grandioses possibilit&#233;s de production, fruits de l'exp&#233;rience et de la science, l'&#233;conomie agricole ne sort pas d'une crise de putr&#233;faction, tandis que le nombre des affam&#233;s, qui constituent la majeure partie de l'humanit&#233;, continue &#224; cro&#238;tre plus vite que la population de notre plan&#232;te. Les conservateurs consid&#232;rent comme une politique sens&#233;e, humanitaire, la d&#233;fense d'un ordre social qui est tomb&#233; jusqu'&#224; un tel degr&#233; de folie destructrice, et ils condamnent la lutte pour le socialisme, la lutte contre une telle folie, comme de l'utopisme destructeur !&lt;/i&gt; &#187; Laisser le destin de l'humanit&#233; entre les mains des sp&#233;culateurs, des bourgeois avides de profit, c'est effectivement le laisser sombrer dans une folie destructrice tout autant qu'apr&#232;s 1929. Alors oui, il est d'une n&#233;cessit&#233; vitale que la soci&#233;t&#233; capitaliste laisse la place &#224; une organisation sociale bas&#233;e sur la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production et qui se fixe pour objectif la satisfaction des besoins de tous, et pas le profit d'une minorit&#233;. C'est la seule alternative &#224; la barbarie dans laquelle le capitalisme enfonce le monde.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='9.1'&gt;&lt;/a&gt;Des mesures prioritaires : l'expropriation des grands domaines&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Comment une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de la dictature de la bourgeoisie sur l'&#233;conomie pourrait-elle satisfaire les besoins &#233;l&#233;mentaires de toute la population, parmi lesquels, outre le logement, les soins et l'&#233;ducation, il y a en priorit&#233; la nourriture ? Dans tous les pays pauvres o&#249; la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re domine, une des premi&#232;res mesures serait d'exproprier leurs propri&#233;taires. Cela permettrait de mettre la terre &#224; la disposition des millions de paysans qui, aujourd'hui, en sont priv&#233;s. La r&#233;volution russe avait, en 1917, nationalis&#233; toutes les grandes propri&#233;t&#233;s qui avaient &#233;t&#233; redistribu&#233;es aux paysans sous le contr&#244;le de leurs soviets. Ce n'&#233;tait pas une mesure communiste, loin de l&#224;. Pas plus qu'elle ne le serait aujourd'hui. Mais elle donnerait &#224; des millions de paysans les moyens de se nourrir. Il faut &#233;galement faire en sorte qu'une des priorit&#233;s de l'industrie des pays riches soit de fournir &#224; prix co&#251;tants aux paysans des pays pauvres ce minimum qui leur permettrait de sortir des conditions archa&#239;ques de production. C'est-&#224;-dire leur fournir des engrais, des pompes &#224; eau, des motoculteurs et leurs pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es. Plut&#244;t que de fermer des usines dans les pays industrialis&#233;s parce que la production ne rapporte pas le taux de profit exig&#233; par les capitalistes, il faudra les faire fonctionner pour fournir &#224; prix co&#251;tant les instruments et les produits indispensables &#224; l'agriculture des pays pauvres.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='9.2'&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;organisation de l'industrie en fonction des besoins&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'organisation de l'industrie et celle de l'agriculture sont &#233;troitement li&#233;es. Rien que ces mesures simples permettraient &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance d'&#233;carter toute crise alimentaire. Insistons sur le fait que m&#234;me avec la quantit&#233; de terres arables disponibles et cultiv&#233;es avec les moyens d'aujourd'hui, toutes les estimations consid&#232;rent que la terre peut nourrir neuf milliards de personnes alors que la population actuelle est de six milliards et demi d'habitants. D&#233;barrass&#233;es des cha&#238;nes du capitalisme, de la recherche de rentabilit&#233; &#224; court terme, les sciences et les techniques progresseront &#224; un rythme inimaginable aujourd'hui. En tant que communistes, nous avons confiance en la possibilit&#233; de l'homme d'accro&#238;tre en permanence son emprise sur la nature, d'inventer des m&#233;thodes de culture nouvelles et de r&#233;volutionner par l&#224; m&#234;me la production agricole. Nous n'avons pas la pr&#233;tention de deviner comment sera organis&#233;e la production de la nourriture par une humanit&#233; d&#233;barrass&#233;e de l'exploitation, des lois du march&#233; et de la rivalit&#233; pour le profit. Disons seulement qu'il ne s'agira pas n&#233;cessairement de faire rattraper par chaque pays pauvre le retard accumul&#233; par les si&#232;cles de pillage colonialiste, puis imp&#233;rialiste. Il s'agira de faire en sorte que les richesses et les biens mat&#233;riels, issus en partie de ce pillage et accumul&#233;s dans les pays imp&#233;rialistes, puissent &#234;tre mis au service de l'ensemble de l'humanit&#233;. Rendre les terres plus productives r&#233;duira, bien s&#251;r, le nombre de paysans. Mais, dans une organisation &#233;conomique rationnelle, il y aura un autre choix que de crever de mis&#232;re dans son village ou la fuite &#233;perdue et si souvent mortelle vers les pays riches. Et puis l'avenir du paysan africain, par exemple, n'est pas de cultiver la terre avec la daba, la houe africaine, m&#234;me en disposant de pompes &#224; eau ou d'engrais. Les paysans abandonneront la production agricole d'autant plus volontiers qu'ils pourront trouver leur place dans d'autres activit&#233;s et quitter le repliement et la coupure que la position d'agriculteur pauvre d'aujourd'hui implique. La vie de ceux qui, disposant de moyens modernes, resteront dans l'agriculture se rapprochera de celle des citadins, comme c'est le cas de la majorit&#233; des agriculteurs des pays d&#233;velopp&#233;s. Ce sont les lois de l'&#233;conomie capitaliste qui font que ceux qui, aujourd'hui, quittent les campagnes dans les pays pauvres, ne trouvent dans les villes de leur pays que le ch&#244;mage et la mis&#232;re des bidonvilles.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='9.3'&gt;&lt;/a&gt;L'organisation de la production agricole en fonction des besoins et par des choix conscients&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans une &#233;conomie rationnellement organis&#233;e, on r&#233;partira le travail entre tous. Les am&#233;liorations de productivit&#233; ne serviront pas &#224; accumuler toujours plus de profit revenant en boomerang sous forme de catastrophe financi&#232;re. Elles serviront &#224; r&#233;duire le temps de travail pour tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'humanit&#233; continuera &#224; &#234;tre confront&#233;e &#224; des choix entre grandes orientations. Mais ces choix, la collectivit&#233; pourra les faire consciemment et d&#233;mocratiquement. La question se posera, par exemple, de savoir dans quelle mesure on d&#233;veloppe l'agriculture locale et r&#233;gionale, avec sa production sp&#233;cifique, et dans quelle mesure, pour certains produits, on concentre la production avec les moyens les plus modernes pour produire &#224; grande &#233;chelle. En d'autres termes, m&#234;me si la population continue &#224; augmenter, l'avenir n'est pas forc&#233;ment de d&#233;fricher des zones encore non cultiv&#233;es, de r&#233;duire, par exemple, la for&#234;t tropicale comme cela se pratique aujourd'hui, de mani&#232;re sauvage et incontr&#244;l&#233;e, de l'Amazonie &#224; la Papouasie-Nouvelle-Guin&#233;e, en passant par l'Afrique. On pourra m&#234;me, sans doute, reboiser des zones dont le capitalisme sauvage a d&#233;truit les for&#234;ts et rendre &#224; la nature des r&#233;gions enti&#232;res pour pr&#233;server la biodiversit&#233; et offrir aux hommes la possibilit&#233; et le plaisir d'un contact avec la nature pr&#233;serv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est seulement alors que l'&#233;cologie pourrait cesser d'&#234;tre une pr&#233;occupation impuissante pour petits-bourgeois qui n'ont pas de probl&#232;mes de survie quotidienne, pour devenir un &#233;l&#233;ment des choix conscients que la collectivit&#233; aura &#224; faire. Et puis, nous ne savons pas non plus de quelle fa&#231;on se r&#233;aliseront les pr&#233;visions des premiers communistes, Marx et Engels en t&#234;te, concernant la disparition de la diff&#233;rence entre les villes et les campagnes, celle de la division du travail qui demeurera sans doute, mais qui n'emprisonnera plus chaque &#234;tre humain dans un seul type d'activit&#233; tout au long de sa vie. Ce que nous pouvons assurer en tout cas, sans jouer aux devins, c'est que, dans une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de la dictature du capital, sauf catastrophe cosmique, plus personne ne souffrira de la faim. La nourriture sera, comme l'air qu'on respire, ce qu'elle devrait &#234;tre : un droit naturel pour tout &#234;tre du simple fait de son appartenance &#224; la collectivit&#233; humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Au-del&#224; de la crise actuelle, la faillite des solutions bourgeoises &#224; la crise du logement </title>
	
	
	
	

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				111 Dans le Journal ind&#233;pendant de Neuilly d'avril dernier, on pouvait lire cette annonce : &#171; Pont de Neuilly, dans impasse priv&#233;e, bel h&#244;tel particulier en pierre de taille sur 3 niveaux. Double s&#233;jour, salon d'hiver et 5 chambres. Sous-sol am&#233;nag&#233;. Jardins de 100 m&#232;tres carr&#233;. Service. Cave &#224; vins et parkings, 3 500 000 euros &#187;. Ou encore celle-ci : &#171; Dans bel immeuble r&#233;cent, appartement de 213 m&#232;tres carr&#233;s sur jardins. Double s&#233;jour, salle &#224; manger et 3 chambres dont une suite parentale. Belles (...)
			


			
			
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			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Journal ind&#233;pendant de Neuilly&lt;/i&gt; d'avril dernier, on pouvait lire cette annonce : &#171; &lt;i&gt;Pont de Neuilly, dans impasse priv&#233;e, bel h&#244;tel particulier en pierre de taille sur 3 niveaux. Double s&#233;jour, salon d'hiver et 5 chambres. Sous-sol am&#233;nag&#233;. Jardins de 100 m&#232;tres carr&#233;. Service. Cave &#224; vins et parkings, 3 500 000 euros&lt;/i&gt; &#187;. Ou encore celle-ci : &#171; &lt;i&gt;Dans bel immeuble r&#233;cent, appartement de 213 m&#232;tres carr&#233;s sur jardins. Double s&#233;jour, salle &#224; manger et 3 chambres dont une suite parentale. Belles prestations. 2 parkings. 1 795 000 euros&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un mois plus t&#244;t, le Journal du Dimanche rapportait la situation suivante, &#224; Paris : &#171; &lt;i&gt;C'est souvent une porte discr&#232;te, une entr&#233;e devant laquelle on passe sans m&#234;me s'en apercevoir. Eux, ils s'y faufilent rapidement, descendent quelques marches sombres et lugubres, s'engouffrent dans les sous-sols de l'immeuble et se terrent dans une cave minuscule, priv&#233;e de fen&#234;tre, a&#233;r&#233;e, au mieux, gr&#226;ce &#224; un soupirail. Une pi&#232;ce enti&#232;rement am&#233;nag&#233;e parfois, avec douche et &#233;vier, matelas et t&#233;l&#233;. Un espace dans lequel, faute de mieux, des hommes, des femmes, des familles enti&#232;res n'ont d'autre choix que d'essayer de vivre. (&#8230;) Superficie 10 m&#232;tres carr&#233;s, loyer 390 euros.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont l&#224; les deux bouts d'un m&#234;me march&#233; avec, d'un c&#244;t&#233;, l'immobilier qui n'a jamais &#233;t&#233; aussi florissant depuis vingt ans, et de l'autre une crise du logement dramatique qui touche toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'apr&#232;s la fondation Abb&#233;-Pierre, on compte aujourd'hui plus de trois millions de mal-log&#233;s, dont un million sont priv&#233;s de domicile personnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les incendies d'immeubles insalubres, les expulsions de squats, les d&#233;c&#232;s de sans-abri, morts de froid dans la rue ou dans leur voiture, ont rappel&#233; le drame que constitue la crise du logement pour des centaines de milliers de familles. Les campements, le retour des bidonvilles et le d&#233;veloppement des h&#233;bergements en camping, sont des situations d&#233;sormais courantes. Un march&#233; de la mis&#232;re prosp&#232;re avec la location de chambres, de meubl&#233;s insalubres, de combles et m&#234;me de caves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une majorit&#233; de mal-log&#233;s habitent dans des centres d'h&#233;bergement, dans la famille, chez des voisins ou des amis dans des appartements surpeupl&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mot SDF, pour &#171; sans domicile fixe &#187;, est entr&#233; dans le vocabulaire courant, &#224; ceci pr&#232;s que celles et ceux qu'il d&#233;signe n'ont pas de domicile du tout. Et, fait nouveau, de nombreux salari&#233;s sont SDF, comme ces employ&#233;s de la Ville de Paris qui, malgr&#233; tous les dossiers d&#233;pos&#233;s aupr&#232;s des offices HLM, ont d&#251; loger des ann&#233;es dans des camionnettes ou s'organiser un abri au fond de certains jardins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'envol&#233;e des prix de l'immobilier, conjugu&#233;e au ch&#244;mage, &#224; la pr&#233;carit&#233; et aux bas revenus des travailleurs, explique en grande partie le tour dramatique que la crise du logement a pris ces derni&#232;res ann&#233;es.
Face au retentissement m&#233;diatique des campements de SDF sur les berges du canal Saint-Martin, le gouvernement a vot&#233; la loi dite Dalo, sur le droit au logement opposable, mais il est bien plus facile de voter une loi que de construire les logements corrects &#224; la port&#233;e des classes populaires !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et tant que le gouvernement refusera, comme il le fait, de construire en masse, la crise aura de beaux jours devant elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais au del&#224; de la p&#233;nurie actuelle, d'o&#249; provient la crise du logement ? Comment est-elle n&#233;e ? La bourgeoisie est-elle en mesure d'y apporter une solution ? C'est &#224; toutes ces questions que nous voulons r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;flottedroite&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;1815-1889 : le capitalisme g&#233;n&#233;ralise les taudis&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;La &#171; question du logement &#187; pos&#233;e par la r&#233;volution industrielle&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans toutes les soci&#233;t&#233;s de classes, de l'Antiquit&#233; &#224; nos jours, les exploit&#233;s ont &#233;t&#233; log&#233;s dans des conditions abominables. Pour le Moyen &#194;ge, on parle de chaumi&#232;res mais c'est encore beaucoup dire : nombre de paysans ne furent gu&#232;re mieux log&#233;s que le b&#233;tail, quand ce n'&#233;tait pas avec lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le capitalisme n'a pas invent&#233; les taudis. Mais il a port&#233; le probl&#232;me du logement au niveau de catastrophe sociale. Il a permis au confort de faire un bond extraordinaire pour la fraction riche de la soci&#233;t&#233;, tout en rendant le logement de la grande masse des travailleurs encore plus difficile, plus incertain et plus pr&#233;caire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;volution industrielle a boulevers&#233; la vie de millions de personnes et, en concentrant dans des grandes villes des centaines de milliers d'habitants, elle a provoqu&#233; une v&#233;ritable r&#233;gression en mati&#232;re de logement. Cette r&#233;volution industrielle a commenc&#233; en Grande-Bretagne, c'est donc l&#224; que l'urbanisation fut la plus pr&#233;coce. Friedrich Engels rendit compte de ce bouleversement en 1844 dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre : &#171; &lt;i&gt;L'histoire de l'industrie anglaise dans les soixante derni&#232;res ann&#233;es est une histoire qui n'a pas d'&#233;quivalent dans les annales de l'humanit&#233;. Il y a soixante ou quatre-vingts ans, l'Angleterre &#233;tait un pays comme tous les autres, avec de petites villes, une industrie peu importante et &#233;l&#233;mentaire, une population rurale clairsem&#233;e, mais relativement importante ; et c'est maintenant un pays sans pareil, avec une capitale de deux millions et demi d'habitants, des villes industrielles colossales, une industrie qui alimente le monde entier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un demi-si&#232;cle plus tard, ce fut le tour de Paris ou de Vienne, le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne d'urbanisation se reproduisant parfois de fa&#231;on plus rapide et plus radicale encore. Par exemple, Berlin ne comptait que 700 000 habitants en 1867, mais pr&#232;s de quatre millions en 1913.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, les lois du capitalisme s'imposent &#224; toute la plan&#232;te et bouleversent jusqu'&#224; l'&#233;conomie du village le plus retir&#233; d'Afrique ou d'Asie, d'o&#249; les populations sont chass&#233;es par la mis&#232;re ou par les guerres. Le rythme d'urbanisation que conna&#238;t le Tiers Monde aujourd'hui est sans commune mesure avec celui que connut l'Angleterre au XIXe si&#232;cle. Si la population de Londres fut multipli&#233;e par sept en un si&#232;cle, celles de Dacca, Kinshasa, Lagos ont &#233;t&#233; multipli&#233;es par quarante en cinquante ans. Les migrants de 1850 qui &#233;chouaient dans les taudis de Manchester ou de Berlin avaient une chance d'y trouver aussi du travail, car il y avait du travail dans l'industrie ; les ruraux qui, aujourd'hui, &#233;chouent, eux, dans les bidonvilles de Nairobi, du Caire ou de Calcutta n'y trouvent que la mis&#232;re. &#192; l'&#233;chelle de toute la plan&#232;te, le capitalisme fut et continue d'&#234;tre une gigantesque machine &#224; d&#233;raciner les ruraux. C'est ce processus qui commen&#231;a au d&#233;but du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;Les taudis, un produit naturel du capitalisme &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement des bagnes industriels et les chemins de fer, l'urbanisation fut l'un des aspects les plus frappants du XIXe si&#232;cle. Et elle s'accompagna partout d'une crise aigu&#235; du logement. L'afflux de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants dans les villes aiguisait l'app&#233;tit des propri&#233;taires et des constructeurs. Ils utilisaient tous les espaces laiss&#233;s vacants dans les vieux centres-ville, ils y b&#226;tissaient de nouvelles maisons, &#233;levaient de nouveaux &#233;tages. Lorsqu'ils avaient une grande pi&#232;ce, ils montaient des cloisons de fa&#231;on &#224; en faire plusieurs logements. Ils louaient les cours, les greniers et les caves. En 1844, &#224; Liverpool un cinqui&#232;me de la population, soit plus de 45 000 personnes, habitaient dans des caves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Angleterre, les promoteurs construisaient de nouveaux quartiers ouvriers &#224; c&#244;t&#233; des usines. Mais il faut voir comment ! Engels fit la description d'un de ces quartiers, la Petite Irlande, &#224; Manchester : &#171; &lt;i&gt;La population qui vit dans ces cottages d&#233;labr&#233;s, derri&#232;re ces fen&#234;tres bris&#233;es et sur lesquelles on a coll&#233; du papier huil&#233;, et ces portes fendues aux montants pourris, voire dans ces caves humides et sombres, au milieu de cette salet&#233; et de cette puanteur sans bornes, dans cette atmosph&#232;re qui semble intentionnellement renferm&#233;e, cette population doit r&#233;ellement se situer &#224; l'&#233;chelon le plus bas de l'humanit&#233; ; telle est l'impression et la conclusion qu'impose au visiteur l'aspect de ce quartier vu de l'ext&#233;rieur. Mais que dire quand on apprend que, dans chacune de ces petites maisons, qui ont tout au plus deux pi&#232;ces et un grenier, parfois une cave, habitent vingt personnes, que dans tout ce quartier, il n'y a qu'un cabinet - le plus souvent inabordable bien s&#251;r - pour 120 personnes environ.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Berlin, la crise du logement fut aussi massive et brutale que l'urbanisation. En 1872, les hausses de loyers &#233;taient telles que deux cent mille Berlinois durent abandonner leur logement. Certains s'install&#232;rent dans de vieux wagons d&#233;saffect&#233;s, d'autres sous des tentes ou dans des baraquements. Ceux qui ne pouvaient pas louer une pi&#232;ce louaient un lit, pour huit heures, ce qui fait qu'un m&#234;me lit pouvait faire dormir trois travailleurs par roulement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; aussi la bourgeoisie construisit pour les ouvriers. Ce furent les Mietskasernen, litt&#233;ralement les &#171; casernes locatives &#187;, de grands immeubles de sept &#233;tages qui entassaient autant de logements qu'il &#233;tait possible d'en faire. Malgr&#233; l'exigu&#239;t&#233; des logements, le manque d'a&#233;ration, plusieurs personnes s'entassaient dans une seule pi&#232;ce. &#192; Vienne, la situation &#233;tait semblable. La militante socialiste Adelheid Popp en a t&#233;moign&#233; : &#171; &lt;i&gt;Nous lou&#226;mes une pi&#232;ce o&#249; nous &#233;tions seules, ma m&#232;re et moi. Mon plus jeune fr&#232;re revint loger &#224; la maison et amena un camarade qui partagea son lit. Nous &#233;tions donc quatre personnes dans une petite chambre qui n'avait pas m&#234;me de fen&#234;tres et qui ne recevait le jour que par une porte vitr&#233;e. Une domestique de notre connaissance se trouvant sans place vint aussi chez nous. Elle coucha dans le m&#234;me lit que ma m&#232;re, tandis que j'&#233;tais &#233;tendue &#224; leurs pieds, soutenant les miens au moyen d'une chaise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'avidit&#233; des promoteurs d&#233;fiait les lois de la construction &#224; tel point que les effondrements d'immeubles &#233;taient courants en Allemagne dans les ann&#233;es 1870-1880. Mais ce ne fut pas exceptionnel : &#224; la m&#234;me &#233;poque, Engels raconte qu'on construisait &#224; Manchester avec tellement d'&#233;conomies que les maisons tremblaient au passage d'une charrette et que chaque jour certaines s'effondraient. En 1890, &#224; Berlin, au plus fort de l'industrialisation, cent mille personnes habitaient dans des caves. Face &#224; cette r&#233;gression sans pr&#233;c&#233;dent, Heinrich Zille, un dessinateur du petit peuple berlinois de l'&#233;poque, r&#233;suma la situation ainsi : &#171; &lt;i&gt;On peut tuer un &#234;tre humain aussi s&#251;rement avec un logement qu'avec une hache.&lt;/i&gt; &#187; Oui, les taudis tuaient, de mort lente le plus souvent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'industrie avait port&#233; les forces productives &#224; un niveau in&#233;dit, il n'y avait jamais eu autant de constructions, autant de richesses produites, autant de progr&#232;s techniques r&#233;alis&#233;s. Mais tous ces progr&#232;s se nourrissaient de l'exploitation la plus violente et de la d&#233;gradation de la situation mat&#233;rielle et morale du prol&#233;tariat. Engels d&#233;non&#231;ait : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a que l'industrie pour permettre aux propri&#233;taires de ces &#233;tables de les louer au prix fort comme logis &#224; des &#234;tres humains, d'exploiter la mis&#232;re des ouvriers, de miner la sant&#233; de milliers de personnes pour son seul profit ; il n'y a que l'industrie pour avoir fait que le travailleur &#224; peine lib&#233;r&#233; du servage ait pu &#234;tre &#224; nouveau utilis&#233; comme simple mat&#233;riel, comme une chose, au point qu'il lui faille se laisser enfermer dans un logement trop mauvais pour n'importe qui d'autre et que le propri&#233;taire a le droit de laisser tomber compl&#232;tement en ruines en &#233;change de ses gros sous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les taudis furent le compl&#233;ment naturel de la surexploitation patronale. Apr&#232;s avoir pay&#233; pour se nourrir, il ne restait plus grand-chose &#224; la famille ouvri&#232;re pour le loyer. Ce pas grand-chose, cette mis&#232;re infinie, eh bien il y eut des affairistes et des rentiers pour se l'accaparer en louant tout ce qui pouvait servir d'abri. La g&#233;n&#233;ralisation des taudis fut la premi&#232;re solution de la bourgeoisie &#224; la question du logement ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.3'&gt;&lt;/a&gt;Les taudis, un danger pour la bourgeoisie elle-m&#234;me&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Cela finit cependant par poser un probl&#232;me pour la bourgeoisie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces villes qui grandissaient tr&#232;s vite, sans plan ni contr&#244;le, sans assainissement, sans l'approvisionnement en eau, furent aussi un pi&#232;ge pour la bourgeoisie. &#192; Paris, dans les ann&#233;es 1840, le m&#233;decin Dulary avertit : &#171; Ces mis&#232;res, elles vous atteignent : les miasmes exhal&#233;s des habitations des pauvres se r&#233;pandent dans toute la ville, et vous les respirez incessamment m&#234;l&#233;s &#224; ceux des ruisseaux et des cloaques de toutes sortes &#187;. De fait, les maladies contagieuses, comme le typhus, que l'on croyait disparues revinrent. En 1831, une &#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra balaya tout le continent de Marseille &#224; Saint-P&#233;tersbourg. En 1849 une nouvelle vague fit pr&#232;s de vingt mille victimes &#224; Paris, dont le mar&#233;chal Bugeaud, de retour de la guerre de conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie - le chol&#233;ra ne faisait pas de diff&#233;rence entre bourgeois et prol&#233;taires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est difficile de dire quel &#233;tait, entre le chol&#233;ra et la classe ouvri&#232;re, le danger qui inqui&#233;tait le plus la bourgeoisie. Car la peur de l'insurrection devint quasi permanente. 1831 et 1834 furent marqu&#233;es par les deux soul&#232;vements des canuts, les ouvriers tisserands de la soie &#224; Lyon. Trente mille ouvriers concentr&#233;s dans deux ou trois quartiers prirent le contr&#244;le de la ville. Il fallut faire venir vingt mille hommes de troupe pour que la bourgeoisie en reprenne le contr&#244;le. En 1844, il y eut les &#233;meutes des tisserands de Sil&#233;sie. Au cours des journ&#233;es r&#233;volutionnaires de juin 1848 &#224; Paris, les ouvriers contr&#244;l&#232;rent une partie de la ville. Et dans ces m&#234;mes ann&#233;es, en Grande-Bretagne, le chartisme, le mouvement qui se battait pour l'&#233;mancipation politique des travailleurs, organisait des p&#233;titions monstres, des meetings de masse et des manifestations. Des &#233;meutes, et m&#234;me une insurrection arm&#233;e ponctu&#232;rent ces ann&#233;es de lutte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La perception que la bourgeoisie avait du prol&#233;tariat changea. Depuis des ann&#233;es elle voyait s'installer &#224; sa porte une foule de prol&#233;taires mis&#233;rables, rendus rachitiques et malades par l'exploitation et la mis&#232;re, une race &#224; part, des &#171; sauvages &#187; aux yeux des bourgeois. Mais, dans les ann&#233;es 1840, la bourgeoisie d&#233;couvrit qu'il ne s'agissait pas seulement d'une masse informe &#224; moiti&#233; morte de faim, mais d'une classe sociale capable de s'organiser et de tenir t&#234;te &#224; la troupe.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.4'&gt;&lt;/a&gt;Les grands travaux d'Haussmann ou comment repousser le probl&#232;me&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour la bourgeoisie, les pauvres &#233;taient un danger, il fallait les chasser de la ville et les taudis devaient &#234;tre ras&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La loi du march&#233; et l'app&#233;tit des capitalistes poussaient aussi dans ce sens, comme Engels l'expliqua dans La question du logement, en 1872 : &#171; &lt;i&gt;L'extension des grandes villes modernes conf&#232;re au terrain, dans certains quartiers, surtout dans ceux situ&#233;s au centre, une valeur artificielle, croissant parfois dans d'&#233;normes proportions ; les constructions qui y sont &#233;difi&#233;es, au lieu de rehausser cette valeur, l'abaissent plut&#244;t, parce qu'elles ne r&#233;pondent plus aux conditions nouvelles ; on les d&#233;molit donc et on les remplace par d'autres. Ceci a surtout lieu pour les logements ouvriers qui sont situ&#233;s au centre et dont le loyer, m&#234;me dans les maisons surpeupl&#233;es, ne peut jamais, ou du moins qu'avec une extr&#234;me lenteur, d&#233;passer un certain maximum. On les d&#233;molit et &#224; leur place on construit des boutiques, des grands magasins, des b&#226;timents publics.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Paris, ceci fut r&#233;alis&#233; par Haussmann sous le Second Empire, entre 1852 et 1870. &#192; la place des &#238;lots insalubres, on construisit deux cents kilom&#232;tres d'immeubles bourgeois, dont certains avec salle de bain. Des grands magasins, des halles, des th&#233;&#226;tres, des gares et des parcs furent construits. L'&#233;clairage public et les &#233;gouts furent install&#233;s. Gr&#226;ce aux grands boulevards, les charges de cavalerie et les tirs de canons devinrent plus ais&#233;s et le danger des barricades disparut. Paris fut tout simplement rendu &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fraction nouvelle de cette classe tira profit des travaux d'Haussmann en participant &#224; la gigantesque sp&#233;culation fonci&#232;re. &#192; l'image d'Aristide Saccard, le h&#233;ro du roman de Zola La Cur&#233;e, les sp&#233;culateurs graissaient la patte de fonctionnaires pour conna&#238;tre avant les autres le trac&#233; des nouvelles avenues. Ils achetaient pour une bouch&#233;e de pain les immeubles que la ville allait &#234;tre forc&#233;e de racheter quelques mois plus tard au prix fort. Des fortunes gigantesques s'&#233;difi&#232;rent ainsi en quelques ann&#233;es et, selon les quartiers, les loyers augment&#232;rent de 20 &#224; 25 %.
Les ouvriers, artisans, employ&#233;s ou petits fonctionnaires incapables de payer de tels loyers furent refoul&#233;s plus loin. Ils rejoignaient les faubourgs que l'on prenait soin d'entourer de casernes. Les quartiers encore peu urbanis&#233;s, comme Charonne &#224; Paris, se couvraient de constructions de fortune, moiti&#233; en planches, moiti&#233; en pl&#226;tras, lou&#233;es &#224; la semaine.
Quant aux travailleurs qui restaient dans le centre de Paris, ils se tassaient encore un peu plus dans les &#238;lots &#233;pargn&#233;s par les travaux. Ces rues devinrent des enclaves ouvri&#232;res, les &#171; bas-fonds &#187; de Paris o&#249; les indigents trouvaient refuge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec les m&#234;mes grands travaux, le m&#234;me processus d'exclusion se produisit &#224; Londres, Manchester, Liverpool, &#224; Berlin, Vienne, Lyon ou Marseille. Mais plut&#244;t que d'apporter une solution &#224; la crise du logement ouvrier, ils ne firent que repousser le probl&#232;me un peu plus loin.
Voici comment Engels jugeait l'action de Haussmann : &#171; &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, la bourgeoisie n'a qu'une m&#233;thode pour r&#233;soudre la question du logement &#224; sa mani&#232;re - ce qui veut dire : la r&#233;soudre de telle fa&#231;on que la solution engendre toujours &#224; nouveau la question. Cette m&#233;thode porte un nom, celui de &#171; Haussmann &#187;. (&#8230;) Quel qu'en soit le motif, le r&#233;sultat est partout le m&#234;me : les ruelles et les impasses les plus scandaleuses disparaissent et la bourgeoisie se glorifie hautement de cet immense succ&#232;s - mais ruelles et impasses resurgissent aussit&#244;t ailleurs et souvent dans le voisinage imm&#233;diat.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les villes, la bourgeoisie fut incapable de r&#233;soudre la question du logement ouvrier, mais en milieu rural la question se posa bien diff&#233;remment.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.5'&gt;&lt;/a&gt;Les cit&#233;s ouvri&#232;res : une r&#233;ponse sp&#233;cifique&#8230; aux pr&#233;occupations de la bourgeoisie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Certaines industries s'&#233;taient install&#233;es en rase campagne, autour de bassins miniers par exemple. Et elles manquaient de main-d'oeuvre. Les industriels devaient non seulement faire venir &#224; eux la main-d'oeuvre mais aussi la garder. Les ouvriers ne se r&#233;signaient pas &#224; la condition d'esclaves industriels, que ce soit dans les mines ou dans les forges, et garder un ouvrier plus de deux ou trois ans &#233;tait rare pour un patron. Alors pour le retenir, pour le fixer avec sa famille, les Wendel en Lorraine, les Schneider au Creusot, les Dollfuss &#224; Mulhouse, les Menier &#224; Noisiel comme les Krupp et les Thyssen dans la Ruhr construisirent des logements ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart du temps, il s'agissait d'une petite maison de deux pi&#232;ces, lou&#233;e ou propos&#233;e &#224; l'achat aux meilleurs ouvriers de l'usine. Presque &#224; chaque fois il y avait un jardin auquel le patron tenait autant que l'ouvrier lui-m&#234;me, parce qu'il apportait une sorte de compl&#233;ment au salaire que le patron n'avait pas &#224; payer. En Allemagne, Thyssen alla jusqu'&#224; mettre des &#233;tables &#224; disposition des ouvriers, pour qu'ils &#233;l&#232;vent des ch&#232;vres et des cochons en dehors de leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cit&#233; ouvri&#232;re fut une arme dans la strat&#233;gie paternaliste. Suivant la politique suivie par les patrons locaux, les avantages offerts par les cit&#233;s ouvri&#232;res &#233;taient plus ou moins importants. Mais elles &#233;taient toutes con&#231;ues pour vivre en harmonie avec l'&#233;glise, parfois avec l'&#233;cole et le magasin maison o&#249; le patron reprenait une grande partie du salaire vers&#233;. Le patron pouvait contr&#244;ler toute la vie de l'ouvrier, ses loisirs, ses lectures, ses fr&#233;quentations et ses d&#233;placements. &#192; tout moment, le logement ouvrier pouvait &#234;tre visit&#233; et contr&#244;l&#233;. &#192; Carmaux, la pression patronale &#233;tait telle que la compagnie eut du mal &#224; trouver les locataires : les mineurs install&#233;s depuis suffisamment longtemps dans la r&#233;gion se d&#233;brouillaient pour loger ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En encadrant ainsi les familles ouvri&#232;res, les industriels esp&#233;raient se doter d'une main-d'oeuvre stable, disciplin&#233;e et respectueuse. Tout ouvrier qui revendiquait savait qu'en plus de perdre son travail, il pouvait aussi se retrouver sans toit, lui et sa famille. Mais cela n'emp&#234;cha pas les grandes gr&#232;ves comme celle des mineurs d'Anzin en 1884, dont Zola s'est inspir&#233; pour &#233;crire Germinal.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.6'&gt;&lt;/a&gt;Une solution utopique au probl&#232;me du logement ouvrier&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ces initiatives patronales, l'une se distingua. On &#233;tait &#224; une &#233;poque, un autre temps o&#249;, parmi les patrons, il y en avait encore qui partageaient des id&#233;es de fraternit&#233;. L'Anglais Robert Owen fut un des rares industriels &#224; avoir &#233;pous&#233; les id&#233;es du socialisme utopique. En France, il y eut aussi Godin, l'inventeur des po&#234;les en fonte. Il construisit autour des ann&#233;es 1860 un palais social pour ses ouvriers &#224; Guise, au bord de l'Aisne. &#192; l'inverse des autres patrons, Godin voulait pour ses ouvriers non pas du logement au rabais, mais ce qui existait de plus moderne ; non pas un logement qui encha&#238;ne l'ouvrier et sa famille, mais un logement qui lib&#232;re ; non pas des maisons individuelles, mais des logements collectifs qui favorisent la vie communautaire. Et il mit l'argent n&#233;cessaire pour r&#233;aliser son projet. Dans son palais social, qu'il baptisa le &#171; familist&#232;re &#187;, les logements &#233;taient spacieux, lumineux, a&#233;r&#233;s : un paradis pour l'&#233;poque.
Godin avait construit une laverie, un s&#233;choir, une pouponni&#232;re, de fa&#231;on &#224; ce que les femmes soient libres d'exercer elles aussi une activit&#233; professionnelle. En plus d'une &#233;cole mixte et gratuite jusqu'&#224; 14 ans, le familist&#232;re comprenait une biblioth&#232;que, un th&#233;&#226;tre, des jardins et m&#234;me une piscine dont le fond &#233;tait r&#233;glable en hauteur pour permettre l'apprentissage de la natation aux enfants ! Mais il n'y avait pas d'&#233;glise et personne ne s'en plaignit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme les Schneider ou les Wendel, Godin exer&#231;ait un contr&#244;le moral et philosophique sur la cit&#233;. Mais au lieu de diffuser les id&#233;es conservatrices et religieuses du patronat, il voulait transmettre sa foi dans le travail et dans la vie collective. La solution au probl&#232;me du logement que Godin a exp&#233;riment&#233;e &#233;tait une solution individuelle, la solution d'un militant qui avait suffisamment d'argent pour renverser les obstacles mais qui &#233;tait &#224; contre-courant de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Et, faut-il le pr&#233;ciser, Godin ne fit pas d'&#233;mules !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la bourgeoisie industrielle install&#233;e en milieu rural put construire elle-m&#234;me pour ses ouvriers et les contr&#244;ler &#233;troitement, cette solution &#233;tait difficile &#224; mettre en oeuvre dans les grandes villes, o&#249; le probl&#232;me du logement s'aggrava au rythme de la concentration urbaine.
Pour suivre plus en d&#233;tail son d&#233;veloppement, nous nous int&#233;resserons plus particuli&#232;rement au cas de la France o&#249; la r&#233;gion parisienne, qui est de loin la plus grande concentration de travailleurs du pays, joue un r&#244;le central.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;page|1&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;1889-1918 : la bourgeoisie, impuissante &#224; trouver une solution, se tourne vers l'&#201;tat&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;Le mouvement ouvrier prend en charge la protestation&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; Paris, dans les ann&#233;es 1880-1890, le surpeuplement &#233;tait extr&#234;me ; les cours et les jardins disparaissaient. De plus en plus nombreux, les h&#244;tels meubl&#233;s h&#233;bergeaient les derniers arriv&#233;s, ouvriers belges, polonais, italiens et provinciaux. Les loyers &#233;taient devenus insoutenables. Le propri&#233;taire, surnomm&#233; &#171; Monsieur Vautour &#187;, ainsi que le concierge devinrent les b&#234;tes noires des quartiers ouvriers. Les loyers &#233;taient payables par trimestre et, &#224; l'arriv&#233;e du terme, les d&#233;m&#233;nagements &#224; la cloche de bois &#233;taient nombreux, un grand dam du propri&#233;taire.
Les anarchistes qui avaient cr&#233;&#233; la &#171; ligue des anti-proprios &#187; prot&#233;geaient et encourageaient ces d&#233;m&#233;nagements. Quand ils le purent, ils les transform&#232;rent en de v&#233;ritables manifestations, fanfare en t&#234;te. Les partis socialistes qui s'organisaient &#224; ce moment-l&#224; s'empar&#232;rent aussi de la question. En 1882, au conseil municipal de Paris, des &#233;lus socialistes regroup&#233;s autour de Paul Brousse, qui &#233;taient appel&#233;s les &#171; possibilistes &#187;, demand&#232;rent la municipalisation du sol, l'expropriation de certains immeubles et la construction d'habitations pour les ouvriers. La m&#234;me ann&#233;e, les partisans du socialiste Jules Guesde firent une campagne de p&#233;titions qui demandaient une loi imposant la baisse autoritaire des loyers.
