<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
	<link>http://www.lutte-ouvriere.org/</link>
	<description>Bienvenue sur le portail de LUTTE OUVRI&#200;RE. Vous y trouverez des informations sur l'actualit&#233;, les activit&#233;s et le programme de notre organisation.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Portail de LUTTE OUVRI&#200;RE</title>
		<url>http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L32xH32/siteon0-38e4a.jpg</url>
		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/</link>
		<height>32</height>
		<width>32</width>
	</image>




	
	
	
	

	
	
	

	
	
	
	
	
	

	
	
	
	
	
	
	

	

	
	
	
	

	
	
	
	
	

	
	
	
	

	
	
	
	

	

	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	

	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	

	
	
	
	
	

	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	

	

	
	
	
	

	
	

	
	
	
	
	
	
	
	
	
	

	
	
	
	
	
	
	
	

	
	
	
	
	

	
	

	
	
	
	
	
	

	
	
	
	

	
	
	
	

	
	
	



	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>Le capitalisme &#224; la d&#233;rive</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/le-capitalisme-a-la-derive</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/le-capitalisme-a-la-derive</guid>
		<dc:date>2010-07-01T13:06:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				Dans les premiers jours du mois de mai, l'&#201;tat grec &#233;tait d&#233;sign&#233; comme la brebis galeuse de l'Union europ&#233;enne. Et les mesures d'aust&#233;rit&#233; qui lui ont &#233;t&#233; impos&#233;es d'un commun accord par la Commission europ&#233;enne et le FMI (Fonds mon&#233;taire international), c'est-&#224;-dire par les puissances imp&#233;rialistes d'Europe, &#233;taient pr&#233;sent&#233;es comme une juste sanction envers un &#201;tat qui &#171; vivait au-dessus de ses moyens &#187;. On parlait bien du risque d'une &#171; contagion grecque &#187; &#8211; rien que cette d&#233;signation &#233;tait orient&#233;e et (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH140/arton11709-d0878.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='140' class='spip_logos' style='height:140px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les premiers jours du mois de mai, l'&#201;tat grec &#233;tait d&#233;sign&#233; comme la brebis galeuse de l'Union europ&#233;enne. Et les mesures d'aust&#233;rit&#233; qui lui ont &#233;t&#233; impos&#233;es d'un commun accord par la Commission europ&#233;enne et le FMI (Fonds mon&#233;taire international), c'est-&#224;-dire par les puissances imp&#233;rialistes d'Europe, &#233;taient pr&#233;sent&#233;es comme une juste sanction envers un &#201;tat qui&lt;i&gt; &#171; vivait au-dessus de ses moyens &#187;.&lt;/i&gt; On parlait bien du risque d'une &#171; contagion grecque &#187; &#8211; rien que cette d&#233;signation &#233;tait orient&#233;e et mensong&#232;re car la Gr&#232;ce n'&#233;tait pas pour grand-chose dans la maladie du capitalisme en crise &#8211; mais elle n'&#233;tait &#233;voqu&#233;e qu'&#224; propos du Portugal et, dans une bien moindre mesure, de l'Espagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, au moment o&#249; s'ouvre le G20, la r&#233;union des principales puissances &#233;conomiques de la plan&#232;te, tous les &#201;tats d'Europe sont engag&#233;s dans des politiques d'aust&#233;rit&#233; plus ou moins brutales, ouvertement d&#233;clar&#233;es ou hy&#173;po&#173;cri&#173;tement dissimul&#233;es par des jongleries verbales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il aura donc suffi d'un mois et demi pour que ladite &#171; contagion grecque &#187; se g&#233;n&#233;ralise. Et elle n'a pas affect&#233; seulement les &#233;conomies les plus fragiles d'Europe, ni les &#201;tats r&#233;put&#233;s laxistes en mati&#232;re budg&#233;taire. Le 7 juin, c'est le gou&#173;ver&#173;nement du pays le plus riche d'Europe, l'Allemagne, qui passe pour le mod&#232;le m&#234;me d'une gestion budg&#233;taire rigoureuse, qui annon&#231;ait un premier train de mesures d'aust&#233;rit&#233;. Il vise &#224; &#233;conomiser 80 milliards d'euros sur quatre ans : nouvelle taxe sur les combustibles ; protection sociale diminu&#233;e ; suppression de 15 000 emplois dans la fonction publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France ne pouvait pas ne pas suivre malgr&#233; les affirmations de Fillon rejetant les mots m&#234;mes d'&#171; aust&#233;rit&#233; &#187; ou de &#171; rigueur &#187;. Les march&#233;s financiers dictaient leurs ordres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y avait pas besoin que ces ordres soient formul&#233;s. Les financiers ont leur propre langage fleuri. Le co&#251;t des emprunts de la France sur les march&#233;s financiers commen&#231;ait &#224; cro&#238;tre par rapport au co&#251;t des emprunts de l'Allemagne alors qu'avant la crise financi&#232;re, les deux &#201;tats &#233;taient quasiment au coude &#224; coude&lt;i&gt;. &#171; La France est en train de d&#233;crocher. Sa prime de risque contre l'Allemagne a quasiment doubl&#233; en l'espace de six s&#233;ances &#187;,&lt;/i&gt; notait un sp&#233;cialiste de la banque Natixis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait l'indice que les groupes financiers commen&#231;aient &#224; se m&#233;fier de la France et de sa capacit&#233; &#224; rembourser sa dette, au risque que, la sp&#233;culation prenant le relais, l'&#201;tat fran&#231;ais trouve de plus en plus difficilement &#8211; et, surtout, de plus en plus co&#251;teusement &#8211; de quoi emprunter pour assurer ses fins de mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais commen&#231;a par faire de l'esbroufe. Sarkozy jura d'inscrire dans la Constitution l'obligation d'assurer l'&#233;quilibre budg&#233;taire ! Comme si les financiers pouvaient &#234;tre convaincus par d'aussi pi&#232;tres arguments ! Ils veulent des mesures concr&#232;tes, ne serait-ce que pour v&#233;rifier la capacit&#233; du gouvernement &#224; en prendre d'aussi drastiques contre les classes populaires qu'il sera n&#233;cessaire pour assurer le paiement des int&#233;r&#234;ts de la dette. La r&#233;duction du nombre des travailleurs de l'&#201;tat faisait d&#233;j&#224; partie de la panoplie pour plaire aux groupes financiers. Les mesures contre les retraites viennent de s'y ajouter. Aux derni&#232;res nouvelles, le gouvernement ne se contentera pas de r&#233;duire le nombre de fonctionnaires. Les salaires de ceux qui restent seront gel&#233;s. Et le gouvernement de promettre une baisse rapide et cons&#233;quente du d&#233;ficit budg&#233;taire. Ramener le d&#233;ficit du budget de 8 % &#224; 3 % dans les quatre ans qui viennent, cela exige un r&#233;&#233;quilibrage d'un montant de 100 milliards, pour l'essentiel en r&#233;duisant les d&#233;penses. Comment ? Cet extrait du&lt;i&gt; Monde&lt;/i&gt; des 30 et 31 mai donne une id&#233;e des multiples mesures prises dans la discr&#233;tion qui ont toutes en commun de rendre la vie plus difficile pour les classes populaires :&lt;i&gt; &#171; Sant&#233; : le gouvernement veut &#233;conomiser 600 millions d'euros : les h&#244;pitaux et maisons de retraite devraient subir des gels de cr&#233;dits.&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt; La plus marquante des mesures annonc&#233;es vendredi par le gouvernement r&#233;side dans le gel de 180 millions d'euros de cr&#233;dits, qui devraient concerner des &#233;tablissements m&#233;dico-sociaux (cr&#233;ation de places en maisons de retraite&#8230;), et des h&#244;pitaux (aides &#224; la restructuration, compensation de charges de service public&#8230;). &lt;/i&gt;[&#8230;&lt;i&gt;] Au total, des &#233;conomies d'un montant de 1,84 milliard d'euros avaient &#233;t&#233; pr&#233;vues pour cette ann&#233;e, gr&#226;ce &#224; des mesures phares comme la prise en charge de certains m&#233;dicaments par l'assurance-maladie &#224; hauteur de 15 % et non plus de 35 %, ou encore la hausse tr&#232;s controvers&#233;e du forfait hospitalier, de 16 &#224; 18 euros par jour. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Cour des comptes consid&#232;re que les mesures d'&#233;conomies sur les d&#233;penses sociales, sur l'assurance maladie en particulier, ne vont pas assez loin. Son pr&#233;sident, tout en approuvant la r&#233;forme gouvernementale des retraites, trouve qu'elle est insuffisante. Il pr&#233;conise le gel des salaires des fonctionnaires. Il est utile de pr&#233;ciser que ledit pr&#233;sident est le &#171; socialiste &#187; Didier Migaud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il en va de m&#234;me partout en Europe.&lt;i&gt; &#171; Il ne fait pas bon &#234;tre fonctionnaire actuellement en Europe &#187;,&lt;/i&gt; &#233;crivait fort justement le quotidien de droite&lt;i&gt; Le Figaro&lt;/i&gt;. Baisse de 5 &#224; 15 % des salaires en Irlande ; suppression des 13e et 14e mois et baisse de 7 % des retraites en Gr&#232;ce ; gel des salaires et non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux au Portugal ; gel des salaires en Italie, en Espagne ; gel des embauches en Grande-Bretagne, sans compter les coupes dans les d&#233;penses de fonctionnement qui se g&#233;n&#233;ralisent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est &#233;videmment encore pire dans la partie orientale, plus pauvre, d'Europe. En Roumanie, par exemple, &#224; partir de ce mois de juin, les travailleurs de l'&#201;tat verront leurs salaires amput&#233;s de 25 % alors que les retraites et les allocations ch&#244;mage baisseront de 15 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Grande-Bretagne justement qui, pour reprendre l'expression de la une du&lt;i&gt; Figaro,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#171; lance un plan d'aust&#233;rit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent depuis la Seconde Guerre mondiale &#187; : &lt;/i&gt;r&#233;duire ses d&#233;ficits de 100 milliards d'euros en quatre ans ! &#201;tant donn&#233; l'&#233;tat de d&#233;cr&#233;pitude de certains services publics de ce pays, on imagine ce que ce sera dans quatre ans. C'est le nouveau gouvernement conservateur qui a pris la responsabilit&#233; politique du plan d'aust&#233;rit&#233;. Mais c'est le gouvernement travailliste qu'il vient de relayer qui l'a &#233;labor&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'envol&#233;e de la dette publique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les mesures d'aust&#233;rit&#233; varient d'un pays &#224; l'autre dans la forme, et encore, pas beaucoup. Elles visent partout le m&#234;me but : r&#233;cup&#233;rer sur les classes populaires de quoi compenser les sommes &#233;normes prises dans les budgets des &#201;tats pour sortir de la crise financi&#232;re de 2008-2009 et pour tenter d'emp&#234;cher une nouvelle &#233;tape de celle-ci en 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois de plus, ce sont les solutions trouv&#233;es par les &#201;tats pour sortir de l'&#233;tape pr&#233;c&#233;dente de la crise qui leur reviennent comme un boomerang. La phase la plus aigu&#235; de la crise de 2008-2009 &#8211; crise de liquidit&#233;s d&#233;clench&#233;e par la panique bancaire de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 &#8211; a &#233;t&#233; surmont&#233;e par une intervention massive des &#201;tats en faveur des banquiers et du syst&#232;me bancaire. Mais cette intervention massive a creus&#233; des trous b&#233;ants dans les budgets des &#201;tats. Tous les &#201;tats sans exception ont accru leur endettement dans des proportions colossales. Comme le formulait avec concision l'&#233;conomiste am&#233;ricain Nouriel Roubini &lt;i&gt; :&#171; Nous avons socialis&#233; les pertes du secteur priv&#233; et nous sommes dans une zone dangereuse &#187;,&lt;/i&gt; pour ajouter :&lt;i&gt; &#171; L'Europe comme les &#201;tats-Unis, le Royaume-Uni ou le Japon, sont confront&#233;s &#224; des d&#233;ficits publics gigantesques &#187;.&lt;/i&gt; Il pr&#233;cisait, concernant les &#201;tats-Unis :&lt;i&gt; &#171; Pour le moment, le pays est &#224; l'abri car l'app&#233;tit des investisseurs pour la dette am&#233;ricaine reste vif, mais un jour les d&#233;tenteurs de cette dette pourraient se r&#233;veiller et dire : &lt;/i&gt;&#8220;M&#234;me les &#201;tats-Unis sont dans une situation critique&#8221;.&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces&lt;i&gt; &#171; d&#233;ficits publics gigantesques &#187;&lt;/i&gt; sont pain b&#233;ni pour les groupes financiers. Pour combler les d&#233;ficits, les &#201;tats sont oblig&#233;s d'emprunter toujours plus et, partant, de payer de plus en plus d'int&#233;r&#234;ts aux cr&#233;anciers. Le m&#233;canisme s'auto-alimente. Cons&#233;quence de la financiarisation de l'&#233;conomie, il l'aggrave. Pendant que la production, les investissements, souffrent faute de march&#233;s prometteurs, les capitaux disponibles sont attir&#233;s vers la sph&#232;re financi&#232;re, en l'occurrence essentiellement vers les pr&#234;ts aux &#201;tats. Et c'est sur ce mouvement de fond que se greffe la sp&#233;culation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#201;tats sont en comp&#233;tition pour placer leurs titres d'emprunt. Un pays dont la capacit&#233; de remboursement est mise en doute paie ses emprunts plus cher. Mais, par l&#224; m&#234;me, il fragilise sa situation et s'endette davantage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous l'impulsion des deux principales puissances imp&#233;rialistes du continent, la France et l'Allemagne, les gouvernements ont cru d&#233;samorcer les mouvements sp&#233;culatifs en mettant sur la table, en accord avec le FMI, une somme de 750 milliards d'euros afin de pr&#234;ter aux &#201;tats qui auraient des difficult&#233;s &#224; se financer. La mesure visait &#224; rassurer les march&#233;s financiers : m&#234;me si un &#201;tat &#233;tait d&#233;faillant et ne pouvait pas rembourser, cette cagnotte les rembourserait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait un beau cadeau, un de plus, aux banques, mais cela n'a pas arr&#234;t&#233; la sp&#233;culation. Et pour cause ! Des capitaux &#233;normes circulent sur les march&#233;s financiers et il n'est pas question pour leurs propri&#233;taires de ne pas les faire tra&#173;vailler, c'est-&#224;-dire les placer de mani&#232;re profitable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La boucle est ainsi boucl&#233;e : les op&#233;rations financi&#232;res tournent dans le vide, enrichissent les banquiers et leurs mandataires et ruinent l'&#233;conomie productive.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Une nouvelle phase de la crise financi&#232;re ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Depuis quelque temps, une nouvelle phase de la crise financi&#232;re semble se dessiner. La m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des &#201;tats r&#233;put&#233;s mauvais d&#233;biteurs est contagieuse. En effet, comment faire confiance &#224; une banque qui d&#233;tient, parmi les titres qu'elle poss&#232;de, une trop grosse quantit&#233; de dettes souveraines de mauvaise qualit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est en train de se produire en ce moment le m&#234;me mouvement qu'apr&#232;s la faillite de la banque am&#233;ricaine Lehman Brothers : une nouvelle crise de confiance entre banques elles-m&#234;mes. Les pr&#234;ts aux &#201;tats fragiles sont de plus en plus consid&#233;r&#233;s comme les obligations pourries des subprimes de 2008. Ce qui a fait dire au journal&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; des 30 et 31 mai 2010 :&lt;i&gt; &#171; Le krach de 2008 a montr&#233; qu'une crise de liquidit&#233;s &#8211; l'impossibilit&#233; d'obtenir de l'argent aupr&#232;s d'autres banques ou des march&#233;s &#8211; pouvait &#234;tre fatale &#224; une banque, f&#251;t-elle solidement capitalis&#233;e. &lt;/i&gt;[&#8230;&lt;i&gt;] Plusieurs indicateurs attestent de tensions sur l'acc&#232;s aux liquidit&#233;s dont les banques ont en permanence besoin, pour accorder des cr&#233;dits aux m&#233;nages et aux entreprises. Ils montrent qu'elles sont de plus en plus r&#233;ticentes &#224; se pr&#234;ter entre elles, quand elles n'ont pas arr&#234;t&#233; de le faire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journal&lt;i&gt; Les &#201;chos&lt;/i&gt; du 27 mai 2010 avait d&#233;j&#224; fait le m&#234;me constat et &#233;voquait la m&#234;me menace :&lt;i&gt; &#171; Les banques am&#233;ricaines ne pr&#234;tent plus de dollars aux banques europ&#233;ennes et celles-ci ne se pr&#234;tent quasiment plus de cash &lt;/i&gt;[&#8230;&lt;i&gt;]. Le probl&#232;me est que les banques centrales doivent inonder le march&#233; de liquidit&#233;s pour pallier les difficult&#233;s du march&#233; interbancaire &#224; des co&#251;ts relativement &#233;lev&#233;s. Le principal risque est que les banques aient de graves difficult&#233;s de refinancement et qu'elles ne rechignent un peu plus &#224; pr&#234;ter aux entreprises, ce qui continuerait de p&#233;naliser la croissance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sph&#232;re financi&#232;re ne constitue pas un monde &#224; part, d&#233;connect&#233; de l'&#233;conomie productive. C'est la m&#234;me &#233;conomie. D'abord, parce que les profits financiers viennent en dernier ressort de la plus-value, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, tout comme les profits des entreprises productives. Il s'agit, en r&#233;alit&#233;, du m&#234;me profit, plus exac&#173;tement de la part, croissante, du profit global que la finance s'approprie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, parce que les entreprises de production ont besoin de la finance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vie &#233;conomique quotidienne est rythm&#233;e par une myriade d'op&#233;rations, d'emprunts, de cr&#233;dits. Quand le flot financier s'ass&#232;che, c'est toute l'&#233;conomie qui se meurt. Or, pour la deuxi&#232;me fois en deux ans, le volume des liquidit&#233;s se r&#233;duit dangereusement pour des raisons internes &#224; la sph&#232;re financi&#232;re et &#224; son fonctionnement. Par m&#233;fiance les unes vis-&#224;-vis des autres, en raison cette fois de la quantit&#233; de &#171; mauvaises dettes &#187; d'&#201;tat, les banques limitent leur activit&#233; l&#224; o&#249; elle est indispensable au fonctionnement m&#234;me de l'&#233;conomie capitaliste. De nouveau s'esquisse la situation aberrante de la crise de liquidit&#233;s pr&#233;c&#233;dente : malgr&#233; la quantit&#233; colossale de liquidit&#233;s que d&#233;tiennent les banques, leur circulation est limit&#233;e sur le march&#233; interbancaire.&lt;i&gt; &#171; Pour preuve, &lt;/i&gt;expliquent&lt;i&gt; Les &#201;chos&lt;/i&gt; du 8 juin,&lt;i&gt; le montant des liquidit&#233;s d&#233;pos&#233;es au jour le jour par les &#233;tablissements bancaires aupr&#232;s de la BCE a encore explos&#233; : les banques ont amen&#233; en d&#233;p&#244;t environ 350 milliards d'euros (contre moins de 1 milliard avant la crise), ce qui repr&#233;sente autant de liquidit&#233;s qui n'alimentent pas le circuit du cr&#233;dit. En d'autres termes, les &#233;tablissements financiers pr&#233;f&#232;rent stocker des montagnes d'argent &#224; un taux faible plut&#244;t que de les pr&#234;ter. &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis vingt, trente ans, depuis le d&#233;but de la longue p&#233;riode de stagnation de l'&#233;conomie capitaliste, la finance parasite la production. Mais il arrive aux parasites de tuer ce qu'ils parasitent. Une nouvelle crise de liquidit&#233;s entre banques ouvrira peut-&#234;tre la porte &#224; une longue p&#233;riode de d&#233;pression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour d&#233;samorcer la crise de m&#233;fiance entre banques, la Banque centrale europ&#233;enne multiplie les mesures de soutien &#224; leur &#233;gard. Elle a abandonn&#233; les crit&#232;res de notation sur les emprunts d'&#201;tat grecs admis &#224; la Banque centrale. Elle s'est engag&#233;e dans une politique de rachat d'emprunts des &#201;tats de la zone euro. Qu'est-ce que cela signifie ? C'est une fa&#231;on claire de dire aux banquiers : &#171; Ne vous inqui&#233;tez pas des titres risqu&#233;s d&#233;tenus par vos partenaires dans les op&#233;rations bancaires, la Banque centrale est pr&#234;te &#224; racheter tous les titres dont vous vous m&#233;fiez. &#187; Pour le moment, m&#234;me cela n'a pas suffi &#224; convaincre les banquiers de se pr&#234;ter les uns aux autres. Pourtant, ce genre d'annonce n'est pas sans contrepartie : c'est une fa&#231;on d'attiser la m&#233;fiance, cette fois-ci &#224; l'&#233;gard de la Banque centrale, c'est-&#224;-dire envers l'euro. L'euro n'avait pourtant pas besoin de cela pour se d&#233;t&#233;riorer par rapport au dollar. Au royaume des aveugles&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Les menaces sur l'euro&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'autre victime pr&#233;sum&#233;e de l'&#233;volution pr&#233;sente de la crise risque d'&#234;tre l'euro. Victime, la monnaie europ&#233;enne l'est d&#233;j&#224; par le fait que son cours en comparaison de celui du dollar s'affaisse. Elle cote d&#233;sormais 1,20 dollar, contre 1,50 il y a six mois. Mais sa survie elle-m&#234;me est menac&#233;e. Personne ne peut annoncer la date de ses fun&#233;railles, ni m&#234;me si elles finiront par avoir lieu. En outre, la fin de la zone euro pourrait survenir de bien des mani&#232;res. Exclusion de la zone euro des pays aux &#233;conomies les plus fragiles ou d&#233;part volontaire ? Cela a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; pour la Gr&#232;ce. Au contraire, retrait de la zone euro de l'Allemagne ? Maintien d'une zone euro plus r&#233;duite, limit&#233;e aux pays imp&#233;rialistes de la zone autour du duo Allemagne-France ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'euro n'a certainement pas sauv&#233; de la crise les diff&#233;rents pays d'Europe. Sa disparition, totale ou partielle, serait cependant un important facteur d'aggravation. Ce serait un retour au protectionnisme et &#224; la multiplication des d&#233;valuations comp&#233;&#173;ti&#173;tives et des crises de change permanentes entre monnaies europ&#233;ennes. Les capitalistes eux-m&#234;mes en sont tout &#224; fait conscients.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, sur ce continent o&#249; les &#233;conomies des diff&#233;rents pays sont &#233;troitement entrem&#234;l&#233;es, la disparition d'une monnaie commune serait un recul catastrophique. Les bourgeoisies allemande et fran&#231;aise en sont parfaitement conscientes. Pour le moment, elles ont un int&#233;r&#234;t majeur &#224; maintenir l'euro, l'expression la plus marquante d'un march&#233; commun europ&#233;en si p&#233;niblement construit. Mais, aussi d&#233;termin&#233;e que soit la bourgeoisie des deux pays &#224; maintenir la zone euro, cela ne va pas jusqu'&#224; la cr&#233;ation de cette &#171; gouvernance commune &#187; dont l'absence est pourtant le principal handicap de l'euro par rapport au dollar. Le principal facteur, aussi, de la sp&#233;culation sur des titres portant sur des dettes d'&#201;tat, pourtant libell&#233;s dans la m&#234;me monnaie commune. Comme si, sur un ch&#232;que, ce qui comptait ne serait pas la somme indiqu&#233;e, mais qui a sign&#233;. La signature du Portugal, de la Gr&#232;ce, voire de l'Espagne, vaut bien moins que celle de l'Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le choix m&#234;me des mots est significatif. On parle de &#171; gouvernance commune &#187;, mais pas d'&#201;tat commun. Mais une v&#233;ritable &#171; gouvernance commune &#187; pr&#233;suppose un &#201;tat commun. Aucune force politique significative, se pla&#231;ant sur le terrain de la bourgeoisie, ne l'envisage. Aussi attach&#233;es &#224; la zone euro que soient la bourgeoisie allemande et la bourgeoisie fran&#231;aise, en tout cas &#224; l'&#233;tape actuelle de la crise, rien ne dit qu'elles puissent ma&#238;triser son &#233;volution. Elles ne ma&#238;trisent absolument pas leur &#233;conomie parce qu'elle n'est pas ma&#238;trisable.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;L'intensification de la lutte de classe de la bourgeoisie contre la classe ouvri&#232;re&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il serait vain de faire des pr&#233;visions sur l'&#233;volution de l'&#233;conomie capitaliste mondiale pour la p&#233;riode qui vient. La seule pr&#233;vision que l'on peut faire est qu'en mati&#232;re de politique d'aust&#233;rit&#233;, on n'a encore rien vu. La bourgeoisie se bat de toutes ses forces pour maintenir les profits des entreprises capitalistes en aggravant l'exploitation. Les &#201;tats se battent pour r&#233;tablir l'&#233;quilibre de leurs budgets de la seule fa&#231;on que puisse admettre la bourgeoisie : en multipliant les pr&#233;l&#232;vements sur les classes populaires, en r&#233;duisant les protections sociales, en faisant des &#233;conomies sur les services publics, du moins sur les activit&#233;s de service public qui concernent surtout les classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des h&#244;pitaux, des &#233;coles, des transports publics &#224; deux vitesses, ce n'est certes pas nouveau. Contrairement aux l&#233;gendes v&#233;hicul&#233;es surtout par les grands partis r&#233;formistes, par la gauche, l'&#233;ducation, la sant&#233; n'ont jamais &#233;t&#233; &#233;galitaires. Comment pourrait-il en &#234;tre autrement dans un monde domin&#233; par l'argent ? Mais toutes les tares de l'&#233;conomie capitaliste, toutes les in&#233;galit&#233;s qu'elle produit et entretient, seront in&#233;vitablement d&#233;multipli&#233;es par la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re sera contrainte de se battre si elle veut sauvegarder ne serait-ce que par&#173;tiel&#173;lement son niveau d'existence. Mais des explosions sociales m&#234;me virulentes, si elles peuvent freiner l'application de certaines mesures antiouvri&#232;res, ne changeront pas fondamentalement l'&#233;volution. Le probl&#232;me qui se pose, c'est que, face &#224; la politique de la bourgeoisie qui se r&#233;sume &#224; faire supporter aux classes populaires le poids de la crise, il faut opposer une autre politique qui ouvre une issue &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est aujourd'hui banal de consid&#233;rer la crise &#233;conomique actuelle comme la plus grave depuis celle qui avait d&#233;but&#233; en 1929. Mais un des aspects les plus frappants dans la comparaison avec 1929 est que la grande bourgeoisie s'en sort mieux aujourd'hui qu'alors. L'image du bourgeois sautant par la fen&#234;tre de son bureau directorial en apprenant qu'il &#233;tait ruin&#233; n'&#233;tait, m&#234;me apr&#232;s 1929, qu'une image d'&#201;pinal. &#201;videmment, la crise actuelle n'a pas arrang&#233; les affaires d'une partie de la bourgeoisie, g&#233;n&#233;ralement la moyenne et surtout la petite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journa&lt;i&gt;l Les &#201;chos&lt;/i&gt; des 11 et 12 juin 2010 a pu annoncer en s'en r&#233;jouissant que&lt;i&gt; &#171; le nombre de millionnaires a cr&#251; de 14 % en 2009 &#187;, &lt;/i&gt;en ajoutant :&lt;i&gt; &#171; La crise a gliss&#233; sur les plus fortun&#233;s. Selon le dernier rapport annuel de Global Wealth &lt;/i&gt;[&#8230;&lt;i&gt;], le niveau global de la richesse priv&#233;e a op&#233;r&#233; un remarquable come back en 2009, avec un rebond de 11,5 % contre une chute de 10 % en 2008. &#187;&lt;/i&gt; Certes, mesurer la richesse en y int&#233;grant le prix des actions en Bourse ne donne qu'une approximation grossi&#232;re. Mais le fond est clair : la bourgeoisie, en tout cas la grande, se sort bien de la crise de son &#233;conomie. Pour elle, pass&#233; quelques moments de frayeur devant la menace de ce qu'elle appelle une&lt;i&gt; &#171; crise syst&#233;mique &#187;,&lt;/i&gt; tout peut recommencer comme avant. Le comportement des groupes financiers, qui, &#224; peine sortis de la m&#233;lasse &#8211; r&#233;sultat de leurs sp&#233;culations d'avant 2008 &#8211;, se sont aussit&#244;t remis &#224; sp&#233;culer, est &#233;clairant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la contrepartie de tout cela a &#233;t&#233; un recul consid&#233;rable non seulement pour les classes exploit&#233;es mais pour toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne sont pas les pr&#233;l&#232;vements, extravagants pourtant, de la bourgeoisie sur la soci&#233;t&#233; qui sont en cause mais le prix impos&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; pour pouvoir les faire. Les ann&#233;es de crise ont fait retourner la soci&#233;t&#233; en arri&#232;re. Il ne s'agit pas seulement de l'aspect mat&#233;riel des choses. Le ch&#244;mage durable d'une fraction importante de la population laborieuse pouss&#233;e &#224; la mis&#232;re, les &#233;conomies faites sur l'enseignement, sur la construction de logements sociaux, la ghetto&#239;sation des quartiers populaires, ne peuvent pas ne pas affecter la vie sociale. C'est toute la soci&#233;t&#233; qui est en d&#233;composition. Elle est de plus en plus d&#233;structur&#233;e, d&#233;shumanis&#233;e. Au recul des conditions mat&#233;rielles correspond un recul dans les id&#233;es, dans les comportements sociaux, dans la solidarit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais pourtant dans l'histoire l'humanit&#233; n'a dispos&#233; d'un arsenal aussi vaste de connaissances, de moyens mat&#233;riels pour agir sur la nature, de capacit&#233;s potentielles de vaincre pour de bon et d&#233;finitivement la pauvret&#233; mat&#233;rielle, culturelle et morale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais n'a &#233;t&#233; aussi claire la responsabilit&#233; de l'organisation capitaliste dans l'incapacit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#224; avancer. Jamais n'a &#233;t&#233; aussi grand le foss&#233; entre les possibilit&#233;s de l'humanit&#233; sur le plan scientifique et technique et l'arri&#233;ration de ses rapports sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela fait longtemps que l'&#233;volution de l'&#233;conomie capitaliste ne laisse plus de place &#224; une politique r&#233;formiste, c'est-&#224;-dire &#224; l'espoir d'un lent mais irr&#233;versible mouvement d'am&#233;lioration pour la soci&#233;t&#233;. La politique r&#233;formiste d'aujourd'hui consiste simplement &#224; pr&#233;tendre pouvoir limiter les d&#233;g&#226;ts pour les classes exploit&#233;es, mais sans y parvenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que le capitalisme conduit la soci&#233;t&#233; droit dans le mur, la classe ouvri&#232;re, seule force sociale susceptible de s'opposer &#224; la bourgeoisie au nom de la perspective d'un changement r&#233;volutionnaire de l'ordre &#233;conomique et social, se retrouve sans politique et sans parti pour l'imposer. On peut tourner et retourner la question dans tous les sens : la classe capitaliste n'arr&#234;tera de faire reculer la soci&#233;t&#233; en s'attaquant &#224; la seule classe productive &#8211; la classe ouvri&#232;re &#8211; que si celle-ci retrouve la combativit&#233; et surtout qu'elle la retrouve autour d'une politique tout enti&#232;re orient&#233;e vers le renversement de la domination de la bourgeoisie et la transformation de l'&#233;conomie en mettant fin &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas seulement d'&#233;voquer on ne sait quel &#171; grand soir &#187;. Il faut opposer une autre politique &#224; tous les probl&#232;mes cr&#233;&#233;s et aggrav&#233;s par la gestion bourgeoise de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;La seule politique alternative&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#171; Il faut bien rembourser les dettes &#187;, clament les dirigeants politiques et les commentateurs &#224; plat ventre devant la classe capitaliste. Mais que ceux qui les ont contract&#233;es le fassent donc !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les salari&#233;s, les ch&#244;meurs, les retrait&#233;s n'ont jamais vu la couleur de ces centaines de milliards que les &#201;tats ont d&#233;vers&#233;es dans l'&#233;conomie. Les classes exploit&#233;es n'ont pas &#224; reconna&#238;tre une dette publique qui n'est, en r&#233;alit&#233;, que la dette de classe de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir aggrav&#233; la dette publique, les &#201;tats en font l'&#233;tendard de toutes les mesures contre les classes populaires. Les services publics en seront les victimes les plus faciles : il suffit de ne pas leur accorder les cr&#233;dits dont ils ont besoin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces services publics ont pourtant &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s et se sont d&#233;velopp&#233;s dans l'int&#233;r&#234;t de la bourgeoisie elle-m&#234;me. Faire prendre en charge par l'&#201;tat l'&#233;ducation ou la sant&#233; &#233;tait une fa&#231;on de d&#233;charger la bourgeoisie de la n&#233;cessit&#233; de donner des salaires qui permettent &#224; tout un chacun de se soigner ou d'&#233;duquer ses enfants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais avec la crise, la bourgeoisie et ses repr&#233;sentants politiques &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat raisonnent &#224; court terme : il leur faut trouver de l'argent, un point c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mois qui viennent seront marqu&#233;s par des attaques de plus en plus violentes dont les seules limites seront d&#233;finies par les rapports de forces. Ces attaques d&#233;coulent toutes de la crise de l'&#233;conomie capitaliste et de la fa&#231;on dont la bourgeoisie esp&#232;re s'en tirer. Elles ne d&#233;coulent pas d'une option politique particuli&#232;re, et encore moins des choix de l'&#233;quipe politique momentan&#233;ment au pouvoir. Elles d&#233;coulent de puissants int&#233;r&#234;ts de classe. Le r&#244;le d&#233;volu aux dirigeants politiques est de les appliquer et, le cas &#233;ch&#233;ant, de les justifier comme ils peuvent. La panoplie vari&#233;e des gouvernements en place en Europe, qui se sont tous engag&#233;s dans la politique antiouvri&#232;re, est &#233;clairante &#224; cet &#233;gard. Aucun n'est g&#234;n&#233; de se justifier, m&#234;me si tous disent l'inverse de ce qu'ils ont dit pour se faire &#233;lire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;senter les changements &#233;lectoraux comme des faits d&#233;cisifs a &#233;t&#233; de tout temps une tromperie. Et elle est plus grossi&#232;re encore en ces temps de crise. Les hommes politiques et les partis qui promettent de surmonter la crise ou m&#234;me seulement d'en pr&#233;server les classes populaires sans mettre en cause clairement l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie sont, au mieux, des charlatans. Mais, en r&#233;alit&#233;, ils sont au service de la bourgeoisie ou ils r&#234;vent d'y &#234;tre et ils sont pay&#233;s pour duper les classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le seul programme qui ouvre une perspective, c'est celui dont les diff&#233;rents objectifs, r&#233;pondant aux probl&#232;mes cruciaux de l'heure du point de vue des classes exploit&#233;es, conduisent en m&#234;me temps &#224; la remise en cause de la domination de la bourgeoisie sur la soci&#233;t&#233;. Ce programme ne deviendra une force que lorsque les masses s'en empareront. Quand et comment ? Personne ne peut le dire aujourd'hui. Mais ce n'est pas une question philosophique. C'est un programme de lutte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les exploit&#233;s ont pris beaucoup de retard par rapport aux exploiteurs. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. Il y a le poids de la crise elle-m&#234;me, la pression du ch&#244;mage. Il y a aussi sur le plan politique toutes les trahisons des partis r&#233;formistes lorsqu'ils &#233;taient au gouvernement. Et, m&#234;me dans l'opposition, ces partis ont abandonn&#233; jusqu'&#224; l'id&#233;e que la classe ouvri&#232;re ne s'en sortira pas en se pla&#231;ant derri&#232;re la bourgeoisie, mais seulement contre elle, et jusqu'&#224; tout langage de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie a toutes les cartes en main pour imposer sa politique face &#224; la crise. Mais, en m&#234;me temps, elle fait la d&#233;monstration qu'il n'y a pas de solution &#224; la crise avec la toute-puissance des groupes financiers et sur la base de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des entreprises et des banques. Et la prudence m&#234;me des dirigeants politiques de la bourgeoisie pour imposer leurs mesures antiouvri&#232;res, leur fa&#231;on de les &#233;taler autant que possible dans le temps, de tenter de les dissimuler derri&#232;re le rideau de fum&#233;e des pseudo-n&#233;gociations avec les chefs syndicaux, montrent qu'ils craignent que les masses se mettent en mouvement. Et cela peut venir vite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; ces moments-l&#224; qu'un programme de lutte r&#233;volutionnaire devient indispensable, vital. Comme le devient le parti capable de porter ce programme, capable de ne pas d&#233;vier de sa route en entendant les sir&#232;nes &#233;lectorales et malgr&#233; la pression des appareils r&#233;formistes. Un parti v&#233;ritablement communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face au d&#233;veloppement du ch&#244;mage, cette l&#232;pre de la soci&#233;t&#233;, principal facteur de d&#233;composition sociale, il faut imposer la r&#233;partition du travail entre tous sans diminution de salaire et l'interdiction des licenciements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; la d&#233;molition du pouvoir d'achat des salaires, aggrav&#233;e encore par la d&#233;t&#233;rioration des services publics, il faut l'&#233;chelle mobile des salaires et des retraites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; la crise financi&#232;re, il faut exproprier les banques, les unifier dans une seule institution bancaire contr&#244;l&#233;e par la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, surtout, face &#224; l'irresponsabilit&#233; de la classe capitaliste, il faut imposer le contr&#244;le des tra&#173;vailleurs et de la population sur les entreprises et sur l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;24 juin 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>France - la &#171; r&#233;forme &#187; des retraites : l'hypocrisie de la droite... et celle de la gauche r&#233;formiste</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/france-la-reforme-des-retraites-l</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/france-la-reforme-des-retraites-l</guid>
		<dc:date>2010-07-01T13:06:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				Le projet de loi portant sur la &#171; r&#233;forme &#187; des retraites que Woerth a pr&#233;sent&#233; le 16 juin inaugure une nouvelle offensive du gouvernement pour r&#233;duire le niveau de vie des travailleurs et lui donner les moyens de faire toujours plus de cadeaux au grand patronat. Car derri&#232;re les bonnes paroles du genre &#171; sauver notre syst&#232;me de retraite est un imp&#233;ratif &#187;, l'essentiel des mesures annonc&#233;es est clairement dirig&#233; contre le monde du travail. En effet, si on fait abstraction de cette volont&#233;, cette (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH140/arton11710-a3135.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='140' class='spip_logos' style='height:140px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le projet de loi portant sur la &#171; r&#233;forme &#187; des retraites que Woerth a pr&#233;sent&#233; le 16 juin inaugure une nouvelle offensive du gouvernement pour r&#233;duire le niveau de vie des travailleurs et lui donner les moyens de faire toujours plus de cadeaux au grand patronat. Car derri&#232;re les bonnes paroles du genr&lt;i&gt;e &#171; sauver notre syst&#232;me de retraite est un imp&#233;ratif &#187;&lt;/i&gt;, l'essentiel des mesures annonc&#233;es est clairement dirig&#233; contre le monde du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, si on fait abstraction de cette volont&#233;, cette pr&#233;tendue r&#233;forme appara&#238;t comme une absurdit&#233;. &#192; quoi rimerait cette volont&#233; de reculer l'&#226;ge du d&#233;part en retraite dans un pays qui compte au bas mot quatre millions de ch&#244;meurs, des millions de salari&#233;s r&#233;duits &#224; vivre de temps partiel impos&#233; ? Le 1er juin 2010, le secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; l'Emploi, Laurent Wauquiez, reconnaissait dans une interview donn&#233;e au&lt;i&gt; Parisien-Aujourd'hui&lt;/i&gt; que le taux d'emploi des 55-59 ans n'&#233;tait que de 58,5 %, c'est-&#224;-dire que plus de 40 % d'entre eux sont sans emploi. Les plus chanceux ont &#233;t&#233; pouss&#233;s vers une pr&#233;retraite par des employeurs d&#233;sireux de se d&#233;barrasser de salari&#233;s us&#233;s par l'exploitation. Les autres sont ch&#244;meurs, et c'est parmi ceux que les statistiques appellent les &#171; seniors &#187; que l'on trouve le plus de ch&#244;meurs de longue dur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; quoi riment aussi ces pr&#233;visions &#224; dix, vingt ou quarante ans, de la part de gens qui avaient &#233;t&#233; bien incapables de pr&#233;voir ne serait-ce que quelques mois &#224; l'avance la crise des subprimes de 2007 et la crise financi&#232;re qui a suivi ? Si les hommes politiques et les &#233;conomistes de 1928 avaient fait des pr&#233;visions pour les quarante ann&#233;es suivantes, c'est-&#224;-dire jusqu'en 1968, ce serait aujourd'hui une source de plaisanteries in&#233;puisable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'il y ait un probl&#232;me de financement des caisses de retraite pour l'avenir, c'est une &#233;vidence, mais la raison essentielle en est dans l'insuffisance des rentr&#233;es, du fait du ch&#244;mage, de la diminution de la part des salaires dans le revenu national, et du fait que le patronat malgr&#233; les &#233;normes profits qu'il continue d'engranger continue de b&#233;n&#233;ficier d'exon&#233;rations de cotisations que l'&#201;tat est loin de compenser enti&#232;rement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en r&#233;alit&#233;, le but que poursuit le gouvernement, tout en jurant le contraire, c'est de r&#233;duire par la bande le montant global des pensions vers&#233;es par les caisses de retraite, en transformant en ch&#244;meurs, et rapidement en ch&#244;meurs en fin de droits, des retrait&#233;s en puissance qui ne percevront leurs allocations que deux ans plus tard, souvent amput&#233;es de surcro&#238;t du fait d'un nombre de trimestres de cotisations insuffisant. Tout cela pour complaire &#224; un patronat r&#233;solument oppos&#233; &#224; toute augmentation des cotisations patronales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mesures annonc&#233;es le 16 juin n'entreront en vigueur que progressivement&lt;i&gt;. &#171; Pour ne pas bouleverser les projets de vie des Fran&#231;ais proches de la retraite &#187;,&lt;/i&gt; a eu le culot de pr&#233;tendre Woerth. Mais en r&#233;alit&#233;, il s'agit de ne pas provoquer trop brutalement la classe ouvri&#232;re, car le gouvernement a beau proclamer que sa r&#233;forme est comprise et approuv&#233;e par &#171; les Fran&#231;ais &#187;, il craint les r&#233;actions possibles du monde du travail. Et puis, proc&#233;der par petites &#233;tapes est un moyen de diviser les travailleurs, de faire croire que le probl&#232;me de ceux qui partiront bient&#244;t &#224; la retraite n'est pas le m&#234;me que celui de ceux qui ne partiront que plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une hypocrisie de pr&#233;tendre que ce projet de loi contient des &#171; droits nouveaux &#187; pour les salari&#233;s, comme la reconnaissance de la p&#233;nibilit&#233;, quand cela se ram&#232;ne &#224; maintenir l'&#226;ge du d&#233;part &#224; la retraite &#224; soixante ans pour les travailleurs auxquels la m&#233;decine du travail voudra bien reconna&#238;tre une incapacit&#233; d'au moins 20 %. Surtout quand on pr&#233;cise que ce droit concernera 10 000 personnes par an, chiffre ridicule par rapport au nombre de travailleurs us&#233;s par le travail bien avant soixante ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une autre hypocrisie que de pr&#233;tendre qu'il sera demand&#233; un effort &#224; tout le monde, alors que &#171; l'effort &#187; des plus ais&#233;s sera limit&#233; &#224; une taxe de 1 % sur la tranche sup&#233;rieure de l'imp&#244;t sur le revenu (la fraction des revenus imposables qui d&#233;passe aujourd'hui 69 783 euros par an, correspondant &#224; un revenu r&#233;el de plus de 76 000 euros), alors que l'augmentation du taux de cotisation des travailleurs de la fonction publique repr&#233;sentera, lorsqu'elle sera pleinement appliqu&#233;e, une ponction de 2,7 % sur des salaires le plus souvent des plus modestes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'hypocrisie n'est pas seulement du c&#244;t&#233; de la droite. Elle est aussi le fait de la gauche r&#233;formiste. Car si toutes les conf&#233;d&#233;rations syndicales, tous les partis politiques de cette gauche se d&#233;clarent oppos&#233;s au projet de loi du gouvernement, il ne faut pas gratter beaucoup pour voir qu'ils partagent en fait, plus ou moins ouvertement, la m&#234;me mani&#232;re de poser les probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Les conf&#233;d&#233;rations syndicales pour une &#171; r&#233;forme &#187; des retraites...&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;C&#244;t&#233; conf&#233;d&#233;rations syndicales, l'opposition verbale &#224; ce projet est d'autant plus vive qu'elles ont &#233;t&#233; trait&#233;es sans aucune consid&#233;ration par un gouvernement qui ne les a consult&#233;es que pour la forme. C'est ainsi que Jacques Voisin, le pr&#233;sident de la CFTC, s'est plaint le 16 juin d'avoir&lt;i&gt; &#171; re&#231;u ce matin &#224; 8h30, en m&#234;me temps que les m&#233;dias, les &#233;l&#233;ments de communication du gouvernement concernant le projet de r&#233;forme de notre syst&#232;me de retraites &#187;&lt;/i&gt; et du fait que &#171; &lt;i&gt; aucune information sp&#233;cifique n'a &#233;t&#233; adress&#233;e aux partenaires sociaux&lt;/i&gt; &#187;. Mais le m&#234;me texte pr&#233;cise :&lt;i&gt; &#171; Sauver notre syst&#232;me de retraites est un imp&#233;ratif, voici un objectif que la CFTC partage avec le gouvernement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La CFTC n'a certes pas une r&#233;putation de conf&#233;d&#233;ration combative. Mais c'est le m&#234;me point de vue qu'expriment plus ou moins ou&#173;ver&#173;tement les autres conf&#233;d&#233;rations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors du congr&#232;s de la CFDT, d&#233;but juin, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Fran&#231;ois Ch&#233;r&#232;que, a adopt&#233; un ton combatif, destin&#233; &#224; faire oublier l'appui qu'il avait apport&#233; &#224; Raffarin en 2003, lorsque celui-ci s'&#233;tait attaqu&#233; aux retraites des fonctionnaires, un appui qui avait provoqu&#233; une v&#233;ritable h&#233;morragie de militants. Mais s'il s'est fermement prononc&#233; contre le report de l'&#226;ge de la retraite au-del&#224; de soixante ans, il s'est d&#233;clar&#233; favorable &#224; une hausse de la dur&#233;e de cotisation, position qui a &#233;t&#233; approuv&#233;e par 59 % des mandats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La CGT reconna&#238;t elle aussi que des raisons d&#233;mographiques imposent une r&#233;forme des retraites : &#171; &lt;i&gt; La hausse du nombre de retrait&#233;s, l'augmentation de l'esp&#233;rance de vie posent de fa&#231;on cruciale la question du financement de notre syst&#232;me par r&#233;partition &#187;&lt;/i&gt;, peut-on lire sur son site Internet. Et les solutions qu'elle avance pour r&#233;soudre ce suppos&#233; probl&#232;me sont d'un flou artistique &lt;i&gt; : &#171; Pour consolider ce syst&#232;me de retraite solidaire, la CGT demande un &#233;largissement de l'assiette des cotisations et une autre politique d'emploi et de salaires.&lt;/i&gt; &#187; Et surtout elle s'aligne, au nom de l'unit&#233; d'action, sur la CFDT, comme l'a montr&#233; symboliquement la pr&#233;sence de son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Bernard Thibault, au congr&#232;s de cette conf&#233;d&#233;ration, o&#249; il a &#233;t&#233; ovationn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; Force Ouvri&#232;re, qui a tent&#233; de se donner une allure plus radicale que les autres conf&#233;d&#233;rations avec sa &#171; journ&#233;e de gr&#232;ve interprofessionnelle &#187; du 15 juin, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Jean-Claude Mailly s'est d&#233;clar&#233; favorable &#224; une augmentation de la CSG pour financer les retraites, &#171; &lt;i&gt; &#224; condition&lt;/i&gt; &#8211; a-t-il pr&#233;cis&#233; &lt;i&gt;&#8211; que celle-ci p&#232;se plus sur les revenus du capital et les revenus financiers&lt;/i&gt; &#187;, ce qui est tout de m&#234;me une mani&#232;re d'accepter que les travailleurs paient un peu plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucune conf&#233;d&#233;ration ne conteste la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; r&#233;forme &#187; du syst&#232;me des retraites. Aucune n'explique que si le nombre de retrait&#233;s augmente &#224; cause de l'allongement de l'esp&#233;rance de vie, la productivit&#233; du travail a augment&#233; au fil des ann&#233;es dans une proportion bien plus grande, et que les richesses ainsi produites permettraient largement d'assurer le financement de retraites d&#233;centes pour tous les travailleurs... si elles n'&#233;taient pas confisqu&#233;es par un patronat et une bourgeoisie rapaces.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;... la gauche r&#233;formiste aussi&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des partis politiques de la gauche r&#233;formiste, le spectacle n'est pas plus r&#233;jouissant, parce que les dirigeants de ces partis aspirent &#224; remplacer les hommes de droite actuellement au gouvernement, pour g&#233;rer &#224; leur place les affaires de la bourgeoisie, et qu'ils tiennent &#224; appara&#238;tre comme des gens responsables &#224; ses yeux, capables de mener la m&#234;me politique de sacrifices impos&#233;s au monde du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On se souvient d'ailleurs que Martine Aubry, la premi&#232;re secr&#233;taire du Parti socialiste, avait d&#233;clar&#233; en janvier 2010 &#224; propos de l'&#226;ge de d&#233;part en retraite :&lt;i&gt; &#171; Je pense qu'on doit aller, qu'on va aller tr&#232;s certainement vers 61 ou 62 ans &#187;&lt;/i&gt;, avant de s'apercevoir que ce n'&#233;tait pas de bonne politique, et de se d&#233;clarer contre la remise en cause de la retraite &#224; soixante ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Martine Aubry n'est pas la seule dirigeante socialiste &#224; avoir des opinions &#224; g&#233;om&#233;trie variable. Ainsi Manuel Valls, qui d&#233;fend aujourd'hui la retraite &#224; soixante ans, estimait en juin 2009 que&lt;i&gt; &#171; la gauche pourra d&#233;fendre le principe d'un allongement du nombre d'annuit&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, le Parti socialiste a d&#233;cid&#233; de s'abriter derri&#232;re les organisations syndicales, en rappelant, d&#232;s janvier 2010, que celles-ci&lt;i&gt; &#171; doivent &#234;tre, au premier rang, les interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s du gouvernement en ce qui concerne les retraites &#187;.