&#192; cette p&#233;riode, le pays se couvrit de Bourses du travail, le premier mai devint une journ&#233;e de lutte pour tous les ouvriers du pays. Des gr&#232;ves importantes eurent un retentissement national, comme celle de Decazeville dans l'Aveyron en 1886 ou celle des mineurs de Carmaux, en 1892, qui fut soutenue par Jaur&#232;s. La bourgeoisie r&#233;prima violemment chacune de ces luttes, elle g&#234;na par tous les moyens possibles l'organisation des travailleurs, dans les syndicats, dans les partis politiques. Mais celle-ci ne fit que progresser. La r&#233;pression ne suffisant pas &#224; combattre l'influence des socialistes, une fraction de la bourgeoisie consentit &#224; quelques r&#233;formes sociales.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;L'accession &#224; la propri&#233;t&#233; vue comme une solution au logement ouvrier et aux conflits sociaux&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La question du logement &#233;tait au coeur de ces r&#233;formes. Certains bourgeois &#233;taient convaincus qu'il suffirait de r&#233;soudre le probl&#232;me du logement ouvrier pour mettre fin &#224; la lutte de classe et &#233;liminer le socialisme. Leur solution tenait dans une formule simple : l'accession &#224; la propri&#233;t&#233; pour les ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, ce furent des proches de Jules Ferry qui d&#233;fendirent cette politique. Il y avait d'une part Georges Picot, celui-l&#224; m&#234;me qui devait signer les accords secrets Sykes-Picot de 1916 pr&#233;voyant le partage du Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne. D'autre part, Jules Siegfried, maire, d&#233;put&#233;, s&#233;nateur puis en 1892 ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies, ce qui ne devait pas &#234;tre une mauvaise chose pour les affaires de ce gros n&#233;gociant en coton. Voil&#224; nos deux fervents d&#233;fenseurs de &#171; l'&#233;conomie sociale &#187;. Ils ne cachaient pas leur but ultime. Georges Picot intitula d'ailleurs un de ses ouvrages : La lutte contre le socialisme r&#233;volutionnaire. Et voici comment Jules Siegfried s'adressait &#224; ses amis capitalistes : &#171; &lt;i&gt;Voulons-nous faire &#224; la fois des gens heureux et des vrais conservateurs, voulons-nous combattre en m&#234;me temps la mis&#232;re et les erreurs socialistes, voulons-nous augmenter les garanties d'ordre, de moralit&#233;, de mod&#233;ration politique et sociale ? Cr&#233;ons les cit&#233;s ouvri&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Ils attendaient des miracles de l'accession &#224; la propri&#233;t&#233; : &#171; Avec une maisonnette et un jardin, on fait de l'ouvrier un chef de famille vraiment digne de ce nom, c'est-&#224;-dire moral et pr&#233;voyant, se sentant des racines et ayant autorit&#233; sur les siens. C'est bient&#244;t la maison qui le poss&#232;de, et le moralise, l'assied, le transforme. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre &#233;conomiste, autrichien cette fois, Emil Sax, allait encore plus loin : &#171; &lt;i&gt;Le travailleur, expos&#233; aujourd'hui sans d&#233;fense aux variations de la conjoncture, dans la d&#233;pendance perp&#233;tuelle de son patron, serait par la possession de sa maison lib&#233;r&#233; de cette situation pr&#233;caire, il deviendrait &#171; un capitaliste &#187; et serait assur&#233; contre les risques du ch&#244;mage ou de l'incapacit&#233; de travail, gr&#226;ce au cr&#233;dit foncier qui en cons&#233;quence lui serait ouvert. Il s'&#233;l&#232;verait ainsi de la classe des non-poss&#233;dants &#224; celle des poss&#233;dants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un moyen pour combattre la lutte de classe, la propri&#233;t&#233; de la maison est devenue le moyen de faire dispara&#238;tre les classes sociales elles-m&#234;mes&#8230; quel miracle ! Mais pour que le miracle devienne r&#233;alit&#233;, encore fallait-il que leurs amis capitalistes veuillent bien construire lesdites maisons et faire cr&#233;dit aux ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt;De l'accession &#224; la propri&#233;t&#233;&#8230; aux &#171; habitations &#224; bon march&#233; &#187;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour encourager les capitalistes dans cette voie, Picot et Siegfried cr&#233;&#232;rent en 1889 la Soci&#233;t&#233; des habitations &#224; bon march&#233;, les HBM, anc&#234;tres de nos HLM. Leur r&#234;ve de la petite maisonnette avec jardin s'&#233;tait quelque peu adapt&#233; aux r&#233;alit&#233;s capitalistes et ils incit&#232;rent plut&#244;t le patronat &#224; investir dans des soci&#233;t&#233;s qui construiraient des immeubles. Ils comptaient sur les dons et les financements pour r&#233;unir les capitaux n&#233;cessaires, ils iront de d&#233;ception en d&#233;ception.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce genre de placements n'int&#233;ressait pas leurs amis capitalistes. Ce n'est pas que la construction des HBM fut non rentable. Le patronat de Mulhouse autour de l'industriel Dollfuss avait construit et vendu des maisons ouvri&#232;res &#224; bon march&#233; tout en obtenant une rentabilit&#233; de 4 %. Cela pouvait rapporter, mais il y avait bien meilleur placement. Y compris pour un capitaliste du b&#226;timent, le plus rentable restait de b&#226;tir pour la bourgeoisie des appartements &#224; loyer &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie &#233;tait prise dans ses propres contradictions. Des contradictions qui sont toujours &#224; l'oeuvre aujourd'hui. Les patrons ont besoin des logements pour les travailleurs, non loin de leurs usines, de fa&#231;on &#224; disposer de la main-d'oeuvre en nombre et &#224; pouvoir mettre les travailleurs en concurrence les uns avec les autres. Ils veulent aussi que ces logements ne soient pas chers, ils veulent des logements au rabais, pour n'avoir pas &#224; augmenter les salaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'industrie du b&#226;timent n'est pas une industrie philanthropique, elle investit l&#224; o&#249; les profits sont les plus &#233;lev&#233;s, dans les immeubles bourgeois. Elle ne construira des logements d&#233;cents accessibles &#224; la bourse d'un ouvrier que si d'autres, l'&#201;tat principalement, participent au financement et assurent le taux de profit en vigueur. D'autant que le promoteur capitaliste doit, en plus, d&#233;gager la rente fonci&#232;re, la part du propri&#233;taire du sol, c'est-&#224;-dire le prix du terrain qui ne cesse d'augmenter avec le d&#233;veloppement des villes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les lois du profit rendent la question du logement ouvrier insoluble dans le cadre du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi, r&#233;guli&#232;rement, la bourgeoisie en appelle &#224; l'&#201;tat au nom des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la soci&#233;t&#233;, bourgeoise bien entendu. Et de la m&#234;me fa&#231;on que l'&#201;tat est amen&#233; &#224; prendre en charge l'&#233;ducation ou la sant&#233;, il est amen&#233; &#224; intervenir dans la construction des logements ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.4'&gt;&lt;/a&gt;La bourgeoisie incapable de r&#233;soudre le probl&#232;me en appelle aux capitaux publics&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;C'est ce que demand&#232;rent Siegfried et Picot. Puisque les capitalistes ne voulaient pas immobiliser leurs capitaux durant des ann&#233;es sur des projets assez peu rentables, il n'y avait qu'&#224; utiliser l'argent de l'&#201;tat et l'&#233;pargne des petites gens ! En 1894, ils firent adopter une loi qui autorisa la Caisse des d&#233;p&#244;ts et des consignations, qui recueillait l'&#233;pargne populaire &#224; travers les caisses d'&#233;pargne, &#224; pr&#234;ter de l'argent aux soci&#233;t&#233;s de HBM. Il s'agissait donc de mettre des fonds publics au service de l'initiative priv&#233;e. Car les soci&#233;t&#233;s de HBM restaient des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es.
Ce fut insuffisant pour stimuler l'initiative priv&#233;e et, en 1912, la loi Bonnevay autorisa les communes &#224; mettre sur pied des offices d'HBM. Le premier office d'HBM public fut cr&#233;&#233; en 1913 &#224; la Rochelle, celui de Paris devait l'&#234;tre un peu plus tard, en janvier 1914.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la guerre d&#233;clar&#233;e sept mois plus tard fit passer bien d'autres pr&#233;occupations au premier plan.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*1918-1945 : l'&#201;tat prend des mesures d'urgence et construit tr&#232;s peu
&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.5'&gt;&lt;/a&gt;Mobilisation ouvri&#232;re et blocage des loyers&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pendant la guerre, le gouvernement bloqua les loyers et il accorda aux familles de mobilis&#233;s un moratoire : leurs loyers &#233;taient suspendus le temps de la guerre. Pour la premi&#232;re fois, l'&#201;tat r&#233;glementa le march&#233; du logement et empi&#233;ta sur les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires, mais il avait fallu pour cela une situation de guerre, de crise &#233;conomique et politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1918, des r&#233;gions enti&#232;res &#233;taient ravag&#233;es, des millions de familles comptaient leurs morts et leurs bless&#233;s. Et s'il n'y eut pas en France d'insurrections ou de r&#233;volution comme en Russie, en Hongrie, en Allemagne ou encore en Italie, le vent de la r&#233;volte ne s'arr&#234;ta pas aux fronti&#232;res du pays. La France aussi eut ses mutineries et ses grandes gr&#232;ves. Et l'espoir de renverser la soci&#233;t&#233; d'exploitation comme en Russie s'empara d'une grande partie de la classe ouvri&#232;re, dont une fraction rejoignit le Parti communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette agitation ouvri&#232;re, le logement joua un r&#244;le important. Avec 450 000 logements d&#233;truits par la guerre, la crise prit des proportions dramatiques. Des villes enti&#232;res comme Lens, Armenti&#232;res, Soissons &#233;taient ras&#233;es ; d'autres comme Verdun &#233;taient partiellement d&#233;truites. L'afflux des r&#233;fugi&#233;s ajoutait &#224; la p&#233;nurie et faisait flamber les loyers. Parmi les d&#233;mobilis&#233;s, les bless&#233;s de guerre, les veuves, nombreux &#233;taient ceux qui n'&#233;taient plus &#224; m&#234;me de payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais d&#232;s le lendemain de la guerre, les propri&#233;taires qui avaient d&#251; suspendre l'encaissement des loyers demand&#232;rent qu'on les paye, et le gouvernement mit en place des commissions arbitrales pour r&#233;gler les litiges. Dans les ann&#233;es 1919-1920, ces commissions devinrent la cible privil&#233;gi&#233;e des locataires. Les syndicats de locataires, qui r&#233;unirent jusqu'&#224; cent mille adh&#233;rents, appelaient au &#171; sabotage &#187; de ces commissions, ils faisaient pression sur les propri&#233;taires pour qu'ils ne d&#233;posent pas de dossiers, ils organisaient des refus collectifs de payer les loyers. Pour emp&#234;cher physiquement les expulsions et les saisies, ils organis&#232;rent des &#171; comit&#233;s d'action &#187; compos&#233;s de quelques dizaines de militants pr&#234;ts &#224; intervenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte agit&#233;, le gouvernement reconduisit en mars 1919 le blocage des loyers. Les promoteurs de la loi, deux d&#233;put&#233;s socialistes, consid&#233;raient cela comme une mesure de salut public : &#171; &lt;i&gt;Ces mesures ne sont pas dirig&#233;es contre les propri&#233;taires, ni m&#234;me en faveur des locataires, mais dans l'int&#233;r&#234;t de la collectivit&#233; ; et si on avait maintenu sans adoucissements la rigueur litt&#233;rale des contrats, les situations aigu&#235;s et intenables qui en eussent r&#233;sult&#233; auraient in&#233;vitablement provoqu&#233; des d&#233;sordres graves.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'entre-deux guerres, les loyers baiss&#232;rent, relativement aux autres prix, mais le blocage des loyers ne fut qu'un pis-aller pour les locataires, qui furent la plupart du temps pi&#233;g&#233;s dans des logements sans confort, voire insalubres, que les propri&#233;taires refusaient d'entretenir. Par contre le patronat prit pr&#233;texte de la faiblesse des loyers pour maintenir les salaires au plus bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les propri&#233;taires ne furent pas totalement perdants. Ils b&#233;n&#233;fici&#232;rent de la loi sur le d&#233;dommagement pour les sinistres de guerre, qui leur &#233;tait tr&#232;s avantageuse puisque tout sinistr&#233; re&#231;ut une somme &#233;gale au montant de la perte subie, bas&#233; sur la valeur du bien &#224; la veille d'ao&#251;t 1914. C'&#233;tait tout de m&#234;me un beau cadeau, notamment pour les plus gros propri&#233;taires qui utilis&#232;rent tous les filons pour faire refaire &#224; neuf leurs propri&#233;t&#233;s aux frais du contribuable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'argent public fut utilis&#233; pour d&#233;dommager les poss&#233;dants et la relance de la construction par l'&#201;tat ne fut pas envisag&#233;e. Les locataires qui avaient un toit sur la t&#234;te furent certes prot&#233;g&#233;s d'une flamb&#233;e des loyers, mais les millions de travailleurs &#224; la recherche d'un logement digne furent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Et si l'&#201;tat n'envisageait pas de construire des logements ouvriers, la bourgeoisie encore moins. Pour elle, la construction de logements ouvriers ne fut jamais un placement int&#233;ressant, et le blocage des loyers r&#233;duisait &#224; n&#233;ant toute perspective de profit. Les capitaux priv&#233;s devaient d&#233;serter, pour de longues ann&#233;es encore, la construction de logements modestes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.6'&gt;&lt;/a&gt;La sp&#233;culation trouve de nouvelles perspectives en banlieue : le scandale des mal lotis&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La situation dans l'agglom&#233;ration parisienne, qui continuait d'attirer de plus en plus d'habitants, &#233;tait dramatique. &#192; Paris, le nombre d'h&#244;tels meubl&#233;s explosait : en 1921, ils abritaient 260 000 personnes. La tuberculose fit son retour. Et si le terme de bidonville n'est apparu que dans les ann&#233;es 1950, c'est dans les ann&#233;es 1920-1930 qu'ils se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;s autour des grandes villes fran&#231;aises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Paris, la zone, ou &#171; les fortifs &#187;, c'est-&#224;-dire les abords des fortifications qui entouraient encore la capitale, entre les boulevards des mar&#233;chaux et le p&#233;riph&#233;rique d'aujourd'hui, devint un vaste bidonville circulaire o&#249; vivaient trente mille personnes : des travailleurs immigr&#233;s, des Juifs d'Europe de l'Est, des Polonais, des Italiens, des Espagnols, des Alg&#233;riens, mais aussi en majorit&#233; des Fran&#231;ais, dont la plupart &#233;taient chiffonniers ou manoeuvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais de l'autre c&#244;t&#233; des fortifications, &#224; Aubervilliers, &#224; La Courneuve, &#224; Ivry ou &#224; Saint-Denis, ce n'&#233;tait pas tr&#232;s diff&#233;rent. Les nouveaux venus s'installaient o&#249; ils pouvaient, sur des terrains d&#233;class&#233;s, avec un droit de propri&#233;t&#233; ou pas, et ils construisaient de bric et de broc, commen&#231;ant bien souvent par une cabane en carton bitum&#233;, pour finir par la maisonnette en bois ou en &#233;l&#233;ments pr&#233;fabriqu&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme sous Haussmann, un demi-si&#232;cle plus t&#244;t, la p&#233;nurie de logements fut propice aux op&#233;rations sp&#233;culatives. Mais cette fois, elles se firent en banlieue et m&#234;me en grande banlieue. Les chemins de fer et l'instauration des huit heures, la semaine &#233;tant de 48 heures depuis 1919, permettaient aux travailleurs de vivre de plus en plus loin des usines et de Paris.
Les sp&#233;culateurs fonciers flair&#232;rent la bonne affaire. Ils achetaient tous les terrains possibles. &#192; commencer par ceux qui &#233;taient proches des lignes de chemins de fer et des gares, jusqu'aux terrains mar&#233;cageux. Ils les d&#233;coup&#232;rent en petits lots de trois cents m&#232;tres carr&#233;s pour les revendre avec d'&#233;normes b&#233;n&#233;fices. Dans l'entre-deux-guerres, pr&#232;s de treize mille hectares furent ainsi &#171; lotis &#187; dans la r&#233;gion parisienne. De Drancy &#224; Villeparisis, la ligne Paris-Soissons a donn&#233; naissance au plus important ensemble de lotissements de la banlieue nord avec 110 000 habitants en 1936, regroup&#233;s &#224; Drancy, Aulnay-sous-Bois, le Blanc-Mesnil et Tremblay-l&#232;s-Gonesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sept cent mille personnes furent ainsi log&#233;es dans la r&#233;gion parisienne. Enfin, &#171; log&#233;es &#187; est un grand mot, car bien souvent les sp&#233;culateurs se contentaient de vendre le terrain sans rien construire dessus. Il fallait construire soi-m&#234;me ! Les sp&#233;culateurs promettaient monts et merveilles aux familles populaires pour qu'elles s'installent dans des lotissements aux noms &#233;vocateurs de &#171; Paradis &#187; ou de &#171; Californie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les nouveaux propri&#233;taires de ces lotissements que l'on appela tr&#232;s vite les &#171; mal-lotis &#187;, se retrouvaient comme des naufrag&#233;s en plein champ. Dans neuf lotissements sur dix, il n'y avait pas de chemin, pas d'eau courante, pas d'&#233;lectricit&#233;, pas de gaz et pas de transport. L'alimentation en eau potable se fit, parfois pendant des ann&#233;es, par des puits car les lotissements &#233;taient souvent en marge de la commune, ce qui rendait difficiles les raccordements au r&#233;seau du bourg. Quant au ramassage des ordures, rien n'&#233;tait pr&#233;vu. &#192; partir de l'automne, les inondations et surtout la boue devenaient le cauchemar des habitants.
Ces communes, anciennement rurales et agricoles, se transform&#232;rent en quelques ann&#233;es en bastions ouvriers qui se donn&#232;rent des municipalit&#233;s socialistes et communistes et form&#232;rent la ceinture rouge.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;**Les municipalit&#233;s socialistes et communistes et le logement populaire
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces jeunes municipalit&#233;s, qui voyaient se d&#233;velopper les lotissements sur leur commune, tentaient de reprendre la situation en main et d'emp&#234;cher les abus. Elles aidaient les groupements de mal-lotis &#224; faire pression sur les sp&#233;culateurs et sur le gouvernement complice. Et elles eurent beaucoup &#224; faire pour rendre la vie supportable aux habitants. Bien souvent, c'&#233;taient elles qui r&#233;alisaient les travaux de voirie, d'adduction d'eau et d'assainissement. Elles construisaient aussi les &#233;coles, les centres sanitaires. Elles s'opposaient aux augmentations des tarifs des trains ouvriers et se battaient pour que les r&#233;seaux de transport en commun s'&#233;tendent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La politique des municipalit&#233;s socialistes ou communistes en mati&#232;re de logement ne se r&#233;suma pas au combat des mal-lotis. Elles essay&#232;rent aussi de construire, au travers des offices publics de HBM, des logements accessibles aux familles populaires. Certaines cr&#233;&#232;rent des offices municipaux de HBM ; d'autres firent construire par les offices d&#233;partementaux comme &#224; Suresnes, Asni&#232;res, Gennevilliers, Pantin, Bagnolet ou Arcueil. Ces municipalit&#233;s construisirent non pas des casernes pour les familles ouvri&#232;res mais des &#171; cit&#233;s jardins &#187; qui &#233;taient cens&#233;es concilier les avantages de la ville et ceux de la campagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Villeurbanne, dans le Rh&#244;ne, le maire socialiste de l'&#233;poque, Lazare Goujon, planifia et am&#233;nagea la ville en une dizaine d'ann&#233;es. Pour faire reculer les taudis, il fit construire un tout nouveau quartier au centre-ville, &#171; les gratte-ciel &#187; compos&#233;s de 1 500 logements &#224; loyer mod&#233;r&#233;, accueillant ainsi douze mille habitants autour de nouveaux services publics. &#192; la diff&#233;rence de ce que les patrons construisaient pour les travailleurs, ces municipalit&#233;s voulaient ce qui se faisait de plus moderne et de plus confortable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; l'effort des mairies socialistes et communistes, les constructions sociales restaient marginales compar&#233;es aux besoins. Dans cette p&#233;riode, la plupart des logements ouvriers furent r&#233;alis&#233;s par des industriels qui construisaient leur cit&#233; autour de leur usine. Mais l'&#201;tat finit par r&#233;agir en 1928.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.7'&gt;&lt;/a&gt;1928, l'&#201;tat lance un programme de construction de HBM&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En 1928, le gouvernement de droite de Poincar&#233; intervint face au scandale des mal-lotis avec deux mesures. Il s'agissait d'abord de r&#233;soudre les probl&#232;mes de viabilisation des lotissements et de lancer un grand programme de constructions sociales. &#201;tait-ce par d&#233;magogie avant les &#233;lections l&#233;gislatives de 1928 ? &#201;tait-ce pour contrer l'influence des socialistes et des communistes dans les communes populaires ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait en tout cas l'objectif que se fixaient certains hommes de droite ainsi que l'&#201;glise, qui voulait disputer aux communistes leur influence sur la banlieue. Voici comment, en 1935, un hebdomadaire communiste pr&#233;sentait l'action men&#233;e par l'&#201;glise dans les lotissements : &#171; &lt;i&gt;Une arm&#233;e de cur&#233;s, d'officiers retrait&#233;s, d'&#233;tudiants r&#233;actionnaires, de boy-scouts, de vieilles filles et fils de famille s'est abattue sur les lotissements comme la boue, les inondations et les tas d'ordures. Par centaines ont &#233;t&#233; &#233;difi&#233;s les &#233;glises, les &#233;coles chr&#233;tiennes, les cr&#232;ches confessionnelles, les dispensaires anticommunistes, les entreprises de vaccination de la jeunesse contre le Front populaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et j'ajouterai &#224; cette citation que, dans cette arm&#233;e, il y avait un certain Fran&#231;ois Mitterrand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors des d&#233;bats autour de la loi de 1928, l'homme de droite Wladimir d'Ormesson exprima ce que pensaient nombre de conservateurs de ces lotissements : &#171; &lt;i&gt;L'absurde fl&#233;au du communisme est d&#251;, pour les trois quarts, &#224; la question des lotissements et il est sup&#233;rieurement entretenu par elle. Le centre nerveux du communisme fran&#231;ais, c'est Paris, ou plus exactement sa banlieue. C'est l&#224; que se coordonnent les troupes sur lesquelles l'&#233;tat-major moscoutaire exerce son pouvoir. Sur cent communistes de la fameuse ceinture rouge de Paris, il y en a 75, sinon plus, dont le communisme se r&#233;duit &#224; une question de lotissement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1928, le gouvernement Poincar&#233; prit donc des mesures pour pallier les pires abus dont les mal-lotis &#233;taient victimes. Mais il n'envisagea pas de faire payer les lotisseurs, ni m&#234;me de les obliger &#224; respecter leurs engagements. Aux dires du gouvernement, il &#233;tait impossible de le faire puisque ceux-ci &#233;taient introuvables ! La loi fit donc payer&#8230; l'&#201;tat et les mal-lotis eux-m&#234;mes. Au cas o&#249; ceux-ci seraient dans l'incapacit&#233; de payer, il reviendrait &#224; la commune de le faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'autre volet de la loi pr&#233;voyait pour la premi&#232;re fois un programme de construction de 260 000 logements sur cinq ans. Louis Loucheur, le ministre du Logement, d&#233;cida de construire la moiti&#233; en logements collectifs et l'autre en maisons individuelles. Une partie &#233;tait con&#231;ue &#224; loyer mod&#233;r&#233;, l'autre d'un standing et d'un loyer qui excluaient les ouvriers. Le gouvernement donnait ainsi enti&#232;re satisfaction aux plus conservateurs sans oublier son propre &#233;lectorat, les classes moyennes et le monde rural.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif des 260 000 logements &#233;tait &#224; peu pr&#232;s rempli quand la crise partie en 1929 des &#201;tats-Unis gagna la France. En 1933, les financements furent stopp&#233;s. Sous l'effet du ch&#244;mage et de la mis&#232;re, des centaines de familles perdirent leur logement. Le nombre de logements inoccup&#233;s atteignit alors des sommets. En 1936, 17 % des HBM de l'office parisien &#233;taient vacants. L'arriv&#233;e au pouvoir du Front populaire ne changea rien &#224; la situation. L'approche de la guerre mobilisa la bourgeoisie sur d'autres questions. Construire du logement populaire ne fut plus &#224; l'ordre du jour, il fallait construire des chars de combat et des avions destin&#233;s &#224; d&#233;truire... ces m&#234;mes logements que la soci&#233;t&#233; bourgeoise avait eu tant de mal &#224; construire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1939, la France restait encore loin derri&#232;re plusieurs pays. Tous confondus, les HBM, les cit&#233;s-jardins, les logements de la loi Loucheur, les constructions sociales de l'entre-deux-guerres s'&#233;levaient &#224; trois cent mille logements. &#192; la m&#234;me &#233;poque, l'Allemagne en construisit presque un million, la Grande-Bretagne plus de 3,5 millions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Except&#233; la parenth&#232;se de la loi Loucheur, il y eut en France pendant cette p&#233;riode un refus quasi permanent de la part des gouvernements d'utiliser les fonds publics pour r&#233;soudre la question du logement ouvrier. Le logement resta subordonn&#233; aux lois du march&#233; et la crise ne fit que s'approfondir.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;1945-1953 : la crise du logement s'aggrave&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;L'&#201;tat au secours du patronat. Quant aux travailleurs&#8230; ils attendront pour se loger&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la crise du logement atteignait des sommets. Aux familles mal log&#233;es et aux mal-lotis, s'ajoutaient les sinistr&#233;s de la guerre, dont un million de sans-abri. Au Havre, par exemple, un seul bombardement am&#233;ricain, en septembre 1944, chassa de leurs habitations pr&#232;s de cinquante mille personnes. Pour la France un cinqui&#232;me du parc immobilier &#233;tait &#224; reconstruire et plus de la moiti&#233; avait besoin de travaux importants. En tout, il manquait pr&#232;s de quatre millions de logements. Il aurait fallu construire massivement.
Mais pas plus qu'avant-guerre les capitalistes n'&#233;taient devenus des philanthropes. Ils n'avaient pas chang&#233;. Ils &#233;taient toujours guid&#233;s par la recherche du profit imm&#233;diat, par ce qui rapportait vite, le plus vite possible. Le march&#233; immobilier fut d&#233;sert&#233; par les capitaux mais il n'&#233;tait pas le seul. Des secteurs entiers, dont les secteurs vitaux pour le fonctionnement de l'&#233;conomie capitaliste, &#233;taient paralys&#233;s, les charbonnages, les secteurs de l'&#233;lectricit&#233;, du gaz, des transports. Il aurait fallu investir massivement et attendre des ann&#233;es pour encaisser les profits et les capitalistes ne se bousculaient pas au portillon. Il fallut alors la puissance de l'&#201;tat pour reconstruire l'appareil productif de la bourgeoisie. Le gouvernement injecta des milliards pour aider les capitalistes &#224; reconstruire leurs usines, pour le secteur &#233;nerg&#233;tique, mais les caisses &#233;taient vides pour les millions de mal-log&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y avait m&#234;me pas la volont&#233; politique de mettre en oeuvre les mesures d'urgence. Pourtant, en 1945, en pr&#233;vention d'&#233;ventuels troubles sociaux, le gouvernement avait adopt&#233; une ordonnance permettant aux pr&#233;fets de r&#233;quisitionner les logements vacants. Mais l'&#201;tat n'eut pas la volont&#233; politique de l'appliquer. &#192; l'exception anecdotique des maisons closes, que le gouvernement ferma en avril 1946 et qui furent affect&#233;es au logement d'urgence des sinistr&#233;s, il n'y eut pas de r&#233;quisitions officielles importantes. Les r&#233;quisitions sauvages &#224; l'initiative des groupes de militants, des catholiques sociaux, des anciens r&#233;sistants, furent bien plus nombreuses et bien plus efficaces. Contre la volont&#233; de l'&#201;tat, qui les condamna syst&#233;matiquement, ils log&#232;rent dix mille familles dans des villas ou des ch&#226;teaux inhabit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les autorit&#233;s, elles, se content&#232;rent de mettre en place des campements et des baraques provisoires, un provisoire qui dura pour certains jusqu'aux ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, seule l'intervention publique aurait pu apporter un d&#233;but de solution &#224; la p&#233;nurie de logements. Mais il n'y avait ni la volont&#233; politique ni les moyens d'y recourir. De 1945 &#224; 1949, il y eut seulement cinquante mille logements construits alors qu'il en manquait quatre millions. En 1949, le ministre de la reconstruction, Eug&#232;ne Claudius-Petit, tira la sonnette d'alarme en affirmant que &#171; &lt;i&gt;construire vingt mille logements par mois [&#233;tait] pour la France une question de vie ou de mort&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;La crise du logement culmine&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais il fallut encore attendre de longues ann&#233;es pour que la situation change, m&#234;me si, dans les ann&#233;es 1950, la crise du logement prenait effectivement des proportions dramatiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1945 et 1950, la population r&#233;sidant sur le territoire fran&#231;ais augmenta de pr&#232;s de deux millions sous l'effet du baby-boom et de l'immigration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Office national de l'immigration organisa de fa&#231;on tr&#232;s rationnelle le recrutement de travailleurs nord-africains, principalement d'Alg&#233;rie. De 22 000 recrues en 1946, l'office passa &#224; 80 000 par an et, &#224; partir de 1951, ce furent 140 000 Alg&#233;riens qui arriv&#232;rent chaque ann&#233;e pour travailler sur les cha&#238;nes automobiles, dans les usines de la m&#233;tallurgie ou dans le b&#226;timent. Mais rien ne fut pr&#233;vu pour les loger. Au XIXe si&#232;cle, les ma&#231;ons de la Creuse ou les travailleurs bretons s'&#233;taient organis&#233;s en chambr&#233;es collectives dans les h&#244;tels meubl&#233;s. Eh bien, ce fut le tour des travailleurs alg&#233;riens, portugais, quand ils n'en &#233;taient pas r&#233;duits &#224; dormir sur leur lieu de travail, &#224; m&#234;me le sol dans les ateliers, ou dans les chantiers sur des sacs de ciment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, peu &#224; peu, ils construisirent les bidonvilles qui grandirent tout au long des ann&#233;es 1950 et 1960 aux abords des principales agglom&#233;rations. Le bidonville de Nanterre logeait essentiellement des Alg&#233;riens, mais le plus grand bidonville de la r&#233;gion parisienne &#233;tait celui de Champigny (Val-de-Marne), o&#249; vivaient quinze mille travailleurs portugais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ces travailleurs immigr&#233;s, s'ajoutaient les travailleurs venus des campagnes fran&#231;aises. Dans les ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre, un nouveau provincial arrivait toutes les sept &#224; huit minutes dans l'agglom&#233;ration parisienne. Ils &#233;taient confront&#233;s aux m&#234;mes difficult&#233;s de logement. L'auto-construction sur des parcelles &#233;loign&#233;es des centres-ville fut la seule solution pour bien des familles. Des militants catholiques organis&#232;rent cet effort individuel en un travail collectif : ce fut le &#171; mouvement des castors &#187;. Apr&#232;s des semaines de travail de cinquante &#224; soixante heures, le dimanche et pendant les vacances, des groupes d'employ&#233;s ou d'ouvriers se regroupaient pour construire tout un quartier sur les terrains que les municipalit&#233;s avaient bien voulu leur c&#233;der. Avec tr&#232;s peu de moyens, &#224; la brouette pour faire le ciment, ces travailleurs ont construit peut-&#234;tre plus de cent mille logements.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;1953-1977 : l'&#201;tat construit massivement des logements sociaux&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;1953, l'&#201;tat d&#233;cide de financer le logement ouvrier&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La crise qui culminait depuis huit ans prit un tour dramatique au tournant de 1953-1954. Cet hiver-l&#224; fut le plus froid depuis l'Occupation et, en f&#233;vrier, il fit trois morts. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s d'un b&#233;b&#233; dont la famille vivait dans une roulotte, l'abb&#233; Pierre lan&#231;a un appel solennel &#224; la radio pour alerter l'opinion et pour demander l'intervention des autorit&#233;s. Face &#224; l'&#233;moi et &#224; la mobilisation g&#233;n&#233;rale, le Parlement d&#233;bloqua un cr&#233;dit de dix milliards d'anciens francs. Avec cet argent, en six mois, treize mille cit&#233;s d'urgence furent construites dans toute la France. Ces logements, construits &#224; la va-vite et au plus bas co&#251;t, &#233;taient sans fondations et sans chauffage, mais les cit&#233;s d'urgence furent prises d'assaut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas cet appel de 1954 qui provoqua un changement de politique. En fait l'&#201;tat venait d'amorcer un tournant en mati&#232;re de logement. L'essentiel de la reconstruction &#233;tait r&#233;alis&#233; et l'&#201;tat avait d&#233;cid&#233; de faire pour le logement ce qu'il avait fait pour les routes, le rail ou le t&#233;l&#233;phone. Ce fut le plan &#171; Courant &#187;, lanc&#233; en 1953.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agissait de mettre sous perfusion le secteur du logement en versant des primes et des aides aux constructeurs. Ce plan stimula par exemple la construction de logements &#233;conomiques et familiaux, les Logecos. Il y avait d&#233;j&#224; les HLM, Habitation &#224; loyer mod&#233;r&#233;, nom qui rempla&#231;a les HBM en 1950, mais le gouvernement inventa les Logecos, en fait des habitats au rabais pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps il mit en place un nouveau financement pour la construction de logements sociaux, le 1 % patronal. En &#233;change d'une r&#233;duction de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s, toutes les entreprises du secteur priv&#233; d'au moins dix personnes &#233;taient tenues de consacrer 1 % de leur masse salariale au financement du logement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne fut pas un grand sacrifice pour le patronat qui pouvait de toutes fa&#231;ons r&#233;percuter cette nouvelle charge sur les prix de vente, c'est-&#224;-dire sur les consommateurs. Et surtout il devint ainsi b&#233;n&#233;ficiaire d'une fraction du parc social pour y loger ses salari&#233;s. Aujourd'hui, tout en payant de moins en moins, le patronat a conserv&#233; ses avantages. De r&#233;ductions en r&#233;ductions, le 1 % est pass&#233; &#224; 0,45 % de la masse salariale et m&#234;me si les organismes collecteurs, les Comit&#233;s interprofessionnels du logement, contribuent de moins en moins au financement de construction de HLM, cela donne toujours au patronat le droit de disposer d'un certain nombre de logements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut donc d&#232;s 1953 que l'&#201;tat incita &#224; la construction &#224; grande &#233;chelle. Sarcelles, le premier grand ensemble avec plus de dix mille logements planifi&#233;s, fut mis en chantier en 1955. Le financement public pour le logement social passa de 53 milliards de francs en 1953 &#224; 130 milliards deux ans plus tard, et le nombre de mises en chantier augmenta chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dor&#233;navant, l'&#201;tat eut la volont&#233; politique d'intervenir dans le secteur du logement. En finan&#231;ant la construction de logements en totalit&#233; ou en partie, en versant des primes &#224; la construction priv&#233;e, en facilitant les cr&#233;dits, il rendit ce secteur attractif pour les capitaux priv&#233;s. La rentabilit&#233; &#233;tait au rendez-vous, un nouveau champ de profits &#233;tait ouvert &#224; la bourgeoisie et un de ses probl&#232;mes, le logement des travailleurs, &#233;tait en voie de solution.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;1958-1977 : production de masse d'HLM et de profits&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En 1958, de Gaulle revint au pouvoir et il conforta la politique engag&#233;e en 1953, d'autant plus que la situation &#233;conomique &#233;tait favorable. C'&#233;tait une p&#233;riode de relative prosp&#233;rit&#233; pour la bourgeoisie et, en 1962, la fin de la guerre d'Alg&#233;rie et des d&#233;penses qu'elle entra&#238;nait donna des moyens nouveaux au gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec de Gaulle, l'&#201;tat ne se contenta plus d'inciter, il d&#233;cida o&#249;, comment et combien de logements il fallait construire. Le ministre de la Construction fut charg&#233; de d&#233;finir des Zone &#224; urbaniser en priorit&#233; (les ZUP), chacune de ces zones devant recevoir un minimum de cinq cents logements HLM. Pour chaque ZUP, le pr&#233;fet eut des pouvoirs &#233;tendus : il d&#233;cidait des programmes de construction et proc&#233;dait aux proc&#233;dures d'expropriation pour l'acquisition des terrains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif &#233;tait aussi de moderniser le secteur du b&#226;timent, encore tr&#232;s artisanal. En favorisant les chantiers de grande taille, l'&#201;tat poussait &#224; l'industrialisation du secteur. La r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes immeubles, des tours et des barres rationalisa la construction &#224; l'extr&#234;me. Une grue &#233;tait mont&#233;e sur un rail et transportait des panneaux de b&#233;ton pr&#233;fabriqu&#233;s. Plus les barres &#224; construire &#233;taient longues, plus le chemin de grue &#233;tait rentabilis&#233;. Et tout &#233;tait plus simple, les r&#233;seaux d'eau, de gaz et d'&#233;gouts couraient sur des centaines de m&#232;tres sans besoin de raccordements, la voirie &#233;tait simplifi&#233;e, etc. Ceci explique la course au gigantisme qu'il y eut alors, comme &#224; Nancy o&#249; on construisit une barre de 400 m, comme &#224; La Courneuve o&#249; quatre mille logements furent r&#233;alis&#233;s d'un coup ou encore comme &#224; Saint-&#201;tienne, o&#249; l'on construisit la &#171; muraille de Chine &#187;, un b&#226;timent de 19 &#233;tages et de 270 m&#232;tres de long, ce qui en faisait alors le plus grand b&#226;timent d'habitation de toute l'Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces m&#233;thodes am&#233;lior&#232;rent la productivit&#233; du travail et la rentabilit&#233; du secteur. En 1955, il fallait 3 600 heures de travail pour construire un logement familial moyen ; dix ans plus tard, il suffisait de 1 200 heures, trois fois moins, pour un appartement de trois ou quatre pi&#232;ces. Mais pour am&#233;liorer encore les marges des constructeurs, l'&#201;tat accepta de rogner sur la qualit&#233; et de revoir ses programmes &#224; la baisse. Toutes les surfaces des logements furent diminu&#233;es. Celle du quatre pi&#232;ces fut par exemple fix&#233;e &#224; 77 m&#232;tres carr&#233;s, alors qu'en 1948 la norme &#233;tait de 101 m&#232;tres carr&#233;s. Le &#171; d&#233;shabillage &#187; des programmes devint la r&#232;gle, c'est-&#224;-dire que l'&#233;quipement du logement fut revu a minima. En fin de compte, les subventions publiques contribu&#232;rent &#224; concentrer, &#224; enrichir et &#224; moderniser le secteur du BTP (B&#226;timent-Travaux publics). L'entreprise Bouygues en est la meilleure preuve. Cr&#233;&#233;e en 1952, elle comptait dix ans plus tard plus de mille salari&#233;s et s'imposait comme un b&#233;tonneur incontournable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour construire au moindre co&#251;t, le terrain des op&#233;rations se situait dans les banlieues, l&#224; o&#249; le foncier &#233;tait le plus abordable, c'est-&#224;-dire souvent &#224; l'&#233;cart de tout. C'est de cette &#233;poque que datent les probl&#232;mes de transport. Car les infrastructures en la mati&#232;re ne suivirent pas. Lorsque l'&#201;tat construisit par exemple la cit&#233; du Mas-du-Taureau &#224; Vaulx-en-Velin dans le Rh&#244;ne, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, une ZUP de 15 000 habitants, il avait promis l'arriv&#233;e du m&#233;tro. On l'y attend encore !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La ville nouvelle de Sarcelles, qui passa de 8 400 habitants en 1955 &#224; 40 000 en 1960, ne disposait au milieu des ann&#233;es 1960 que d'une halte SNCF pour toute gare ! Quant &#224; la desserte int&#233;rieure de la ville nouvelle, elle fut longtemps assur&#233;e par une seule et m&#234;me ligne de bus. Pour aller travailler &#224; Paris, il fallait compter une heure et demie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, les r&#233;seaux de transports de la r&#233;gion parisienne &#233;taient d&#233;j&#224; satur&#233;s aux heures de pointe. Et aujourd'hui, bien des Franciliens savent que les choses ne se sont pas am&#233;lior&#233;es, et que si des centaines et des milliers de voyageurs sont r&#233;guli&#232;rement bloqu&#233;s, ce n'est pas &#224; cause des journ&#233;es de gr&#232;ve, mais &#224; cause de la v&#233;tust&#233; du mat&#233;riel et du r&#233;seau. Rappelons quand m&#234;me que le r&#233;seau m&#233;tropolitain date de plus d'un si&#232;cle et qu'&#224; l'exception de deux stations par-ci et d'une ligne par-l&#224;, il a peu &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, les trajets du domicile au travail sont de plus en plus nombreux et ils s'allongent. Et cela n'est pas pr&#232;s de s'arr&#234;ter. Partout o&#249; se d&#233;veloppent les grands bassins d'emplois, l'immobilier flambe et cela rend impossible aux travailleurs de s'installer &#224; proximit&#233;. De tr&#232;s nombreux employ&#233;s travaillent &#224; l'ouest de Paris, &#224; la D&#233;fense, Rueil-Malmaison ou &#224; Levallois, mais ils sont forc&#233;s de se loger &#224; quinze, vingt ou trente kilom&#232;tres, dans l'est de Paris ou en banlieue. Et chaque jour, un million de voyageurs s'entassent dans les trains bond&#233;s de la ligne A du RER, d'est en ouest le matin, puis d'ouest en est le soir, pour ne citer que cette ligne. Sans parler de l'insuffisance, voire de l'absence de desserte de banlieue &#224; banlieue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, plus loin on va en banlieue, et moins le logement est cher. Mais cela peut vite se transformer en cauchemar quotidien, avec une journ&#233;e de travail rallong&#233;e de deux ou trois heures de transport dans des conditions trop souvent &#233;prouvantes. &#192; la fatigue et au stress du travail, s'ajoutent alors ceux des transports. Et sans oublier leur co&#251;t. Les &#233;conomies r&#233;alis&#233;es sur le loyer passent par pertes et profits : il n'y a pas de vraie &#233;chappatoire au logement cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960-1970 les millions de travailleurs qui peupl&#232;rent ces ZUP et ces villes nouvelles, comme ceux qui les habitent encore, n'eurent de toute fa&#231;on pas le choix ! Ils all&#232;rent l&#224; o&#249; l'&#201;tat d&#233;cida de construire, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; les lois du march&#233; le d&#233;cidaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1960 et 1970, 195 ZUP furent r&#233;alis&#233;es, totalisant 2,2 millions de logements HLM. Le pic fut atteint en 1970 avec la r&#233;alisation de plus de 160 000 logements sociaux. L'effort fut sans pr&#233;c&#233;dent. Pour la premi&#232;re fois, l'&#201;tat cherchait &#224; rem&#233;dier &#224; la p&#233;nurie de logements pour les travailleurs. Les tours et les barres tant d&#233;cri&#233;es aujourd'hui am&#233;lior&#232;rent consid&#233;rablement le sort de l'immense majorit&#233;, qui n'avait connu que le taudis. Des millions de personnes acc&#233;daient pour la premi&#232;re fois &#224; un logement lumineux, a&#233;r&#233;, avec salle de bain, WC et chauffage central. Pour beaucoup, emm&#233;nager en HLM c'&#233;tait l'acc&#232;s &#224; un petit paradis.
En laissant simplement jouer les lois du march&#233;, ces immeubles ne seraient jamais sortis de terre. Les capitalistes avaient pourtant l&#224; un march&#233; potentiel, ils avaient des millions de clients &#224; leur porte, pr&#234;ts &#224; payer pour un logement modeste. Mais les capitalistes n'investissent pas pour r&#233;pondre aux besoins sociaux. Ce qui les guide, c'est le taux de profit affich&#233; par chaque secteur, et la construction de logements accessibles aux ouvriers n'a jamais &#233;t&#233; un placement tr&#232;s rentable. Pour qu'elle devienne rentable, il a fallu subventionner massivement, aider les trusts du b&#226;timent, verser des primes aux promoteurs. Il a fallu la volont&#233; politique de l'&#201;tat. Cela correspondait aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bourgeoisie &#224; plus long terme, car le logement comme les transports ou l'&#233;ducation sont essentiels &#224; la bonne sant&#233; des affaires.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;1970 : l'&#201;tat amorce son retrait&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'&#201;tat pr&#233;para son d&#233;sengagement. Les banques priv&#233;es furent de plus en plus int&#233;gr&#233;es au circuit du financement du logement. D&#233;sormais, les promoteurs ou les propri&#233;taires individuels ne furent plus forc&#233;s de passer par la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations ou par le Cr&#233;dit foncier de France pour acc&#233;der aux aides, aux primes ou aux cr&#233;dits sp&#233;ciaux : toutes les banques propos&#232;rent ces financements aid&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gr&#226;ce au syst&#232;me de l'&#233;pargne logement cr&#233;&#233; en 1965, les familles &#233;taient encourag&#233;es &#224; s'endetter pour devenir propri&#233;taires. La mode &#233;tait au pavillon Chalandon, du nom du ministre du Logement d'alors. C'&#233;tait une maison type, livrable cl&#233;s en main &#224; travers toute la France. Tout le monde devait y gagner : les m&#233;nages, qui pouvaient acc&#233;der &#224; la propri&#233;t&#233; sans payer trop cher, et les constructeurs, qui pouvaient mettre en oeuvre les proc&#233;d&#233;s de pr&#233;fabrication exp&#233;riment&#233;s avec les grands ensembles et augmenter ainsi leurs marges. Les &#171; Chalandonnettes &#187; eurent du succ&#232;s, pour le plus grand bonheur des promoteurs et des banques. Quant aux m&#233;nages, ils essuy&#232;rent bien souvent les pl&#226;tres.