&lt;/i&gt; Autrement dit, si certaines conf&#233;d&#233;rations syndicales consid&#232;rent, comme la CFDT en 2003, que le projet gouvernemental est&lt;i&gt; &#171; un compromis acceptable &#187;&lt;/i&gt;, le Parti socialiste ne pourra que s'incliner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti socialiste dit, &#224; propos de la &#171; r&#233;forme &#187; Raffarin de 2003, que celle-ci n'a rien r&#233;gl&#233;. Mais il ne s'engage pas pour autant &#224; revenir dessus s'il acc&#232;de de nouveau au gouvernement, pas plus que le gouvernement Jospin, au pouvoir de 1997 &#224; 2002, n'&#233;tait revenu sur la loi Balladur de 1993 qui avait port&#233; de 37,5 ann&#233;es &#224; 40 la dur&#233;e de cotisation n&#233;cessaire dans le secteur priv&#233; pour obtenir une retraite &#224; taux plein.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, opposition de sa majest&#233; oblige, le Parti socialiste critique la politique du gouvernement et annonce que s'il revient au pouvoir, c'est par des mesures fiscales qu'il alimentera les caisses de retraite. Mais dans son projet il envisage aussi une augmentation des cotisations sociales des salari&#233;s de 0,1 % par an pendant dix ans, ce qui au bout du compte repr&#233;sentera tout de m&#234;me un pr&#233;l&#232;vement de plus de 1 % sur les salaires des travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la plupart des dirigeants socialistes se montrent adversaires des mesures pr&#233;sent&#233;es par le gouvernement &#8211; parce qu'il ne faut pas d&#233;sesp&#233;rer leurs &#233;lecteurs &#8211;, certains ne se r&#233;fugient m&#234;me pas dans cette hypocrisie. C'est ainsi que le maire de Lyon, G&#233;rard Collomb, fervent supporter de Dominique Strauss-Kahn, a affirm&#233; le 26 mai que&lt;i&gt; &#171; repousser l'&#226;ge l&#233;gal &#224; 61 ans d&#232;s cette ann&#233;e&lt;/i&gt; (ne serait&lt;i&gt;) pas&lt;/i&gt;&lt;i&gt; insupportable&lt;/i&gt; &#187;, et qu'il &#233;tait convaincu que si le Parti socialiste revenait au gouvernement il ne remettrait pas en cause ce qui aurait &#233;t&#233; fait en ce sens par la droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au Parti de gauche et au Parti communiste fran&#231;ais, plus libres de leurs d&#233;clarations que le Parti socialiste, parce qu'ils n'auront jamais la responsabilit&#233; de diriger un gouvernement de gauche (m&#234;me s'ils r&#234;vent d'y entrer), ni l'un ni l'autre ne vont jusqu'&#224; dire que ce probl&#232;me de la &#171; r&#233;forme des retraites &#187; est un faux probl&#232;me, parce que, dans une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e du parasitisme de la bourgeoisie, la fabuleuse extension de la productivit&#233; du travail permettrait d'assurer &#224; tous un niveau de vie d&#233;cent, non seulement sans repousser l'&#226;ge de la retraite, mais encore en diminuant la dur&#233;e hebdomadaire du travail.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Il n'y a pas que l'&#226;ge du d&#233;part en retraite qui compte !&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mais la quasi-unanimit&#233; des conf&#233;d&#233;rations syndicales et de la gauche r&#233;formiste contre ce report de l'&#226;ge du d&#233;part en retraite, qui est &#224; juste titre tr&#232;s impopulaire, surtout aupr&#232;s de ceux qui approchent des soixante ans, est aussi une mani&#232;re d'&#233;viter de prendre position sur les autres aspects de cette pr&#233;tendue r&#233;forme. Le gouvernement aurait m&#234;me pu se passer de cette mesure, en jouant sur l'allongement de la dur&#233;e de cotisation n&#233;cessaire pour obtenir une retraite &#224; taux plein, qu'acceptent &#224; l'avance la plupart de ceux qui se disent oppos&#233;s au projet de loi de Fillon-Sarkozy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, compte tenu de l'&#226;ge d'arriv&#233;e de plus en plus tardif de la plupart des jeunes sur le march&#233; du travail, du nombre d'ann&#233;es qui s'&#233;coulent pour la plupart d'entre eux avant qu'ils trouvent un premier emploi, du nombre d'ann&#233;es o&#249; ils risquent de se retrouver, &#224; l'approche de la retraite, ch&#244;meurs en fin de droits, bien peu auraient eu la possibilit&#233; de prendre leur retraite &#224; taux plein &#224; 65 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la CFDT comme le Parti socialiste, pour ne citer qu'eux, sont favorables &#224; cette augmentation du nombre d'annuit&#233;s n&#233;cessaires, et leurs alli&#233;s de la CGT et du Parti communiste sont d'une remarquable discr&#233;tion sur ce sujet.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Le mythe de la retraite par r&#233;partition&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Gouvernement et opposition sont d'accord sur un point : il s'agirait de sauver &#171; notre &#187; syst&#232;me de retraite, la retraite par r&#233;partition, position d'autant plus hypocrite de la part du gouvernement qu'il a multipli&#233; les incitations fiscales en faveur de compl&#233;ments de retraite par capitalisation. Il suffit de regarder le nombre de publicit&#233;s t&#233;l&#233;vis&#233;es proposant de telles solutions &#224; ceux qui en ont les moyens pour voir &#224; quel point l'argent des &#233;pargnants int&#233;resse des fonds de pensions... dont rien ne dit qu'ils n'engloutiront pas les sommes vers&#233;es par les futurs retrait&#233;s dans des sp&#233;culations hasardeuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais de toute mani&#232;re le syst&#232;me des retraites par capitalisation ne concerne pas ceux qui vivent de petits salaires, qui ont d&#233;j&#224; bien du mal &#224; joindre les deux bouts, et qui sont donc bien incapables d'&#233;pargner suffisamment pour s'offrir un compl&#233;ment de retraite substantiel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut toute l'arrogance d'&#233;conomistes bien pay&#233;s pour d&#233;fendre le syst&#232;me capitaliste, comme ceux qui ont sign&#233; un article sur la r&#233;forme des retraites dans le journal patronal&lt;i&gt; Les &#201;chos&lt;/i&gt; du 23 juin, pour oser &#233;crir&lt;i&gt;e &#171; que ce soit par myopie, par ignorance, par incurie ou par avidit&#233;, beaucoup d'individus n'&#233;pargnent pas suffisamment &#187;&lt;/i&gt; et pour sugg&#233;rer&lt;i&gt; &#171; un syst&#232;me par capitalisation o&#249; (...) chaque salari&#233; devrait participer, qu'il le veuille ou non &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si, en janvier 2010, le Bureau national du Parti socialiste a pu d&#233;clarer :&lt;i&gt; &#171; La retraite par r&#233;partition, c'est-&#224;-dire la solidarit&#233; entre les g&#233;n&#233;rations, est au c&#339;ur du mod&#232;le social de notre pays et constitue le socle fondamental de notre syst&#232;me de retraites. Nous devons le d&#233;fendre et le sauvegarder &#187;,&lt;/i&gt; ce syst&#232;me n'a jamais &#233;t&#233; une revendication du mouvement ouvrier, quand le probl&#232;me des retraites s'est pos&#233; au d&#233;but du 20e si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme nous l'&#233;crivions dans la&lt;i&gt; Lutte de Classe&lt;/i&gt; de mai 2010 :&lt;i&gt; &#171; Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, en 1910, quand fut adopt&#233;e la premi&#232;re loi instaurant un r&#233;gime public de retraite obligatoire pour l'ensemble des travailleurs &#8211; la Retraite ouvri&#232;re et paysanne &#8211; les ouvriers conscients, les militants syndicaux, soutenus par les meilleurs militants socialistes de l'&#233;poque, s'y sont oppos&#233;s. Pas seulement parce que ce r&#233;gime de retraite serait g&#233;r&#233; en capitalisation, mais d'abord parce qu'il serait financ&#233; par des cotisations, c'est-&#224;-dire par un pr&#233;l&#232;vement sur les salaires. Pour les militants de cette &#233;poque, c'&#233;tait aux patrons et &#224; tous ceux qui s'&#233;taient enrichis pendant des ann&#233;es gr&#226;ce &#224; leur travail, de financer sur leurs fortunes accumul&#233;es les ann&#233;es de retraite des ouvriers. Pour eux, ces cotisations, c'&#233;tait du vol : un vol de plus. Il fallait faire payer les riches. De ce point de vue, un r&#233;gime de retraite par r&#233;partition n'aurait pas non plus trouv&#233; gr&#226;ce aux yeux des opposants ouvriers &#224; la loi : parce que c'est un r&#233;gime qui fonctionne en circuit ferm&#233;, les retraites des travailleurs &#233;tant financ&#233;es par les travailleurs, et que cela revient &#224; faire payer les pauvres. Enfin, les syndicalistes et les socialistes r&#233;volutionnaires du d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle n'avaient pas confiance dans l'avenir que la soci&#233;t&#233; capitaliste leur pr&#233;parait. Ils avaient raison. Moins de quatre ans apr&#232;s l'adoption de la loi, la guerre de 1914 &#233;clatait et la soci&#233;t&#233; capitaliste entrait en crise, pour longtemps. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;C'est le syst&#232;me capitaliste qu'il faut abattre&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce qu'il y a de commun dans les positions de tous ceux, partis de gauche ou conf&#233;d&#233;rations syndicales, qui disent s'opposer au projet de loi sur les retraites du gouvernement, c'est de ne pas mettre en cause le syst&#232;me capitaliste, en allant jusqu'au bout, c'est-&#224;-dire en affirmant qu'il faut d&#233;truire celui-ci, lui substituer une &#233;conomie collectivis&#233;e, qui se donnera pour but de satisfaire les besoins de tous les hommes et non la recherche du profit pour une petite minorit&#233;. Or c'est pourtant cela le vrai probl&#232;me, car le projet de loi du gouvernement sur les retraites s'inscrit dans la politique visant &#224; faire supporter aux travailleurs les frais de la crise du syst&#232;me capitaliste, qui a commenc&#233; &#224; se manifester au milieu des ann&#233;es soixante-dix, et qui s'est brutalement aggrav&#233;e depuis 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;formisme qui a peu &#224; peu gangren&#233; l'ensemble du mouvement ouvrier se refuse &#233;videmment &#224; tirer cette conclusion. Pourtant la crise est en m&#234;me temps la condamnation du capitalisme et du r&#233;formisme, et la preuve qu'il est urgent de renverser ce syst&#232;me &#233;conomique aberrant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;ologie r&#233;formiste repose sur le postulat que la soci&#233;t&#233; capitaliste peut &#233;voluer, &#224; travers la seule lutte parlementaire, vers plus de d&#233;mocratie et plus de justice sociale. L'ironie de l'histoire a fait qu'elle a triomph&#233; au sein de la social-d&#233;mocratie au moment o&#249; le monde capitaliste sombrait dans cette barbarie que fut la Premi&#232;re Guerre mondiale, qu'elle est devenue de fait l'id&#233;ologie des partis communistes dans les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la Seconde Guerre mondiale, et que le m&#233;lange de pratiques r&#233;formistes recouvertes de propos en apparence r&#233;volutionnaires de la p&#233;riode stalinienne a c&#233;d&#233; la place &#224; des discours platement r&#233;formistes, encensant l'&#233;conomie de march&#233;, avec l'abandon par le PCF de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la dictature du prol&#233;tariat, en 1976, alors que le monde capitaliste commen&#231;ait &#224; s'enfoncer dans une crise interminable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires rest&#233;s fid&#232;les aux id&#233;es qui &#233;taient celles du mouvement socialiste puis du mouvement communiste dans leurs premi&#232;res ann&#233;es ne sont aujourd'hui qu'une petite minorit&#233;. Mais cela ne doit pas les emp&#234;cher de proclamer que, face &#224; la faillite du syst&#232;me capitaliste, la r&#233;volution prol&#233;tarienne reste la seule perspective qui vaille pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le projet de loi du gouvernement, ni la r&#233;forme des retraites en g&#233;n&#233;ral, qu'il faut combattre. C'est la perspective communiste qu'il faut leur opposer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;23 juin 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>Afrique du Sud - derri&#232;re les vuvuzelas</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/afrique-du-sud-derriere-les</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/afrique-du-sud-derriere-les</guid>
		<dc:date>2010-07-01T13:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				Malgr&#233; les explosions de joie et les divers rebondissements qui l'auront marqu&#233;e, la coupe du Monde de football 2010 n'aura pu occulter le contraste brutal entre son faste et la pauvret&#233; choquante de la majorit&#233; de la population du pays qui en &#233;tait l'h&#244;te, l'Afrique du Sud. Ce n'est pas faute d'avoir essay&#233; pourtant. Les responsables de la F&#233;d&#233;ration internationale de football (FIFA) et ceux du Comit&#233; d'organisation local (LOC), compos&#233; de repr&#233;sentants de la f&#233;d&#233;ration de football locale et du (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH140/arton11711-bb17c.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='140' class='spip_logos' style='height:140px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; les explosions de joie et les divers rebondissements qui l'auront marqu&#233;e, la coupe du Monde de football 2010 n'aura pu occulter le contraste brutal entre son faste et la pauvret&#233; choquante de la majorit&#233; de la population du pays qui en &#233;tait l'h&#244;te, l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas faute d'avoir essay&#233; pourtant. Les responsables de la F&#233;d&#233;ration internationale de football (FIFA) et ceux du Comit&#233; d'organisation local (LOC), compos&#233; de repr&#233;sentants de la f&#233;d&#233;ration de football locale et du gouvernement, auront tout fait pour que le plaisir des touristes du Mondial ne soit pas g&#226;ch&#233; par la vue des ghettos, des bidonvilles ou de la population pauvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont de telles pr&#233;occupations qui, par exemple, conduisirent &#224; abandonner le projet initial de r&#233;novation du stade d'Athlone du Cap pour construire celui de Greenpoint, dans un quartier riche proche du centre-ville, un projet pourtant aussi disproportionn&#233; par sa taille que par son co&#251;t. Et tout cela parce que le stade d'Athlone se trouvait au milieu de cette r&#233;gion sablonneuse et aride de l'ouest du Cap connue sous le nom de Cape Flats, o&#249; l'apartheid avait jadis &#233;tabli ses&lt;i&gt; townships&lt;/i&gt; pour y parquer les &#171; non-Blancs &#187; de la ville, et qui est aujourd'hui devenue une gigantesque agglom&#233;ration de taudis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les aspects les plus frappants, et les plus choquants du Mondial sont parfaitement r&#233;sum&#233;s par le choix de construire des stades aussi d&#233;mesur&#233;s que celui de Greenpoint, ou encore par la fa&#231;on dont les autorit&#233;s ont &#171; nettoy&#233; &#187; les abords des zones commerciales et des stades de la pr&#233;sence des pauvres. D'un c&#244;t&#233;, le plaisir de savourer du (plus ou moins) bon football, pour les touristes du Mondial et les t&#233;l&#233;spectateurs des pays riches confortablement install&#233;s chez eux devant leur petit &#233;cran. De l'autre, la pauvret&#233; ignoble impos&#233;e &#224; toute une population que son propre gouvernement fait tout pour tenir &#224; l'&#233;cart de son sport favori !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Une coupe pour les riches&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Personne ne peut nier que les cinq nouveaux stades construits pour le Mondial et les cinq autres r&#233;nov&#233;s pour l'occasion soient remarquables. M&#234;me si on a du mal &#224; s'expliquer pourquoi, par exemple, le stade Mabhida de Durban avait besoin d'&#234;tre dot&#233; d'un funiculaire circulant le long de l'arche qui le surmonte et d'une plate-forme de saut &#224; l'&#233;lastique, portant ainsi son co&#251;t &#224; 340 millions d'euros. Ou encore pourquoi il a &#233;t&#233; estim&#233; n&#233;cessaire de construire un stade de 45 000 places &#224; Mbombela, une petite ville rurale isol&#233;e, en bordure du parc national Kruger. D'autant que le gouvernement n'a pu construire ce stade qu'en recourant, en toute ill&#233;galit&#233; d'apr&#232;s les tribunaux eux-m&#234;mes, &#224; l'expropriation de fait de 883 membres de la communaut&#233; rurale des Matsafeni, qui n'eurent d'autre choix que d'accepter leur d&#233;placement forc&#233; &#224; 25 kilom&#232;tres de l&#224;, tandis que les 43 hectares de terres qu'ils avaient cultiv&#233;s jusque-l&#224; leur &#233;taient rachet&#233;s pour 10 centimes d'euro !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La virtuosit&#233; architecturale de ces stades n'a d'&#233;gale que leur somptuosit&#233;. La vo&#251;te du stade de Mbombela est port&#233;e par des piliers d'acier orange vif &#233;voquant la forme d'une girafe. Le plus grand de ces stades, celui de Soccer City, en bordure de Soweto, dans la banlieue sud-ouest de Johannesburg, a co&#251;t&#233; 370 millions d'euros. Il a la forme d'une gigantesque calebasse et peut accueillir 94 000 spectateurs. Il comporte aussi 228 luxueux salons priv&#233;s pour les personnalit&#233;s. Le stade Greenpoint du Cap a &#233;t&#233; le plus cher &#224; construire : pr&#232;s de 500 millions d'euros. En plus de ses 70 000 places, il jouit d'une vue spectaculaire sur les montagnes de la Table d'un c&#244;t&#233; et sur l'oc&#233;an Atlantique de l'autre. Le stade Nelson Mandela &#224; Port-Elisabeth, situ&#233; pr&#232;s d'un lac, a de quoi attirer la client&#232;le hupp&#233;e, avec 45 loges, deux centres de conf&#233;rence et deux bars.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux touristes du Mondial, ils n'ont eu que l'embarras du choix pour se loger, dans un pays o&#249; l'industrie du tourisme est tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e : des h&#244;tels cinq &#233;toiles aux campings de luxe en passant par les huttes confortables des h&#244;tels install&#233;s dans les r&#233;serves animali&#232;res. Il y en avait pour tous les go&#251;ts, sinon pour toutes les bourses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme les m&#233;dias n'ont pas manqu&#233; de le rapporter, l'&#233;quipe de France de football a caus&#233; d'embl&#233;e un petit scandale, ayant apparemment battu toutes les autres &#233;quipes &#8211; au moins dans le domaine du luxe &#8211; en s'installant &#224; Peluza, un lieu de vill&#233;giature tr&#232;s s&#233;lect situ&#233; sur une portion particuli&#232;rement spectaculaire de la c&#244;te de l'oc&#233;an Indien, le tout pour 600 euros par nuit et par personne. Il faut dire que Peluza, qui est situ&#233; &#224; 480 kilom&#232;tres du Cap et &#224; 200 de Port-Elisabeth, n'&#233;tait proche d'aucun des stades du Mondial. De sorte qu'il a fallu affr&#233;ter un avion priv&#233; pour permettre &#224; l'&#233;quipe de se rendre &#224; ses matches. Au moins, &#224; d&#233;faut de briller dans la coupe, on peut penser que les joueurs auront pass&#233; de bonnes vacances !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ensemble des joueurs et leurs supporters ont donc eu tout ce dont ils pouvaient r&#234;ver, y compris des bus et des trains flambant neufs, et des a&#233;rogares et des routes sp&#233;cialement construites pour leur usage. Et on peut penser que des supporters qui ont pu payer le prix du voyage, bien que gonfl&#233; de fa&#231;on exorbitante par les compagnies a&#233;riennes pour la circonstance, ont eu aussi les moyens de se payer les tickets pour les matches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tel n'&#233;tait pas le cas de la population pauvre, m&#234;me si c'est elle qui est suppos&#233;e payer l'addition de ces extravagances. Pour elle, les tickets &#233;taient difficiles &#224; trouver. Un petit nombre d'entre eux avaient &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;s aux spectateurs sud-africains, au prix de 20 euros pour un si&#232;ge derri&#232;re les buts et seulement pour les premiers matches de groupe. Sinon les tickets les moins chers allaient de 64 euros pour les premiers matches de groupe, &#224; 325 euros pour la finale. Quant aux si&#232;ges les plus chers (sans parler des loges, ni des cours du march&#233; noir), leur prix atteignait 730 euros pour la finale. Sachant que dans des emplois consid&#233;r&#233;s comme relativement bien pay&#233;s, comme ceux de la construction, le salaire hebdomadaire tourne autour de 65 euros, les tickets &#233;taient tout simplement inabordables pour la majorit&#233; des salari&#233;s, sans m&#234;me parler des ch&#244;meurs !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; cette s&#233;gr&#233;gation par l'argent, s'en ajoutait une autre. Une zone de contr&#244;le avait &#233;t&#233; mise en place autour de chaque stade dans un rayon de deux kilom&#232;tres, zone o&#249; la FIFA exer&#231;ait un monopole commercial sur la vente aussi bien des colifichets li&#233;s au football que des boissons et de la nourriture. Des milliers de petits vendeurs des rues se virent ainsi interdire l'acc&#232;s &#224; ces zones de s&#233;curit&#233;, mais aussi &#224; leurs points de vente habituels pr&#232;s de certaines gares et stations de taxi, sans doute parce qu'aux yeux des autorit&#233;s leur pr&#233;sence aurait fait d&#233;sordre et terni l'image qu'elles voulaient donner de l'Afrique du Sud aux touristes du Mondial. &#192; Durban, cela alla m&#234;me jusqu'&#224; exclure les p&#234;cheurs d'une partie du port ! Au nom du Mondial, tous ces pauvres des rues se virent ainsi priver de leurs moyens d'existence, alors que la vente de rue et le petit artisanat qui lui est associ&#233; constituent l'une des rares sources de revenu dans un pays o&#249; moins de la moiti&#233; de la population laborieuse a un emploi &#171; formel &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce Mondial avait d&#233;cid&#233;ment &#233;t&#233; organis&#233; pour les riches, et la majorit&#233; pauvre de la population sud-africaine n'y avait tout simplement pas sa place.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Les vrais gagnants du mondial&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#192; qui profite le Mondial ? Si le r&#233;gime de l'ANC cherche depuis si longtemps &#224; accueillir la coupe du Monde (il avait d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233; sa candidature pour la coupe 2006, mais avait &#233;chou&#233; au profit de l'Allemagne), c'est &#233;videmment qu'il en attend des retomb&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et tout d'abord des retomb&#233;es politiques, en jouant sur la fibre nationaliste. Le fait que l'Afrique du Sud ait &#233;t&#233; finalement choisie pour le Mondial n'est-il pas la cons&#233;cration du r&#233;gime, la preuve qu'il est d&#233;sormais reconnu &#224; part enti&#232;re par les puissants de ce monde ? Le fait que la premi&#232;re coupe mondiale jamais organis&#233;e sur le continent africain le soit en Afrique du Sud, n'est-il pas lui aussi la cons&#233;cration du r&#244;le de puissance r&#233;gionale que le r&#233;gime de l'ANC s'efforce de jouer, du Zimbabwe au Congo, en passant par Madagascar ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que la population pauvre d'Afrique du Sud tombe dans le panneau de cette grande messe nationale organis&#233;e autour du dieu football, au point d'en oublier l'incurie scandaleuse du r&#233;gime et la pauvret&#233; que lui imposent le parasitisme de la petite, mais vorace, bourgeoisie sud-africaine et ses repr&#233;sentants au pouvoir, c'est sans doute une autre affaire. En tout cas, on peut en douter &#224; en juger par les mouvements de gr&#232;ve et de protestation que la &#171; tr&#234;ve &#187; du Mondial n'a pas totalement r&#233;ussi &#224; effacer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, au-del&#224; des b&#233;n&#233;fices politiques que le r&#233;gime pouvait escompter du Mondial, il y en a d'autres, plus terre &#224; terre, qui se mesurent en milliards pour ces puissances d'argent sud-africaines et internationales que le r&#233;gime de l'ANC s'est toujours montr&#233; soucieux de satisfaire, ou en sommes plus modestes pour d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d'abord, il y a tout un monde de petits et moyens sous-traitants, auxquels ont &#233;t&#233; attribu&#233;s une multitude de contrats li&#233;s au Mondial : cela va de la s&#233;curit&#233; &#224; la publicit&#233;, en passant par le tourisme, la restauration et bien d'autres choses. L'attribution de cette multitude de contrats a ouvert une bo&#238;te de Pandore, d&#233;versant un flot de corruption et de client&#233;lisme. On a m&#234;me invent&#233; un mot pour l'occasion, celui de &#171; tenderpreneur &#187;, contraction de &#171; tender &#187; (contrat d'adjudication) et d'&#171; entrepreneur &#187; (comme en fran&#231;ais) pour d&#233;signer ces affairistes vivant de leurs relations dans les hautes sph&#232;res du r&#233;gime (quand ils n'en font pas partie) et de l'acc&#232;s aux fonds publics qu'elles leur procurent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne a pris une telle ampleur que le leader de la conf&#233;d&#233;ration syndicale COSATU (partie prenante de la coalition au pouvoir), Zwelinzima Vavi, a cru n&#233;cessaire de s'en d&#233;marquer par une campagne contre la corruption, sans doute un brin d&#233;magogique venant de sa part, mais n&#233;anmoins significative. Dans un discours largement rapport&#233; par la presse en avril, Vavi d&#233;non&#231;ait par exemple le fait qu'il y avait &#171; &lt;i&gt; 6 000 officiels suppl&#233;mentaires occupant des positions de responsabilit&#233;s au sein du r&#233;gime qui, ayant omis de d&#233;clarer leurs int&#233;r&#234;ts financiers conform&#233;ment &#224; la loi, attendent d'&#234;tre l'objet de mesures disciplinaires. (...) Le fait que la corruption r&#232;gne est indiscutable. Un rapport au Parlement datant d'ao&#251;t 2009 (...) a d&#233;taill&#233; les nombreuses fa&#231;ons dont fonctionnaires et politiciens s'enrichissent aux d&#233;pens du public. Il a calcul&#233; que les entreprises contr&#244;l&#233;es par des employ&#233;s des administrations provinciales ou leurs &#233;pouses avaient fait pour 540 millions de rands (&lt;/i&gt;NDLR : le rand &#233;quivaut &#224; 10 centimes d'euro&lt;i&gt;) de chiffre d'affaires entre avril 2005 et janvier 2007.&lt;/i&gt; &#187; On peut multiplier les citations sur ce th&#232;me et le Mondial aura indiscutablement &#233;t&#233; un facteur dans l'augmentation de la corruption autour de l'appareil d'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout cela reste encore bien modeste compa&#173;r&#233; aux sommes empoch&#233;es par les gros acteurs du monde des affaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vient d'abord la FIFA, bien s&#251;r, dont le montant des royalties sur les retransmissions t&#233;l&#233;vis&#233;es, les licences commerciales, etc., est estim&#233; &#224; 2,5 milliards d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les principaux b&#233;n&#233;ficiaires sont, collectivement, les grandes entreprises qui se sont partag&#233; les gros contrats avant et pendant le Mondial, en particulier ceux des stades et des infrastructures, mais aussi toute une s&#233;rie de contrats qui en d&#233;couleront par la suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi trouve-t-on au nombre des gagnants le groupe sud-africain Aveng, le plus grand groupe de BTP du continent africain en termes de capitalisation boursi&#232;re, qui a construit la nouvelle a&#233;rogare du Cap, le stade de Soccer City et l'arche d'acier du stade Mabhida de Durban. On y trouve &#233;galement un autre grand groupe sud-africain, Murray &amp; Roberts, qui a remport&#233; le contrat pour la construction de Greenpoint et d'une partie de l'infrastructure ferroviaire, ce qui lui a permis de multiplier ses profits par sept entre 2004 et 2009 !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, il y a aussi les grandes entreprises &#233;trang&#232;res. En particulier, l'un des fleurons des infrastructures inaugur&#233;es pour le Mondial est le Gautrain (le train de la province de Gauteng), une ligne rapide qui devrait relier un jour Johannesburg &#224; la capitale Pretoria. L'inauguration d'un premier tron&#231;on du Gautrain, entre Sandton, le richissime quartier des affaires de Johannesburg, et l'a&#233;roport international de la ville, avait &#233;t&#233; commandit&#233;e express&#233;ment pour le Mondial, et elle a eu lieu de justesse, trois jours avant le premier match. Bombela, la compagnie qui construit le Gautrain, est contr&#244;l&#233;e pour moiti&#233; par un ensemble d'entreprises sud-africaines et pour moiti&#233; par un consortium form&#233; du constructeur de trains canadien Bombardier, du g&#233;ant du BTP fran&#231;ais Bouygues et d'une filiale de la RATP, qui restera charg&#233;e de la maintenance et de l'exploitation de la ligne apr&#232;s la fin du Mondial. Tout comme, d'ailleurs, l'exploitation du stade de Greenpoint sera confi&#233;e &#224; un consortium incluant&#8230; Stade de France.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Les vrais perdants du Mondial&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque o&#249; l'Afrique du Sud d&#233;posa son projet pour le Mondial 2010, on estima qu'il en co&#251;terait un total de trois milliards de rands, dont 1,2 milliard pour les stades et la r&#233;novation des infrastructures sportives. Bien que pr&#233;voyant alors d'utiliser principalement des stades existants, ce projet &#233;tait d&#233;j&#224; bien trop ambitieux pour les finances du gouvernement. Celui-ci le justifia par les &#171; promesses de retomb&#233;es &#187; qu'il &#233;tait cens&#233; impliquer pour la population, m&#234;me si celle-ci aurait sans doute pr&#233;f&#233;r&#233; que soit donn&#233;e la priorit&#233; &#224; des promesses jamais remplies, comme celle de d&#233;velopper le r&#233;seau d'eau potable ou de construire des logements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces estimations furent tr&#232;s vite d&#233;pass&#233;es. &#192; lui seul le co&#251;t du stade de Greenpoint atteignit 4,5 milliards de rands, moiti&#233; plus que le budget pr&#233;visionnel total ! Globalement, le gouvernement reconna&#238;t aujourd'hui avoir d&#233;bours&#233; 34 milliards de rands, mais la plupart des estimations s'accordent sur le chiffre de 40 milliards (4 milliards d'euros au cours actuel), soit plus de treize fois le budget initial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; titre de comparaison, le budget de la sant&#233; publique s'est &#233;lev&#233; en 2009 &#224; 18,4 milliards de rands (1,8 milliard d'euros), moins de la moiti&#233; des sommes d&#233;pens&#233;es par l'&#201;tat pour le Mondial ! Comble d'ironie, c'est de ce syst&#232;me de sant&#233; que le gouvernement stigmatise les &#171; d&#233;faillances administratives &#187;. Mais que dire des &#171; d&#233;faillances &#187; r&#233;sultant de l'avidit&#233; au profit et de la corruption qui ont pr&#233;sid&#233; au colossal d&#233;passement de budget du Mondial ? Ce n'est pas d'ailleurs pour rien si, pendant si longtemps, les autorit&#233;s ont cach&#233; le contenu de leur dossier de candidature au Mondial, jusqu'&#224; ce qu'un quotidien finisse par en trouver un exemplaire et le publier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme le souligna Denver Hendricks, un universitaire qui fut directeur g&#233;n&#233;ral des sports et loisirs jusqu'en 2006 : &#171; &lt;i&gt; Souvenez-vous. Au d&#233;part l'estimation du co&#251;t des stades &#233;tait de 1,8 milliard de rands. Aujourd'hui, je pense qu'on en est &#224; pr&#232;s de 18 milliards. (...) Est-ce un investissement raisonnable ? Si l'entretien futur de ces &#233;difices doit co&#251;ter encore plus, n'aurait-il pas mieux valu construire des maisons, des usines, etc., qui b&#233;n&#233;ficieraient &#224; la population et au pays &#224; long terme ?&lt;/i&gt; &#187; Et effectivement, &#224; 50 000 rands la pi&#232;ce, le gouvernement aurait pu construire 90 000 maisons ouvri&#232;res avec l'argent consacr&#233; &#224; l'extravagant stade de Greenpoint, au lieu de ses 70 000 si&#232;ges qui ne sont m&#234;me pas abordables pour les pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et que restera-t-il du Mondial une fois celui-ci termin&#233; ? Les emplois qu'il a cr&#233;&#233;s ont d&#233;j&#224; en grande partie disparu. Et on voit mal quelle sera l'utilit&#233; des installations sportives extravagantes qui en seront l'h&#233;ritage. Au Cap, m&#234;me en fermant les autres stades de la ville, il y a peu de chances que celui de Greenpoint puisse couvrir ses frais. Par cons&#233;quent il faudra bien que ce soit la municipalit&#233;, et donc la population, qui paie pour son entretien, et au d&#233;triment de quels budgets ? Et cela vaut tout autant pour les stades de Durban et Johannesburg. Quant &#224; celui de Mbombela, quel int&#233;r&#234;t peut-il bien avoir pour une population de paysans sans terre, &#224; moins de le d&#233;molir pour en utiliser les mat&#233;riaux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, il restera le Gautrain. Mais un aller simple sur le tron&#231;on ouvert revient &#224; 11 euros, bien trop cher pour se rendre au travail pour le plus grand nombre, pour qui cette somme repr&#233;sente pr&#232;s d'une journ&#233;e de salaire, sinon plus !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le seul vestige positif que laissera le Mondial sur ce plan, sera Rea Vaya, le nouveau syst&#232;me de bus rapides inaugur&#233; &#224; Johannesburg pour l'occasion, apr&#232;s quatre ans de travaux et moyennant deux milliards d'euros d'investissements financ&#233;s par la municipalit&#233;. Apr&#232;s trois d&#233;cennies o&#249; le seul mode de transport abordable aura &#233;t&#233; celui des taxis collectifs, la population de la ville dispose enfin d'un syst&#232;me de transport rapide, moderne et bon march&#233; reliant le centre-ville, Soweto et Sandton, et dont le r&#233;seau devrait s'&#233;tendre dans le futur&#8230; mais tout cela, &#224; condition qu'apr&#232;s la fin du Mondial, les investissements destin&#233;s &#224; Rea Vaya ne se tarissent pas, comme dans tant d'autres sph&#232;res des services publics.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&#171; Du pain et des jeux &#187;, sauf qu'il n'y a pas de pain !&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans une interview r&#233;cente, la romanci&#232;re sud-africaine Nadine Gordimer, qui est autant connue pour son opposition pass&#233;e &#224; l'apartheid que pour son prix Nobel, a &#233;voqu&#233; &#224; propos du Mondial la formule c&#233;l&#232;bre du po&#232;te latin Juv&#233;nal recommandant &#171; &lt;i&gt; du pain et des jeux&lt;/i&gt; &#187; pour contenir toute vell&#233;it&#233; de r&#233;volte parmi les masses m&#233;contentes. Mais, a ajout&#233; Nadine Gordimer, comme bien d'autres l'ont fait en Afrique du Sud : &#171; &lt;i&gt; O&#249; est donc le pain ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, cela fait longtemps que cette question plane sur le pays, et cela bien avant l'ouverture du Mondial. Aux &#233;lections de 2009, ce furent la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s et les carences de l'&#201;tat &#224; pourvoir aux besoins les plus &#233;l&#233;mentaires de la population qui r&#233;duisirent la majorit&#233; &#233;lectorale de l'ANC, sans pour autant emp&#234;cher l'&#233;lection de Jacob Zuma &#224; la pr&#233;sidence. &#192; l'&#233;poque, certains des partisans de Zuma, et en particulier Julius Malema, le leader de l'organisation de jeunesse de l'ANC, avaient promis que le futur pr&#233;sident ne poursuivrait pas la politique pro-patronale de son pr&#233;d&#233;cesseur. Mais Zuma, lui, s'&#233;tait bien gard&#233; de faire de telles promesses, faisant tout, au contraire, pour rassurer les investisseurs locaux et &#233;trangers et les convaincre que le pays serait dans de bonnes mains. Et, bien s&#251;r, de ce point de vue, il a rempli ses promesses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour se couvrir, les politiciens de l'ANC n'en finissent pas de rappeler &#224; quel point les conditions sociales se sont am&#233;lior&#233;es depuis la premi&#232;re &#233;lection multiraciale, en 1994. Mais la v&#233;rit&#233; est que ces changements sont si minimes que c'en est une honte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par exemple, la proportion de la population qui n'a pas de &#171; logement formel &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire habitant dans une hutte ou un bidonville &#8211; est pass&#233;e de 36 % en 1994 &#224; 25 % en 2009, et encore ces chiffres ne tiennent-ils pas compte de la population immigr&#233;e. Qui plus est, les &#171; logements formels &#187; construits par l'&#201;tat depuis 1994 sont de si mauvaise qualit&#233; que leurs habitants doivent souvent fournir eux-m&#234;mes les portes et les fen&#234;tres, voire m&#234;me le toit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les chiffres officiels indiquent que la proportion de la population ayant acc&#232;s au r&#233;seau d'eau potable est pass&#233;e de 62 &#224; 89 % et que la proportion des habitants connect&#233;s au r&#233;seau &#233;lectrique est pass&#233;e de 50 &#224; 75 %. Mais pour les plus pauvres, il y a des limites &#224; cet acc&#232;s. Par exemple, dans le cas de l'eau, tout le monde a droit &#224; 50 litres d'eau par jour gratuitement. Mais au-del&#224;, il faut payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche rien n'a chang&#233; pour la collecte des ordures m&#233;nag&#232;res : 53 % des foyers en b&#233;n&#233;ficiaient en 1994 et 53 % en b&#233;n&#233;ficient aujourd'hui ! De m&#234;me pour les &#233;gouts. Si 50 % des familles noires disposent maintenant de toilettes avec chasse d'eau, contre 30 % en 1994, cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont reli&#233;es au tout-&#224;-l'&#233;gout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux seuls domaines o&#249; l'on note des changements importants sont ceux du traitement du sida &#8211; 900 000 patients b&#233;n&#233;ficient maintenant d'un traitement anti-r&#233;troviral financ&#233; par le gouvernement, ce qui constitue un gros progr&#232;s, m&#234;me si cela repr&#233;sente encore un peu moins de la moiti&#233; de ceux qui en auraient besoin &#8211; et l'introduction r&#233;cente de la scolarit&#233; gratuite, qui reste cependant limit&#233;e par un manque aigu d'enseignants qualifi&#233;s et de fonds pour les payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, la derni&#232;re &#233;tude officielle sur les conditions de vie des foyers, datant du mois de mai, r&#233;v&#232;le que 20 % des foyers ne mangent pas &#224; leur faim. S'il est un indicateur de la pauvret&#233; du pays, c'est bien celui-l&#224; ! Une pauvret&#233; confirm&#233;e par le fait que pr&#232;s de la moiti&#233; de la population vit avec moins de 1,60 euro par jour et un tiers avec moins de 0,80 euro. Quant &#224; l'aide sociale de l'&#201;tat, que per&#231;oivent 13 millions de personnes, sous une forme ou une autre, elle est tr&#232;s insuffisante pour satisfaire aux besoins alimentaires de foyers qui n'ont pas d'autres ressources.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;La classe ouvri&#232;re et la crise&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, pr&#232;s de 900 000 emplois ont disparu dans l'&#233;conomie du fait de la crise, auxquels sont venus s'ajouter les licenciements qui ont suivi la fin des travaux pour le Mondial dans le BTP. Officiellement le taux de ch&#244;mage est de 25,2 %. Mais aussi important que soit ce chiffre, comme partout ailleurs, il sous-estime la gravit&#233; de la situation en ne tenant compte que d'une partie des ch&#244;meurs. Le gouvernement lui-m&#234;me le reconna&#238;t dans ses publications officielles : &#171; &lt;i&gt; Lorsque l'on prend en compte ceux qui ont abandonn&#233; la recherche d'un emploi, la situation devient r&#233;ellement alarmante : 60 % des habitants ne travaillent pas et pr&#232;s de 50 % des jeunes n'ont jamais eu d'emploi&lt;/i&gt;. &#187; Et cela explique sans doute pourquoi parmi la jeunesse noire, dont le taux de ch&#244;mage est deux fois plus &#233;lev&#233; que celui des adultes, le suicide occupe la deuxi&#232;me place parmi les causes de mortalit&#233; : 20 % des jeunes de 15 &#224; 17 ans ont tent&#233; de se suicider au cours des seuls six derniers mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me ceux qui ont la &#171; chance &#187; d'avoir un emploi n'en restent pas moins pauvres. Les seules statistiques disponibles sur les salaires, celles de 2008, indiquent que cette ann&#233;e-l&#224;,les troisquarts de la population ayant un emploi gagnaient moins de 500 euros par mois et, dans la plupart des cas, beaucoup moins, cela alors que les prix des produits courants sont sensiblement les m&#234;mes qu'en France, voire un peu plus &#233;lev&#233;s s'agissant de produits tels que le savon industriel et autres produits industriels. Et pourtant, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, la crise n'avait pas encore fait ses ravages dans le pays. En revanche, de tr&#232;s nombreux emplois avaient d&#233;j&#224; disparu du fait de l'&#233;puisement de nombreuses mines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette ann&#233;e, dans son budget annuel publi&#233; en f&#233;vrier, le gouvernement s'est vant&#233; de ce que le pays aurait &#171; &lt;i&gt; surmont&#233; sa plus s&#233;v&#232;re r&#233;cession depuis 1992&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;disant une croissance de 2,7 % pour cette ann&#233;e. Ces belles paroles, que l'on a entendues, il est vrai, aux quatre coins de la plan&#232;te, &#233;taient-elles une fa&#231;on de justifier implicitement les &#171; bienfaits &#187; du Mondial ? On peut le penser si l'on en juge par la d&#233;claration du ministre des Transports, Sbu Ndebele, lors de l'ouverture de la nouvelle gare de Durban, pr&#232;s du stade de Mabhida, le 7 juin : &#171; &lt;i&gt; Ce que nous avons d&#233;pens&#233; en infrastructure pour le Mondial n'est rien encore. Nous allons construire comme nous ne l'avons jamais fait dans le pass&#233; [&#8230;] et cela occupera pour les trois ann&#233;es &#224; venir tous ceux qui ont particip&#233; &#224; la construction des stades et autres projets du Mondial.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas qu'il n'y ait pas besoin de nouvelles infrastructures, bien s&#251;r, qu'il s'agisse de routes, de logements, d'h&#244;pitaux, etc. Mais pour l'instant, le gouvernement en est encore &#224; rechercher de quoi boucher les trous de ses finances. Il vient juste de conclure p&#233;niblement un accord en vue d'un pr&#234;t de la Banque mondiale pour financer un repl&#226;trage d'une infrastructure &#233;lectrique notoirement d&#233;faillante. O&#249; trouvera-t-il de quoi financer les constructions dont parlait Ndebele apr&#232;s la ponction du Mondial ? Les 900 000 travailleurs qui ont perdu leur emploi l'an dernier risquent fort d'avoir &#224; attendre encore longtemps avant d'en retrouver un.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Tirs au but &#8211; contre le patronat&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Tout au long de l'ann&#233;e 2009, des milliers de travailleurs ont fait gr&#232;ve et sont descendus dans la rue pour les salaires et les conditions de travail. On vit m&#234;me la police de Johannesburg se mettre en gr&#232;ve pour exiger le renvoi de deux de ses chefs, pour corruption.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En avril 2009, les conducteurs de camions syndiqu&#233;s au SATAWU particip&#232;rent &#224; une gr&#232;ve nationale pour une augmentation de salaire de 15 %. Il en r&#233;sulta une p&#233;nurie dans les pompes &#224; essence et les magasins d'alimentation. Ce fut aussi en 2009 que les travailleurs municipaux se mirent en mouvement, avec une gr&#232;ve de 150 000 d'entre eux, &#233;galement pour une augmentation de salaire de 15 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant cette ann&#233;e, on vit aussi des gr&#232;ves parmi les conducteurs de bus, ceux des trains, les ouvriers du textile, ainsi qu'une gr&#232;ve sur les salaires &#224; la radio-t&#233;l&#233;vision nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la gr&#232;ve la plus importante de l'ann&#233;e fut celle des ouvriers de la construction des chantiers du Mondial, du 8 au 15 juillet. Il s'agissait de la premi&#232;re gr&#232;ve nationale sur ces chantiers. Ils avaient bien connu des gr&#232;ves sauvages au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes &#8211; 26 au total en 2007 et 2008 &#8211; mais elles avaient toujours &#233;t&#233; limit&#233;es &#224; un site ou un autre. &#192; la gr&#232;ve de juillet 2009 particip&#232;rent au coude &#224; coude 70 000 ouvriers organis&#233;s au sein du NUM (syndicat des mineurs, aujourd'hui diversifi&#233;) et du BECAWU (le syndicat traditionnel du b&#226;timent). La gr&#232;ve paralysa non seulement l'ensemble des chantiers de construction des stades et ceux du Gautrain, mais aussi, par exemple, des sites comme celui de la centrale &#233;lectrique de Medupi, dans la province du Limpopo, au nord du pays. Les gr&#233;vistes, qui avaient refus&#233; une proposition d'augmentation de salaire de 10,4 %, revendiquaient une rallonge de 13 %, assortie de primes annuelles, de cong&#233;s de maternit&#233; pay&#233;s et d'une r&#233;duction des horaires de travail sans perte de salaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un premier temps, les employeurs augment&#232;rent leur offre en proposant une rallonge 11,5 % assortie de n&#233;gociations site par site et entreprise par entreprise sur le reste des revendications, mais seulement &#224; condition que les ouvriers renoncent &#224; leur droit de gr&#232;ve jusqu'au 31 ao&#251;t 2010, apr&#232;s la fin du Mondial. Finalement, les leaders syndicaux obtinrent une augmentation de salaire de 12 %, avec un salaire minimum de 300 euros par mois &#224; compter du mois de septembre. Mais en retour, ils accept&#232;rent d'y adjoindre une clause anti-gr&#232;ve couvrant la p&#233;riode du 15 juillet 2009 au 31 ao&#251;t 2010, succombant ainsi &#224; ce que les responsables du Comit&#233; local du Mondial d&#233;crivirent comme &#171; &lt;i&gt; la volont&#233; d'accueillir le Mondial et d'en assurer le succ&#232;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les six premiers mois de l'ann&#233;e 2010 ont connu un niveau similaire d'activit&#233; dans le domaine des luttes sociales. Le mouvement le plus marquant fut la gr&#232;ve nationale des ouvriers de Transnet, la compagnie nationale de chemins de fer. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, on leur avait impos&#233; une baisse de salaire, et ils avaient appris par la suite que 14 directeurs de la compagnie s'&#233;taient partag&#233; 4,8 millions d'euros et s'&#233;taient attribu&#233; une augmentation de 9,4 %, ce qui alimenta leur d&#233;termination. Leur gr&#232;ve dura pr&#232;s de quatre semaines, paralysant non seulement le trafic ferroviaire, mais aussi les ports ainsi que les exportations de fruits, de vin, de voitures et de charbon. Finalement, le 27 mai, les gr&#233;vistes vot&#232;rent la reprise apr&#232;s avoir obtenu une augmentation de 11 % assortie d'une prime de 1 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; tous les efforts du gouvernement et de la FIFA pour contr&#244;ler tous les aspects du Mondial, il y aura au moins quelque chose qui leur aura &#233;chapp&#233; : la combativit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela commen&#231;a, &#224; la veille de l'ouverture du Mondial, par la gr&#232;ve des conducteurs de bus de Rea Vaya, pour obtenir la reconnaissance de leur syndicat. Or c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ces bus qui &#233;taient cens&#233;s transporter les spectateurs entre Johannesburg et le stade de Soccer City, en bordure de Soweto. Ce fut au tour des tribunaux d'entrer dans l'ar&#232;ne en d&#233;clarant la gr&#232;ve ill&#233;gale. Mais quelques jours plus tard, le 14 juin, une tentative de Rea Vaya de faire travailler ses conducteurs en heures suppl&#233;mentaires sans majoration d&#233;clencha une nouvelle gr&#232;ve, sauvage celle-l&#224;, qui condamna les spectateurs de Soccer City &#224;&#8230; la marche &#224; pied.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, les tribunaux d&#233;claraient &#233;galement ill&#233;gale une gr&#232;ve pour une augmentation de 18 % projet&#233;e par les ouvriers syndiqu&#233;s au NUM chez Eskom, la compagnie nationale d'&#233;lectricit&#233;. Mais cela n'emp&#234;che pas d'autres cat&#233;gories de travailleurs de continuer les mouvements engag&#233;s en ignorant les menaces des tribunaux, en particulier dans les municipalit&#233;s. Pas plus que cela n'emp&#234;che les syndicats du secteur public de poursuivre leurs pr&#233;paratifs en vue d'un mouvement de protestation face aux hausses r&#233;p&#233;t&#233;es des tarifs d'&#233;lectricit&#233; (25 % l'an dernier et de nouveau 25 % cette ann&#233;e).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au Mondial, il n'a pas &#233;t&#233; seulement affect&#233; par les mouvements des conducteurs de Rea Vaya. Le 13 juin, les agents de s&#233;curit&#233; employ&#233;s par le stade Mabhida de Durban, estimant avoir &#233;t&#233; vol&#233;s par leur employeur, se mirent en gr&#232;ve apr&#232;s la rencontre Allemagne-Australie, occup&#232;rent le stade et refus&#232;rent d'en sortir jusqu'&#224; ce qu'ils en soient d&#233;log&#233;s par des forces de police arm&#233;es de fusils lanceurs de balles en caoutchouc. Leur exemple devait bient&#244;t &#234;tre suivi dans les autres stades du Mondial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois jours plus tard, le 16 juin, c'&#233;tait l'anniversaire du soul&#232;vement de Soweto de 1976, qui est f&#234;t&#233; chaque ann&#233;e en tant que &#171; f&#234;te de la jeunesse &#187;. &#192; Durban, une grande manifestation rassembla les agents de s&#233;curit&#233; qui avaient &#233;t&#233; licenci&#233;s entre-temps, des syndicalistes et des pauvres, qui profit&#232;rent de l'anniversaire de Soweto pour exprimer leur col&#232;re. Sans doute leur cible &#233;tait-elle avant tout la FIFA (des tee-shirts contre la FIFA, avec l'inscription en forme de jeu de mots &#171; Fick FUFA &#187;, firent leur apparition dans tout le pays), permettant ainsi au r&#233;gime et aux employeurs du Mondial de respirer. Il n'emp&#234;che que l'&#171; unit&#233; nationale &#187; cens&#233;e pr&#233;sider au Mondial &#233;tait bel et bien en lambeaux, tout comme l'assentiment tant&#244;t tacite, tant&#244;t explicite, des leaders syndicaux &#224; honorer la &#171; tr&#232;ve &#187; r&#233;clam&#233;e par Zuma.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, ce ne fut pas pour rien si Zwelinzima Vavi, le leader de COSATU (depuis rebaptis&#233; du surnom affectueux de &#171; Vavizela &#187;), crut n&#233;cessaire de d&#233;clarer au lendemain de cette journ&#233;e du 16 : &#171; &lt;i&gt; On ne doit pas laisser dire : &lt;/i&gt;&#8220;Minute ! il y a des visiteurs, il ne faut rien faire pour l'instant sur tel sujet, &#224; cause de l'int&#233;r&#234;t national.&#8221;&lt;i&gt; Non, notre int&#233;r&#234;t est de d&#233;fendre nos emplois et notre niveau de vie. Le Mondial ne durera qu'un mois et puis c'en sera fini.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En attendant, les habitants des bidonvilles de Cape Flats ont fait savoir qu'&#233;c&#339;ur&#233;s d'avoir &#233;t&#233; ainsi exclus du Mondial, ils entendent organiser le leur, intitul&#233; le Mondial des pauvres, qui opposera 36 &#233;quipes repr&#233;sentant diff&#233;rents bidonvilles de Cape Flats, chacune adoptant le nom de l'une des &#233;quipes repr&#233;sent&#233;es dans le Mondial. Les organisateurs ont tenu &#224; pr&#233;ciser qu'ils entendaient inviter tous les petits marchands exclus des abords du Mondial officiel et toutes les familles expuls&#233;es de leur logement pour faire place aux infrastructures du Mondial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Geste symbolique, sans doute, mais geste de d&#233;fiance quand m&#234;me face &#224; un r&#233;gime qui manifeste avec une telle arrogance son m&#233;pris envers les pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il reste &#224; souhaiter qu'une fois que le ballon de ce Mondial, baptis&#233; cette ann&#233;e du nom de &#171; Jabulani &#187; (&#171; Jabulani &#187; signifie &#171; r&#233;jouis-toi &#187; en zoulou), sera remis&#233; au magasin des accessoires, la classe ouvri&#232;re sud-africaine marquera de nouveaux buts contre le r&#233;gime et la bourgeoisie, se donnant, cette fois, de vraies raisons de se &#171; r&#233;jouir &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;21 juin 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>Grande-Bretagne - Les Conservateurs mettent en &#339;uvre les mesures antiouvri&#232;res con&#231;ues par les Travaillistes</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/grande-bretagne-les-conservateurs</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/grande-bretagne-les-conservateurs</guid>