&#192; partir de 1973 et 1974, sous l'effet de ces nouveaux m&#233;canismes, on construisit de plus en plus pour les milieux plus favoris&#233;s et de moins en moins de HLM. Alors m&#234;me que la crise du logement n'&#233;tait pas r&#233;sorb&#233;e, ce fut la fin de la construction massive de logements sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant tout un temps, le logement resta rare et le HLM fut per&#231;u comme un objet de luxe. Les classes moyennes y furent d'ailleurs surrepr&#233;sent&#233;es pendant les premi&#232;res ann&#233;es. Les professions lib&#233;rales, les m&#233;decins, les ing&#233;nieurs, les cadres, les instituteurs y c&#244;toyaient les employ&#233;s et les ouvriers. Et l'attente fut longue pour de nombreuses familles, d'autant plus qu'en 1962 il fallut aussi loger le million de rapatri&#233;s d'Alg&#233;rie. Les offices HLM s&#233;lectionnaient les habitants et bien souvent les plus pauvres &#233;taient mis en attente. M&#234;me si, en th&#233;orie, les &#233;trangers n'&#233;taient pas exclus, ils furent les derniers &#224; acc&#233;der &#224; ces logements, et il fallut attendre 1974 pour que les plus grands bidonvilles disparaissent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les familles les plus pauvres de la classe ouvri&#232;re ne trouvaient pas toutes une solution. En 1975, quinze millions de mal-log&#233;s &#233;taient encore recens&#233;s. Les logements trop petits, surpeupl&#233;s, sans confort, restaient le lot de millions de familles ouvri&#232;res. Et combien de travailleurs, notamment immigr&#233;s, arriv&#233;s aujourd'hui &#224; l'&#226;ge de la retraite, n'ont connu, tout au long de leurs quatre d&#233;cennies sur les cha&#238;nes de production ou dans le b&#226;timent, que des taudis ou les foyers de travailleurs immigr&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise du logement &#233;tait donc loin d'&#234;tre r&#233;solue pour une bonne partie des familles ouvri&#232;res et d'autant que certaines cit&#233;s HLM, construites dix ou quinze ans plus t&#244;t, &#233;taient d&#233;j&#224; dans un &#233;tat de d&#233;labrement qui exigeait une politique de r&#233;habilitation. Mais la politique des ann&#233;es suivantes allait tourner le dos &#224; toute am&#233;lioration.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;1977-2000 : l'&#201;tat favorise le &#171; march&#233; libre &#187; mais subventionne la bourgeoisie&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;Une politique engag&#233;e par Raymond Barre&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Raymond Barre, devenu Premier ministre de Giscard d'Estaing en 1976, mit fin &#224; la construction massive de logements sociaux par l'&#201;tat. Depuis 1973, l'&#233;conomie &#233;tait en crise et l'&#201;tat devait utiliser son argent &#224; d'autres d&#233;penses. Barre refl&#233;tait ainsi une opinion de l'ensemble de la bourgeoisie selon laquelle l'&#201;tat avait fait beaucoup pour le logement social et qu'il fallait dor&#233;navant laisser jouer les lois du march&#233; et laisser les loyers monter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais comment donner du grain &#224; moudre aux b&#233;tonneurs, aux promoteurs, aux banquiers sans qu'il y ait pour autant de pression sur les salaires ? Comment concilier les int&#233;r&#234;ts des capitalistes du logement, c'est-&#224;-dire des loyers &#233;lev&#233;s, tout en respectant les exigences de l'ensemble de la bourgeoisie en mati&#232;re de bas salaires ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement trouva la solution dans la fameuse APL, l'&#171; aide personnalis&#233;e au logement &#187;, et dans le PAP, le &#171; pr&#234;t d'accession &#224; la propri&#233;t&#233; &#187;, l'anc&#234;tre du pr&#234;t &#224; taux z&#233;ro. L'APL et le PAP furent de puissantes aides &#224; la consommation. Des locataires qui n'auraient jamais pu payer le loyer demand&#233; par les propri&#233;taires devenaient solvables.
L'APL est une aide qui a ceci de curieux qu'elle ne passe jamais par la poche du pr&#233;tendu b&#233;n&#233;ficiaire ! Elle est vers&#233;e directement au propri&#233;taire, ce qui r&#233;v&#232;le sa vraie nature : l'APL est une subvention aux propri&#233;taires pour maintenir des loyers &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;forme de 1977 fut un puissant soutien pour le march&#233; immobilier. La construction des maisons individuelles connut un v&#233;ritable boom. S'il y avait, en 1954, 35 % de propri&#233;taires en France, des ruraux pour l'essentiel, on en comptait 51 % en 1984. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, 66 % des constructions &#233;taient des maisons individuelles. Quant aux loyers, ils augment&#232;rent tout aussi r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au bout du compte, cela ne co&#251;ta pas moins cher &#224; l'&#201;tat. D'autant plus que le nombre d'allocataires de l'APL explosa avec la crise et le ch&#244;mage de masse. Mais ces aides furent surtout distribu&#233;es diff&#233;remment : elles allaient beaucoup plus vite et plus directement dans la poche des principaux int&#233;ress&#233;s : les propri&#233;taires, les banques, les promoteurs. Quant aux lois du march&#233; elles purent jouer librement, c'est-&#224;-dire laisser les prix s'envoler.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;Gouvernements de gauche ou de droite, une m&#234;me politique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les socialistes qui revinrent par trois fois au pouvoir s'inscrirent dans la continuit&#233; de cette politique. Ils auraient peut-&#234;tre pr&#233;f&#233;r&#233; une politique interventionniste comme celle men&#233;e par de Gaulle, qui avait tout de m&#234;me eu pour effet de construire du logement social. Mais avec la crise, les d&#233;penses en faveur de la classe capitaliste, les subventions, les exon&#233;rations d'imp&#244;ts et de cotisations grevaient de plus en plus le budget de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les socialistes au pouvoir n'eurent pas le courage politique d'imposer des sacrifices &#224; la bourgeoisie pour construire les logements n&#233;cessaires. Ni sous Mitterrand, ni sous Jospin il n'y eut de construction massive de logements sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les socialistes d&#233;non&#231;aient les marchands de sommeil, l'habitat indigne, mais prendre des mesures exceptionnelles pour trouver une solution aux milliers de familles priv&#233;es de logement d&#233;cent, ils ne le firent pas. Ils parl&#232;rent de r&#233;quisitionner des logements vides, mais dans les faits il y en eut tr&#232;s peu. Ils n'eurent m&#234;me pas le courage d'interdire les expulsions locatives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour prendre des mesures de ce type-l&#224;, il aurait fallu empi&#233;ter sur les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires et cela aurait &#233;t&#233; une bagarre contre toute l'opinion bourgeoise et petite-bourgeoise. Les socialistes auraient pu s'appuyer sur les travailleurs, sur leur force collective, mais ils ne l'ont pas tent&#233;. Dans les ann&#233;es 1920 et 1930, des maires socialistes s'&#233;taient battus becs et ongles aux c&#244;t&#233;s des travailleurs contre les lotisseurs, contre les promoteurs. Mais au gouvernement, le Parti socialiste n'a jamais eu une telle attitude, il s'est toujours conduit en serviteur fid&#232;le des int&#233;r&#234;ts des poss&#233;dants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les socialistes ne respectaient m&#234;me pas leurs propres engagements en mati&#232;re de construction de logements sociaux. Le gouvernement Jospin avait pr&#233;vu pour l'ann&#233;e 2000 les cr&#233;dits pour la construction de 80 000 logements sociaux. Seule la moiti&#233; fut construite. Car les offices HLM n'&#233;chappent pas aux lois du march&#233;. Ils ont d'abord du mal &#224; trouver des terrains constructibles &#224; des prix abordables. Ils ont aussi des difficult&#233;s pour trouver les entreprises de b&#226;timent pr&#234;tes &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel d'offre aux prix fix&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On parle de logement &#171; social &#187; mais celui-ci reste soumis aux lois du march&#233; ! Pour construire massivement, il faudrait r&#233;quisitionner des terrains, forcer les entreprises &#224; en rabattre sur leurs marges, ou alors il faudrait que l'&#201;tat se charge lui-m&#234;me de la construction. Mais cela, les socialistes n'en ont jamais eu la volont&#233; politique. Et la construction de logements sociaux ne fut pas relanc&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour sauver les apparences il y eut en d&#233;cembre 2000 la loi de Solidarit&#233; et Renouvellement Urbain (&#171; loi SRU &#187;), que fit voter Jean-claude Gayssot, ministre communiste du gouvernement Jospin. Elle fixe aux municipalit&#233;s de plus de 3 500 habitants un objectif de 20 % de logements sociaux. Mais il fallut au gouvernement de la gauche plurielle trois ans pour y penser et deux ans&#8230; pour ne pas l'appliquer. Aujourd'hui, les dirigeants socialistes ne se privent pas de d&#233;noncer les maires de droite des villes bourgeoises qui n'appliquent pas cette loi, mais lorsqu'ils &#233;taient au pouvoir, ils n'ont pas pris les mesures pour les y contraindre !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre innovation introduite par le PS en mati&#232;re de politique de logement, et qui, celle-l&#224;, eut un certain succ&#232;s, fut la politique de d&#233;molition des HLM. Alors qu'il manquait plus d'un million de logements sociaux, le gouvernement d&#233;bloqua l'argent pour d&#233;truire 5 000, 6 000 puis 10 000 logements HLM. La &#171; muraille de Chine &#187; &#224; Saint-&#201;tienne fut une des premi&#232;res barres dynamit&#233;es, 35 ans apr&#232;s sa construction. Cette politique porte le doux nom de mixit&#233; sociale. Mais &#233;tant donn&#233; qu'on d&#233;truit des appartements avant m&#234;me d'en avoir construit d'autres pour les remplacer, c'est une mesure qui aggrave encore la p&#233;nurie.
Sur le fond, il y eut continuit&#233; entre les politiques de la gauche et celle de la droite. La nouvelle politique amorc&#233;e sous Barre fut poursuivie : l'aide publique consacr&#233;e &#224; la construction de HLM r&#233;gressait. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, la construction de logement social fut de plus en plus en d&#233;calage avec les besoins et &#224; l'autre bout, sur le march&#233; libre, les loyers s'emballaient.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;La crise actuelle&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La crise permanente du logement se double d'une crise sp&#233;culative
Mis &#224; part la parenth&#232;se des ann&#233;es 1960, o&#249; l'&#201;tat a pris massivement en charge la construction de logements sociaux, il y a toujours eu une p&#233;nurie pour les travailleurs. Construire des logements de qualit&#233; pour la classe ouvri&#232;re n'est pas rentable. Pour que cela le devienne, il faut de puissantes subventions publiques, il faut que ce soit du logement subventionn&#233;. Et l'argent de l'&#201;tat sert rarement &#224; cela. C'est pourquoi la crise du logement est une crise permanente dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise.
Mais sur cette crise habituelle et permanente, s'est greff&#233;e ces vingt derni&#232;res ann&#233;es une de ces crises sp&#233;culatives dont la bourgeoisie a le secret. Depuis les ann&#233;es 1970 et 1980, les investissements productifs sont limit&#233;s par l'absence de d&#233;bouch&#233;s, et des capitaux cherchent le placement le plus lucratif. Des masses &#233;normes de capitaux se d&#233;placent ainsi d'un pays &#224; l'autre, d'une monnaie &#224; l'autre, d'un secteur &#224; l'autre et m&#234;me d'une bulle sp&#233;culative &#224; l'autre. En 2001, apr&#232;s l'&#233;clatement de la bulle sp&#233;culative autour d'Internet et des valeurs technologiques, les capitaux se sont rapatri&#233;s dans la sph&#232;re de l'immobilier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le moment o&#249; les promoteurs, les grandes banques, les assurances et les financiers ont per&#231;u que le march&#233; immobilier &#233;tait &#224; la hausse, ils se sont jet&#233;s dessus comme des vautours et ont ainsi eux-m&#234;mes conduit &#224; la hausse esp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sp&#233;culateurs s'int&#233;ress&#232;rent d'abord aux immeubles de luxe, aux bureaux, aux terrains et immeubles de centre-ville qui ont toujours constitu&#233; des placements int&#233;ressants et qui le sont d'autant plus aujourd'hui que m&#234;me le march&#233; de l'immobilier s'est mondialis&#233; et que les acheteurs riches viennent du monde entier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sp&#233;culateurs mont&#232;rent de nouvelles op&#233;rations plus juteuses les unes que les autres, comme les fameuses ventes &#224; la d&#233;coupe, o&#249; une soci&#233;t&#233; immobili&#232;re rach&#232;te en bloc un immeuble locatif pour revendre ensuite les appartements un &#224; un, quitte &#224; mettre dehors les locataires. Deux soci&#233;t&#233;s fonci&#232;res ont par exemple achet&#233; en 2003 des immeubles locatifs &#224; la Banque de France, &#224; Paris. Le m&#232;tre carr&#233; achet&#233; 4 900 euros fut propos&#233; &#224; la vente &#224; 7 400 euros, soit 50 % plus cher. Outre le fait que le gouvernement n'a rien fait pour prot&#233;ger les locataires contre de telles pratiques, il a pouss&#233; au crime sp&#233;culatif en inventant un nouveau r&#233;gime pour les investisseurs immobiliers qui leur permettait de ne pas &#234;tre tax&#233;s sur leurs plus-values. On ne pouvait faire mieux pour la sp&#233;culation !
M&#234;me la petite bourgeoisie a eu sa part. C'est d'ailleurs pour elle que furent con&#231;us les dispositifs d'incitation fiscale &#224; l'investissement locatif, dispositifs qui se sont succ&#233;d&#233; depuis 1984. Perissol, Besson, Robien, Borloo : presque chaque ministre a eu le sien, y compris Louis Besson, ministre socialiste sous Jospin. Par exemple, le dispositif Robien encore en vigueur donne droit &#224; un amortissement fiscal de 50 % de l'investissement, &#224; condition de louer son logement pendant neuf ans &#224; un loyer l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieur &#224; celui du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La collectivit&#233; paye la moiti&#233; du logement ! Les m&#233;decins, les avocats, les cadres sup&#233;rieurs, certains professeurs aussi, enfin tous ceux qui avaient un petit matelas d'&#233;conomies et des facilit&#233;s de cr&#233;dit ont saut&#233; sur la bonne affaire pour constituer, comme ils disent, un patrimoine &#224; leurs enfants. Puis d'autres, app&#226;t&#233;s par le gain, ont achet&#233;, deux, trois, quatre appartements et plus, pour les louer et arrondir les fins de mois. Les banques aussi se sont mises de la partie, pr&#234;tant sur de plus longues p&#233;riodes &#224; des taux relativement bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#193; des degr&#233;s divers, toute une classe sociale s'est mise &#224; sp&#233;culer sur le logement. Le logement est devenu pour elle un actif financier. Mais il n'a pas cess&#233; d'&#234;tre pour autant un bien vital pour des millions de personnes. Que les financiers sp&#233;culent sur les tableaux de ma&#238;tres ou sur les grands crus, c'est un probl&#232;me dans la mesure o&#249; ces capitaux ne servent pas &#224; la production utile, mais cela ne touche pas aux besoins vitaux de la grande majorit&#233;. La sp&#233;culation sur l'immobilier touche directement celui qui habite le logement et celui qui en cherche un.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et cette sp&#233;culation, elle, a &#233;t&#233; pay&#233;e par les familles les plus pauvres. La sp&#233;culation n'a pas port&#233; sur le logement social, en th&#233;orie hors du march&#233;, mais les cons&#233;quences de cette sp&#233;culation se sont r&#233;pandues de proche en proche, du logement de standing jusqu'&#224; la chambre de bonne. Car &#224; partir du moment o&#249; les classes moyennes ont eu du mal &#224; se loger, elles se sont rabattues sur les logements de moindre qualit&#233;, en chassant ceux qui avaient moins de ressources, et ainsi de suite jusqu'au parc social, o&#249; la p&#233;nurie s'est aggrav&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette p&#233;nurie fait encore la prosp&#233;rit&#233; de certains. Comme ce marchand de sommeil qui vient d'&#234;tre condamn&#233; et qui logeait dans un pavillon de Bagneux quatre personnes dans une chambre de moins de dix m&#232;tres carr&#233;s, sans fen&#234;tre, pour 480 euros par mois, ou encore celui-l&#224; qui fait payer 750 euros pour une simple chambre dans la cit&#233; de la Grande Borne &#224; Grigny. Sans parler des familles plac&#233;es par des associations, par les services sociaux ou par la pr&#233;fecture dans des h&#244;tels qui facturent jusqu'&#224; 2 500 euros par mois pour occuper une chambre o&#249; il est interdit de faire la cuisine. Le march&#233; est si lucratif que le groupe Accor a fait des propositions &#224; l'&#201;tat pour proposer des h&#233;bergements d'urgence. On en arrive aujourd'hui &#224; cette situation aberrante o&#249; les plus d&#233;sh&#233;rit&#233;s deviennent une source d'enrichissement pour les margoulins de toute esp&#232;ce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart des pays riches ont connu la m&#234;me vague sp&#233;culative. Aux &#201;tats-Unis, la sp&#233;culation sur l'immobilier a d&#233;bouch&#233; sur un krach aux cons&#233;quences dramatiques pour les familles les plus modestes. Deux millions de propri&#233;taires ont &#233;t&#233; expuls&#233;s ou vont l'&#234;tre faute de pouvoir rembourser des emprunts dont les taux ont explos&#233;. Dans le pays le plus riche de la plan&#232;te, des centaines de milliers de familles campent, habitent des caravanes &#224; c&#244;t&#233; de maisons vides. Car ce n'est pas un probl&#232;me de p&#233;nurie, les logements dont ils ont &#233;t&#233; chass&#233;s n'ont pas disparu, mais la sp&#233;culation et la flamb&#233;e des prix les ont rendus inaccessibles. On ne conna&#238;t pas encore toutes les cons&#233;quences en cha&#238;ne de la crise de l'immobilier am&#233;ricain sur les banques et sur l'ensemble de l'&#233;conomie mondiale. Mais les capitaux sp&#233;culatifs qui se sont retir&#233;s de l'immobilier aux &#201;tats-Unis ont d'ores et d&#233;j&#224; jet&#233; leur d&#233;volu sur les denr&#233;es alimentaires, le ma&#239;s, le bl&#233;, le riz et ils s&#232;ment d&#233;sormais la famine &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Il ne s'agit pas l&#224; d'abus ou de manque de conscience de quelques-uns, il s'agit d'un syst&#232;me &#233;conomique que la recherche de profits rend criminel.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;La politique actuelle du gouvernement ne peut qu'aggraver la crise&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En France, la sp&#233;culation sur l'immobilier semble ralentir. Mais nous n'avons pas fini d'en faire les frais. Les loyers du parc priv&#233; ont doubl&#233; ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Jamais dans notre histoire les loyers et les profits immobiliers n'ont &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;s. Ces prix interdisent &#224; de plus en plus de familles de se loger correctement dans le parc priv&#233;. Or le parc HLM est satur&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette situation ne peut que s'aggraver avec la politique actuelle. En 2007, les d&#233;penses de l'&#201;tat en faveur du logement social ont repr&#233;sent&#233; 1,11 % du PIB, le niveau le plus bas depuis trente ans. Le gouvernement se vante que la construction atteigne des sommets, avec 430 000 mises en chantier chaque ann&#233;e, mais il n'y a pas de quoi. La construction a red&#233;marr&#233; parce que les prix se sont envol&#233;s et qu'il &#233;tait possible pour les propri&#233;taires de faire les poches des locataires et de r&#233;aliser des profits consid&#233;rables ! Pour ce qui d&#233;pend de l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire la construction du logement social, elle ne repr&#233;sente que 8 % des constructions. Elle permet tout juste de compenser les d&#233;molitions de HLM encourag&#233;es par la politique de renouvellement urbain. Le parc social n'augmente que d'environ trente mille logements par an depuis dix ans alors qu'il y a 1 300 000 demandes de HLM en souffrance ! &#192; ce rythme, il faudrait plus de quarante ans pour que la p&#233;nurie se r&#233;sorbe. Mais le gouvernement ne propose pas de construire un seul logement HLM de plus. Il propose au contraire de vendre ceux qui sont construits ! Si l'objectif des 40 000 HLM vendus &#233;tait atteint cette ann&#233;e, le parc social pourrait diminuer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tout cas, il ne faut pas compter sur Saint-Maur-des-Foss&#233;s, Sceaux, Saint-Cloud ou Neuilly-sur-Seine, la ville de Sarkozy, pour augmenter le parc de logements sociaux ! &#192; Neuilly, les quelques appartements sociaux sont des appartements &#224; 800, 900 euros et ils logent les rejetons du monde financier et politique. Derni&#232;rement, la municipalit&#233; a d&#233;clar&#233; dans un sursaut d&#233;mocratique qu'elle &#233;tait pr&#234;te &#224; accueillir des &#171; vrais pauvres &#187; : elle parlait des agents de police et des instituteurs !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;sormais, les victimes de cette crise se trouvent aussi parmi les classes moyennes. Elles sont de plus en plus nombreuses &#224; se loger dans les logements sociaux des quartiers les moins d&#233;grad&#233;s, o&#249; elles sont accueillies &#224; bras ouverts au nom de la mixit&#233; sociale mais surtout parce qu'elles peuvent payer. Du coup, les plus pauvres sont rejet&#233;s plus loin et ont de plus en plus de mal &#224; se loger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, le gouvernement a le toupet d'accuser ces m&#234;mes classes moyennes d'abuser du logement social et de prendre la place des plus pauvres. Rendre responsables ceux qui sont victimes de la situation, c'est une vieille m&#233;thode &#224; laquelle la droite est rompue. Mais quelle hypocrisie et quel cynisme ! Quand on s'appelle Jupp&#233;, quand on est ministre comme Gaymard ou qu'on a des relations avec le monde des politiciens, on trouve facilement un HLM de 400 m&#232;tres carr&#233;s et qui plus est des plus luxueux, en plein centre de Paris. Des HLM o&#249; les pauvres entrent, mais par la porte de service pour y faire le m&#233;nage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il faut vraiment se moquer des plus pauvres pour oser afficher le slogan d'une &#171; France de propri&#233;taires &#187; ! D'abord, comment les m&#233;nages &#224; qui on refuse un logement HLM trouveraient-t-ils un cr&#233;dit pour acheter sur un march&#233; dont les prix ont explos&#233; ? Et puis, ce cr&#233;dit, il faut le payer sur des ann&#233;es, quoi qu'il arrive. Et combien de familles ont bascul&#233; dans le surendettement parce qu'elles ne parvenaient plus &#224; joindre les deux bouts ? Sans compter qu'il ne suffit pas d'acheter le logement, il faut ensuite l'entretenir. Aujourd'hui, les immeubles les plus d&#233;grad&#233;s dans les villes populaires ne sont pas seulement les HLM, il y a aussi les copropri&#233;t&#233;s appartenant &#224; des familles modestes qui n'ont jamais eu l'argent suffisant pour entretenir l'immeuble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Combien de familles victimes d'un licenciement se sont-elles retrouv&#233;es pi&#233;g&#233;es dans une r&#233;gion sinistr&#233;e, avec une maison sur les bras en ayant du mal &#224; la vendre ? Combien de familles ont-elles accept&#233; des sacrifices des ann&#233;es durant pour voir au bout du compte leur habitation saisie ?
Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, pr&#233;senter aux travailleurs la propri&#233;t&#233; d'une maison ou d'un appartement comme une s&#233;curit&#233; est un leurre qui se transforme tr&#232;s souvent en un v&#233;ritable pi&#232;ge.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6.2'&gt;&lt;/a&gt;Quelle politique pour les r&#233;volutionnaires ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le co&#251;t du logement est une catastrophe sociale. C'est un drame pour au moins trois millions de personnes. &#192; commencer par celles qui n'ont pas de toit sur la t&#234;te, comme ce d&#233;m&#233;nageur &#224; Paris qui passe son temps &#224; emm&#233;nager les autres pour gagner 910 euros mensuels et qui dort dans le m&#233;tro, comme l'a montr&#233; un r&#233;cent reportage t&#233;l&#233;vis&#233;. Les cent mille SDF ne sont que la partie visible de l'iceberg. Le drame, la souffrance quotidienne de ceux qui sont livr&#233;s aux marchands de sommeil, qui sont r&#233;duits &#224; vivre dans des chambres d'h&#244;tels ou dans des logements surpeupl&#233;s ne sont pas visibles. De temps en temps, le voile se l&#232;ve, comme cet hiver lorsqu'on a d&#233;couvert un int&#233;rimaire mort de froid dans sa voiture. Mais combien y a-t-il de trag&#233;dies comme celle de cette famille dont les quatre enfants sont atteints de saturnisme, maladie transmise par le plomb qui engendre des l&#233;sions irr&#233;versibles au cerveau, et &#224; qui les services sociaux demandent de patienter dans le logement insalubre ? Et combien de sacrifices impos&#233;s &#224; des millions de familles tout simplement pour payer le loyer ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, quand des familles ne se laissent pas faire, quand elles d&#233;cident de squatter des immeubles vides, quand des dizaines, des centaines de personnes d&#233;cident de camper au grand jour, eh bien cela fait partie de notre combat. Comme cela fait toujours partie du combat du mouvement ouvrier de se battre pour s'opposer &#224; des augmentations de charges ou contre les huissiers pour emp&#234;cher une expulsion. Les initiatives, comme celle rue de la Banque, men&#233;e par le DAL, Droit au Logement, &#224; l'hiver 2007, ou celle des tentes du canal Saint-Martin &#224; l'hiver 2006, sont mille fois l&#233;gitimes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la situation du logement ne peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e qu'&#224; l'&#233;chelle de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. C'est &#224; l'&#201;tat qu'il faut imposer une politique de grands travaux pour construire des logements corrects &#224; la port&#233;e des classes populaires. &#192; l'&#201;tat, et pas aux municipalit&#233;s. Les communes, aussi bien intentionn&#233;es soient-elles, et il y en a, surtout &#224; gauche, ne disposent pas des moyens suffisants. Il faut la puissance financi&#232;re et politique de l'&#201;tat. Il faut donc contraindre le gouvernement &#224; prendre les mesures d'urgence qui s'imposent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour commencer, r&#233;quisitionner les logements vacants. Sur les deux millions recens&#233;s, un certain nombre doivent &#234;tre habitables ! Il faut aussi r&#233;quisitionner une partie des logements sous-occup&#233;s par la bourgeoisie. Parce qu'il n'est pas supportable que des familles s'entassent dans des chambres de dix m&#232;tres carr&#233;s, pendant que des appartements de quatre cents m&#232;tres carr&#233;s sont occup&#233;s par une seule famille, voire par des personnes seules. En peu de temps, l'&#201;tat pourrait sortir d'un enfer quotidien le million de personnes livr&#233;es &#224; la rue ou &#224; un habitat provisoire.
Mais les r&#233;quisitions, m&#234;me massives, ne pourraient pas couvrir tous les besoins. Pour sortir de la crise actuelle, il faut un v&#233;ritable service public du logement, car il faut que l'&#201;tat construise en masse, et de toute urgence, les logements sociaux, en embauchant directement la main-d'oeuvre n&#233;cessaire et qu'il les loue &#224; prix co&#251;tant. Qu'on ne dise pas que les terrains manquent, qu'il y a le probl&#232;me du foncier. L'&#201;tat a les moyens de r&#233;quisitionner les terrains, y compris dans les quartiers bourgeois. Exproprier un petit propri&#233;taire pour construire une autoroute, lui envoyer les gendarmes, l'&#201;tat bourgeois sait le faire, cela ne lui pose aucun probl&#232;me !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Construire un million de HLM par an, ce qui permettrait de r&#233;sorber en trois ans la crise actuelle, co&#251;terait cent milliards &#224; l'&#201;tat. On nous dit que les caisses sont vides ? Mais l'&#201;tat distribue en aides publiques aux entreprises une somme consid&#233;rable. En ne comptant que l'aide de l'&#201;tat proprement dite, cela d&#233;passe d&#233;j&#224; les 65 milliards. Mais d'apr&#232;s un rapport officiel publi&#233; en 2006, en ajoutant toutes les formes d'aide, y compris celles indirectes, on avoisinerait les 250 milliards d'euros !
D'apr&#232;s le rapport d'une mission de parlementaires rendue publique en juin, rien que les niches fiscales sont &#233;valu&#233;es &#224; 73 milliards pour 2007. En supprimant ces niches fiscales et en arr&#234;tant les cadeaux aux entreprises, l'&#201;tat trouverait les moyens de construire, massivement. Mais cela, il faudra le lui imposer par une lutte puissante de l'ensemble du monde du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rapport de force essentiel et d&#233;cisif se joue entre les travailleurs et le patronat. Si des millions de travailleurs ne parviennent pas &#224; se loger, c'est que le patronat ne paye pas le minimum n&#233;cessaire. On ne peut pas se loger avec 900 euros de salaire ! M&#234;me les HLM refusent de louer &#224; d'aussi faibles revenus. Quand il s'agit de se loger &#224; proximit&#233; des villes, le smic n'est plus un minimum, il est en dessous du minimum !
La valeur de la force de travail est cens&#233;e correspondre &#224; ce que co&#251;te son entretien, la nourriture, le logement et les v&#234;tements. Eh bien, la bourgeoisie ne paye m&#234;me plus les salaires correspondant &#224; la valeur de cette force de travail. Elle ne se contente plus de la plus-value, du fruit du travail ; la bourgeoisie vole aussi une partie du salaire qu'elle doit au travailleur. Les marchands de sommeil et autres margoulins sont des parasites, mais ce ne sont pas eux qui dirigent la soci&#233;t&#233;, c'est la grande bourgeoisie, et c'est la lutte contre elle qui sera d&#233;cisive. Imposer des salaires corrects et garantir le pouvoir d'achat est un combat permanent que les travailleurs doivent mener contre la bourgeoisie. C'est un combat indispensable pour se d&#233;fendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'&#233;conomie capitaliste est incapable de r&#233;soudre d&#233;finitivement la question du logement en garantissant &#224; toutes et &#224; tous un logement correct. Elle est incapable de r&#233;pondre aux besoins vitaux de toute la population : se nourrir, se v&#234;tir, se loger et, en tant que communiste, je rajouterais s'&#233;duquer. Ces priorit&#233;s-l&#224;, seul peut les mettre en oeuvre un pouvoir repr&#233;sentant r&#233;ellement les int&#233;r&#234;ts des travailleurs et par l&#224; m&#234;me de l'ensemble des classes populaires. Pour ce pouvoir-l&#224;, ce serait une &#233;vidence qu'il faut satisfaire les besoins &#233;l&#233;mentaires avant de penser &#224; construire des palaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi de plus &#233;coeurant et de plus r&#233;voltant que ce capitalisme triomphant qui d&#233;ploie des milliards et des tr&#233;sors d'ing&#233;niosit&#233; pour construire des h&#244;tels sous-marins ou des pistes de ski &#224; Duba&#239; ! Dans les villes riches, et m&#234;me dans les quartiers riches des villes pauvres, les architectes rivalisent de prouesses avec leurs structures d'acier et de verre. Mais &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te, les villes qui grandissent aujourd'hui, Bombay, Mexico, Lagos, Nairobi, sont, elles, de plus en plus faites de brique brute, de parpaings, de t&#244;les et de b&#226;ches plastiques. Pour que ce ne soit pas cela l'avenir de la majeure partie de l'humanit&#233;, il faut d&#233;barrasser la soci&#233;t&#233; du capitalisme. Ce n'est qu'apr&#232;s avoir repris en main les r&#234;nes de l'&#233;conomie que l'on pourra r&#233;ellement organiser, planifier le logement pour tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; quoi ressemblera l'avenir plus lointain ? Est-ce que ces grandes agglom&#233;rations continueront de grandir ? Y aura-t-il deux mondes s&#233;par&#233;s : celui des villes, o&#249; la population se concentrera, et celui des campagnes, d&#233;sert&#233; ? Comme le disait Engels, il est &#171; oiseux &#187; de l'imaginer. La soci&#233;t&#233; communiste r&#232;glera ce probl&#232;me en fonction d'une multitude de choses, en fonction de l'organisation de la production la plus rationnelle, en fonction de l'organisation des transports, de l'&#233;cologie et m&#234;me des go&#251;ts de chacun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque la loi du profit ne sera plus qu'un &#233;l&#233;ment de notre m&#233;moire, un &#233;l&#233;ment du pass&#233; barbare de l'humanit&#233;, on pourra commencer &#224; se poser ces questions car, &#224; ce moment-l&#224; seulement, on pourra le faire sans arri&#232;re-pens&#233;e, sans hypocrisie, en mettant toutes les ressources disponibles au service de l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233; et de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>La grande bourgeoisie en France</title>
	
	
	
	

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Cette histoire n'a rien &#224; voir avec le mythe des jeunes hommes partis de rien, qui par leur inventivit&#233;, leur go&#251;t du risque, leur pers&#233;v&#233;rance, seraient devenus de grands patrons et auraient ainsi acquis une fortune bien m&#233;rit&#233;e. Non seulement cela est faux, mais cela recouvre une r&#233;alit&#233; bien plus sauvage. L'histoire de la bourgeoisie est une succession de pillages, de massacres. Puis elle s'est nourrie de l'esclavage, avant d'organiser l'exploitation du travail humain &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours des si&#232;cles, la bourgeoisie a toujours su utiliser l'&#201;tat - et ce malgr&#233; tous les discours sur le lib&#233;ralisme, sur l'initiative priv&#233;e. L'&#201;tat a servi le d&#233;veloppement du syst&#232;me capitaliste, a aid&#233; cette nouvelle classe dominante &#224; &#233;trangler toute la soci&#233;t&#233;, &#224; concentrer toutes les richesses produites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est assez dire que les liens entre les hommes politiques et la bourgeoisie ne sont pas nouveaux. Sarkozy n'est - comme les autres - qu'un valet de la grande bourgeoisie. Il est pay&#233; pour appliquer la politique de cette derni&#232;re et, surtout, pour la faire accepter par la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le v&#233;ritable pouvoir reste entre les mains d'une poign&#233;e d'individus ou de familles qui poss&#232;dent et monopolisent tous les moyens de production. Ce sont eux qui forment la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie dans son ensemble est une classe sociale plus vaste. Elle regroupe tous ceux qui vivent de l'exploitation, m&#234;me s'ils ne sont pas pour autant richissimes. Les esp&#232;ces de bourgeois sont vari&#233;es : certains vivent de leurs rentes, d'autres du commerce, certains sont &#224; la t&#234;te de leur entreprise, d'autres se contentent de coups dans la finance. Mais au-del&#224; de leur diversit&#233;, ils ont tous le m&#234;me cri de ralliement : la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, car c'est elle qui leur assure la possibilit&#233; de vivre de l'exploitation. Cela fait de tous ces bourgeois petits ou grands des soutiens &#233;conomiques, politiques et moraux de la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais quel que soit leur poids social et m&#234;me moral sur toute la soci&#233;t&#233;, ce ne sont pas les petits ou moyens poss&#233;dants qui dirigent la soci&#233;t&#233; et donnent leurs ordres au personnel politique. Depuis les d&#233;buts du capitalisme, ce sont des grandes familles bourgeoises, des dynasties, qui dominent l'&#233;conomie - ici, en France, les de Wendel, les Schneider, les Peugeot, la famille Schlumberger, les Rothschild, les Lazard, pour les plus anciens. Bien s&#251;r, dans l'histoire, certaines branches s'&#233;teignent souvent faute de descendants. D'autres parviennent &#224; se hisser aux sommets de la bourgeoisie comme les Bollor&#233; ou les Arnault.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement &#233;conomique, la p&#233;riode imp&#233;rialiste et aujourd'hui la mont&#233;e en puissance de la finance, le syst&#232;me s'est complexifi&#233; ; la domination de l'&#233;conomie passe par des r&#233;seaux financiers de plus en plus sophistiqu&#233;s. Mais, malgr&#233; tout, la grande bourgeoisie maintient son pouvoir &#233;conomique avec une remarquable continuit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;La naissance d'une classe exploiteuse&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En France, la bourgeoisie fit ses premiers pas modestes en plein Moyen &#194;ge. Peu avant l'an mil, la fin des invasions et des troubles permit aux paysans d'am&#233;liorer leurs productions agricoles, en particulier avec les grands d&#233;frichements. Dans un monde plus calme, o&#249; l'on mangeait mieux, l'augmentation de la population et la reprise des &#233;changes entra&#238;n&#232;rent l'essor des villes et avec elles, les habitants des bourgs, les bourgeois : commer&#231;ants ou artisans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La croissance des villes et de la bourgeoisie fut favoris&#233;e par la lutte qui opposait les rois de France aux seigneurs f&#233;odaux les plus puissants. En effet, il arrivait que la monarchie appuie la volont&#233; d'&#233;mancipation des villes pour obtenir le soutien des bourgeois lorsque cela affaiblissait les seigneurs. Les villes surent utiliser ces libert&#233;s relatives pour accro&#238;tre leur autonomie au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale. Leur prosp&#233;rit&#233; &#233;tait surtout celle des marchands qui reposait sur le commerce et sur l'exploitation du travail des artisans. Bien avant que la lutte des classes entre la bourgeoisie montante et la noblesse f&#233;odale soit arriv&#233;e &#224; maturit&#233;, les villes elles-m&#234;mes &#233;taient d&#233;chir&#233;es par la lutte entre les bourgeois - les marchands - et le petit peuple des villes. Ainsi &#224; l'int&#233;rieur des villes, certains bourgeois devenaient plus bourgeois que d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;veloppement &#233;conomique allait finir par entra&#238;ner la chute de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale. Car avec l'essor des &#233;changes et la mont&#233;e de la bourgeoisie, la noblesse, la classe dominante, devenait de plus en plus inutile, parasitaire. Engels &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt; D&#232;s le XVe si&#232;cle, les bourgeois des villes &#233;taient devenus plus indispensables &#224; la soci&#233;t&#233; que la noblesse f&#233;odale. Sans doute l'agriculture &#233;tait-elle l'occupation de la grande masse de la population, et par suite, la branche principale de la production. Mais (&#8230;), dans l'agriculture, l'essentiel n'&#233;tait pas la fain&#233;antise et les exactions du noble, mais le travail du paysan. D'autre part, les besoins de la noblesse elle-m&#234;me avaient grandi et s'&#233;taient transform&#233;s au point que, m&#234;me pour elle, les villes &#233;taient devenues indispensables ; ne tirait-elle pas des villes le seul instrument de sa production, sa cuirasse et ses armes ? Les tissus, les meubles et les bijoux indig&#232;nes, les soieries d'Italie, les dentelles du Brabant, les fourrures du Nord, les parfums d'Arabie, les fruits du Levant, les &#233;pices des Indes, elle achetait tout aux citadins - tout, sauf le savon.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie continuait &#224; prosp&#233;rer &#224; l'ombre de la monarchie absolue. Elle lui servait de comptable, de banquier, finan&#231;ait ses arm&#233;es ou encore faisait fonctionner son administration. Pour ceux qui entraient au service de l'&#201;tat royal, l'anoblissement n'&#233;tait pas loin. On parlait alors de noblesse de robe, de noblesse bourgeoise en quelque sorte. Les anoblis, en achetant des terres, r&#233;alisaient leur r&#234;ve d'int&#233;gration aux sommets de la soci&#233;t&#233;. Car pendant des si&#232;cles, la bourgeoisie montante, issue du monde f&#233;odal, chercha &#224; se fondre dans la noblesse et pas &#224; lui contester le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir du XVIIe si&#232;cle, l'histoire de la bourgeoisie prit une autre tournure. Le d&#233;veloppement du commerce international bouleversa l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la conqu&#234;te de l'Am&#233;rique par les conquistadors, apr&#232;s l'extermination des Indiens dans les mines d'or et d'argent du sous-continent, les marchands europ&#233;ens invent&#232;rent une nouvelle source de richesses : les plantations de canne &#224; sucre dans les Antilles produisant pour le march&#233; europ&#233;en. Ces plantations avaient besoin de main-d'oeuvre. Le commerce d'esclaves r&#233;pondit donc &#224; cette demande. Les bourgeois europ&#233;ens se lanc&#232;rent avec fr&#233;n&#233;sie dans ce qu'on a appel&#233; le commerce triangulaire. Il s'agissait d'aller arracher des hommes et des femmes d'Afrique pour les revendre comme esclaves en Am&#233;rique et revenir avec des cargaisons de sucre, de coton et de caf&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'esp&#233;rance de vie au travail sur les plantations n'exc&#233;dait pas cinq ans. On estime que la traite n&#233;gri&#232;re, dans son ensemble fit entre douze et treize millions de d&#233;port&#233;s. Comme l'&#233;crivait Marx : &#171; &lt;i&gt;Le capital (&#8230;) vient au monde suant le sang et la boue par tous les pores de sa peau.