		<dc:date>2010-07-01T13:05:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				Treize ans apr&#232;s avoir &#233;t&#233; chass&#233; du pouvoir par le Parti travailliste, en 1997, le Parti conservateur vient donc d'y revenir &#224; la suite des &#233;lections du 5 mai, dans le cadre d'une coalition avec le troisi&#232;me larron du bipartisme britannique, le petit Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate. Il n'aura pas fallu longtemps pour que les mesures d'aust&#233;rit&#233;, auxquelles les Travaillistes avaient pr&#233;par&#233; l'opinion publique depuis la fin 2009, soient mises en &#339;uvre brutalement par le nouveau gouvernement. Moins d'un mois apr&#232;s (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH140/arton11712-ff500.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='140' class='spip_logos' style='height:140px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Treize ans apr&#232;s avoir &#233;t&#233; chass&#233; du pouvoir par le Parti travailliste, en 1997, le Parti conservateur vient donc d'y revenir &#224; la suite des &#233;lections du 5 mai, dans le cadre d'une coalition avec le troisi&#232;me larron du bipartisme britannique, le petit Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'aura pas fallu longtemps pour que les mesures d'aust&#233;rit&#233;, auxquelles les Travaillistes avaient pr&#233;par&#233; l'opinion publique depuis la fin 2009, soient mises en &#339;uvre brutalement par le nouveau gouvernement. Moins d'un mois apr&#232;s les &#233;lections, un premier train de mesures a r&#233;duit de sept milliards d'euros les budgets pr&#233;vus pour l'ann&#233;e en cours. Bien que la somme ne repr&#233;sente que 1 % du budget de l'&#201;tat, ces mesures n'en annon&#231;aient pas moins ce qui allait suivre, c'est-&#224;-dire une attaque en r&#232;gle contre les d&#233;penses sociales et contre les quelque cinq millions de travailleurs du secteur public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; budget d'urgence &#187; que la nouvelle administration avait annonc&#233; d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir pour le 22 juin est venu confirmer la brutalit&#233; de ces attaques, sans pour autant en pr&#233;ciser tous les d&#233;tails. Les travailleurs savent d&#233;sormais l'ampleur des attaques qui les menacent, mais ils ne connaissent encore qu'une toute petite partie de ce en quoi elles consistent. En revanche, ce qu'ils peuvent constater d'ores et d&#233;j&#224;, c'est qu'&#224; un moment o&#249; les politiciens leur r&#233;p&#232;tent que &#171; &lt;i&gt; nous sommes tous dans la m&#234;me gal&#232;re &lt;/i&gt; &#187;, les nouveaux cadeaux que ce budget offre au patronat montrent que la bourgeoisie, elle, reste confortablement install&#233;e sur son yacht de luxe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tout cas, contrairement &#224; ce que cherchent d&#233;j&#224; &#224; faire croire les Travaillistes, ces mesures ne font que poursuivre pour l'essentiel des plans &#233;labor&#233;s par leurs propres ministres. Sur ce plan, la seule diff&#233;rence notable entre le pr&#233;sent gouvernement et son pr&#233;d&#233;cesseur tient au fait qu'aujourd'hui, n'ayant pas &#224; se pr&#233;occuper d'&#233;ch&#233;ances &#233;lectorales avant 2015, les ministres au pouvoir se f&#233;licitent sans hypocrisie de la politique d'aust&#233;rit&#233; qu'ils veulent imposer &#224; la population laborieuse, alors qu'hier les ministres travaillistes pratiquaient l'aust&#233;rit&#233; le plus souvent en cachette, en s'en d&#233;fendant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par-del&#224; les changements de t&#234;tes au gouvernement, ce qui marque donc la situation politique, c'est avant tout la continuit&#233; dans une offensive antiouvri&#232;re qui fut &#224; peine suspendue le temps d'une campagne &#233;lectorale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Un retour sans gloire&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'aspect le plus notable du nouveau paysage politique tient sans doute au succ&#232;s peu glorieux des nouveaux ma&#238;tres du pouvoir. Tout comme les Travaillistes n'avaient tenu au pouvoir pendant treize ans que par d&#233;faut, c'est aussi par d&#233;faut que les Conservateurs y reviennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons qu'apr&#232;s 1997, il n'avait pas fallu plus d'un an pour que les d&#233;sillusions entra&#238;nent un recul des Travaillistes, qui s'&#233;tait acc&#233;l&#233;r&#233; avec la participation tr&#232;s impopulaire des troupes britanniques &#224; l'invasion de l'Irak. Si bien qu'en 2005, lors de la derni&#232;re &#233;lection parlementaire remport&#233;e par le Parti travailliste, &#224; peine plus de 21 % des inscrits l'avaient soutenu. Les Conservateurs, trop marqu&#233;s par le discr&#233;dit de leurs dix-huit ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes de r&#232;gne, n'avaient pas r&#233;ussi &#224; tirer avantage de ce recul. Celui-ci n'avait en fait profit&#233; qu'au Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate, trop faible pour s'en servir de tremplin vers le pouvoir, tout en alimentant la mont&#233;e de l'abstention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Conservateurs auront attendu treize ans avant que le pendule du bipartisme revienne dans leur camp. Mais de peu. Tout au plus peut-on dire que, cette fois, le discr&#233;dit du Parti travailliste a pes&#233; plus lourd que le manque de cr&#233;dit des Conservateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On est en effet tr&#232;s loin des scores r&#233;alis&#233;s dans le pass&#233; chaque fois que ce pendule a ramen&#233; les Conservateurs au pouvoir. Avec 36 % des voix, soit 4 points de mieux qu'en 2005, les Conservateurs n'ont pas regagn&#233; tout le terrain qu'ils avaient c&#233;d&#233; en 1997 aux Travaillistes dans les milieux ais&#233;s, pas plus qu'ils n'ont r&#233;ussi &#224; mordre sur l'&#233;lectorat populaire. Rien &#224; voir avec la victoire de Margaret Thatcher, en 1979. Il est vrai que David Cameron, le leader conservateur, n'a pas l'image de tribun populiste que s'&#233;tait forg&#233;e Margaret Thatcher, image qui lui avait valu, pendant quelque ann&#233;es, le soutien d'une fraction d'un &#233;lectorat populaire &#233;c&#339;ur&#233; par la politique des Travaillistes au pouvoir. Personnage plut&#244;t falot, Cameron appara&#238;t au contraire comme un produit de la grande bourgeoisie, dont le principal &#171; fait d'armes &#187; est sa participation remarqu&#233;e au Burlington Club de l'universit&#233; d'Oxford, c&#233;nacle o&#249; se retrouvent les rejetons les plus fortun&#233;s pour organiser des beuveries qui, invariablement, se terminent par la mise &#224; sac du bar o&#249; elles se tiennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la faiblesse du score des Conservateurs les a priv&#233;s de la majorit&#233; absolue &#224; la Chambre des communes que le suffrage uninominal &#224; un tour garantit normalement au parti qui arrive en t&#234;te. Les Conservateurs auraient pu, comme l'ont fait bri&#232;vement les Travaillistes dans les ann&#233;es soixante-dix, former un gouvernement minoritaire. Mais cela impliquait la tenue &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance de nouvelles &#233;lections, ce qui aurait retard&#233; d'autant la mise en &#339;uvre des mesures antiouvri&#232;res r&#233;clam&#233;es &#224; grands cris par des organes patronaux comme le CBI (Medef britannique). Dans ces conditions, ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; former une coalition avec le Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate, pour la premi&#232;re fois depuis le gouvernement de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tant qu'&#224; faire des parall&#232;les, c'est plut&#244;t au &#171; gouvernement national &#187; de 1931 qu'il faudrait le comparer. La formation de ce &#171; gouvernement national &#187;, au milieu de la Grande D&#233;pression, avait fait suite &#224; l'&#233;chec du Premier ministre travailliste Ramsay McDonald &#224; obtenir le soutien de ses d&#233;put&#233;s pour une r&#233;duction de 10 % des salaires des fonctionnaires et des indemnit&#233;s de ch&#244;mage. McDonald avait provoqu&#233; une &#233;lection anticip&#233;e &#224; l'issue de laquelle il avait constitu&#233; un gouvernement de coalition regroupant sa scission &#171; nationale &#187; du Parti travailliste, ainsi que les Conservateurs et les Lib&#233;raux, dans le but de mettre en &#339;uvre ces attaques contre la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce parall&#232;le historique a ses limites, ne serait-ce que parce qu'il n'a jamais &#233;t&#233; question r&#233;cemment pour les d&#233;put&#233;s travaillistes de se rebeller contre les mesures antiouvri&#232;res de leurs dirigeants. Il n'en reste pas moins que, tout comme en 1931, le gouvernement actuel se pr&#233;sente comme une coalition de crise dont le but avou&#233; est d'aller jusqu'au bout de la politique du pr&#233;c&#233;dent gouvernement travailliste, pour faire payer les frais de la crise &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Les travaillistes &#224; la rescousse du patronat&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le discr&#233;dit du Parti travailliste est donc bien ant&#233;rieur &#224; la crise actuelle. Il est le produit d'une politique ouvertement destin&#233;e &#224; servir les int&#233;r&#234;ts des milieux d'affaires, et plus particuli&#232;rement ceux de la haute finance, aux d&#233;pens de la population laborieuse, une politique qui l'a d'abord conduit &#224; s'attaquer &#224; la classe ouvri&#232;re, pour finalement pr&#233;parer le terrain aux attaques d'aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s leur retour au pouvoir, les Travaillistes s'engag&#232;rent dans une guerre sans merci contre les co&#251;ts salariaux et, par voie de cons&#233;quence, contre les salaires et le niveau de vie de la classe ouvri&#232;re. Mais, comble d'hypocrisie, ce fut sous couvert de lutter contre la pauvret&#233;, les bas salaires et le ch&#244;mage chronique h&#233;rit&#233;s des Conservateurs qu'ils men&#232;rent cette politique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le salaire minimum horaire introduit pour la premi&#232;re fois dans le pays et pr&#233;sent&#233; avec cynisme comme une &#171; mesure de redistribution radicale &#187; servit en fait &#224; peser &#224; la baisse sur l'ensemble des salaires. Il fut fix&#233; si bas qu'il ne garantissait pas un niveau de vie d&#233;cent, surtout dans les grandes villes (il est aujourd'hui &#233;quivalent &#224; 75 % du smic fran&#231;ais, pour un co&#251;t de la vie un peu plus &#233;lev&#233; qu'en France). Cela ne l'emp&#234;cha pas de devenir la norme pour les salaires vers&#233;s au nombre croissant de travailleurs pr&#233;caires et dans les PME. Or s'il &#233;tait d&#233;j&#224; difficile de vivre sur un temps plein de 50 &#224; 60 heures hebdomadaires (la norme pour les travailleurs manuels), c'est tout simplement impossible pour qui n'a que vingt ou trente heures de travail salari&#233; par semaine, voire moins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, selon Blair, la solution au ch&#244;mage, qui perdurait depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt, &#233;tait un march&#233; du travail &#171; flexible &#187;. Bien s&#251;r, il ne s'agissait pas d'exiger des patrons qu'ils se montrent flexibles en prenant sur leurs profits pour &#233;viter les suppressions d'emplois. Les travailleurs, et eux seuls, &#233;taient cens&#233;s se montrer &#171; flexibles &#187;, en prenant des &#171; emplois &#187; de quelques heures par semaine ici et l&#224;, voire&#8230; sans horaire garanti, et en se contentant du salaire minimum horaire si on ne leur offrait rien de mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour imposer la &#171; flexibilit&#233; &#187; requise aux ch&#244;meurs, les organismes charg&#233;s de la gestion du ch&#244;mage devinrent de plus en plus r&#233;pressifs, les traitant au mieux comme des cas sociaux et au pire comme des d&#233;linquants en puissance, avec comme seul but de les faire dispara&#238;tre de leurs registres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il restait &#224; d&#233;manteler l'un des vestiges du syst&#232;me de protection sociale de l'apr&#232;s-guerre qui permettait encore &#224; une partie des ch&#244;meurs de r&#233;sister tant bien que mal &#224; ces pressions. Ce syst&#232;me, d&#251;ment d&#233;nonc&#233; comme une &#171; incitation &#224; la paresse &#187;, fut remplac&#233; par Gordon Brown, alors ministre des Finances de Blair, par un d&#233;dale invraisemblable de &#171; cr&#233;dits d'imp&#244;ts &#187;, inspir&#233;s des &#201;tats-Unis et de la Nouvelle-Z&#233;lande. L'aide sociale aux familles les plus pauvres fut assujettie aux m&#234;mes conditions que les allocations ch&#244;mage. Mais les ch&#244;meurs &#171; m&#233;ritants &#187; qui acceptaient les &#171; p'tits boulots &#187; qu'on leur imposait, furent &#171; r&#233;compens&#233;s &#187; par le maintien de l'aide sociale &#224; leur famille, d&#233;duction faite d'une partie des salaires per&#231;us.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le syst&#232;me de protection sociale avait toujours &#233;t&#233; une subvention au capital, pour pallier son incapacit&#233; &#224; donner du travail et un salaire suffisant. D&#233;sormais, il devint en plus une subvention permettant au patronat d'infliger un sous-emploi chronique aux salari&#233;s. Il en r&#233;sulta une explosion du travail pr&#233;caire. Le nombre des &#171; emplois &#187; recens&#233;s par les statistiques officielles creva les plafonds et il se trouva des &#233;conomistes pour joindre leurs voix &#224; celles des politiciens travaillistes et encenser le &#171; plein emploi &#187; obtenu gr&#226;ce &#224; la &#171; flexibilit&#233; &#187; du march&#233; du travail. Sauf que, bien s&#251;r, une partie importante de ces fameux &#171; emplois &#187; n'en &#233;taient pas vraiment et ne faisaient que masquer l'aggravation des conditions d'existence de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, malgr&#233; un bref recul de la pauvret&#233; &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt-dix, celle-ci recommen&#231;a &#224; s'aggraver dans la premi&#232;re partie des ann&#233;es 2000, d'abord parmi les retrait&#233;s, puis dans l'ensemble de la population pauvre. En m&#234;me temps, le foss&#233; des in&#233;galit&#233;s sociales recommen&#231;a &#224; se creuser, &#224; un rythme presque comparable &#224; celui que l'on avait vu dans les premi&#232;res ann&#233;es du thatch&#233;risme &#171; sauvage &#187;, au cours de la r&#233;cession du d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;La peau de chagrin des services publics&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Jusqu'&#224; une date relativement r&#233;cente, avant qu'ils fassent ouvertement de l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire leur priorit&#233; politique, les Travaillistes se vantaient volontiers d'avoir cr&#233;&#233; plus d'un million d'emplois dans le secteur public et d'y avoir invers&#233; la d&#233;gradation engendr&#233;e par les pr&#233;c&#233;dents gouvernements conservateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effectivement, les statistiques officielles confirment ce chiffre de plus d'un million d'emplois publics cr&#233;&#233;s depuis 1997. Mais elles ne disent rien sur la nature de ces emplois, car elles comptabilisent p&#234;le-m&#234;le tous ceux qui travaillent pour le public : elles ne font pas de distinction entre employ&#233;s directs, int&#233;rimaires et sous-traitants, ni entre pleins temps et temps partiels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, pour ne prendre que l'exemple des municipalit&#233;s qui sont, collectivement, le plus gros employeur du secteur public, il n'est pas rare que dans un service donn&#233;, la moiti&#233; au moins du personnel ait un statut pr&#233;caire, proportion qui a augment&#233; de fa&#231;on fulgurante depuis 1997. Et bien s&#251;r, ces travailleurs pr&#233;caires ne b&#233;n&#233;ficient d'aucune des conditions reconnues aux travailleurs municipaux dans le cadre des accords nationaux, en mati&#232;re de salaires, retraites, cong&#233;s maternit&#233;, horaires de travail, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui plus est, m&#234;me en s'en tenant aux statistiques officielles, des estimations produites par les syndicats indiquent que, du fait de la mont&#233;e du temps partiel, l'augmentation apparente des effectifs employ&#233;s ne fait que masquer une diminution du nombre d'&#233;quivalents plein temps ! Autant dire que les Travaillistes auront pr&#233;sid&#233; &#224; l'aggravation des conditions de travail et du niveau de vie des travailleurs du secteur public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui fut vrai de l'emploi public le fut aussi des services publics. Non seulement les Travaillistes reprirent &#224; leur compte la politique de passage en sous-traitance de certains services publics men&#233;e par leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, mais ils en firent un syst&#232;me g&#233;n&#233;ral : de la collecte des ordures m&#233;nag&#232;res aux bureaux de ch&#244;mage (sous-trait&#233;s &#224; des entreprises de travail temporaire), en passant par les services de relogement, les services p&#233;riscolaires ou encore l'aide &#224; domicile aux personnes &#226;g&#233;es et handicap&#233;es. Or, tous ces transferts ayant pour but de faire des &#233;conomies, ils se firent aux d&#233;pens des services fournis et des travailleurs qui les fournissaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sant&#233; publique, que les Conservateurs avaient laiss&#233;e dans un &#233;tat de d&#233;cr&#233;pitude avanc&#233;e, fut elle aussi mise en coupe r&#233;gl&#233;e au profit de multinationales sp&#233;cialis&#233;es dans les services m&#233;dicaux. L&#224; aussi, mais sous des formes diverses, une multitude de services furent sous-trait&#233;s, de l'imagerie m&#233;dicale &#224; des op&#233;rations chirurgicales courantes consid&#233;r&#233;es comme &#171; rentables &#187;, en passant par la construction et la gestion d'h&#244;pitaux entiers. Mais face &#224; des sous-traitants ayant plus de moyens pour dicter leurs conditions, cette fois les Travaillistes accept&#232;rent une augmentation des co&#251;ts, sous pr&#233;texte d'am&#233;liorer la qualit&#233; des soins. Cela gonfla d'autant les d&#233;penses de sant&#233;, aux d&#233;pens des infrastructures publiques existantes. Pour compenser, les h&#244;pitaux devinrent l'objet de la surveillance d'une bureaucratie comptable tatillonne. Chaque h&#244;pital devint un &#171; centre de profit &#187;, avec son budget propre, dans le cadre d'un &#171; march&#233; de la sant&#233; &#187; artificiel o&#249; il &#171; vendait &#187; des services m&#233;dicaux aux m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes et en &#171; achetait &#187; &#224; des sous-traitants priv&#233;s, voire &#224; d'autres h&#244;pitaux. Au nom des exigences de rentabilit&#233; sur ce &#171; march&#233; &#187; fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces, on ferma de plus en plus de services et on tira sur les effectifs &#224; tous les niveaux. Du coup, les listes d'attente dans les h&#244;pitaux s'allong&#232;rent encore plus. Ce &#224; quoi les Travaillistes r&#233;pondirent par la r&#233;torsion : chaque h&#244;pital se vit assigner des objectifs de r&#233;duction de ses listes, assortis de sanctions financi&#232;res en cas de d&#233;faillance. Et on a fini par en arriver &#224; ce que les h&#244;pitaux, plut&#244;t que risquer des p&#233;nalit&#233;s budg&#233;taires, refusent d'inscrire de nouveaux patients sur leurs listes lorsque celles-ci atteignaient le maximum prescrit !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au total, les d&#233;penses de sant&#233; augment&#232;rent de fa&#231;on importante, mais les services de sant&#233; continu&#232;rent &#224; se d&#233;grader dans leur ensemble, au point que l'on a vu r&#233;appara&#238;tre des maladies qui avaient pour ainsi dire disparu, comme la tuberculose, et cela avant m&#234;me les premi&#232;res mesures d'aust&#233;rit&#233; de la crise.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Les travaillistes et la bulle sp&#233;culative&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La politique des Travaillistes en faveur du capital financier fut un facteur important, sinon dans la formation m&#234;me de la bulle sp&#233;culative du cr&#233;dit des ann&#233;es 2000, en tout cas dans son ampleur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; aussi, les Travaillistes ne firent que poursuivre, en l'amplifiant, la politique des Conservateurs. Contribuant &#224; arroser les riches et les entreprises de cadeaux fiscaux, ils r&#233;duisirent l'imposition des profits sur les entreprises de 33 &#224; 28 %, et m&#234;me &#224; 10 % pour les PME, et ils r&#233;duisirent le taux d'imposition sur les plus-values (qui frappe les b&#233;n&#233;fices r&#233;alis&#233;s sur les ventes sp&#233;culatives de produits financiers, biens immobiliers, &#339;uvres d'art, etc.) &#224; 18 %, le taux le plus bas parmi les grands pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, sous pr&#233;texte d'attirer les &#171; investisseurs &#187; &#233;trangers, les Travaillistes accentu&#232;rent le caract&#232;re de paradis fiscal de Londres, qui devint rapidement tr&#232;s pris&#233; des milliardaires du monde entier. On ne compte plus les richards ayant &#233;tablis leurs p&#233;nates financiers en Grande-Bretagne pour des raisons fiscales. Les Indiens Mittal (sid&#233;rurgie) et Agarwal (mines), l'Italo-suisse Bertarelli (industrie pharmaceutique), les Russes Abramovitch et Ousmanov (p&#233;trole, mines, acier), les Hollandais De Carvalho (bi&#232;re) et le Chinois Lau (immobilier) comptent d&#233;sormais parmi les vingt premi&#232;res fortunes &#171; britanniques &#187;, dans le palmar&#232;s annuel du&lt;i&gt; Sunday Times&lt;/i&gt;. Pour des raisons similaires une myriade de fonds d'investissements, en particulier am&#233;ricains, d&#233;plac&#232;rent leur quartier g&#233;n&#233;ral &#224; Londres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'afflux &#224; Londres de tout ce beau monde regorgeant de fonds ne se traduisit &#233;videmment pas par des investissements productifs, le rachat du club de football de Chelsea par Abramovitch ne pouvant gu&#232;re &#234;tre consid&#233;r&#233; comme tel. En revanche &#8211; et c'&#233;tait l&#224; l'objectif de cette politique &#8211; il apporta de tr&#232;s gros comptes aux grandes firmes de services financiers de la City et augmenta de fa&#231;on importante la masse de capitaux sp&#233;culatifs qui y op&#233;raient. Et, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, ces capitaux sp&#233;culatifs se tourn&#232;rent, comme partout ailleurs, vers l'immobilier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut dire que la Grande-Bretagne &#233;tait un terrain particuli&#232;rement propice &#224; la sp&#233;culation immobili&#232;re. Car les Travaillistes avaient poursuivi la politique des Conservateurs d'incitation fiscale &#224; l'accession &#224; la propri&#233;t&#233;. Les milieux ais&#233;s, qui avaient fait des profits confortables en boursicotant au cours de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, se virent offrir des avantages fiscaux importants pour acheter des logements destin&#233;s &#224; &#234;tre lou&#233;s au prix fort. Ces incitations fiscales contribu&#232;rent aussi &#224; alimenter parmi les foyers modestes l'illusion que malgr&#233; la hausse des prix des logements, ils avaient peut-&#234;tre quand m&#234;me les moyens d'acheter. De toute fa&#231;on, bien souvent, la politique des Travaillistes ne leur laissait pas le choix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car leur politique &#233;tait de r&#233;duire au maximum les d&#233;penses de construction sociale. On ne construisait plus de logements sociaux et, en plus, pour ne pas avoir &#224; financer la r&#233;novation d'un stock de logements sociaux d&#233;grad&#233;s, toute une partie de ce stock avait &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e &#224; des entreprises qui en avaient &#233;vinc&#233; les locataires trop modestes pour les relouer &#224; des familles plus ais&#233;es ou pour les vendre. Tout cela avait aggrav&#233; la crise du logement, contraignant bien des familles &#224; acheter, qu'elles en aient eu les moyens ou pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Restait &#224; financer la demande en cr&#233;dit des particuliers et des promoteurs. Les capitaux sp&#233;culatifs qui engorgeaient la City fournirent la solution, d'autant plus facilement que les Travaillistes avaient fait dispara&#238;tre le peu de contr&#244;les &#233;tatiques qui restaient sur les banques. Ce fut une ru&#233;e vers l'or &#224; laquelle participa une grande partie de la bourgeoisie : les riches qui investirent dans la pierre et les organismes pr&#234;teurs, bien s&#251;r, mais aussi la myriade d'interm&#233;diaires, des agents immobiliers aux assureurs en passant par les cabinets sp&#233;cialis&#233;s dans l'&#233;valuation du prix des logements ou dans la pr&#233;paration des documents l&#233;gaux pour la vente, jusqu'aux cha&#238;nes de supermarch&#233;s qui se lanc&#232;rent dans le pr&#234;t immobilier. Et, bien s&#251;r, cette ru&#233;e s'accompagna, comme partout, de toutes les op&#233;rations de cavalerie bancaire destin&#233;es &#224; d&#233;cupler l'&#233;chelle de la sp&#233;culation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette p&#233;riode de folie sp&#233;culative vit un triplement du prix moyen des logements en l'espace d'&#224; peine plus de six ans, jusqu'&#224; son point culminant, en juin 2007. Pour les familles modestes, ce ne fut n&#233;anmoins pas une p&#233;riode de cr&#233;dit &#224; bon march&#233;, mais les pr&#234;teurs &#233;taient d'une grande flexibilit&#233; sur les conditions de pr&#234;t. On pouvait obtenir toute sorte d'arrangements (pas gratuits !) ou prendre plusieurs pr&#234;ts sur le m&#234;me logement, ce qui &#233;tait souvent le cas des familles modestes qui prenaient un deuxi&#232;me, voire un troisi&#232;me pr&#234;t pour payer les traites des pr&#233;c&#233;dents, ou les factures d'&#233;lectricit&#233; et de gaz. Pour d&#233;signer ces pr&#234;ts cumul&#233;s, on inventa m&#234;me l'expression &#171; extraire la plus-value de son capital &#187;, alors qu'en fait de capital, la grande majorit&#233; n'avait que des dettes !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cartes de cr&#233;dit connurent aussi une extension consid&#233;rable avec l'aide bienveillante des Travaillistes. Les taux d'int&#233;r&#234;t pratiqu&#233;s relevaient de l'usure et les &#233;tablissements &#233;metteurs ne se souciaient pas de faire les contr&#244;les qui leur incombaient sur la solvabilit&#233; de leurs clients. Dans les derniers temps pr&#233;c&#233;dant l'implosion de la bulle du cr&#233;dit, il n'&#233;tait pas rare qu'un particulier, surtout dans les milieux modestes, poss&#232;de une douzaine de cartes de cr&#233;dit dont il se servait pour payer ses grosses traites, y compris immobili&#232;res, ce qui revenait &#224; emprunter &#224; 15 ou 18 % pour payer un cr&#233;dit &#224; 5 ou 6 % !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'endettement des m&#233;nages atteignit ainsi des proportions colossales. &#192; la fin 2006, il avait d&#233;pass&#233; le PIB. Et on vit se multiplier dans la presse les cas de suicides li&#233;s au surendettement dans les classes pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela n'emp&#234;cha pas les ministres travaillistes, apr&#232;s l'implosion de la bulle, de nier avec v&#233;h&#233;mence que le pays avait jamais connu de ph&#233;nom&#232;ne comparable aux &#171; subprimes &#187; am&#233;ricains, c'est-&#224;-dire de pr&#234;ts accord&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; des m&#233;nages qui n'avaient pas les moyens d'y faire face. Il est vrai que, contrairement aux &#201;tats-Unis, il n'existait pas en Grande-Bretagne de secteur financier sp&#233;cialis&#233; dans les pr&#234;ts aux plus pauvres. Mais c'&#233;tait tout simplement parce que pratiquement tout le syst&#232;me bancaire, y compris la quasi-totalit&#233; des g&#233;ants les plus &#171; respectables &#187;, le faisait !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant il existait des r&#233;glementations cens&#233;es prot&#233;ger les consommateurs, dans une certaine mesure, contre de telles pratiques. C'&#233;tait d'ailleurs les seules que les Travaillistes avaient laiss&#233;es en place. Mais ces r&#233;glementations reposaient sur des &#171; codes de conduite volontaires &#187; et le gouvernement travailliste s'&#233;tait d&#233;gag&#233; de toute responsabilit&#233; pour en imposer le respect. L'Autorit&#233; des services financiers, l'organisme qui avait &#224; charge de faire des remontrances aux banques qui ne respectaient pas ces codes, &#233;tait dirig&#233;e par d'anciens banquiers qui n'avaient aucune envie de se f&#226;cher avec leurs pairs. Le seul recours possible pour les particuliers &#233;tait de s'adresser aux tribunaux dans le cadre de proc&#233;dures aussi interminables que co&#251;teuses, un luxe que les victimes en question ne pouvaient gu&#232;re se payer, par d&#233;finition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut dire qu'ainsi, gr&#226;ce &#224; la complaisance de l'administration travailliste, la finance britannique put vivre toute cette p&#233;riode de la bulle sp&#233;culative dans une ill&#233;galit&#233; quasi totale, sans jamais &#234;tre inqui&#233;t&#233;e, une impunit&#233; qui demeure d'ailleurs enti&#232;re aujourd'hui, malgr&#233; les menaces des politiciens de tous bords promettant des mesures r&#233;pressives et des sanctions exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;Brown vole au secours du grand capital&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La bulle immobili&#232;re commen&#231;a &#224; imploser en juin 2007 et le cr&#233;dit se resserra rapidement &#224; sa suite. Durant l'&#233;t&#233;, plusieurs grandes banques, dont la Barclays, firent discr&#232;tement appel &#224; la Banque d'Angleterre. En septembre, Northern Rock, une petite banque de par sa capitalisation, mais un acteur important sur le march&#233; des pr&#234;ts hypoth&#233;caires, gr&#226;ce &#224; des op&#233;rations de cavalerie sophistiqu&#233;es sur le march&#233; de l'argent &#224; court terme, fit appel &#224; son tour &#224; la Banque d'Angleterre. Mais cela se sut, et des files de d&#233;posants se form&#232;rent devant ses agences. C'&#233;tait pourtant une banque qui recrutait ses d&#233;posants autant que ses d&#233;biteurs dans les couches ais&#233;es de la population et qui, contrairement aux plus grandes banques, n'avait pas investi sur le march&#233; de l'immobilier am&#233;ricain. Mais face au r&#233;tr&#233;cissement du cr&#233;dit, elle n'avait pas la capacit&#233; de r&#233;sistance de ses grandes rivales, ni la m&#234;me facilit&#233; pour dissimuler ses pertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Craignant une panique bancaire g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le gouvernement Brown intervint, se portant garant des d&#233;p&#244;ts aupr&#232;s de la banque et lui pr&#234;tant de quoi parer au plus press&#233;. Mais le march&#233; de l'argent continuant &#224; se d&#233;t&#233;riorer et le volume des sommes pr&#234;t&#233;es par la banque centrale devenant de moins en moins justifiable politiquement, il finit par se r&#233;soudre &#224; faire ce qu'il aurait bien voulu &#233;viter : nationaliser la banque. Pour cette fois, les Travaillistes devaient finalement faire le choix de ne pas indemniser les actionnaires, dont les actions ne valaient plus rien sur le march&#233; boursier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela n'emp&#234;cha pas un beau toll&#233; des Conservateurs contre le pr&#233;tendu retour des Travaillistes &#224; leurs &#171; mauvaises habitudes des ann&#233;es soixante-dix &#187;, alors qu'ils avaient &#233;t&#233; les premiers &#224; r&#233;clamer que Brown garantisse les comptes des d&#233;posants ! Mais, du coup, ce fut la premi&#232;re et la derni&#232;re fois que les Travaillistes os&#232;rent faire preuve de tant de &#171; radicalisme &#187;. Ce fut aussi la premi&#232;re et derni&#232;re fois que les d&#233;tails d'une telle op&#233;ration furent rendus publics. Le Parlement vota en urgence et avec un bel ensemble une loi donnant &#224; la banque centrale et au gouvernement le pouvoir de cacher leurs op&#233;rations de sauvetage derri&#232;re le secret bancaire, sans en r&#233;f&#233;rer aux d&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de mars 2008, les plans de sauvetage se succ&#233;d&#232;rent sans interruption, &#224; un co&#251;t toujours croissant pour les finances publiques et dans des conditions toujours plus opaques. Pendant plus d'un an, la Banque d'Angleterre racheta &#224; tour de bras les valeurs &#171; toxiques &#187; que les grandes banques cachaient dans leurs coffres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;j&#224;, malgr&#233; l'optimisme de fa&#231;ade des ministres qui disaient avoir la situation bien en main, affirmaient que les &#201;tats-Unis &#233;taient loin et promettaient que les sommes pr&#234;t&#233;es aux banques seraient tr&#232;s vite rembours&#233;es jusqu'au dernier penny, il ne se trouvait plus grand monde dans l'&#233;lectorat populaire pour les croire. D'autant que les expulsions pour d&#233;faut de paiement s'&#233;taient multipli&#233;es brutalement sans que le gouvernement vienne en aide aux m&#233;nages endett&#233;s, et que le ch&#244;mage augmentait, surtout apr&#232;s l'&#233;croulement, d&#232;s la rentr&#233;e 2007, de toute une partie du BTP. Beaucoup voulaient la peau des banquiers fauteurs de crise alors que les Travaillistes ne semblaient capables que de leur remplir les poches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sentiment se trouva renforc&#233; lorsqu'apr&#232;s la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, toute une s&#233;rie de banques furent, de fait, nationalis&#233;es. Durant l'ann&#233;e 2008, les pertes encourues par les grandes banques, du fait de leur exposition &#224; l'immobilier am&#233;ricain, mais probablement pas seulement, avaient &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;es. Au passage, on avait appris que HSBC, la plus grande banque britannique, avait perdu plus de quinze milliards d'euros via sa filiale am&#233;ricaine, Household International, qui se trouvait &#234;tre le plus gros op&#233;rateur am&#233;ricain sur le march&#233; des subprimes. Comme quoi, les g&#233;antes britanniques avaient, elles aussi, leur part de responsabilit&#233; dans la d&#233;b&#226;cle am&#233;ricaine. HSBC avait n&#233;anmoins les reins assez solides pour &#233;chapper &#224; la faillite. Il n'en fut pas de m&#234;me de trois de ses rivales : RBS, HBOS et Lloyds Bank, respectivement num&#233;ros 2, 4 et 5 parmi les cinq grandes banques britanniques qui dominaient le march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'ensuivit une longue saga au cours de laquelle le gouvernement chercha &#224; trouver des fonds priv&#233;s pour sauver ces banques. Ayant tout essay&#233; en vain et apr&#232;s avoir inject&#233; dans ces banques des liquidit&#233;s &#224; fonds perdus pendant plus de cinq mois, Brown se r&#233;solut de nouveau &#224; la nationalisation. Mais cette fois, pour &#233;chapper aux accusations qui avaient suivi le sauvetage de Northern Rock, il paya &#224; prix d'or une participation majoritaire dans ces banques (90 % dans RBS et 77 % dans Lloyds-HBOS), alors que leurs actions ne valaient pour ainsi dire plus rien, et limita le droit de regard de l'&#201;tat sur leurs activit&#233;s &#224; une position minoritaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait la plus grande nationalisation de l'histoire du pays, et de tr&#232;s loin, mais on arrivait &#224; cette situation grotesque o&#249; le gouvernement travailliste, d&#233;sormais principal acteur du syst&#232;me bancaire du pays, choisissait de se priver de tout moyen de contr&#244;ler les agissements des banquiers. Par la suite, les ministres devaient se plaindre &#224; n'en plus finir du refus de ces banques de pr&#234;ter &#224; l'&#233;conomie et aux particuliers, mais ils ne firent jamais rien pour les y obliger. Et, bien entendu, il ne fut pas question pour les Travaillistes de se servir de leur contr&#244;le sur les banques pour aider la population face aux effets imm&#233;diats de la crise, ne serait-ce qu'en imposant un moratoire sur les expulsions et en s'opposant aux licenciements dans les banques nationalis&#233;es. Au contraire, la banque qui proc&#233;da au plus grand nombre d'expulsions en proportion de sa taille fut Northern Rock et celle qui proc&#233;da au plus grand nombre de licenciements fut RBS, qui &#233;taient toutes deux nationalis&#233;es !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dernier volet important du sauvetage du secteur financier &#8211; en fait pas seulement de ce secteur &#8211; par les Travaillistes, qui fut aussi le plus co&#251;teux &#224; court terme, fut le lancement en mars 2009 d'une op&#233;ration dite de &#171; soulagement quantitatif &#187;. La Banque d'Angleterre a reconnu officiellement avoir ainsi rachet&#233; sur une p&#233;riode d'un an l'&#233;quivalent d'une valeur totale de 240 milliards d'euros en bons du Tr&#233;sor et en obligations de grandes entreprises, chiffre sujet &#224; caution, puisqu'elle n'est tenue &#224; aucune transparence. Officiellement, il s'agissait d'&#171; aider &#187; les banques &#224; relancer le cr&#233;dit. En fait, cette op&#233;ration servit &#224; relancer la sp&#233;culation sur les march&#233;s financiers et &#224; faire remonter les cours des bons du Tr&#233;sor et des obligations, plut&#244;t mal en point &#224; l'&#233;poque. Les grandes entreprises, les seules qui pouvaient emprunter en &#233;mettant des obligations, en profit&#232;rent si bien que le montant des obligations &#233;mises &#224; Londres en 2009 battit tous les records, augmentant d'autant les b&#233;n&#233;fices des banques qui leur servaient d'interm&#233;diaires. Par la m&#234;me occasion, les Travaillistes prot&#233;geaient leurs arri&#232;&#173;res dans l'imm&#233;diat en enrayant la baisse de la dette de l'&#201;tat sur les march&#233;s et, du m&#234;me coup, en r&#233;duisant le taux d'int&#233;r&#234;t qu'il paierait sur ses emprunts &#224; venir. Mais ce n'&#233;tait &#233;videmment que reculer pour mieux sauter. Car en alourdissant ainsi les pr&#233;l&#232;vements sur les fonds publics, l'endettement de l'&#201;tat ne pouvait qu'augmenter, ce qu'il faudrait bien payer &#224; terme.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Le trou noir creus&#233; par le parasitisme du capital&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, &#233;videmment, les Conservateurs ont beau jeu de reporter la responsabilit&#233; des mesures d'aust&#233;rit&#233; qu'ils annoncent sur la politique des Travaillistes qui auraient, selon leurs mots, &#171; v&#233;cu au-dessus de leurs moyens &#187;. Et de stigmatiser le &#171; d&#233;ficit structurel &#187; et le &#171; gaspillage dans le secteur public &#187; comme &#233;tant les principaux maux dont souffriraient les finances publiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si le gouvernement travailliste a v&#233;cu au-dessus de ses moyens, ce fut, depuis le d&#233;but de la crise, pour combler les pertes subies par le grand capital &#224; cause de ses op&#233;rations sp&#233;culatives et, dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, pour satisfaire au parasitisme insatiable d'une bourgeoisie qui r&#233;clamait pour elle-m&#234;me une part toujours plus grande des ressources de l'&#201;tat. Mais de cela, les Conservateurs ne disent rien, bien s&#251;r, pas plus que les Travaillistes, tant il est vrai qu'en dehors de d&#233;tails de forme, leurs politiques ont &#233;t&#233;, et restent, interchangeables sur le fond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La dette publique officielle est &#224; pr&#233;sent proche de 1 200 milliards d'euros, soit 68 % du PIB, et le d&#233;ficit annuel juste au-dessus de 200 milliards d'euros, soit un peu moins de 12 % du PIB (proche, donc, de celui de la Gr&#232;ce). Sauf que ces chiffres sont tr&#232;s loin de rendre compte de la situation r&#233;elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant m&#234;me que la crise survienne, les chiffres de la dette &#233;taient d&#233;j&#224; fauss&#233;s de bien des fa&#231;ons, mais en particulier par un artifice courant dans les pays riches. Il consiste &#224; dissimuler une partie de la dette publique en faisant passer son remboursement, principal et int&#233;r&#234;t, dans les d&#233;penses courantes. Par exemple, la construction d'une &#233;cole est confi&#233;e &#224; un &#171; partenaire &#187; priv&#233;. Celui-ci emprunte les fonds n&#233;cessaires aux banques. Une fois l'&#233;cole construite, l'&#201;tat la rach&#232;te &#224; son &#171; partenaire &#187; suivant une formule de type &#171; location-vente &#187;, &#233;tal&#233;e sur une p&#233;riode de 10, 20 ou 30 ans, pendant laquelle le partenaire sera en outre pay&#233; pour des services qu'il fournira (de maintenance ou de gestion administrative, par exemple). L'inconv&#233;nient de cet artifice, c'est qu'il co&#251;te tr&#232;s cher. L'&#201;tat doit payer les int&#233;r&#234;ts de l'emprunt, qui sont plus &#233;lev&#233;s que s'il empruntait lui-m&#234;me directement, mais il doit aussi payer le profit pr&#233;lev&#233; par son &#171; partenaire &#187;. Du coup, les d&#233;penses courantes de l'&#201;tat s'en trouvent alourdies &#224; long terme. Mais le principal avantage de cet artifice pour les politiciens au pouvoir, outre celui d'augmenter la part des fonds publics revenant aux actionnaires et aux banques, c'est que la dette contract&#233;e dans l'op&#233;ration n'appara&#238;t pas comme telle dans la comptabilit&#233; de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme de tels artifices ont &#233;t&#233; utilis&#233;s par les Travaillistes dans pratiquement tous les domaines du secteur public, de la construction ou r&#233;novation d'h&#244;pitaux et d'&#233;coles au gros &#339;uvre routier, en passant par la r&#233;novation du m&#233;tro de Londres et par le financement des maisons de retraite, la gamelle qui en r&#233;sulte pour l'&#201;tat a pris des proportions consid&#233;rables. C'est ainsi qu'une &#233;tude r&#233;cente de l'un des principaux syndicats du secteur public, le GMB, estime le montant de cette dette cach&#233;e &#224; au moins 300 milliards d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais surtout, les chiffres officiels du d&#233;ficit et de la dette ne refl&#232;tent pas non plus les milliards d&#233;vers&#233;s dans les caisses des banques et dans la sph&#232;re financi&#232;re depuis le d&#233;but de la crise. Des effets de la crise, le chiffre officiel du d&#233;ficit ne prend en compte que la baisse des recettes fiscales et la hausse des d&#233;penses sociales, mais pratiquement rien de plus. Et celui de la dette publique n'en tient aucun compte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le nuage d'opacit&#233; qui a entour&#233; le sauvetage de la finance rend impossible une estimation fiable des sommes qui y ont &#233;t&#233; englouties, sommes que, d'ailleurs, les politiciens seraient bien en peine d'&#233;valuer, car elles d&#233;pendent en grande partie de l'&#233;volution &#224; venir de la crise. Mais on peut quand m&#234;me se faire une id&#233;e de l'ordre de grandeur de ce que dissimulent les non-dits des politiciens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Officiellement, le sauvetage de Northern Rock n'aurait co&#251;t&#233; &#171; que &#187; 26 milliards d'euros &#224; l'&#201;tat. Or le commentateur &#233;conomique de la BBC Robert Peston est arriv&#233; &#224; un r&#233;sultat tr&#232;s diff&#233;rent, sur la base de publications de l'Office national de la statistique. En fait, ces 26 milliards d'euros ne repr&#233;sentent que le minimum des engagements de l'&#201;tat, si Northern Rock ne subit aucune perte sur ses actifs. Or, lors de la nationalisation on estimait que les pertes probables sur les actifs douteux de la banque s'&#233;tabliraient dans une fourchette allant de 27 &#224; 40 milliards d'euros dont l'&#201;tat assumerait la totalit&#233;. &#192; quoi il faut encore ajouter 36 milliards d'euros vers&#233;s &#224; l'&#233;poque par l'&#201;tat aux banques cr&#233;ditrices de Northern Rock pour &#233;viter toute contagion. Peston en conclut que le co&#251;t r&#233;el de la nationalisation de Northern Rock se situerait entre 89 et 102 milliards d'euros, et encore, si la crise ne s'aggrave pas. Pour fixer les id&#233;es, il s'agit l&#224; d'un montant &#224; peine inf&#233;rieur au budget 2009 de la sant&#233;, et qui d&#233;passe le double du total de l'imp&#244;t sur les profits pay&#233;s par les entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et encore Northern Rock n'est-elle que la plus petite des banques nationalis&#233;es. S'agissant des banques g&#233;antes que sont RBS, HBOS et Lloyds, c'est autre chose. Officiellement, la prise de participation majoritaire de l'&#201;tat dans ces banques n'aurait co&#251;t&#233; &#171; que &#187; 56 milliards d'euros. En fait, des documents confidentiels transmis &#224; la presse et dont la validit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;e, ont r&#233;v&#233;l&#233; qu'en plus le gouvernement avait avanc&#233; aux trois banques pour 43 milliards d'euros en liquidit&#233;s non r&#233;cup&#233;rables. &#192; ces sommes, il faut encore ajouter le &#171; cadeau de mariage &#187; qu'il leur offrit, en s'engageant &#224; garantir leurs actifs &#224; concurrence de 730 milliards d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette valse de milliards atteint des niveaux o&#249; les chiffres ne veulent plus rien dire. Disons simplement que sur la base des estimations combinant tous les &#233;l&#233;ments cit&#233;s, et sans m&#234;me tenir compte du co&#251;t des autres volets du sauvetage financier, la dette publique serait sup&#233;rieure de 40 % &#224; sa valeur d&#233;clar&#233;e dans le meilleur des cas, et de 90 % dans le pire des cas !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autant dire que les discours moralisateurs des politiciens sur la dette de l'&#201;tat sont tr&#232;s loin de la r&#233;alit&#233;. En fait, les finances publiques sont bel et bien au bord du gouffre, pas du fait d'un exc&#232;s de d&#233;penses au profit de la population, comme osent le pr&#233;tendre les politiciens, mais du fait du parasitisme du capitalisme en crise.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;Le tour de vis des travaillistes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En fait, les Travaillistes n'avaient pas attendu la crise pour mettre en chantier toute une batterie de plans d'aust&#233;rit&#233; contre la population laborieuse, en particulier dans quatre domaines : les retraites des salari&#233;s, l'emploi dans le secteur public, l'allocation logement pour les familles pauvres et la protection sociale des ch&#244;meurs et des travailleurs en invalidit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'agissant des retraites, les Travaillistes avaient &#233;labor&#233;, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, un projet de r&#233;forme dont l'entr&#233;e en application &#233;tait pr&#233;vue pour 2012. Il pr&#233;voyait le report de l'&#226;ge de la retraite &#224; 67 ans pour tous (avec l'option de le reporter &#224; 70 ans, plus tard). Les fonds de la retraite de base, retraite par r&#233;partition tr&#232;s faible mais touch&#233;e par pratiquement tous, devaient &#234;tre transf&#233;r&#233;s au secteur financier qui devait les int&#233;grer peu &#224; peu dans un syst&#232;me unifi&#233; de retraite par accumulation. Le patronat devait &#234;tre lib&#233;r&#233; de la responsabilit&#233; qu'il avait jusqu'alors de g&#233;rer des caisses de retraites compl&#233;mentaires. Bref, il s'agissait d'une manne colossale pour la finance, assortie d'une diminution du co&#251;t de la retraite pour le patronat, et pour les salari&#233;s, de la disparition des retraites bas&#233;es sur le dernier salaire et d'une augmentation des cotisations. Seul &#233;tait laiss&#233; en suspens provisoirement le sort des caisses de retraites par r&#233;partition couvrant environ 60 % du secteur public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'agissant du secteur public, le &#173;&#171; rapport &#173;Gershon &#187; de 2005, du nom de son auteur Sir Peter Gershon, avait recommand&#233; des mesures destin&#233;es &#224; r&#233;duire les co&#251;ts salariaux dans le secteur public. Il proposait des &#171; &#233;conomies &#187; r&#233;duisant les d&#233;penses annuelles de 27 milliards d'euros, &#233;conomies dont la mise en &#339;uvre fut termin&#233;e &#224; la fin 2007 avec &#224; la cl&#233; des dizaines de milliers de suppressions d'emplois et la g&#233;n&#233;ralisation du recours au travail pr&#233;caire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux r&#233;formes des Travaillistes dans le domaine du syst&#232;me de protection sociale, qu'il s'agisse de l'allocation logement ou de l'indemnisation des ch&#244;meurs et des travailleurs en invalidit&#233;, les d&#233;tails d&#233;finitifs n'en avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;s au moment o&#249; la crise &#233;clata. Mais leurs objectifs avaient &#233;t&#233; largement d&#233;velopp&#233;s et elles avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; l'objet d'un d&#233;but de mise en application. Le but &#233;tait de diminuer consid&#233;rablement ces budgets sociaux. En particulier, les ch&#244;meurs et les travailleurs en invalidit&#233; &#233;taient devenus la cible d'un syst&#232;me de plus en plus r&#233;pressif de contr&#244;les destin&#233;s &#224; les priver de toute indemnit&#233;. Mais les Travaillistes ne cachaient pas qu'il ne s'agissait encore que d'un avant-go&#251;t d'une r&#233;forme de la protection sociale qu'ils entendaient &#234;tre assez radicale pour&lt;i&gt; &#171; mettre un terme &#224; la culture de l'assistanat &#187;,&lt;/i&gt; pour reprendre les termes d'un ministre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par certains c&#244;t&#233;s, l'aggravation de la situation sociale cr&#233;&#233;e par la crise freina les ardeurs du gouvernement travailliste qui, dans un premier temps, choisit de se montrer discret et circonspect dans la mise en &#339;uvre de ses plans plut&#244;t que de risquer des explosions de col&#232;re. Ainsi, le budget travailliste d'avril 2008 promettait encore une augmentation des d&#233;penses dans le secteur public, tout en insistant sur le fait que cette augmentation devait &#234;tre compens&#233;e par des &#171; r&#233;formes &#187;, autrement dit une nouvelle diminution des co&#251;ts salariaux par une augmentation de la pr&#233;carit&#233; et de la charge de travail de chacun. Ce qui se traduisit par de nouvelles charrettes de suppressions d'emplois dans la plupart des administrations, sous le pr&#233;texte apparemment b&#233;nin pour le public, de r&#233;duire la &#171; paperasse &#187;. Avec les pauvres, les Travaillistes prirent moins de gants : sous le pr&#233;texte cynique &#171; d'aider les ch&#244;meurs &#187;, ceux-ci virent leurs allocations logement r&#233;duites, tandis que les travailleurs en invalidit&#233; se virent astreints &#224; des stages de &#171; retour en activit&#233; &#187; obligatoires, sous peine de perdre leurs allocations. En m&#234;me temps, le gouvernement annon&#231;ait la &#171; modernisation &#187; des services postaux aux fins de privatisation, impliquant des suppressions d'emplois en masse, en plein dans une p&#233;riode de mont&#233;e du ch&#244;mage ! Il est vrai qu'il dut finalement y renoncer l'ann&#233;e suivante, faute de trouver preneur, mais non sans avoir pr&#233;sid&#233; &#224; plus de 30 000 suppressions d'emplois. Ces mesures d'aust&#233;rit&#233; n'emp&#234;ch&#232;rent n&#233;anmoins pas les Travaillistes de r&#233;duire dans le m&#234;me budget le taux d'imposition des profits des entreprises pour la troisi&#232;me fois !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec le budget 2009, les Travaillistes entr&#232;rent ouvertement dans l'aust&#233;rit&#233;. Il incluait une r&#233;duction de 2 % des d&#233;penses publiques en valeur r&#233;elle, des &#171; &#233;conomies &#187; de onze milliards d'euros dans les d&#233;penses de fonctionnement du secteur public et de cinq milliards d'euros obtenues en maintenant les hausses de salaires et de retraites du secteur public en dessous de la hausse du co&#251;t de la vie, &#224; quoi s'ajoutaient une s&#233;rie de hausses de taxes &#224; la consommation et une augmentation de 1 % des cotisations sociales. Mais au-del&#224; de ces chiffres, la r&#233;duction annonc&#233;e de quarante milliards d'euros dans le d&#233;ficit public en disait long sur ce que ce budget ne disait pas ; et ce fut effectivement durant la p&#233;riode 2009-2010 que l'on vit le plus de suppressions d'emplois permanents dans le secteur public. En revanche, les entreprises se virent octroyer des avantages fiscaux, dont la possibilit&#233; de se faire rembourser leurs pertes par l'&#201;tat &#224; concurrence des imp&#244;ts vers&#233;s au cours des trois ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes ou encore le doublement de la fraction non imposable de leurs profits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors du lancement de la campagne &#233;lectorale, en septembre 2009, les Travaillistes, faisant chorus avec les Conservateurs et les Lib&#233;raux-D&#233;mocrates, chang&#232;rent de ton, pour se faire ouvertement les champions d'une aust&#233;rit&#233; &#171; dure &#187; pour combler le trou noir du d&#233;ficit. Et plus que jamais, les cinq millions de salari&#233;s du public furent pris pour cible. En d&#233;cembre, Brown monta au cr&#233;neau en personne pour d&#233;signer ces salari&#233;s du doigt, parlant de leurs salaires &#171; excessifs &#187; et annon&#231;ant la publication d'une liste de salaires d&#233;passant les 120 000 euros par an. L'accusation &#233;tait d&#233;risoire vu les bas salaires du public, mais l'important &#233;tait l'effet d'annonce destin&#233; &#224; pr&#233;parer le terrain &#224; un plafonnement &#224; 1 % des augmentations de salaires du public pour deux ans, alors que la hausse officielle des prix atteignait 5,2 % !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peu apr&#232;s, les ministres de Brown reprirent &#224; leur compte les attaques du patronat contre le poids &#171; insupportable &#187; des retraites du secteur public. Qu'importe si, selon les syndicats, la retraite moyenne d'un employ&#233; municipal ne s'&#233;l&#232;ve &#224; gu&#232;re plus de 400 euros par mois : les politiciens et les patrons n'&#233;taient pas &#224; un mensonge pr&#232;s. L&#224; encore, il s'agissait de faire porter le chapeau &#224; ces travailleurs pour pr&#233;parer une r&#233;duction de la contribution de l'&#201;tat &#224; leur retraite et, donc une autre diminution de leurs salaires r&#233;els.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le budget d'avril 2010, publi&#233; par les Travaillistes un mois avant leur d&#233;faite, fut une synth&#232;se de cette campagne. Il pr&#233;voyait, en particulier, de r&#233;duire le d&#233;ficit public de 69 milliards d'euros, entre autres par une r&#233;duction des d&#233;penses publiques de 46 milliards. Il confirmait les mesures contre les salaires du public d&#233;j&#224; annonc&#233;es et y ajoutait la d&#233;localisation de dizaines de milliers de fonctionnaires londoniens pour &#233;conomiser la prime de vie ch&#232;re vers&#233;e aux salari&#233;s de la capitale (mais bien s&#251;r, &#224; charge pour eux de payer les frais de leur relocalisation).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8'&gt;&lt;/a&gt;Dans la continuit&#233; des travaillistes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, ce sont les dispositions budg&#233;taires annonc&#233;es en mars dernier par les Travaillistes qui servent de socle &#224; la politique d'aust&#233;rit&#233; de la coalition au pouvoir. Et m&#234;me si celle-ci a fait feu de tout bois pour accr&#233;diter l'id&#233;e que la responsabilit&#233; du d&#233;labrement des finances publiques incombait aux Travaillistes, elle a fait tr&#232;s vite la d&#233;monstration de sa volont&#233; de poursuivre la voie trac&#233;e par ses pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme il est de tradition, le nouveau pouvoir s'est entour&#233; d'une multitude de &#171; conseillers &#187; ayant la r&#233;putation d'&#234;tre des sp&#233;cialistes dans leurs domaines respectifs. Mais alors qu'en leur temps, les Travaillistes avaient recrut&#233; leurs &#171; conseillers &#187; dans les milieux d'affaires, pour assurer la bourgeoisie de leur d&#233;termination de d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts, c'est dans les rangs des pr&#233;c&#233;dentes administrations travaillistes que le nouveau pouvoir a recrut&#233; ses &#171; conseillers &#187;. Et ce choix en dit plus long que tous les programmes d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, pour commencer, David Cameron a constitu&#233; un groupe de travail charg&#233; de &#171; d&#233;graisser &#187; le secteur public, sous la direction du m&#234;me Sir Peter Gershon qui fut, sous les Travaillistes, l'artisan des suppressions d'emplois dans ce secteur. En m&#234;me temps, Lord Hooper, auteur d'un rapport commissionn&#233; par Brown, qui servit de base &#224; la r&#233;duction de pr&#232;s d'un tiers des effectifs des services postaux en pr&#233;paration de leur privatisation, est charg&#233; de ressusciter ce projet que les Travaillistes avaient provisoirement abandonn&#233;. Enfin, pour pr&#233;sider &#224; la &#171; r&#233;forme radicale &#187; qu'il entend faire subir au syst&#232;me de protection sociale, Cameron a choisi trois poids lourds du Parti travailliste : Will Hutton, &#171; th&#233;oricien &#187; de ce que l'on appela le blairisme et artisan du salaire minimum de mis&#232;re introduit par les Travaillistes ; Frank Field, d&#233;put&#233; travailliste et ancien ministre des Affaires sociales de Blair, qui pr&#233;sida aux premi&#232;res mesures punitives contre les ch&#244;meurs ; et John Hutton, ancien d&#233;put&#233; travailliste et ministre du Travail et des Retraites sous Blair, qui pr&#233;sida &#224; l'&#233;laboration de la r&#233;forme d&#233;vastatrice des retraites qui reste toujours pr&#233;vue pour 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cibles du nouveau pouvoir se trouvent ainsi clairement identifi&#233;es. Il s'agit des travailleurs du secteur public, des pauvres et des ch&#244;meurs qui b&#233;n&#233;ficient du syst&#232;me de protection sociale et l'ensemble des travailleurs, vis&#233;s au travers de leurs retraites. Et c'est avec les &#233;conomies faites &#224; leurs d&#233;pens que le r&#233;gime compte remplir les poches du patronat et, esp&#232;re-t-il, contenir la menace toujours possible d'une attaque sp&#233;culative contre la livre et la dette de l'&#201;tat britannique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mesures annonc&#233;es dans le &#171; budget d'urgence &#187; de Cameron vont toutes dans ce sens. L'augmentation de 2,5 % du taux standard de la TVA, qui passe &#224; 20 %, touchera de fa&#231;on disproportionn&#233;e la population laborieuse. Car m&#234;me si, contrairement &#224; la France, les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; tels que l'alimentation et les v&#234;tements ne sont pas frapp&#233;s de TVA, en revanche une partie des factures domestiques et des &#233;quipements domestiques de base l'est, et au taux le plus &#233;lev&#233; ; or celles-ci constituent la plus grosse part des d&#233;penses des foyers modestes. De m&#234;me le changement d'indexation des allocations sociales et des retraites, qui entra&#238;nera une diminution encore plus rapide de leur valeur r&#233;elle, frappera principalement les plus pauvres. Tout comme la hausse de 1 % des cotisations sociales sur les salaires, d&#233;j&#224; pr&#233;vue par les Travaillistes et confirm&#233;e le 22 juin, affectera la grande majorit&#233; des salari&#233;s, et surtout les plus bas salaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C&#244;t&#233; patronal, en revanche, on a toutes raisons de se frotter les mains. Non seulement, Cameron a r&#233;ussi &#224; annuler, en usant d'une astuce comptable, la hausse de 1 % de la contribution sociale des employeurs &#233;galement pr&#233;vue par les Travaillistes, mais il a surtout introduit un plan de r&#233;duction de l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices des entreprises qui devrait tomber progressivement de 28 &#224; 24 %. Le gouvernement a le culot de dire que ce cadeau au patronat sera compens&#233; par la nouvelle taxe qu'il cr&#233;e en m&#234;me temps sur les actifs des banques. Mais de l'aveu m&#234;me de Cameron, cette taxe rapportera tout au plus 2,4 milliards d'euros par an. Alors que la baisse de l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices, elle, devrait rapporter au moins 7,2 milliards d'euros aux patrons ! Et puis, &#224; tout cela vient s'ajouter une longue liste de nouveaux avantages fiscaux consentis aux riches sous pr&#233;texte d'encourager les &#171; entrepreneurs &#187;. Or bon nombre de ces avantages ne sont que des failles ajout&#233;es &#224; un syst&#232;me fiscal d&#233;j&#224; particuli&#232;rement favorable aux riches pour aider leurs comptables &#224; trouver de nouvelles fa&#231;ons de r&#233;duire les imp&#244;ts qu'ils paient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais surtout, il y a ce que ce budget ne dit pas : l'avenir de tous les projets de &#171; r&#233;formes &#187; antiouvri&#232;res que la nouvelle administration a repris &#224; son compte. Le peu qu'il en dit est n&#233;anmoins mena&#231;ant. Par exemple, l'objectif de Cameron est de r&#233;aliser 24 milliards d'euros d'&#233;conomies suppl&#233;mentaires en plus des 46 milliards de r&#233;duction des d&#233;penses publiques d&#233;j&#224; pr&#233;vus par les Travaillistes. Quelles cons&#233;quences pratiques auront ces r&#233;ductions budg&#233;taires, nul ne le sait. En th&#233;orie, Cameron s'est engag&#233; &#224; ne toucher ni &#224; la sant&#233; ni &#224; l'&#233;ducation. Mais qui peut savoir. D'autant que d&#233;j&#224;, les projets du gouvernement en mati&#232;re de lib&#233;ralisation des &#233;coles, qui verraient la cr&#233;ation d'&#233;coles subventionn&#233;es ind&#233;pendantes mais libres de payer leur personnel comme elles l'entendent, laissent entrevoir une tentative de faire des &#233;conomies sur les salaires. Et puis, en mati&#232;re de &#171; promesse &#187;, on a d&#233;j&#224; vu ce qu'il en &#233;tait pour les d&#233;penses d'&#233;quipement de l'&#201;tat : sur le papier, Cameron a dit (et r&#233;p&#233;t&#233; le 22 juin) qu'il ne les r&#233;duirait pas, mais il a repris &#224; son compte les projets des Travaillistes en la mati&#232;re, qui pr&#233;voyaient une baisse en valeur r&#233;elle chaque ann&#233;e jusqu'en 2015 !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De tout cela, il reste une petite phrase : &#171; &lt;i&gt; Il faudra que les minist&#232;res qui ne sont pas prot&#233;g&#233;s r&#233;duisent leurs d&#233;penses de 25 % dans les quatre ans &#224; venir &#187;,&lt;/i&gt; en d'autres termes, toutes les d&#233;penses de l'&#201;tat devront &#234;tre r&#233;duites de 25 %, hormis peut-&#234;tre celles de la sant&#233;, d'une partie de l'&#233;ducation et de l'arm&#233;e (il n'est quand m&#234;me pas question pour celle-ci de quitter l'Afghanistan !).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;j&#224;, on avait estim&#233; que le budget des Travaillistes de mars 2010 risquait de se traduire par un demi-million de suppressions d'emplois dans le secteur public. Combien d'emplois co&#251;tera la d&#233;termination de la coalition au pouvoir &#224; faire payer la crise &#224; la population laborieuse ? Un million ? Plus ? Pour la classe ouvri&#232;re cela repr&#233;senterait une catastrophe sociale qu'elle ne peut tout simplement pas tol&#233;rer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;22 juin 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>Etats-Unis - La mont&#233;e de la droite, un produit de la crise et de la politique des D&#233;mocrates</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/etats-unis-la-montee-de-la-droite</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/etats-unis-la-montee-de-la-droite</guid>
		<dc:date>2010-07-01T13:05:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				Nous publions ci-dessous la traduction d'un article paru dans la revue Class Struggle n&#176; 66 de mai-juin 2010 &#233;dit&#233;e par l'organisation trotskyste am&#233;ricaine The Spark. Cet article analyse l'&#233;volution de la situation politique aux &#201;tats-Unis plus d'un an apr&#232;s l'&#233;lection d'Obama. L'enthousiasme qui a accompagn&#233; son arriv&#233;e &#224; la Maison Blanche a laiss&#233; la place aux vocif&#233;rations haineuses de la droite et de l'extr&#234;me droite qui surfent d&#233;magogiquement sur le m&#233;contentement suscit&#233; par la politique du pr&#233;sident (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH140/arton11713-26eaa.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='140' class='spip_logos' style='height:140px;width:100px;' /&gt;
			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous la traduction d'un article paru dans la revue Class Struggle n&#176; 66 de mai-juin 2010 &#233;dit&#233;e par l'organisation trotskyste am&#233;ricaine The Spark. Cet article analyse l'&#233;volution de la situation politique aux &#201;tats-Unis plus d'un an apr&#232;s l'&#233;lection d'Obama. L'enthousiasme qui a accompagn&#233; son arriv&#233;e &#224; la Maison Blanche a laiss&#233; la place aux vocif&#233;rations haineuses de la droite et de l'extr&#234;me droite qui surfent d&#233;magogiquement sur le m&#233;contentement suscit&#233; par la politique du pr&#233;sident et du parti D&#233;mocrate.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, une extr&#234;me droite revigor&#233;e a fait irruption sur le devant de la sc&#232;ne politique avec un langage de plus en plus virulent. Sous le nom de mouvement Tea Party [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='R&#233;f&#233;rence &#224; la Guerre d'Ind&#233;pendance contre l'Angleterre' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;], elle avait d&#233;j&#224;, &#224; l'automne dernier, organis&#233; des manifestations contre les imp&#244;ts, contre le d&#233;ficit budg&#233;taire croissant, avec quelques piques contre les grandes banques, et enfin contre la &#171; campagne pour la r&#233;forme des soins de sant&#233; &#187; des D&#233;mocrates. Dans les zones rurales, diff&#233;rentes versions de ce qu'on appelle le mouvement des &#171; milices &#187; ont fait campagne pour un programme paramilitaire &#171; de survie &#187;, combin&#233; &#224; une propagande et des actions anti-immigr&#233;s. Une organisation de sh&#233;rifs, appel&#233;e Oathkeepers, les Asserment&#233;s, a demand&#233; aux responsables locaux de ne pas appliquer les mesures du gouvernement f&#233;d&#233;ral jug&#233;es &#171; inconstitutionnelles &#187; et d'organiser des milices locales pour les soutenir. Et de pr&#233;tendus &#171; citoyens souverains &#187;, c'est-&#224;-dire des Blancs racistes qui se d&#233;clarent sup&#233;rieurs aux Noirs et aux immigrants, ont proclam&#233; aussi qu'ils n'&#233;taient pas assujettis aux imp&#244;ts f&#233;d&#233;raux. Enfin, Sarah Palin [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Gouverneur de l'Alaska et ex-candidate &#224; la vice-pr&#233;sidence dont le langage (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] est de retour dans les m&#233;dias, et en est m&#234;me partie prenante avec la s&#233;quence qu'elle anime sur Fox News [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision nationale des plus r&#233;actionnaires' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation contraste fortement avec celle de janvier 2009, lorsque les D&#233;mocrates se f&#233;licitaient de l'arriv&#233;e d'Obama &#224; la Maison Blanche. Son slogan de campagne &#171; changer &#187; r&#233;sonnait encore et les D&#233;mocrates avaient un solide contr&#244;le du Congr&#232;s avec leur majorit&#233; qualifi&#233;e de 60 voix, n&#233;cessaire pour contrer les man&#339;uvres d'obstruction au S&#233;nat. On croyait l'extr&#234;me droite abattue, intimid&#233;e par l'avance des D&#233;mocrates.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'&#233;lection d'un R&#233;publicain pour remplacer le D&#233;mocrate Ted Kennedy d&#233;c&#233;d&#233; a montr&#233; &#224; quel point, apr&#232;s une ann&#233;e de mandat Obama, les espoirs suscit&#233;s par la vague d&#233;mocrate s'&#233;taient envol&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, le 19 janvier dernier, un an apr&#232;s l'investiture de Barack Obama et la prise de contr&#244;le des deux chambres du Congr&#232;s par les D&#233;mocrates, Scott Brown, un R&#233;publicain inconnu, a remport&#233; dans le Massachusetts l'&#233;lection partielle au si&#232;ge du d&#233;funt Ted Kennedy. Bien s&#251;r, ce n'&#233;tait qu'une &#233;lection locale. Mais la d&#233;faite des D&#233;mocrates avait lieu dans un &#201;tat o&#249; Obama avait gagn&#233; en 2008 avec une &#233;crasante majorit&#233; de 62 % des voix contre 36 %. La perte la plus brutale s'est produite dans des zones qui avaient vot&#233; massivement d&#233;mocrate en 2008. Le soutien au R&#233;publicain a &#233;t&#233; plus marqu&#233; dans les villes o&#249; le taux de ch&#244;mage &#233;tait le plus &#233;lev&#233;. Et pire, du point de vue des D&#233;mocrates, un sondage r&#233;alis&#233; pour l'AFL-CIO (la centrale syndicale)a montr&#233; que 49 % des syndiqu&#233;s ont vot&#233; pour le R&#233;publicain, tandis que seulement 46 % ont vot&#233; pour le D&#233;mocrate. Apr&#232;s le vote du Massachusetts, Karen Ackerman, une dirigeante de l'AFL-CIO, a qualifi&#233; le vote du Massachusetts de&lt;i&gt; &#171; r&#233;volte de la classe ouvri&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, et a ajout&#233; :&lt;i&gt; &#171; De toute &#233;vidence, nous le prenons tr&#232;s au s&#233;rieux parce que, franchement, nous savons que les &#233;lections de l'ann&#233;e 2010 vont &#234;tre tr&#232;s serr&#233;es. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation &#233;conomique dans laquelle la classe ouvri&#232;re et d'autres couches de la population laborieuse sont emp&#234;tr&#233;es n'a jamais &#233;t&#233; pire depuis la Grande D&#233;pression, et est certainement pire qu'il y a un an, quand Obama est entr&#233; en fonction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, comme les partisans d'Obama le font remarquer, ce n'est pas lui qui a caus&#233; la crise. Ni, d'ailleurs, George Bush.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'activit&#233; principale de l'administration Obama, tout comme celle de l'administration Bush auparavant, a vis&#233; &#224; d&#233;velopper et &#224; renforcer les b&#233;n&#233;fices des capitalistes, au d&#233;triment de larges couches de la population, et en particulier de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur toutes les questions fondamentales, le gouvernement des &#201;tats-Unis a continu&#233; en 2009 &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie imp&#233;rialiste, en passant presque sans heurt de l'administration r&#233;publicaine &#224; l'administration d&#233;mocrate.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les D&#233;mocrates, apr&#232;s avoir remport&#233; une &#233;lection en promettant le changement, se sont servis de leur succ&#232;s pour mener une politique qui se retourne contre eux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Mener les guerres de Bush&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Obama a continu&#233; de suivre le calendrier fix&#233; par Bush pour le retrait des troupes d'Irak, en d&#233;pit de sa promesse &#233;lectorale de rapatrier une brigade par mois. En fait, le premier grand retrait des troupes, leur &#233;vacuation des villes et leur repli dans les bases am&#233;ricaines, n'est pas encore achev&#233;. Obama n'a pas non plus modifi&#233; le plan de l'administration Bush quant au maintien d'une importante force d'occupation am&#233;ricaine en Irak apr&#232;s le retrait de la totalit&#233; des troupes de combat, officiellement en ao&#251;t 2010. Elle se situerait entre 45 000 et 55 000 soldats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, plus les dates du retrait officiel se rapprochent, plus Obama a recours &#224; des troupes embauch&#233;es par des entreprises priv&#233;es, c'est-&#224;-dire des mercenaires pay&#233;s indirectement par le Pentagone. Il y a plusieurs mois, le&lt;i&gt; New York Times&lt;/i&gt; a rapport&#233; que le nombre de mercenaires d&#233;passait d&#233;j&#224; le nombre de soldats am&#233;ricains &#171; officiels &#187;en Irak.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Afghanistan, Obama a doubl&#233; le nombre de troupes am&#233;ricaines en un an. Bien que les grands m&#233;dias soient rest&#233;s flous sur la question, Obama avait d&#233;j&#224; clairement indiqu&#233; pendant la campagne &#233;lectorale qu'il avait l'intention d'intensifier la guerre en Afghanistan. (En fait, Bush avait d&#233;j&#224; commenc&#233; cette intensification avant son d&#233;part, mais discr&#232;tement). Alors qu'Obama pr&#233;tend, de fa&#231;on ambigu&#235;, que les troupes am&#233;ricaines ne seront pr&#233;sentes qu'&#224; court terme, son g&#233;n&#233;ral en chef en Afghanistan, Stanley McChrystal, a pr&#233;venu le Congr&#232;s qu'il n'y aura pas de r&#233;duction d'effectifs en Afghanistan pendant au moins les quatre ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non seulement la guerre s'&#233;tend en Afghanistan, mais aussi de l'Afghanistan vers le Pakistan, et m&#234;me de fa&#231;on sporadique vers le Y&#233;men. L&#224;, les Forces sp&#233;ciales am&#233;ricaines, agissant en coulisses, ont plusieurs fois &#233;t&#233; appuy&#233;es par des attaques de missiles de croisi&#232;re sur les zones hostiles au r&#233;gime pro-am&#233;ricain du Y&#233;men. Rien de tout cela n'a commenc&#233; avec Obama, mais il a fait siennes les guerres de Bush.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Poursuivre la chasse aux sorci&#232;res &#171; terroristes &#187; de Bush&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'administration Obama suit aussi directement les traces de son pr&#233;d&#233;cesseur en agitant r&#233;guli&#232;rement la menace du terrorisme international pour rallier des soutiens aux interventions militaires des &#201;tats-Unis. Elle est en train de mener une v&#233;ritable chasse aux sorci&#232;res aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Obama peut bien avoir annonc&#233; la fermeture de Guantanamo, c'&#233;tait devenu un v&#233;ritable scandale international. Mais les &#201;tats-Unis maintiennent encore des centaines de musulmans prisonniers, incarc&#233;r&#233;s pour des ann&#233;es sans aucune charge &#224; leur encontre, et ont clairement l'intention de continuer &#224; les d&#233;tenir m&#234;me quand Guantanamo sera effectivement ferm&#233;, s'il l'est.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'administration Obama a peut-&#234;tre satisfait les lib&#233;raux en publiant les notes des juristes de l'&#232;re Bush justifiant l'usage de la torture par les forces am&#233;ricaines, avec les d&#233;tails explicites sur les diff&#233;rentes m&#233;thodes utilis&#233;es. Mais le refus ult&#233;rieur de l'administration de sanctionner les juristes auteurs de ces notes sur la torture est parfaitement embl&#233;matique de la continuit&#233; de la politique des &#201;tats-Unis, quel que soit celui qui occupe la Maison-Blanche, D&#233;mocrate ou R&#233;publicain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, un nombre incalculable de musulmans de ce pays, jeunes et moins jeunes, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et leurs familles menac&#233;es. Souvent on les a laiss&#233;s pourrir en prison, puis contraints d'accepter le plaider coupable pour des d&#233;lits mineurs ou des infractions aux r&#232;gles d'immigration, sous la menace d'un proc&#232;s entra&#238;nant la peine de mort, ou celle d'&#234;tre renvoy&#233;s dans un pays o&#249; ils pouvaient s'attendre &#224; un traitement encore pire. Obama n'a pas mis fin &#224; cette chasse aux sorci&#232;res, ni arr&#234;t&#233; les repr&#233;sailles contre des milliers de jeunes hommes dont le &#171; crime &#187; &#233;tait d'&#234;tre trop imprudents en exprimant leur opposition aux guerres des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re tout cela, il y a les pouvoirs extraordinaires que Bush a impos&#233;s apr&#232;s le 11 septembre 2001 (le Patriot Act), pouvoirs qu'Obama a fait reconduire, quand ils sont venus &#224; &#233;ch&#233;ance en 2009.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Surench&#233;rir sur les cadeaux de Bush aux grandes banques&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le renflouement des banques, commenc&#233; par Bush, a continu&#233; sous Obama, encore plus massivement. Au cours des quatre derniers mois du mandat de Bush, son administration a donn&#233; 350 milliards de dollars aux grandes banques gr&#226;ce au TARP (Troubled Asset Relief Program, ou plan Paulson). Dans les trois mois suivant l'investiture d'Obama, le reste des fonds a &#233;t&#233; distribu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce plan, pour lequel &#224; la fois Bush et Obama ont fait campagne pour obtenir le vote du Congr&#232;s, n'a &#233;t&#233; qu'un premier acompte du gouvernement aux banques. Depuis septembre 2008, date de l'&#233;clatement de la crise bancaire sur la place publique, plus de trente programmes diff&#233;rents ont &#233;t&#233; mis en place par le minist&#232;re des Finances ou la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale, la Fed, la banque centrale am&#233;ricaine, la plupart d'entre eux sans l'approbation du Congr&#232;s. L'administration Bush a lanc&#233; certains de ces programmes, mais l'administration Obama les a utilis&#233;s et en a augment&#233; le nombre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon une liste publi&#233;e par&lt;i&gt; Mother Jones&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Revue progressiste faite par des journalistes d'investigation (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] en d&#233;cembre 2009, le total des engagements pris par le gouvernement par le biais de ces programmes atteignait 14 400 milliards de dollars, financ&#233;s moiti&#233; par la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale, moiti&#233; par le budget de l'&#201;tat. Certains de ces 14 400 milliards ont pris la forme de dons purs et simples, ou de pr&#234;ts, ou de &#171; fonds mis &#224; disposition &#187;, ou d'achats par la Fed ou l'&#201;tat d'actifs pourris. Une partie des 14 400 milliards ont &#233;t&#233; rembours&#233;s, avec d'autres fonds gouvernementaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est clair que les banques n'ont pas de probl&#232;me pour demander, puisque les postes de haut niveau de l'administration Obama sont remplis de gens issus directement des grandes banques et des grandes entreprises, &#224; commencer par le ministre des Finances, Timothy Geithner, et Larry Summers, le chef du Conseil &#233;conomique, suivis de dix hauts fonctionnaires au minist&#232;re des Finances, ainsi que des chefs de la Division ex&#233;cutive de la SEC [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='L'autorit&#233; cens&#233;e contr&#244;ler les march&#233;s financiers aux &#201;tats-Unis' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] et de la Commodity Futures Trading Commission. Cinq de ces fonctionnaires viennent directement de Goldman Sachs, trois de Citigroup.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si les 789 milliards de dollars du plan de relance d'Obama avaient &#233;t&#233; utilis&#233;s en totalit&#233; pour soulager la situation de la population, ce qui est bien loin d'&#234;tre le cas, puisque la plus grande part en a &#233;t&#233; consacr&#233;e directement ou indirectement &#224; gonfler les r&#233;sultats de diverses grandes entreprises, c'est d&#233;risoire par rapport &#224; ce qui a &#233;t&#233; remis avec empressement aux grandes banques, elles-m&#234;mes &#224; l'origine des probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Rajouter aux sacrifices que Bush a impos&#233;s aux travailleurs de l'automobile&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Obama a achev&#233; de renflouer General Motors et Chrysler. Cela a servi de pr&#233;texte au gouvernement pour exiger que les travailleurs de l'automobile acceptent de gros sacrifices : r&#233;duction de la couverture m&#233;dicale des retrait&#233;s, diminutions et gel des salaires du personnel et diminution de moiti&#233; des salaires et des avantages sociaux des nouveaux embauch&#233;s. Ces exigences ont &#233;t&#233; impos&#233;es chez les trois constructeurs automobiles am&#233;ricains. Le groupe de travail sur l'automobile cr&#233;&#233; par Obama a utilis&#233; la faillite comme une arme pour arracher des sacrifices suppl&#233;mentaires aux travailleurs de General Motors et de Chrysler, le gel des salaires pourtant d&#233;j&#224; r&#233;duits des nouveaux embauch&#233;s et un engagement &#224; ne pas faire gr&#232;ve pendant six ans, avec une disposition pr&#233;voyant que les salaires et les avantages sociaux seraient fix&#233;s par un m&#233;diateur qui se baserait sur ceux vers&#233;s par les concurrents les plus comp&#233;titifs, c'est-&#224;-dire Toyota, Honda et Nissan aux &#201;tats-Unis. Ainsi encourag&#233;s, Toyota et Honda ont saisi l'occasion de ce nivellement vers le bas et se sont empress&#233;s de diminuer les salaires dans certaines de leurs usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En demandant des sacrifices aux travailleurs de l'automobile, l'administration Obama a envoy&#233; un message &#224; tous les travailleurs. Ils devaient s'attendre &#224; une nouvelle s&#233;rie de sacrifices. Et les diff&#233;rents &#201;tats et municipalit&#233;s, qui avaient d&#233;j&#224; diminu&#233; les salaires en brandissant des d&#233;ficits budg&#233;taires croissants, ont &#233;t&#233; parmi les premiers employeurs &#224; lancer une nouvelle offensive contre les travailleurs. De New York &#224; la Californie, de Porto Rico au Michigan, les dirigeants ont utilis&#233; divers pr&#233;textes, soit pour baisser d'office les salaires et avantages sociaux des employ&#233;s, soit pour n&#233;gocier ces baisses, bien souvent en mena&#231;ant de supprimer des emplois, emplois qu'ils supprimaient de toute fa&#231;on par la suite.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;Reprendre les projets de Bush contre les immigr&#233;s&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Obama a poursuivi les attaques contre les immigr&#233;s men&#233;es durant les ann&#233;es Bush. Tout comme Bush, Obama promet de r&#233;gulariser la situation des immigrants sans papiers &#8211; &#171; l'ann&#233;e prochaine &#187; peut-&#234;tre &#8211; tout en expulsant d&#232;s maintenant des dizaines de milliers de ces immigr&#233;s, sous divers pr&#233;textes. Pendant la premi&#232;re ann&#233;e de son mandat, 387 000 immigr&#233;s en situation irr&#233;guli&#232;re ont &#233;t&#233; expuls&#233;s, un record. En outre, plus de 300 000 &#233;trangers pr&#233;tendument criminels ont &#233;t&#233; expuls&#233;s, une augmentation de 6 % par rapport &#224; la derni&#232;re ann&#233;e Bush. Dans les premi&#232;res semaines de 2010, les expulsions d'&#233;trangers dits &#171; criminels &#187; ont augment&#233; de 40 % par rapport &#224; 2009. Ceux qu'on appelle des &#171; &#233;trangers criminels &#187; ne sont pas seulement ceux qui ont effectivement commis un crime, et qui repr&#233;sentent une tr&#232;s faible proportion des personnes expuls&#233;es, mais aussi tous ceux qui ont viol&#233; les lois sur l'immigration ou qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour l'un des tr&#232;s nombreux d&#233;lits class&#233;s comme &#171; crimes &#187; dans le cadre du syst&#232;me d'immigration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Obama avait d&#233;nonc&#233; comme &#171; inhumaines &#187; les rafles effectu&#233;es sur les lieux de travail sous Bush. Mais ce n'&#233;tait que pour que son ICE [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Immigration and Customs Enforcement, la police des douanes et de (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;] donne aux employeurs une liste des travailleurs dont les papiers ne sont pas en r&#232;gle, avec l'ordre de les renvoyer. De toute &#233;vidence, l'ICE a ainsi &#233;t&#233; en mesure d'arr&#234;ter des travailleurs de fa&#231;on syst&#233;matique et sans attirer l'attention... mais pas de fa&#231;on plus humaine !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En avril, Obama s'est expliqu&#233; sur les raisons pour lesquelles son gouvernement poursuit la politique r&#233;pressive de son pr&#233;d&#233;cesseur :&lt;i&gt; &#171; Quand le peuple am&#233;ricain ne croit pas que vous pouvez s&#233;curiser les fronti&#232;res, il est difficile de trouver un accord pour faire sortir de l'ombre les gens qui sont d&#233;j&#224; ici et les mener vers la voie de la citoyennet&#233;. &#187;&lt;/i&gt; En d'autres termes, il faut bl&#226;mer &#171; le peuple am&#233;ricain &#187; pour l'ensemble des attitudes r&#233;actionnaires d&#233;velopp&#233;es par des politiciens tant r&#233;publicains que d&#233;mocrates.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Attaquer aussi les enseignants et les &#233;coles publiques&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Obama a intensifi&#233; les efforts de Bush pour transformer des &#233;coles publiques en &#233;tablissements priv&#233;s dont certains sont g&#233;r&#233;s par des soci&#233;t&#233;s d'&#233;ducation &#224; but lucratif, certains par des institutions religieuses, d'autres par de grandes entreprises industrielles int&#233;ress&#233;es par des formations limit&#233;es destin&#233;es &#224; leurs propres besoins, d'autres encore par des universit&#233;s qui veulent en faire des laboratoires pour leurs recherches sur l'&#233;ducation ou la formation des nouveaux enseignants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;tendue r&#233;forme de Bush appel&#233;e &#171; No Child Left Behind &#187; (&#171; Aucun enfant laiss&#233; au bord du chemin &#187;) a donn&#233; aux districts scolaires locaux un pr&#233;texte pour se d&#233;barrasser des enseignants ayant le plus d'anciennet&#233;, c'est-&#224;-dire les mieux pay&#233;s, en les rempla&#231;ant par des personnels jetables, &#224; bas co&#251;t. Mais le programme d'Obama &#171; Race to the Top &#187; (&#171; La course au sommet &#187;) a aggrav&#233; ces attaques : au milieu d'une crise &#233;conomique ass&#233;chant les ressources des &#233;coles, le minist&#232;re de l'&#201;ducation d'Obama a ouvertement d&#233;clar&#233; qu'il refuserait les fonds f&#233;d&#233;raux pour cette &#171; course au sommet &#187; aux syst&#232;mes scolaires locaux qui ne supprimeraient pas les avantages des enseignants li&#233;s &#224; l'anciennet&#233; et qui ne lieraient pas les salaires de ces derniers aux r&#233;sultats des tests obtenus par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est &#233;vident que les enfants ne peuvent que souffrir de telles mesures. N&#233;anmoins, tout cela est dissimul&#233; sous l'emballage cynique de leur int&#233;r&#234;t, tout comme l'avaient &#233;t&#233; les pr&#233;tendues r&#233;formes de l'&#233;ducation de Bush. Le v&#233;ritable but de toutes ces mesures est de r&#233;duire les fonds publics d&#233;pens&#233;s pour les &#233;coles publiques, lib&#233;rant ainsi une plus grande part des budgets des &#201;tats et des villes pour les grandes entreprises qui leur sucent d&#233;j&#224; le sang dans tout le pays.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;Accro&#238;tre les b&#233;n&#233;fices des g&#233;ants des assurances, des laboratoires pharmaceutiques et des h&#244;pitaux priv&#233;s&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La r&#233;forme d&#233;mocrate du syst&#232;me de sant&#233;, feignant d'&#233;tendre l'assurance sant&#233; &#224; ceux qui en sont priv&#233;s, s'attaque en fait directement &#224; eux dans le cadre d'une escroquerie complexe destin&#233;e &#224; rapporter encore plus aux assurances et aux entreprises du secteur m&#233;dical.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette pr&#233;tendue r&#233;forme oblige les personnes qui n'ont pas de couverture m&#233;dicale &#224; en acheter une aupr&#232;s de compagnies d'assurances priv&#233;es. Ce sera une assurance trop ch&#232;re pour la faible couverture fournie, et qui exigera des cotisations compl&#233;mentaires &#233;lev&#233;es pour de vrais soins m&#233;dicaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les aides accord&#233;es aux personnes &#224; faible revenu ne couvrent qu'une partie du co&#251;t des primes d'assurance, mais ne couvrent ni la franchise ni aucun des co&#251;ts laiss&#233;s &#224; la charge du malade. Les personnes qui ne peuvent pas se payer une assurance aujourd'hui la trouveront demain inabordable, m&#234;me avec les aides. Mais si elles n'en souscrivent pas une, elles devront payer une amende importante qui augmentera chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains b&#233;n&#233;ficieront de Medicaid, la couverture m&#233;dicale publique pour les pauvres, au moment m&#234;me o&#249; les diff&#233;rents &#201;tats et la r&#233;forme d'Obama elle-m&#234;me en diminuent les fonds. Actuellement, les remboursements d&#233;j&#224; tr&#232;s bas signifient que plus de la moiti&#233; des m&#233;decins refusent d'accepter un patient couvert par Medicaid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceux qui ont aujourd'hui une assurance y perdront d'une mani&#232;re ou d'une autre. Les r&#233;gimes d'assurance relativement d&#233;cents que certains travailleurs ont par leur employeur seront tax&#233;s. Les personnes couvertes par le programme Medicare, l'assurance publique pour les travailleurs &#226;g&#233;s, d&#233;couvriront que leur couverture m&#233;dicale a diminu&#233;. Celles qui sont couvertes par Medicaid d&#233;couvriront que leur couverture m&#233;dicale d&#233;j&#224; insuffisante s'est encore r&#233;duite. Les personnes qui se rendent dans des h&#244;pitaux publics d&#233;couvriront qu'ils sont ferm&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'un des objectifs majeurs de la pr&#233;tendue r&#233;forme est, en fait, de r&#233;duire les d&#233;penses actuelles du gouvernement en mati&#232;re de soins m&#233;dicaux. Selon le CBO, le bureau de statistiques du Congr&#232;s, le gouvernement pourrait &#233;conomiser plus de 400 milliards de dollars sur Medicare, plus de 100 milliards sur Medicaid, et environ 40 milliards sur les h&#244;pitaux publics.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre objectif majeur est de pousser davantage de clients vers les assurances priv&#233;es, l'industrie pharmaceutique, les fournisseurs priv&#233;s de soins m&#233;dicaux et hospitaliers, et cela sans aucun contr&#244;le sur leurs tarifs. Les laboratoires pharmaceutiques et les cha&#238;nes d'h&#244;pitaux priv&#233;s ont re&#231;u d'Obama l'engagement tr&#232;s pr&#233;cis qu'il n'y aurait aucune tentative de r&#233;glementer leurs prix pendant les dix prochaines ann&#233;es. Les compagnies d'assurance ont re&#231;u la promesse qu'aucune assurance m&#233;dicale publique ne serait mise en place pour leur faire concurrence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, m&#234;me pour son programme &#171; phare &#187; de politique int&#233;rieure, Obama a continu&#233; sur la voie que Bush avait trac&#233;e avec sa r&#233;forme de Medicare de 2003. Bush avait alors initi&#233; l'attaque sur le seul grand programme m&#233;dical un peu collectif existant, Medicare, le faisant passer en partie dans le secteur priv&#233;, ce qui le rendait plus co&#251;teux mais plus rentable pour le priv&#233;. Obama continue de saper les programmes m&#233;dicaux publics, Medicare, Medicaid et les h&#244;pitaux publics, au b&#233;n&#233;fice du grand capital.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8'&gt;&lt;/a&gt;Une situation catastrophique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pendant leur premi&#232;re ann&#233;e de gouvernement, les D&#233;mocrates ont impos&#233; des politiques qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, se sont attaqu&#233;es &#224; la classe ouvri&#232;re au profit des plus grands int&#233;r&#234;ts financiers du pays. Et cela dans une situation qui se d&#233;gradait de mois en mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation est vraiment devenue catastrophique. Au d&#233;but de 2010, au moment de l'&#233;lection du Massachusetts, pr&#232;s de quinze millions de personnes &#233;taient officiellement au ch&#244;mage, auxquelles il faut ajouter pr&#232;s de neuf millions de salari&#233;s &#224; temps partiel mais qui voudraient travailler &#224; temps plein. Une vaste &#233;tude r&#233;alis&#233;e par la Northeastern University de Chicago constate que 30,2 millions de personnes &#233;taient au ch&#244;mage ou sous-employ&#233;es &#224; la fin de 2009. Depuis le crash de la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, les suppressions d'emplois n'ont jamais &#233;t&#233; aussi nombreuses et cela va durer. Pr&#232;s de neuf millions de personnes ont &#233;t&#233; au ch&#244;mage pendant au moins la moiti&#233; de l'ann&#233;e, et beaucoup encore plus longtemps. Et un r&#233;cent sondage Pew a r&#233;v&#233;l&#233; que 54 % des m&#233;nages avaient compt&#233; au moins une personne sans emploi dans le courant de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pertes d'emploi sont concentr&#233;es de fa&#231;on tr&#232;s disproportionn&#233;e chez les travailleurs aux revenus les plus faibles. Les m&#233;nages dont le revenu est inf&#233;rieur &#224; 12 500 dollars (10 000 euros) par an ont un taux de ch&#244;mage de 30 %. Et le ch&#244;mage est concentr&#233; de fa&#231;on disproportionn&#233;e chez les travailleurs manuels. L'&#233;tude de la Northeastern University constate que, fin 2009, pour chaque offre d'emploi dans le b&#226;timent, il y avait 24 travailleurs du b&#226;timent au ch&#244;mage. Pour chaque offre d'emploi dans le secteur de production des biens durables, il y avait 17 demandeurs d'emploi et dans celui des biens de consommation courante, 12. Et la course &#224; une productivit&#233; de plus en plus grande se traduit par de plus en plus de suppressions d'emplois, m&#234;me quand la production reprend un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les indicateurs refl&#232;tent les cons&#233;quences de ce ch&#244;mage persistant. En 2008, pour la premi&#232;re fois en cinq ans, et de nouveau en 2009, l'arm&#233;e a r&#233;ussi &#224; atteindre ses objectifs de recrutement. Avec un ch&#244;mage des jeunes adultes particuli&#232;rement important, cela n'est pas surprenant. Et depuis le licenciement des travailleurs immigr&#233;s des entreprises de construction, o&#249; ils &#233;taient tr&#232;s concentr&#233;s, il n'est pas non plus surprenant que les grandes entreprises agroalimentaires soient submerg&#233;es de citadins pr&#234;ts &#224; se mettre au travail des champs. En fait, pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es, les champs ont attir&#233; un nombre notable de non-immigrants. Enfin, les prisons sont pleines &#224; craquer : aujourd'hui pr&#232;s d'un pour cent de la population adulte pourrit en prison, le taux le plus &#233;lev&#233; d'incarc&#233;ration dans le monde. Si on additionne tous les prisonniers et ceux qui sont sous contr&#244;le judiciaire, 7,3 millions d'adultes sont dans l'&#233;tau du syst&#232;me judiciaire, soit 3,2 % de la population adulte, de loin le taux le plus &#233;lev&#233; du monde, six fois plus &#233;lev&#233; qu'en Grande-Bretagne ou en Chine, douze fois plus qu'au Japon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois depuis la Grande D&#233;pression, les entreprises diminuent ouvertement les salaires, en plus des habituelles r&#233;ductions de salaires r&#233;sultant de l'inflation. Beaucoup de ces diminutions de salaires ont pris la forme de jours ch&#244;m&#233;s non pay&#233;s. D'autres, plus nombreuses, ont pris la forme de salaires ou d'avantages sociaux &#224; deux vitesses, comme dans l'automobile, o&#249; les salaires des nouveaux embauch&#233;s sont presque divis&#233;s par deux. Des r&#233;ductions qui ne touchent pas directement les travailleurs les plus anciens, mais la moiti&#233; des 250 plus grands employeurs ont admis lors d'un r&#233;cent sondage qu'ils avaient d&#233;j&#224; r&#233;duit les salaires ou avantages sociaux des travailleurs en place ou qu'ils en avaient l'intention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour payer beaucoup moins la nouvelle g&#233;n&#233;ration de travailleurs, les entreprises, les &#201;tats, les villes et les conseils scolaires s'efforcent bien souvent de se d&#233;barrasser des travailleurs les plus &#226;g&#233;s ayant trop d'anciennet&#233;. Nous commen&#231;ons tout juste &#224; en voir le r&#233;sultat : des travailleurs de 55 ou 60 ans qui avaient pris une retraite anticip&#233;e, app&#226;t&#233;s par le paiement imm&#233;diat de la totalit&#233; de leur retraite &#224; leur d&#233;part, et qui ont d&#233;couvert apr&#232;s un an ou deux que leurs revenus &#233;taient insuffisants pour subvenir &#224; leurs besoins, tentent de revenir sur le march&#233; du travail. Les travailleurs plus &#226;g&#233;s, pouss&#233;s par les d&#233;faillances du syst&#232;me f&#233;d&#233;ral des retraites, tentent de rentrer &#224; nouveau sur le march&#233; du travail. La quantit&#233; de gens &#226;g&#233;s de 70 ans qui prennent les commandes chez McDonald's est un des rappels les plus choquants de la catastrophe humaine engendr&#233;e par cette crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise du logement continue de s'aggraver. Pr&#232;s d'un quart des propri&#233;taires am&#233;ricains ayant une hypoth&#232;que sont &#171; sous l'eau &#187;, autrement dit, ils doivent plus que la valeur de leur maison. Au Nevada, cette proportion d&#233;passe cinquante pour cent, et les &#201;tats de l'Arizona, de la Floride, de la Californie et du Michigan ne sont pas loin derri&#232;re. Selon Realty Trac, la base en ligne des saisies immobili&#232;res, 2,8 millions de foyers &#233;taient sous le coup d'une proc&#233;dure de saisie en 2009, soit plus du double qu'en 2007. Dans l'ensemble du pays, une maison ou un appartement sur neuf est vacant, apr&#232;s saisie ou en l'absence d'acheteurs, tandis que 3,5 millions de personnes ont probablement &#233;t&#233; sans abri &#224; un moment ou l'autre de l'ann&#233;e. En fait, cette estimation des sans-abri provient de sondages effectu&#233;s en 2007, avant que le pire de la crise n'arrive, et doit clairement sous-estimer le probl&#232;me actuel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans des villes industrielles comme Detroit, il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que la situation g&#233;n&#233;rale est catastrophique. Lorsque les formulaires de demandes d'aide d'urgence ont &#233;t&#233; distribu&#233;s en octobre dernier, plus de 100 000 personnes ont fait la queue pendant trois jours pour avoir une chance d'obtenir l'une des 3 400 allocations distribu&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='9'&gt;&lt;/a&gt;Une extr&#234;me droite revancharde&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans cette situation de plus en plus grave, amplifi&#233;e par les politiques des D&#233;mocrates et des R&#233;publicains, les organisations d'extr&#234;me droite ont pratiquement &#233;t&#233; les seules forces organis&#233;es de quelque importance &#224; s'exprimer. La plupart des mouvements r&#233;cemment r&#233;apparus viennent des couches sociales qui soutiennent traditionnellement les causes r&#233;actionnaires de la droite, comme par exemple les campagnes contre l'avortement, la &#171; d&#233;cadence morale &#187; ou le f&#233;d&#233;ralisme. Par ses d&#233;nonciations col&#233;reuses et sa rh&#233;torique populiste, l'extr&#234;me droite a &#233;t&#233; en mesure de toucher la col&#232;re couvant dans de grandes parties de la population, y compris de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est significatif que la droite, et pas seulement ni m&#234;me essentiellement le Parti R&#233;publicain, ait &#233;t&#233; en mesure de rassembler plusieurs manifestations importantes contre Obama, et contre sa r&#233;forme du syst&#232;me de sant&#233;, tandis qu'Obama, demandant vaguement un soutien, n'a rien r&#233;ussi de comparable. Certes, Obama aurait pu rassembler beaucoup plus de monde, ne serait-ce qu'avec les appareils du parti D&#233;mocrate et des syndicats. Mais tout appel &#224; venir soutenir la r&#233;forme du syst&#232;me de sant&#233; aurait pu ouvrir la porte &#224; des discussions sur le contenu de la r&#233;forme en question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La campagne de pr&#232;s d'un an des D&#233;mocrates pour la pr&#233;tendue r&#233;forme du syst&#232;me de sant&#233; a offert une belle ouverture &#224; l'extr&#234;me droite. Il y avait une certaine hostilit&#233; au projet de loi, et pas seulement parmi les cr&#233;tins patriotes de la droite typique, qui pr&#233;tendent que le syst&#232;me m&#233;dical am&#233;ricain est le meilleur du monde ou parmi ceux &#224; qui l'on a fait croire que les d&#233;penses consacr&#233;es aux programmes sociaux avaient cr&#233;&#233; le d&#233;ficit budg&#233;taire. De nombreux travailleurs retrait&#233;s d&#233;pendant de Medicare ont &#233;t&#233; tr&#232;s inquiets, et avec raison apparemment, craignant que le projet de loi ne contienne une r&#233;duction de leur couverture m&#233;dicale. Beaucoup de ceux qui continuent aujourd'hui d'avoir une couverture m&#233;dicale par leur employeur ont &#233;t&#233; pris de col&#232;re quand ils ont appris que cet avantage social pourrait &#234;tre soumis &#224; une taxe de 40 %. Et puis, il y avait tout simplement des soup&#231;ons de la part de ceux qui ne savaient