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l&#224; encore, la prosp&#233;rit&#233; des marchands fut aid&#233;e par la monarchie absolue. Colbert, ministre de Louis XIV, a encourag&#233; la cr&#233;ation des compagnies commerciales, favorisant la traite n&#233;gri&#232;re en particulier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Juste avant la r&#233;volution fran&#231;aise, six cents navires &#233;taient en permanence occup&#233;s &#224; ramener &#224; Rouen, Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Marseille, les produits des colonies, assurant la fortune des bourgeoisies de ces villes portuaires. Mais les b&#233;n&#233;fices dus &#224; l'&#233;conomie de plantation et au commerce triangulaire grossirent les richesses de toute la bourgeoisie. L'essor du commerce stimulait la croissance de toute la production. Il fallait des bateaux, mais aussi des v&#234;tements, et une multitude d'objets, pour les Antilles qui devaient importer de la m&#233;tropole le moindre clou. Ainsi, les directeurs des manufactures royales de tapisseries de Beauvais, les familles Motte et Danse s'enrichirent entre autres en vendant leurs marchandises dans les plantations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'esclavage joua aussi un r&#244;le dans la fortune de la famille Perier. Famille qui, bien que n'ayant rien &#224; voir avec la boisson du m&#234;me nom, fut une des principales dynasties bourgeoises fran&#231;aises jusqu'&#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Au XVIIIe si&#232;cle, Jacques Perier entama son ascension dans le commerce de toiles. Son fils, Claude Perier, ami du romancier Stendhal, acheta une terre qui lui fournit l'anoblissement et un ch&#226;teau dans lequel il d&#233;veloppa son industrie de toiles. En 1784, il ajouta &#224; son affaire le commerce du sucre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si les bourgeois de l'&#233;poque ambitionnaient surtout de s'int&#233;grer au syst&#232;me, le d&#233;veloppement de leur classe sociale, son activit&#233; &#233;conomique portaient en germe la ruine de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le passage du capitalisme commercial au capitalisme industriel allait engendrer des bouleversements &#233;conomiques et sociaux pour toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les tout premiers pas de l'industrie, avant l'invention des premi&#232;res machines, se sont faits dans les manufactures, l&#224; aussi sous la protection de l'&#201;tat. Colbert, encore lui, octroyait des privil&#232;ges importants &#224; ces bourgeois manufacturiers dont certains furent appel&#233;s &#224; un bel avenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; commencer par la famille de Dietrich - aujourd'hui l'entreprise est surtout connue pour fabriquer des chaudi&#232;res et des cuisini&#232;res, mais elle &#233;tait encore en 1995 n&#176;1 mondial du mat&#233;riel ferroviaire. Pour cette famille, la fortune commen&#231;a d&#232;s le XVIIe si&#232;cle, dans le n&#233;goce et la banque. Tr&#232;s vite, les de Dietrich occup&#232;rent aussi des charges municipales &#224; Strasbourg. En 1685, ils achet&#232;rent un premier haut fourneau. En m&#234;me temps, ils pr&#234;taient de l'argent au tr&#233;sor royal, avec des int&#233;r&#234;ts de 15 % tout de m&#234;me, et finirent par &#234;tre charg&#233;s du paiement des arm&#233;es pendant les guerres. &#192; partir du milieu du XVIIIe si&#232;cle, devenus fournisseurs officiels des arm&#233;es royales, ils furent anoblis. Toute cette activit&#233; ne les emp&#234;cha aucunement de regarder du c&#244;t&#233; de la traite des esclaves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la sid&#233;rurgie, la dynastie la plus connue est celle des de Wendel. C'est en 1704 que la famille acquit les forges d'Hayange. Le fondateur de la dynastie chercha &#224; se faire anoblir, ce qu'il obtint en 1730. Leurs nouvelles terres, proches de Longwy et de leurs for&#234;ts, assuraient le ravitaillement en charbon de bois pour les forges. Les de Wendel, comme les de Dietrich, travaillaient presque exclusivement pour les arsenaux et les arm&#233;es de la monarchie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la veille de la r&#233;volution fran&#231;aise, la bourgeoisie faisait tourner toute l'&#233;conomie. Elle &#233;tait porteuse des progr&#232;s dans les sciences, d'id&#233;es nouvelles, de techniques nouvelles comme la machine &#224; vapeur. Mais les archa&#239;smes de la soci&#233;t&#233; d'ancien r&#233;gime paralysaient son propre essor. La plus grande part des richesses produites et pr&#233;lev&#233;es sur la population continuait &#224; &#234;tre gaspill&#233;e dans le luxe de la cour, les guerres de successions ou les d&#233;penses des nobles. Le march&#233; national, indispensable au d&#233;veloppement de la production capitaliste, &#233;tait encore morcel&#233; par des douanes int&#233;rieures, des droits et des coutumes locaux. Des ministres de Louis XVI tent&#232;rent des r&#233;formes contre ces blocages &#233;conomiques. Mais ils se heurt&#232;rent aux nobles accroch&#233;s &#224; leurs privil&#232;ges. Il fallut donc le souffle d'une r&#233;volution pour d&#233;barraser la soci&#233;t&#233; des restes f&#233;odaux. Pourtant cette r&#233;volution fran&#231;aise n'a &#233;t&#233; ni sp&#233;cialement voulue, ni particuli&#232;rement appr&#233;ci&#233;e par la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise, une r&#233;volution pour la bourgeoisie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, la bourgeoisie chercha &#224; tenir &#224; l'&#233;cart du pouvoir le petit peuple et les paysans qui n'obtinrent m&#234;me pas le droit de vote. Mais la lutte r&#233;volutionnaire s'&#233;tendit et ce ne furent pas les beaux discours des parlementaires bourgeois qui sauv&#232;rent la r&#233;volution mais l'intervention du peuple, sa lutte dans les campagnes contre la domination de la noblesse, puis son &#233;nergie r&#233;volutionnaire face aux arm&#233;es de toute l'Europe monarchique. Bien des bourgeois furent effray&#233;s par l'intrusion du petit peuple, des sans-culottes, dans la vie politique. Certains durent &#233;migrer comme les de Wendel dont la forge d'Hayange fut vendue. La plupart des bourgeois ne support&#232;rent jamais la pr&#233;sence populaire dans les assembl&#233;es, les sans-culottes arm&#233;s, le poids social du petit peuple en r&#233;volution. Pourtant c'est la victoire de cette r&#233;volution populaire qui leur apporta le pouvoir politique et social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie profita plus directement encore de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Les terres des nobles &#233;migr&#233;s et de l'&#201;glise furent vendues comme biens nationaux. Elles revinrent surtout aux bourgeois qui purent les racheter. Les paysans n'en eurent que moins d'un tiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise marqua le d&#233;but de la fortune pour une certaine famille Peugeot, install&#233;e pr&#233;s de Montb&#233;liard depuis le XVIe si&#232;cle. Cette famille acheta des biens nationaux et put transmettre &#224; ses fils une teinturerie, une huilerie, un moulin, un battoir &#224; grains et des propri&#233;t&#233;s agrandies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La famille Perier sut profiter aussi des &#233;v&#233;nements politiques. Huit de ses membres furent d&#233;put&#233;s du Tiers-&#233;tat dans l'Assembl&#233;e constituante. Gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution fran&#231;aise, les Perier se mirent &#224; fabriquer des armes et purent racheter des parts des mines d'Anzin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des sp&#233;culateurs en tout genre fleurirent aussi dans ces temps r&#233;volutionnaires. Nombre de bourgeois trouv&#232;rent des moyens pour s'enrichir, en particulier en fournissant les arm&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de 1794, quand apr&#232;s Thermidor la r&#233;volution commen&#231;ait &#224; refluer, les sans-culottes furent pourchass&#233;s ; les riches, les financiers et les bourgeois triomph&#232;rent dans les rues et les salons parisiens. C'&#233;tait le retour &#224; l'ordre et aux affaires, c'&#233;tait le d&#233;but de l'&#226;ge d'or de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;La bourgeoisie au pouvoir&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;Le temps des financiers&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour en finir d&#233;finitivement avec les d&#233;sordres de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, les banquiers et les financiers aid&#232;rent Napol&#233;on Bonaparte &#224; faire un coup d'&#201;tat et &#224; devenir empereur. En 1800, Bonaparte cr&#233;a la Banque de France, financ&#233;e par des actionnaires priv&#233;s. Seuls les deux cents plus gros actionnaires participaient aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales et pendant plus d'un si&#232;cle les dirigeants de cette banque, les r&#233;gents, furent choisis en leur sein. D'o&#249; l'expression des &#171; deux cents familles. &#187; Parmi eux, on peut citer les Rothschild, les Perier, les Mallet, le banquier Jacques Laffitte. Et ne trouve-t-on pas aussi parmi les grands actionnaires de la banque de France, les Seilli&#232;re, anc&#234;tres du baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re, l'ancien dirigeant du Medef !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces Seilli&#232;re avaient profit&#233; de la r&#233;volution fran&#231;aise pour devenir banquiers. Mais ils &#233;taient d&#233;j&#224; commer&#231;ants et fournisseurs de drap militaire sous l'ancien r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, la p&#233;riode r&#233;volutionnaire avait irr&#233;m&#233;diablement balay&#233; la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, avait fait dispara&#238;tre toutes les entraves f&#233;odales. L'abolition des douanes int&#233;rieures et l'unification des poids, des mesures et des monnaies permirent de faciliter le commerce. La fin des corporations associ&#233;e &#224; l'interdiction de toute organisation ouvri&#232;re mettait &#224; la merci de la bourgeoisie industrielle des milliers de paysans chass&#233;s des terres, des milliers d'artisans ruin&#233;s, oblig&#233;s d'aller travailler dans les usines. Une nouvelle classe exploiteuse rempla&#231;ait d&#233;finitivement l'ancienne. Le droit et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e furent remodel&#233;s dans le sens des int&#233;r&#234;ts bourgeois. L'&#201;tat issu de la r&#233;volution fut d&#233;sormais au service de la bourgeoisie, il devint son point d'appui pour pr&#233;server son ordre social, pour d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques aussi bien contre ses concurrents &#233;trangers que contre la classe ouvri&#232;re. La p&#233;riode napol&#233;onienne consolida ce nouvel ordre social et aucun retour en arri&#232;re ne fut plus possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, dans un premier temps, avec le retour d'un roi et des grandes familles d'aristocrates, la bourgeoisie fut &#233;cart&#233;e du gouvernement. En 1830, les banquiers et les financiers orchestr&#232;rent une r&#233;volution qui porta au pouvoir un nouveau roi certes, mais un roi enti&#232;rement &#224; leur solde, Louis-Philippe, le roi bourgeois. Parmi ces banquiers &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, on trouve Casimir Perier. Depuis la r&#233;volution, les Perier avaient prosp&#233;r&#233;. L'un des fils avait repris les usines de toiles, un autre &#233;tait devenu industriel et d&#233;put&#233; &#224; Montargis, un autre encore dirigeait les mines d'Anzin. Le dernier, Casimir, devenu r&#233;gent de la Banque de France et fondateur de sa propre banque, occupa une place en politique en tant que d&#233;put&#233; puis pr&#233;sident du conseil sous Louis-Philippe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusqu'en 1848, le pouvoir politique fut monopolis&#233; par la bourgeoisie financi&#232;re. Elle continuait &#224; s'enrichir par la sp&#233;culation immobili&#232;re, la fourniture aux arm&#233;es, la dette publique, sans encore prendre trop de risques dans l'industrie. Elle ne mettra la main sur l'industrie que pour croquer les fruits cultiv&#233;s par d'autres.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;La premi&#232;re industrialisation&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'&#233;conomie connaissait des changements radicaux avec les d&#233;buts de la r&#233;volution industrielle, d&#233;marr&#233;e en Angleterre. D&#232;s 1847, Marx &#233;crivait, dans le Manifeste communiste : &#171; &lt;i&gt;La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe &#224; peine s&#233;culaire, a cr&#233;&#233; des forces productives plus nombreuses et plus colossales que l'avaient fait toutes les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines, l'application de la chimie &#224; l'industrie et &#224; l'agriculture, la navigation &#224; vapeur, les chemins de fer, les t&#233;l&#233;graphes &#233;lectriques, le d&#233;frichement de continents entiers, des populations enti&#232;res jaillies du sol - quel si&#232;cle ant&#233;rieur aurait soup&#231;onn&#233; que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, le textile fut le premier secteur m&#233;canis&#233;. Des entrepreneurs enrichis par le commerce se lanc&#232;rent dans l'aventure. Am&#233;d&#233;e Prouvost, fils d'un fabricant d'avant 1789, b&#226;tit ses premi&#232;res usines &#224; Roubaix. Mais c'est en Alsace que se concentraient les plus grands noms du textile : Dollfuss, Koechlin ou encore Schlumberger. Un fils Schlumberger &#233;pousa la fille d'un des principaux ministres de l'&#233;poque, Guizot. Celui-l&#224; m&#234;me qui avait lanc&#233; aux bourgeois la formule &#171; enrichissez-vous ! &#187;, conseil que les Schlumberger allaient suivre consciencieusement durant deux si&#232;cles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Peugeot se joignirent &#224; cette premi&#232;re industrialisation avec les biens achet&#233;s pendant la r&#233;volution. &#192; leur premi&#232;re filature, ils avaient ajout&#233; un moulin qui permettait de fabriquer de l'acier lamin&#233; &#224; l'usage des ressorts d'horlogerie et ils s'unirent &#224; la famille Japy. Depuis la r&#233;volution, ils se transmettaient des places de notables dans les municipalit&#233;s de la r&#233;gion comme ils se transmettaient leur h&#233;ritage industriel. Un des fils Peugeot participa m&#234;me aux barricades de 1830, ce qui restera ind&#233;niablement comme la derni&#232;re prestation r&#233;volutionnaire des Peugeot !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Bretagne, en 1822, Jean-Ren&#233; Bollor&#233; fondait son entreprise de papier et inventait le papier &#224; cigarettes en 1837.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de ce capitalisme familial, les chemins de fer furent le premier secteur industriel o&#249; la haute finance intervint, en particulier les fr&#232;res Pereire et les Rothschild.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il ne s'agissait pas pour eux de prendre trop de risques. L'&#201;tat vint tr&#232;s vite les soutenir. En 1842, Louis-Philippe promulguait une loi qui partageait les t&#226;ches entre l'&#201;tat et les compagnies priv&#233;es (c'est-&#224;-dire des associations de financiers). &#192; l'&#201;tat, l'achat des terrains, la construction des infrastructures, les ponts, les gares. Aux compagnies priv&#233;es de poser les rails, d'acheter le mat&#233;riel roulant et d'exploiter le tout. En clair, l'&#201;tat finan&#231;ait le chemin de fer et les compagnies en tiraient les b&#233;n&#233;fices !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des chemins de fer entra&#238;na dans son sillage la pouss&#233;e d'autres secteurs industriels : la sid&#233;rurgie et la m&#233;tallurgie. Il fallait des locomotives, des wagons ; il fallait du fer et de la fonte pour les rails, les gares, les ponts. Le nombre de hauts fourneaux doubla entre 1830 et 1848. La production de minerai de fer ou de houille aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les de Wendel que l'on a abandonn&#233;s fuyant la r&#233;volution, &#233;taient revenus sous l'Empire et avaient fait racheter leurs hauts fourneaux par un homme de paille. Par la suite, ils achet&#232;rent de nouvelles forges, avec l'aide financi&#232;re des Seilli&#232;re d'ailleurs. Ils devinrent les ma&#238;tres des forges de l'Est, en concurrence avec les Schneider, ma&#238;tres des forges du centre et du midi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est au milieu du XIXe si&#232;cle que commen&#231;a vraiment la saga des Schneider. Leur famille avait profit&#233; de la r&#233;volution fran&#231;aise en achetant des biens nationaux. Mais elle se retrouva assez vite ruin&#233;e. Dans les ann&#233;es 1830, les deux fils Schneider entr&#232;rent alors dans les affaires des Seilli&#232;re. Adolphe Schneider fit ses premiers b&#233;n&#233;fices avec l'approvisionnement des arm&#233;es envoy&#233;es occuper l'Alg&#233;rie. L'autre fils, Eug&#232;ne, mari&#233; avec la fille d'un baron d'empire, devint directeur d'une usine poss&#233;d&#233;e par les Seilli&#232;re. Enfin, les deux fr&#232;res achet&#232;rent ensemble les forges du Creusot, toujours avec l'aide des Seilli&#232;re et firent construire leur premi&#232;re locomotive en 1838.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Adolphe devint aussi maire puis d&#233;put&#233; du Creusot, ce qui lui permit de faire pression sur le gouvernement pour emp&#234;cher la concurrence des produits anglais. L'acquisition de participations dans des compagnies de chemin de fer lui facilita l'obtention de commandes pour ses propres usines du Creusot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un v&#233;ritable tissu d'entreprises industrielles, une multitude d'usines, de forges, de mines ont &#233;t&#233; &#224; la base de l'enrichissement de bourgeois grands et petits qui marqu&#232;rent la soci&#233;t&#233; de leur domination, de leur app&#226;t du gain, de leurs valeurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'industrie se d&#233;veloppa aussi sous la protection de l'&#201;tat. Celui-ci facilita la cr&#233;ation d'entreprises, mais surtout il prot&#233;gea la bourgeoisie fran&#231;aise de ses concurrents les plus avanc&#233;s : les Anglais, en &#233;levant des barri&#232;res douani&#232;res importantes. Alors que la r&#233;volution fran&#231;aise avait mis au go&#251;t du jour le lib&#233;ralisme politique et &#233;conomique, les premiers industriels ne furent pas g&#234;n&#233;s de r&#233;clamer un protectionnisme solide. Les tissus venant d'Inde - colonie anglaise - et les produits m&#233;tallurgiques anglais disparurent quasiment du territoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute organisation collective &#233;tait interdite, mais cela n'emp&#234;cha pas un Schlumberger de fonder la premi&#232;re association patronale. En 1840, c'est Fran&#231;ois Peugeot qui patronna l'anc&#234;tre de la f&#233;d&#233;ration des industries m&#233;caniques. Les liens entre Peugeot et ce qui allait devenir l'UIMM ne datent pas d'aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt;Expansion du capitalisme et exploitation&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Toute la richesse et la puissance bourgeoises se sont d&#233;velopp&#233;es sur la base de l'effroyable mis&#232;re ouvri&#232;re du XIXe si&#232;cle, &#233;poque o&#249; l'esp&#233;rance de vie dans les quartiers ouvriers n'exc&#233;dait pas 25 ans. Le travail des enfants d&#232;s cinq ou six ans ne posait aucun probl&#232;me moral &#224; cette bourgeoisie. Comment donc ! Ne pratiquait-elle pas la charit&#233; ? Thiers, futur massacreur de la Commune, expliquait ainsi : &#171; &lt;i&gt;Le riche est bienfaisant quelquefois, et il quitte ses palais pour visiter la chaumi&#232;re du pauvre, bravant la salet&#233; hideuse, la maladie contagieuse (&#8230;) Supposez toutes les fortunes &#233;gales, supposez la suppression de toute richesse et de toute mis&#232;re ; personne n'aurait les moyens de donner (&#8230;) vous auriez supprim&#233; la plus douce, la plus charmante, la plus gracieuse action de l'humanit&#233;. Triste r&#233;formateur, vous auriez g&#226;t&#233; l'oeuvre de Dieu en voulant la retoucher.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1848 pourtant, la classe ouvri&#232;re osa toucher &#224; l'oeuvre de Dieu. Lors des insurrections de f&#233;vrier et de juin, les bourgeois terroris&#233;s, d&#233;couvrirent leur nouvel ennemi : la classe ouvri&#232;re en armes, capable de leur contester le pouvoir politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir bris&#233; la r&#233;volte ouvri&#232;re de juin 1848, par peur de cette r&#233;volution, la bourgeoisie fran&#231;aise trouva alors refuge dans les bras d'un nouvel homme fort. La dictature politique de Napol&#233;on III, le Second empire, fut mise au service du d&#233;veloppement &#233;conomique de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Second empire favorisa les grandes compagnies de chemin de fer, en les aidant &#224; avaler les plus petites. Les concessions pour les compagnies furent octroy&#233;es pour 99 ans. Le r&#233;seau passa de 4 000 km de lignes en 1851 &#224; 17 000 en 1869. Dans le sillage du chemin de fer, la sid&#233;rurgie et la m&#233;tallurgie devinrent le coeur de l'industrie et donc les bastions de la grande bourgeoisie. Le Creusot, la ville-usine des Schneider qui employait 3 000 ouvriers en 1850, en employait 12 500 en 1870. Il en sortait 130 000 tonnes de fonte et une centaine de locomotives par an.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.4'&gt;&lt;/a&gt;Les d&#233;buts de la dictature du capital financier&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, l'industrie atteignit un nouveau stade de d&#233;veloppement. Le fonctionnement des grandes entreprises industrielles modernes n&#233;cessitait des capitaux de plus en plus importants, d&#233;passant les possibilit&#233;s du capitalisme familial du d&#233;but du si&#232;cle. La naissance des banques de d&#233;p&#244;ts apporta une r&#233;ponse &#224; ce probl&#232;me. En 1863, Henri Germain, un industriel de la soie &#224; Lyon fonda le Cr&#233;dit Lyonnais. La Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale fut cr&#233;&#233;e en 1864 avec la participation de Schneider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces banques servirent &#224; drainer l'&#233;pargne de la population - du moins de ceux qui avaient de quoi &#233;pargner. Elles concentraient alors des capitaux, qu'elles pouvaient pr&#234;ter &#224; l'industrie&#8230; avec int&#233;r&#234;t. En remboursant les pr&#234;ts et les int&#233;r&#234;ts, les capitalistes versaient aux banques une partie de la plus-value produite par les ouvriers dans leurs usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi les banques et l'industrie m&#234;laient leurs int&#233;r&#234;ts comme elles commen&#231;aient &#224; m&#234;ler leurs ramifications, donnant naissance &#224; ce qu'on appelle le capital financier. Les entreprises cessaient d'&#234;tre des propri&#233;t&#233;s individuelles ou familiales et passaient de plus en plus sous la coupe de grands actionnaires. Par ce ph&#233;nom&#232;ne, une poign&#233;e de capitalistes les plus fortun&#233;s mettaient la main sur toute l'&#233;conomie, sur tous les moyens de production et les moyens financiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l'on retrouve les noms de la haute finance et de la grande industrie dans ce petit monde tr&#232;s ferm&#233;. En 1869, un journaliste recensait 183 financiers qui se partageaient le pouvoir &#233;conomique, dont une &#233;lite toute-puissante d'une trentaine de personnes. Ces grands capitalistes avaient bien s&#251;r, en plus, des liens &#233;troits avec le monde politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eug&#232;ne Schneider, par exemple, fut sous le Second empire pr&#233;sident du Comit&#233; des Forges, l'organisation du patronat. Mais aussi ministre du Commerce et de l'Agriculture, vice-pr&#233;sident puis pr&#233;sident du Corps l&#233;gislatif (la Chambre des d&#233;put&#233;s de l'&#233;poque).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un historien, Jean-Louis Beaucarnot, &#233;voque la collusion entre ces grands bourgeois et le pouvoir en racontant une sc&#232;ne qui se d&#233;roule au Palais-Bourbon dans les ann&#233;es 1860. &#192; ce moment, la sid&#233;rurgie fran&#231;aise &#233;tant devenue comp&#233;titive sur les march&#233;s internationaux, les commandes affluaient de toute l'Europe, sauf de l'Angleterre. On est donc en s&#233;ance, pr&#233;sid&#233;e par Eug&#232;ne Schneider, un d&#233;put&#233; discourt mais Schneider l'interrompt pour lire une d&#233;p&#234;che qu'on vient de lui remettre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Schneider prend alors la parole. Sa voix, l&#233;g&#232;rement &#233;trangl&#233;e, trahit une &#233;motion &#233;vidente. Aussit&#244;t le silence se fait. &#8220;Messieurs je viens d'&#233;prouver la plus grande joie de ma vie. Permettez-moi de vous en faire part&#8230;&#8221; Il se tait quelques secondes&#8230;. &#8220;Le Creusot vient de vendre quinze locomotives &#224; l'Angleterre. Vous entendez, Messieurs, &#224; l'Angleterre !&#8221; L'assistance unanime applaudit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce genre de sc&#232;nes allait se reproduire de nombreuses fois par la suite, jusqu'&#224; nos jours. Pas seulement &#224; propos des locomotives, mais aussi des avions, des trains, des centrales nucl&#233;aires. Et pas seulement vis-&#224;-vis de l'Angleterre, mais aussi des &#201;tats-Unis, de la Chine. Le seul changement, c'est que les grands bourgeois n'&#233;prouvent plus autant qu'avant le besoin d'occuper eux-m&#234;mes des places de ministres ou de d&#233;put&#233;s. Ils laissent faire leurs commis politiques, &#224; qui il suffit juste de payer une croisi&#232;re en yacht, de temps en temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La puissance de la grande bourgeoisie, en cette fin du XIXe si&#232;cle, se r&#233;percute sur son mode de vie. On s'ach&#232;te un h&#244;tel particulier &#224; Paris, un ch&#226;teau en province, les deux si possible. &#192; Paris, des quartiers bourgeois sont b&#226;tis loin des quartiers populaires. Les fortunes s'&#233;talent &#224; travers les tenues des femmes, les soir&#233;es mondaines &#224; l'Op&#233;ra, les oeuvres d'art que l'on collectionne. La maison Herm&#232;s, fond&#233;e en 1837, se chargeait d'inventer les &#233;quipages les plus luxueux possibles pour les cal&#232;ches des bourgeois. Son succ&#232;s fut tel, que le fondateur de la maison alla m&#234;me jusqu'en Russie pour &#233;quiper les cal&#232;ches du Tsar.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mode de vie des bourgeois imposait un nombre important de domestiques que l'on traitait avec le dernier m&#233;pris. Ainsi les milieux bourgeois catholiques qui ont toujours d&#233;fendu l'interdiction de travailler le dimanche&#8230; n'ont jamais imagin&#233; pouvoir se passer de leurs propres domestiques le dimanche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie singeait toujours les moeurs des nobles. Dans les grandes familles on mariait encore les filles, on les vendait devrait-on dire, &#224; des nobles pour redorer le nom de famille. Quelques ann&#233;es plus tard, il fallut encore sept tomes &#224; Marcel Proust pour d&#233;crire dans son roman &#192; la recherche du temps perdu &#224; quel point la bourgeoisie, malgr&#233; ses richesses, r&#234;vait encore de s'int&#233;grer &#224; la noblesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si l'on grattait un peu le vernis de raffinement et de culture de cette bourgeoisie qui se pavanait dans les salons des aristocrates parisiens, on trouvait la brutale r&#233;alit&#233; des usines, la r&#233;alit&#233; d'une classe qui b&#226;tissait sa fortune au prix de milliers de vies : celles des ouvriers us&#233;s et souvent tu&#233;s au travail dans les nouvelles usines. La bourgeoisie menait la lutte de classe avec acharnement. Les moindres concessions, comme l'interdiction du travail des enfants &#224; l'usine ou la possibilit&#233; de cr&#233;er une caisse d'entraide pour les vieux ou les ch&#244;meurs, durent &#234;tre arrach&#233;es par la classe ouvri&#232;re au prix d'affrontements souvent meurtriers avec l'arm&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin du Second empire, en 1871, &#233;clata la Commune de Paris. Pendant cent jours, Paris connut un v&#233;ritable pouvoir ouvrier. Ce fut le premier exemple - et le seul en France - d'un &#201;tat choisissant syst&#233;matiquement le camp des travailleurs contre celui des bourgeois. La classe ouvri&#232;re qui, en s'armant, s'&#233;tait donn&#233; les moyens d'exercer le pouvoir a &#233;t&#233; capable, en quelques semaines, de mesures aussi embl&#233;matiques que la r&#233;duction du temps de travail, le droit de vote aux &#233;trangers ou encore l'&#233;ducation pour les filles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La peur de la bourgeoisie devant cette r&#233;volution, ce nouveau monde en gestation, se mesura &#224; l'ampleur de la r&#233;pression. La bourgeoisie montra toute sa haine de classe et chargea Thiers d'&#233;craser la Commune. Des montagnes d'insultes, de calomnies d'abord. Puis le bombardement de Paris et ensuite 30 000, 40 000 morts. Les survivants d&#233;port&#233;s vers l'Alg&#233;rie ou vers la Nouvelle Cal&#233;donie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.5'&gt;&lt;/a&gt;Le capitalisme s&#233;nile, l'imp&#233;rialisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'expansion du capitalisme se poursuivit et m&#234;me s'intensifia par la suite, sous la IIIe R&#233;publique. Les ann&#233;es 1880-1914 furent celles du capitalisme triomphant. Les progr&#232;s techniques et industriels furent fulgurants. Qu'on s'imagine qu'une seule g&#233;n&#233;ration a vu l'invention de l'&#233;lectricit&#233;, de l'automobile, du tramway, du m&#233;tro, l'&#233;clairage des villes, les ascenseurs, le t&#233;l&#233;phone et m&#234;me l'avion. Toute la soci&#233;t&#233; finit par &#234;tre boulevers&#233;e par l'industrie et ses mutations. Dans tous les domaines, des entreprises apparaissaient, se d&#233;veloppaient, partaient &#224; la conqu&#234;te des march&#233;s, quand elles n'en cr&#233;aient pas carr&#233;ment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certaines des entreprises cr&#233;&#233;es &#224; cette &#233;poque allaient conna&#238;tre un bel avenir, par exemple celle de la famille Ricql&#232;s. Avant de se sp&#233;cialiser dans les boissons et bonbons &#224; la menthe, les Ricql&#232;s avaient commenc&#233; dans le textile en Alsace au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. Mais ils quitt&#232;rent l'Alsace en 1871, quand celle-ci devint allemande, pour aller s'installer &#224; Elbeuf, &#224; quelque 700 km. &#171; &lt;i&gt;Les ouvriers suivirent &#224; pied&lt;/i&gt; &#187;, raconte simplement la petite fille de la famille. L'usine install&#233;e &#224; Elbeuf faisait travailler 1 200 ouvri&#232;res. Cette famille bourgeoise, comme tant d'autres, avait le sens de la charit&#233;. La grand m&#232;re apportait donc g&#233;n&#233;reusement des bonbons - made in Elbeuf - &#224; toute nouvelle accouch&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; l'entreprise Bollor&#233;, elle &#233;tait d&#233;j&#224; au d&#233;but du XXe si&#232;cle fournisseur de tous les g&#233;ants am&#233;ricains du tabac, et une cigarette sur dix dans le monde &#233;tait roul&#233;e dans du papier Bollor&#233;. Il n'y avait jamais de gr&#232;ve chez les Bollor&#233;, v&#233;ritables dictateurs locaux ; et un ouvrier fut un jour renvoy&#233; pour avoir refus&#233; que ses enfants aillent &#224; la messe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'invention du pneumatique en caoutchouc fit surgir un certain nombre de firmes. La maison Michelin, datant du milieu du XIXe si&#232;cle, prit son essor &#224; la fin du si&#232;cle. En 1891, l'invention du pneu d&#233;montable de bicyclette donna la victoire &#224; un coureur cycliste &#233;quip&#233; par Michelin lors d'une course Paris-Brest. On raconte quand m&#234;me que les fr&#232;res Michelin avaient pris le soin de faire mettre des clous sur le parcours pour crever les pneus de tous les concurrents et forcer la victoire de leur poulain qui avait des pneus d&#233;montables...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute cette p&#233;riode de d&#233;veloppement &#233;conomique fut aussi marqu&#233;e par une s&#233;rie de crises et de d&#233;pressions. En effet, m&#234;me en pleine expansion du capitalisme, les crises se reproduisent r&#233;guli&#232;rement, car elles font partie du fonctionnement normal du syst&#232;me, elles lui servent de r&#233;gulateur. Elles permettent aux entreprises industrielles ou bancaires les plus performantes de racheter les plus petites ou de les couler d&#233;finitivement. Apr&#232;s chaque crise, les entreprises se retrouvent moins nombreuses, plus concentr&#233;es, plus grandes. Certaines soci&#233;t&#233;s ont ainsi profit&#233; des crises du XIXe si&#232;cle pour former de v&#233;ritables empires, en englobant toutes les activit&#233;s de leur secteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment dans la sid&#233;rurgie les de Wendel et les Schneider ont fond&#233; de tels empires avec des mines, des hauts fourneaux, des usines m&#233;caniques ou m&#234;mes des chantiers navals.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de concentration et de monopole fut encore plus rapide et marquant dans les industries nouvelles ou innovantes comme la chimie. Au d&#233;part, de nombreuses entreprises &#233;taient l'oeuvre d'un homme ou d'une famille comme la famille Poulenc, la famille Roussel ou encore un certain Alfred Rangot, qui prit le nom de son beau-p&#232;re : P&#233;chiney. En 1910, P&#233;chiney, sp&#233;cialis&#233; dans l'aluminium, participait avec deux autres producteurs seulement &#224; une association monopolisant la vente d'aluminium. En 1912, l'entente des producteurs d'aluminium devint internationale pour s'implanter aux &#201;tats-Unis et en Norv&#232;ge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Saint-Gobain, ancienne manufacture royale des verreries, se tourna vers la chimie. D&#232;s 1886, des accords furent pass&#233;s et l'essentiel de la production se retrouva dans les mains de cinq entreprises, domin&#233;es en fait par Saint-Gobain. Il y aura 24 usines de ce groupe dans le monde en 1914, employant 20 000 ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mythique capitalisme de libre concurrence avait fait long feu. Les ententes, les cartels, les entreprises imposant leurs lois, leurs prix, leur volont&#233; &#233;taient devenus monnaie courante. Avec une stabilit&#233; &#233;tonnante, car les groupes dominant l'&#233;conomie en France &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, sont quasiment les m&#234;mes que ceux qui dominent l'&#233;conomie, en ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous ces groupes ayant acquis des positions de force sur les march&#233;s, faisant ob&#233;ir les gouvernements, se lanc&#232;rent &#224; la conqu&#234;te des march&#233;s &#233;trangers. Ce fut le temps de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les capitaux en trop grand nombre sur le march&#233; national, furent export&#233;s sous la forme de pr&#234;ts aux &#201;tats - comme les fameux emprunts russes. &#201;tats qui finirent par devenir d&#233;pendants du capital europ&#233;en, &#224; cause de leurs dettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exportation de capitaux fut parfois plus directe encore. En 1913, Schneider prit des participations dans l'entreprise tch&#232;que Skoda. &#192; la m&#234;me &#233;poque, il partageait avec Krupp (son concurrent allemand) la direction des usines Poutilov en Russie. Usines qui, concentrant des milliers d'ouvriers, furent un des foyers de la r&#233;volution russe de 1917.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conqu&#234;te de march&#233;s &#233;trangers, de champs d'investissements nouveaux et de mati&#232;res premi&#232;res poussa &#224; la colonisation. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, les politiciens fran&#231;ais, Jules Ferry en t&#234;te, se firent donc les chantres de cette colonisation. Nombre de bourgeois trouv&#232;rent les moyens de faire des profits &#224; travers la colonisation. En commen&#231;ant par le pillage des richesses et l'exploitation de toutes les populations avec le travail forc&#233;, le portage y compris pour les femmes et les enfants. Pour bien des peuples colonis&#233;s, le capitalisme triomphant, c'&#233;tait le triomphe de la barbarie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode, la bourgeoisie fran&#231;aise trouva aussi son syst&#232;me politique ad&#233;quat. Jusque l&#224;, seuls les bourgeois les plus puissants fr&#233;quentaient les all&#233;es du pouvoir et pesaient sur ses d&#233;cisions. La R&#233;publique et son syst&#232;me parlementaire donnaient une plus large place &#224; la bourgeoisie moyenne, celle qui dominait la &#171; bonne soci&#233;t&#233; &#187; des villes de province, ses d&#233;put&#233;s, son pr&#233;fet, son &#233;v&#234;que et ses notables. De quoi peser pour obtenir le d&#233;tour d'une ligne de chemin de fer ou d'une route pour desservir l'usine locale. Ce syst&#232;me et son verni d&#233;mocratique avaient aussi l'avantage de souder autour de la grande bourgeoisie une bonne partie de la population : les petits-bourgeois, les paysans, voire l'aristocratie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la R&#233;publique restait une dictature contre la classe ouvri&#232;re. Les lois sociales ont d&#251; &#234;tre arrach&#233;es une &#224; une au patronat arc-bout&#233; sur ses privil&#232;ges et ses profits. De nombreuses luttes se sold&#232;rent par des affrontements violents. Le premier mai 1891 l'arm&#233;e tirait sur les manifestants &#224; Fourmies faisant neuf morts. En 1907 de nouveau des affrontements dans le Sud-Ouest avec les viticulteurs. Des morts encore dans la banlieue parisienne en 1907 lors de gr&#232;ves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les organisations patronales se mobilis&#232;rent contre le mouvement ouvrier. En 1901, le Comit&#233; des forges cr&#233;ait l'UIMM, sp&#233;cialis&#233;e - d&#233;j&#224; ! - dans le &#171; traitement des probl&#232;mes sociaux ! &#187;. C'est dire que la caisse noire de l'UIMM pour briser les gr&#232;ves ne date pas de cet &#233;t&#233;. Certes, derni&#232;rement, Gautier Sauvagnac affirmait : &#171; &lt;i&gt; Il n'y a jamais eu de corruption, de financement politique, d'achat de parlementaires, ou de signatures lors d'un accord syndical, jamais.&lt;/i&gt; &#187; Mais quinze jours apr&#232;s, on apprenait que l'UIMM avait vers&#233; 550 000 euros pour soutenir le trust PSA confront&#233; aux cinq cents gr&#233;vistes de son usine d'Aulnay.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, la p&#233;riode &#233;tait r&#233;volue o&#249; la bourgeoisie &#233;tait une classe porteuse de progr&#232;s &#233;conomique. S'annon&#231;aient alors les catastrophes que l'imp&#233;rialisme allait co&#251;ter &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.6'&gt;&lt;/a&gt;La guerre : au bonheur des riches et des grands bourgeois&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En 1914, les imp&#233;rialismes europ&#233;ens, pour se repartager le monde et le d&#233;pecer &#224; leur avantage, d&#233;clench&#232;rent la premi&#232;re guerre mondiale. Dans toute l'Europe, soixante-dix millions d'hommes partirent comme soldats. Dix millions ne revinrent jamais. Le monde sembla s'embourber dans l'horreur des tranch&#233;es. Les hommes qui ne perdirent pas la vie, perdirent la t&#234;te devant tant de massacres, tant de morts. Anatole France clamait : &#171; &lt;i&gt;On croit mourir pour sa patrie, on meurt pour les banquiers&lt;/i&gt; &#187; ! Ce ne sont pas seulement les banquiers mais toute la grande bourgeoisie qui b&#233;n&#233;ficia de cette guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord les marchands de canons &#233;videmment. Les de Dietrich par exemple. Depuis la fin du XIXe si&#232;cle, ils avaient un pied de chaque c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re profitant ainsi, aussi bien du march&#233; allemand que du march&#233; fran&#231;ais. La premi&#232;re guerre mondiale fit exploser leurs profits. Pendant les quatre ann&#233;es de guerre, ils firent plus de b&#233;n&#233;fices que lors des seize ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Et pour faire bonne mesure, on trouvait un de Dietrich d&#233;put&#233; au Reichstag pendant que d'autres de ses enfants &#233;taient dans l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre industrie qui gagna &#233;norm&#233;ment dans la guerre, ce fut l'automobile, mais pas toujours en fabriquant des voitures. Toutes les grandes firmes automobiles surent obtenir des march&#233;s juteux de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1915, Andr&#233; Citro&#235;n d&#233;crochait un contrat pour un million d'obus. Pour les fabriquer, il obtint aussi de l'&#201;tat, une aide pour la construction d'une usine g&#233;ante, quai de Javel &#224; Paris. Les obus furent livr&#233;s avec plusieurs mois de retard. Un rapport &#233;tablit que Citro&#235;n avait vendu ces obus deux fois plus cher que le prix du march&#233;. Il ne fut jamais publi&#233;. En revanche les aides de l'&#201;tat lui permirent de moderniser et d'introduire le travail &#224; la cha&#238;ne dans cette usine tournant principalement avec une main-d'oeuvre f&#233;minine sous-pay&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berliet s'enrichit dans les camions ; Renault avec les tracteurs, les avions, les chars, sans oublier les fameux taxis de la Marne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux Peugeot, apr&#232;s avoir prosp&#233;r&#233; dans diff&#233;rents domaines, comme on l'a vu, ils s'&#233;taient lanc&#233;s dans l'automobile avant la guerre. L'usine de Sochaux fut fond&#233;e en 1912 et produisait d&#233;j&#224; 4 000 voitures en 1913. Pendant la guerre, la soci&#233;t&#233; Peugeot re&#231;ut 26 millions de l'&#201;tat pour fabriquer des moteurs d'avions de chasse, dont aucun ne sera jamais livr&#233;, mais cela lui permit d'agrandir ses installations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres entreprises profit&#232;rent des commandes de guerre. Dans la chimie, P&#233;chiney fut un des premiers &#224; se consacrer &#224; la production de guerre et &#224; profiter des aides de l'&#201;tat. Le minist&#232;re de l'armement construisit et &#233;quipa &#224; son profit une usine &#224; Saint-Auban.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est aussi gr&#226;ce &#224; la guerre que se forgea l'empire Boussac. Marcel Boussac, n&#233; en 1889 dans une famille de n&#233;gociants en tissus, fut mobilis&#233; en 1914 mais trouva imm&#233;diatement le moyen de ne pas aller au front et mit la main sur des usines dans les Vosges. Il vendit pour 75 millions de francs de fournitures &#224; l'arm&#233;e, entre 1914 et 1918 : chemises, cale&#231;ons, &#233;tuis de masques &#224; gaz. La guerre fit sa fortune. En 1918, il pouvait donc racheter des usines d&#233;faillantes et se retrouvait &#224; la t&#234;te de 15 000 ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien souvent les patrons ont grug&#233; l'&#201;tat et se sont enrichis sur le dos des soldats. La soci&#233;t&#233; de moteurs d'avions Gnome et Rh&#244;ne (future SNECMA) vendit ses pi&#232;ces &#224; l'arm&#233;e trois fois leur prix r&#233;el. Une grande soci&#233;t&#233; de p&#234;cherie, La Morue fran&#231;aise, livra aux troupes 600 tonnes de poissons avari&#233;s. Il faut dire que le sous-secr&#233;taire d'&#201;tat au ravitaillement, Joseph Thierry, &#233;tait &#233;galement administrateur de cette soci&#233;t&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les profits d&#233;gag&#233;s pendant la guerre furent faramineux. Globalement c'est toute la grande bourgeoisie qui en sortit renforc&#233;e et enrichie. Pendant que les rentiers, les bourgeois moyens ou petits se retrouvaient ruin&#233;s, la haute bourgeoisie elle, vit ses positions assur&#233;es, sa fortune augment&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains historiens ont mis en avant la mort au combat de nombreux fils de bourgeois, pour montrer qu'ils avaient aussi pay&#233; la guerre. Mais cela ne prouve qu'une chose : c'est qu'en plus d'avoir envoy&#233; &#224; la mort plus de dix millions de fils de paysans et d'ouvriers, la bourgeoisie &#233;tait pr&#234;te aussi &#224; sacrifier une partie de ses propres enfants sur l'autel de ses profits.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.7'&gt;&lt;/a&gt;Le repli sur l'empire colonial&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'apr&#232;s-guerre fut une p&#233;riode de concentration des entreprises. Des nouveaux secteurs apparurent comme le p&#233;trole. Les fils Schlumberger - ceux du fondateur de la filature de coton alsacien qui avait &#233;pous&#233; la fille du ministre Guizot - fond&#232;rent une entreprise de prospection p&#233;troli&#232;re et assur&#232;rent ainsi leur p&#233;rennit&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une partie des capitalistes fran&#231;ais pr&#233;conis&#232;rent la mise en valeur de l'empire colonial - c'est-&#224;-dire l'intensification de l'exploitation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1920, la banque de Paris et des Pays Bas fut &#224; la base du tristement c&#233;l&#232;bre Office du Niger. Cet office se chargea de la construction de la ligne de chemin de fer Congo-Oc&#233;an qui se solda par une v&#233;ritable h&#233;catombe pour la main-d'oeuvre r&#233;quisitionn&#233;e de force. 17 000 personnes seraient mortes lors de ce chantier. Le massacre fut tel que le train fut baptis&#233; : &#171; &lt;i&gt;mangeur d'hommes&lt;/i&gt; &#187;. Un mort pour chaque trav&#233;e, voil&#224; ce qui se racontait !