pas ce que cachait la gigantesque pagaille provoqu&#233;e au Congr&#232;s. Tr&#232;s peu de travailleurs semblent convaincus que la r&#233;forme permettra de r&#233;soudre le probl&#232;me des soins m&#233;dicaux pour tous, m&#234;me si la plupart disent, y compris aux sondeurs, qu'ils croient que tout le monde devrait &#234;tre couvert. Mais la r&#233;ponse la plus fr&#233;quemment entendue pendant cette op&#233;ration de longue haleine a &#233;t&#233; : Pourquoi Barack Obama s'occupe-il de cela maintenant ? Pourquoi le gouvernement ne se concentre-t-il pas sur les probl&#232;mes de l'emploi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'extr&#234;me droite a pu miser sur cette inqui&#233;tude et cette suspicion, surtout parce que les syndicats, nombreux &#224; avoir critiqu&#233; le projet de loi, n'ont jamais fait aucun effort pour aller dans les r&#233;unions publiques o&#249; le projet de loi a &#233;t&#233; discut&#233; &#224; l'automne dernier, ni pour organiser leur propres r&#233;unions sur la question. Ils auraient pu expliquer les multiples d&#233;fauts du projet, dont ils &#233;taient bien conscients. Mais ils ne l'ont pas fait. Ils ne voulaient pas critiquer ouvertement Obama et les D&#233;mocrates. Ils n'ont pas non plus d&#233;fendu comme alternative la proposition pour laquelle un certain nombre d'entre eux avaient fait campagne pendant des ann&#233;es, celle d'un syst&#232;me public dans lequel le gouvernement per&#231;oit les cotisations et rembourse les prestataires m&#233;dicaux, &#233;liminant ainsi les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s d'assurance et les frais administratifs exc&#233;dentaires. D&#233;fendre leur propre programme aurait pu g&#234;ner Obama, qui d&#233;fendait une r&#233;forme dans l'int&#233;r&#234;t des grands groupes d'assurance, des laboratoires pharmaceutiques et des h&#244;pitaux priv&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que l'extr&#234;me droite a pu b&#233;n&#233;ficier de son opposition &#224; cette r&#233;forme. Et elle se sert de cette ouverture pour d&#233;tourner la col&#232;re populaire vers toute une s&#233;rie de causes r&#233;actionnaires : d&#233;non&#231;ant les immigrants, jouant sur les attitudes racistes, attaquant les m&#233;decins qui pratiquent des avortements, etc., et, bien s&#251;r, semant la confusion, par exemple, en d&#233;non&#231;ant le renflouement des banques comme du socialisme ou pr&#233;tendant que les d&#233;ficits budg&#233;taires &#233;normes sont la cons&#233;quence de programmes sociaux ruineux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les R&#233;publicains, sentant une opportunit&#233; &#233;lectorale, ont mis en place un front solide contre le projet de loi, esp&#233;rant ainsi faire revivre leur base de fondamentalistes chr&#233;tiens qui avait &#233;t&#233; terrass&#233;e par les &#233;lections de 2008. Ils ont brandi la peur des &#171; pannels de la mort &#187; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Des commissions qui choisiraient ceux qui pourraient b&#233;n&#233;ficier de certains (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;], d&#233;nonc&#233; &#171; la prise de contr&#244;le de Medicare par le gouvernement &#187; et le &#171; tout-&#201;tat &#187; en g&#233;n&#233;ral, et s'affichant comme le &#171; parti du NON &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les D&#233;mocrates, pour ne pas &#234;tre en reste, ont jou&#233; leurs propres cartes r&#233;actionnaires &#224; l'occasion de ce projet de loi, interdisant l'utilisation des fonds publics pour les avortements ou pour couvrir les soins m&#233;dicaux des sans-papiers. Obama, rien que pour conforter cette soumission &#233;c&#339;urante &#224; des pr&#233;jug&#233;s r&#233;actionnaires, a &#233;mis un d&#233;cret exigeant que les fonds publics ne soient pas utilis&#233;s pour les avortements. Et &#224; plusieurs reprises, il s'est donn&#233; beaucoup de mal pour expliquer que les immigrants ne b&#233;n&#233;ficieraient d'aucune couverture m&#233;dicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous pouvons en juger par les r&#233;cents sondages, les partisans des &#171; Tea party &#187; sont plus issus des classes moyennes que de la classe ouvri&#232;re ; ils ont un revenu l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieur &#224; la moyenne, ils sont un peu plus susceptibles d'avoir un dipl&#244;me universitaire, et moins susceptibles d'avoir &#233;t&#233; licenci&#233;s, m&#234;me s'ils ont peur de perdre leur emploi. En d'autres termes, ils appartiennent aux traditionnelles couches inf&#233;rieures de la classe moyenne qui composent g&#233;n&#233;ralement les mouvements de droite, impr&#233;gn&#233;s d'id&#233;ologie individualiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il n'y a pas que cela derri&#232;re la croissance de l'extr&#234;me droite. Le Parti d&#233;mocrate a jou&#233; un grand r&#244;le en poussant vers elle un certain nombre de travailleurs en col&#232;re. Nous sommes aujourd'hui confront&#233;s &#224; une situation presque classique : c'est que les D&#233;mocrates, c'est-&#224;-dire ce qui passe pour la gauche dans ce pays sans gauche, se chargent d'imposer les sacrifices &#224; la classe ouvri&#232;re et aux autres couches de la population, tandis que la droite met un masque populiste et s'adresse &#224; la col&#232;re grandissante de la population, mais seulement pour tourner cette col&#232;re contre la classe ouvri&#232;re et contre les victimes de la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mont&#233;e de l'extr&#234;me droite comporte un vrai danger potentiel pour la classe ouvri&#232;re. Les milices, pour la plupart de petits groupes d'hommes qui se baladent dans les bois avec leurs armes, ne sont certainement pas des troupes d'assaut. Mais cette mont&#233;e de l'extr&#234;me droite s'est accompagn&#233;e d'une augmentation de la violence contre les victimes de la soci&#233;t&#233;, et d'abord, contre les immigr&#233;s. Dans le Sud-Ouest, en particulier, les immigr&#233;s se retrouvent dans la ligne de mire, et parfois litt&#233;ralement, des forces de l'extr&#234;me droite, y compris celles organis&#233;es par les sh&#233;rifs des petites villes qui s'impatientent devant la lenteur du gouvernement f&#233;d&#233;ral pour expulser les immigr&#233;s. Mais des attaques similaires sont venues de la police, par exemple dans les banlieues autour de Chicago o&#249; vivent maintenant un grand nombre d'immigr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les femmes et le personnel m&#233;dical &#224; leur service ont &#233;galement fait les frais de la violence, attaqu&#233;s par des enrag&#233;s, des moralistes autoproclam&#233;s anti-avortement qui pr&#233;tendent &#171; mener &#224; bien l'&#339;uvre de Dieu &#187; pour emp&#234;cher la mort de, selon leurs propres termes, &#171; celui qui n'est pas n&#233; &#187;. En fait, depuis des d&#233;cennies, les femmes ont &#233;t&#233; les principales cibles de ce fondamentalisme religieux am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec l'essor de l'extr&#234;me droite, la population noire a toutes les raisons d'&#234;tre inqui&#232;te car l'histoire am&#233;ricaine est remplie de mouvements de col&#232;re des voyous de droite racistes visant les Noirs. Et cette le&#231;on de l'histoire est confirm&#233;e par le racisme ouvert des discours de nombreux porte-parole de la droite aujourd'hui. Le fait que la critique contre Obama prenne une tournure ouvertement raciste et qu'elle s'exprime dans un langage d&#233;bordant de menaces de violence contre sa personne fait que la population noire se sent menac&#233;e. Sur ce plan, la fid&#233;lit&#233; de la communaut&#233; noire &#224; l'&#233;gard d'Obama pourrait bien se renforcer, m&#234;me si un nombre important et croissant de travailleurs noirs en ont assez de sa politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les syndicats, seules organisations de la classe ouvri&#232;re, se retrouvent invectiv&#233;s par cette extr&#234;me droite pour toutes sortes de crimes : malheureusement, pas les crimes de leurs dirigeants qui imposent &#224; leurs membres les sacrifices et le soutien aux D&#233;mocrates, mais pour les rares tentatives qu'ils font pour d&#233;fendre le niveau de vie de leurs membres.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='10'&gt;&lt;/a&gt;L'absence d'organisation de la classe ouvri&#232;re pour contrer le danger de l'extr&#234;me droite&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, confront&#233;e &#224; cet essor d'un mouvement populiste d'extr&#234;me droite, est d&#233;sarm&#233;e parce qu'elle ne poss&#232;de pas d'organisation importante lui permettant vraiment d'exprimer sa col&#232;re, pas d'organisation qui l'appelle &#224; se mobiliser pour se d&#233;fendre et se battre pour ses propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est certainement pas le r&#244;le jou&#233; par les directions officielles des syndicats, qui ont travaill&#233; au cours de cette p&#233;riode &#224; d&#233;fendre Obama, les gouverneurs et les maires d&#233;mocrates, et &#224; aider les patrons &#224; extorquer de plus en plus de sacrifices aux travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est certainement pas non plus celui des organisations noires : l'objectif principal de la plupart d'entre elles a &#233;galement &#233;t&#233; de soutenir Obama, alors m&#234;me qu'Obama ignore ouvertement les probl&#232;mes soulev&#233;s par le racisme dans la soci&#233;t&#233;. Quand il s'attaque aux probl&#232;mes de l'appauvrissement plus important dans la population noire, il renforce les pires pr&#233;jug&#233;s racistes, exhortant les Noirs &#224; changer leur comportement et leurs habitudes, comme si leur comportement &#233;tait la cause de leur pauvret&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il ne fait aucun doute que les principales organisations d'immigr&#233;s et de femmes continuent de s'aligner derri&#232;re Obama, comme s'il n'y avait pas d'autre choix, m&#234;me au beau milieu des attaques men&#233;es par son gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me l'extr&#234;me gauche, si minuscule soit-elle, s'est en partie rang&#233;e derri&#232;re Obama ou derri&#232;re l'aile traditionnellement la plus lib&#233;rale du Parti d&#233;mocrate comme celle de John Conyers : directement, comme le PC, ou indirectement ou implicitement, comme Against the Current et Labor Notes, qui relaient l'appel d'Obama aux &#171; investissements verts &#187;, pr&#244;nant les &#171; investissements verts &#187; comme solution au ch&#244;mage dans l'industrie automobile alors qu' ils ne sont qu'un pr&#233;texte pour accorder des all&#233;gements fiscaux aux entreprises. Une partie de cette extr&#234;me gauche s'active &#224; des t&#226;ches comme la r&#233;ussite du dernier Forum social am&#233;ricain, qui noie la vraie catastrophe sociale produit du capitalisme dans un m&#233;li-m&#233;lo de questions &#224; la mode, faisant dispara&#238;tre les int&#233;r&#234;ts distincts de la classe ouvri&#232;re parmi ceux des autres couches de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne les syndicats, les seules organisations de la classe ouvri&#232;re &#8211; celle-ci n'a depuis longtemps aucune expression politique dans ce pays &#8211;, il est &#233;vident que la syndicalisation baisse, diminuant &#224; nouveau l'ann&#233;e derni&#232;re de trois quarts de million. En fait, la baisse chez les travailleurs du priv&#233; a &#233;t&#233; plus importante que cela, et seulement l&#233;g&#232;rement compens&#233;e par une petite augmentation de la syndicalisation dans le secteur public. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis, il y a plus de syndiqu&#233;s dans les administrations f&#233;d&#233;rales, provinciales, municipales et dans les conseils scolaires que dans l'industrie priv&#233;e. Cela refl&#232;te simplement le fait que tr&#232;s peu de travailleurs du secteur priv&#233; sont syndiqu&#233;s aujourd'hui. M&#234;me dans le secteur public, les nouveaux syndiqu&#233;s viennent de petits segments de la population, comme les assistants d'enseignement dans les universit&#233;s, ou sont le r&#233;sultat d'accords avec les &#201;tats et les villes pour collecter les cotisations de parties tr&#232;s marginales de la population active, par exemple, les femmes pay&#233;es par les &#201;tats du Michigan, de l'Illinois et de Californie pour assurer chez elles la garderie de quelques enfants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est moins &#233;vident, mais pourtant visible, qu'il y a eu quelques signes de r&#233;volte dans certains syndicats contre de nouveaux sacrifices. C'est peut-&#234;tre chez Ford qu'on a vu les plus s&#233;rieux, mais pas les seuls. Des enseignants en Californie et ailleurs ont ouvertement essay&#233; de r&#233;sister &#224; certaines attaques. Des ouvriers de la ville de Detroit et de l'&#201;tat du Michigan ont tent&#233; de s'opposer &#224; la r&#233;vision de leur contrat pour ne pas accepter de nouveaux sacrifices. Certes, ce n'est pas beaucoup. Mais c'est dans l'organisation de son opposition aux attaques que la classe ouvri&#232;re peut commencer &#224; montrer sa force, et que les militants de la classe ouvri&#232;re peuvent acqu&#233;rir l'influence n&#233;cessaire pour mener des combats plus importants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une mont&#233;e du militantisme et des luttes &#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;re pourrait rapidement changer l'atmosph&#232;re du pays, qui semble aujourd'hui s'&#234;tre d&#233;plac&#233; si loin vers la droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le probl&#232;me fondamental aujourd'hui est et reste l'absence d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire ou d'une organisation r&#233;volutionnaire des travailleurs assez largement implant&#233;e dans la classe ouvri&#232;re pour &#234;tre un peu connue. Ce qui fait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d&#233;faut &#224; la classe ouvri&#232;re, c'est de faire entendre sa propre voix politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il semble probable que la situation va continuer d'&#233;voluer vers la polarisation que nous avons connue cette ann&#233;e. Et cela rend d'autant plus fondamental de se concentrer sur la construction de cette organisation r&#233;volutionnaire des travailleurs. Dans le m&#234;me temps, la situation elle-m&#234;me peut ouvrir la porte &#224; sa construction rapide, mais seulement si les militants actifs s'en chargent et la gardent comme objectif essentiel et primordial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15 avril 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;hr /&gt; &lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] R&#233;f&#233;rence &#224; la Guerre d'Ind&#233;pendance contre l'Angleterre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Gouverneur de l'Alaska et ex-candidate &#224; la vice-pr&#233;sidence dont le langage populiste d'extr&#234;me droite exprime les frustrations d'une partie de la population&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision nationale des plus r&#233;actionnaires&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Revue progressiste faite par des journalistes d'investigation ind&#233;pendants&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] L'autorit&#233; cens&#233;e contr&#244;ler les march&#233;s financiers aux &#201;tats-Unis&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Immigration and Customs Enforcement, la police des douanes et de l'immigration&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Des commissions qui choisiraient ceux qui pourraient b&#233;n&#233;ficier de certains soins&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>La crise dite de la &#171; dette grecque &#187; : l'&#233;conomie au bord du volcan</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/la-crise-dite-de-la-dette-grecque</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/la-crise-dite-de-la-dette-grecque</guid>
		<dc:date>2010-05-14T21:02:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				C'est peu dire que la &#171; solution &#187; pour surmonter ce qu'on appelle abusivement la &#171; crise grecque &#187; &#8211; mais qui n'est que le dernier en date des rebondissements d'une m&#234;me crise financi&#232;re mondiale &#8211; n'a pas mis fin &#224; l'effondrement de l'&#233;conomie. La d&#233;cision de d&#233;bloquer 110 milliards d'euros, avec le cynique pr&#233;texte de sauver la Gr&#232;ce, mais en r&#233;alit&#233; pour sauver les profits des banquiers qui ont sp&#233;cul&#233; contre la Gr&#232;ce, n'&#233;tait m&#234;me pas encore officiellement avalis&#233;e que les Bourses chutaient brutalement, de (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH141/arton11234-388c3.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='141' class='spip_logos' style='height:141px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est peu dire que la &#171; solution &#187; pour surmonter ce qu'on appelle abusivement la &#171; crise grecque &#187; &#8211; mais qui n'est que le dernier en date des rebondissements d'une m&#234;me crise financi&#232;re mondiale &#8211; n'a pas mis fin &#224; l'effondrement de l'&#233;conomie. La d&#233;cision de d&#233;bloquer 110 milliards d'euros, avec le cynique pr&#233;texte de sauver la Gr&#232;ce, mais en r&#233;alit&#233; pour sauver les profits des banquiers qui ont sp&#233;cul&#233; contre la Gr&#232;ce, n'&#233;tait m&#234;me pas encore officiellement avalis&#233;e que les Bourses chutaient brutalement, de Francfort &#224; New York en passant par Londres. Pendant que les commentateurs en &#233;taient encore &#224; sp&#233;culer sur l'&#233;ventualit&#233; d'une contagion de la Gr&#232;ce au Portugal, voire &#224; l'Espagne, ces deux derniers &#201;tats &#233;taient d&#233;j&#224; pris dans la tourmente financi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les march&#233;s, c'est-&#224;-dire la demi-douzaine de grandes banques d'affaires qui font la pluie et le beau temps dans le domaine des pr&#234;ts aux &#201;tats, venaient en tout cas d'enregistrer avec satisfaction que les pays les plus riches d'Europe ne les abandonneraient pas, au cas o&#249; l'&#201;tat grec ne serait pas en situation de respecter les &#233;ch&#233;ances du remboursement de sa dette. Le spectre de la faillite de l'&#201;tat grec s'est &#233;loign&#233;, mais sans dispara&#238;tre pour autant.&lt;i&gt; &#171; Les besoins de financement de la Gr&#232;ce sont enti&#232;rement couverts pour les douze prochains mois &#187;, &lt;/i&gt;assure un des &#233;conomistes en chef de la banque Goldman Sachs. En d'autres termes, ils ne sont pas couverts au-del&#224;. Autant dire que cette seule information, fond&#233;e ou pas, suffit &#224; relancer &#224; n'importe quel moment la sp&#233;culation contre l'&#201;tat grec. Et en la mati&#232;re, ce qui compte, ce n'est m&#234;me pas la solvabilit&#233; de l'&#201;tat grec, pr&#234;ts europ&#233;ens compris, mais l'id&#233;e que s'en font les cr&#233;anciers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois ce bras de fer gagn&#233; par les banques contre les &#201;tats de la zone euro, il n'y avait plus de raisons qu'elles s'arr&#234;tent en si bon chemin. C'est donc au tour du Portugal et de l'Espagne de s'ajouter ainsi &#224; la Gr&#232;ce et &#224; l'Irlande comme champs de man&#339;uvres pour la sp&#233;culation. Et on commence &#224; parler de l'Italie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#234;ter aux &#201;tats est une activit&#233; bancaire aussi ancienne que les banques. Une fa&#231;on de &#171; faire travailler l'argent &#187; r&#233;put&#233;e des plus s&#251;res et des plus rentables. L'histoire du capitalisme est intimement li&#233;e &#224; l'histoire de la dette publique. Les op&#233;rations sp&#233;culatives actuelles sur la dette grecque sont une excroissance de ce fonctionnement normal en &#233;conomie capitaliste.
Les difficult&#233;s, r&#233;elles ou suppos&#233;es, de l'&#201;tat grec &#224; rembourser sa dette servent de justification &#224; ne lui pr&#234;ter qu'&#224; un taux usuraire. Ce taux usuraire fait que l'&#201;tat grec, oblig&#233; d'emprunter pour faire face &#224; la dette venue &#224; &#233;ch&#233;ance, ne di&#173;minue pas sa dette mais l'augmente. Se met alors en place une spirale infernale que l'&#201;tat pr&#233;tend freiner en &#233;crasant sa population par une politique d'aust&#233;rit&#233; draconienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les discussions sur la contagion de la Gr&#232;ce &#224; d'autres &#201;tats de l'Union europ&#233;enne sont oiseuses. Il n'y a aucune raison pour que la sp&#233;culation s'arr&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, des &#201;tats endett&#233;s avec de gros besoins de financement et donc demandeurs de cr&#233;dits. De l'autre, des institutions financi&#232;res, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; la classe capitaliste pour laquelle elles servent de mandataires, sont &#224; la t&#234;te de quantit&#233;s sans pr&#233;c&#233;dent de liquidit&#233;s. Tous les m&#233;canismes sont en place pour que les &#201;tats se retrouvent dans une situation de su&#173;ren&#173;det&#173;tement, que connaissent bien des m&#233;nages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise financi&#232;re fait tanguer les institutions europ&#233;ennes. Elle a d&#233;j&#224; fait exploser le pacte de stabilit&#233; inscrit dans le trait&#233; de Maastricht. Ce trait&#233; avait consacr&#233; un aspect essentiel de ce que les diff&#233;rentes bourgeoisies d'Europe appellent la &#171; construction europ&#233;enne &#187;. Pouss&#233;es d'un c&#244;t&#233; par des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques puissantes, &#233;tant donn&#233; l'interd&#233;pendance des &#233;conomies nationales europ&#233;ennes &#8211; en r&#233;alit&#233; m&#234;me, mondiales &#8211;, les bourgeoisies europ&#233;ennes sont en m&#234;me temps incapables de fondre dans un ensemble politique unique, dans une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, la mosa&#239;que d'&#201;tats qui constituent l'Union europ&#233;enne. Elles en paient aujourd'hui le prix.
Le dollar am&#233;ricain, par exemple, a beau n'&#234;tre comme l'euro qu'un bout de papier avec des chiffres dessus, sa cr&#233;dibilit&#233; &#8211; pourtant s&#233;&#173;rieu&#173;sement &#233;branl&#233;e par la crise et par la cr&#233;ation mon&#233;taire par laquelle les gouvernants la combattent &#8211; repose tout de m&#234;me sur le pouvoir d'un &#201;tat unique. Ce n'est pas le cas de l'euro. Les seize &#201;tats qui participent &#224; la zone euro &#8211; m&#234;me pas l'int&#233;gralit&#233; de l'Union europ&#233;enne &#8211; ont gard&#233; leur souverainet&#233; et le fait chacun d'&#234;tre l'instrument avant tout de sa propre bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'Union Europ&#233;enne &#233;branl&#233;e par la crise financi&#232;re&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le trait&#233; de Maastricht n'a &#233;t&#233; qu'un trait&#233;, justement, c'est-&#224;-dire un accord international entre &#201;tats diff&#233;rents d&#233;sireux de cr&#233;er une monnaie unique indispensable pour assurer une vie &#233;conomique interd&#233;pendante, mais en gardant chacun sa propre politique &#233;conomique, sa propre fiscalit&#233;, etc.
Cela a pu marcher pendant quelques ann&#233;es, tant que les avantages l'emportaient sur les inconv&#233;nients. Mais les conditions fix&#233;es &#224; Maastricht, c'est-&#224;-dire un endettement inf&#233;rieur &#224; 60 % du PIB et un budget dont le d&#233;ficit ne d&#233;passe pas 3 %, ont &#233;t&#233; emport&#233;es dans la tourmente financi&#232;re. Il n'y a plus dans la zone euro un seul &#201;tat dont l'endettement soit inf&#233;rieur &#224; 60 % du PIB. Il n'y en a plus un seul o&#249; le budget soit &#233;quilibr&#233;. Le d&#233;ficit public de l'&#201;tat fran&#231;ais d&#233;passera, par exemple, les 8,2 % du PIB, bien au-del&#224; des 3 % autoris&#233;s par Maastricht, et son endettement repr&#233;sente 83,6 % du PIB (88,6 % pr&#233;vus pour 2011). M&#234;me le budget allemand pr&#233;sente un d&#233;ficit public de 5 % du PIB et une dette publique de 78,8 %. C'est mieux que les dettes publiques de la Gr&#232;ce (133,3 %) ou de l'Italie (118,2 %), mais c'est tout de m&#234;me loin des fameux &#171; crit&#232;res de Maastricht &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui paiera ces &#233;normes dettes, alourdies d'ann&#233;e en ann&#233;e par le d&#233;ficit ? &#171; Ce n'est pas &#224; nous de payer la dette de plus pauvres que nous &#187;, clament en ch&#339;ur les dirigeants des &#201;tats les plus riches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de fonctionnement cahin-caha de l'Europe, la crise remet tout en cause. Il y a quelques ann&#233;es encore, les commentateurs ne pouvaient m&#234;me pas envisager une remise en question de l'euro lui-m&#234;me, tant il est vrai que la mise en place de cette monnaie commune &#233;tait un progr&#232;s du point de vue du fonctionnement du capitalisme europ&#233;en. Aujourd'hui, cela fait partie des hypoth&#232;ses de plus en plus s&#233;rieusement envisag&#233;es. Ce qui, pour les commentateurs, n'&#233;tait encore qu'une sp&#233;culation intellectuelle est devenu pour les banquiers objet de sp&#233;culations &#244; combien mat&#233;rielles et, pour certains, extr&#234;mement profitables !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, ils savent tous que la suppression de l'euro, le retour aux monnaies nationales et au flottement des unes par rapport aux autres, seraient catastrophiques pour le commerce intra-europ&#233;en et donc pour la production. Mais qu'importe aux sp&#233;culateurs que le ciel s'&#233;croule, pourvu qu'avant il leur permette de faire un dernier coup !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat grec pourra-t-il continuer &#224; faire partie de la zone euro ? Sera-t-il contraint de la quitter et de retrouver sa monnaie nationale ant&#233;rieure ? Sp&#233;culer sur ces questions a &#233;t&#233; un des aspects des op&#233;rations financi&#232;res des derni&#232;res semaines. La sp&#233;culation trouve une nouvelle impulsion avec la contagion de la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du Portugal et de l'Espagne. Et, peut-&#234;tre, avec l'entr&#233;e dans cette danse macabre de l'Italie. A l'autre bout de l'&#233;chelle des richesses et des puissances entre les diff&#233;rentes bourgeoisies d'Europe, l'Allemagne, ou plus exactement la bourgeoisie allemande, sera-t-elle encline &#224; retrouver son deutschemark fort et se retrouver d&#233;gag&#233;e de toute solidarit&#233; &#224; l'&#233;gard des &#233;conomies europ&#233;ennes plus fragiles ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus la crise se d&#233;veloppe, plus se multiplient les divergences d'int&#233;r&#234;ts entre bourgeoisies dans un m&#234;me mouvement de &#171; sauve-qui-peut national &#187;, plus chaque bourgeoisie sera confront&#233;e &#224; ces choix. Des choix &#224; faire en fonction d'un faisceau d'int&#233;r&#234;ts mouvants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la maison de fous qu'est devenue l'Union europ&#233;enne, on s'accroche encore aux avantages que l'euro offre au commerce intra-europ&#233;en, qui repr&#233;sente pour la plupart des pays le gros de leurs &#233;changes. Mais on envisage d&#233;j&#224; le retrait de la zone euro pour les &#171; canards boiteux &#187; ou pour soi-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;La Gr&#232;ce raval&#233;e &#224; la situation de semi-colonie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les tractations autour de la r&#233;ponse &#224; trouver face &#224; la crise de la dette grecque ont mis en lumi&#232;re de mani&#232;re cruelle non seulement le fait que l'Union europ&#233;enne et la zone euro ne sont qu'une mosa&#239;que d'&#201;tats aux int&#233;r&#234;ts divergents, mais aussi que leurs relations mutuelles sont celles entre puissances imp&#233;rialistes et &#233;conomies domin&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise a brutalement dissip&#233; la fiction d'une Europe unie sur un pied d'&#233;galit&#233; entre participants. Il est vrai que seuls les plus na&#239;fs pouvaient croire &#224; cette fiction. Tous les trait&#233;s dans la longue litanie des accords entre pays europ&#233;ens contiennent des clauses visant &#224; donner un fondement juridique &#224; la pr&#233;dominance des pays imp&#233;rialistes sur le reste de l'Union europ&#233;enne. Mais les tractations au sujet de la dette grecque ont montr&#233;, plus clairement que les textes abscons des trait&#233;s, que ceux qui commandent, ce sont les plus riches, ceux aussi dont les trusts ont mis la main sur les banques, les usines, les cha&#238;nes commerciales ou h&#244;teli&#232;res des pays de l'Est, les ex-D&#233;mocraties populaires. En l'occurrence, l'Allemagne et, dans une moindre mesure, la France (le troisi&#232;me larron imp&#233;rialiste europ&#233;en, la Grande-Bretagne, ne fait m&#234;me pas partie de la zone euro, elle n'a donc pas &#224; s'en retirer pour pr&#233;server ses propres int&#233;r&#234;ts). Les conditions impos&#233;es &#224; la Gr&#232;ce rel&#232;vent d'une totale subordination de l'&#201;tat grec &#224; ses bailleurs de fonds les plus puissants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les institutions europ&#233;ennes, et par leur interm&#233;diaire essentiellement l'Allemagne et la France, se proposent d'exercer en compagnie du FMI un contr&#244;le tatillon sur le budget de la Gr&#232;ce, sur ses finances, sur le revenu de ses citoyens. En fait, derri&#232;re la fa&#231;ade pseudo-d&#233;mocratique de l'Union europ&#233;enne, la Gr&#232;ce retrouve sa situation de semi-colonie sous la f&#233;rule des grandes puissances de l'Europe.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Soutien &#224; l'Etat grec ou soutien aux banquiers ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Il faut le cynisme extraordinaire de ceux qui dirigent l'&#233;conomie et l'&#201;tat pour parler de &#171; soutien &#224; la Gr&#232;ce &#187; &#224; propos de la d&#233;cision qui est sortie des tractations entre ce pays et les quinze autres &#201;tats de la zone euro, soutenus par le FMI. Sur les 110 milliards d'euros mis &#224; la disposition de l'&#201;tat grec, 80 milliards viennent de diff&#233;rents &#201;tats de la zone et 30 milliards du FMI.
Mais cet argent ne va pas &#224; la Gr&#232;ce, et encore moins aux Grecs, expression qui met dans le m&#234;me sac aussi bien les banquiers et les riches capitalistes de ce pays, qui en verront en effet la couleur, que les salari&#233;s, les retrait&#233;s qui ne sont convi&#233;s qu'&#224; payer la note.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces sommes sont destin&#233;es aux banquiers. Elles sont destin&#233;es &#224; leur assurer que, quel que soit l'&#233;tat des finances de la Gr&#232;ce, ils ne perdront rien dans l'affaire et percevront jusqu'au dernier centime et du remboursement et des int&#233;r&#234;ts, m&#234;me l&#224; o&#249; les pr&#234;ts ont &#233;t&#233; consentis &#224; un taux usuraire. Les 110 milliards rejoindront ainsi ces autres centaines de milliards que les &#201;tats ont d&#233;vers&#233;s sur les banquiers pour les sauver de la faillite lors de la phase pr&#233;c&#233;dente de la crise financi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En compl&#233;ment de ces cadeaux aux banquiers, les bailleurs de fonds ont exig&#233; du gouvernement grec une politique d'aust&#233;rit&#233; draconienne. Une diminution brutale des salaires de l'ordre de 15 %. La baisse des pensions et le recul de l'&#226;ge de d&#233;part en retraite. L'augmentation de la TVA qui, par deux paliers successifs, sera augment&#233;e de 4 % pour atteindre 23 %. Une hausse d'autres imp&#244;ts indirects, notamment ceux qui frappent les produits p&#233;troliers, ce qui se r&#233;percutera n&#233;cessairement sur les transports et le chauffage. Un plan de r&#233;duction importante des d&#233;penses de l'&#201;tat qui se traduira par une baisse substantielle du financement des services publics et de la protection sociale.
Et le gouvernement socialiste d'Ath&#232;nes de s'ex&#233;cuter, entra&#238;nant cette f&#233;licitation de Dominique Strauss-Kahn :&lt;i&gt; &#171; Je suis admiratif de l'extr&#234;me rigueur choisie par le gouvernement Papandr&#233;ou, qui a pr&#233;f&#233;r&#233; de durs sacrifices imm&#233;diats pour sortir au plus vite son pays de la crise. &#187; &lt;/i&gt;F&#233;licitations d'un &#171; socialiste &#187;, candidat putatif de son parti &#224; la prochaine pr&#233;sidentielle, &#224; un autre socialiste, &#224; la t&#234;te du gouvernement de son pays. Aussi dispos&#233;s l'un que l'autre &#224; &#233;craser les classes populaires pour enrichir les banquiers !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti socialiste grec, dirigeant le gouvernement, a &#233;t&#233; par la force des choses en premi&#232;re ligne. Mais m&#234;me ici, en France, o&#249; il n'est pas aux affaires, le Parti socialiste s'est d&#233;p&#234;ch&#233; de voter au Parlement la participation du gouvernement fran&#231;ais &#224; cet acte de brigandage contre les classes populaires grecques !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est plus &#233;clairant d'observer l'attitude du Parti socialiste dans la crise grecque que de d&#233;cortiquer les phrases creuses du programme du futur candidat pour la pr&#233;sidentielle. Ce n'est pas que le Parti socialiste s'aligne sur Sarkozy, en votant sa politique face &#224; la &#171; crise grecque &#187;. C'est qu'ils sont aussi serviles les uns que les autres pour mener la politique n&#233;cessaire afin de garantir en Gr&#232;ce les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie en g&#233;n&#233;ral et ceux des groupes financiers fran&#231;ais en particulier. Ceux-ci sont largement impliqu&#233;s en Gr&#232;ce, de la compagnie d'assurances Axa aux banques Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale ou Cr&#233;dit agricole en passant par la BNP (cette derni&#232;re, par exemple, a plac&#233; 3 milliards d'euros en Gr&#232;ce au titre de cr&#233;dits aux entreprises priv&#233;es, armateurs notamment, et 5 milliards sur la dette publique).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les socialistes ont, de plus, l'art de cultiver l'hypocrisie. On ne peut qu'&#234;tre &#233;coeur&#233; par les contorsions verbales de leurs dirigeants :&lt;i&gt; &#171; On peut militer pour un plan de soutien et ne pas accepter les conditions qui sont pos&#233;es &#224; ce plan de soutien &#187;,&lt;/i&gt; a insist&#233; Beno&#238;t Hamon, le chef de file de l'aile gauche du parti. Fran&#231;ois Hollande a lui aussi argu&#233; de la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter&lt;i&gt; &#171; non plus un plan de rigueur en Gr&#232;ce &#187;,&lt;/i&gt; mais&lt;i&gt; &#171; une faillite et un effondrement &#187;. &#171; Je ne soutiens pas le gouvernement. Je soutiens la Gr&#232;ce et je soutiens l'euro &#187;, &lt;/i&gt;a martel&#233; sur RTL l'ancien premier secr&#233;taire du Parti socialiste.
Avec la complicit&#233; de toute la faune politique de la bourgeoisie, ce n'est pas l'&#201;tat grec qui est le grand gagnant dans l'affaire, mais les banques qui l'ont &#233;trangl&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Les rem&#232;des qui tuent&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mais les 110 milliards d&#233;bloqu&#233;s ne sont pas le seul cadeau fait aux banquiers. La Banque centrale europ&#233;enne (BCE) a pris dans la discr&#233;tion une d&#233;cision sans pr&#233;c&#233;dent en acceptant d&#233;sormais les &#233;missions de titres grecs quelle que soit leur notation. Un communiqu&#233; de la Banque centrale europ&#233;enne, dans les premiers jours du mois de mai, a en effet annonc&#233; :&lt;i&gt; &#171; Le Conseil des gouverneurs a d&#233;cid&#233; de suspendre l'application, dans le cas des titres de cr&#233;ance n&#233;gociables &#233;mis ou garantis par l'&#201;tat grec, du seuil minimal de notation du cr&#233;dit requis pour l'&#233;ligibilit&#233; des actifs admis en garantie des op&#233;rations de cr&#233;dit de l'Eurosyst&#232;me. Cette suspension restera en vigueur jusqu'&#224; nouvel avis . &#187;&lt;/i&gt; Derri&#232;re ce langage pour initi&#233;s, il y a la d&#233;cision de la Banque centrale europ&#233;enne d'accepter de la part des banques op&#233;rant en Gr&#232;ce &#8211; les banques grecques mais, bien plus encore, les grandes banques internationales pr&#233;sentes l&#224;-bas &#8211; n'importe quel titre de l'&#201;tat grec, aussi r&#233;put&#233; pourri soit-il, en contrepartie de liquidit&#233;s que la Banque centrale europ&#233;enne leur donne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la m&#234;me occasion explose cette r&#232;gle de fonctionnement de la Banque centrale europ&#233;enne qui veut qu'en aucun cas elle ne doit venir financi&#232;rement au secours d'un pays de la zone euro. Cette r&#232;gle a &#233;t&#233; impos&#233;e en d'autres temps, histoire, elle aussi, d'&#233;viter aux pays les plus riches de l'Union d'avoir &#224; payer pour la dette des autres. M&#234;me les plus r&#233;ticents des &#201;tats comprennent cependant fort bien qu'il ne s'agit pas l&#224; de solidarit&#233; entre &#201;tats, mais de solidarit&#233; de tous les &#201;tats envers le syst&#232;me bancaire et les banquiers.
Cette d&#233;cision de la Banque centrale europ&#233;enne de prendre en d&#233;p&#244;t les dettes publiques les plus pourries &#233;quivaut, dans le domaine des dettes d'&#201;tat, &#224; la d&#233;cision de la banque centrale am&#233;ricaine de prendre en d&#233;p&#244;t, au lendemain de la crise bancaire de 2008, les fameux titres pourris des &#171; subprimes &#187; aux &#201;tats-Unis lors de l'&#233;clatement de la crise financi&#232;re en 2008.
On peut raisonnablement supposer que la nouvelle &#233;preuve de force engag&#233;e par les march&#233;s financiers sur la dette du Portugal ou de l'Espagne vise &#224; contraindre la Banque centrale europ&#233;enne &#224; &#233;largir cette mesure aux pr&#234;ts accord&#233;s &#224; tous les &#201;tats en difficult&#233;s. En clair, le syst&#232;me bancaire exige qu'en contrepartie de sa &#171; gentillesse &#187; de pr&#234;ter &#224; des taux usuraires aux &#201;tats, on lui supprime tous les risques que cela peut repr&#233;senter. Mieux &#8211; ou pire &#8211;, il est m&#234;me question que la Banque centrale europ&#233;enne rach&#232;te les instruments de dette &#233;mis par les &#201;tats de la zone euro. La d&#233;cision n'est pas prise, ou pas encore. Mais ce serait&lt;i&gt; &#171; l'arme nucl&#233;aire &#187;&lt;/i&gt;, affirme le journal&lt;i&gt; Les &#201;chos&lt;/i&gt;. Cela implique une quantit&#233; consid&#233;rable de liquidit&#233;s suppl&#233;mentaires, ce qui relancerait une inflation incontr&#244;lable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car plus la Banque centrale europ&#233;enne a de titres pourris dans ses r&#233;serves, plus elle perd elle-m&#234;me de cr&#233;dit. La cons&#233;quence de cela est d'amplifier la sp&#233;culation contre l'euro, dont le taux de change par rapport au dollar est en chute libre. Pourtant, le dollar n'est lui-m&#234;me pas en meilleure sant&#233;, et pour les m&#234;mes raisons.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;Plus dure sera la chute&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La classe capitaliste et son personnel politique ont cru trouver un palliatif &#224; la crise de leur syst&#232;me &#233;conomique par le cr&#233;dit et l'endettement. Endettement des particuliers, des entreprises comme des &#201;tats. C'est cette &#233;conomie d'endettement qui a &#233;t&#233;, en dernier ressort, la base de la financiarisation de l'&#233;conomie. Le syst&#232;me financier est devenu ce qu'il est aujourd'hui, une gigantesque pieuvre qui d&#233;vore l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute &#233;vidence, personne parmi les penseurs et les d&#233;cideurs du monde capitaliste n'a trouv&#233; de rem&#232;de contre cette &#233;volution. Parce qu'il n'y en a pas !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise financi&#232;re qui, dans le dernier trimestre 2008, avait pris la forme d'une m&#233;fiance entre banques elles-m&#234;mes, a &#233;t&#233; surmont&#233;e par l'action des &#201;tats qui avaient ouvert en grand les vannes du cr&#233;dit. Aujourd'hui, c'est une crise de m&#233;fiance des banques largement remplum&#233;es envers les &#201;tats eux-m&#234;mes. Qui pourra venir au secours des &#201;tats ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Incapables de r&#233;guler leur syst&#232;me &#233;conomique, les &#201;tats, instruments d'oppression entre les mains des bourgeoisies, jouent pleinement leur fonction de classe en se retournant contre les classes exploit&#233;es pour obtenir par la violence d'&#201;tat ce suppl&#233;ment de profit que la classe capitaliste ne parvient plus &#224; d&#233;gager par les m&#233;canismes &#233;conomiques. Pour le moment, cette gigantesque extorsion par la violence est couverte du manteau de la d&#233;mocratie et, de pr&#233;f&#233;rence, de l'&#171; union nationale &#187;. Apr&#232;s une op&#233;ration similaire au Portugal, en Espagne le &#171; socialiste &#187; Zapatero vient de rencontrer solennellement le chef de l'opposition de droite Rajoy pour r&#233;pondre &#224; l'appel du roi Juan Carlos &#224; &#171; travailler ensemble &#187; sur une politique d'aust&#233;rit&#233; &#224; imposer aux classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, la politique d'aust&#233;rit&#233; engag&#233;e par l'annonce de Fillon de geler les d&#233;penses de l'&#201;tat pendant trois ans a d&#233;clench&#233; encore quelques protestations verbales du c&#244;t&#233; socialiste. Mais l'attitude du Parti socialiste &#224; l'&#233;gard de la Gr&#232;ce rappelle qu'il ne faut pas attendre une autre politique que celle du pouvoir actuel de la part du pouvoir futur, si tant est que le Parti socialiste remporte les &#233;lections &#224; venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est ce racket par les moyens &#233;tatiques exerc&#233; &#224; l'encontre des classes populaires qui est devenu indispensable pour la bourgeoisie, pas la forme plus ou moins &#171; d&#233;mocratique &#187; par laquelle il s'exerce. Qui peut &#234;tre certain que la forme perdurera, si la bourgeoisie trouve des forces sociales susceptibles de l'aider &#224; imposer par la violence sans fioritures ce qui, aujourd'hui, se fait sous couvert de proc&#233;dures parlementaires ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si les politiques d'aust&#233;rit&#233;, lourdes pour la population, permettent aux &#201;tats de r&#233;cup&#233;rer plus ou moins les sommes vers&#233;es &#224; la bourgeoisie, elles ne r&#232;glent en rien la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fr&#233;quence des r&#233;unions des dirigeants politiques souligne encore leur totale impuissance face aux financiers et surtout aux aberrations du fonctionnement capitaliste de l'&#233;conomie. L'&#233;conomie est gouvern&#233;e par des rumeurs. Il a suffi que la rumeur se r&#233;pande que l'Espagne a l'intention de faire appel &#224; l'aide du FMI pour un montant exceptionnel, pour que les actions espagnoles s'effondrent et que la sp&#233;culation se d&#233;cha&#238;ne contre l'Espagne. Une erreur de commande&#173; sur le march&#233; boursier, peut-&#234;tre m&#234;me une simple erreur de frappe, a suffi pour qu'en quelques heures Wall Street recule de 9 %, atteignant son &#171; record &#187; pr&#233;c&#233;dent lors de la crise boursi&#232;re de 1987. &#192; plus forte raison, toute la finance mondiale tremble d&#232;s qu'une agence de notation baisse la note indiquant la capacit&#233; de remboursement d'un &#201;tat. Lors de la crise de 2008, on disait pourtant pis que pendre de ces agences de notation. Mais peu importe le s&#233;rieux d'une information, le caract&#232;re fond&#233; ou pas d'une rumeur, les &#171; moutons de Panurge &#187; de la sp&#233;culation financi&#232;re s'emballent &#224; la moindre alerte entra&#238;nant la panique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'agitation erratique du monde financier se r&#233;percute imm&#233;diatement sur l'&#233;conomie productive. Les soubresauts financiers se traduisent par des usines qui ferment, des chantiers qui s'arr&#234;tent, le ch&#244;mage qui explose.
Avec l'aggravation acc&#233;l&#233;r&#233;e de la crise, l'humanit&#233; franchit chaque mois, chaque semaine, chaque jour un pas de plus vers la catastrophe. Il ne s'agit pas seulement de la r&#233;gression sociale catastrophique qui a &#233;t&#233; impos&#233;e par la classe capitaliste aux classes exploit&#233;es. Il s'agit de l'avenir m&#234;me de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au stade o&#249; en sont arriv&#233;es les choses, il s'agit pour la classe ouvri&#232;re de se d&#233;fendre, mais pas seulement. Il s'agit d'offrir une autre issue &#224; la soci&#233;t&#233;, par le bouleversement complet du fonctionnement m&#234;me de l'&#233;conomie, par l'expropriation de la classe capitaliste et par la r&#233;organisation de l'&#233;conomie sur d'autres bases que celles de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et du profit. Mettre fin &#224; l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie devient une n&#233;cessit&#233; vitale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>R&#233;publique d'Irlande - La classe ouvri&#232;re entre la crise et le &#171; partenariat social &#187; des appareils syndicaux</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/republique-d-irlande-la-classe</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/republique-d-irlande-la-classe</guid>
		<dc:date>2010-05-14T21:02:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				C&#233;l&#233;br&#233;e il y encore peu de temps pour son &#171; miracle &#233;conomique &#187;, la R&#233;publique d'Irlande (4,5 millions d'habitants) a &#233;t&#233; &#224; la fois l'un des premiers pays de la zone euro &#224; &#234;tre touch&#233; par la crise et l'un de ceux o&#249; celle-ci a fait le plus de ravages. Pendant que l'actualit&#233; de ces derniers mois &#233;tait domin&#233;e en Europe par la menace de faillite pesant sur l'&#201;tat grec, un nouvel &#233;pisode de la crise financi&#232;re se jouait en Irlande. &#192; ce sujet, nous reproduisons ci-dessous de larges extraits d'un article paru dans (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH141/arton11235-2133b.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='141' class='spip_logos' style='height:141px;width:100px;' /&gt;
			&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C&#233;l&#233;br&#233;e il y encore peu de temps pour son &#171; miracle &#233;conomique &#187;, la R&#233;publique d'Irlande (4,5 millions d'habitants) a &#233;t&#233; &#224; la fois l'un des premiers pays de la zone euro &#224; &#234;tre touch&#233; par la crise et l'un de ceux o&#249; celle-ci a fait le plus de ravages. Pendant que l'actualit&#233; de ces derniers mois &#233;tait domin&#233;e en Europe par la menace de faillite pesant sur l'&#201;tat grec, un nouvel &#233;pisode de la crise financi&#232;re se jouait en Irlande. &#192; ce sujet, nous reproduisons ci-dessous de larges extraits d'un article paru dans la revue de nos camarades britanniques de Workers' Fight (Class Struggle N&#176; 87 &#8211; avril-juin 2010).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 30 mars, de nouvelles pertes, jusqu'alors cach&#233;es dans le syst&#232;me bancaire, ont servi de pr&#233;texte &#224; l'annonce d'un deuxi&#232;me plan de sauvetage des banques irlandaises par Brian Cowen, Premier ministre d'un gouvernement de coalition r&#233;unissant le parti de la droite nationaliste traditionnelle, Fianna Fail, et le parti Vert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements ont d'autant plus choqu&#233; l'opinion en Irlande que tout s'est pass&#233; comme si l'histoire se r&#233;p&#233;tait. Dix-huit mois apr&#232;s que la d&#233;route boursi&#232;re de septembre 2008 a entra&#238;n&#233; un premier plan de sauvetage bancaire, c'&#233;tait de nouveau le m&#234;me sc&#233;nario : une d&#233;route boursi&#232;re suivie de l'annonce d'un nouveau plan de sauvetage, encore plus important que le premier !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement aux promesses des politiciens, les sacrifices que la population laborieuse a d&#251; subir depuis le d&#233;but de la crise n'ont donc servi &#224; rien. Et ce fait est d'autant plus scandaleux pour la classe ouvri&#232;re irlandaise qu'elle vient juste d'&#234;tre frapp&#233;e, le 1er janvier, par un nouveau train de mesures d'aust&#233;rit&#233;, faisant suite &#224; deux autres, en octobre 2008 et mars 2009. Au vu de ce nouveau d&#233;veloppement de la crise et de la fa&#231;on dont les politiciens entendent y faire face, il est clair que l'avidit&#233; du grand capital, de toute &#233;vidence aiguis&#233;e par le premier plan de Cowen, est en train de creuser un gouffre qui menace les conditions d'existence des classes laborieuses.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'h&#233;ritage empoisonn&#233; du &#171; tigre celtique &#187;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La situation en Irlande doit beaucoup au parasitisme particulier de la microscopique mais tr&#232;s riche bourgeoisie du pays. Le march&#233; irlandais &#233;tant bien trop &#233;troit pour satisfaire ses app&#233;tits, &#224; partir de la fin des ann&#233;es soixante-dix, elle chercha &#224; utiliser son appartenance au March&#233; commun d'alors pour attirer des capitaux &#233;trangers et prendre son pourcentage au passage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les salaires &#233;taient bas en Irlande et ils le demeur&#232;rent gr&#226;ce &#224; des accords nationaux ayant force de loi, que les leaders syndicaux consen&#173;tirent &#224; signer dans le cadre de ce que l'on appela le &#171; partenariat social &#187;. Ce cadre juridique fut &#171; vendu &#187; aux investisseurs &#233;trangers comme une garantie de paix sociale. L'imp&#244;t sur les profits des entreprises fut fix&#233; &#224; un niveau inf&#233;rieur &#224; celui des autres pays europ&#233;ens et on offrit aux nouveaux investisseurs des dispenses d'imp&#244;t temporaires et des zones industrielles viabilis&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette politique produisit ce que l'on appela le ph&#233;nom&#232;ne du &#171; tigre celtique &#187;, entre la fin des ann&#233;es quatre-vingt et le crash boursier des &#171; nouvelles technologies &#187;, en mars 2000 &#8211; une p&#233;riode o&#249; la croissance &#233;conomique annuelle s'apparenta &#224; celle des &#171; tigres asiatiques &#187; tels que la Cor&#233;e du Sud ou Ta&#239;wan. Bien s&#251;r, cette croissance profita bien plus au capital irlandais qu'&#224; la population. Les entreprises &#233;trang&#232;res qui s'install&#232;rent furent surtout attir&#233;es par les avantages fiscaux et l'acc&#232;s direct au march&#233; europ&#233;en. Elles employaient souvent une main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e et peu nombreuse. Et bien que repr&#233;sentant 50 % de la production industrielle au milieu des ann&#233;es quatre-vingt-dix, elles ne r&#233;duisirent pas vraiment le sous-emploi chronique dans le pays, pas plus qu'elles n'amen&#232;rent d'augmentation r&#233;elle du niveau de vie de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble. Cette p&#233;riode prit fin lorsque les investissements &#233;trangers se tarirent en 2000. Les industriels &#233;trangers se mirent &#224; licencier, &#224; fermer une partie de leurs usines, voire &#224; se retirer compl&#232;tement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le capital irlandais, lui, avait d&#233;j&#224; trouv&#233; une autre direction dans laquelle &#233;tendre son parasitisme. Dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; Dublin un Centre de services financiers internationaux qui offrait aux entreprises de la finance des facilit&#233;s modernes comparables &#224; celles dont elles pouvaient disposer &#224; Londres ou &#224; New York, mais &#224; un prix tr&#232;s inf&#233;rieur et avec un r&#233;gime fiscal bien plus avantageux (12,5 % d'imp&#244;t sur les profits) et des r&#233;glementations plus laxistes. Tant et si bien qu'en 1997, Dublin &#233;tait d&#233;j&#224; devenu le plus important des centres offshore utilis&#233;s par les administrateurs de fonds britanniques &#8211; avec 600 fonds sp&#233;culatifs administrant des biens dont le montant total &#233;tait &#233;quivalent aux deux tiers du PIB irlandais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que les travailleurs &#233;taient jet&#233;s &#224; la rue, le capital irlandais &#233;tait donc pr&#234;t &#224; op&#233;rer sa reconversion dans la sp&#233;culation financi&#232;re. L'activit&#233; financi&#232;re de Dublin augmenta de fa&#231;on exponentielle au cours des ann&#233;es qui suivirent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette explosion financi&#232;re fut en partie le r&#233;sultat d'un ph&#233;nom&#232;ne mondial, qui vit des flux consid&#233;rables de capitaux flottants quitter les march&#233;s boursiers pour rechercher de nouvelles sources de profits faciles. Mais elle fut aussi en partie due aux conditions particuli&#232;res qu'offrait l'Irlande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque fut form&#233; ce qui allait devenir la zone euro, &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt-dix, les taux d'int&#233;r&#234;t furent align&#233;s progressivement dans ses &#201;tats membres. En Irlande, o&#249; les taux d'int&#233;r&#234;t et l'inflation &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; ceux des pays voisins, ce processus entra&#238;na une baisse des taux d'int&#233;r&#234;t sans r&#233;duire l'inflation. De sorte que, pendant l'essentiel des ann&#233;es 2000, les taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;els (d&#233;duction faite de l'inflation) y furent n&#233;gatifs. Le loyer de l'argent emprunt&#233; en Irlande devint l'un des moins chers parmi les pays industrialis&#233;s, d&#232;s lors que les fonds emprunt&#233;s &#233;taient investis sur place. Compte tenu du r&#233;gime fiscal et r&#233;glementaire favorable, c'&#233;tait une manne colossale pour les capitaux flottants &#8211; au moins, tant que l'&#233;conomie irlandaise pouvait les absorber et offrir des profits en retour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les d&#233;p&#244;ts &#233;trangers faits en Irlande pour des raisons fiscales amorc&#232;rent la machine du cr&#233;dit. Des fonds sp&#233;culatifs, le plus souvent bas&#233;s dans l'un des paradis fiscaux situ&#233;s dans le pr&#233; carr&#233; des puissances imp&#233;rialistes, cr&#233;&#232;rent des filiales d'investissement irlandaises, avec l'aide du syst&#232;me bancaire local. Une fois la pompe &#224; cr&#233;dit mise en place, elle attira un flux toujours croissant de capitaux &#233;trangers, alimentant une sp&#233;culation de plus en plus fr&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que se d&#233;veloppa une bulle sp&#233;culative financi&#232;re et immobili&#232;re &#224; partir de l'an 2000, anticipant celle qui allait se former ailleurs sur la base de m&#233;canismes similaires. Mais comme, en Irlande, cette bulle &#233;tait encore plus enfl&#233;e qu'ailleurs par rapport &#224; la taille de l'&#233;conomie locale, son explosion ne pouvait que causer des ravages plus dramatiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#232;re du &#171; tigre celtique &#187; &#233;tait cens&#233;e promettre &#224; la population irlandaise un avenir resplendissant, fait de haute technologie et d'emplois hautement qualifi&#233;s et bien pay&#233;s. Au lieu de cela, elle ne fit qu'accoucher d'un parasitisme d&#233;mesur&#233;, d&#233;pendant enti&#232;rement de la fiction d'un march&#233; immobilier o&#249; les prix n'en finiraient pas d'augmenter et o&#249; il ne manquerait jamais d'acheteurs pour les r&#233;alisations les plus folles des promoteurs immobiliers.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;L'emballement sp&#233;culatif&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pendant la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dant la crise actuelle, l'&#233;tat r&#233;el de l'&#233;conomie irlandaise fut masqu&#233; par l'inflation de la bulle immobili&#232;re, elle-m&#234;me aliment&#233;e par l'inflation parall&#232;le de la bulle du cr&#233;dit. Le flot de cr&#233;dit &#224; l'achat augmenta artificiellement la demande en biens immobiliers, poussant les prix vers le haut. De sorte qu'au cours de la d&#233;cennie 1998-2007, le prix moyen des logements augmenta de 250 % en Irlande, contre 200 % en Grande-Bretagne et 120 % aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; un bout du march&#233; immobilier, les promoteurs et les entreprises de construction, all&#233;ch&#233;s par la hausse des prix, avaient acc&#232;s &#224; un cr&#233;dit illimit&#233; &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t si bas qu'ils battaient tous les records. Il en r&#233;sulta une vague folle de programmes immobiliers qui ne tenait aucun compte ni de la nature, ni du volume de la demande r&#233;elle. Des centres commerciaux et des immeubles d'affaires furent construits et &#233;quip&#233;s bien avant qu'on ait pu trouver preneurs ou locataires. Des lotissements haut de gamme furent construits sans que personne puisse dire s'ils trouveraient des acheteurs. Cette fr&#233;n&#233;sie visant &#224; profiter &#224; tout prix de la bulle immobili&#232;re se refl&#233;ta dans le boom sans pr&#233;c&#233;dent que connut l'industrie du b&#226;timent, dont les effectifs salari&#233;s augment&#232;rent de 55 % entre 2001 et 2007, jusqu'&#224; employer pratiquement autant d'ouvriers que l'ensemble des industries de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'autre extr&#233;mit&#233; du march&#233;, les conditions de pr&#234;t aux acheteurs &#233;taient trompeuses. Non que les taux d'int&#233;r&#234;t des banques aient &#233;t&#233; particuli&#232;rement bas &#8211; d'o&#249; les profits consid&#233;rables qu'elles engrang&#232;rent durant cette p&#233;riode. Mais lorsque les prix devinrent insupportables (en 2006, ils devaient atteindre 200 % du revenu moyen annuel disponible, le niveau le plus &#233;lev&#233; dans l'OCDE apr&#232;s le Danemark), les banques eurent recours &#224; toutes sortes d'astuces. La valeur des sommes pr&#234;t&#233;es par rapport &#224; celle des logements achet&#233;s augmenta, au point qu'en 2006, pr&#232;s de 35 % des acc&#233;dants &#224; la propri&#233;t&#233; b&#233;n&#233;fici&#232;rent de pr&#234;ts sup&#233;rieurs &#224; la valeur du logement achet&#233;. De m&#234;me, la dur&#233;e moyenne des pr&#234;ts augmenta : la proportion des pr&#234;ts sur plus de trente ans passa de 10 &#224; 35 % et, pour la premi&#232;re fois, on vit appara&#238;tre des pr&#234;ts sur cinquante ans. Cette explosion des pr&#234;ts entra&#238;na une explosion de la dette des particuliers, qui passa de 100 % du PIB &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt-dix &#224; 215 % en 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le syst&#232;me bancaire fit ses choux gras de cette bulle sp&#233;culative. Entre 2000 et 2007, ses actifs furent multipli&#233;s par six, et par pr&#232;s de douze dans le cas de l'Anglo Irish Bank, la plus engag&#233;e dans les pr&#234;ts aux gros promoteurs. Les banques irlandaises &#233;tendirent leurs activit&#233;s bien au-del&#224; du march&#233; irlandais. Elles ne sp&#233;cul&#232;rent pas de fa&#231;on importante dans l'immobilier am&#233;ricain, mais elles particip&#232;rent &#224; la bulle sp&#233;culative en Grande-Bretagne, au travers de leurs filiales locales, et en Irlande du Nord.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bulle du cr&#233;dit devint telle que les d&#233;p&#244;ts des investisseurs &#233;trangers aupr&#232;s des banques irlandaises suffirent de moins en moins. La proportion des emprunts &#224; court terme sur le march&#233; de l'argent de la zone euro dans leur financement doubla, atteignant 40 % en 2006. Cela rendit le syst&#232;me bancaire irlandais &#224; la fois surcharg&#233; de pr&#234;ts tr&#232;s risqu&#233;s et surexpos&#233; aux al&#233;as du march&#233; de l'argent international.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'une des cons&#233;quences du syst&#232;me de r&#233;glementation &#171; b&#233;nin &#187; en vigueur en Irlande &#233;tait qu'on pouvait y faire pratiquement n'importe quoi, &#224; tous les niveaux. Il y avait bien une &#171; autorit&#233; de r&#233;glementation financi&#232;re &#187;. Mais sa passivit&#233; &#233;tait proverbiale. Et dans les rares cas o&#249; elle trouvait quelque chose &#224; redire, les noms des entreprises d&#233;linquantes n'&#233;taient jamais publi&#233;s car de telles r&#233;v&#233;lations auraient &#233;t&#233;, disait-elle, contraires &#224; &#171; l'int&#233;r&#234;t public &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui &#233;tait vrai de la petite d&#233;linquance financi&#232;re l'&#233;tait encore plus de la grosse d&#233;linquance. En 2005, par exemple, la commission am&#233;ricaine de r&#233;glementation des affaires boursi&#232;res, la SEC, effectua une enqu&#234;te sur une &#233;norme op&#233;ration sp&#233;culative &#224; laquelle &#233;taient m&#234;l&#233;s deux g&#233;ants de l'assurance &#8211; AIG, le num&#233;ro un mondial aujourd'hui en faillite, et General Re Corporation, le fleuron de l'empire du milliardaire Warren Buffett. Cette enqu&#234;te r&#233;v&#233;la le r&#244;le que jouait Dublin dans le monde occulte de l'assurance internationale. Le quotidien&lt;i&gt; New York Times&lt;/i&gt; rapporta que 56 multinationales de l'assurance avaient dans un complexe de Dublin des filiales qui, entre elles, encaissaient 14 milliards d'euros de primes d'assurance par an et g&#233;raient des fonds pour un total de 45 milliards d'euros &#8211; pr&#232;s d'un tiers du PIB du pays. En fait, tout se passait comme si l'Irlande &#233;tait en passe de prendre la place des Bermudes, jusqu'alors num&#233;ro un de l'assurance internationale, parce que, disait ce quotidien, l'Irlande &#233;tait devenue &#171; &lt;i&gt; le Far West de la finance europ&#233;enne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, ce laxisme allait encore plus loin s'agissant des activit&#233;s sp&#233;culatives immobili&#232;res en Irlande. En 2007, rapporte le quotidien&lt;i&gt; Financial Times&lt;/i&gt;, les tr&#232;s gros projets sp&#233;culatifs &#8211; et donc les plus risqu&#233;s &#8211; repr&#233;sentaient entre 60 et 80 % des pr&#234;ts consentis par les trois plus grandes banques irlandaises. Il en allait de m&#234;me des banques immobili&#232;res mutualistes, dont l'activit&#233; aurait d&#251; &#234;tre essentiellement consacr&#233;e, d'apr&#232;s leurs statuts, aux pr&#234;ts aux particuliers. Irish Nationwide, par exemple, la plus grosse d'entre elles, avait pr&#234;t&#233; 80 % des d&#233;p&#244;ts de ses membres &#224; un tout petit nombre de tr&#232;s gros promoteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Circonstance aggravante, ces pr&#234;ts &#224; la grosse promotion sp&#233;culative &#233;taient &#233;troitement imbriqu&#233;s : il &#233;tait fr&#233;quent qu'un m&#234;me promoteur fasse des emprunts aupr&#232;s de plusieurs banques en ayant un m&#234;me projet immobilier comme garantie. C'&#233;tait une pratique peu l&#233;gale et surtout dangereuse car, en cas de d&#233;faut de paiement d'un promoteur sur un seul emprunt, elle exposait l'ensemble du syst&#232;me &#224; un effet de dominos. Mais on ne fit jamais rien pour l'emp&#234;cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais s'il ne manquait pas de commentateurs pour d&#233;noncer les dangers d'un &#171; atterrissage &#187; brutal, les politiciens irlandais avaient, eux, d'autres priorit&#233;s. Dans la plupart des pays industrialis&#233;s, la crise mit &#224; la mode la formule &#171; trop importante pour &#234;tre abandonn&#233;e &#187;, s'agissant des grandes banques dont on pensait que l'&#201;tat viendrait &#224; leur secours quoi qu'il arrive. La version irlandaise de cette formule fut : &#171; ayant trop de relations en haut lieu pour &#234;tre abandonn&#233; &#187; &#8211; une formule qui faisait r&#233;f&#233;rence &#224; la corruption g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me et, en particulier, aux liens &#233;troits entre politiciens, en particulier ceux du Fianna Fail, et magnats de l'immobilier et de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;La bulle explose : le premier plan de sauvetage&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le march&#233; immobilier et le syst&#232;me du cr&#233;dit formaient un ch&#226;teau de cartes dont la stabilit&#233; d&#233;pendait de la hausse continue des prix immobiliers. En fait le fonctionnement de toute l'&#233;conomie irlandaise en d&#233;pendait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car le niveau de vie r&#233;el de la majorit&#233; de la population n'avait gu&#232;re augment&#233; pendant le boom. Des emplois &#233;taient apparus dans le b&#226;timent, la distribution, les services et le secteur public. Mais dans la plupart des cas les salaires y &#233;taient assez bas, surtout compte tenu de l'inflation. En plus, une partie de ces emplois devaient remplacer tous ceux qui avaient disparu dans les industries de production &#224; la fin des ann&#233;es du &#171; tigre celtique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mis &#224; part le boom de la construction, ce fut l'augmentation de la consommation des m&#233;nages qui assura l'expansion de l'&#233;conomie. Mais cette augmentation fut elle-m&#234;me le produit du cr&#233;dit et de la hausse de l'immobilier. Les m&#233;nages propri&#233;taires augmentaient leur pouvoir d'achat en r&#233;&#233;chelonnant leurs pr&#234;ts sur une p&#233;riode plus longue, ou en prenant un deuxi&#232;me pr&#234;t &#8211; toutes choses que les banques leur accordaient volontiers si la valeur de leur logement sur le march&#233; avait suffisamment augment&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#224; la mi-2006 les prix immobiliers se mirent &#224; stagner, puis ils se mirent &#224; baisser d&#233;but 2007. Initialement, dans la mesure o&#249; les banques trouvaient des fonds hors d'Irlande, la bulle du cr&#233;dit se maintint &#8211; m&#234;me si les pr&#234;ts aux particuliers &#233;taient plus difficiles &#224; obtenir. Mais face &#224; la baisse des prix, les promoteurs se mirent &#224; annuler des projets, puis &#224; fermer des chantiers. En septembre 2007, le b&#226;timent se mit &#224; d&#233;baucher. Arriv&#233; en avril 2008, 39 000 emplois avaient disparu dans cette industrie, la consommation g&#233;n&#233;rale avait commenc&#233; &#224; baisser, des supermarch&#233;s et de nombreux commerces fermaient, supprimant des dizaines de milliers d'autres emplois. Quant aux banques irlandaises, elles se voyaient contraintes de payer une prime de risque pour leurs emprunts &#224; l'&#233;tranger. Elles avaient augment&#233; leurs taux d'int&#233;r&#234;t aux particuliers, r&#233;duisant la demande de logements et acc&#233;l&#233;rant la baisse des prix, et elles avaient gel&#233; les autorisations de second pr&#234;t sur un logement, ce qui acc&#233;l&#233;ra la baisse de la consommation. Mais le pire restait encore &#224; venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, les cours des actions bancaires et immobili&#232;res irlandaises se mirent &#224; chuter. Deux semaines plus tard, 29 septembre 2008, l'ensemble des actions irlandaises subirent leur plus forte chute en vingt-cinq ans et l'Anglo Irish Bank c&#233;da 46 %. Le lendemain, le ministre des Finances Brian Lenihan annon&#231;a un plan de sauvetage : tous les d&#233;p&#244;ts et pr&#234;ts d&#233;tenus par les six plus grandes banques du pays seraient garantis par l'&#201;tat pour deux ans ; une recapitalisation de ces banques serait effectu&#233;e au moyen de fonds publics si et quand cela serait jug&#233; n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette premi&#232;re annonce ne suffit pas &#224; emp&#234;cher la paralysie du syst&#232;me bancaire. Deux semaines apr&#232;s, la garantie de l'&#201;tat fut &#233;tendue &#224; toutes les institutions financi&#232;res enregistr&#233;es en Irlande. Cela entra&#238;na un apport imm&#233;diat de fonds &#233;trangers, pour b&#233;n&#233;ficier d'une garantie qu'aucun autre &#201;tat n'offrait alors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Compar&#233; &#224; la taille de l'&#233;conomie irlandaise, ce fut un sauvetage colossal. Cette garantie &#233;quivalait d'embl&#233;e &#224; la prise en charge par l'&#201;tat de 500 milliards d'euros de dettes potentielles, soit plus de trois fois le PIB du pays, sans parler du co&#251;t de la recapitalisation des banques, et cela sans que l'&#201;tat dispose d'aucun moyen de contr&#244;le suppl&#233;mentaire sur les banques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un article de l&lt;i&gt;'Irish Times&lt;/i&gt;, Morgan Kelly, un &#233;conomiste connu pour sa critique acerbe de la bulle sp&#233;culative, r&#233;suma ainsi la situation : &#171; &lt;i&gt; Les entreprises du b&#226;timent et les promoteurs immobiliers doivent aujourd'hui 110 milliards d'euros. [&#8230;] Avec l'explosion de la bulle immobili&#232;re, il est maintenant de plus en plus improbable que les banques r&#233;cup&#232;rent plus qu'une fraction de cette somme. En particulier, elles ne reverront pratiquement rien des 25 milliards d'euros qu'elles ont pr&#234;t&#233;s aux entreprises du b&#226;timent pour construire les lotissements fantomatiques et autres immeubles d'appartements vides qui polluent aujourd'hui le paysage. [&#8230;] Non seu&#173;lement la garantie sur les pr&#234;ts bancaires offerte par le gouvernement ne r&#233;sout pas le probl&#232;me sous-jacent de la toxicit&#233; de ces pr&#234;ts, mais elle expose le contribuable irlandais &#224; subir des pertes &#233;normes. [&#8230;] Supposez que vous soyez une banque qui a consenti un pr&#234;t de 100 millions d'euros chacun &#224; dix promoteurs ; il vous suffit d'en faire un seul instrument financier que vous pourrez revendre sur le march&#233;, avec la signature de Brian Lenihan, pour 1 milliard d'euros. Mais le jour o&#249; les d&#233;biteurs feront d&#233;faut sur leurs dettes, ce sera au contribuable de payer la note.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fut tr&#232;s vite &#233;vident que le sauvetage bancaire n'avait pas r&#233;solu les probl&#232;mes des banques, puisqu'il ne r&#233;ussit pas enrayer la chute de leurs actions. Trois mois plus tard, Brian Lenihan dut proc&#233;der &#224; la nationalisation partielle des trois plus grandes banques du pays : l'&#201;tat prit une participation de 25 % dans Allied Irish Banks, de 16 % dans la Bank of Ireland et nationalisa compl&#232;&#173;tement l'Anglo Irish Bank. Dans le cas de Bank of Ireland, ce fut le Fonds national de r&#233;serve des retraites qui finan&#231;a la prise de participation. Or ce fonds est cens&#233; financer l'augmentation du co&#251;t de la retraite d'&#201;tat pr&#233;vue &#224; partir de 2025 &#8211; et tant pis pour le prix que les retrait&#233;s auront &#224; payer dans quinze ans pour les largesses d'aujourd'hui !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le poids du sauvetage bancaire sur les finances du pays se fit imm&#233;diatement sentir. Moins de trois mois apr&#232;s son annonce, le taux d'int&#233;r&#234;t que le gouvernement avait &#224; payer pour le refinancement de la dette publique avait d&#233;j&#224; augment&#233; de trois points &#8211; ce qui en faisait, &#224; l'&#233;poque, le plus &#233;lev&#233; de la zone euro. &#192; partir de ce moment, l'alourdissement du service de la dette servit de pr&#233;texte &#224; la longue s&#233;rie de mesures d'aust&#233;rit&#233; qui suivirent, afin de faire payer &#224; la population laborieuse la note d'une crise caus&#233;e par la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative du petit groupe de sp&#233;culateurs &#171; ayant trop de relations en haut lieu pour &#234;tre abandonn&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Le gouvernement se retourne contre la classe ouvri&#232;re&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; le sauvetage de la finance, d&#232;s l'&#233;t&#233; 2008 l'&#233;conomie irlandaise se trouva officiellement en r&#233;cession. Les licenciements se multipliaient dans tous les secteurs. Au cours du premier semestre de l'ann&#233;e, ils avaient augment&#233; de 27 % par rapport au premier semestre 2007, tandis que le nombre des b&#233;n&#233;ficiaires de l'allocation ch&#244;mage avait augment&#233; de 31 %. Un grand nombre de foyers ouvriers avaient pris du retard dans le paiement de leurs traites immobili&#232;res et de leurs factures de gaz ou d'&#233;lectricit&#233;. Ce fut &#224; ce moment que le gouvernement annon&#231;a un budget anticip&#233; d'urgence afin de ralentir la croissance de son d&#233;ficit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce budget, qui fut finalement adopt&#233; en octobre, comportait toute une s&#233;rie de coupes claires. 41 organismes d'&#201;tat devaient &#234;tre dissous ou privatis&#233;s. Toute une s&#233;rie de programmes d'utilit&#233; publique disparaissaient &#8211; dont un programme de vaccination pr&#233;ventive contre le cancer du col de l'ut&#233;rus qui ne co&#251;tait pourtant que 10 millions d'euros, soit 0,07 % du budget de la Sant&#233; publique, une goutte d'eau infime dans l'oc&#233;an du d&#233;ficit budg&#233;taire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La suppression de l'attribution automatique de la Carte m&#233;dicale (qui donne un acc&#232;s pratiquement gratuit aux soins m&#233;dicaux) aux plus de 70 ans causa n&#233;anmoins un scandale. Le 22 octobre, une manifestation inhabituelle rassembla 15 000 retrait&#233;s devant le Parlement de Dublin pour protester contre cette mesure. La col&#232;re des manifestants s'exprimait sur des pancartes manuscrites disant, par exemple :&lt;i&gt; &#171; Abattez-nous, &#231;a sera plus vite fait ! &#187;&lt;/i&gt; Simultan&#233;ment, l'annonce d'une hausse de 600 euros des frais d'inscription dans les universit&#233;s jeta des milliers d'&#233;tudiants dans les rues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Politiquement, la mesure la plus importante de ce budget d'urgence &#233;tait un pr&#233;l&#232;vement de 1 &#224; 2 % sur les salaires bruts et les allocations sociales, y compris pour les plus pauvres. Cette mesure unilat&#233;rale &#233;tait un camouflet pour les leaders syndicaux qui venaient juste de signer un accord salarial dans le cadre du &#171; partenariat social &#187;, o&#249; ils avaient accept&#233; que les augmentations d&#233;j&#224; pr&#233;vues soient annul&#233;es et remplac&#233;es par un gel des salaires de onze mois, suivi par une augmentation de 6 % &#233;tal&#233;e sur les dix mois suivants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or voil&#224; que le gouvernement prenait la d&#233;cision de r&#233;duire les salaires, et pas seulement de les geler ! Pour les leaders syndicaux, le probl&#232;me n'&#233;tait pas tant qu'ils &#233;taient oppos&#233;s au principe d'une telle r&#233;duction. Mais une baisse des salaires nominaux, c'&#233;tait quand m&#234;me plus difficile &#224; faire avaler aux travailleurs qu'un gel des salaires. Les dirigeants syndicaux protest&#232;rent donc avec v&#233;h&#233;mence, tout en se gardant bien de revendiquer par exemple que, si pr&#233;l&#232;vement il devait y avoir, c'&#233;tait aux riches et aux sp&#233;culateurs d'en supporter les frais, et non aux travailleurs. Finalement, Brian Lenihan leur donna l'occasion de pr&#233;senter leur renoncement comme une &#171; victoire &#187;, en acceptant de limiter le pr&#233;l&#232;vement aux seuls revenus sup&#233;rieurs ou &#233;gaux au salaire minimum. &#192; cette occasion, avec une cynique inconscience, Lenihan se vanta fi&#232;rement de ce que sa &#171; g&#233;n&#233;rosit&#233; &#187; b&#233;n&#233;ficierait &#224; 36 % de la population laborieuse ! Mais le bilan de tout cela n'en restait pas moins une baisse g&#233;n&#233;rale des revenus r&#233;els et, pour 64 % de la classe ouvri&#232;re, une baisse des revenus nominaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela n'&#233;tait que le d&#233;but des mesures antiouvri&#232;res. L'ann&#233;e 2009 d&#233;marra avec les annonces presque simultan&#233;es de la suppression de 1 900 emplois &#224; l'usine Dell de Limerick (Dell est la plus importante entreprise de haute technologie en Irlande et cette usine sa principale unit&#233; de production, dont d&#233;pendaient environ 10 000 emplois sous-traitants) et de la mise en liquidation de Waterford Wedgewood, le symbole de l'industrie traditionnelle irlandaise, avec la fermeture de sa derni&#232;re usine de cristal. En m&#234;me temps, les leaders syndicaux reprirent le chemin de la table des n&#233;gociations pour r&#233;viser l'accord pr&#233;c&#233;dent, suite &#224; de nouvelles exigences du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette fois, Lenihan r&#233;clamait une r&#233;duction de salaire de 10 % sur l'ensemble du secteur public. Lorsque les leaders syndicaux s'y oppos&#232;rent, Lenihan proposa une &#171; alternative &#187; : un pr&#233;l&#232;vement suppl&#233;mentaire de 7 % sur les salaires bruts pour le financement de la retraite du public ; l'ajournement sine die de toutes les augmentations de salaire pr&#233;vues dans les accords pr&#233;c&#233;dents ; et une r&#233;duction de 25 % de toutes les primes non salariales. Et pour faire bonne mesure, Lenihan ajouta que, si les leaders syndicaux ne donnaient pas leur accord, c'en serait fini du &#171; partenariat social &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut cette derni&#232;re menace qui mit les appareils syndicaux en mouvement. Parce que, pour ce qui est des baisses de salaire, ils n'&#233;taient pas contre. C'est ainsi par exemple que Jack O'Connor, le leader de SIPTU, le plus grand des syndicats du secteur public, avait tenu &#224; souligner que les syndicats &#171; &lt;i&gt; avaient la responsabilit&#233; de jouer leur r&#244;le&lt;/i&gt; &#187; dans la mise en place de mesures d'aust&#233;rit&#233;. Un autre leader syndical du secteur public, Dan Murphy, avait repris &#224; son compte la menace &#233;cul&#233;e, agit&#233;e alors par la presse de droite, d'une intervention in&#233;vitable du FMI si les mesures n&#233;cessaires n'&#233;taient pas prises. En fait, la seule objection qui tenait &#224; c&#339;ur aux leaders syndicaux, c'&#233;tait que le gouvernement puisse envisager de prendre des mesures d'aust&#233;rit&#233; en se passant de leur accord explicite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les appareils syndicaux lanc&#232;rent donc une campagne d'actions, en principe pour protester contre ces mesures, mais en r&#233;alit&#233; prin&#173;ci&#173;pa&#173;lement contre la menace du gouvernement d'abandonner le cadre r&#233;glementaire du &#171; partenariat social &#187;. Le point culminant de cette campagne fut une manifestation r&#233;unissant 120 000 travailleurs &#224; Dublin, mobilisation sans pr&#233;c&#233;dent dans une ville qui ne compte que 1,6 million d'habitants. L'&#233;tape suivante &#233;tait cens&#233;e &#234;tre une s&#233;rie de gr&#232;ves tournantes dans le public et une gr&#232;ve nationale de 24 heures dans le public et le priv&#233;. Mais Lenihan choisit de passer en force. Il eut recours &#224; une proc&#233;dure d'urgence pour faire adopter par le Parlement le pr&#233;l&#232;vement de 7 % pour la retraite &#224; compter du 1er mars. Apr&#232;s quoi, il proposa aux syndicats de reprendre les n&#233;gociations &#8211; ce que les leaders syndicaux accept&#232;rent avec le plus grand empressement, tout en annulant toutes les actions pr&#233;vues. L'important pour eux &#233;tait qu'ils puissent poursuivre le &#171; dialogue &#187;, quel qu'en soit le prix pour les travailleurs !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;Un nouveau tour de vis&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mais d'autres mesures d'aust&#233;rit&#233; &#233;taient d&#233;j&#224; en pr&#233;paration. Le gouvernement ne s'en cachait d'ailleurs pas, prenant pr&#233;texte de son d&#233;ficit croissant, d'autant qu'en mars les agences de notation avaient d&#233;j&#224; r&#233;trograd&#233; la dette de l'&#201;tat irlandais une premi&#232;re fois, et qu'elles le firent de nouveau en juillet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce m&#234;me mois, un rapport officiel &#233;baucha un programme de &#171; transformation du secteur public &#187; visant &#224; r&#233;aliser 5,3 milliards d'euros d'&#233;conomies. Il proposait en particulier une baisse des salaires, 17 000 suppressions d'emplois (environ 6 % du total), une baisse des allocations sociales et une augmentation du nombre et du montant des charges pay&#233;es pour la fourniture des services publics.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le mois de septembre, avant que les recommandations de ce rapport aient &#233;t&#233; of&#173;fi&#173;ciel&#173;lement adopt&#233;es par le gouvernement, leurs effets se faisaient d&#233;j&#224; sentir. Ainsi, les services offrant une aide mat&#233;rielle et morale aux ch&#244;meurs et aux familles en grande difficult&#233; voyaient-ils leur financement dispara&#238;tre un peu partout. Il en r&#233;sulta une vague de manifestations de protestation organis&#233;es &#224; partir du d&#233;but octobre par les sections locales de SIPTU, vague dont le point culminant fut la journ&#233;e du 3 novembre, au cours de laquelle 150 000 travailleurs prirent part &#224; des manifestations coordonn&#233;es dans toutes les grandes villes. Apr&#232;s le succ&#232;s de cette journ&#233;e, l'ICTU (Conf&#233;d&#233;ration irlandaise des syndicats, l'unique centrale syndicale) lan&#231;a une campagne autour du slogan&lt;i&gt; &#171; Debout ! R&#233;sistance ! &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(&#171; Get up ! Stand up ! &#187;&lt;/i&gt;) pour d&#233;fendre le public. Son lancement fut marqu&#233; par une premi&#232;re journ&#233;e nationale d'action au cours de laquelle des dizaines de milliers de travailleurs d&#233;bray&#232;rent &#224; la pause de midi pour participer &#224; des meetings de protestation. L'&#233;tape suivante devait &#234;tre une gr&#232;ve nationale de 24 heures pr&#233;vue pour le 24 novembre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette affaire, le principal objectif des leaders syndicaux &#233;tait d'emp&#234;cher une r&#233;p&#233;tition de l'humiliation qui leur avait &#233;t&#233; inflig&#233;e en mars. En se livrant ainsi &#224; une d&#233;monstration de force au moment o&#249; se pr&#233;paraient &#224; la fois des n&#233;gociations salariales dans le cadre du &#171; partenariat social &#187; et le budget de d&#233;cembre, ils esp&#233;raient sans doute que, cette fois, le gouvernement ne prendrait pas le risque d'imposer ses conditions en passant par-dessus leurs t&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les appareils syndicaux n'entendaient pas pour autant organiser la r&#233;sistance. Le jour m&#234;me o&#249; la gr&#232;ve nationale appel&#233;e par l'ICTU paralysait le secteur public, le 24 novembre, Peter McLoone, responsable des n&#233;gociateurs de l'ICTU et leader d'IMPACT, l'un des syndicats du public, expliquait qu'il &#233;tait &#171; n&#233;cessaire &#187; d'accepter des mesures d'aust&#233;rit&#233; temporaires, que le rapport sur la &#171; transformation du secteur public &#187; pouvait servir de base de n&#233;gociation et qu'il serait&lt;i&gt; &#171; possible de trouver une alternative qui permette au gouvernement de r&#233;aliser les &#233;conomies dont il a besoin &#187;&lt;/i&gt;. Le m&#234;me jour, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de SIPTU, Jack O'Connor, jeta un &#233;clairage encore plus cru sur ce que les leaders syndicaux &#233;taient pr&#234;ts &#224; conc&#233;der, en ayant le culot de d&#233;clarer que&lt;i&gt; &#171; le boom s'est traduit par une augmentation des salaires et des co&#251;ts salariaux disproportionn&#233;e par rapport &#224; nos concurrents &#233;trangers &#187;&lt;/i&gt; ! On voit mal ce que Lenihan aurait pu dire de plus pour justifier son plan d'aust&#233;rit&#233; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussit&#244;t les n&#233;gociations entam&#233;es, pour montrer leur bonne volont&#233;, les leaders syndicaux annul&#232;rent une autre journ&#233;e nationale de gr&#232;ve qui avait &#233;t&#233; pr&#233;vue pour d&#233;cembre. Ils for&#173;mu&#173;l&#232;rent alors leur propre alternative au plan du gouvernement. Pour &#233;viter de nouvelles r&#233;ductions de salaire, ils propos&#232;rent un programme de cong&#233;s sans solde obligatoires, entra&#238;nant une diminution moyenne de 7 % du salaire annuel et de nouvelles n&#233;gociations sur la base du rapport de juillet sur la &#171; transformation du secteur public &#187;. Lenihan obtenait l'essentiel de ce qu'il voulait, mais il y manquait quelque chose : une baisse des salaires du public, pour faire pression &#224; la baisse sur l'ensemble des salaires. Qui plus est, &#224; un moment o&#249; le gouvernement cherchait &#224; r&#233;duire la classe ouvri&#232;re &#224; la soumission, Lenihan n'avait aucun int&#233;r&#234;t &#224; para&#238;tre c&#233;der aux syndicats. Au contraire, il voulait montrer que c'&#233;tait lui qui menait la danse &#8211; tout en sachant qu'il pourrait compter sur les appareils syndicaux pour contenir toute r&#233;sistance dans les rangs des travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, le 4 d&#233;cembre, ce ne furent pas les repr&#233;sentants syndicaux qui rompirent les n&#233;gociations, mais ceux du gouvernement. Moins d'une semaine plus tard, Lenihan annon&#231;ait les attaques qu'il avait depuis longtemps d&#233;cid&#233; d'int&#233;grer dans son budget de d&#233;cembre : baisse de 5 &#224; 10 % de tous les salaires du secteur public ; baisse des allocations ch&#244;mage, allant jusqu'&#224; 50 % pour la tranche des 20-21 ans ; baisse moyenne de 4,1 % de toutes les allocations sociales ; augmentation de 50 % de la part fixe pay&#233;e par les assur&#233;s sociaux pour chaque m&#233;dicament prescrit, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En toute logique ce passage en force aurait d&#251; sonner le glas du &#171; partenariat social &#187; &#8211; au moins dans un avenir pr&#233;visible. Mais il n'en fut rien. Pendant les deux mois qui suivirent, les appareils syndicaux boud&#232;rent ostensiblement le gouvernement, en signe de protestation contre ces mesures unilat&#233;rales. Comme ils l'avaient fait avant les n&#233;gociations de d&#233;cembre, ils appel&#232;rent &#224; quelques manifestations de protestation &#8211; ou plut&#244;t ils laiss&#232;rent la bride sur le cou &#224; celles de leurs sections locales qui voulurent le faire. Mais ils se gard&#232;rent bien de donner la moindre occasion aux travailleurs de prendre la mesure de leur col&#232;re et de leur volont&#233; de r&#233;sistance, par des initiatives &#224; une autre &#233;chelle. En fait, il suffit au gouvernement de claquer des doigts pour que les leaders syndicaux se pr&#233;cipitent pour reprendre leur place autour du tapis vert &#8211; cette fois, pour discuter sur la base du rapport sur la &#171; transformation du secteur public &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accord issu de ces n&#233;gociations conserve toutes les mesures du rapport, &#224; ceci pr&#232;s que le nombre des suppressions d'emplois n'y est pas sp&#233;cifi&#233;. En revanche, il comporte des mesures suppl&#233;mentaires : jusqu'en d&#233;cembre 2014, date &#224; laquelle prend fin l'accord, toute augmentation salariale devra &#234;tre &#171; financ&#233;e &#187; par des suppressions d'emplois ; il ne pourra &#234;tre question d'ici l&#224; de revenir sur les baisses de salaire ni sur les pr&#233;l&#232;vements obligatoires ; tout salari&#233; du public pourra d&#233;sormais &#234;tre &#171; red&#233;ploy&#233; &#187; dans tout autre secteur et emploi en fonction des besoins, &#224; titre temporaire ou permanent ; les nouveaux embauch&#233;s ne b&#233;n&#233;ficieront plus d&#233;sormais que d'une couverture retraite tr&#232;s r&#233;duite par rapport aux conditions existantes, etc.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Vers une nouvelle aggravation ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, l'Irlande est l'un des pays industrialis&#233;s les plus touch&#233;s par la crise en termes de PIB, avec une baisse de 12,7 % au cours des deux ann&#233;es &#233;coul&#233;es. Le nombre de logements vides faute d'acqu&#233;reur ou de locataire est &#233;quivalent &#224; la totalit&#233; de la production des ann&#233;es 2007 et 2008. Sur l'ensemble du pays, le prix moyen des logements a baiss&#233; de 35 % depuis la mi-2006. Mais le prix des terrains constructibles s'est effondr&#233; de 80 % en moyenne. Quant aux revenus du gouvernement, ils auront baiss&#233; de quelque 30 % au cours de la seule ann&#233;e 2009, tandis que son d&#233;ficit d&#233;passe les 13 % du PIB. En termes &#233;conomiques, c'est une catastrophe qui n'a pas d'&#233;quivalent dans l'histoire irlandaise depuis le 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce que refl&#232;te la d&#233;gradation de la situation sociale. Du fait des baisses de salaire, l'Irlande est l'un des seuls pays de l'OCDE o&#249; le salaire nominal moyen a baiss&#233; &#8211; et cette statistique ne tient compte ni des pr&#233;l&#232;vements obligatoires, ni des baisses d'allocations sociales. Le taux de ch&#244;mage atteint officiellement 14 % de la population &#171; capable de travailler &#187;. Mais ce chiffre masque le fait que l'&#233;migration a repris sur une grande &#233;chelle, avec pr&#232;s de 100 000 Irlandais prenant le chemin de l'exil au cours des quinze derniers mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte que sont apparues de nouvelles failles dans le syst&#232;me bancaire du pays. Une s&#233;rie d'annonces faites au cours des deux premiers mois de cette ann&#233;e a r&#233;v&#233;l&#233; l'importance colossale des pertes que les cinq principales institutions bancaires gardaient dissimul&#233;es dans leurs comptes. Au total ce sont 82 milliards d'euros de pr&#234;ts &#171; toxiques &#187; &#8211; plus de la moiti&#233; du PIB irlandais ! &#8211; qui ont &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;s par les cinq plus grandes banques du pays, dont 38 milliards d'euros par l'Anglo Irish Bank, pourtant nationalis&#233;e. Mais rien ne dit que ces chiffres, bas&#233;s sur les propres estimations des banques, refl&#232;tent les pertes et la folie sp&#233;culative r&#233;elles du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;but mars, les sp&#233;culateurs se mirent &#224; se d&#233;barrasser de leurs actions bancaires irlandaises. Le 30 mars, apr&#232;s que l'action Allied Irish Banks a chut&#233; de 20 % en une seule s&#233;ance, le gouvernement annon&#231;a un nouveau plan de sauvetage. Celui-ci engage les fonds publics, de fa&#231;on directe et imm&#233;diate, sur une &#233;chelle bien plus importante que le pr&#233;c&#233;dent plan. NAMA, un organisme d'&#201;tat cr&#233;&#233; &#224; cet effet, doit racheter les 82 milliards d'euros de pr&#234;ts &#171; toxiques &#187; r&#233;v&#233;l&#233;s plus t&#244;t. Ces titres, invendables sur le march&#233;, seront rachet&#233;s pour 52 milliards d'euros. C'est le prix th&#233;orique qu'auraient eu ces titres en novembre dernier, cynisme &#233;hont&#233; quand on sait que le seul fait de choisir cette date, au lieu de celle du rachat, &#233;quivaut &#224; un cadeau de 1,5 milliard d'euros aux banques, &#233;quivalant au montant annuel du pr&#233;l&#232;vement de 7 % impos&#233; aux travailleurs du public !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le de NAMA n'est pas seulement de venir en aide aux banques, mais aussi d'&#233;tendre l'aide de l'&#201;tat aux sp&#233;culateurs immobiliers, promoteurs et autres propri&#233;taires fonciers, qui ont g&#233;n&#233;r&#233; ces pr&#234;ts &#171; toxiques &#187; et consid&#232;rent aujourd'hui que c'est &#224; l'&#201;tat, et donc &#224; la population laborieuse, de payer leurs dettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En plus de ce rachat de pr&#234;ts &#171; toxiques &#187;, l'&#201;tat va injecter 22 milliards d'euros dans les cinq institutions bancaires. De ce fait, en plus de l'Anglo Irish Bank qui est d&#233;j&#224; nationalis&#233;e, le gouvernement prendra le contr&#244;le de fait des quatre autres institutions, sans pour autant se donner les moyens d'exercer le moindre contr&#244;le r&#233;el sur leurs activit&#233;s et sans la moindre garantie que d'autres titres &#171; toxiques &#187; n'y feront pas leur apparition &#224; un moment ou &#224; un autre. Dans les faits, cela revient &#224; dire que l'&#201;tat irlandais est menac&#233; en permanence par la faillite. S'il n'y sombre pas, pour l'instant, c'est sans doute du fait des cons&#233;quences impr&#233;visibles d'une telle faillite pour la finance britannique et am&#233;ricaine, pour qui l'Irlande constitue une plaque tournante trop pr&#233;cieuse. Mais jusqu'&#224; quand et dans quelle mesure cette situation pr&#233;caire pourra-t-elle se prolonger ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce gouffre cr&#233;&#233; par le march&#233; capitaliste que la classe ouvri&#232;re irlandaise est maintenant cens&#233;e combler, &#224; un prix exorbitant, avec ses emplois, ses salaires, ses services publics et ses conditions de vie. &#192; ce jour les travailleurs irlandais ont &#233;t&#233; paralys&#233;s dans leurs tentatives de r&#233;sister aux attaques de la bourgeoisie, par le &#171; partenariat social &#187; des appareils syndicaux. Mais une explosion de col&#232;re, caus&#233;e par une mesure d'aust&#233;rit&#233; de trop, pourrait commencer &#224; renverser cette situation. Et peut-&#234;tre verra-t-on alors une r&#233;surgence du &#171; tigre celtique &#187;, mais cette fois arm&#233; d'un programme prol&#233;tarien, visant &#224; combattre le parasitisme du capital et &#224; se lib&#233;rer du carcan impos&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re par des appareils syndicaux complices de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;25 avril 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>France - La droite apr&#232;s sa d&#233;faite aux &#233;lections r&#233;gionales</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/france-la-droite-apres-sa-defaite</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/france-la-droite-apres-sa-defaite</guid>
		<dc:date>2010-05-14T21:02:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				La d&#233;faite &#233;lectorale de l'UMP lors des r&#233;gionales de mars 2010 n'a, et il fallait s'y attendre, rien chang&#233; &#224; la politique du gouvernement. Mais elle a profond&#233;ment modifi&#233; la situation au sein de la droite. L'UMP avait eu beaucoup de mal &#224; r&#233;gler la composition de ses listes, non seulement avec ses alli&#233;s du Nouveau centre ou des amis de Christine Boutin et de Philippe de Villiers, mais aussi en son propre sein, comme l'a illustr&#233; en particulier la rivalit&#233; en Ile-de-France entre Val&#233;rie P&#233;cresse et (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH141/arton11236-20c29.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='141' class='spip_logos' style='height:141px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;faite &#233;lectorale de l'UMP lors des r&#233;gionales de mars 2010 n'a, et il fallait s'y attendre, rien chang&#233; &#224; la politique du gouvernement. Mais elle a profond&#233;ment modifi&#233; la situation au sein de la droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'UMP avait eu beaucoup de mal &#224; r&#233;gler la composition de ses listes, non seulement avec ses alli&#233;s du Nouveau centre ou des amis de Christine Boutin et de Philippe de Villiers, mais aussi en son propre sein, comme l'a illustr&#233; en particulier la rivalit&#233; en Ile-de-France entre Val&#233;rie P&#233;cresse et Roger Karoutchi. Mais elle n'en avait pas moins fait de &#171; l'unit&#233; &#187; de la droite l'un des arguments de sa campagne, expliquant &#224; qui mieux mieux que si les diff&#233;rents partis de gauche seraient oblig&#233;s au lendemain du premier tour de n&#233;gocier des accords et des compromis politiques, la droite se pr&#233;sentait, elle, avec un programme qui faisait l'unanimit&#233; de ses composantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;De l'unanimit&#233; &#224; la grogne&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#171; Quand il y a des divisions, notre &#233;lectorat se pose des questions et ne va pas voter &#187;,&lt;/i&gt; avait d&#233;clar&#233; le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UMP, Xavier Bertrand&#8230; ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; une fraction notable de cet &#233;lectorat de s'abstenir, ou de voter pour le Front national. Mais m&#234;me les amis de Dominique de Villepin proclamaient leur loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de Nicolas Sarkozy. Les raisons de cette fid&#233;lit&#233; &#233;taient simples &#224; comprendre. Comme devait le d&#233;clarer le m&#234;me Xavier Bertrand apr&#232;s les r&#233;gionales :&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; Nous sommes tous d'accord que la l&#233;gitimit&#233; que nous tenons les uns et les autres, nous la tenons du pr&#233;sident de la R&#233;publique &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cisant, pour ceux qui n'auraient pas bien compris&#173; &lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; :&#171; Si Nicolas Sarkozy n'avait pas &#233;t&#233; &#233;lu, je n'aurais sans doute pas &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;put&#233; de l'Aisne dans la foul&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lendemain de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2007, Sarkozy &#233;tait devenu le seul dispensateur de si&#232;ges, de postes et de sin&#233;cures diverses. Se pr&#233;sentant en partisan de &#171; l'ouverture &#187;, il avait r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de satellite la plus grande partie de l'UDF sous le nom de Nouveau centre, r&#233;duisant la formation de Bayrou &#224; la portion congrue. Quant &#224; l'extr&#234;me droite parlementaire, essentiellement repr&#233;sent&#233;e par le Front national, elle avait perdu une grande partie de son &#233;lectorat au profit d'un Sarkozy qui lui avait largement emprunt&#233; sa d&#233;magogie s&#233;curitaire, anti-immigr&#233;s et son langage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais vis-&#224;-vis de la fraction la plus r&#233;actionnaire de l'&#233;lectorat, le pouvoir de s&#233;duction de Sarkozy a vite &#233;t&#233; mis &#224; rude &#233;preuve. L'&#233;talage ostensible de ses amiti&#233;s avec tous les milliardaires que compte le pays, le c&#244;t&#233; &#171; bling-bling &#187; de sa pr&#233;sidence, l'&#233;talage de sa vie priv&#233;e, la politique &#171; d'ouverture &#187; en direction de transfuges du Parti socialiste, le choix de ministres d'origine maghr&#233;bine, dont l'ancienne pr&#233;sidente de Ni putes, ni soumises, n'ont pu que froisser un certain nombre de susceptibilit&#233;s dans l'&#233;lectorat &#171; catholique et fran&#231;ais, d'abord &#187;. En lan&#231;ant &#224; quelques mois des &#233;lections r&#233;gionales un grand d&#233;bat sur &#171; l'identit&#233; nationale &#187;, l'&#233;quipe Sarkozy- Fillon-Besson a ouvert en outre un boulevard au Front national, lui permettant de d&#233;velopper vis-&#224;-vis de la fraction la plus r&#233;actionnaire de l'&#233;lectorat des opinions plus radicalement x&#233;nophobes que celles affich&#233;es par le parti du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce m&#233;contentement d'une partie de l'&#233;lectorat de droite a sans doute bien plus compt&#233; dans le recul &#233;lectoral de l'UMP aux r&#233;gionales que les d&#233;sillusions de la fraction de l'&#233;lectorat populaire qui avait pu se laisser s&#233;duire par Sarkozy en 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, apr&#232;s la cuisante d&#233;route subie aux r&#233;gionales, qui a &#233;t&#233; aussi une d&#233;faite personnelle pour Sarkozy, c'est la capacit&#233; de celui-ci &#224; rejouer ce r&#244;le de distributeur de pr&#233;bendes, dans la perspective de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2012, qui est &#224; l'origine d'un malaise au sein de l'UMP, malaise qui s'exprime par la grogne de nombreux d&#233;put&#233;s et par des initiatives remettant plus ou moins ouvertement en cause l'unit&#233; de celle-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a d&#233;j&#224; longtemps que le pr&#233;sident du groupe parlementaire UMP, Jean-Fran&#231;ois Cop&#233;, qui ne se cache pas de r&#234;ver &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2017 (mais pourquoi pas &#224; celle de 2012), joue les trouble-f&#234;te au sein de son parti. Mais, accus&#233; d&#233;but avril par le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale d'&#234;tre responsable d'un&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; dysfonctionnement institutionnel &#187;&lt;/i&gt;, il a aussit&#244;t re&#231;u le soutien d'un d&#233;put&#233; UMP de l'H&#233;rault, Jean-Pierre Grand, qui a d&#233;clar&#233; que ce dysfonctionnemen&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;t &#171; est la cons&#233;quence d'un pr&#233;sident de la R&#233;publique qui exerce toutes les fonctions de l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre d&#233;put&#233; UMP, de Haute-Savoie celui-ci, Lionel Tardy, jugeait ainsi, au lendemain de ces &#233;lections, le travail parlementaire de l'Assembl&#233;e &lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; : &#171; Nous avons examin&#233; trop de textes depuis 2007, dans des conditions souvent ex&#233;crables qui ne permettent pas de bien travailler. [&#8230;] Nous devons nous recentrer sur les textes int&#233;ressant vraiment la vie quotidienne des Fran&#231;ais, plut&#244;t que de gesticuler sur des sujets comme le droit p&#233;nal, o&#249; tous les instruments existent d&#233;j&#224;. [&#8230;] Il faut en finir avec ces textes &#171; faits divers &#187; : un fait divers le matin, une r&#233;union l'apr&#232;s-midi, un projet de loi le soir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de ces &#233;tats d'&#226;me, la question que se posent nombre de responsables UMP, c'est la capacit&#233; de Nicolas Sarkozy &#224; gagner l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2012. C'est ainsi que le s&#233;nateur UMP de l'Orne, Alain Lambert, d&#233;clarait d&#233;but avril :&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; Nicolas Sarkozy n'est pas en situation de faire gagner nos id&#233;es en 2012 &#187;&lt;/i&gt;, critiquant&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; des m&#233;thodes qui nous entra&#238;nent tout droit dans l'ab&#238;me &#187;&lt;/i&gt;, en pr&#233;cisant qu'Alain Jupp&#233; ferait sans doute un meilleur candidat. Celui-ci a accus&#233; r&#233;ception du message en d&#233;clarant qu'il envisage d'&#234;tre candidat en 2012 si Sarkozy ne se repr&#233;sente pas&#8230; ce qui ne veut pas dire qu'il ne pourrait pas tenter sa chance dans le cas contraire. On sait, depuis la pr&#233;sidentielle de 1995 et le duel Balladur-Chirac, que des&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; amiti&#233;s de trente ans &#187;&lt;/i&gt; ne suffisent pas &#224; &#233;viter ce genre de situation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est &#233;videmment Dominique de Villepin qui s'est pos&#233; le plus ouvertement en rival de Sarkozy. Il a d&#233;j&#224; annonc&#233; pour le 19 juin la cr&#233;ation de son propre mouvement, laissant en suspens la question de savoir si celui-ci serait partie int&#233;grante ou non de l'UMP. Mais pour le d&#233;put&#233; villepiniste Jean-Pierre Grand, d&#233;j&#224; cit&#233;, les choses sont simples :&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; On fait un rassemblement, que les gens viennent de partout, c'est le principe. Pour l'instant, nous restons dans le groupe parlementaire UMP. &#199;a ne pose pas de probl&#232;me majeur. Apr&#232;s, &#224; l'UMP [&#8230;] s'ils ne veulent plus de nous, on n'en fera pas une jaunisse. &#187;&lt;/i&gt; Et sans attendre le 19 juin, de Villepin a d&#233;j&#224; commenc&#233; ce qui ressemble fort &#224; une campagne &#233;lectorale, en promenant ses escarpins dans le fumier des fermes visit&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le chef de file du Nouveau centre, Herv&#233; Morin, s'est prononc&#233; en faveur d'une candidature de son courant &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Modem de Bayrou a quasi disparu de la sc&#232;ne politique, mais l'unit&#233; sans faille de la quasi-totalit&#233; de la droite parlementaire derri&#232;re Sarkozy appartient d&#233;sormais au pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Un retour vers la situation ant&#233;rieure&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mais en fait, cette nouvelle situation de la droite fran&#231;aise ne fait que renouer avec tout ce que celle-ci a connu depuis des d&#233;cennies. Ce sont les trois premi&#232;res ann&#233;es du quinquennat de Sarkozy qui font figure d'exception. La division est une vieille tradition de la droite fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Quatri&#232;me R&#233;publique, pour ne pas remonter plus loin dans le temps, &#233;tait caract&#233;ris&#233;e par une tr&#232;s grande instabilit&#233; minist&#233;rielle : de janvier1947 &#224; juin1958, vingt gouvernements diff&#233;rents se sont succ&#233;d&#233;, soit une long&#233;vit&#233; moyenne de moins de sept mois, avec un record de deux jours pour un gouvernement Robert Schuman (du 5 au 7 septembre 1948) et pour un gouvernement Henri Queuille (du 2 au 4 juillet 1950).