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es vingt, Marcel Boussac se tourna vers les colonies pour trouver le coton dont il avait besoin. En 1928, l'&#201;tat fran&#231;ais lui rendit un fier service en imposant aux paysans tchadiens la culture obligatoire du coton. Des fonctionnaires coloniaux se chargeaient de l'encadrement et du transport des marchandises. Il ne restait plus &#224; Boussac qu'&#224; r&#233;cup&#233;rer le coton &#224; bas prix pour ses usines et &#224; engranger les profits. D'un autre c&#244;t&#233;, les colonies lui offraient aussi un march&#233; prot&#233;g&#233; pour vendre ses tissus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lesieur fit fortune de la m&#234;me fa&#231;on en profitant de la culture d'arachide au S&#233;n&#233;gal. &#192; partir de 1925, Michelin investit dans les plantations d'h&#233;v&#233;as d'Indochine pour obtenir du caoutchouc naturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De Dietrich, reconverti dans les chaudi&#232;res et les autorails, re&#231;ut des commandes de l'&#201;tat pour l'empire colonial, pour les chemins de fer en Tunisie et en Alg&#233;rie, et finit par construire une usine en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car le pire dans la colonisation, ce ne fut pas seulement le pillage, les morts du travail forc&#233; ; mais aussi la destruction syst&#233;matique de l'&#233;conomie dans les pays colonis&#233;s. Toute la production fut orient&#233;e vers les exportations pour l'Europe, vers les profits des bourgeois europ&#233;ens. On imposa aux paysans d'abandonner les cultures vivri&#232;res pour les cultures d'exportation&#8230; et de mourir de faim par la suite. Aujourd'hui encore bien des &#233;conomies des pays africains ont gard&#233; cet h&#233;ritage maudit de la colonisation : la monoculture qui m&#232;ne &#224; la famine des populations enti&#232;res pour qu'il y ait des bananes et du caf&#233; dans les supermarch&#233;s d'Occident ou simplement pour permettre aux requins des places financi&#232;res de sp&#233;culer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Globalement, la p&#233;riode comprise entre 1921 et 1929 fut favorable &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise, les b&#233;n&#233;fices distribu&#233;s aux soci&#233;t&#233;s passant de 3,7 milliards &#224; 11,8 milliards. Mais la crise de 1929 vint arr&#234;ter brutalement ce mouvement ascendant des profits. En France, cette crise &#233;conomique fut att&#233;nu&#233;e par la possibilit&#233; pour la bourgeoisie de se replier justement sur son empire colonial.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.8'&gt;&lt;/a&gt;De la crise &#224; la Seconde Guerre mondiale, les grands bourgeois savent s'adapter&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En revanche, la bourgeoisie n'&#233;chappa pas &#224; la remont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Nous ne referons pas ici l'histoire des gr&#232;ves du printemps 1936. Ces gr&#232;ves ont &#233;t&#233; les plus importantes, les plus profondes, les plus d&#233;termin&#233;es qui aient jamais eu lieu en France, &#224; peine vingt ans apr&#232;s la R&#233;volution russe. Le patronat ne s'y trompa pas. Et ce sont les grands patrons, particuli&#232;rement inquiets par l'occupation de leurs usines, qui ont suppli&#233; L&#233;on Blum, chef du gouvernement de Front Populaire, de convoquer au plus vite une r&#233;union et de n&#233;gocier. Et si les grands patrons, en public, ont longtemps pleurnich&#233; sur la ruine qui les guettait en octroyant les 40 heures et deux semaines de cong&#233;s pay&#233;s, le Comit&#233; des Forges publia une mise au point interne expliquant que &#171; Les patrons doivent &#234;tre pr&#234;ts &#224; faire des sacrifices afin d'&#233;viter une crise r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste que la grande peur de 1936 ne pouvait que renforcer une partie de la bourgeoisie dans l'id&#233;e qu'il fallait en finir avec le mouvement ouvrier. C'est ce qui explique que la majorit&#233; des grands bourgeois fran&#231;ais ont regard&#233; avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t la politique d'Hitler, et n'ont pas &#233;t&#233; avares de subventions aux organisations d'extr&#234;me droite en France. Citons Pierre Taittinger, l'un des rois du champagne - et patron du chocolat Suchard, qui fonda une organisation d'extr&#234;me droite, ou de Wendel et Rothschild qui ont subventionn&#233; le Parti social fran&#231;ais du colonel de La Roque. Quant &#224; La Cagoule, organisation clandestine fascisante, elle re&#231;ut des fonds des patrons des entreprises Michelin, Pont-&#224;-Mousson, L'Or&#233;al, des huiles Lesieur, des spiritueux Cointreau, des verreries Saint-Gobain, des peintures Ripolin, et des chantiers navals de Saint-Nazaire...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant, dans ce contexte, &#224; ce que l'&#233;crasante majorit&#233; des grands bourgeois ait eu plus que de la sympathie pour le r&#233;gime de Vichy. D&#232;s 1940, toutes les grandes entreprises fran&#231;aises tourn&#232;rent &#224; plein pour alimenter la machine de guerre nazie. Renault, Peugeot et Citro&#235;n fournirent, pendant la guerre, 80 % de leur production &#224; l'Allemagne nazie. Certaines entreprises fran&#231;aises de chimie ont aussi accept&#233; des commandes qui servirent &#224; l'extermination des juifs et des tsiganes dans les chambres &#224; gaz.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, la plupart des grands bourgeois ont tranquillement continu&#233; &#224; prosp&#233;rer apr&#232;s-guerre. Certains furent inqui&#233;t&#233;s, comme le producteur de camions Berliet, dont le fils Paul rencontrait la Gestapo tous les quinze jours pour organiser la production. Il &#233;copa en 1945, de deux ans de prison et ses deux fils de cinq ; leurs biens personnels furent saisis, mais pas la soci&#233;t&#233;, dont la famille Berliet resta propri&#233;taire. De toute fa&#231;on, toutes les sanctions furent finalement annul&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me Eug&#232;ne Schueller, cr&#233;ateur de L'Or&#233;al, des savonneries Monsavon et des peintures Valentine, militant d'extr&#234;me droite avant la guerre et pendant la guerre, fut relax&#233; en 1947. Pierre Taittinger, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, incarc&#233;r&#233; en 1945, fut lib&#233;r&#233; &#171; &lt;i&gt;faute de preuves suffisantes&lt;/i&gt; &#187;, et reprit la direction de ses soci&#233;t&#233;s. Idem pour le magnat du textile du Nord, Jean Prouvost : il &#233;tait devenu pendant l'Occupation secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral &#224; l'Information du gouvernement de Vichy. En juin 1947, la justice pronon&#231;ait un non-lieu sur son cas, et Prouvost put continuer sa carri&#232;re, lan&#231;ant Paris-Match, puis rachetant Le Figaro en 1950.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'allez pas croire que la grande bourgeoisie souffrit beaucoup de la Seconde Guerre mondiale. Encore une fois elle sut prot&#233;ger ses fortunes des al&#233;as du temps. D'apr&#232;s le bottin mondain, aucune grande famille ne perdit ses ch&#226;teaux, ses propri&#233;t&#233;s. Au contraire, la concentration des fortunes continua &#224; s'accentuer.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;L'interventionnisme &#233;tatique&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;Les trente glorieuses&#8230; surtout pour les capitalistes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; la sortie de la guerre, en 1945, l'&#233;conomie fran&#231;aise &#233;tait au plus bas. Les destructions avaient mis &#224; mal toutes les infrastructures. Les lignes de chemins de fer, les mines, les usines sid&#233;rurgiques, tout &#233;tait &#224; reconstruire, &#224; faire red&#233;marrer. Et il ne fallait pas compter sur les capitalistes pour investir, organiser le red&#233;marrage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime de De Gaulle dans les ann&#233;es 1944-1946, avec le soutien du Parti communiste, prit donc les leviers de commande de l'&#233;conomie. Les nationalisations d'apr&#232;s-guerre servirent donc fondamentalement les int&#233;r&#234;ts du grand patronat. Saint-Gobain, Thomson, Dassault, Matra, les Houill&#232;res, la sid&#233;rurgie, les transports, 39 grandes banques, dont la Banque de France, furent nationalis&#233;s. La plupart des entreprises nationalis&#233;es &#233;taient d&#233;ficitaires. Mais 975 000 actionnaires re&#231;urent une compensation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour permettre aux capitalistes de red&#233;marrer leurs usines et en tirer profit, il fallait leur fournir du charbon, du gaz, de l'&#233;lectricit&#233; et des transports pour d&#233;placer leurs marchandises. Les entreprises nationalis&#233;es allaient s'en charger. La grande bourgeoisie mise sous perfusion retrouva vite sant&#233; et prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette reconstruction se fit une fois encore sur le dos des travailleurs. La pauvret&#233; dura bien apr&#232;s la guerre pour les classes populaires. De plus les entreprises nationalis&#233;es firent d'immenses gains de productivit&#233; sur le dos des salari&#233;s. Entre 1947 et 1957, le nombre d'emplois diminua de 125 000 &#224; la SNCF, de 24 000 &#224; EDF-GDF et de 113 000 aux Charbonnages de France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1950-1970, la bourgeoisie fran&#231;aise devait affronter deux nouveaux probl&#232;mes, li&#233;s entre eux : les d&#233;buts de la mondialisation et la d&#233;colonisation. Pour faire face &#224; la concurrence des &#201;tats-Unis et du Japon, les entreprises fran&#231;aises avaient besoin d'une base plus large que le seul march&#233; national. La cr&#233;ation d'un march&#233; commun &#224; l'&#233;chelle de l'Europe occidentale r&#233;pondait &#224; cette n&#233;cessit&#233;. Mais ce march&#233; commun attisait alors la concurrence entre tous les grands fauves europ&#233;ens. Les bourgeoisies allemande, belge, anglaise, italienne et fran&#231;aise avaient le m&#234;me but, tout en refusant de sacrifier les avantages et privil&#232;ges offerts par la protection d'un &#201;tat national. C'est pour cela que la construction europ&#233;enne fut enclench&#233;e, mais aussi si longue &#224; aboutir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, avec la d&#233;colonisation, la bourgeoisie fran&#231;aise perdait le contr&#244;le exclusif de ses chasses gard&#233;es. Il &#233;tait donc imp&#233;ratif pour la bourgeoisie de moderniser les entreprises. Toute la politique de De Gaulle y contribua.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat favorisa l'&#233;mergence de grandes entreprises, de grands groupes pr&#234;ts &#224; affronter la concurrence internationale. Par fusion, le groupe P&#233;chiney-Ugine-Kuhlmann vit le jour dans la chimie et la m&#233;tallurgie. &#192; c&#244;t&#233;, Rh&#244;ne-Poulenc se renfor&#231;a en rachetant la partie pharmaceutique de P&#233;chiney et de Saint-Gobain. Pendant ce temps Saint-Gobain rachetait Pont-&#224;-Mousson.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, toutes ces entreprises se tourn&#232;rent de plus en plus vers le march&#233; international. D&#232;s les ann&#233;es 1960, Peugeot installait des usines de montage en Asie du Sud-est et au Nigeria.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La concentration fut soutenue activement par des pr&#234;ts &#233;tatiques ou par l'interm&#233;diaire des banques contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat. En 1974, Peugeot absorbait Citro&#235;n avec un pr&#234;t public. En 1970, l'entreprise des De Wendel, Marine Wendel, concentrait 72 % de la production d'acier en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a donc eu une v&#233;ritable mutation des entreprises fran&#231;aises qui sont devenues plus grandes et plus internationales dans ces ann&#233;es, mutation que la bourgeoisie aurait &#233;t&#233; bien incapable d'accomplir sans l'aide de l'&#201;tat. Certains y ont vu l'effacement de la grande bourgeoisie au profit de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, la grande bourgeoisie a tendance &#224; constituer des soci&#233;t&#233;s financi&#232;res qui g&#232;rent ses actifs, sans participer &#224; la direction de ses entreprises. Mais ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx et L&#233;nine, en leur temps, avaient d&#233;j&#224; analys&#233; le parasitisme du capital financier. Celui-ci n'a fait que cro&#238;tre au XXe si&#232;cle, donnant naissance &#224; ce que L&#233;nine appelait &#171; ... &lt;i&gt;la couche de rentiers, c'est-&#224;-dire de gens tout &#224; fait isol&#233;s de la participation &#224; une entreprise quelconque, de gens dont l'oisivet&#233; est la profession&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne va conna&#238;tre une amplification sans pr&#233;c&#233;dent avec la crise &#233;conomique des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;L'&#201;tat au secours de la bourgeoisie face &#224; la crise &#233;conomique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s trois d&#233;cennies de crise &#233;conomique, o&#249; en est la grande bourgeoisie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis la fin du XIXe si&#232;cle, les poss&#233;dants sont de plus en plus s&#233;par&#233;s de la production, inutiles &#224; cette production, et m&#234;me largement nuisibles. Le parasitisme de cette classe sociale n'a fait que s'amplifier. La grande bourgeoisie continue &#224; dominer toute l'&#233;conomie, &#224; poss&#233;der les grands moyens de production et &#224; s'enrichir ainsi, mais elle le fait par des moyens plus complexes. Les syst&#232;mes financiers ont rendu de plus en plus opaque pour tout le monde le r&#233;seau d'actionnaires, de propri&#233;taires des entreprises. Parmi les actionnaires d'une entreprise, on trouve d'autres entreprises, qui elles-m&#234;mes ont comme actionnaires des entreprises financi&#232;res qui ont parmi leurs clients les grands bourgeois de toujours. &#192; un bout de la cha&#238;ne, du c&#244;t&#233; des actionnaires, on finit toujours par tomber sur des individus en chair et en os qui profitent grassement des b&#233;n&#233;fices ; &#224; l'autre bout, on tombe toujours sur des travailleurs de plus en plus exploit&#233;s pour cr&#233;er l'ensemble des richesses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette complexification des relations de propri&#233;t&#233;, de l'actionnariat, est un des ph&#233;nom&#232;nes les plus marquants depuis le d&#233;but de la crise &#233;conomique dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette crise &#233;conomique venait d'un r&#233;tr&#233;cissement du march&#233; solvable apr&#232;s des ann&#233;es d'expansion. Non pas que tous les besoins des populations de la plan&#232;te fussent satisfaits. Mais de toute fa&#231;on le capitalisme ne conna&#238;t que le march&#233; solvable. Comme la demande n'augmentait plus ou m&#234;me stagnait, la production commen&#231;a aussi &#224; stagner et surtout les profits cess&#232;rent de cro&#238;tre. Or le grand capital ne s'int&#233;resse qu'aux profits en hausse. Le recul du taux de profit eut &#224; son tour pour effet un brutal coup de frein sur les investissements productifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puisque les march&#233;s ne connaissaient plus d'expansion, c'est sur le dos de la classe ouvri&#232;re que les patrons cherch&#232;rent &#224; r&#233;tablir leurs taux de profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1980, on assista &#224; une offensive g&#233;n&#233;rale contre les travailleurs, dans tous les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. Les mesures ne furent pas partout identiques, mais la volont&#233; fut la m&#234;me, de Reagan &#224; Thatcher, en passant par Mitterrand. Il s'agissait d'augmenter la plus-value pour les patrons en r&#233;duisant la part qui revenait aux travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'aide de l'&#201;tat &#224; la bourgeoisie ne passa pas seulement par des mesures anti-ouvri&#232;res. La bourgeoisie se refusait &#224; faire les investissements indispensables pour rendre ses propres entreprises rentables et modernes. Ce fut l'&#201;tat qui se chargea de ces d&#233;penses. Avec l'argent public, il prit le relais du grand patronat et intervint directement dans l'&#233;conomie. Pour op&#233;rer cette sorte de grand d&#233;pannage du grand patronat, l'&#201;tat d&#233;cida de nationaliser les entreprises en difficult&#233;s. Les nationalisations d&#233;but&#232;rent avant 1981, avant l'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes et de Fran&#231;ois Mitterrand. Les premi&#232;res eurent lieu dans la sid&#233;rurgie, sous la pr&#233;sidence de Giscard, homme de droite, avec Raymond Barre aux commandes. Elles concern&#232;rent Usinor et Sacilor, les deux maisons descendantes des De Wendel et des Schneider. Gr&#226;ce aux nationalisations, c'est l'&#201;tat qui prit la responsabilit&#233; des licenciements massifs qui ruin&#232;rent la Lorraine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La famille De Wendel, elle, ne fut pas ruin&#233;e, ne s'est pas retrouv&#233;e &#224; la rue comme des centaines de milliers d'ouvriers de la sid&#233;rurgie. Les 750 h&#233;ritiers (dont Fran&#231;oise de Panafieu, arri&#232;re-petite-fille des De Wendel et ex-candidate de la droite &#224; la mairie de Paris) voient leur fortune g&#233;r&#233;e par deux soci&#233;t&#233;s : la CGIP et Marine-Wendel &#224; la t&#234;te desquelles on trouve le baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re. Gr&#226;ce aux milliards distribu&#233;s par l'&#201;tat lors de la nationalisation de la sid&#233;rurgie, ces deux soci&#233;t&#233;s ont pu investir dans des secteurs plus rentables : l'informatique avec Cap Gemini, l'&#233;quipementier automobile Valeo, la pharmacie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nationalisations d&#233;cid&#233;es par le gouvernement Mitterrand, en 1981, n'eurent pas plus un caract&#232;re socialiste que celles d&#233;cid&#233;es par Giscard. Loin de nuire &#224; la bourgeoisie, elles venaient au secours de ses entreprises. C'est l'&#201;tat, donc apr&#232;s les avoir rachet&#233;es et avoir vers&#233; vingt milliards de francs aux actionnaires, qui se chargea de remettre en selle ces grands groupes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les actionnaires grassement indemnis&#233;s, plac&#232;rent leur argent ailleurs et on les a retrouv&#233;s quelques ann&#233;es plus tard, en pleine forme, en pleine fortune devrait-on dire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les patrons pass&#232;rent &#224; l'attaque : licenciements en cascades, r&#233;gions enti&#232;res ruin&#233;es par les fermetures d'usines, baisses des salaires, pr&#233;carit&#233;, augmentation des cadences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les diff&#233;rents gouvernements ont tous aid&#233; la bourgeoisie dans sa guerre contre les revenus de la classe ouvri&#232;re. Ils ont tous cherch&#233; &#224; r&#233;duire les d&#233;penses publiques. Les attaques contre les retraites, la S&#233;cu, les services publics eurent comme cons&#233;quence, moins de soins, moins d'&#233;ducation, moins de transports et un temps de travail rallong&#233; ; mais aussi plus de cadeaux aux patrons et aux riches. Ces ann&#233;es de crise se traduisirent par une mont&#233;e de la pauvret&#233;, d'abord parmi les ch&#244;meurs, les sans-logis ; puis parmi ceux qui avaient encore un travail. On a vu r&#233;appara&#238;tre les soupes populaires, rebaptis&#233;s les restaurants du coeur, les morts de froid dans les rues des grandes villes l'hiver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les profits se gonfl&#232;rent directement des difficult&#233;s, des restrictions impos&#233;es &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois les entreprises nationalis&#233;es rendues rentables par des dizaines de milliers de licenciements et modernis&#233;es aux frais du contribuable, elles ont &#233;t&#233; rendues au grand capital &#224; prix cadeau par les privatisations commenc&#233;es d&#232;s 1986. Ce mouvement de privatisations ne fut pas arr&#234;t&#233; par le retour d'un gouvernement de gauche entre 1988 et 1993. Et encore moins avec le gouvernement Jospin qui restera comme le gouvernement ayant le plus privatis&#233; dans la p&#233;riode. Le rachat des entreprises par des capitalistes priv&#233;s, y compris ceux qui poss&#233;daient ces entreprises avant 1981 s'av&#233;ra &#234;tre une op&#233;ration on ne peut plus profitable.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Financiarisation de l'&#233;conomie, complexification du syst&#232;me&#8230; mais toujours les m&#234;mes profiteurs&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La plupart des groupes issus de ces privatisations sont d&#233;sormais des firmes internationales rentables, offrant des dividendes plantureux &#224; leurs actionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Saint-Gobain est un de ces fleurons des nationalisations/privatisations. Privatis&#233; en 1986, le groupe a proc&#233;d&#233; dans les ann&#233;es 1990 &#224; quelque six cents acquisitions-fusions. Son chiffre d'affaires &#233;tait estim&#233; &#224; dix milliards de francs en 1970. Il est pass&#233; &#224; 41 milliards d'euros aujourd'hui, soit 27 fois plus. Dans ses actionnaires principaux, on trouve AXA, des banques&#8230; mais surtout, notre plus vieille connaissance, la famille Wendel, qui poss&#232;de aujourd'hui pr&#232;s de 20 % de Saint-Gobain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'actionnariat de ces grands groupes est un immense labyrinthe dans lequel il est impossible de se retrouver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette imbrication se traduit aussi par le fait qu'on retrouve toujours les m&#234;mes noms dans les conseils d'administration des grands groupes. Le Monde affirmait en 2002 que trente patrons se partageaient 160 fauteuils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re &#233;tait pr&#233;sent dans le conseil d'administration de UNICE, Cap Gemini, CGIP, Herm&#232;s international, M&#233;rieux, Alliance, Peugeot, Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale et Valeo. Michel P&#233;bereau, PDG de BNP-Paribas, si&#233;geait au conseil d'AXA, d'EADS, des Galeries Lafayette, de Lafarge, de Saint-Gobain et de Total. Enfin, Georges Chodron de Courcel, cousin de Bernadette Chirac, si&#233;geait en 2006 &#224; la BNP, Bouygues, Lagard&#232;re, Peugeot, Scor, Alstom, Somer-Allibert, Nexans, Safran et Paribas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au passage, on peut remarquer qu'entre bourgeois, il n'est pas question de secret commercial ou financier, pas de secret des affaires non plus. Ils connaissent bien les affaires des uns et des autres puisqu'ils y participent. Non, le secret, c'est pour les travailleurs, pour qu'ils ne viennent pas mettre leur nez dans les affaires, qu'ils ne sachent pas o&#249; va l'argent, &#224; qui il profite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les capitalistes sont intimement m&#234;l&#233;s les uns aux autres. Il n'y a pas, non plus, contrairement &#224; ce qu'on entend parfois, d'un c&#244;t&#233; des industriels d&#233;vou&#233;s &#224; leur entreprise et dont le r&#244;le serait utile et de l'autre des financiers qui &#233;trangleraient la production et ne penseraient - eux - qu'au profit. Il n'y a que des capitalistes-financiers, pr&#234;ts &#224; tout pour augmenter leurs profits. &#192; tel point que les groupes sont aussi bien des entreprises de production que des groupes financiers. Alcatel est aujourd'hui le n&#176;1 mondial des t&#233;l&#233;communications, n&#176;2 mondial dans la production et la distribution d'&#233;nergie, n&#176;1 mondial des c&#226;bles. Mais c'est aussi le troisi&#232;me groupe financier fran&#231;ais, depuis son alliance avec la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et &#224; l'inverse, la BNP - qui contr&#244;le une partie de P&#233;chiney, d'Air France, de Saint-Gobain, d'Alcatel et de Total, en l'on en passe - est-elle encore une banque ? ou plut&#244;t une sorte de formidable pieuvre &#233;tendant ses tentacules aussi bien dans l'industrie que dans la finance ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et que dire d'AXA, &#224; l'origine petite soci&#233;t&#233; d'assurances proche de Paribas, et aujourd'hui, par le jeu des fusions-acquisitions et des participations crois&#233;es, devenue g&#233;ant mondial, ayant des parts dans des centaines d'entreprises industrielles - parmi lesquelles on peut citer, en vrac, Air Liquide et Boeing, AT&amp;T et Microsoft, Hewlett-Packard et Saint-Gobain, Schneider et McDonald's, les banques Lazard, et Morgan Chase&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui marque la situation depuis des ann&#233;es, c'est ce qu'on appelle la financiarisation de l'&#233;conomie. Quand, dans les ann&#233;es 1990, les taux de profits ont recommenc&#233; &#224; cro&#238;tre dans la production, cela ne s'est traduit ni par un red&#233;marrage massif des investissements, ni par la cr&#233;ation de nouveaux emplois. Le pourrissement du capitalisme a atteint un tel degr&#233; qu'une part sans cesse croissante des sommes folles gagn&#233;es sur le dos des travailleurs est plac&#233;e dans des op&#233;rations financi&#232;res et alimente la sp&#233;culation. Les milliards g&#233;n&#233;r&#233;s par l'exploitation sont plac&#233;s un jour dans la monnaie, le mois d'apr&#232;s dans l'&#233;pargne, puis dans la nouvelle &#233;conomie internet, avant de revenir vers l'immobilier ou les mati&#232;res premi&#232;res. D&#232;s qu'un secteur devient moins rentable, les capitaux fuient, entra&#238;nant le monde de crise en krach boursier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette explosion de la finance a &#233;t&#233; amplifi&#233;e par la cr&#233;ation de fonds d'investissement - terme frauduleux puisque, loin d'investir, ces fonds sont des soci&#233;t&#233;s dont la raison d'&#234;tre est de placer des capitaux dans des op&#233;rations financi&#232;res qui apparaissent &#224; un moment donn&#233; les plus &#224; m&#234;me de rapporter de l'argent dans le temps le plus court.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces fonds concentrent des sommes faramineuses, car ils sont aliment&#233;s par des capitaux venus des grandes fortunes. Certains imposent des droits d'entr&#233;e exorbitants, plusieurs millions de dollars pour entrer dans le fond Carlyle. Mais le syst&#232;me s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; tel point qu'aujourd'hui nombre de ces fonds drainent les &#233;conomies de petites gens, notamment de ceux qui sont oblig&#233;s de placer ainsi leur argent dans des fonds de pension, dans des pays o&#249; il n'y pas de syst&#232;me de retraites. Ces &#233;pargnants sont alors aussi peu responsables des agissements de ces fonds que n'importe qui d'entre nous ne l'est de l'utilisation de son compte personnel par sa banque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fonds de pensions, fonds sp&#233;culatifs, banques, conseils d'administration, on peut creuser, creuser, on finit toujours au m&#234;me endroit : dans les coffres-forts de la grande bourgeoisie. Elle ne g&#232;re plus elle-m&#234;me ses entreprises ? Cela fait belle lurette que c'est le cas. D&#233;sormais, elle abandonne la gestion de ses fortunes &#224; des sp&#233;cialistes financiers. Ces fonds sont donc des sortes de portefeuilles collectifs qui g&#232;rent les fortunes colossales des grands bourgeois. L'&#233;cran devient de plus en plus opaque entre les propri&#233;taires et les entreprises. Mais derri&#232;re cela, les r&#233;alit&#233;s sociales n'ont pas &#233;t&#233; boulevers&#233;es. C'est toujours la m&#234;me classe sociale qui poss&#232;de, qui dirige, qui impose son int&#233;r&#234;t particulier. C'est toujours la m&#234;me classe sociale qui parasite le fruit, les richesses produites par le travail de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; cette &#171; socialisation du grand capital &#187;, en quelque sorte, la pr&#233;sence des grandes familles &#224; la t&#234;te des entreprises reste importante en France. En 1999, les grandes familles dirigeaient 23 % des cinquante premi&#232;res entreprises non financi&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;Le mythe des &#171; n&#233;o-capitalistes &#187;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Et dans cette grande bourgeoisie d'aujourd'hui, on trouve encore et toujours ceux d'hier. Bien s&#251;r, &#224; travers les si&#232;cles, certains ont disparu sans laisser de traces, d'autres sont parfois arriv&#233;s &#224; &#233;merger. Depuis les ann&#233;es Mitterrand, on nous parle beaucoup des pseudos &#171; n&#233;o-capitalistes &#187; : les Vincent Bollor&#233;, Bernard Arnault et autres Fran&#231;ois Pinault.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus bel exemple de cette r&#233;ussite qui doit tout au syst&#232;me, et pas grand-chose au courage de l'individu concern&#233;, est celui de Vincent Bollor&#233;, aujourd'hui 12e fortune du pays avec 4,3 milliards d'euros, grand ami du pr&#233;sident Sarkozy &#224; qui, on le sait, il pr&#234;te de temps en temps son yacht. Pour Bollor&#233;, la fr&#233;quentation des hommes politiques a commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t : &#224; cinq ans, il &#233;tait gar&#231;on d'honneur au mariage d'un pr&#233;sident du Conseil de la IVe R&#233;publique ; et &#224; 12, c'est le futur pr&#233;sident Pompidou qui lui apprend &#224; jouer au poker ! Le petit Bollor&#233; est le dernier rejeton de la lign&#233;e de papetiers bretons d&#233;j&#224; cit&#233;s, sp&#233;cialis&#233;s dans le papier bible et le papier &#224; cigarettes. Mais l'usage de l'un comme l'autre de ces deux poisons ayant fortement diminu&#233; apr&#232;s-guerre, la famille Bollor&#233; a d&#233;clin&#233;. Restait tout de m&#234;me l'usine en Bretagne et un carnet d'adresses extr&#234;mement bien rempli, sur lequel figurait entre autres le nom de Rothschild.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, Bollor&#233; a certainement un v&#233;ritable flair dans les affaires. Mais son flair ne lui aurait pas servi &#224; grand-chose sans l'argent pr&#234;t&#233; par la banque Rothschild pour racheter peu &#224; peu des soci&#233;t&#233;s qui existaient bien avant lui, et les contr&#244;ler gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me de soci&#233;t&#233;s en cascades. Seul point commun entre ses diverses acquisitions : la plupart sont des purs produits de l'&#233;conomie coloniale. Un des fleurons du groupe Bollor&#233; est par exemple l'ex-groupe Rivaud, qui poss&#232;de des dizaines de milliers d'hectares d'h&#233;v&#233;as, de caf&#233;iers, de palmiers, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, Vincent Bollor&#233; a rapidement compris qu'il y avait encore beaucoup d'argent &#224; faire dans les ex-colonies africaines. Dans les ann&#233;es 1990, il s'attaqua &#224; l'un des num&#233;ros un du transport maritime vers l'Afrique, l'armateur Delmas-Vieljeux - une soci&#233;t&#233; existant depuis le Second empire. Une bataille boursi&#232;re et juridique f&#233;roce s'engagea en 1991 entre le jeune Bollor&#233; et le vieux Tristan Vieljeux, durant laquelle ce dernier envoya ses sbires, tous les matins &#224; l'aube, fouiller dans les poubelles des bureaux de Bollor&#233;, esp&#233;rant d&#233;nicher un document compromettant ! Qu'il est joli, le monde de la grande bourgeoisie...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au final, Bollor&#233; gagna la bataille et racheta la totalit&#233; du groupe maritime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, comme l'&#233;crivent les auteurs de Vincent Bollor&#233;, un capitaliste au-dessus de tout soup&#231;on, Vincent Bollor&#233; a r&#233;ussi &#171; &lt;i&gt;&#224; constituer un superbe r&#233;seau qui lui permet de contr&#244;ler toute la cha&#238;ne des transports en Afrique de l'Ouest : les produits&lt;/i&gt; [qui sortent des plantations Bollor&#233;] &lt;i&gt;sont achemin&#233;s par des camions Bollor&#233;, transport&#233;s dans des wagons Bollor&#233;. Arriv&#233;s au port, des grues Bollor&#233; les entreposent sur des navires Bollor&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme on le voit, le &#171; n&#233;o-capitaliste &#187; Bollor&#233; a fait fortune comme n'importe quel autre capitaliste, en usant des m&#234;mes techniques peu rago&#251;tantes, et en utilisant ce que le capitalisme a cr&#233;&#233; de pire, c'est-&#224;-dire le pillage de l'Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait faire le m&#234;me constat en ce qui concerne Bernard Arnault, premi&#232;re fortune de France, avec la somme proprement hallucinante de 23 milliards d'euros. Il est le patron de LVMH, le n&#176;1 mondial du luxe avec 53 000 salari&#233;s. Le syst&#232;me de soci&#233;t&#233;s en cascade est &#233;galement tr&#232;s pris&#233; par Bernard Arnault. Voil&#224; la description donn&#233;e par un journaliste &#233;conomique : &#171; &lt;i&gt;Vous pensiez ainsi que Bernard Arnault &#233;tait l'actionnaire de contr&#244;le de LVMH ? Il serait plus juste de dire que la famille Arnault d&#233;tient 60 % d'Arnault et associ&#233;s, qui d&#233;tient 36 % de la financi&#232;re Agache, qui d&#233;tient 50,4 % d'Au-Bon-March&#233;, qui d&#233;tient 27,2 % de Christian Dior, qui d&#233;tient 55 % de Jacques Rober qui, lui, d&#233;tient 44 % de LVMH&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard Arnault n'est pas tout &#224; fait parti de rien non plus : il est l'h&#233;ritier d'une entreprise de b&#226;timent roubaisienne, Ferret-Savinel, fond&#233;e en 1926, et devenue apr&#232;s-guerre la plus importante dans le Nord. Devenu patron de l'entreprise apr&#232;s un passage &#224; Polytechnique, le petit Bernard en revend une partie et cr&#233;e une entreprise immobili&#232;re, Ferinel, qui vendait des cages &#224; lapins dans les stations de montagne et les stations baln&#233;aires. Parti de France en 1981 pour fuir l'arriv&#233;e des socialo-communistes au pouvoir, Bernard Arnault est tr&#232;s vite rassur&#233;, puisque le socialo-communiste Fabius lui permet de racheter &#224; bas prix la derni&#232;re perle de l'empire Boussac, Dior, gr&#226;ce aux profits de laquelle il constituera un immense groupe sp&#233;cialis&#233; dans le luxe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On n'en finirait pas d'&#233;num&#233;rer les coups tordus r&#233;alis&#233;s par ces patrons avec l'aide de l'&#201;tat. Mais on le voit, on est bien loin des self-made men que nous chante la presse &#233;conomique (qui appartient d'ailleurs, il faut bien le dire, aux m&#234;mes.) Pour reprendre la formule d'une journaliste du journal patronal &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;ce qu'il y a de commun entre le monde de Fran&#231;ois, Bernard et Vincent&lt;/i&gt; [Pinault, Arnault, Bollor&#233;]&lt;i&gt; et celui de Karl Marx, c'est qu'il y a toujours les capitalistes et les autres... ceux qui n'ont &#224; vendre que leur force de travail&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;Malgr&#233; la crise, la bourgeoisie toujours plus riche&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, les fortunes des capitalistes ont explos&#233;. En 2006, la France comptait 201 fortunes sup&#233;rieures &#224; 150 millions d'euros. Trois fois plus qu'en 1996 ! Dans ces palmar&#232;s, on trouve les noms des vieilles familles bourgeoises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liliane Bettencourt, fille d'Eug&#232;ne Schueller, le fondateur de L'Or&#233;al, a longtemps &#233;t&#233; n&#176;1 des palmar&#232;s, en multipliant sa fortune par onze en vingt ans. Ses revenus annuels sont treize fois plus importants que ceux d'un Thierry Henry qui, lui, fait partie des stars du sport les mieux pay&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mulliez, la famille qui poss&#232;de Auchan, se trouve aussi en t&#234;te des classements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; la famille De Wendel aujourd'hui. Mais qu'est devenue la famille Schneider ? Difficile &#224; dire. On trouve des descendants des Schneider chez les Hachette et surtout chez les Giscard. An&#233;mone Giscard d'Estaing, la femme de l'ancien pr&#233;sident, est descendante d'une famille noble, voire royale d'un c&#244;t&#233;, et des Schneider de l'autre. Tous les enfants de Giscard sont dans les affaires. Antoine, neveu de Val&#233;ry, fut notamment directeur financier de la Lyonnaise des eaux, avant d'entrer chez Schneider Electric, la soci&#233;t&#233; issue de la reconversion de l'entreprise quand elle a abandonn&#233; la sid&#233;rurgie. Elle est sp&#233;cialis&#233;e dans le mat&#233;riel &#233;lectrique et son chiffre d'affaires en 2007 s'&#233;levait &#224; 17 milliards d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le luxe, les Guerlain ont dirig&#233; leur affaire entre 1828 et 1994. Apr&#232;s le rachat de Guerlain par Arnault, la famille a alors investi &#8230; chez Dior.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les familles Hennessy, Mo&#235;t et Vuitton (les H, M et V de LVMH), poss&#232;dent encore des actions dans l'empire qu'elles ont contribu&#233; &#224; fonder. Si elles ne dirigent plus seules, leurs affaires continuent &#224; occuper des bonnes places dans les palmar&#232;s des fortunes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En bonne place dans ces palmar&#232;s, on trouve aussi les descendants de Herm&#232;s, avec 3,6 milliards d'euros, qui poss&#232;dent toujours 75 % de la maison Herm&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;Que reste-t-il des familles de la haute finance ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les Rothschild vont bien ! La famille poss&#232;de, entre autres, un h&#244;tel particulier rue de l'&#201;lys&#233;e &#224; Paris, dont le sous-sol renferme un lac tropical, avec palmiers et cascade de trois m&#232;tres !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel David-Weil, descendant de la dynastie de banquiers Lazard, a &#233;t&#233; le dirigeant de cette banque pendant trente ans, jusqu'en 2003. La banque Lazard s'&#233;tant sp&#233;cialis&#233;e dans les fusions-acquisitions en France, ses dirigeants ont pris l'habitude de r&#233;sider dans plusieurs lieux pour servir d'intercesseurs entre les puissants de part et d'autre de l'Atlantique. Michel a v&#233;cu ainsi entre son appartement sur Park Avenue, sa maison dans le Connecticut, son appartement de Londres, son h&#244;tel particulier du faubourg Saint-Germain, le ch&#226;teau de Gambais et la villa du Cap d'Antibes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les descendants de deux familles de financiers du XVIIIe si&#232;cle, les Mallet et les Neuflize ont fond&#233; avec la famille Schlumberger une banque d'affaires florissante. Une autre partie des descendants des Schlumberger, les Seydoux, ont rachet&#233; Path&#233;, Gaumont et de nombreux titres de la presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite viennent les grands noms de l'industrie : Dassault, Michelin, Peugeot. La famille Peugeot a multipli&#233; sa fortune par plus de quatre, passant (apr&#232;s conversion en euros) de 1 milliard d'euros en 1990 &#224; 4,5 aujourd'hui. Ces industriels sont rest&#233;s ma&#238;tres de leur affaire. La famille Peugeot a constitu&#233; une entreprise, FFP, actionnaire de PSA entre autres. Seuls les membres de la famille peuvent &#234;tre actionnaires de FFP. Avec 3,4 milliards d'euros ils se classent au neuvi&#232;me rang des fortunes professionnelles. Ces familles industrielles ne sont pas les toutes premi&#232;res fortunes en France, certes. Mais la puissance de la bourgeoisie n'est pas qu'une question de richesses. Les Peugeot et autres Michelin ont des positions dominantes dans l'&#233;conomie parce qu'ils sont &#224; la t&#234;te de secteurs industriels fondamentaux. Ce sont ces secteurs industriels, l'automobile, la m&#233;tallurgie dans son ensemble, la chimie et l'a&#233;ronautique, qui forment la base &#233;conomique de la bourgeoisie en France. L'importance des patrons de l'automobile dans l'UIMM n'est qu'une petite mesure de ce pouvoir. Mais elle rappelle quand m&#234;me qu'au-del&#224; de la finance, la puissance de la bourgeoisie r&#233;side dans sa possession des moyens de production, en particulier industriels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a fait couler beaucoup d'encre sur la question de la &#171; d&#233;sindustrialisation &#187; et de la fin de la classe ouvri&#232;re. On a m&#234;me entendu le patron d'Alcatel parler d'entreprise sans usine. Cette formule exprimait la volont&#233; patronale de r&#233;duire les co&#251;ts de production en utilisant la sous-traitance, en externalisant comme ils disent. Et c'est vrai qu'une grande partie de la production se fait aujourd'hui dans des entreprises sous-traitantes. Si on prend l'exemple d'une voiture, la C4, on constate qu'il y a 2 500 pi&#232;ces diff&#233;rentes dans cette voiture venant de 25 fournisseurs, lesquels font appel &#224; une dizaine de sous-traitants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les patrons cherchent &#224; baisser les salaires, aggraver la pr&#233;carit&#233; par la sous-traitance. Mais la base des fortunes colossales, la base des profits faramineux des entreprises et des dividendes vers&#233;s aux actionnaires, c'est toujours la plus-value produite par les ouvriers dans l'industrie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.4'&gt;&lt;/a&gt;Comment vivent les riches ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans les richesses colossales que la bourgeoisie brasse, la partie gard&#233;e pour sa propre consommation est infime et pourtant cela repr&#233;sente d&#233;j&#224; des sommes dont on ne peut se faire une id&#233;e lorsque l'on n'a que son salaire pour vivre. Cela permet &#224; cette classe de vivre dans un luxe inou&#239; - compl&#232;tement coup&#233;e, on s'en doute, non seulement des modes de vie mais m&#234;me des pr&#233;occupations du reste de l'humanit&#233;. On sourit souvent de la phrase, attribu&#233;e &#224; la reine Marie-Antoinette &#224; la veille de la r&#233;volution fran&#231;aise, qui aurait dit : &#171; &lt;i&gt; Le peuple n'a plus de pain ? Qu'il mange de la brioche.&lt;/i&gt; &#187; Mais est-ce vraiment diff&#233;rent quand de nos jours, la m&#232;re de Guy de Rothschild, ignorant sans doute que quarante jardiniers travaillent &#224; entretenir son parc, s'&#233;merveille de voir des feuilles mortes dans le jardin d'un ami et s'exclame : &#171; &lt;i&gt;Vous les faites venir d'Europe centrale ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le monde de la bourgeoisie a ceci de particulier qu'on n'y compte pas - jamais, sauf quand il s'agit du salaire des ouvriers. Le tr&#232;s pris&#233; H&#244;tel du Pr&#233;sident Wilson &#224; Gen&#232;ve co&#251;te - pour les chambres avec vue sur le lac, tout de m&#234;me - 23 000 euros la nuit. Une agence immobili&#232;re sp&#233;cialis&#233;e dans les r&#233;sidences &#171; de grand standing &#187; pr&#233;sente comme une affaire &#171; &lt;i&gt; &#224; saisir&lt;/i&gt; &#187; un h&#244;tel particulier de mille m&#232;tres carr&#233;s habitables en plein Paris, au prix de... 43 millions d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, la grande bourgeoisie vit dans un monde totalement &#224; part. Les banques ont invent&#233; pour les plus riches la carte de cr&#233;dit American Express &#171; Centurion &#187;. C'est comme une carte Visa, mais en mieux : car cela permet des retraits de liquide illimit&#233;s - 10 000, 20 000, 40 000 euros par semaine- et inclut un service de conciergerie, c'est-&#224;-dire un valet de pied qui se charge de r&#233;soudre vos probl&#232;mes. Car les bourgeois ont des probl&#232;mes, auxquels il faut bien r&#233;pondre. Par exemple, pr&#233;cisent les promoteurs de la carte Centurion, &#171; &lt;i&gt;faire ouvrir les boutiques les plus prestigieuses de la 5e avenue &#224; New-York en pleine nuit&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie vit en vase clos, dans des villes, des quartiers ou des r&#233;sidences isol&#233;es - dans lesquelles il n'y a pas de commerce, par exemple, car cela n'a aucun int&#233;r&#234;t quand on paye des domestiques pour faire les courses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un des principes de la bourgeoisie est d'essayer de vivre le plus loin possible des classes populaires. Il existe m&#234;me, au sein des grandes villes, de v&#233;ritables quartiers ferm&#233;s. C'est le cas, par exemple, de la discr&#232;te Villa Montmorency, dans le 16e arrondissement de Paris - o&#249; le m&#232;tre carr&#233; est r&#233;put&#233; le plus cher d'&#206;le-de-France. Il s'agit en fait d'un quartier enti&#232;rement cl&#244;tur&#233; par de hauts murs, avec barri&#232;re et gardien &#224; l'entr&#233;e pour contr&#244;ler les identit&#233;s. &#192; l'int&#233;rieur de cette ville dans la ville, des rues, des jardins, des fontaines, et quelques dizaines de villas, ch&#226;teaux, h&#244;tels particuliers et propri&#233;t&#233;s. L'acc&#232;s y est interdit aux &#233;boueurs, et les gardiens transportent eux-m&#234;mes les poubelles dans des chariots, &#233;lectriques bien s&#251;r, pour ne pas d&#233;ranger. La &#171; Villa &#187; compte notamment parmi ses heureux habitants Bouygues, Bollor&#233; et Lagard&#232;re, qui vient d'y faire construire une deuxi&#232;me maison - parce qu'il se dispute trop souvent avec son &#233;pouse, para&#238;t-il.