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'une des causes de cette instabilit&#233; &#233;tait l'existence de petits groupes parlementaires charni&#232;res, au centre de l'&#233;chiquier politique, qui pouvaient faire ou d&#233;faire des majorit&#233;s, et offrir ainsi des perspectives de promotion minist&#233;rielle &#224; leurs membres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revenant au pouvoir en 1958, De Gaulle avait l'ambition de mettre fin &#224; cet &#233;tat de fait, en mettant en place le mode de scrutin majoritaire qui est encore en vigueur aujourd'hui, et en imposant que les ministres, quand il s'agissait de parlementaires, renoncent &#224; leur si&#232;ge au b&#233;n&#233;fice de leur suppl&#233;ant pour toute la dur&#233;e de la l&#233;gislature, r&#232;gle qui est d'ailleurs r&#233;guli&#232;rement tourn&#233;e depuis longtemps par la d&#233;mission dudit suppl&#233;ant quand le ministre perd son maroquin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De Gaulle &#233;tait revenu au pouvoir non seu&#173;lement avec le soutien de toute la droite, mais aussi avec celui de la majorit&#233; du Parti socialiste. Mais il ne lui fallut gu&#232;re plus d'un an pour perdre l'appui d'une fraction importante de cette droite, d&#232;s qu'il s'engagea vers la politique &#171; d'autod&#233;termination &#187; en Alg&#233;rie. Et d&#232;s lors, il ne fut plus jamais capable de faire l'unanimit&#233; de la droite fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mai 1962, quand De Gaulle au cours d'une conf&#233;rence de presse exprima son refus d'une Europe int&#233;gr&#233;e, en d&#233;clarant ironiquement que :&lt;a href=&quot;#1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; Dante, Goethe, Chateaubriand [&#8230;] n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils [&#8230;] avaient pens&#233; et &#233;crit en quelque esp&#233;ranto ou volap&#252;k int&#233;gr&#233; &#187;, &lt;/i&gt;cela entra&#238;na imm&#233;diatement la d&#233;mission des trois ministres du parti d&#233;mocrate chr&#233;tien qu'&#233;tait le MRP (Mouvement r&#233;publicain populaire), qui d&#233;fendait une politique atlantiste, c'est-&#224;-dire suiviste par rapport aux USA. Ces divergences continu&#232;rent &#224; se manifester les ann&#233;es suivantes, notamment quand De Gaulle annon&#231;a en f&#233;vrier 1966 le retrait de la France du commandement int&#233;gr&#233; de l'OTAN, qui entra&#238;na l'ann&#233;e suivante la fermeture de toutes les bases militaires am&#233;ricaines install&#233;es dans l'Hexagone depuis 1945.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La seule diff&#233;rence entre ces divisions au sein de la droite et celles auxquelles on assiste aujourd'hui, c'est qu'il s'agissait alors de deux options politiques diff&#233;rentes offertes &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise, alors qu'on chercherait vainement, dans les rivalit&#233;s qui s'affirment aujourd'hui, de r&#233;elles divergences politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, quand De Gaulle avait d&#233;cid&#233;, en septembre 1962, d'organiser un r&#233;f&#233;rendum destin&#233; &#224; ent&#233;riner l'&#233;lection du pr&#233;sident de la R&#233;publique au suffrage universel, les d&#233;put&#233;s avaient vot&#233; une motion de censure &#224; une large majorit&#233;, incluant aux c&#244;t&#233;s du Parti socialiste et du Parti communiste toute une partie de la droite. La Chambre avait aussit&#244;t &#233;t&#233; dissoute et, si les &#233;lections qui avaient suivi le r&#233;f&#233;rendum avaient ramen&#233; &#224; l'Assembl&#233;e une large majorit&#233; soutenant De Gaulle, la droite n'en &#233;tait pas moins rest&#233;e divis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour en terminer avec les divergences au sein de la droite au cours de la p&#233;riode gaullienne de la Cinqui&#232;me R&#233;publique, il faut rappeler que, si le r&#233;f&#233;rendum sur la r&#233;gionalisation d'avril 1969 fut un &#233;chec pour De Gaulle et entra&#238;na sa d&#233;mission, ce n'est pas seulement parce que celui-ci avait &#233;t&#233; us&#233; par les &#233;v&#233;nements de mai 1968, mais aussi parce qu'il avait &#233;t&#233; l&#226;ch&#233; par un certain nombre de dirigeants de la droite qui l'avaient soutenu jusque-l&#224;, dont Giscard d'Estaing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant les quatre d&#233;cennies qui ont suivi, les querelles au sein de la droite n'ont pas manqu&#233;, avec notamment la trahison par Chirac de la candidature du gaulliste Chaban-Delmas au profit de Giscard d'Estaing lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1974 ; la guerre ouverte entre Chirac et ce m&#234;me Giscard &#224; partir de l'&#233;t&#233; 1976, qui permit l'&#233;lection de Mitterrand en 1981 ; la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me sc&#233;nario &#224; la pr&#233;sidentielle de 1988, avec l'affrontement qui opposa Barre, ancien Premier ministre de Giscard, &#224; ce m&#234;me Chirac, et permit la r&#233;&#233;lection de Mitterrand ; le duel Chirac-Balladur &#224; la pr&#233;sidentielle de 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, plus on s'est &#233;loign&#233; des toutes premi&#232;res ann&#233;es de la Cinqui&#232;me R&#233;publique, o&#249; De Gaulle r&#233;gnait en bonaparte en apparaissant comme le seul homme politique capable de mettre un terme au conflit alg&#233;rien, plus celle-ci a ressembl&#233; &#224; feu la Quatri&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, on y change moins souvent de chef du gouvernement. Mais la diff&#233;rence est mince. Entre 1947 et 1958, les chefs de gouvernement changeaient souvent. Mais cela n'emp&#234;chait pas de retrouver les m&#234;mes hommes &#224; la t&#234;te des m&#234;mes minist&#232;res dans plusieurs gouvernements successifs. Dans la Cinqui&#232;me R&#233;publique, les Premiers ministres restent plus longtemps en poste, mais cela n'emp&#234;che pas la valse des ministres. Sous la pr&#233;sidence de Sarkozy, cette valse a d&#233;j&#224; vu se succ&#233;der en trois ans deux ministres &#224; l'Int&#233;rieur (Alliot-Marie et Hortefeux), deux aussi &#224; la Justice (Dati et Alliot-Marie), deux &#224; l'Identit&#233; nationale (Hortefeux et Besson), deux &#233;galement &#224; l'&#201;ducation nationale (Darcos et Chatel), deux encore &#224; l'&#201;cologie (Jupp&#233; et Borloo) comme &#224; la Culture (Albanel et Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand). Mais le record appartient au minist&#232;re du Travail, qui n'a pas vu se succ&#233;der moins de quatre titulaires (Xavier Bertrand, Hortefeux, Darcos et Woerth).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'aucuns pourraient penser que ces fr&#233;quents remaniements minist&#233;riels, comme la multiplication des secr&#233;tariats d'&#201;tat, qui ob&#233;issent avant tout &#224; des consid&#233;rations politiciennes, &#224; des recherches d'&#233;quilibre entre les diff&#233;rents courants de la majorit&#233; ou au d&#233;bauchage de personnalit&#233;s de l'opposition, nuisent &#224; la bonne gestion des affaires. Mais il n'en est rien, car le r&#244;le des ministres est essentiellement celui de pantins destin&#233;s &#224; faire croire au bon peuple que ce sont eux, sous le contr&#244;le du Parlement, qui prennent les grandes d&#233;cisions engageant l'avenir du pays. En r&#233;alit&#233;, les textes importants soumis au Parlement, les d&#233;crets d'application qui viennent compl&#233;ter, amputer ou modifier ces lois, et qui &#233;chappent totalement aux parlementaires, sont &#233;labor&#233;s par un corps de hauts fonctionnaires beaucoup plus stable, en collaboration officielle ou officieuse avec des repr&#233;sentants du grand capital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un pays comme la France, il n'y a que dans des p&#233;riodes de crise politique, comme celle que ce pays a connue &#224; la fin de la guerre d'Alg&#233;rie, que les classes poss&#233;dantes peuvent avoir besoin d'un arbitre capable d'imposer &#224; leurs diff&#233;rentes fractions, comme &#224; toutes les composantes de l'appareil d'&#201;tat, la politique que cet homme, &#233;rig&#233; en &#171; sauveur supr&#234;me &#187;, juge la plus conforme aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bourgeoisie. Et dans ce cas-l&#224; le Parlement, quand il ne dispara&#238;t pas purement et simplement, comme ce fut le cas entre 1940 et 1944, voit son r&#244;le encore plus r&#233;duit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en dehors de ces p&#233;riodes exceptionnelles, la bourgeoisie s'accommode fort bien d'une instabilit&#233; minist&#233;rielle qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233;e de prosp&#233;rer sous la Troisi&#232;me, sous la Quatri&#232;me&#8230; comme sous la Cinqui&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6 mai 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>La &#171; r&#233;forme &#187; des retraites : une politique visant &#224; abaisser le niveau de vie des retrait&#233;s au profit du patronat</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/la-reforme-des-retraites-une</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/la-reforme-des-retraites-une</guid>
		<dc:date>2010-05-14T21:02:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				A peine les &#233;lections r&#233;gionales pass&#233;es, Sarkozy a annonc&#233; la couleur : il allait s'attaquer au dossier des retraites. Notre r&#233;gime de retraite par r&#233;partition serait menac&#233; d'explosion et il faudrait de toute urgence le r&#233;former pour le sauver de la faillite. Jusqu'&#224; maintenant, le gouvernement n'a pas voulu d&#233;voiler ses plans. M&#234;me aux dirigeants syndicaux et aux responsables de partis politiques re&#231;us, un par un, pour consultation. Mais sur le fond, il n'y a pas de myst&#232;re. Il s'agit, a expliqu&#233; (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH141/arton11237-3015e.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='141' class='spip_logos' style='height:141px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A peine les &#233;lections r&#233;gionales pass&#233;es, Sarkozy a annonc&#233; la couleur : il allait s'attaquer au dossier des retraites. Notre r&#233;gime de retraite par r&#233;partition serait menac&#233; d'explosion et il faudrait de toute urgence le r&#233;former pour le sauver de la faillite. Jusqu'&#224; maintenant, le gouvernement n'a pas voulu d&#233;voiler ses plans. M&#234;me aux dirigeants syndicaux et aux responsables de partis politiques re&#231;us, un par un, pour consultation. Mais sur le fond, il n'y a pas de myst&#232;re. Il s'agit, a expliqu&#233; Woerth, ministre du Travail sp&#233;cialement nomm&#233; pour prendre en charge la r&#233;forme, d'&#171; allonger la vie au travail &#187;. Pour ce faire, le gouvernement h&#233;siterait entre trois possibilit&#233;s : le recul de l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part &#224; la retraite, l'allongement de la dur&#233;e de cotisation requise pour obtenir une retraite &#224; taux plein, voire, comme le propose le Medef, les deux&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part &#224; la retraite, fix&#233; &#224; 60 ans depuis 1983, pourrait &#234;tre repouss&#233;, progressivement, &#224; 61, 62 ou 63 ans, voire plus. Il pourrait aussi &#234;tre maintenu, mais assorti d'une d&#233;cote, qui sanctionnerait financi&#232;rement les retrait&#233;s qui s'obstineraient &#224; vouloir partir &#224; 60 ans, comme le sugg&#232;rent des d&#233;put&#233;s de l'UMP. Quant &#224; la dur&#233;e de cotisation requise pour avoir droit &#224; une retraite &#224; taux plein, la loi de r&#233;forme des retraites promulgu&#233;e en 2003, alors que Fillon &#233;tait ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Raffarin, l'a d&#233;j&#224; allong&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre &#171; piste &#187; &#233;voqu&#233;e d&#233;magogiquement par le ministre du Travail concerne le mode de calcul des pensions de retraite des fonctionnaires. Au moment du d&#233;part en retraite, le montant de la pension est calcul&#233; en appliquant un taux de 75 % &#224; un salaire de r&#233;f&#233;rence calcul&#233; sur les six derniers mois de salaire, alors que dans le priv&#233; un taux de 50 % s'applique &#224; un salaire de r&#233;f&#233;rence calcul&#233; sur les vingt-cinq meilleures ann&#233;es. Il s'agirait d'achever de terminer d'aligner sur ce point le r&#233;gime des fonctionnaires sur celui des salari&#233;s du priv&#233;. Pour justifier cette r&#233;forme, Woerth ose parler d'&#233;quit&#233;, alors qu'il ne s'agit que de r&#233;aliser plus d'&#233;conomies sur le dos des fonctionnaires retrait&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allonger la dur&#233;e de cotisation ou repousser l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite aboutirait &#224; diminuer d'autant la dur&#233;e de versement des pensions, et donc permettrait au gouvernement de r&#233;aliser des &#233;conomies sur le montant global des pensions vers&#233;es. Mais ce serait aussi, dans la situation actuelle de ch&#244;mage massif, une fa&#231;on hypocrite de programmer une nouvelle diminution des pensions, dans la mesure o&#249; la plupart des salari&#233;s partent avant m&#234;me l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part &#224; la retraite, ne pouvant le plus souvent effectuer le nombre d'ann&#233;es requises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelles que soient les options qui auront &#233;t&#233; retenues, elles se traduiraient, si elles passaient, pour certains travailleurs &#8211; ceux qui auront la possibilit&#233; de travailler jusqu'au bout &#8211; par un allongement de la dur&#233;e d'exploitation ; pour d'autres ceux qui ont &#233;t&#233; licenci&#233;s &#224; un, deux ou cinq ans de la retraite &#8211; par une aggravation consid&#233;rable de leur situation&lt;i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/i&gt;Oser proposer de reculer l'&#226;ge de d&#233;part en retraite au-del&#224; de 60 ans, alors qu'aujourd'hui au moment de faire valoir leurs droits &#224; la retraite, &#224; 60 ans, au moins 40 % des salari&#233;s sont en maladie, en invalidit&#233; ou &#8211; c'est la majorit&#233; &#8211; au ch&#244;mage, est particuli&#232;rement inique. Car reculer l'&#226;ge de la retraite &#224; 61, 62 ou 63 ans ou allonger la dur&#233;e de cotisation reviendrait &#224; condamner ces travailleurs &#224; rester un, deux ou trois ans de plus dans cette situation de grande pr&#233;carit&#233;, &#224; vivre d'allocations peau de chagrin en attendant de toucher la pension de retraite &#224; laquelle ils ont droit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas en reculant l'&#226;ge l&#233;gal de la retraite que les salari&#233;s, dans leur majorit&#233;, travailleront plus longtemps. Le gouvernement le sait bien. Toutes les mesures qu'il a prises depuis dix ans soi-disant pour convaincre &#8211; mais jamais pour obliger &#8211; les patrons de ne pas licencier leurs travailleurs &#226;g&#233;s n'ont eu aucun effet. Dans la plupart des pays europ&#233;ens o&#249; la loi a fix&#233; &#224; 65 ans l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite, en r&#233;alit&#233;, les travailleurs perdent leur travail en moyenne trois ou quatre ans avant d'avoir atteint cet &#226;ge &#8211; &#224; 61 ou 62 ans selon les pays &#8211; et partent en retraite avec une pension r&#233;duite. Et c'est &#231;a le but : non pas faire travailler plus, mais payer moins de retraite&lt;i&gt;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/i&gt;En France, bien que l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite soit rest&#233; &#224; 60 ans, aujourd'hui, en moyenne les travailleurs font valoir leurs droits &#224; la retraite &#224; 61 ans et six mois, alors qu'ils cessent de travailler, contraints et forc&#233;s, en moyenne &#224; environ 58 ans. Il n'y a pas eu besoin de repousser l'&#226;ge de la retraite pour cela. Il a suffi que les gouvernements pr&#233;c&#233;dents durcissent les conditions pour obtenir une pension &#224; taux plein. Et le gouvernement s'appr&#234;te &#224; les durcir encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sarkozy a &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; d'instaurer un&lt;i&gt; &#171; pr&#233;l&#232;vement sp&#233;cifique sur une cat&#233;gorie de population &#187;&lt;/i&gt;, un pr&#233;l&#232;vement, a pr&#233;cis&#233; &#201;ric Woerth, portant sur &#171; &lt;i&gt; tel type de profession, tel type d'assiette, ne contribuant pas suffisamment au syst&#232;me de solidarit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mais, Fillon ayant exclu toute hausse importante des pr&#233;l&#232;vements, il s'agira donc tout au plus d'une mesure symbolique, destin&#233;e &#224; faire passer la pilule&#8230; si elle voit le jour.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;L'argument d&#233;mographique : un mensonge grossier&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Sarkozy justifie sa r&#233;forme en expliquant que le syst&#232;me fran&#231;ais de retraite par r&#233;partition &#8211; dans lequel ce sont les cotisations de ceux qui ont un emploi qui payent les pensions des retrait&#233;s &#8211; serait menac&#233; &#224; court et &#224; long termes. Et Sarkozy d'expliquer qu'&#171; &lt;i&gt; aujourd'hui, sur dix retraites que nous versons, il y en a une qui n'est pas financ&#233;e. Si nous ne faisons rien, dans dix ans, ce sera une sur huit.&lt;/i&gt; &#187; Cela parce que l'arriv&#233;e &#224; l'&#226;ge de la retraite des g&#233;n&#233;rations nombreuses du baby boom et l'allongement continu de l'esp&#233;rance de vie auraient &#171; &lt;i&gt; plong&#233; les r&#233;gimes de retraite dans un d&#233;ficit structurel. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) &#8211; organisme cr&#233;&#233; en 2000 par Lionel Jospin alors qu'il &#233;tait Premier ministre &#8211; command&#233; par le gouvernement et rendu public le 14 avril a &#233;videmment apport&#233; de l'eau &#224; son moulin &#8211; c'est d'ailleurs son r&#244;le. Il a donn&#233; lieu dans les m&#233;dias, comme &#224; chaque fois, &#224; une v&#233;ritable campagne d'intoxication. C'&#233;tait &#224; qui mettrait en avant le chiffre de d&#233;ficit le plus impressionnant, la palme revenant &#224; un article rendant compte du rapport du COR paru dans&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; du 14 avril :&lt;i&gt; &#171; Sans r&#233;forme, il faudrait 2 600 milliards d'euros pour sauver les retraites en 2050. &#187;&lt;/i&gt; L'article omettait &#233;videmment de pr&#233;ciser que ce chiffre impressionnant plus qu'hypoth&#233;tique, qui cumule des d&#233;ficits sur quarante ans, ne repr&#233;sente que 2,1 % du PIB cumul&#233; pr&#233;vu sur la m&#234;me p&#233;riode, qui atteindrait 120 000 milliards d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute cette campagne de Sarkozy et du Medef, relay&#233;e complaisamment par les m&#233;dias, pour convaincre les travailleurs, la population, de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;forme &#8211; peut-&#234;tre pour les pr&#233;parer &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233; des mesures qui les menacent &#8211; repose sur un mensonge grossier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord parce que les pr&#233;visions d'&#233;volution de la d&#233;mographie sont plus que sujettes &#224; caution. L'&#233;volution de la d&#233;mographie d&#233;pend d'un grand nombre de facteurs &#233;conomiques, sociaux, et m&#234;me politiques, dont il est impossible de pr&#233;voir avec certitude l'&#233;volution &#224; long, et m&#234;me &#224; moyen terme. C'est un peu comme vouloir pr&#233;voir le temps qu'il fera dans quarante ans. Entre 2001 et 2006, l'Insee a d&#251; r&#233;viser ses estimations de la population fran&#231;aise en 2050, parce que ses hypoth&#232;ses sur le taux de f&#233;condit&#233; &#8211; le nombre d'enfants par femme &#8211; et sur l'immigration s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;es erron&#233;es en cinq ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et comment prendre au s&#233;rieux les pr&#233;visions pour 2050, c'est-&#224;-dire pour dans quarante ans, de soi-disant experts qui n'ont pas vu venir la crise financi&#232;re et la grave r&#233;cession dans laquelle nous sommes plong&#233;s depuis trois ans, et qui sont bien incapables de pr&#233;voir ce qui va se passer l'ann&#233;e prochaine, et m&#234;me le mois prochain ? Si les &#233;conomistes de la bourgeoisie pouvaient pr&#233;voir l'avenir, cela se saurait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout, ce n'est pas parce que l'esp&#233;rance de vie s'accro&#238;t r&#233;guli&#232;rement &#8211; jusqu'&#224; pr&#233;sent, et tr&#232;s in&#233;galement selon les classes sociales &#8211; et que le nombre de personnes &#226;g&#233;es s'accro&#238;t plus vite que le nombre de jeunes qu'il serait pour autant n&#233;cessaire de repousser l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite. Parce que la productivit&#233; du travail, c'est-&#224;-dire le volume de richesse que chaque travailleur est capable de produire, s'accro&#238;t aussi. Et parce qu'il serait bien normal qu'une part croissante des richesses produites profite aux retrait&#233;s, dans la mesure o&#249; ils sont plus nombreux et vivent plus longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La baisse du nombre d'agriculteurs n'a pas provoqu&#233; de famines. Vers 1950, la France comptait huit millions d'agriculteurs pour quarante millions d'habitants, soit un agriculteur pour cinq bouches &#224; nourrir. En cinquante ans, le nombre de paysans fran&#231;ais a &#233;t&#233; divis&#233; par dix, mais la production de chacun peut nourrir aujourd'hui pr&#232;s de cent personnes. Les &#233;conomistes d'il y a cinquante ans avaient-ils pr&#233;vu cette &#233;volution ou cri&#233; &#224; la catastrophe alimentaire in&#233;vitable &lt;i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/i&gt;Dans l'industrie, un travailleur produit aujourd'hui, pour chaque heure de travail, en moyenne au moins dix fois plus de valeur qu'un travailleur d'il y a un demi-si&#232;cle, &#224; cause du progr&#232;s technique mais aussi en raison de l'intensit&#233; sans cesse croissante du rythme de travail impos&#233; &#224; ceux qui ont un emploi. Aujourd'hui, il suffit de dix ouvriers pour faire tourner des aci&#233;ries gigantesques l&#224; o&#249; il en fallait cent il y a trente ans, et cela pour une production d&#233;cupl&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la productivit&#233; continue &#224; progresser au m&#234;me rythme qu'au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, la richesse produite par habitant devrait doubler en France. Il y aurait largement de quoi faire vivre dignement non seulement les retrait&#233;s, m&#234;me plus nombreux, mais m&#234;me tous les travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est de savoir qui va profiter de cet accroissement de la production des richesses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le financement des retraites est menac&#233; aujourd'hui, ce n'est pas parce que, globalement, on vit plus longtemps qu'hier. C'est parce qu'au cours des ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-dix tous les gains de productivit&#233; ont &#233;t&#233; accapar&#233;s par les patrons, qui les ont de moins en moins investis dans la production et de plus en plus redistribu&#233;s sous forme de dividendes aux actionnaires. C'est parce que la bourgeoisie a r&#233;ussi &#224; faire payer la crise, sa crise, aux travailleurs et a r&#233;ussi, avec la complicit&#233; de gouvernements &#224; son service, non seulement &#224; pr&#233;server ses revenus, mais m&#234;me &#224; les accro&#238;tre comme jamais. Par le ch&#244;mage et la surexploitation des travailleurs, par les bas salaires et la multiplication du travail pr&#233;caire mais aussi par le pillage du budget de l'&#201;tat et, en particulier, du budget de la S&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-dix, la part globale des salaires dans la valeur ajout&#233;e, les richesses produites, s'est r&#233;duite de presque 10 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux exon&#233;rations de cotisations patronales au r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale, devenues r&#233;currentes et massives depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, elles ont connu avec la crise une brutale augmentation, passant de 24 milliards d'euros en 2006 &#224; 30 milliards en 2009. Une partie de ces cadeaux aux patrons n'est pas rembours&#233;e par l'&#201;tat &#224; la S&#233;curit&#233; sociale, et constitue donc pour elle une perte s&#232;che &#8211; r&#233;guli&#232;rement de l'ordre de 2,5 milliards d'euros. Mais les milliards qui sont rembours&#233;s &#224; la S&#233;curit&#233; sociale le sont en fait par les travailleurs, par la population, par la CSG instaur&#233;e en 1991 par Rocard, et par des augmentations de taxes, et constituent de fait un transfert de charges des patrons sur les travailleurs. Ce n'est pas le seul, mais c'est le plus visible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;ficit du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale &#8211; dont la branche vieillesse, qui finance les retraites de base des salari&#233;s du priv&#233;, fait partie &#8211; devrait passer, selon le gouvernement, de dix milliards d'euros en 2008, &#224; 22,7 milliards en 2009, et atteindrait, d'apr&#232;s le chiffrage du gouvernement, pr&#232;s de 34 milliards en 2010. C'est la branche maladie qui serait la plus d&#233;ficitaire, devant la branche vieillesse, dont le d&#233;ficit passerait de 5,6 milliards en 2008 &#224; 11,3 milliards en 2010. C'est beaucoup moins que le trou creus&#233; dans le budget de l'&#201;tat dont le d&#233;ficit atteint pr&#232;s de 118 milliards d'euros &#8211; par toutes les aides vers&#233;es aux banquiers et aux industriels depuis trois ans pour leur sauver la mise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux principaux r&#233;gimes compl&#233;mentaires des salari&#233;s du priv&#233;, l'Arrco et l'Agirc, sont devenus brutalement et pour la premi&#232;re fois dans leur histoire d&#233;ficitaires en 2008, 2009 et 2010 de 5,8 milliards d'euros, en raison, note le dernier rapport de la Commission des comptes de la S&#233;curit&#233; sociale, d'une part des&lt;i&gt; &#171; effets de la r&#233;cession &#187;&lt;/i&gt;, mais surtout&lt;i&gt; &#171; de la crise financi&#232;re qui leur a impos&#233; de passer d'importantes provisions pour moins-values sur leurs placements en actions (4,1 milliards au total). &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont l'aggravation de la crise &#233;conomique que nous subissons depuis 2007, l'explosion du ch&#244;mage et l'appauvrissement d'une fraction de plus en plus importante de la population qui, se traduisant par un effondrement des rentr&#233;es de cotisations (23 milliards en trois ans selon un rapport officiel), expliquent la brutale augmentation du d&#233;ficit. La d&#233;mographie n'y est pour rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il n'y a pas assez d'actifs, c'est-&#224;-dire de cotisants, par rapport au nombre de retrait&#233;s, ce n'est pas parce qu'il y a trop de retrait&#233;s, c'est parce qu'il y a trop de ch&#244;meurs, trop de travailleurs pr&#233;caires, sous-pay&#233;s, trop de jeunes qui n'arrivent pas &#224; trouver un premier travail. Ce n'est pas un probl&#232;me d&#233;mographique, c'est un probl&#232;me social. C'est un probl&#232;me d'emploi, et de salaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Quarante ans d'attaques contre les retraites et les retrait&#233;s&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les difficult&#233;s financi&#232;res de la S&#233;curit&#233; sociale et de sa branche vieillesse en particulier, et les mesures prises sous pr&#233;texte de sauver le syst&#232;me de retraite existant en France, ne datent pas d'hier, ni de l'arriv&#233;e de la g&#233;n&#233;ration du &#171; papy-boom &#187; &#224; la retraite. Ses premiers d&#233;ficits sont n&#233;s au milieu des ann&#233;es soixante-dix avec la crise de l'&#233;conomie capitaliste et l'apparition du ch&#244;mage. Et ils ont &#233;t&#233; nourris, depuis et jusqu'&#224; la phase actuelle d'aggravation de la crise, par le d&#233;veloppement du ch&#244;mage et du travail pr&#233;caire, la pression sur les salaires et l'avidit&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour renflouer les caisses que la crise avait commenc&#233; &#224; vider, &#224; partir de 1974 et jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, les gouvernements, de gauche comme de droite, ont multipli&#233; les augmentations de cotisations retraite, celles des salari&#233;s surtout et, dans une moindre mesure, celles des patrons. Entre 1974 et 1991, les taux de cotisations retraite des salari&#233;s &#224; la Cnav ont plus que doubl&#233;, alors que ceux des patrons n'ont augment&#233; que de 40 %. Ce qui revenait &#224; faire peser de plus en plus la charge du financement des retraites sur les salari&#233;s, et de moins en moins sur les patrons. Mais pour ces derniers, ce n'&#233;tait pas suffisant. Le patronat mena campagne sur le th&#232;me du poids insupportable des charges sociales pour l'&#233;conomie : les patrons ne voulaient pas payer un sou de plus. Ils voulaient m&#234;me payer de moins en moins. Ils furent entendus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de 1991, les gouvernements successifs, de gauche et de droite, n'ont plus os&#233; toucher aux cotisations pour la retraite. Y compris celles des salari&#233;s : dans un contexte de compression des salaires, les patrons craignaient que les augmentations de cotisations alimentent le m&#233;contentement des travailleurs, et nourrissent les revendications salariales, entra&#238;nant par contrecoup des augmentations de salaire. La part salariale des cotisations &#224; la Cnav, pass&#233;e de 3 % en 1970 &#224; 6,60 % en 1982, est rest&#233;e pratiquement au m&#234;me niveau jusqu'&#224; aujourd'hui, vingt-huit ans apr&#232;s : 6,65 %. M&#234;me chose pour la part patronale qui avait atteint 8,2 % en 1979 et qui est aujourd'hui de 8,30 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; ne se sont pas content&#233;s de geler les taux de cotisations sociales patronales, sous le pr&#233;texte de favoriser l'emploi, ils ont, jusqu'&#224; aujourd'hui, multipli&#233; les exon&#233;rations de charges patronales : les taux des cotisations sociales patronales sont donc devenus tr&#232;s th&#233;oriques. En fait, non seulement les patrons n'ont pas pay&#233; plus pour la S&#233;curit&#233; sociale, et pour les retraites en particulier, mais ils ont m&#234;me pay&#233; moins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir du d&#233;but des ann&#233;es quatre-ving-dix, ce sont les travailleurs et les retrait&#233;s, seuls, qui allaient faire les frais des d&#233;ficits creus&#233;s par le ch&#244;mage et les bas salaires dans les caisses de retraite : par la diminution des pensions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un ministre de gauche, Rocard, en 1991, qui, dans le&lt;i&gt; Livre blanc de la retraite&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; sous son &#233;gide, fut le premier &#224; pr&#233;tendre que notre syst&#232;me de retraite &#233;tait menac&#233; d'explosion &#224; terme du fait de l'allongement de l'esp&#233;rance de vie et de la croissance trop rapide du nombre de retrait&#233;s par rapport aux actifs. Et qu'il &#233;tait urgent, pour le sauver, de le r&#233;former en profondeur, pour limiter ses d&#233;penses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en 1993 c'est un gouvernement de droite, celui de Balladur, Premier ministre, avec un pr&#233;sident de gauche, Mitterrand, qui mit pour la premi&#232;re fois cette id&#233;e en pratique en s'attaquant aux retraites des salari&#233;s du priv&#233;. Aux futurs retrait&#233;s, la r&#233;forme imposait l'allongement de la dur&#233;e de cotisation pour avoir droit &#224; une retraite compl&#232;te &#224; 60 ans : de 37,5 ans en 1993, elle devait passer &#224; 40 ans en 2004, &#224; raison d'un trimestre de plus par an.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;forme modifia &#233;galement les modalit&#233;s de calcul des pensions. En prenant pour r&#233;f&#233;rence les salaires des vingt-cinq meilleures ann&#233;es au lieu des dix meilleures, salaires qui seraient r&#233;&#233;valu&#233;s au moment du d&#233;part &#224; la retraite non plus par rapport &#224; l'&#233;volution des salaires sur la p&#233;riode, mais par rapport &#224; celle des prix. De la m&#234;me fa&#231;on, l'augmentation du montant annuel des pensions de retraite vers&#233;es serait index&#233;e non plus sur l'&#233;volution des salaires, mais sur celle de l'indice des prix, dont on sait qu'il ne refl&#232;te pas l'&#233;volution r&#233;elle des prix. Les travailleurs eurent sans doute bien du mal &#224; l'&#233;poque &#224; mesurer la port&#233;e de ces changements de r&#233;f&#233;rence. Ce sont pourtant les mesures qui, en creusant l'&#233;cart entre le niveau des pensions et celui des salaires, ont eu rapidement le plus d'impact sur le niveau de vie des retrait&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin la r&#233;forme instaura une d&#233;cote, destin&#233;e &#224; p&#233;naliser les salari&#233;s qui prendraient leur retraite entre 60 et 65 ans sans avoir atteint la dur&#233;e de cotisation requise pour obtenir le taux plein. Leur retraite, d&#233;j&#224; diminu&#233;e du fait de leur dur&#233;e trop courte de cotisation, puisqu'elle est calcul&#233;e proportionnellement au nombre de trimestres valid&#233;s, serait en outre r&#233;duite de 2,5 % par trimestre manquant, soit 10 % par ann&#233;e manquante [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Depuis 2004, le taux de d&#233;cote d&#233;cro&#238;t progressivement, pour atteindre en (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Une double peine qui p&#233;nalise beaucoup plus les femmes que les hommes, dans la mesure o&#249; une proportion beaucoup moins importante de femmes que d'hommes parviennent &#224; l'&#226;ge de la retraite avec une carri&#232;re compl&#232;te : dans le priv&#233;, elles sont plus de 60 % &#224; ne pas atteindre les 40 annuit&#233;s de cotisation requises. L'in&#233;galit&#233; entre hommes et femmes face &#224; la retraite en a &#233;t&#233; consid&#233;rablement accrue. (En 2007, en droit direct, c'est-&#224;-dire hors pension de r&#233;version, dans le priv&#233;, tous r&#233;gimes confondus, le montant moyen de la pension atteignait globalement 1108 euros, mais 1410 euros pour les hommes et 811 euros pour les femmes).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, le mode de calcul des pensions de retraite compl&#233;mentaire vers&#233;es par l'Arrco pour les ouvriers et les employ&#233;s, et par l'Agirc pour les cadres fut lui aussi r&#233;form&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, et aboutit &#224; r&#233;duire la part financ&#233;e par les patrons, et diminuer encore le montant des retraites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1995, apr&#232;s l'&#233;lection de Chirac &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, Jupp&#233; voulut appliquer les m&#234;mes traitements restrictifs aux r&#233;gimes de retraite des fonctionnaires et &#224; ceux des travailleurs de la SNCF, de la RATP, d'EDF-GDF, etc., qui jusque-l&#224; avaient &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;s. Il se heurta au plus puissant mouvement de gr&#232;ve que la France ait connu depuis 1968, et dut remballer son projet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1997 et 2002, le gouvernement de la gauche plurielle &#8211; avec des repr&#233;sentants du Parti socialiste, du Parti communiste, et des Verts &#8211; dirig&#233; par Jospin &#8211; avec Chirac &#224; l'&#201;lys&#233;e &#8211; ne revint pas sur la r&#233;forme de Balladur. En mai 2000, il cr&#233;a le Conseil d'orientation des retraites, avec pour objectif de&lt;i&gt; &#171; favoriser le consensus sur la question des retraites &#187;&lt;/i&gt;. Au Conseil europ&#233;en de Barcelone, r&#233;unissant en mars 2002 les chefs d'&#201;tat et de gouvernement des 15 pays membres &#224; l'&#233;poque de l'Union europ&#233;enne, Jospin et Chirac sign&#232;rent, ensemble, un document o&#249; ils s'engageaient &#224; reculer en France l'&#226;ge de la retraite &#224; 65 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2003, apr&#232;s que Chirac eut remport&#233; le deuxi&#232;me tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 2002 avec le soutien de la gauche, Fillon, ministre du Travail dans le gouvernement Raffarin, s'attaqua &#224; nouveau aux retraites et aux retrait&#233;s. La r&#233;forme Fillon d&#233;cidait que tout allongement de l'esp&#233;rance de vie &#8211; c'est-&#224;-dire du temps de retraite &#8211; serait d&#233;sormais compens&#233; par un allongement du temps de travail. Pour commencer, la dur&#233;e de cotisation pour obtenir la retraite &#224; taux plein passait de 40 ans &#224; 41 ans en 2012, &#224; raison d'un trimestre de plus par an &#224; partir de 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et sous le pr&#233;texte fallacieux de r&#233;tablir l'&#233;quit&#233; avec les salari&#233;s du priv&#233;, il imposait aux fonctionnaires l'allongement de leur dur&#233;e de cotisation de deux trimestres suppl&#233;mentaires par an &#224; partir de 2003, pour passer de 37,5 &#224; 40 ans en 2008, pour atteindre, comme les salari&#233;s du priv&#233;, 41 ans en 2012. Quant &#224; la progression annuelle des pensions, elle serait d&#233;sormais index&#233;e, non plus sur l'&#233;volution des traitements de la fonction publique, mais sur les prix &#8211; ce qui &#233;tait beaucoup moins favorable. Et &#224; partir de 2006, les fonctionnaires partant &#224; la retraite sans pouvoir justifier de la dur&#233;e de cotisation requise verraient eux aussi leur pension diminu&#233;e d'une d&#233;cote : de 0,5 % par ann&#233;e manquante en 2006, elle doit atteindre progressivement 5 % en 2015.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2007, apr&#232;s l'arriv&#233;e de Sarkozy &#224; l'&#201;lys&#233;e et de Fillon &#224; Matignon, ce sont les r&#233;gimes de retraite dits sp&#233;ciaux des travailleurs de la SNCF, de la RATP, d'EDF-GDF, etc., qui furent vis&#233;s. Leur dur&#233;e de cotisation, rest&#233;e &#224; 37,5 ans, serait allong&#233;e progressivement, pour atteindre 40 ans d'ici 2012 et 41 ans en 2016, et leurs retraites furent index&#233;es, elles aussi, sur les prix et plus sur les salaires.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Il faut emp&#234;cher la r&#233;forme Sarkozy et revenir sur les pr&#233;c&#233;dentes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La r&#233;forme de 2003 avait programm&#233; un rendez-vous tous les quatre ans pour adapter l'&#233;volution de la dur&#233;e de cotisation pour les cinq ann&#233;es &#224; venir en fonction de l'&#233;volution de l'esp&#233;rance de vie. Le premier rendez-vous eut lieu en 2008 et se borna &#224; confirmer l'allongement progressif de la dur&#233;e de cotisation &#224; 41 ans d&#233;cid&#233; en 2003. Le rendez-vous suivant, pr&#233;vu pour 2012 &#8211; date de la prochaine &#233;lection pr&#233;sidentielle &#8211; fut avanc&#233; &#224; 2010. Et si une nouvelle r&#233;forme est programm&#233;e, ce n'est pas parce que l'esp&#233;rance de vie aurait augment&#233; plus vite que pr&#233;vu en 2003 &#8211; les nouvelles pr&#233;visions &#224; ce sujet indiquent plut&#244;t une tendance &#224; la stagnation &#8211; mais sous la pression du Medef.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien qu'elles se soient appliqu&#233;es progressivement et ne produiront leur plein effet qu'&#224; long terme, ces diff&#233;rentes r&#233;formes ont d'ores et d&#233;j&#224; fortement pes&#233; sur le montant des pensions, au moment du d&#233;part en retraite et pendant la retraite, et entra&#238;n&#233; une baisse du niveau des vie des retrait&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon la Caisse nationale d'assurance vieillesse, pour six retrait&#233;s sur dix, la r&#233;forme Balladur a &#171; &lt;i&gt; conduit au versement d'une pension moins importante que celle &#224; laquelle ils auraient pu pr&#233;tendre sans r&#233;forme&lt;/i&gt; &#187;. La diff&#233;rence est de 6 % en moyenne pour l'ensemble des salari&#233;s du priv&#233;. Par exemple les hommes n&#233;s en 1938, et donc faisant valoir leur droit &#224; la retraite en 1998, ont touch&#233; &#224; leur d&#233;part une pension moyenne mensuelle (hors retraite compl&#233;mentaire) de 593 euros, 55 euros de moins que si la r&#233;forme n'avait pas eu lieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant la r&#233;forme Balladur de 1993, la pension de retraite repr&#233;sentait en moyenne 84 % de l'ancien salaire pour les salari&#233;s du priv&#233;, et m&#234;me jusqu'&#224; 100 % pour ceux qui gagnaient moins de 7 500 F, &#224; condition d'avoir cotis&#233; 37,5 ans. Aujourd'hui, elle ne repr&#233;sente d&#233;j&#224; plus en moyenne qu'&#224; peine les trois quarts du salaire ant&#233;rieur. Ind&#233;pendamment des projets de Sarkozy, du simple effet donc des r&#233;formes ant&#233;rieures, elle devrait encore diminuer, pour ne plus repr&#233;senter que les deux tiers de l'ancien salaire vers 2040&lt;i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/i&gt;Ces chiffres, qui sont des moyennes, sont loin du compte. Ils ne donnent qu'une id&#233;e tr&#232;s &#233;loign&#233;e de l'impact r&#233;el des r&#233;formes sur les retrait&#233;s. Ils ne concernent en effet que les retrait&#233;s qui ont travaill&#233; &#224; temps plein et cotis&#233; quarante ans au moment de leur d&#233;part en retraite. Ce qui est le cas de moins en moins de retrait&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;formes des r&#233;gimes de retraite intervenues au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es ont profond&#233;ment d&#233;grad&#233; la situation des retrait&#233;s. De plus en plus de retrait&#233;s &#8211; en majorit&#233; des femmes &#8211; dont les pensions sont insuffisantes pour leur permettre de manger &#224; leur faim, sont contraints de fr&#233;quenter les Restaurants du c&#339;ur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors il est vital pour la classe ouvri&#232;re, pour la population, d'emp&#234;cher la r&#233;forme de Sarkozy-Fillon de passer. Non pas parce que le r&#233;gime de retraite tel qu'il fonctionnait jusqu'&#224; la r&#233;forme de 1993 aurait &#233;t&#233; le syst&#232;me id&#233;al. Son histoire, depuis sa mise en place au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale jusqu'&#224; aujourd'hui, t&#233;moigne du contraire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut, bien s&#251;r, combattre toutes les tentatives pour r&#233;duire la part du r&#233;gime de retraite par r&#233;partition, o&#249; ce sont les cotisations sur les salaires qui financent les pensions de retraite, au profit de r&#233;gimes fonctionnant en capitalisation. Mais il est faux de faire du syst&#232;me actuel un acquis du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, en 1910, quand fut adopt&#233;e la premi&#232;re loi instaurant un r&#233;gime public de retraite obligatoire pour l'ensemble des travailleurs &#8211; la Retraite ouvri&#232;re et paysanne &#8211; les ouvriers conscients, les militants syndicaux, soutenus par les meilleurs militants socialistes de l'&#233;poque, s'y sont oppos&#233;s. Pas seulement parce que ce r&#233;gime de retraite serait g&#233;r&#233; en capitalisation, mais d'abord parce qu'il serait financ&#233; par des cotisations, c'est-&#224;-dire par un pr&#233;l&#232;vement sur les salaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les militants de cette &#233;poque, c'&#233;tait aux patrons et &#224; tous ceux qui s'&#233;taient enrichis pendant des ann&#233;es gr&#226;ce &#224; leur travail, de financer sur leurs fortunes accumul&#233;es les ann&#233;es de retraite des ouvriers. Pour eux, ces cotisations, c'&#233;tait du vol : un vol de plus. Il fallait faire payer les riches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, un r&#233;gime de retraite par r&#233;partition n'aurait pas non plus trouv&#233; gr&#226;ce aux yeux des opposants ouvriers &#224; la loi : parce que c'est un r&#233;gime qui fonctionne en circuit ferm&#233;, les retraites des travailleurs &#233;tant financ&#233;es par les travailleurs, et que cela revient &#224; faire payer les pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, les syndicalistes et les socialistes r&#233;volutionnaires du d&#233;but du 20e si&#232;cle n'avaient pas confiance dans l'avenir que la soci&#233;t&#233; capitaliste leur pr&#233;parait. Ils avaient raison. Moins de quatre ans apr&#232;s l'adoption de la loi, la guerre de 1914 &#233;clatait et la soci&#233;t&#233; capitaliste entrait en crise, pour longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un syst&#232;me de retraite fond&#233; sur la capitalisation, o&#249; les cotisations sont plac&#233;es sur les march&#233;s financiers, soumet les retraites &#224; tous les al&#233;as de la Bourse. Les retrait&#233;s des pays o&#249; c'est ce type de r&#233;gime &#8211; celui des fonds de pension &#8211; qui a &#233;t&#233; adopt&#233; en font aujourd'hui l'am&#232;re exp&#233;rience. Mais un syst&#232;me de retraite fond&#233; sur la r&#233;partition, les cotisations des actifs finan&#231;ant les pensions des retrait&#233;s &#8211; comme celui qui existe en France &#8211; ne prot&#232;ge pas non plus les travailleurs et les retrait&#233;s des &#224;-coups de l'&#233;conomie capitaliste, ni les retraites de l'impact de ses crises. Nous avons commenc&#233; &#224; en faire l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais rien n'est jou&#233;. Le probl&#232;me des retraites est un probl&#232;me social, un probl&#232;me de rapport de forces entre la bourgeoisie, son &#201;tat, et les travailleurs. Il n'est pas s&#233;parable de celui de l'emploi et des salaires. Il na&#238;t des bas salaires, du ch&#244;mage, des licenciements, des suppressions de postes de fonctionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette &#233;preuve de force avec la bourgeoisie et ses repr&#233;sentants politiques, les travailleurs ne peuvent pas compter sur la gauche gouvernementale. Ils ne peuvent pas esp&#233;rer d'un retour au pouvoir du Parti socialiste dans un gouvernement de la &#171; gauche solidaire &#187;, version repl&#226;tr&#233;e de la &#171; gauche plurielle &#187;, un retour, demain, sur la r&#233;forme que Sarkozy pr&#233;pare aujourd'hui. L'exp&#233;rience des vingt derni&#232;res ann&#233;es, des diff&#233;rents gouvernements de Mitterrand &#8211; de Mauroy &#224; Fabius en passant par Rocard &#8211; dans les ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-dix, au gouvernement Jospin-Aubry entre 1997 et 2002, en t&#233;moigne. Tous ont ent&#233;rin&#233;, quand ils ne les ont pas pr&#233;par&#233;s, comme Rocard, les reculs successifs impos&#233;s par la droite en mati&#232;re de retraite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis que l'&#233;conomie capitaliste est entr&#233;e en crise, au milieu des ann&#233;es soixante-dix, la bourgeoisie a r&#233;ussi, avec l'aide des gouvernements, &#224; r&#233;duire la part des travailleurs dans le revenu national et &#224; augmenter la sienne. Mais depuis trois ans, la crise est entr&#233;e dans une phase aggrav&#233;e dont on ne voit pas la fin. Pour sauver la mise aux banquiers sp&#233;culateurs, pour venir en aide aux industriels licencieurs, en fin de compte pour permettre &#224; la bourgeoisie de traverser sa crise sans rien perdre, et m&#234;me en continuant &#224; s'enrichir, l'&#201;tat s'est endett&#233; sans compter. Avec la r&#233;forme des retraites, la bourgeoisie et le gouvernement veulent commencer &#224; pr&#233;senter la note aux travailleurs, &#224; la population. Et ce n'est sans doute qu'un d&#233;but. La violente attaque que subissent actuellement les travailleurs grecs contre leurs conditions de vie est &#224; l'image de ce que les gouvernements &#8211; dont le n&#244;tre &#8211; pr&#233;parent pour faire supporter au monde du travail tous les frais de la faillite de leur &#233;conomie. Raison de plus pour emp&#234;cher la loi Sarkozy de passer et m&#234;me pour imposer l'annulation de toutes les dispositions des r&#233;formes de 2003 et de 1993. Il faut imposer de revenir, pour tous, aux 37 ans et demi de cotisation pour avoir droit &#224; une retraite pleine, de r&#233;tablir le lien entre l'&#233;volution des retraites et l'&#233;volution des salaires, et de maintenir l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite &#224; 60 ans. Et il faut imposer l'interdiction des licenciements, la r&#233;partition du travail entre tous, en prenant sur les profits accumul&#233;s. C'est la seule fa&#231;on pour les travailleurs de sauver leurs retraites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5 mai 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			&lt;hr /&gt; &lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Depuis 2004, le taux de d&#233;cote d&#233;cro&#238;t progressivement, pour atteindre en principe 1,25 % par trimestre manquant, soit 5 % par an&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
	