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout, dans le mode de vie de la bourgeoisie, renvoie &#224; la volont&#233; d'&#234;tre s&#233;par&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233;. Car elle a une conscience de classe aigu&#235;. Elle a conscience des oppositions d'int&#233;r&#234;ts qui la s&#233;parent du reste de la population. C'est cette conscience qui pousse les bourgeois &#224; vivre &#224; part, habiter &#224; part, voyager &#224; part, manger &#224; part, se marier, faire la f&#234;te, s'amuser, faire du sport, &#224; part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Paris, le haut lieu de la bourgeoisie, c'est Neuilly, bien s&#251;r. Les sociologues Michel Pin&#231;on et Monique Pin&#231;on-Charlot qui ont longuement &#233;tudi&#233; les moeurs de la grande bourgeoisie, ont parl&#233; &#224; juste titre de &#171; ghetto du Gotha &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, les bourgeois ne vivent pas qu'&#224; un seul endroit. Depuis des si&#232;cles, ils appartiennent &#224; une classe sociale qui int&#232;gre le cosmopolitisme dans son mode de vie. Il est dans les habitudes des grands bourgeois d'avoir un appartement &#224; New York, un chalet en Suisse, une suite r&#233;serv&#233;e sur la c&#244;te d'Azur, un ch&#226;teau en France ou en Angleterre, plus un pied-&#224;-terre &#224; Paris ou &#224; Londres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;ducation des enfants se fait d'ailleurs dans ce m&#234;me esprit cosmopolite. La plupart vont faire un stage &#224; l'&#233;tranger, dans un coll&#232;ge anglais ou suisse. Cela permet de perfectionner l'usage de langues &#233;trang&#232;res, et surtout de se faire des relations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains &#233;tablissements scolaires sont depuis longtemps r&#233;serv&#233;s aux enfants de la bourgeoisie, comme l'&#233;cole des Roches &#224; Verneuil-sur-Avre ou le Manoir &#224; Lausanne : un &#233;norme chalet, avec jardins et courts de tennis, ainsi qu'un acc&#232;s direct au bord du lac Leman, plage priv&#233;e. L'hiver, l'&#233;cole se transporte tout simplement &#224; la montagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains bourgeois envoient quand m&#234;me leurs enfants &#224; l'&#233;cole publique. Mais ils renoncent rapidement, ne pouvant faire face &#224; certains probl&#232;mes. C'est ce qu'explique un certain baron Foville - toujours cit&#233; par les m&#234;mes sociologues -, qui fut contraint de placer sa fille dans un lyc&#233;e priv&#233;, car au lyc&#233;e Saint-James de Neuilly, les relations de sa fille &#233;taient &#171; &lt;i&gt;de milieux tr&#232;s vari&#233;s. Les amis de ma fille sont charmants, leurs parents sont gentils aussi, mais enfin, n&#233;cessairement ce n'est pas la m&#234;me chose que vous. &#192; Neuilly, dans ce quartier, vous avez, non pas que je sois antis&#233;mite, particuli&#232;rement, mais vous avez beaucoup de gens d'origine juive qui sont effectivement des gens qui ont r&#233;ussi, surtout des commer&#231;ants.&lt;/i&gt; &#187; Il faut dire que ce m&#234;me baron avait d&#233;j&#224; eu &#224; souffrir de l'&#233;cole publique d&#232;s le primaire. Il raconte aussi : &#171; &lt;i&gt;Une fois, ma fille a&#238;n&#233;e a ramen&#233; un livre de lecture, P&#233;p&#233; dans les HLM, ou un truc comme &#231;a. Quand j'ai vu le contenu du vocabulaire&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. &#201;videmment le baron n'a pas appr&#233;ci&#233;. Il est alors intervenu dans une r&#233;union p&#233;dagogique pour d&#233;noncer le manuel. Et le manuel fut chang&#233;. &#199;a ne doit pas &#234;tre facile tous les jours d'&#234;tre instituteur &#224; Neuilly, dont certaines &#233;coles regroupent jusqu'&#224; 72 % d'enfants de chefs d'entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'apprentissage des limites sociales se poursuit bien apr&#232;s l'&#233;cole. Tout un syst&#232;me de rallyes, cercles, etc. entretient des liens sociaux solides et &#233;vite les d&#233;rapages. Les rallyes existent depuis l'apr&#232;s-guerre pour compenser justement les changements dans le mode de vie de la bourgeoisie. Il s&#8216;agit de soir&#233;es entre jeunes organis&#233;es en g&#233;n&#233;ral par les m&#232;res de ces jeunes - dans le but avou&#233; d'arranger des rencontres et de futurs mariages int&#233;ressants. Cela peut co&#251;ter jusqu'&#224; 30 000 euros pour une soir&#233;e dansante d'une centaine de jeunes. Dans ces rallyes, on y apprend des choses aussi utiles que le bridge, la vie de salon, l'art de la conversation, les usages vestimentaires. Toutes les marques ext&#233;rieures de l'appartenance &#224; un certain milieu social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux cercles, ils existent depuis le XIXe si&#232;cle. Ils permettent aux hommes de la bourgeoisie d'&#233;tablir et de maintenir des relations sociales et d'affaires. S'y c&#244;toient, outre les patrons, journalistes et hommes et femmes politiques. Pour &#234;tre certain de pouvoir y &#234;tre entre soi, on n'y rentre que par cooptation, c'est-&#224;-dire qu'il faut &#234;tre parrain&#233;. Sinon, n'importe quel voyou enrichi pourrait venir s'y m&#234;ler aux vrais bourgeois ! Quand bien m&#234;me la seule diff&#233;rence entre les deux r&#233;side dans le nombre de g&#233;n&#233;rations qui s&#233;pare le bourgeois install&#233; du voyou qui avait fait la fortune de la famille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Citons, par exemple, le cercle Le Si&#232;cle, dont les cinq cents membres illustres - PDG, patrons, journalistes, mais aussi Strauss-Kahn, Jospin, Aubry ou Nicole Notat - se r&#233;unissent une fois par mois pour un d&#238;ner. Ou l'Union interalli&#233;e, fond&#233;e pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale et pr&#233;sid&#233;e, aujourd'hui, par l'h&#233;ritier du groupe Taittinger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres clubs sont &#224; la fois plus &#233;litistes encore, et plus ridicules. En 1981 par exemple, le patron de l'entreprise de spiritueux Marie Brizard d&#233;cida de cr&#233;er une association internationale regroupant les entreprises appartenant &#224; la m&#234;me famille depuis plus de deux cents ans. Sans doute bon catholique, bien qu'il e&#251;t fait fortune dans un alcool qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec le vin de messe, ce bourgeois donna &#224; son association le nom d'Henokiens - du nom d'un personnage biblique. Ce club tr&#232;s ferm&#233; compte aujourd'hui une quarantaine de membres, souvent peu connus - ce qui ne signifie pas qu'ils ne comptent pas dans le monde capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on lui demande ce qui a permis &#224; ces patrons de se maintenir, l'un des porte-parole de cette sympathique confr&#233;rie r&#233;pondit un jour &#224; un journaliste : &#171; &lt;i&gt; Mon entreprise a toujours &#233;t&#233; dirig&#233;e par un m&#226;le&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les cercles, comme dans l'ensemble des soir&#233;es mondaines, le monde de la bourgeoisie et celui de la politique se c&#244;toient. On devrait plut&#244;t dire que la bourgeoisie fr&#233;quente des hommes politiques dans la mesure o&#249; ce ne sont pas des domestiques que l'on peut faire manger &#224; la cuisine. Ceux-l&#224;, il faut un peu les choyer, les flatter, les r&#233;compenser. La collusion entre la bourgeoisie et la politique ne date pas d'hier, comme on l'a vu. Depuis des d&#233;cennies, les politiciens passent des minist&#232;res aux directions d'entreprises, des banques au conseil d'&#201;tat, etc. : de toute fa&#231;on pour diriger un gouvernement ou une entreprise, on leur demande la m&#234;me formation, la m&#234;me id&#233;ologie, le m&#234;me d&#233;vouement &#224; un syst&#232;me inique, irrationnel et criminel &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.5'&gt;&lt;/a&gt;Un ordre social qui ne peut &#234;tre l'avenir de l'humanit&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; des anecdotes, le parasitisme de la bourgeoisie est de plus en plus criant. M&#234;me s'ils ne sont pas directs, il y a des liens entre les morts de la guerre civile en C&#244;te-d'Ivoire et le yacht de Bollor&#233; ; entre les enfants travaillant dans les chantiers interdits de Birmanie et les milliards des palmar&#232;s des fortunes. Il y a un lien aussi entre les milliers de morts de l'amiante et les familles Peugeot ou Michelin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme il y avait un lien entre les morts de l'esclavage, les odeurs de gaz s'&#233;chappant des tranch&#233;es en 1917, les morts du travail forc&#233; dans les colonies et les milliards pass&#233;s de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie continue &#224; vivre du sang et de la mis&#232;re humaine. Son argent est extirp&#233; jour apr&#232;s jour de millions de travailleurs dans les usines, les mines, les chantiers du monde entier ; cet argent est fabriqu&#233; avec la sueur, les nerfs, les muscles des ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exploitation a toujours &#233;t&#233; le fondement de l'organisation capitaliste de la soci&#233;t&#233; et celle-ci a toujours &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'oppression et de violence. Malgr&#233; cela, cependant, il fut un temps o&#249; cet ordre social et la classe qui en &#233;tait porteuse repr&#233;sentaient un progr&#232;s pour l'humanit&#233;. Cela n'est plus le cas depuis longtemps, au bas mot depuis un si&#232;cle ou un si&#232;cle et demi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne sont pas les hommes et les femmes de la bourgeoisie qui posent probl&#232;me pour l'humanit&#233; - ils sont comme les autres -, c'est le syst&#232;me qui leur permet de dominer la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ordre social capitaliste n'est pas seulement injuste car, par son fonctionnement m&#234;me, il accumule des richesses inconcevables &#224; un p&#244;le de la soci&#233;t&#233; pour maintenir dans la pauvret&#233; et, par p&#233;riodes, pour pousser vers la mis&#232;re ou vers la faim une part importante de l'humanit&#233;. Mais, de plus, c'est une organisation &#233;conomique irrationnelle qui ligote l'humanit&#233;, qui freine ses possibilit&#233;s de progr&#232;s. C'est un syst&#232;me &#233;conomique qui engendre p&#233;riodiquement des catastrophes sociales majeures, les grandes crises &#233;conomiques, les guerres, des catastrophes sociales &#224; c&#244;t&#233; desquelles les catastrophes naturelles paraissent presque b&#233;nignes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors oui, en tant que communistes, nous avons la conviction que cet ordre social ne peut pas &#234;tre l'avenir de l'humanit&#233;. Contrairement &#224; ce que racontent ceux pour qui le capitalisme est l'horizon ind&#233;passable, contrairement &#224; ce que pr&#234;chent tous les courants r&#233;formistes du mouvement ouvrier, les injustices et l'irrationalit&#233; de cette organisation sociale ne diminuent pas avec le temps. Les progr&#232;s scientifiques et techniques eux-m&#234;mes sont retourn&#233;s contre l'humanit&#233;. La ma&#238;trise croissante de l'&#233;nergie nucl&#233;aire conduit &#224; des armes de plus en plus sophistiqu&#233;es ; la ma&#238;trise croissante de l'espace, &#224; la &#171; guerre des &#233;toiles &#187; ; les progr&#232;s de la g&#233;n&#233;tique, &#224; la mainmise du trust Monsanto sur la production alimentaire ; les progr&#232;s de l'informatique et d'Internet conduisent &#224; la possibilit&#233; de sp&#233;culer 24 heures sur 24 et permettent aux crises financi&#232;res de se r&#233;pandre &#224; la vitesse des flux &#233;lectriques. Et des armadas de juristes travaillent sur la possibilit&#233; de transformer le g&#233;nome humain en propri&#233;t&#233; priv&#233;e sur lequel des trusts pharmaceutiques peuvent gagner des millions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, nous avons la conviction que cette organisation capitaliste dispara&#238;tra t&#244;t ou tard. Elle a atteint un degr&#233; de d&#233;veloppement o&#249; il est possible pour l'humanit&#233; de ma&#238;triser son &#233;conomie et sa vie sociale, de produire pour satisfaire les besoins de tous, et pas seulement pour le profit de quelques-uns. Une soci&#233;t&#233; o&#249; l'id&#233;e m&#234;me qu'un homme, ou qu'un groupe d'hommes, puisse consid&#233;rer comme sa propri&#233;t&#233; personnelle les biens produits par des dizaines, par des centaines de milliers de personnes appara&#238;tra barbare ou, pire, incompr&#233;hensible, inconcevable. Comme appara&#238;tra inconcevable qu'un homme, ou qu'un groupe d'hommes, puisse poss&#233;der en propri&#233;t&#233; priv&#233;e des richesses plus grandes que celles de pays entiers !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme le disait Marx dans le Manifeste, &#171; &lt;i&gt;la bourgeoisie n'a pas seulement forg&#233; les armes qui la mettront &#224; mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prol&#233;taires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;volution sociale, la r&#233;volution communiste, en arrachant &#224; la bourgeoisie l'industrie, la banque, la libre jouissance des mines, des terres et de toutes les richesses de la nature, sortira le monde de l'&#233;troit carcan o&#249; le capitalisme la maintient, et permettra &#224; l'homme de diriger enfin l'&#233;conomie de fa&#231;on consciente. La fin de la domination de la bourgeoise sur le monde marquera, tout simplement, le vrai d&#233;but de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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		<title>Isra&#235;l-Palestine : comment l'imp&#233;rialisme, en transformant un peuple en ge&#244;lier d'un autre, a pouss&#233; les deux dans une impasse tragique</title>
	
	
	
	

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				109 Nous avons tous pu voir les images de ces milliers de Palestiniens de la bande de Gaza franchissant la fronti&#232;re avec l'&#201;gypte par une br&#232;che ouverte &#224; la dynamite et au bulldozer. Nous avons tous pu voir le spectacle r&#233;voltant de ces Palestiniens se ruant dans les magasins &#233;gyptiens pour se ravitailler en produits de base, en m&#233;dicaments, les t&#233;moignages de certains racontant qu'ils avaient pu revoir des parents pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es&#8230; Ces r&#233;cents &#233;v&#233;nements nous rappellent que (...)
			


			
			
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			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;109&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons tous pu voir les images de ces milliers de Palestiniens de la bande de Gaza franchissant la fronti&#232;re avec l'&#201;gypte par une br&#232;che ouverte &#224; la dynamite et au bulldozer. Nous avons tous pu voir le spectacle r&#233;voltant de ces Palestiniens se ruant dans les magasins &#233;gyptiens pour se ravitailler en produits de base, en m&#233;dicaments, les t&#233;moignages de certains racontant qu'ils avaient pu revoir des parents pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es&#8230; Ces r&#233;cents &#233;v&#233;nements nous rappellent que Gaza, cette petite bande de terre de quelques kilom&#232;tres de long et de large, est devenu un v&#233;ritable camp de concentration pour un million et demi de Palestiniens. La responsabilit&#233; en incombe bien s&#251;r &#224; Isra&#235;l. Mais les barbel&#233;s et les murs qui enferment ce territoire n'ont pas tous &#233;t&#233; mis en place par Isra&#235;l. Ils l'ont &#233;t&#233; aussi par l'&#201;gypte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis des mois, Isra&#235;l organise le blocus de la population de Gaza, l'affamant, la privant d'&#233;lectricit&#233;, de m&#233;dicaments. Et il faut tout le cynisme dont sont coutumiers les dirigeants isra&#233;liens pour d&#233;clarer, comme l'a fait le Premier ministre : &#171; La population de Gaza doit comprendre que tant que le Hamas est au pouvoir, nous ne lui fournirons que le strict minimum &#187;, pr&#233;cisant : &#171; Isra&#235;l ne permettra pas de crise humanitaire &#224; Gaza mais nous ferons en sorte que la population ne vive pas confortablement. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Palestiniens de Gaza doivent en plus subir r&#233;guli&#232;rement les bombardements de l'aviation isra&#233;lienne. Tout cela montre ce que vaut la pr&#233;tendue &#171; relance du processus de paix &#187; dont il a &#233;t&#233; question apr&#232;s la rencontre organis&#233;e &#224; Annapolis, en novembre dernier, entre les dirigeants isra&#233;liens et palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette violence et ce m&#233;pris sont, depuis sa cr&#233;ation, la caract&#233;ristique de l'&#201;tat isra&#233;lien. Et c'est ainsi qu'il a cr&#233;&#233; un foss&#233; de sang et de haine entre Juifs et Arabes dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pire encore, plus grave et plus triste, le sionisme a fait d'un peuple lui-m&#234;me pers&#233;cut&#233; pendant des si&#232;cles le bourreau d'un autre peuple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premiers responsables de cette situation ne sont pas au Moyen-Orient. Ils sont &#224; Londres, &#224; Paris et &#224; Washington. Ce sont les dirigeants des puissances imp&#233;rialistes qui ont cr&#233;&#233; cette situation inextricable, qui ont consciemment, d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi d'opposer ces deux peuples comme bien d'autres d'ailleurs sur cette plan&#232;te. De l'Inde, o&#249; l'on a dress&#233; Hindouistes contre Musulmans, &#224; l'Afrique comme dans le Kenya ensanglant&#233; par des affrontements ethniques, c'est toujours de cette fa&#231;on que l'imp&#233;rialisme s'est impos&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce Moyen-Orient qui int&#233;resse depuis longtemps les grandes puissances qui dominent le monde, surtout depuis que flotte une odeur de p&#233;trole, Juifs et Palestiniens ont &#233;t&#233; dress&#233;s les uns contre les autres et utilis&#233;s par les dirigeants imp&#233;rialistes. C'est cette histoire, &#233;crite avec le sang de millions de femmes et d'hommes, que nous allons &#233;voquer ce soir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;De la Premi&#232;re Guerre mondiale &#224; la cr&#233;ation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;Les puissances imp&#233;rialistes se partagent le Moyen-Orient&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La Palestine, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, faisait partie du vieil Empire ottoman qui s'&#233;tendait de la p&#233;ninsule arabique &#224; l'Europe de l'Est et comprenait l'essentiel du Moyen-Orient. C'&#233;tait une r&#233;gion pauvre, peupl&#233;e d'&#224; peine un million d'habitants et arri&#233;r&#233;e sur le plan &#233;conomique. Les petits paysans qui repr&#233;sentaient la grande majorit&#233; de la population cultivaient en tant que m&#233;tayers des terres qui appartenaient &#224; des grands propri&#233;taires habitant souvent Beyrouth ou Damas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Empire ottoman sur le d&#233;clin, surnomm&#233; &#224; l'&#233;poque &#171; l'homme malade de l'Europe &#187;, &#233;tait tomb&#233; sous la coupe des grandes puissances imp&#233;rialistes d'Europe qui n'attendaient qu'une occasion pour se le partager.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Palestine, loin d'&#234;tre ce pays o&#249; &#171; coule le lait et le miel &#187; promis par la Bible, n'en suscitait pas moins les convoitises de ces grandes puissances, surtout de la premi&#232;re d'entre elles, la Grande-Bretagne, car elle constituait une porte d'entr&#233;e sur le Moyen-Orient, son march&#233;, ses mati&#232;res premi&#232;res et d&#233;j&#224; son p&#233;trole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Premi&#232;re Guerre mondiale et le choix de l'Empire ottoman de se ranger du c&#244;t&#233; de l'Allemagne allaient permettre &#224; la France et &#224; la Grande-Bretagne de lui porter le coup de gr&#226;ce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que les combats faisaient encore rage, en 1916, des repr&#233;sentants de ces deux pays se retrouv&#232;rent &#224; Moscou, sous le patronage du tsar qui, lui aussi, voulait participer au d&#233;pe&#231;age de l'Empire ottoman. Ils sign&#232;rent un accord qui resta dans l'histoire sous le nom d'accord Sykes-Picot, du nom des deux n&#233;gociateurs. &#192; des milliers de kilom&#232;tres des r&#233;gions dont ils discutaient l'avenir, t&#233;moignant le plus grand m&#233;pris pour les peuples qui y vivaient, ils d&#233;limit&#232;rent leurs zones d'influence respectives : pour simplifier, le Liban et la Syrie actuels revinrent &#224; la France tandis que les Britanniques se voyaient reconna&#238;tre la mainmise sur la Palestine et les r&#233;gions qui correspondent aujourd'hui &#224; la Jordanie et &#224; l'Irak. Cet accord devait rester secret. Mais par malchance pour ces sp&#233;cialistes de la diplomatie secr&#232;te, en 1917, la r&#233;volution &#233;clata en Russie, le tsar fut renvers&#233; et quelques mois plus tard, les bolch&#233;viks arriv&#232;rent au pouvoir et rendirent publics ces accords. Cela tombait mal pour les dirigeants anglais qui, au m&#234;me moment, multipliaient les promesses pour se gagner des soutiens face aux troupes ottomanes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un de leurs &#233;missaires dans la r&#233;gion, rest&#233; c&#233;l&#232;bre sous le nom exotique de Lawrence d'Arabie, parvint &#224; convaincre le dernier descendant d'une vieille famille de f&#233;odaux qui contr&#244;laient la Mecque, les Hach&#233;mites, de constituer une arm&#233;e arabe pour se battre aux c&#244;t&#233;s des Britanniques. Comme r&#233;compense, ceux-ci lui promirent le tr&#244;ne d'un grand royaume arabe comprenant la Palestine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais apr&#232;s avoir promis la Palestine une premi&#232;re fois, les Britanniques n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; la promettre une seconde fois, cette fois-ci aux Juifs. Pas aux 60 000 Juifs vivant sur cette terre de Palestine, repr&#233;sentant moins de 8 % de la population, qui, dans leur majorit&#233;, n'aspiraient qu'&#224; continuer de coexister pacifiquement avec les autres communaut&#233;s comme cela avait &#233;t&#233; le cas pendant des si&#232;cles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils la promirent &#224; un mouvement nationaliste juif apparu dans la diaspora, le mouvement sioniste.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.2'&gt;&lt;/a&gt;Le mouvement sioniste&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'Europe, la majorit&#233; des Juifs pr&#233;sents depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations n'avaient pas cherch&#233; &#224; cultiver une &#171; sp&#233;cificit&#233; juive &#187;. Ils avaient fini par s'int&#233;grer, m&#234;me si l'antis&#233;mitisme &#233;tait rest&#233; r&#233;pandu dans les milieux les plus r&#233;actionnaires. Cet antis&#233;mitisme allait d'ailleurs &#234;tre relanc&#233; avec l'arriv&#233;e des vagues ult&#233;rieures d'immigration juive venant d'Europe centrale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fondateur du sionisme, le journaliste viennois Th&#233;odore Herzl, &#233;tait lui-m&#234;me assez peu pr&#233;occup&#233; de ses origines juives jusqu'&#224; ce qu'il ait eu &#224; couvrir l'affaire Dreyfus, en 1894. Cette manifestation d'antis&#233;mitisme en France l'amena &#224; la conclusion que les Juifs devaient disposer de leur propre &#201;tat, un &#201;tat juif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans la partie orientale de l'Europe que le sionisme rencontra le plus d'&#233;chos. Dans cette partie de l'Europe, &#233;conomiquement retardataire, l'organisation sociale traditionnelle h&#233;rit&#233;e du Moyen &#194;ge avait cantonn&#233; les Juifs dans le commerce et l'artisanat. Avec l'essor du capitalisme dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 19e si&#232;cle, des bourgeoisies nationales se d&#233;veloppaient et entraient en concurrence avec les Juifs, ce qui redonna une certaine virulence &#224; un antis&#233;mitisme qui n'avait jamais disparu. Ce fut particuli&#232;rement le cas en Russie o&#249;, &#224; partir des ann&#233;es 1880, l'antis&#233;mitisme fut en plus encourag&#233; par l'&#201;tat tsariste qui y voyait une fa&#231;on de donner un d&#233;rivatif au m&#233;contentement populaire. C'est &#224; la Russie que l'on doit ce mot &#171; pogrom &#187;, entr&#233; aujourd'hui dans le vocabulaire courant, et qui d&#233;signe des massacres de Juifs tol&#233;r&#233;s, sinon organis&#233;s par les autorit&#233;s russes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, m&#234;me dans cette partie de l'Europe, le sionisme restait tr&#232;s minoritaire. Deux millions de Juifs quitt&#232;rent l'Europe centrale au d&#233;but du 20e si&#232;cle, fuyant la mis&#232;re et les pogroms, mais leur &#171; terre promise &#187;, comme beaucoup de Polonais, de Russes, d'Italiens &#224; la m&#234;me &#233;poque, ils la cherch&#232;rent plut&#244;t du c&#244;t&#233; des pays d'Europe occidentale ou des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; ceux que les discriminations et les pers&#233;cutions avaient &#233;veill&#233;s &#224; la politique, issus aussi bien de l'intelligentsia que de la classe ouvri&#232;re - car il existait une importante classe ouvri&#232;re juive dans la partie polonaise de l'Empire russe - ils furent tr&#232;s nombreux &#224; rejoindre le mouvement socialiste durant cette p&#233;riode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s minoritaire &#224; ses d&#233;buts et divis&#233; entre courants qui ne partageaient pas tous la vision politique de Herzl, le sionisme &#233;tait en outre confront&#233; &#224; une difficult&#233; sp&#233;cifique par rapport &#224; d'autres mouvements nationalistes : les Juifs &#233;tant dispers&#233;s dans diff&#233;rents pays, sur quel territoire pouvait bien &#234;tre &#233;difi&#233; cet &#201;tat juif revendiqu&#233; par les sionistes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Palestine ne s'imposa pas d'embl&#233;e comme la terre d'accueil d'un futur &#201;tat juif. Dans ses discussions avec des diplomates britanniques, Herzl envisagea &#224; un moment que cet &#201;tat pourrait &#234;tre fond&#233; en Ouganda. D'autres l'envisag&#232;rent en Argentine. La majorit&#233; des sionistes choisirent finalement la Palestine car elle &#233;tait cette &#171; patrie perdue &#187; des Juifs dont parlait la Bible&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour s'&#233;tablir dans cette r&#233;gion, Herzl ne proposait pas de tisser des relations avec la population qui y vivait d&#233;j&#224; et de gagner son accord et sa confiance. Il faisait le choix inverse d'obtenir le soutien d'un protecteur parmi les grandes puissances europ&#233;ennes susceptibles d'imposer une immigration juive. Pour lui, il s'agissait bien d'une conqu&#234;te coloniale. Il d&#233;clarait : &#171; Pour l'Europe, nous constituerions l&#224;-bas (en Palestine donc) un avant-poste contre l'Asie, nous serions l'avant-garde de la civilisation contre la barbarie. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mot d'ordre des sionistes &#233;tait : &#171; Une terre sans peuple pour un peuple sans terre &#187;. Sauf que la Palestine n'&#233;tait pas une terre sans peuple&#8230; Et les sionistes le savaient tr&#232;s bien. Mais qu'&#224; cela ne tienne, il suffira d'organiser le &#171; transfert &#187; - c'est le terme employ&#233; par Herzl - des populations qui avaient le tort de se trouver sur le territoire de la &#171; patrie perdue &#187; des Juifs&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les &#233;l&#233;ments de la situation actuelle &#233;taient contenus d&#232;s l'origine dans les id&#233;es de Herzl : aussi bien l'expulsion des Palestiniens que le fait que l'&#201;tat juif se transforme en suppl&#233;tif de l'imp&#233;rialisme. Tout cela d&#233;coule d'un choix tr&#232;s conscient d&#232;s le d&#233;part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, les dirigeants occidentaux ne r&#233;pondirent pas particuli&#232;rement aux espoirs des sionistes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.3'&gt;&lt;/a&gt;La d&#233;claration Balfour&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;C'est en 1917 que les dirigeants britanniques choisirent vraiment d'utiliser les sionistes : un certain Balfour, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et lord de son &#233;tat, envoya une lettre &#224; un autre lord, de la famille des Rothschild, pour lui faire part, au nom du gouvernement britannique, d'une &#171; d&#233;claration de sympathie envers les aspirations juives sionistes &#187;. Dans cette d&#233;claration, il pr&#233;cisait que &#171; le gouvernement de Sa Majest&#233; envisage favorablement l'&#233;tablissement en Palestine d'un Foyer National pour le peuple juif &#187;. On ne pouvait pas soup&#231;onner ce lord Balfour d'exprimer l&#224; une quelconque sympathie personnelle : en 1905, il avait &#233;t&#233; le promoteur d'une loi qui visait &#224; interdire l'entr&#233;e en Grande-Bretagne des Juifs russes pers&#233;cut&#233;s par le tsarisme ! Non, c'&#233;tait de la part des dirigeants de l'imp&#233;rialisme anglais un calcul cynique : c'&#233;tait la premi&#232;re manifestation de la politique qui a consist&#233; &#224; dresser les Juifs contre les Arabes, en appuyant tant&#244;t les uns, tant&#244;t les autres, pour pouvoir, en jouant le r&#244;le d'arbitre, justifier le maintien de leur pr&#233;sence en Palestine.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.4'&gt;&lt;/a&gt;La Palestine sous mandat britannique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin de la guerre, ce sont en effet les Britanniques qui ont mis la main sur la Palestine. Ils oubli&#232;rent la promesse faite aux clans f&#233;odaux d'Arabie de cr&#233;er un grand &#201;tat arabe. En guise de lots de consolation, l'un des repr&#233;sentants de la famille des Hach&#233;mites, Fay&#231;al, se vit attribuer le tr&#244;ne du royaume d'Irak et un autre, Abdallah, celui du royaume de Transjordanie, deux royaumes tout nouvellement cr&#233;&#233;s. Pour les imp&#233;rialistes, cela s'inscrivait dans une politique de balkanisation du Moyen-Orient afin de &#171; diviser pour mieux r&#233;gner &#187; : les dirigeants de ces royaumes allaient &#234;tre plus soucieux de d&#233;fendre leurs pr&#233;rogatives, parfois les uns contre les autres, que d'organiser une lutte commune contre la pr&#233;sence imp&#233;rialiste dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la Palestine, les Britanniques entendaient bien en garder le contr&#244;le direct : depuis la fin de la guerre, il l'occupaient militairement. Et en 1922, ils se firent attribuer par la Soci&#233;t&#233; des Nations un mandat qui donnait une l&#233;gitimit&#233; &#224; leur pr&#233;sence. Ce mandat prolongeait la politique &#224; l'&#233;gard du mouvement sioniste inaugur&#233;e par la d&#233;claration Balfour car les Britanniques se voyaient confier la mission &#171; d'instituer dans le pays un &#233;tat de choses politique, administratif et &#233;conomique de nature &#224; assurer l'&#233;tablissement du Foyer National pour le peuple juif &#187; en favorisant l'immigration juive et l'acquisition de terres par les colonies organis&#233;es par les sionistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, m&#234;me favoris&#233;e, l'immigration juive resta assez limit&#233;e dans les ann&#233;es 1920. En 1927, il y eut m&#234;me plus de d&#233;parts que d'arriv&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; partir des ann&#233;es 1930, avec l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir en Allemagne et l'&#233;tablissement dans d'autres pays d'Europe de r&#233;gimes d'extr&#234;me droite particuli&#232;rement antis&#233;mites, que la population juive commen&#231;a &#224; augmenter d'une fa&#231;on importante, passant de 175 000 en 1931 &#224; 460 000 en 1939.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant cette p&#233;riode du mandat britannique, le Yishouv, la communaut&#233; juive, s'organisa et se dota de ses institutions, avec un Conseil repr&#233;sentatif, posant ainsi les bases d'un v&#233;ritable &#201;tat. Les organisations sionistes cherchaient &#224; construire une soci&#233;t&#233; juive coup&#233;e de la soci&#233;t&#233; arabe, avec une &#233;conomie juive, n'employant que des travailleurs juifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sionistes achetaient des terres aux grands propri&#233;taires et expulsaient les paysans qui les occupaient jusque-l&#224;, pour y &#233;tablir des colonies juives. Ainsi en 1920, l'achat de ses terres &#224; un seul grand propri&#233;taire a entra&#238;n&#233; le d&#233;part d'une vingtaine de villages de Palestiniens arabes&#8230; Les chefs des grandes familles qui jouaient un r&#244;le dirigeant dans la soci&#233;t&#233; et la vie politique palestiniennes multipliaient publiquement des condamnations virulentes du sionisme mais ils ne se privaient pas de vendre eux aussi des terres aux organisations sionistes, r&#233;alisant ainsi d'importants b&#233;n&#233;fices !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un mouvement nationaliste palestinien s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, protestant contre l'occupation britannique et revendiquant l'ind&#233;pendance de la Palestine. Il d&#233;non&#231;ait aussi les organisations sionistes et leur politique de colonisation et exigeait l'arr&#234;t de l'immigration juive. Les tensions entre Juifs et Arabes qui avaient cohabit&#233; pacifiquement jusque-l&#224; all&#232;rent en s'exacerbant et aboutirent, en 1929, aux premi&#232;res &#233;meutes &#172;anti&#172;juives. Un premier foss&#233; de sang s'&#233;tait creus&#233; entre Juifs et Arabes. Et il ne fera que s'approfondir par la suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, ces milliers de Juifs qui arrivaient d'Europe auraient pu jouer un tout autre r&#244;le. Ils auraient pu chercher &#224; lier leur destin &#224; celui des populations arabes. Bien s&#251;r, il aurait forc&#233;ment fallu surmonter un sentiment de d&#233;fiance. Mais cela aurait pu se faire d'autant plus facilement que ces populations arabes &#233;taient en train de contester l'ordre que les puissances imp&#233;rialistes voulaient leur imposer. L'histoire est riche d'exemples o&#249; des peuples, en luttant ensemble contre des ennemis communs, ont su tisser des liens solides et cr&#233;er de profondes solidarit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1.5'&gt;&lt;/a&gt;La grande r&#233;volte arabe (1936-1939)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En 1936, &#233;clata ce qu'on a appel&#233; la grande r&#233;volte arabe. Pendant trois ans, les travailleurs, le petit peuple des villes et surtout la grande masse des paysans affront&#232;rent les troupes britanniques les armes &#224; la main.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement commen&#231;a par une gr&#232;ve qui toucha les principales villes de Palestine et qui dura six mois. L'ann&#233;e suivante, de v&#233;ritables milices paysannes livr&#232;rent des combats contre les Britanniques, prenant le contr&#244;le de zones enti&#232;res. M&#234;me la vieille ville de J&#233;rusalem passa un moment sous le contr&#244;le des insurg&#233;s. Les Britanniques durent faire appel &#224; 30 000 soldats. Ils &#233;tablirent la loi martiale, instaur&#232;rent la terreur dans de nombreux villages. Ils dynamit&#232;rent plus de 20 000 maisons. Ils utilis&#232;rent l'aviation pour bombarder des villages. Ils cr&#233;&#232;rent quatorze camps de d&#233;tention dans lesquels transit&#232;rent pr&#232;s de 50 000 Palestiniens et beaucoup furent d&#233;port&#233;s vers de lointaines colonies britanniques, les &#238;les Seychelles notamment. Au total, 10 % de la population furent exil&#233;s, bless&#233;s ou tu&#233;s. C'est de cette fa&#231;on que les Britanniques r&#233;ussirent &#224; venir &#224; bout de la r&#233;bellion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les masses pauvres, pour les millions de paysans sans terre, le sentiment d'oppression nationale &#233;tait inextricablement li&#233; &#224; un sentiment d'oppression sociale : les grands propri&#233;taires terriens et les imp&#233;rialistes &#233;trangers, du fait de leurs liens, constituaient les deux visages d'une m&#234;me oppression. Les paysans insurg&#233;s, quand ils contr&#244;laient une r&#233;gion, impos&#232;rent parfois la suspension du paiement du loyer des terres et des dettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les masses populaires et surtout paysannes constituaient les troupes du mouvement, la direction de la r&#233;volte revint &#224; un Haut Comit&#233; arabe qui repr&#233;sentait les vieilles familles de notables palestiniens. Il &#233;tait pr&#233;sid&#233; par le principal dignitaire religieux musulman, le Mufti de J&#233;rusalem, membre d'une des plus riches familles de propri&#233;taires terriens de Palestine, les Husseini.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce Haut Comit&#233; arabe fit tout son possible pour &#171; mod&#233;rer &#187; le mouvement. Ces f&#233;odaux cherch&#232;rent &#224; le canaliser dans un sens qui ne soit pas dangereux socialement pour eux en l'orientant contre les Juifs, appelant &#224; un boycott de la communaut&#233; juive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il n'y avait aucune fatalit&#233; &#224; voir se dresser ces deux populations l'une contre l'autre. Les organisations juives avaient les moyens humains, militants, de trouver l'oreille et le coeur des masses exploit&#233;es palestiniennes si elles avaient combattu &#224; leur c&#244;t&#233; pour chasser les occupants britanniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autant plus que parmi ces milliers de Juifs, beaucoup se revendiquaient &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre des id&#233;es socialistes et que, contrairement aux f&#233;odaux arabes, ils auraient pu lier le combat contre l'oppression britannique au combat sur le terrain social, en particulier celui des paysans contre les pr&#233;l&#232;vements f&#233;odaux et les dettes. Beaucoup de ceux qui arrivaient en ces ann&#233;es 1920 et 1930 avaient milit&#233; dans des partis ouvriers, dans des syndicats en Pologne, en Russie. L'un des dirigeants sionistes et organisateur de la Haganah, l'arm&#233;e de d&#233;fense juive, avait &#233;t&#233; officier dans l'Arm&#233;e rouge. Les kibboutz, ces colonies que cr&#233;&#232;rent les pionniers juifs dans ces ann&#233;es-l&#224;, &#233;taient organis&#233;s suivant des id&#233;aux &#233;galitaires, &#171; communistes &#187; : il n'y avait pas de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, tout &#233;tait mis en commun et cela correspondait tr&#232;s souvent &#224; l'id&#233;al de ces immigrants qui voulaient cr&#233;er une soci&#233;t&#233; nouvelle, socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les dirigeants sionistes firent le choix de ne pas s'adresser aux masses arabes car, m&#234;me si beaucoup d'entre eux se pr&#233;tendaient socialistes, ils &#233;taient d'abord des nationalistes. Ils choisirent de fonder ces kibboutz sur des terres qui avaient &#233;t&#233; achet&#233;es aux grands propri&#233;taires et en &#233;vin&#231;ant les paysans palestiniens. Dans la soci&#233;t&#233; nouvelle qu'ils b&#226;tissaient, les Arabes n'avaient pas leur place et, dans ces conditions, c'est m&#234;me contre eux qu'elle se construisait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non seulement les dirigeants sionistes n'ont pas choisi de s'allier aux masses exploit&#233;es arabes, mais ils aid&#232;rent m&#234;me les Britanniques &#224; r&#233;primer la r&#233;volte arabe en fournissant des suppl&#233;tifs &#224; l'arm&#233;e britannique. Un dirigeant sioniste, Weizmann, pr&#233;senta la lutte des Britanniques contre la r&#233;volte arabe comme la &#171; lutte de la civilisation contre le d&#233;sert &#187;.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Naissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pour autant, apr&#232;s la r&#233;pression de la r&#233;volte arabe, l'imp&#233;rialisme britannique ne t&#233;moigna pas la moindre gratitude aux sionistes. Pour tenir compte des sentiments des populations arabes alors que la Deuxi&#232;me Guerre mondiale s'annon&#231;ait et que l'imp&#233;rialisme allemand multipliait les gestes en direction des mouvements nationalistes arabes, les autorit&#233;s britanniques publi&#232;rent en 1939 un Livre Blanc dans lequel elles affirmaient leur volont&#233; de restreindre d'une fa&#231;on drastique l'immigration juive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ajoutant l'odieux au cynisme, les Britanniques prirent ces mesures alors que des r&#233;gimes fascisants et antis&#233;mites, &#224; commencer bien s&#251;r par celui d'Hitler en Allemagne, amenaient un nombre croissant de Juifs &#224; fuir l'Europe pour &#233;chapper aux pers&#233;cutions. M&#234;me quand le r&#233;gime nazi commen&#231;a &#224; organiser la d&#233;portation et l'extermination de plusieurs millions de Juifs, le gouvernement anglais refusa d'assouplir sa politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette attitude n'&#233;tait pas propre aux dirigeants britanniques. Au m&#234;me moment, tous les pays occidentaux adopt&#232;rent des mesures contre l'immigration et ferm&#232;rent leurs portes aux Juifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants sionistes avaient tr&#232;s vite compris comment le nazisme pouvait servir leurs objectifs. D'apr&#232;s l'historien isra&#233;lien Benny Morris, le dirigeant sioniste Ben Gourion aurait d&#233;clar&#233;, apr&#232;s la &#171; nuit de cristal &#187;, ce vaste pogrom organis&#233; par le pouvoir hitl&#233;rien en Allemagne en 1938 : &#171; Si j'avais la possibilit&#233; de sauver tous les enfants juifs d'Allemagne en les transf&#233;rant en Angleterre et seulement la moiti&#233; d'entre eux en les envoyant en Eretz Isra&#235;l, je choisirais la deuxi&#232;me solution - parce que nous ne devons pas seulement prendre en compte le sort de ces enfants, mais aussi l'histoire du peuple juif. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si, au d&#233;but du conflit, le Premier ministre britannique du moment, Winston Churchill, s'&#233;tait d&#233;clar&#233; partisan de la cr&#233;ation &#171; d'un grand &#201;tat juif &#187;, son successeur, en 1945, se d&#233;p&#234;cha d'oublier cette promesse. Les Britanniques, voulant reproduire le sc&#233;nario qui avait suivi la Premi&#232;re Guerre mondiale, cherch&#232;rent &#224; se maintenir en Palestine, portant &#224; 100 000 le nombre de leurs soldats stationn&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce choix des Britanniques fermait la porte &#224; la cr&#233;ation d'un &#201;tat juif. Pour cette raison, les organisations sionistes d&#233;cid&#232;rent, pour la premi&#232;re fois, de s'affronter &#224; l'imp&#233;rialisme britannique alors que jusque-l&#224; leur politique avait consist&#233; &#224; rechercher sa protection. Mais elles le faisaient exclusivement pour leur compte, non seulement sans les masses arabes, mais toujours contre elles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sionistes recherch&#232;rent le soutien de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui, en appuyant la cr&#233;ation d'un &#201;tat juif en Palestine, trouvait une occasion de diminuer l'influence des Britanniques au Moyen-Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le v&#233;ritable changement dans le rapport de force avec les Britanniques intervint avec la lib&#233;ration par les Alli&#233;s des camps d'extermination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, parmi les Juifs rescap&#233;s des camps, ceux qui &#233;taient originaires d'Allemagne et de pays de l'Est de l'Europe comme la Pologne, o&#249; l'antis&#233;mitisme avait &#233;t&#233; tr&#232;s virulent, n'envisageaient absolument pas, pour la plupart, d'y retourner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais o&#249; pouvaient-ils bien aller ? Les grandes puissances n'acceptaient pas plus qu'avant la guerre de les accueillir : entre 1945 et 1948, les &#201;tats-Unis eux-m&#234;mes n'accept&#232;rent l'entr&#233;e sur leur territoire que de 25 000 Juifs d'Europe, alors qu'ils &#233;taient pr&#232;s de 100 000 &#224; avoir &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s des camps d'extermination et &#224; attendre, dans d'autres camps, qu'un pays o&#249; ils puissent refaire leur vie accepte de les accueillir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces dizaines de milliers de Juifs pouvaient l&#233;gitimement avoir le sentiment d'&#234;tre abandonn&#233;s du monde entier. Ils &#233;taient devenus, au vrai sens du terme, des &#171; sans-patrie &#187;. Cela explique qu'ils se soient massivement tourn&#233;s vers les organisations sionistes qui pr&#233;tendaient leur en offrir une.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le sentiment de ces milliers de Juifs qui venaient de conna&#238;tre l'enfer &#233;tait compr&#233;hensible et, dans ces circonstances, l'aspiration des Juifs &#224; disposer d'un &#201;tat qu'ils consid&#232;rent comme le leur &#233;tait l&#233;gitime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la farouche d&#233;termination de ces milliers de Juifs allait &#234;tre tourn&#233;e contre des populations arabes qui n'&#233;taient en rien responsables de ce qui s'&#233;tait pass&#233; en Europe pendant la guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les organisations sionistes mirent sur pied des r&#233;seaux pour acheminer les Juifs d'Europe en Palestine. Les Britanniques organisaient la chasse &#224; ces immigrants clandestins et parquaient ceux qu'ils avaient arr&#234;t&#233;s dans des camps sur l'&#238;le de Chypre. En 1947, 450 000 Juifs &#233;taient d&#233;tenus &#224; Chypre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sionistes qui, avec la Haganah, disposaient d'une v&#233;ritable petite arm&#233;e, se lanc&#232;rent dans des op&#233;rations militaires contre les troupes britanniques. Certaines organisations sionistes, comme l'Irgoun, une organisation d'extr&#234;me droite, se livr&#232;rent &#224; des attentats, parfois meurtriers. L'Irgoun parvint m&#234;me &#224; faire sauter l'h&#244;tel qui accueillait le Quartier G&#233;n&#233;ral des forces britanniques en Palestine. Mais l'Irgoun, dans le m&#234;me temps, posait des bombes dans des march&#233;s des quartiers arabes. Car si, pour cr&#233;er cet &#201;tat juif, il fallait vaincre la r&#233;sistance des Britanniques, il fallait aussi terroriser les populations palestiniennes qui y &#233;taient hostiles. Les m&#233;thodes de l'Irgoun, dont un des dirigeants, Menahem Begin, allait devenir Premier ministre &#224; la fin des ann&#233;es 1970, n'avaient rien &#224; envier &#224; celles des organisations terroristes palestiniennes d'aujourd'hui&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soumis aux pressions am&#233;ricaines, incapables de mettre fin aux troubles organis&#233;s par les sionistes, les Britanniques se r&#233;sign&#232;rent finalement &#224; se retirer de Palestine et confi&#232;rent &#224; l'ONU le soin de proposer une solution. Le 29 novembre 1947, l'ONU adoptait un plan de partage de la Palestine en deux &#201;tats, un &#201;tat juif et un &#201;tat palestinien. Les fronti&#232;res propos&#233;es par les diplomates de l'ONU avantageaient nettement le futur &#201;tat isra&#233;lien : les Juifs, qui ne repr&#233;sentaient qu'un tiers de la population, se voyaient accorder le contr&#244;le de 55 % de la Palestine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants des &#201;tats arabes refus&#232;rent ce partage et la cr&#233;ation d'un &#201;tat juif. Quant aux dirigeants sionistes, officiellement ils se montraient ouverts &#224; la n&#233;gociation sur la base du plan de l'ONU. Mais en r&#233;alit&#233; ils n'entendaient pas accepter la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;La premi&#232;re guerre isra&#233;lo-arabe&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La veille du d&#233;part des troupes britanniques, le 14 mai 1948, Ben Gourion proclama la naissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, sans attendre la p&#233;riode de transition recommand&#233;e par l'ONU. D&#232;s le lendemain de cette proclamation, les arm&#233;es de plusieurs &#201;tats arabes envahissaient la Palestine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La guerre qui commen&#231;ait allait durer, avec des tr&#234;ves et des p&#233;riodes d'accalmie, jusqu'en juillet 1949. L'&#201;tat d'Isra&#235;l en est sorti victorieux et a repouss&#233; ses fronti&#232;res bien au-del&#224; de ce que proposait le plan de partage de l'ONU : le nouvel &#201;tat juif occupait &#224; ce moment-l&#224; 78 % de la Palestine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe, &#224; propos de cette guerre, toute une mythologie forg&#233;e par le mouvement sioniste, pr&#233;sentant cette guerre comme la lutte de David contre Goliath.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que les milliers de Juifs qui se battaient avaient le sentiment de d&#233;fendre leur existence. Cela leur donnait une d&#233;termination bien sup&#233;rieure &#224; celle des soldats des arm&#233;es arabes, souvent command&#233;es par des officiers incomp&#233;tents et min&#233;es par la corruption, reflet de celle des r&#233;gimes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, en plus, le rapport de force militaire n'&#233;tait pas si d&#233;favorable aux Isra&#233;liens ; l'ensemble des forces arabes sur le th&#233;&#226;tre des op&#233;rations n'exc&#233;dait pas en mai 1948 25 000 soldats, alors que la jeune arm&#233;e isra&#233;lienne, Tsahal, en alignait 35 000, puis 100 000 en d&#233;cembre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, les &#201;tats arabes, au-del&#224; de leurs proclamations, &#233;taient incapables de coordonner leur action et se montraient m&#234;me plus pr&#233;occup&#233;s de d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts particuliers que de vraiment vaincre Isra&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, la Transjordanie et Isra&#235;l, concluant un accord secret, s'entendirent pour se partager la Palestine. Pendant la guerre, les troupes jordaniennes, qui repr&#233;sentaient la principale force militaire face &#224; Isra&#235;l, arr&#234;t&#232;rent leur avance volontairement aux fronti&#232;res de la Cisjordanie. Et en 1950, le roi Abdallah de Transjordanie annexa la Cisjordanie &#224; son royaume. De son c&#244;t&#233;, l'&#201;gypte prenait le contr&#244;le du territoire de Gaza, sans toutefois l'annexer.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;L'expulsion des Palestiniens&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la population palestinienne, encore sous le coup de l'&#233;chec et de la r&#233;pression de la r&#233;volte de 1936, elle &#233;tait hors d'&#233;tat d'opposer une r&#233;sistance. 700 &#224; 800 000 Palestiniens prirent la fuite devant les arm&#233;es isra&#233;liennes et devinrent des r&#233;fugi&#233;s, parqu&#233;s dans des camps de toile en Cisjordanie, &#224; Gaza et dans les diff&#233;rents pays environnants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; eux trois, la Jordanie, le Liban et la Syrie accueillaient, en 1950, pr&#232;s de 300 000 personnes, r&#233;parties dans 35 camps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants isra&#233;liens ont toujours pr&#233;tendu que ces Palestiniens &#233;taient partis d'eux-m&#234;mes, r&#233;pondant aux appels des dirigeants des &#201;tats arabes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le massacre de 250 hommes, femmes et enfants du village de De&#239;r Yassin par des militants de l'Irgoun &#233;tait connu. Mais, notamment depuis l'ouverture des archives isra&#233;liennes, on sait officiellement que ce massacre fut loin d'&#234;tre un &#233;v&#233;nement isol&#233;. Les massacres et les exactions commis par l'arm&#233;e isra&#233;lienne et les groupes paramilitaires furent nombreux et r&#233;sultaient d'une politique consciente, planifi&#233;e, de &#171; nettoyage ethnique &#187;, bien que le mot ne f&#251;t pas encore &#224; la mode. Cela r&#233;pondait &#224; un plan de &#171; juda&#239;sation &#187; des territoires conquis. Quelque 370 villages palestiniens furent ray&#233;s de la carte, leurs habitants chass&#233;s, les maisons dynamit&#233;es, des hommes &#233;taient parfois massacr&#233;s pour terroriser les autres. &#192; la fin de la guerre, tous ces villages re&#231;urent des noms isra&#233;liens pour effacer compl&#232;tement la trace des pr&#233;c&#233;dents occupants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif des dirigeants isra&#233;liens, en semant la terreur, &#233;tait de r&#233;aliser ce &#171; transfert &#187; de population &#233;voqu&#233; par les sionistes depuis l'origine du mouvement, &#171; transfert &#187; qui allait permettre de constituer un &#201;tat &#224; peu pr&#232;s &#171; ethniquement pur &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique se prolongea apr&#232;s la guerre : entre 1949 et 1952, quarante villages palestiniens furent vid&#233;s, leurs habitants furent d&#233;plac&#233;s en bloc vers d'autres villages, refoul&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re ou dispers&#233;s &#224; travers le pays. Le gouvernement isra&#233;lien fit adopter, en 1950, une l&#233;gislation, la &#171; loi des absents &#187;, qui permettait de saisir les terres des Palestiniens qui avaient fui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les premi&#232;res ann&#233;es, les camps de r&#233;fugi&#233;s palestiniens offraient le spectacle d'une succession interminable de vastes toiles de tente. Les Palestiniens conservaient encore l'espoir de retrouver leurs terres dans un proche avenir. Quand il devint &#233;vident que ce ne serait pas le cas, des constructions en dur remplac&#232;rent progressivement les toiles, donnant &#224; ces camps l'allure d'immenses bidonvilles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ONU cr&#233;a en 1949 une agence sp&#233;ciale, l'UNRWA, pour s'occuper d'assurer les soins et l'&#233;ducation des Palestiniens. Elle employait des Palestiniens, ce qui fournissait &#224; des milliers d'entre eux une source de revenus, souvent la seule.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'UNRWA, la g&#233;n&#233;ration de Palestiniens qui grandit dans les camps eut le privil&#232;ge d'apprendre &#224; lire et &#233;crire, dans des &#233;coles mixtes, accueillant filles et gar&#231;ons, de pouvoir faire des &#233;tudes, ce qui n'&#233;tait pas le cas de la majorit&#233; des pauvres des pays dans lesquels ces camps se trouvaient. Les Palestiniens devinrent la population la plus scolaris&#233;e et la plus dipl&#244;m&#233;e du monde arabe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si une minorit&#233; de ces Palestiniens put trouver du travail dans les &#201;tats arabes, en particulier dans les pays du Golfe, si certains purent acc&#233;der &#224; des responsabilit&#233;s dans l'appareil d'&#201;tat du pays o&#249; se trouvait leur camp, en Syrie et surtout en Jordanie, la majorit&#233; restait r&#233;duite &#224; croupir dans ces camps sans aucune perspective d'en sortir jamais. Ils &#233;taient des parias parmi les parias et on leur avait donn&#233; les moyens d'en avoir une conscience aig&#252;e. Tous les ingr&#233;dients &#233;taient r&#233;unis pour produire une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re de r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi la naissance d'Isra&#235;l qui devait, d'apr&#232;s les sionistes, mettre fin &#224; la diaspora juive, eut surtout pour principal r&#233;sultat de cr&#233;er une diaspora palestinienne.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.3'&gt;&lt;/a&gt;Un &#201;tat fond&#233; sur la s&#233;gr&#233;gation et sous l'emprise des rabbins&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Un peu plus de 150 000 Palestiniens rest&#232;rent en Isra&#235;l. Pendant plusieurs ann&#233;es, jusqu'en 1966, ils furent soumis &#224; un r&#233;gime militaire qui reposait sur les dispositions d'urgence que les Britanniques avaient prises en 1945 pour lutter contre le mouvement clandestin juif&#8230; Ce statut particulier accordait &#224; des gouverneurs militaires des pouvoirs &#233;largis sur les populations qui leur &#233;taient soumises. La politique de confiscation des terres put ainsi se poursuivre au nom de la &#171; s&#233;curit&#233; &#187; et de &#171; l'int&#233;r&#234;t public &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lev&#233;e de ce statut militaire ne donna pas pour autant aux Palestiniens les m&#234;mes droits qu'aux Juifs. L'&#201;tat isra&#233;lien est souvent pr&#233;sent&#233; comme la seule d&#233;mocratie du Moyen-Orient&#8230; Mais c'est une &#171; d&#233;mocratie &#187; qui ne reconna&#238;t pas les m&#234;mes droits &#224; tous ses citoyens et qui organise tout &#224; fait officiellement une s&#233;gr&#233;gation raciale. En effet Isra&#235;l, d&#232;s sa fondation, s'est affirm&#233; comme un &#171; &#201;tat juif &#187; et, de ce fait, il pratique ouvertement une discrimination entre ceux qui sont juifs et ceux qui ne le sont pas, en premier lieu, les Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi la &#171; loi du retour &#187; permet &#224; n'importe quel Juif venant de New York ou de Paris d'obtenir la citoyennet&#233; isra&#233;lienne, lui permettant d'avoir tout de suite bien plus de droits que n'importe quel Palestinien pourtant n&#233; en Isra&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seuls les Juifs et les Druzes effectuent leur service militaire, ce qui leur permet de b&#233;n&#233;ficier de certains avantages accord&#233;s par l'&#201;tat, comme des pr&#234;ts, des cr&#233;dits immobiliers et une r&#233;duction sur les droits d'inscription &#224; l'universit&#233;. Des lois interdisent aux Arabes palestiniens qui ne reconnaissent pas le caract&#232;re juif de l'&#201;tat d'Isra&#235;l de se pr&#233;senter aux &#233;lections.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec une telle l&#233;gislation, le probl&#232;me s'est pos&#233; de d&#233;finir qui est juif. Il fallut attendre 1970 pour que la Cour Supr&#234;me isra&#233;lienne se risque &#224; proposer une d&#233;finition : est juif celui qui est n&#233; d'une m&#232;re juive ou celui qui s'est converti au juda&#239;sme et n'appartient pas &#224; une autre religion. Certains esprits chagrins n'ont pas manqu&#233; de demander : &#171; Comment d&#233;finit-on une m&#232;re juive ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'&#201;tat d'Isra&#235;l n'a pas adopt&#233; de Constitution, c'&#233;tait pour ne pas d&#233;plaire &#224; ceux qui voulaient faire de la Torah le fondement du nouvel &#201;tat&#8230; C'est le Parti Travailliste de Ben Gourion qui a institu&#233; les cours de religion obligatoires dans les &#233;coles, et non un parti religieux&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans bien des domaines, on pourrait multiplier les exemples de l'omnipr&#233;sence de la religion et de ses r&#232;gles, et de ce point de vue Isra&#235;l a beaucoup de traits communs avec l'Iran ou l'Arabie saoudite, tous ces r&#233;gimes particuli&#232;rement r&#233;trogrades.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour se marier et divorcer, il faut suivre les prescriptions de la Torah. Les chr&#233;tiens, les musulmans et les Druzes doivent, eux, se soumettre &#224; leurs autorit&#233;s religieuses respectives. On peut imaginer les probl&#232;mes rencontr&#233;s par les couples &#171; mixtes &#187;. Des &#233;poux ath&#233;es doivent divorcer selon les modalit&#233;s de la &#171; r&#233;pudiation &#187;. Un juif nomm&#233; Cohen ne peut &#233;pouser une femme divorc&#233;e car un Cohen, de par son nom, appartient &#224; la tribu biblique des pr&#234;tres juifs. Qu'il le veuille ou non, c'est h&#233;r&#233;ditaire et c'est la loi de Dieu&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rites alimentaires de la religion juive sont obligatoirement suivis dans les h&#244;tels, les restaurants, les cuisines militaires, les &#233;coles, les avions et les navires isra&#233;liens ; magasins, salles de distraction et transports publics sont ferm&#233;s du cr&#233;puscule du vendredi &#224; la soir&#233;e du samedi, respect du shabbat oblige ! De fait, les rabbins disposent de pouvoirs &#233;tendus&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'&#233;tait certainement pas dans le projet de la plupart des premiers immigrants, souvent la&#239;cs et socialisants, de fonder un &#201;tat th&#233;ocratique. Mais cette &#233;volution &#233;tait inscrite pour ainsi dire dans le programme du sionisme. Et quand ce mouvement a donn&#233; naissance &#224; un &#201;tat, c'est tout de suite et tout naturellement qu'il s'est tourn&#233; vers les rabbins.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2.4'&gt;&lt;/a&gt;Isra&#235;l, gendarme de l'imp&#233;rialisme au Moyen-Orient&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les premiers immigrants n'avaient certainement pas non plus pour but de devenir des mercenaires de l'imp&#233;rialisme, m&#234;me si, comme on l'a vu, le fondateur du sionisme, Herzl, l'exprimait lui tr&#232;s clairement. Mais le sionisme a fait de ce r&#244;le de suppl&#233;tif de l'imp&#233;rialisme une quasi-condition d'existence de l'&#201;tat juif au Moyen-Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, les populations arabes du Moyen-Orient manifestaient leur haine de l'imp&#233;rialisme et des r&#233;gimes qu'il avait contribu&#233; &#224; mettre en place. La d&#233;faite de ces &#201;tats face &#224; Isra&#235;l accentua encore leur discr&#233;dit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s 1948, de violentes &#233;meutes &#233;clat&#232;rent en Syrie, suivies, l'ann&#233;e d'apr&#232;s, de deux coups d'&#201;tat militaires. En 1951, le roi Abdallah de Transjordanie, d&#233;nonc&#233; pour avoir annex&#233; la Cisjordanie, &#233;tait assassin&#233; par un Palestinien. En &#201;gypte en 1952 et en Irak en 1958, les vieilles monarchies pro-anglaises compl&#232;tement vomies par les populations furent renvers&#233;es par des officiers nationalistes. Ces officiers, Nasser en &#201;gypte et plus tard Kassem en Irak, cherch&#232;rent &#224; s'appuyer sur les sentiments anti-imp&#233;rialistes des populations arabes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nasser, en nationalisant en 1956 le canal de Suez contr&#244;l&#233; par les Britanniques, devint pour de nombreuses ann&#233;es aux yeux de tr&#232;s larges masses le repr&#233;sentant du monde arabe en lutte contre les grandes puissances occidentales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte d'instabilit&#233; politique et de contestation sociale qu'Isra&#235;l trouva son utilit&#233; aux yeux de l'imp&#233;rialisme et gagna ses galons de gendarme &#224; son service.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s que Nasser eut nationalis&#233; le canal de Suez, l'arm&#233;e isra&#233;lienne envahit l'&#201;gypte, en accord avec les gouvernements fran&#231;ais et anglais, leur fournissant le pr&#233;texte pour envoyer leurs troupes occuper le canal de Suez, soi-disant pour le &#171; prot&#233;ger &#187; et &#171; s'interposer &#187;. Mais les &#201;tats-Unis s'oppos&#232;rent &#224; cette intervention, ne voulant pas revoir les anciennes puissances coloniales reprendre pied dans la r&#233;gion. Oblig&#233;s d'ob&#233;ir aux injonctions am&#233;ricaines, Fran&#231;ais et Anglais durent piteusement rappeler leur corps exp&#233;ditionnaire et Isra&#235;l dut lui aussi &#233;vacuer ses troupes. Pour les Isra&#233;liens, la d&#233;monstration &#233;tait clairement faite qu'il valait mieux &#234;tre prot&#233;g&#233; par les &#201;tats-Unis que par les seconds couteaux de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, en 1967, avec la guerre dite &#171; des Six Jours &#187; - du fait de sa dur&#233;e - Isra&#235;l remporta une victoire spectaculaire sur tous les &#201;tats arabes et affaiblit durablement le pouvoir de Nasser. Les territoires conquis pendant la guerre, la Cisjordanie, la bande de Gaza, le d&#233;sert du Sina&#239; et le plateau du Golan &#224; la fronti&#232;re de la Syrie, sans &#234;tre annex&#233;s, demeur&#232;rent sous occupation militaire isra&#233;lienne. La ville de J&#233;rusalem fut int&#233;gr&#233;e &#224; Isra&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En contrepartie du r&#244;le de gendarme r&#233;gional, Isra&#235;l a toujours pu compter sur le soutien ind&#233;fectible de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, depuis sa cr&#233;ation. Un soutien politique, militaire et aussi financier car l'&#201;tat isra&#233;lien a toujours &#233;t&#233; en quelque sorte sous perfusion et n'aurait pas pu survivre sans l'aide am&#233;ricaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le conflit entre Isra&#235;l et les &#201;tats arabes, entre Isra&#235;l et les peuples arabes, a pu prendre &#224; certains moments un caract&#232;re explosif et d&#233;stabilisateur qui &#233;tait un facteur de d&#233;sordre. D'autant que les dirigeants isra&#233;liens ont souvent consid&#233;r&#233; qu'ils pouvaient tout se permettre. Mais ces &#171; d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; &#233;taient - et sont encore - accept&#233;s par les grandes puissances, les &#201;tats-Unis en premier lieu, car cette opposition entre Isra&#235;l et le monde arabe leur permet de disposer d'un alli&#233; s&#251;r dans la r&#233;gion, capable de mobiliser toute sa population.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&quot;#&quot;&gt;Haut de page &lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L11xH8/pucehaut-b506d.gif&quot; width='11' height='8' style='height:8px;width:11px;' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;De 1967 &#224; nos jours : la lutte des Palestiniens conduit &#224; la mise en place de l'Autorit&#233; autonome palestinienne&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;Les Palestiniens s'affranchissent des &#201;tats arabes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour toute une g&#233;n&#233;ration de Palestiniens, la guerre de 1967 et l'entr&#233;e des troupes isra&#233;liennes en Cisjordanie constitu&#232;rent un tournant. C'est &#224; partir de l&#224; qu'un mouvement nationaliste palestinien autonome, ind&#233;pendant des &#201;tats arabes, commen&#231;a &#224; s'affirmer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des dizaines de milliers d'entre eux connurent de nouveau un exode qui les amena dans des camps en Jordanie ou au Liban. Des centaines de milliers d'autres, ceux qui &#233;taient rest&#233;s en Cisjordanie, furent, pour la premi&#232;re fois, confront&#233;s &#224; l'occupation isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;faite de 1967 signa la faillite des &#201;tats arabes et d&#233;montra aux yeux des Palestiniens qu'il n'y avait rien &#224; en attendre, pas m&#234;me de Nasser qui avait suscit&#233; tant d'espoirs dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Nombre d'entre eux prirent conscience qu'ils ne pouvaient compter que sur leur propre lutte. Des milliers de jeunes Palestiniens s'engag&#232;rent dans la lutte politique et devinrent des combattants, des fedayins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les camps palestiniens, des milices se constituaient, d&#233;fiant les autorit&#233;s auxquelles les Palestiniens refusaient de se soumettre. Pour les populations pauvres de ces pays arabes, cela constituait un motif d'admiration et un exemple. Les travailleurs, les pauvres de toute la r&#233;gion se reconnaissaient dans la lutte et le courage des combattants palestiniens. Et m&#234;me sans le vouloir sp&#233;cialement, les combattants palestiniens &#233;veillaient des espoirs au sein de ces masses pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, dans ces ann&#233;es-l&#224;, les Palestiniens auraient pu constituer l'avant-garde de la lutte de tous les prol&#233;taires du Moyen-Orient, ceux des bidonvilles du Caire en &#201;gypte, d'Amman en Jordanie ou de Beyrouth au Liban. Car cette lutte, celle des exploit&#233;s contre leurs exploiteurs, ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fait, les Palestiniens &#233;taient un exemple pour les masses arabes mais, pour qu'une telle lutte soit possible, il aurait fallu qu'une organisation en fasse consciemment son programme et le traduise en objectifs politiques accessibles pour ces millions d'exploit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pour cela, les Palestiniens ne manquaient pas d'atouts. Les Palestiniens parlaient la m&#234;me langue que les masses du Moyen-Orient et vivaient au milieu d'elles. Il leur aurait &#233;t&#233; facile de se faire comprendre, de toucher ces millions de pauvres et de les entra&#238;ner dans un combat commun.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;L'impasse de la politique nationaliste de l'OLP&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais l'organisation qui s'imposa comme la direction de la lutte du peuple palestinien, l'Organisation de Lib&#233;ration de la Palestine, l'OLP, ne voulait surtout pas d'une telle politique. Ses dirigeants limitaient leur combat exclusivement au terrain national palestinien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'OLP &#233;tait n&#233;e en 1964 du regroupement de plusieurs organisations &#224; l'initiative des &#201;tats arabes, notamment de l'&#201;gypte. Mais, apr&#232;s la d&#233;faite de ces &#201;tats, l'une de ces organisations, le Fatah, s'imposa en s'appuyant sur la radicalisation des militants et sur leur volont&#233; de couper tout lien avec des &#201;tats discr&#233;dit&#233;s. En 1969, son dirigeant et fondateur, Yasser Arafat, prenait la t&#234;te de l'OLP.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le seul objectif d'Arafat &#233;tait la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien sur l'ensemble du territoire occup&#233; par Isra&#235;l, ce qui en clair signifiait sa destruction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mettant en avant comme objectif principal la destruction de l'&#201;tat juif, les dirigeants de l'OLP permettaient aux sionistes de se poser en d&#233;fenseurs du peuple juif luttant pour sa survie. Et c'est ainsi que le pi&#232;ge du nationalisme se referma de nouveau tragiquement sur ces deux peuples, juif et palestinien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La perspective de toute la mouvance nationaliste, Arafat en t&#234;te, &#233;tait de faire accepter un &#201;tat palestinien par l'imp&#233;rialisme et tous les autres &#201;tats de la r&#233;gion. Il n'&#233;tait pas question, dans leurs programmes, de bouleverser l'ordre social dans la future Palestine. Encore moins dans les autres pays de la r&#233;gion, m&#234;me l&#224; o&#249; survivaient des structures sociales f&#233;odales ou claniques. Il n'&#233;tait m&#234;me pas question de mettre en cause l'ordre politique dans les pays voisins, pas m&#234;me l&#224; o&#249; r&#233;gnaient des dictatures ou des monarchies archa&#239;ques. Non, la direction nationaliste n'avait rien &#224; dire aux masses exploit&#233;es et opprim&#233;es de la r&#233;gion. Elle voulait juste &#234;tre reconnue par leurs oppresseurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour compenser sa mod&#233;ration sur le terrain social, Arafat chercha &#224; afficher un radicalisme sur le terrain de la lutte arm&#233;e. Il entretenait cette image radicale en apparaissant toujours v&#234;tu d'une vareuse militaire, le keffieh autour du cou et le pistolet &#224; la ceinture. La lutte arm&#233;e pr&#233;sentait aussi l'avantage de justifier la mise en place d'un appareil militaire qui ne soit pas sous le contr&#244;le des masses, avec une discipline et une centralisation qui permettent de faire taire les critiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au sein de l'OLP, il existait d'autres organisations dont le programme apparaissait plus radical sur le terrain social que celui du Fatah : le FPLP (Front populaire de lib&#233;ration de la Palestine) cr&#233;&#233; par Georges Habache en 1967 et le FDLP (Front d&#233;mocratique de lib&#233;ration de la Palestine), scission de la pr&#233;c&#233;dente organisation, dirig&#233;e par Nayef Hawatmeh. Ces organisations se revendiquaient du marxisme, se proclamaient anti-imp&#233;rialistes, affirmaient lutter pour la r&#233;volution arabe mais, en r&#233;alit&#233;, elles restaient sur le m&#234;me terrain nationaliste qu'Arafat et elles ne proposaient pas une politique fondamentalement diff&#233;rente. Comme pour Arafat, c'&#233;taient la lutte arm&#233;e, les attentats terroristes qui &#233;taient le moyen d'affirmer leur radicalisme. Et sur ce terrain, Arafat ne craignait pas leur concurrence. Les fedayins du Fatah, dans ces ann&#233;es-l&#224;, ne se battaient pas moins que les autres, faisant preuve d'une combativit&#233; et d'un courage incontestables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me du point de vue des int&#233;r&#234;ts de la lutte pour un &#201;tat palestinien, cette politique a affaibli les masses palestiniennes d&#233;sireuses de mettre fin &#224; leur oppression car les dirigeants des &#201;tats arabes n'ont pas &#233;t&#233; des alli&#233;s. Ils se sont r&#233;v&#233;l&#233;s des ennemis aussi impitoyables que les dirigeants isra&#233;liens. Les Palestiniens en ont malheureusement fait plus d'une fois l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.3'&gt;&lt;/a&gt;Le massacre de Septembre noir (1970)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;D'abord en Jordanie o&#249; des milliers de Palestiniens avaient afflu&#233; apr&#232;s 1967. La pr&#233;sence des fedayins et leur popularit&#233; dans la population jordanienne repr&#233;sentaient un facteur d'instabilit&#233; sociale qui devint rapidement insupportable aux yeux des dirigeants jordaniens. En septembre 1970, ils envoy&#232;rent l'arm&#233;e contre les camps palestiniens. Pr&#232;s de 5 000 Palestiniens trouv&#232;rent la mort dans les combats ou furent massacr&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela n'emp&#234;cha pas Arafat, apr&#232;s le massacre, de participer &#224; une rencontre de &#171; r&#233;conciliation &#187; organis&#233;e par Nasser o&#249; il serra la main du roi Hussein de Jordanie. Cette main &#233;tait encore rouge du sang de nombreux Palestiniens. Mais Arafat tenait &#224; conserver de bonnes relations avec les chefs d'&#201;tat arabes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s ce massacre connu sous le nom de &#171; Septembre noir &#187;, des milliers de Palestiniens durent fuir la Jordanie et gagn&#232;rent le Liban.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.4'&gt;&lt;/a&gt;La guerre du Liban (1975-1982)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;sence palestinienne y &#233;tait d&#233;j&#224; importante, au point que, depuis 1969, l'OLP b&#233;n&#233;ficiait d'un statut d'extraterritorialit&#233; officiellement reconnu dans les camps et, de fait, plus largement. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; chass&#233;e de Jordanie, l'OLP avait install&#233; son quartier g&#233;n&#233;ral &#224; Beyrouth.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On appelait le Liban &#171; la Suisse du Moyen-Orient &#187;. Mais si une bourgeoisie, essentiellement chr&#233;tienne, affichait une richesse insolente, la grande masse des travailleurs et des pauvres vivaient dans des conditions qui ressemblaient &#224; celles des Palestiniens des camps. Et cette partie de la population libanaise t&#233;moignait de la sympathie et m&#234;me une solidarit&#233; active vis-&#224;-vis de ces Palestiniens. En retour, la pr&#233;sence des fedayins palestiniens donnait confiance &#224; ces pauvres, les encourageait &#224; se battre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1975, les contradictions sociales d&#233;bouch&#232;rent sur une v&#233;ritable guerre civile. C'est le mitraillage d'un bus palestinien par des miliciens chr&#233;tiens d'extr&#234;me droite qui marqua le d&#233;clenchement des affrontements. Aucun gouvernement n'&#233;tait plus en mesure de reprendre le contr&#244;le de la situation. L'arm&#233;e libanaise elle-m&#234;me a fini par &#233;clater. Avant de prendre par la suite un caract&#232;re confessionnel sous l'influence des directions des diff&#233;rentes forces en pr&#233;sence, cette guerre civile opposait au d&#233;but la fraction la plus r&#233;actionnaire des couches chr&#233;tiennes privil&#233;gi&#233;es aux masses les plus pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arafat expliqua alors que les Palestiniens n'avaient pas &#224; se m&#234;ler du conflit, qu'ils devaient s'en tenir &#224; l'&#233;cart car cela ne concernait pas la lutte pour un &#201;tat palestinien. En juin 1975, il d&#233;clara : &#171; Tout ce qui se passe au Liban est injustifiable. La r&#233;volution palestinienne sait pour sa part que le v&#233;ritable champ de bataille se trouve en Palestine et qu'elle ne peut tirer aucun b&#233;n&#233;fice d'une bataille marginale qui la d&#233;tournerait de son v&#233;ritable chemin. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette attitude priva les Palestiniens de politique alors qu'ils avaient &#233;t&#233; le facteur d&#233;clenchant de cette guerre civile et qu'ils participaient aux combats. C'est pourquoi le retour &#224; l'ordre exigeait n&#233;cessairement l'&#233;crasement des Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut la Syrie qui joua le r&#244;le du gendarme se chargeant de r&#233;tablir l'ordre. En juin 1976, l'arm&#233;e syrienne entra au Liban pour soutenir les forces chr&#233;tiennes &#224; un moment o&#249; celles-ci se retrouvaient en situation d'inf&#233;riorit&#233;. Les dirigeants syriens cherchaient &#224; faire pr&#233;valoir leurs propres int&#233;r&#234;ts mais, dans le m&#234;me temps, en jouant les pompiers de l'incendie libanais, ils trouvaient l&#224; une occasion de rentrer en gr&#226;ce aupr&#232;s de l'imp&#233;rialisme alors que celui-ci leur avait fait payer leur politique nationaliste et leur alliance avec l'Union Sovi&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut donc l'arm&#233;e syrienne, relay&#233;e par les milices d'extr&#234;me droite chr&#233;tiennes, les phalangistes, qui fit reculer les Palestiniens et la gauche libanaise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1982, plus de 100 000 soldats isra&#233;liens franchirent la fronti&#232;re libanaise et remont&#232;rent jusqu'&#224; Beyrouth qui fut assi&#233;g&#233; et bombard&#233;. L'objectif affich&#233; &#233;tait de mettre d&#233;finitivement un terme &#224; la pr&#233;sence de l'OLP au Liban.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arafat parvint &#224; quitter Beyrouth, trouvant refuge &#224; Tunis, tandis que 15 000 f&#233;dayins furent &#233;vacu&#233;s et dispers&#233;s, d&#233;sarm&#233;s, dans tout le Moyen-Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est alors qu'il n'y avait plus de combattants dans les camps palestiniens que des milices de l'extr&#234;me droite chr&#233;tienne soutenue par Isra&#235;l massacr&#232;rent plus de 1 500 Palestiniens des camps de Sabra et Chatila, situ&#233;s dans la banlieue de Beyrouth, en majorit&#233; des femmes et des enfants, massacre commis sous les yeux des militaires isra&#233;liens, t&#233;moins complices et bienveillants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement palestinien, par sa force et son potentiel r&#233;volutionnaire, repr&#233;sentait une menace pour tous les dirigeants des &#201;tats arabes. Mais ceux-ci en avaient plus conscience que les masses palestiniennes. En pr&#233;sentant les &#201;tats arabes comme des alli&#233;s, Arafat a d&#233;sarm&#233; politiquement les Palestiniens et les a priv&#233;s de leurs v&#233;ritables alli&#233;s, les masses pauvres que ces &#201;tats opprimaient. Le peuple palestinien se retrouva isol&#233;, accul&#233; &#224; se battre &#224; la fois contre Isra&#235;l et les &#201;tats arabes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.5'&gt;&lt;/a&gt;Arafat, un interlocuteur reconnu par l'imp&#233;rialisme&#8230; mais pas par Isra&#235;l&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais pour Arafat, les op&#233;rations militaires &#233;taient surtout un moyen d'obtenir une reconnaissance diplomatique. M&#234;me affaibli par ces d&#233;faites successives - ou, peut-&#234;tre, justement &#224; cause de cela - Arafat fut reconnu comme un interlocuteur y compris par les dirigeants am&#233;ricains. En 1974, il avait &#233;t&#233; invit&#233; &#224; discourir &#224; la tribune de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU tandis que l'OLP avait &#233;t&#233; admise &#224; l'ONU en tant qu'observateur. En exil &#224; Tunis, gr&#226;ce aux subventions d'un certain nombre d'&#201;tats, notamment des monarchies p&#233;troli&#232;res du Golfe, Arafat put financer l'existence d'un appareil comptant plusieurs milliers de fonctionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les dirigeants imp&#233;rialistes, m&#233;nager Arafat, c'&#233;tait pr&#233;server l'avenir : si la situation devenait trop explosive pour qu'Isra&#235;l puisse en venir &#224; bout, Arafat pourrait alors jouer un r&#244;le bien utile de stabilisateur, de pompier capable d'&#233;teindre l'incendie que des masses populaires en col&#232;re seraient susceptibles d'allumer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, en attendant, de leur c&#244;t&#233;, les dirigeants isra&#233;liens continuaient d'afficher leur intransigeance et refusaient de n&#233;gocier avec l'OLP. Pour eux, rien n'avait chang&#233; depuis l'&#233;poque o&#249; le Premier ministre isra&#233;lien Golda Meir d&#233;clarait, en 1969 : &#171; Le peuple palestinien, &#231;a n'existe pas. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la lutte des Palestiniens, la r&#233;volte des populations des Territoires occup&#233;s, la premi&#232;re Intifada, la r&#233;volte des pierres comme on l'a aussi appel&#233;e, qui a oblig&#233; pour la premi&#232;re fois Isra&#235;l &#224; reconna&#238;tre l'existence des Palestiniens sur le plan politique et &#224; accepter de discuter avec l'OLP.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;volte a commenc&#233; en 1987 et a dur&#233; jusqu'en 1993 malgr&#233; une r&#233;pression tr&#232;s s&#233;v&#232;re qui ne parvint pourtant pas &#224; en venir &#224; bout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour comprendre les origines de cette r&#233;volte, il faut &#233;voquer les conditions dans lesquelles vivaient les Palestiniens dans les territoires occup&#233;s par Isra&#235;l apr&#232;s 1967.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.6'&gt;&lt;/a&gt;Les Territoires occup&#233;s par Isra&#235;l apr&#232;s 1967&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En occupant la Cisjordanie et la bande de Gaza, Isra&#235;l se retrouva pour la premi&#232;re fois &#224; devoir g&#233;rer des territoires peupl&#233;s exclusivement de Palestiniens, un peu plus d'un million de personnes. Le gouvernement isra&#233;lien fit le choix de ne pas les annexer mais de mettre en place une administration d'occupation essentiellement militaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'&#233;conomie isra&#233;lienne, ces territoires repr&#233;sent&#232;rent un d&#233;bouch&#233; pour ses exportations alors que tous les pays environnants lui &#233;taient ferm&#233;s. Les produits agricoles isra&#233;liens purent envahir les march&#233;s de ces territoires alors que les paysans cisjordaniens se voyaient, eux, interdire l'acc&#232;s au march&#233; isra&#233;lien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Palestiniens furent autoris&#233;s &#224; aller travailler en Isra&#235;l, permettant ainsi aux entreprises isra&#233;liennes de trouver une main-d'oeuvre sous-pay&#233;e. Mais, pour se d&#233;placer, il fallait obtenir un permis sp&#233;cial aupr&#232;s de l'administration militaire. Les vexations et les humiliations &#233;taient fr&#233;quentes de la part des soldats isra&#233;liens chez qui le racisme antiarabe se d&#233;veloppait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de 1974, les gouvernements isra&#233;liens commenc&#232;rent &#224; encourager la cr&#233;ation de colonies de peuplement en multipliant les expulsions de paysans palestiniens et en installant des Juifs sur leurs terres. Ces colons vivaient ainsi dans de v&#233;ritables camps fortifi&#233;s au milieu de la population arabe et affichaient une attitude provocante et m&#233;prisante, s&#251;rs d'&#234;tre de toutes fa&#231;ons appuy&#233;s par l'arm&#233;e isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;pression contre les militants de l'OLP &#233;tait s&#233;v&#232;re et des milliers d'entre eux furent arr&#234;t&#233;s, passant des ann&#233;es en prison ou dans des camps. Quand un militant &#233;tait arr&#234;t&#233;, sa maison &#233;tait dynamit&#233;e, et toute sa famille, punie collectivement, se retrouvait sans toit&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, loin de briser les Palestiniens, la r&#233;pression faisait na&#238;tre de nouvelles vocations militantes. Toute cette rancoeur accumul&#233;e ne demandait qu'une &#233;tincelle pour exploser.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.7'&gt;&lt;/a&gt;La premi&#232;re Intifada (1987-1993)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re Intifada &#233;clata en d&#233;cembre 1987. &#192; partir de l&#224;, tous les jours, pendant des ann&#233;es, les m&#234;mes sc&#232;nes se reproduisirent : des Palestiniens, souvent tr&#232;s jeunes, lan&#231;aient des pierres sur les soldats isra&#233;liens qui r&#233;pondaient avec tout l'arsenal &#224; leur disposition, depuis les grenades lacrymog&#232;nes jusqu'aux balles &#224; fragmentation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ministre de la D&#233;fense, le travailliste Itzhak Rabin, donna pour consigne aux soldats isra&#233;liens de briser les os des lanceurs de pierres, formule qu'il fallait comprendre au sens propre. Et c'est ainsi que l'on a pu voir, sur les t&#233;l&#233;visions du monde entier, des soldats isra&#233;liens s'acharner &#224; coups de b&#226;ton sur les jambes et les bras de jeunes de moins de vingt ans&#8230; Mais des milliers de jeunes manifest&#232;rent durant ces ann&#233;es-l&#224; une d&#233;termination qui eut finalement raison de la r&#233;pression isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il devint clair, aux yeux des dirigeants isra&#233;liens, que l'arm&#233;e s'usait et se d&#233;moralisait &#224; des t&#226;ches de r&#233;pression sans pour autant mettre fin &#224; la r&#233;volte palestinienne. Des soldats d&#233;claraient ne plus vouloir aller servir dans les Territoires occup&#233;s. Ces &#171; refuzniks &#187;, comme on les appelait, ne repr&#233;sentaient qu'une infime minorit&#233;, mais ce mouvement eut un retentissement important dans ce pays o&#249; la population t&#233;moignait jusque-l&#224; une confiance totale &#224; l'arm&#233;e. Plus largement, un sentiment de lassitude s'exprimait dans la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1992, les travaillistes emmen&#233;s par Rabin remport&#232;rent les &#233;lections apr&#232;s s'&#234;tre engag&#233;s pendant la campagne &#224; ouvrir des n&#233;gociations avec les Palestiniens. Les contacts avec l'OLP nou&#233;s secr&#232;tement au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes purent prendre un caract&#232;re plus officiel et aboutirent en 1993 &#224; la signature des accords d'Oslo, sous les auspices du pr&#233;sident am&#233;ricain Clinton.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.8'&gt;&lt;/a&gt;La p&#233;riode des accords d'Oslo (1993-2000) : la r&#233;alit&#233; du pr&#233;tendu &#171; processus de paix &#187;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les accords d'Oslo pr&#233;voyaient la mise en place progressive d'une Autorit&#233; autonome palestinienne contr&#244;lant d'abord Gaza et la ville de J&#233;richo. Par la suite, d'autres accords, dits &#171; d'Oslo II &#187;, sign&#233;s en 1994 d&#233;finirent trois zones : la zone A, repr&#233;sentant 3 % de la Cisjordanie, devait &#234;tre administr&#233;e par l'Autorit&#233; palestinienne ; la zone B, qui en couvrait, elle, 27 %, serait administr&#233;e conjointement avec les Isra&#233;liens et, le restant, soit 70 % du territoire, la zone C, devait rester sous administration isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une p&#233;riode s'ouvrit donc, celle des &#171; accords d'Oslo &#187;, qui alla jusqu'&#224; l'&#233;clatement en 2000 de la deuxi&#232;me Intifada, p&#233;riode pendant laquelle les dirigeants isra&#233;liens et palestiniens n&#233;goci&#232;rent ou plus exactement se rencontr&#232;rent &#224; plusieurs reprises, &#224; Camp David, &#224; Taba, pour ne citer que celles-l&#224;. Du coup, on a parl&#233; pour qualifier ces grandes manoeuvres diplomatiques d'un &#171; processus de paix &#187;. Mais, en r&#233;alit&#233;, il n'y a jamais eu de &#171; processus de paix &#187; car il n'y a jamais eu de r&#233;elles n&#233;gociations : Isra&#235;l avait d&#251; conc&#233;der aux Palestiniens une autonomie limit&#233;e mais jamais ses dirigeants n'envisag&#232;rent r&#233;ellement d'aller plus loin, jamais ils n'envisag&#232;rent r&#233;ellement la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, les Isra&#233;liens accept&#232;rent de conc&#233;der aux Palestiniens un embryon d'&#201;tat parce qu'ils attendaient de cette Autorit&#233; palestinienne qu'elle soit capable de faire la police et de tenir sa population, ce que les Isra&#233;liens n'&#233;taient plus en mesure de faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es qui suivirent la signature des accords d'Oslo, les dirigeants isra&#233;liens soumirent l'Autorit&#233; palestinienne &#224; une pression constante et de plus en plus violente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants travaillistes isra&#233;liens &#233;taient d'autant moins enclins &#224; faire des concessions aux Palestiniens qu'ils &#233;taient accus&#233;s par la droite et l'extr&#234;me droite de faire preuve de faiblesse &#224; leur &#233;gard. Les critiques les plus virulentes venaient des mouvements de colons. Les signataires d'Oslo &#233;taient d&#233;nonc&#233;s comme des tra&#238;tres &#224; la patrie, pr&#234;ts &#224; livrer des Juifs, les colons, &#224; un futur &#201;tat palestinien. C'est dans ce climat de d&#233;cha&#238;nement de l'extr&#234;me droite nationaliste qu'un jeune colon assassina le Premier ministre Rabin en 1995. Les gouvernements qui se succ&#233;d&#232;rent par la suite, qu'ils fussent travaillistes ou de droite quand celle-ci revint au pouvoir en 1996, eurent exactement la m&#234;me politique, multipliant les d&#233;monstrations d'intransigeance et de fermet&#233; vis-&#224;-vis des Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principal moyen de pression utilis&#233; fut le bouclage, c'est-&#224;-dire l'isolement complet de la Cisjordanie et de Gaza. Durant les ann&#233;es de l'occupation, les d&#233;placements se faisaient sans trop d'entraves. Quand Gaza devint territoire autonome, les Isra&#233;liens transform&#232;rent cette enclave en un v&#233;ritable camp d'internement entour&#233; d'un mur herm&#233;tique ne disposant que d'un seul point de passage c&#244;t&#233; isra&#233;lien, celui d'Erez. Plusieurs heures &#233;taient n&#233;cessaires, m&#234;me en temps normal, pour le franchir. Et le gouvernement isra&#233;lien pouvait &#224; tout moment d&#233;cider de sa fermeture, ce dont il ne se priva pas. Plus d'un million de Palestiniens se retrouvaient alors enferm&#233;s dans une prison &#224; ciel ouvert&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la Cisjordanie, ce n'&#233;tait pas mieux. On a pu parler &#224; son propos d'un territoire &#171; peau de l&#233;opard &#187; tant &#233;taient nombreuses et dispers&#233;es les zones o&#249; ne s'exer&#231;ait pas le pouvoir de l'Autorit&#233; palestinienne : aux zones pr&#233;vues par les accords d'Oslo s'ajoutaient toutes les colonies de peuplement. Et leur nombre n'a pas cess&#233; d'augmenter pendant les ann&#233;es du pr&#233;tendu &#171; processus de paix &#187; : s'il y avait 115 000 colons en 1993, ce nombre &#233;tait pass&#233; &#224; 200 000 sept ans plus tard. Et il faut rajouter plus de 100 000 colons vivant dans plusieurs quartiers palestiniens de J&#233;rusalem-Est. Cette extension des colonies juives se faisait immanquablement en volant des terres aux Palestiniens, &#224; la fois pour installer les colons eux-m&#234;mes, mais aussi pour construire des routes r&#233;serv&#233;es exclusivement aux Isra&#233;liens et reliant les colonies entre elles, pour am&#233;nager des zones de s&#233;curit&#233; interdites &#224; la culture afin de faciliter la surveillance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet &#233;miettement du territoire permettait et permet encore aujourd'hui &#224; l'arm&#233;e isra&#233;lienne d'interdire la circulation &#224; l'int&#233;rieur de la Cisjordanie, avec des cons&#233;quences dramatiques pour la vie quotidienne de la population : des villes peuvent se retrouver coup&#233;es plusieurs jours du reste du monde, ne recevant plus d'approvisionnement, en eau notamment ; des paysans ne peuvent plus rejoindre leurs champs ; des &#233;coliers se retrouvent condamn&#233;s &#224; rester chez eux, ne pouvant gagner leur &#233;cole. Pour ne pas parler des malades, parfois dans un &#233;tat grave, qui se voient interdire le d&#233;placement jusqu'&#224; un h&#244;pital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, derni&#232;re cons&#233;quence des bouclages &#224; r&#233;p&#233;tition, mais pas la moindre : il est devenu quasiment impossible de travailler en Isra&#235;l et cela a priv&#233; beaucoup de Palestiniens d'une importante source de revenus. Le ch&#244;mage a augment&#233; au point d'atteindre 40, 50 % ou plus encore dans certains endroits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant ces ann&#233;es du &#171; processus de paix &#187;, pour la grande masse des Palestiniens, les conditions de vie se sont d&#233;grad&#233;es, la mis&#232;re a augment&#233;. Et ils ne se voyaient m&#234;me pas &#233;pargner les humiliations de la p&#233;riode de l'occupation puisque les Isra&#233;liens, leur arm&#233;e, &#233;taient toujours l&#224;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.9'&gt;&lt;/a&gt;La mise en place de l'Autorit&#233; palestinienne (1994)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La majorit&#233; des Palestiniens ont aussi rapidement &#233;t&#233; d&#233;&#231;us par la nouvelle Autorit&#233; palestinienne qui s'est mise en place d&#232;s 1994. La d&#233;ception fut &#224; la mesure des espoirs qu'elle avait suscit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appareil d'&#201;tat qui se mit en place ressembla tr&#232;s vite &#224; tous les autres &#201;tats arabes du Moyen-Orient, corrompu jusqu'&#224; la moelle, dur et m&#233;prisant vis-&#224;-vis de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'un des premiers actes de l'Autorit&#233; palestinienne fut de constituer une police, une force de s&#233;curit&#233; qui acquit en peu de temps une sinistre r&#233;putation. On pourrait m&#234;me dire plusieurs polices car il existait, en dehors de la police &#171; ordinaire &#187;, sept services charg&#233;s de la &#171; s&#233;curit&#233; &#187;, se faisant d'ailleurs concurrence, et ayant chacun le droit de pr&#233;lever des &#171; taxes &#187; ou d'infliger des amendes. L'une d'entre elles, la Force 17, &#233;tait la garde personnelle d'Arafat. Une autre &#233;tait dirig&#233;e par un membre de la famille d'Arafat, Moussa Arafat, r&#233;put&#233; pour ses m&#233;thodes violentes et son go&#251;t de l'argent. Sur les 135 000 fonctionnaires que comptait l'Autorit&#233; palestinienne, la moiti&#233; travaillaient dans les diff&#233;rents services de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les opposants, tous ceux qui critiquaient la politique d'Arafat, furent en butte &#224; la r&#233;pression, beaucoup furent arr&#234;t&#233;s. Les t&#233;moignages sont unanimes pour consid&#233;rer que les conditions de d&#233;tention &#233;taient pires que pendant l'occupation isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arafat d&#233;barqua avec tous les membres de l'appareil de l'OLP qui auparavant se trouvaient avec lui &#224; Tunis. Ils occup&#232;rent tous les postes de direction de la nouvelle Autorit&#233; palestinienne, les minist&#232;res, les commissions o&#249; s'attribuaient les march&#233;s publics. La corruption sous toutes ses formes devint bient&#244;t manifeste. Des entreprises se voyaient attribuer le monopole de la distribution d'essence ou de l'importation de ciment et ces situations avantageuses avaient s&#251;rement eu un prix. En tout cas, tous les journalistes qui s'&#233;taient risqu&#233;s &#224; le dire furent arr&#234;t&#233;s par la police palestinienne. Les services qui d&#233;livraient des licences d'importation et d'exportation &#233;taient r&#233;put&#233;s pour exiger un petit suppl&#233;ment. L'exemple venait de haut puisque les rentr&#233;es li&#233;es au commerce ext&#233;rieur ne figuraient sur aucune comptabilit&#233; officielle et allaient directement approvisionner des comptes en Isra&#235;l&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Gaza, qui ressemble &#224; un immense bidonville, la population put voir se construire des h&#244;tels de luxe tandis que rien n'&#233;tait fait pour am&#233;liorer ses conditions de vie mis&#233;rables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors la d&#233;ception engendr&#233;e par ces premi&#232;res ann&#233;es d'existence de l'Autorit&#233; palestinienne entra&#238;na le discr&#233;dit du Fatah, le parti d'Arafat, aupr&#232;s d'une partie croissante des Palestiniens. Et ce discr&#233;dit permit &#224; un parti islamiste, le Hamas, de s'affirmer comme le champion de la lutte contre l'occupation isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'o&#249; vient ce parti, le Hamas, qui, en quelques ann&#233;es, s'est impos&#233; face &#224; l'OLP ?&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.10'&gt;&lt;/a&gt;Le Hamas, de la lutte contre l'OLP aux premiers attentats-suicides&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'image du combattant refusant les compromis avec Isra&#235;l &#224; laquelle le Hamas devait sa popularit&#233; &#233;tait en fait relativement r&#233;cente. Pendant longtemps, les islamistes n'avaient pas repris &#224; leur compte le combat nationaliste. Ils se cantonnaient au terrain religieux et &#224; l'action caritative, s'occupant de l'aide aux pauvres, cr&#233;ant des cliniques, des garderies d'enfants, etc. Leur ennemi principal n'&#233;tait pas l'occupant isra&#233;lien, mais d'autres Palestiniens, les &#171; m&#233;cr&#233;ants &#187;, les militants communistes, les militants la&#239;cs de l'OLP.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour cette raison, ils ont pu b&#233;n&#233;ficier de la bienveillante neutralit&#233; des autorit&#233;s isra&#233;liennes qui esp&#233;raient ainsi diminuer l'influence de l'OLP. Ils ont permis aux associations islamistes de recevoir tout &#224; fait l&#233;galement des subventions de l'Arabie saoudite. Gr&#226;ce &#224; ce financement, le nombre de mosqu&#233;es &#224; Gaza a tripl&#233; entre 1967 et 1987, passant de 200 &#224; 600. Les Isra&#233;liens laiss&#232;rent aussi se cr&#233;er l'Universit&#233; islamique de Gaza, seule institution universitaire de la ville, qui devint un vivier de militants islamistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, apr&#232;s toute une p&#233;riode de d&#233;veloppement &#171; apolitique &#187;, au moment du d&#233;clenchement de la premi&#232;re Intifada en 1987, conscients du fait qu'ils auraient &#233;t&#233; compl&#232;tement marginalis&#233;s s'ils &#233;taient rest&#233;s &#224; l'&#233;cart de la lutte qui se menait contre l'occupation isra&#233;lienne, la majorit&#233; de ces militants islamistes d&#233;cid&#232;rent de cr&#233;er un parti politique, le Hamas, acronyme de &#171; mouvement de la r&#233;sistance islamique &#187;. Les militants du Hamas firent leurs premi&#232;res armes pendant la premi&#232;re Intifada. Mais leur influence restait encore limit&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1993, le Hamas se d&#233;marqua de l'OLP en manifestant son opposition aux accords d'Oslo, d&#233;nonc&#233;s comme une trahison de la cause palestinienne. Mais ni cette opposition, ni les premiers attentats-suicides organis&#233;s &#224; partir de 1994 ne rendirent le Hamas tr&#232;s populaire dans ces ann&#233;es o&#249; la majorit&#233; des Palestiniens se r&#233;jouissaient encore de la cr&#233;ation de l'Autorit&#233; palestinienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut imaginer le degr&#233; de d&#233;sespoir atteint par la grande masse des Palestiniens pour que les attentats-suicides soient finalement reconnus comme l'un des principaux moyens de lutte contre les Isra&#233;liens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette d&#233;ception, cette col&#232;re, ce d&#233;sespoir s'exprim&#232;rent avec la deuxi&#232;me Intifada.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.11'&gt;&lt;/a&gt;La deuxi&#232;me Intifada (2000)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Elle a &#233;clat&#233; en septembre 2000 &#224; la suite d'une provocation de Sharon, ce g&#233;n&#233;ral d'extr&#234;me droite, qui avait &#233;t&#233; ministre de la D&#233;fense au moment des massacres de Sabra et Chatila au Liban, massacres dont il avait &#233;t&#233; jug&#233; en partie responsable, ce qui lui avait fait perdre son poste minist&#233;riel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sharon, sachant tr&#232;s bien ce qu'il allait provoquer, se rendit sur l'Esplanade des Mosqu&#233;es &#224; J&#233;rusalem, lieu saint des musulmans mais revendiqu&#233; aussi par les Juifs. Son geste avait pour but de r&#233;affirmer la mainmise isra&#233;lienne sur ces lieux. Des affrontements &#233;clat&#232;rent d&#232;s son arriv&#233;e et continu&#232;rent dans les jours suivants. La r&#233;pression isra&#233;lienne fut particuli&#232;rement sanglante d&#232;s les premiers mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La violence de la r&#233;pression amena, du c&#244;t&#233; palestinien, &#224; ce qu'on a appel&#233; &#171; une militarisation de l'Intifada &#187;. Les jeunes Palestiniens eurent rapidement le sentiment que lancer des pierres &#233;tait insuffisant. Les organisations nationalistes, et surtout le Hamas, s'appuy&#232;rent sur ce sentiment pour les enr&#244;ler dans des milices capables de leur fournir des armes &#224; feu. Ces organisations trouvaient ainsi le moyen de canaliser et de contr&#244;ler le mouvement de r&#233;volte. L'action propos&#233;e aux plus d&#233;termin&#233;s de ces jeunes &#233;tait l'organisation d'attentats-suicides.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique de terrorisme aveugle &#233;tait criminelle &#224; plus d'un titre. Bien s&#251;r parce qu'elle visait des innocents mais aussi parce qu'en cr&#233;ant un sentiment de peur et d'ins&#233;curit&#233;, elle a pouss&#233; la population isra&#233;lienne dans les bras des partisans d'une politique r&#233;pressive &#224; l'&#233;gard des Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sharon avait d&#233;lib&#233;r&#233;ment jou&#233; la carte de la provocation pour pouvoir ensuite se poser en garant de la s&#233;curit&#233; des Isra&#233;liens par l'usage de la politique du gros b&#226;ton, la seule qui semblait rester aux yeux de la majorit&#233; des Isra&#233;liens. Les Isra&#233;liens qui, quelques ann&#233;es avant, avaient vot&#233; pour des partis se proclamant partisans de n&#233;gociations avec les Palestiniens, ont eu le sentiment que cette politique avait &#233;chou&#233;, qu'il &#233;tait impossible de s'entendre avec les Palestiniens. C'est en sp&#233;culant sur ce sentiment de peur des Isra&#233;liens que Sharon remporta les &#233;lections de 2001.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3.12'&gt;&lt;/a&gt;L'arriv&#233;e de Sharon au pouvoir&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En arrivant au pouvoir, Sharon aurait dit : &#171; Les accords d'Oslo sont morts. &#187; Rompant avec la politique de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, Sharon se refusa &#224; tout contact avec les dirigeants de l'Autorit&#233; palestinienne, d&#233;sign&#233;s comme responsables des attentats et comme les inspirateurs de l'Intifada.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que jusque-l&#224; l'Autorit&#233; palestinienne b&#233;n&#233;ficiait d'un semblant de reconnaissance de la part des dirigeants isra&#233;liens, Sharon fit bombarder tous les b&#226;timents officiels, les minist&#232;res, les casernes abritant les forces de s&#233;curit&#233;, toutes les infrastructures construites dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des assassinats de militants et de dirigeants palestiniens &#233;taient organis&#233;s en repr&#233;sailles aux attentats. Ces assassinats sont pr&#233;sent&#233;s par les militaires isra&#233;liens comme &#233;tant &#171; cibl&#233;s &#187;, &#224; la diff&#233;rence des attentats palestiniens. Mais peut-on parler d'un assassinat &#171; cibl&#233; &#187; quand un h&#233;licopt&#232;re tire, par exemple, un missile sur la maison dans lequel le militant vis&#233; a trouv&#233; refuge, la d&#233;truisant enti&#232;rement avec tous ses habitants ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arm&#233;e isra&#233;lienne multiplia les incursions en Cisjordanie et &#224; Gaza tandis que les bouclages &#233;taient rendus quasi permanents. Sur les principales routes, l'arm&#233;e isra&#233;lienne organisait des &#171; check points &#187;, rendant al&#233;atoire et interminable le moindre d&#233;placement. Certains &#233;taient permanents, d'autres provisoires. Ce mot a envahi la vie quotidienne des Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie palestinienne se retrouva asphyxi&#233;e, l'&#233;change de marchandises devenant quasiment impossible. Les Isra&#233;liens impos&#232;rent en effet le &#171; dos-&#224;-dos &#187; : les camions palestiniens devaient d&#233;charger leurs marchandises au &#171; check point &#187; et un autre camion, de l'autre c&#244;t&#233; du &#171; check point &#187;, devait les prendre en charge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement isra&#233;lien, &#224; plusieurs reprises, cessa de reverser le produit des taxes douani&#232;res sur les marchandises export&#233;es par les entreprises palestiniennes, qu'il encaissait, depuis les accords d'Oslo, pour le compte de l&#8216;Autorit&#233; palestinienne. Celle-ci se retrouva priv&#233;e de l'une de ses principales ressources et incapable de payer ses fonctionnaires. On mesure les cons&#233;quences quand on sait que ces salaires faisaient vivre un quart de la population&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2002, avec l'op&#233;ration &#171; Remparts &#187;, les chars isra&#233;liens r&#233;investirent les principales villes de Cisjordanie, et vinrent mettre le si&#232;ge devant la Mouquata, &#224; Ramallah, r&#233;sidence du gouvernement palestinien. Sharon qui affichait l'objectif de renverser Arafat n'osa pas aller jusqu'au bout, mais Arafat resta plus de deux ans prisonnier dans ce b&#226;timent en partie d&#233;truit, sans eau et sans &#233;lectricit&#233; &#224; certains moments.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les villes r&#233;occup&#233;es, l'arm&#233;e isra&#233;lienne imposait des couvre-feu qui pouvaient durer plusieurs jours. Des quartiers entiers, comme dans la ville de Jenine, furent d&#233;truits au bulldozer sans que les habitants aient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s au pr&#233;alable, des familles enti&#232;res se retrouvant enterr&#233;es sous les gravats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le nom de Sharon est surtout associ&#233; &#224; la construction du &#171; mur &#187; qui doit organiser une s&#233;paration totale avec la Cisjordanie. Sharon ne fit que reprendre une id&#233;e lanc&#233;e par les travaillistes quelques ann&#233;es plus t&#244;t. Ce mur est pr&#233;sent&#233; par les dirigeants isra&#233;liens comme une &#171; barri&#232;re de s&#233;curit&#233; &#187; - c'est ainsi qu'ils l'appellent - devant prot&#233;ger les Isra&#233;liens des attentats terroristes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il doit se poursuivre sur 700 km tout le long de la &#171; ligne verte &#187;, ainsi qu'on appelle les fronti&#232;res d'avant 1967. Sur certaines portions, il s'agit d'un mur de b&#233;ton de huit m&#232;tres de haut, sur d'autres d'une cl&#244;ture, le tout &#233;quip&#233; de technologies de surveillance dernier cri, cam&#233;ras et mitrailleuses t&#233;l&#233;command&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le trac&#233; du mur doit aussi permettre d'int&#233;grer &#224; Isra&#235;l les principales colonies juives sous pr&#233;texte d'assurer leur s&#233;curit&#233;. Ce qui reviendrait &#224; annexer 43 % de la Cisjordanie. Et la construction elle-m&#234;me a n&#233;cessit&#233; l'expropriation de nombreux Palestiniens. Plut&#244;t que d'une barri&#232;re de s&#233;paration, il faudrait parler d'une barri&#232;re d'annexion !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2005, Sharon a organis&#233; le retrait total de l'arm&#233;e isra&#233;lienne de la bande de Gaza, d'une fa&#231;on unilat&#233;rale, sans aucune n&#233;gociation avec les dirigeants palestiniens. Cela l'a amen&#233; &#224; s'opposer aux colons install&#233;s &#224; Gaza qu'il a fallu &#233;vacuer, &#224; l'extr&#234;me droite partisane du &#171; Grand Isra&#235;l &#187;, hostile &#224; la moindre restitution de terres aux Palestiniens. Sharon, en fait, abandonnait Gaza, difficile &#224; contr&#244;ler en raison de la forte concentration des Palestiniens, pour mieux reporter les forces isra&#233;liennes sur la Cisjordanie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es Sharon, la colonisation en Cisjordanie s'est poursuivie de plus belle. Il y a aujourd'hui plus de 260 000 colons, auxquels il faut rajouter 180 000 colons install&#233;s dans la partie arabe de J&#233;rusalem. M&#234;me apr&#232;s l'&#233;vacuation des colonies de Gaza, ce nombre a continu&#233; d'augmenter. L'argent d&#233;pens&#233; par l'&#201;tat en faveur des colonies repr&#233;sente &#224; lui seul la moiti&#233; de l'aide am&#233;ricaine qui se monte &#224; trois milliards de dollars par an. Avec l'implantation de nouvelles colonies, le gouvernement isra&#233;lien cherche &#224; cr&#233;er une situation irr&#233;versible, justifiant les annexions futures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La politique men&#233;e par Sharon n'a &#233;videmment pas permis de mettre fin aux attentats, elle n'a pas permis d'assurer la s&#233;curit&#233; des Isra&#233;liens. Elle n'a fait qu'approfondir encore plus le foss&#233; de haine entre Isra&#233;liens et Palestiniens et elle pr&#233;pare les explosions de violence et les Intifadas de demain.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;lf6&quot;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;div class=&quot;clear&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;lf12&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Alors, quel bilan peut-on tirer aujourd'hui ?&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;Isra&#235;l : le poids de l'arm&#233;e&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour les Isra&#233;liens, cette politique a un co&#251;t tr&#232;s lourd. Isra&#235;l est un petit pays de 7 millions d'habitants aujourd'hui. Forc&#233;ment, toutes les familles ont perdu l'un des leurs dans l'une des guerres men&#233;es depuis sa cr&#233;ation. En fait, sa population vit en &#233;tat de guerre permanent, toujours l'arme au pied quand ce n'est pas l'arme &#224; la main. Le service militaire est de trois ans pour les hommes, deux pour les femmes. Les hommes, jusqu'&#224; quarante ans, doivent sept &#224; huit semaines par an reprendre du service au sein de l'arm&#233;e. Un ancien chef d'&#233;tat-major pouvait dire du citoyen isra&#233;lien qu'il &#233;tait &#171; un soldat en permission onze mois par an &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arm&#233;e est devenue omnipr&#233;sente dans la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne. Les anciens g&#233;n&#233;raux sont nombreux parmi le personnel politique et la plupart des Premiers ministres de ces derni&#232;res ann&#233;es &#233;taient d'anciens chefs d'&#233;tat-major. La soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne est devenue une caserne o&#249; il ne fait pas bon &#234;tre d&#233;nonc&#233; comme un tra&#238;tre &#224; sa patrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat a toujours consacr&#233; une part tr&#232;s importante de son budget &#224; l'arm&#233;e mais, ces derni&#232;res ann&#233;es, ce poids est devenu insupportable. L'&#201;tat a mis en place un plan d'&#233;conomies concernant les d&#233;penses sociales. Des coupes claires ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;es dans les budgets sociaux. Les ch&#244;meurs de moins de 25 ans se voient contraints &#224; accepter les emplois qui leur sont propos&#233;s s'ils ne veulent pas &#234;tre radi&#233;s. Des femmes seules avec des enfants se sont vu supprimer des allocations qui leur permettaient de survivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s, et pas seulement les in&#233;galit&#233;s sociales, ont toujours &#233;t&#233; tr&#232;s importantes dans la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne : entre, d'un c&#244;t&#233;, Juifs d'origine d'Europe de l'Est, les Ashk&#233;nazes, et, de l'autre, les S&#233;pharades ou Misrahi qui se voient parfois surnomm&#233;s avec m&#233;pris les &#171; noirs &#187; d'Isra&#235;l, originaires du Moyen-Orient, du Maghreb, ou d'&#201;thiopie plus r&#233;cemment. Mais ces in&#233;galit&#233;s se sont approfondies ces derni&#232;res ann&#233;es. Un enfant sur trois vit, en Isra&#235;l, sous le seuil de pauvret&#233;. M&#234;me les 240 000 rescap&#233;s des camps d'extermination vivant en Isra&#235;l n'ont pas le droit &#224; un traitement de faveur puisqu'un tiers d'entre eux vit en dessous du seuil de pauvret&#233;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;Le poids de l'extr&#234;me droite&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Mais il n'y a pas que le co&#251;t mat&#233;riel. Cette guerre men&#233;e aux Palestiniens contribue &#224; rendre toute la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne plus violente. Un jeune qui s'est livr&#233; pendant des mois en Cisjordanie &#224; de v&#233;ritables actes de barbarie &#224; l'encontre des Palestiniens ne peut en revenir indemne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une extr&#234;me droite nationaliste et religieuse, qui dispose, avec les milliers de colons, d'une base militante et active, p&#232;se lourdement dans la vie politique. Beaucoup d'entre eux sont partisans d'un &#171; Grand Isra&#235;l &#187; comprenant la Cisjordanie, qu'ils appellent, d'apr&#232;s les termes bibliques, la Jud&#233;e et la Samarie. Et, fid&#232;les en cela &#224; l'esprit du sionisme, certains reprennent ouvertement l'id&#233;e du transfert des Palestiniens d'Isra&#235;l ou de Cisjordanie dans les autres pays arabes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;Palestiniens : Le Hamas au pouvoir&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des Palestiniens, la situation est bien pire qu'il y a dix ans. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; toutes les cons&#233;quences pour la population palestinienne, sur le plan mat&#233;riel et dans la vie quotidienne, de la politique isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la mort d'Arafat en 2004, celui qui &#233;tait son Premier ministre, Mahmoud Abbas, a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident de l'Autorit&#233; palestinienne. Plus encore qu'Arafat, il a cherch&#233; &#224; jouer la carte de la mod&#233;ration et de la n&#233;gociation avec les grandes puissances. Il a cherch&#233; &#224; se plier aux conditions pos&#233;es par ce qu'on a appel&#233; la &#171; feuille de route &#187;, un document &#233;labor&#233; par les repr&#233;sentants des &#201;tats-Unis, de l'Union europ&#233;enne, de la Russie et de l'ONU, r&#233;unis dans un &#171; quartet &#187;&#8230; Les dirigeants occidentaux promettaient un &#201;tat aux Palestiniens dans l'avenir, mais il fallait d'abord que ceux-ci d&#233;mocratisent leurs institutions actuelles&#8230; En attendant, l'&#201;tat isra&#233;lien pouvait donc continuer de bombarder &#171; d&#233;mocratiquement &#187; des Palestiniens qui ne faisaient pas assez d'efforts !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le r&#233;sultat de la &#171; d&#233;mocratisation &#187; de la vie politique palestinienne ne fut pas celui que les dirigeants imp&#233;rialistes souhaitaient. En janvier 2006, le Hamas, devenant le premier parti palestinien, remportait la majorit&#233; aux &#233;lections au Conseil l&#233;gislatif palestinien. La politique isra&#233;lienne &#233;tait parvenue &#224; jeter une fraction importante des Palestiniens dans les bras des islamistes. Il faut quand m&#234;me rappeler que cela n'a tout de m&#234;me pas &#233;t&#233; le raz-de-mar&#233;e &#233;lectoral souvent &#233;voqu&#233; : le Hamas n'a regroup&#233; que 45 % des suffrages, les 55 % restants ayant fait le choix de voter pour des organisations la&#239;ques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Hamas, apr&#232;s sa victoire &#233;lectorale, constitua un gouvernement. Il a imm&#233;diatement &#233;t&#233; en butte &#224; l'opposition d'Isra&#235;l et des grandes puissances occidentales, ces derni&#232;res suspendant le versement de leurs aides. Une lutte de plus en plus ouverte et violente a oppos&#233; le Hamas et le Fatah, qui refusait de c&#233;der les leviers du pouvoir. Le Fatah b&#233;n&#233;ficiait du soutien occidental et de l'aide indirecte d'Isra&#235;l quand, par exemple, l'arm&#233;e isra&#233;lienne arr&#234;ta, &#224; l'&#233;t&#233; 2006, plusieurs ministres du Hamas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Hamas dut accepter la formation d'un gouvernement d'union nationale en f&#233;vrier 2007. Mais cela ne mit pas un terme aux affrontements qui conduisirent finalement &#224; l'&#233;clatement de l'Autorit&#233; palestinienne : au mois de juin 2007, le Hamas a pris le contr&#244;le de Gaza alors que le Fatah gardait, lui, le contr&#244;le de la Cisjordanie. Depuis, les heurts entre partisans du Hamas et ceux du Fatah sont r&#233;guliers, aussi bien &#224; Gaza qu'en Cisjordanie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour les Palestiniens, aucune de ces deux forces ne repr&#233;sente une perspective. La seule aspiration du Fatah est de se maintenir au pouvoir en se faisant accepter par l'imp&#233;rialisme pour pouvoir disposer d'un appareil d'&#201;tat, aussi rachitique soit-il, et de toutes les sources de revenus qu'il permet de d&#233;gager.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir du Hamas dans une partie du territoire repr&#233;sente un recul social et politique dramatique pour les Palestiniens. Qu'une organisation aussi r&#233;actionnaire se soit retrouv&#233;e &#224; la t&#234;te du combat des Palestiniens, cela marque bien l'impasse dans laquelle les nationalistes de l'OLP ont engag&#233; leur peuple.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.4'&gt;&lt;/a&gt;L'influence croissante de l'islamisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'influence des id&#233;es islamistes d&#233;passe d'ailleurs celle du Hamas. Ces derni&#232;res ann&#233;es, elles se sont progressivement diffus&#233;es dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233; palestinienne. Comme partout, le sentiment religieux se nourrit du d&#233;sespoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; palestinienne &#233;tait dans les ann&#233;es 1970 l'une des plus la&#239;ques du Moyen-Orient. Dans bien des domaines, le poids de la tradition, de la religion et des clans familiaux restait tr&#232;s fort, mais l'OLP &#233;tait une organisation la&#239;que avec des Palestiniens de diff&#233;rentes origines - Habache &#233;tait issu d'une famille chr&#233;tienne, par exemple - et la plupart ne faisaient aucune r&#233;f&#233;rence &#224; la religion. Les femmes avaient massivement particip&#233; au combat politique, y compris &#224; la lutte militaire au sein des milices de fedayins. Ces femmes y avaient gagn&#233; une libert&#233; que beaucoup de femmes du Moyen-Orient pouvaient leur envier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, dans les lieux publics des villes palestiniennes, les femmes qui ne portent pas le voile deviennent rares, quels que soient les milieux sociaux. C'est le discr&#233;dit de l'OLP qui a entra&#238;n&#233; celui du nationalisme la&#239;c et qui a permis &#224; l'islamisme de progresser dans de nombreux domaines. Et l'OLP, pour conserver son influence, a essay&#233; de concurrencer les islamistes sur leur terrain. Arafat, dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, s'&#233;tait mis &#224; fr&#233;quenter ostensiblement la mosqu&#233;e. En 2001, une milice li&#233;e au Fatah s'est constitu&#233;e et a pris le nom de &#171; martyrs d'Al Aqsa &#187;, r&#233;f&#233;rence &#224; la mosqu&#233;e de J&#233;rusalem. &#192; Ramallah, l'Autorit&#233; palestinienne a constitu&#233; une police des bonnes moeurs avec pour mission, entre autres, de faire respecter le Ramadan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet opportunisme contribue lui aussi &#224; renforcer l'emprise de ces id&#233;es r&#233;actionnaires sur toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.5'&gt;&lt;/a&gt;Un &#201;tat palestinien : une solution qui n'offre aucune perspective aux plus pauvres&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Un &#201;tat, s'il devait voir le jour dans de telles conditions, ressemblerait &#224; un bantoustan, ces &#201;tats fantoches cr&#233;&#233;s par l'Afrique du Sud &#224; l'&#233;poque de l'apartheid pour y parquer les Noirs loin des r&#233;gions o&#249; habitaient les Blancs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet &#201;tat palestinien d'un peu plus de deux millions et demi d'habitants ne serait qu'un immense bidonville, r&#233;servoir de main-d'oeuvre pour l'&#233;conomie isra&#233;lienne, ce qui permettrait &#224; Isra&#235;l de maintenir son emprise sur ces territoires qui auraient juste chang&#233; de statut. Cela pourrait satisfaire une minorit&#233; de dirigeants qui en tireraient b&#233;n&#233;fice, mais pas la grande masse des Palestiniens qui continuerait de conna&#238;tre la m&#234;me mis&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, plus de deux millions de Palestiniens vivent en Jordanie, au Liban et en Syrie. Un tel &#201;tat pourra-t-il les accueillir ? Isra&#235;l n'envisage pas de leur reconna&#238;tre &#171; le droit au retour &#187;. Revenir exactement l&#224; o&#249; ils vivaient avant leur expulsion n'est peut-&#234;tre pas possible dans bien des cas, mais ce genre de consid&#233;rations n'emp&#234;che pas la loi isra&#233;lienne de reconnaitre ce droit &#224; tous les Juifs du monde. Bush a parl&#233; de la possibilit&#233; d'&#233;changer en quelque sorte ce droit contre des indemnisations, mais ce ne sont pas les quelques millions de dollars &#233;voqu&#233;s qui permettront &#224; ces Palestiniens de quitter les camps o&#249; ils vivent depuis des dizaines d'ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au million d'Arabes isra&#233;liens, m&#234;me s'ils sont trait&#233;s en Isra&#235;l comme des citoyens de seconde zone, ils n'iraient pas pour autant s'installer dans un &#201;tat palestinien o&#249; ils seraient assur&#233;s de vivre plus mal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien tel qu'il est envisag&#233; ne changerait vraiment rien au sort de la grande majorit&#233; des Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans la lutte qui se m&#232;ne, en tant que r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, nous ne sommes pas neutres. Ind&#233;pendamment des dirigeants qu'il se donne, nous sommes inconditionnellement du c&#244;t&#233; du peuple palestinien et nous sommes solidaires de sa revendication d'un &#201;tat palestinien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; d&#233;faut d'un &#201;tat binational avec les m&#234;mes droits pour les deux peuples, l'aspiration &#224; un &#201;tat national est aussi l&#233;gitime pour le peuple palestinien qu'elle l'a &#233;t&#233; pour les Juifs chass&#233;s d'Europe par la pourriture du syst&#232;me capitaliste d'Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la solidarit&#233; avec les aspirations du peuple palestinien n'entra&#238;ne pas pour autant un alignement derri&#232;re les nationalistes de l'OLP. Ces derni&#232;res ann&#233;es ont suffisamment montr&#233; que, sur le terrain des affrontements nationaux, il n'y a pas d'issue. Et il n'est pas question non plus d'accorder au Hamas le moindre caract&#232;re progressiste ou anti-imp&#233;rialiste, contrairement &#224; ce que font certains, y compris dans l'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors le peuple palestinien est aujourd'hui prisonnier d'un camp de concentration : quel que soit le statut de ce camp, Autorit&#233; autonome ou &#201;tat &#224; part enti&#232;re, cela ne changera rien &#224; sa situation. Les Isra&#233;liens se retrouvent, eux, &#224; assumer le r&#244;le de gardiens de ce camp. Et la vie des gardiens de prison n'est pas beaucoup plus enviable que celle de leurs prisonniers. Gardiens et prisonniers vivent dans la m&#234;me prison&#8230; Un peuple qui en opprime un autre ne saurait &#234;tre un peuple libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais nous faisons confiance &#224; la capacit&#233; des peuples de trouver, &#224; travers toutes les &#233;preuves, le moyen de vivre ensemble. Nous, ici, nous devons nous rappeler combien d'ennemis h&#233;r&#233;ditaires nos dirigeants nous ont d&#233;sign&#233;s &#224; diff&#233;rentes &#233;poques : les Anglais, les Allemands&#8230; Et combien de guerres ont oppos&#233; ces peuples avant qu'ils ne soient en situation de vivre c&#244;te &#224; c&#244;te, pacifiquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il en sera de m&#234;me dans l'avenir, nous en sommes convaincus, pour les Juifs isra&#233;liens et les Palestiniens. Ces deux peuples devront bien vivre ensemble et ils finiront par vivre, nous en sommes convaincus, dans un m&#234;me &#201;tat qui reconna&#238;tra les m&#234;mes droits &#224; tous.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.6'&gt;&lt;/a&gt;Il n'y a pas d'issue satisfaisante pour les deux peuples dans le cadre de l'imp&#233;rialisme&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Nous ne savons pas si une telle solution est possible dans le cadre du syst&#232;me imp&#233;rialiste actuel. Nous pouvons seulement constater que cela s'est r&#233;v&#233;l&#233; impossible pendant le si&#232;cle qui s'est &#233;coul&#233;. Comme est impossible la r&#233;solution d'une multitude de conflits et de situations d'oppression dans ce monde, tellement est grande l'implication des int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes. Nous pouvons aussi constater que leurs dirigeants nationalistes respectifs ont manifestement conduit ces deux peuples &#224; une faillite tragique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre n'y aura-t-il pas d'issue satisfaisante pour les deux peuples dans le cadre de l'ordre mondial actuel, imp&#233;rialiste, qui a pour fondement le capitalisme, c'est-&#224;-dire l'exploitation, l'&#233;conomie de march&#233;. C'est la perp&#233;tuation de cette organisation sociale qui maintient une multitude de formes d'oppression de par le monde et qui en engendre sans cesse de nouvelles. C'est la perp&#233;tuation de cet ordre social capitaliste qui accentue sans cesse le foss&#233; entre quelques pays imp&#233;rialistes, ou plus exactement leur classes privil&#233;gi&#233;es, et la majorit&#233; sous-d&#233;velopp&#233;e de la plan&#232;te. C'est cela qui fait &#172;re&#172;surgir des poubelles du pass&#233; bien des id&#233;es et des comportements anachroniques, les violences ethnistes, les fondamentalismes religieux, catholique aussi bien que musulman ou hindouiste.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4.7'&gt;&lt;/a&gt;L'espoir est du c&#244;t&#233; de la lutte du prol&#233;tariat&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Alors oui, il se peut que le probl&#232;me isra&#233;lo-palestinien ne soit r&#233;solu que par la victoire du prol&#233;tariat et le renversement du capitalisme, ou du moins lors d'une certaine phase dans le combat pour y parvenir, et ne puisse venir que de l&#224;. Ne serait-ce parce que seul le prol&#233;tariat sera capable de mettre fin au sous-d&#233;veloppement de la plus grande partie de la plan&#232;te. Une v&#233;ritable solution au conflit qui oppose Juifs isra&#233;liens et Palestiniens ne peut se limiter &#224; d&#233;finir des fronti&#232;res nouvelles. Il faudra aussi que ces deux peuples aient un m&#234;me acc&#232;s aux richesses, &#224; l'&#233;ducation, &#224; la sant&#233;&#8230; Il faudra qu'il soit mis fin &#224; l'in&#233;galit&#233; sociale qui marque leurs relations depuis le d&#233;but du conflit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors nous ne savons pas quelles solutions les peuples du Moyen-Orient adopteront pour coexister dans un monde d&#233;barrass&#233; du capitalisme. Ce sera &#224; eux de choisir entre des &#201;tats multinationaux ou un regroupement de tous les &#201;tats de la r&#233;gion dans une f&#233;d&#233;ration socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour conclure, il est &#224; souhaiter que l'impasse actuelle ne conduise pas ces deux peuples &#224; la r&#233;signation et que surgisse dans l'avenir, comme cela a &#233;t&#233; le cas dans le pass&#233;, de nouvelles g&#233;n&#233;rations de militants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il est surtout &#224; souhaiter que ces militants choisissent d'autres perspectives que celles qui dressent les peuples les uns contre les autres, qu'ils choisissent une politique qui les unisse dans un combat commun ayant pour objectif la transformation sociale dans tout le Moyen-Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un souhait et c'est aussi un programme et une d&#233;marche militante. Le programme qu'en tant que communistes r&#233;volutionnaires, nous avons &#224; d&#233;fendre parce que l'histoire n'est pas &#233;crite &#224; l'avance. Et parce que les combattants de demain sauront tirer les le&#231;ons des drames et des occasions manqu&#233;es du pass&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
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