	
			
		<title>Italie - La Mafia, l'&#201;tat et l'&#233;conomie capitaliste</title>
	
	
	
	

		<link>http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/italie-la-mafia-l-etat-et-l</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/italie-la-mafia-l-etat-et-l</guid>
		<dc:date>2010-05-14T21:02:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>


		<description>
		
					
				La lutte contre la Mafia, ou contre la &#171; criminalit&#233; organis&#233;e &#187;, a beau &#234;tre un chapitre permanent de l'action des gouvernements italiens depuis des d&#233;cennies, celle-ci n'a sans doute jamais &#233;t&#233; aussi influente. Les s&#233;ries d'arrestations, les proc&#232;s ou &#171; maxi-proc&#232;s &#187;, les annonces de coups d&#233;cisifs port&#233;s &#224; la Mafia par l'arrestation d'un &#171; boss &#187; de premier plan puis d'un autre, se brisent comme des vagues sur des rochers : la puissance de la Mafia, ou plut&#244;t des mafias, se manifeste par leur volume d'affaires (...)
			


			
			
				 -&lt;a href="http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/" rel="directory"&gt;S&#233;rie actuelle (1993 - )&lt;/a&gt;
			

			
		</description>

		
		
		
		
		
		 
		<content:encoded>
			&lt;img src=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/local/cache-vignettes/L100xH141/arton11238-70880.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='141' class='spip_logos' style='height:141px;width:100px;' /&gt;
			
			&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La lutte contre la Mafia, ou contre la &#171; criminalit&#233; organis&#233;e &#187;, a beau &#234;tre un chapitre permanent de l'action des gouvernements italiens depuis des d&#233;cennies, celle-ci n'a sans doute jamais &#233;t&#233; aussi influente. Les s&#233;ries d'arrestations, les proc&#232;s ou &#171; maxi-proc&#232;s &#187;, les annonces de coups d&#233;cisifs port&#233;s &#224; la Mafia par l'arrestation d'un &#171; boss &#187; de premier plan puis d'un autre, se brisent comme des vagues sur des rochers : la puissance de la Mafia, ou plut&#244;t des mafias, se manifeste par leur volume d'affaires croissant, le contr&#244;le de secteurs de l'&#233;conomie, mais aussi par le fait qu'elles disposent de toute &#233;vidence de nombreuses complicit&#233;s &#224; tous les niveaux du syst&#232;me politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les tentacules de la Mafia, tout comme ceux de l'hydre de Lerne, repoussent au fur et &#224; mesure qu'on les tranche, c'est bien que la Cosa nostra sicilienne ou la &#8216;Ndrangheta calabraise, la Camorra napolitaine ou la Sacra corona unita des Pouilles n'ont pas seulement une histoire ancienne : elles puisent aussi dans la soci&#233;t&#233;, et plus particuli&#232;rement dans les circuits &#233;conomiques du capitalisme, les aliments qui leur donnent sans cesse de nouvelles forces.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;Mafia et Risorgimento&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne mafieux et ses rapports particuliers avec les autorit&#233;s de l'&#201;tat, en particulier en Sicile, ram&#232;nent aux conditions dans lesquelles, dans la seconde moiti&#233; du 19e si&#232;cle, l'&#201;tat unitaire s'imposa contre la r&#233;sistance du royaume de Naples, dit royaume des Deux-Siciles, qui contr&#244;lait l'&#238;le et tout le sud de la p&#233;ninsule. Si le Risorgimento fut pour l'Italie un processus de r&#233;volution bourgeoise, cela resta une r&#233;volution bourgeoise bien incompl&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Sicile a connu tout au long de son histoire l'existence de soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes et arm&#233;es se pr&#233;sentant comme des organisations de r&#233;sistance &#224; l'occupant &#233;tranger, voire de d&#233;fense de la veuve et de l'orphelin contre les puissants, mais entretenant avec ces puissants des relations ambigu&#235;s. De leur c&#244;t&#233;, bien avant l'unit&#233;, les aristocrates siciliens ne manquaient pas d'entretenir leurs hommes de main, sous forme de milices priv&#233;es charg&#233;es d'imposer aux paysans r&#233;calcitrants le respect de l'ordre f&#233;odal, et notamment le paiement des redevances et l'accomplissement de leurs obligations vis-&#224;-vis de l'aristocratie. L'abolition du f&#233;odalisme en 1812 ne fit que renforcer cette n&#233;cessit&#233;. Elle ne mit pas fin &#224; la propri&#233;t&#233; latifundiaire et ne fit qu'ouvrir la voie &#224; un lent processus de d&#233;sagr&#233;gation du syst&#232;me foncier. Les latifundiaires v&#233;curent de plus en plus en ville, confiant la gestion de leurs domaines aux &#171; gabellotti &#187;, sortes d'intendants charg&#233;s de pr&#233;lever les redevances dues par les paysans. Aid&#233;s des &#171; campieri &#187; (gardiens), ils pr&#233;levaient en particulier la gabelle, terme utilis&#233; en Sicile pour d&#233;signer les loyers dus aux propri&#233;taires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, la pression des paysans pour obtenir le droit &#224; la terre ne faisait qu'augmenter, d&#233;bouchant dans la derni&#232;re p&#233;riode du r&#233;gime des Bourbons de Naples sur des troubles et m&#234;me des insurrections paysannes, face auxquels les gabellotti eurent recours aux m&#233;thodes traditionnelles, organisant leurs propres bandes arm&#233;es. La nouvelle bourgeoisie rurale repr&#233;sent&#233;e par les gabellotti, en se faisant justice elle-m&#234;me, ne faisait que poursuivre les vieilles habitudes des latifundiaires, pour le compte de ceux-ci mais aussi pour son propre compte &#224; mesure qu'elle-m&#234;me concentrait dans ses mains une partie de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie du Nord voulait constituer un &#201;tat &#224; l'&#233;chelle de la p&#233;ninsule, qui &#224; son tour lui garantirait de disposer d'un march&#233; prot&#233;g&#233; &#224; la m&#234;me &#233;chelle. Mais le royaume de Naples s'appuyait sur les classes poss&#233;dantes des r&#233;gions du Sud, c'est-&#224;-dire essentiellement la vieille aristocratie propri&#233;taire des grands domaines, alli&#233;e &#224; une bourgeoisie des villes encore faible et qui ne connaissait un d&#233;but de d&#233;veloppement r&#233;el qu'&#224; Naples.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a tendance &#224; ne retenir de cette p&#233;riode de l'unification de l'Italie que la geste h&#233;ro&#239;que de Garibaldi et de ses mille &#171; chemises rouges &#187; d&#233;barquant en Sicile en mai 1860 pour lib&#233;rer l'&#238;le du joug des Bourbons et la gagner au nouvel &#201;tat qui devait &#234;tre celui de tout le peuple italien. Mais le roi de Pi&#233;mont-Sardaigne et son ministre Cavour, qui avaient pris la t&#234;te du processus d'unification, n'utilis&#232;rent Garibaldi que dans de strictes limites. Ils comprenaient l'int&#233;r&#234;t qu'ils avaient &#224; utiliser l'homme pour donner au processus une allure r&#233;volutionnaire et s'assurer ainsi le soutien de la petite bourgeoisie patriote. Mais derri&#232;re ce qui n'&#233;tait qu'une fa&#231;ade, la bourgeoisie et l'&#201;tat du Nord ne voulaient pas d'une mobilisation des masses qui aurait risqu&#233; de prendre un caract&#232;re r&#233;volutionnaire et de bouleverser le fragile &#233;quilibre social des r&#233;gions du Sud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au contraire, vis-&#224;-vis des classes poss&#233;dantes de ces r&#233;gions, l'&#201;tat pi&#233;montais cherchait le compromis. Il voulait leur d&#233;montrer que le nouvel &#201;tat unitaire pourrait &#234;tre un meilleur protecteur, un garant plus s&#251;r de leur domination sociale que l'&#201;tat des Bourbons de Naples en phase de d&#233;composition. En 1848, Ferdinand II de Bourbon en avait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; faire bombarder Messine pour garder la Sicile sous sa domination. Il fallait d&#233;montrer aux classes poss&#233;dantes de l'&#238;le que le nouveau protecteur aurait la main au moins aussi dure que ce souverain qui avait gagn&#233; dans l'&#233;v&#233;nement le surnom de &#171; re bomba &#187; (le roi-bombe).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Garibaldi lui-m&#234;me fut amen&#233; &#224; donner cette d&#233;monstration bien peu apr&#232;s son d&#233;barquement en Sicile, lorsque les masses paysannes, interpr&#233;tant ce d&#233;barquement comme le signal de leur lib&#233;ration, commenc&#232;rent &#224; se dresser contre l'aristocratie terrienne et &#224; occuper les grands domaines pour leur propre compte. Le &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et ses mille &#171; chemises rouges &#187; envoy&#233;s par Cavour se retourn&#232;rent aussit&#244;t contre les masses. Garibaldi, qui s'&#233;tait proclam&#233; dictateur pour le compte du roi, prit en mains la r&#233;pression du mouvement paysan, au grand soulagement de l'aristocratie sicilienne. Ainsi, le passage du pouvoir des mains des Bourbons &#224; celles de la royaut&#233; pi&#233;montaise et l'&#233;tablissement du contr&#244;le de cette derni&#232;re sur la Sicile et sur tout le Sud purent aboutir, selon le mot fameux du prince de Salina, h&#233;ros du roman&lt;i&gt; Le Gu&#233;pard&lt;/i&gt; de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, &#224;&lt;i&gt; &#171; tout changer pour que tout reste pareil &#187;&lt;/i&gt;. La domination de classe des grands latifundiaires resta en place, changeant seulement de protecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais du m&#234;me coup, ce choix emp&#234;chait le nouvel &#201;tat de conqu&#233;rir une large base sociale au sein de la population du Sud. Le d&#233;barquement garibaldien et l'instauration de l'&#201;tat unitaire en Sicile et dans le Sud ne furent pas la r&#233;volution profonde qui, en balayant tout le champ social, aurait pu bouleverser les rapports de classes et, entre autres cons&#233;quences, priver les bandes arm&#233;es des gabellotti de toute fonction. Au contraire, le maintien de la vieille structure sociale, le compro&#173;mis entre les vieilles classes poss&#233;dantes et le nouvel &#201;tat, offraient un espace pour le d&#233;veloppement et la consolidation de ces bandes. Les organisations mafieuses purent imposer leur existence comme celle d'une sorte de pouvoir occulte, interm&#233;diaire n&#233;cessaire entre la soci&#233;t&#233; sicilienne et un &#201;tat unitaire qui en &#233;tait trop distant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;Une force arm&#233;e de la bourgeoisie sicilienne&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'origine m&#234;me du mot Mafia fait toujours l'objet de discussions entre les historiens, m&#234;me si beaucoup la situent maintenant dans le mot arabe &#171; muhafiz &#187; qui signifie &#171; protecteur, gardien &#187;. L'histoire de la Mafia sicilienne reste mal connue, et pour cause, s'agissant d'une organisation cherchant &#224; garder jalousement ses secrets. Dans ses recherches sur le ph&#233;nom&#232;ne mafieux en Sicile &#224; la fin du 19e si&#232;cle, l'historien de celui-ci Salvatore Lupo montre comment la couche des paysans riches et des notables, et notamment des gabellotti, r&#233;ussit &#224; tirer son &#233;pingle du jeu, tirant profit du contexte social pour imposer sa pr&#233;sence entre une aristocratie d&#233;clinante et un pouvoir d'&#201;tat restant sans grands liens avec la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en n'h&#233;sitant pas &#224; recourir &#224; la violence arm&#233;e, &#224; l'intimidation et &#224; l'assassinat, dans un contexte de faiblesse de l'&#201;tat et de son autorit&#233;, que les &#171; mafieux &#187; s'imposent alors comme les interm&#233;diaires oblig&#233;s dans le r&#232;glement des conflits. Un vol de troupeaux, un diff&#233;rend sur le r&#232;glement d'une dette, trouvent une solution non pas gr&#226;ce &#224; l'intervention de l'&#201;tat et de la justice, mais dans le cadre d'une &#171; componenda &#187;, une transaction dans laquelle le mafieux local joue les arbitres en n'oubliant pas au passage sa r&#233;mun&#233;ration. Cette sorte de tribunal des conflits impose d'autant plus facilement son arbitrage que chacun apprend &#224; savoir, au moins au sein de la population pauvre, que qui ne le respecterait pas s'expose &#224; ce qu'on retrouve un beau jour son cadavre cribl&#233; de balles au coin d'un bois, sans qu'il soit jamais possible de retrouver ni un coupable, ni m&#234;me un t&#233;moin, car la loi du silence, l'omert&#224;, s'impose &#224; tous. De leur c&#244;t&#233;, aristocrates et grands propri&#233;taires, bien s&#251;r plus respect&#233;s par les mafieux, ne risquent pas en g&#233;n&#233;ral de subir de telles extr&#233;mit&#233;s. Mais s'ils s'avisent de se passer de l'arbitrage mafieux, eux aussi peuvent subir quelques r&#233;torsions telles que vols ou empoisonnements de puits. Et &#224; l'exp&#233;rience, pour eux aussi il s'av&#232;re plus raisonnable de s'en remettre &#224; cet arbitrage qu'&#224; celui d'un pouvoir d'&#201;tat trop lointain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; deux reprises encore apr&#232;s l'unit&#233;, celui-ci fut cependant amen&#233; &#224; exercer une r&#233;pression violente contre la population sicilienne. Ce fut le cas en 1866, quand l'arm&#233;e r&#233;prima dans le sang l'insurrection de Palerme, organis&#233;e en partie par des &#233;l&#233;ments de l'ancien r&#233;gime, mais bas&#233;e sur un profond m&#233;contentement populaire. Puis en 1891-1894, il eut &#224; faire face au mouvement, bien plus large et plus conscient, des &#171; fasci siciliani dei lavoratori &#187;. M&#234;me si vingt-cinq ans plus tard Mussolini allait leur voler leur nom, ces &#171; faisceaux siciliens des travailleurs &#187; de la fin du 19e si&#232;cle n'avaient certes rien &#224; voir avec le mouvement fasciste. Organisations de la population pauvre, paysans, ouvriers agricoles ou m&#233;tayers, ouvriers, mineurs, artisans, les fasci n&#233;s dans toute la Sicile &#233;taient l'expression des revendications de ceux-ci, et notamment de la faim de terre des paysans, mais ils &#233;taient aussi empreints d'un esprit &#233;galitariste et socialiste. L'arm&#233;e r&#233;pondit au mouvement des fasci en r&#233;primant les occupations de terre, notamment lors de la fusillade de Caltavuturo, en janvier 1893. Mais face &#224; ce mouvement de masse qui embrasait la Sicile, le gouvernement du lib&#233;ral Giolitti fut contraint de faire des concessions, avant d'&#234;tre remplac&#233; fin 1893 par l'ex-garibaldien et homme de la droite Francesco Crispi. Celui-ci, ob&#233;issant &#224; la pression des classes poss&#233;dantes siciliennes, organisa une r&#233;pression de grande ampleur et envoya en prison les dirigeants du mouvement. Quant &#224; la Mafia, si au niveau local certains de ses membres se joignirent au mouvement des &#171; fasci &#187;, elle intervint surtout pour seconder la r&#233;pression.&lt;i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat, c'est des bandes d'hommes arm&#233;s &#187;, &lt;/i&gt;a r&#233;sum&#233; Friedrich Engels dans une c&#233;l&#232;bre formule, indiquant ainsi, dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes, la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir bas&#233; sur une force arm&#233;e qui fasse respecter cette division au profit de la classe poss&#233;dante. Mais dans les conditions d'instabilit&#233; de la Sicile post-unitaire, la seule force arm&#233;e de l'&#201;tat italien s'av&#233;rait insuffisante pour accomplir durablement cette t&#226;che, et la Mafia devenait pour ces classes poss&#233;dantes un compl&#233;ment indispensable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conditions originales de la r&#233;volution bourgeoise en Sicile et dans le sud italien ont donc fait qu'&#224; la &#171; bande arm&#233;e &#187; de l'&#201;tat s'en est ajout&#233;e une autre, occulte celle-l&#224;, mais non moins n&#233;cessaire au maintien de l'ordre bourgeois que la premi&#232;re. Expression d'une partie de la bourgeoisie locale, &#224; la fois rivale et auxiliaire du pouvoir d'&#201;tat officiel, la bande en question, la Mafia, devint un &#233;l&#233;ment incontournable de la soci&#233;t&#233;. Elle avait elle-m&#234;me besoin de se donner une organisation, et c'est ce qu'elle fit sous le nom de &#171; l'honorable soci&#233;t&#233; &#187; (l'Onorata societ&#224;) sous la direction de Don Vito Cascio Ferro qui semble avoir &#233;t&#233; &#224; la fin du 19e si&#232;cle le premier v&#233;ritable chef de la Mafia, lui ayant donn&#233; une structure centrale, une organisation territoriale d&#233;finissant les fiefs de chaque &#171; famille &#187;&#8230; et un financement syst&#233;matique par le biais du &#171; pizzo &#187;, pr&#233;&#173;l&#232;&#173;vement mafieux sur les revenus de tout un chacun. L'organisation mafieuse allait ensuite prendre le nom de Cosa nostra (Notre chose) en r&#233;important des &#201;tats-Unis le nom qu'avait pris l&#224;-bas la Mafia sicilienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette &#171; honorable soci&#233;t&#233; &#187; et ses membres, les &#171; hommes d'honneur &#187;, ont trouv&#233; in&#233;vitablement des complicit&#233;s et m&#234;me des repr&#233;sentants &#224; l'int&#233;rieur du pouvoir d'&#201;tat. Organisation n&#233;e dans une soci&#233;t&#233; encore pr&#233;capitaliste, elle a su ensuite &#233;pouser les &#233;volutions &#233;conomiques, prendre des positions dans le monde des affaires en se sp&#233;cialisant &#233;videmment dans toutes celles n&#233;cessitant de passer largement &#224; c&#244;t&#233; de la l&#233;galit&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;Mafia et bourgeoisie mafieuse&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En Sicile, d&#232;s la fin du 19e si&#232;cle, on peut parler de l'existence d'une v&#233;ritable bourgeoisie mafieuse. Le meurtre d'Emanuele Notarbartolo, en f&#233;vrier 1893, soul&#232;ve un scandale national parce que la victime est un riche bourgeois, qui a &#233;t&#233; maire de Palerme de 1873 &#224; 1876, puis directeur g&#233;n&#233;ral de la Banque de Sicile jusqu'en 1890. Mais le commanditaire du meurtre est lui aussi un puissant notable, Raffaele Palizzolo, d&#233;put&#233; &#233;lu gr&#226;ce &#224; un r&#233;seau de client&#232;les politiques &#224; qui il dispense ses faveurs. On conna&#238;t ses nombreux diff&#233;rends avec Notarbartolo, qui lui reproche ses manigances financi&#232;res, diff&#233;rends auxquels la liquidation de Notarbartolo par un homme de main de Palizzolo permet de mettre un terme. Le scandale conduit malgr&#233; tout Palizzolo en prison et devant des tribunaux successifs du Nord, avant d'&#234;tre finalement lib&#233;r&#233; pour insuffisance de preuves et de revenir triomphalement en Sicile avec l'aur&#233;ole du martyre. L'affaire montre en tout cas que la Mafia a d&#233;j&#224; chang&#233; d'&#233;poque et que, d'organisation de la bourgeoisie rurale, elle est devenue aussi celle d'une partie de la bourgeoisie urbaine, qui dispose d&#233;sormais d'importantes complicit&#233;s au sein du syst&#232;me politique. Mise en cause par la presse nationale, pour qui le scandale Notarbartolo est l'occasion de d&#233;couvrir sa &#171; mafiosit&#233; &#187;, la bonne soci&#233;t&#233; sicilienne r&#233;pond bien s&#251;r que la Mafia n'existe pas : elle n'est qu'une invention des gens du Nord, une fa&#231;on pour eux de d&#233;nigrer encore une fois les gens du Sud et leurs coutumes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la suite, la p&#233;riode du fascisme fut une p&#233;riode difficile pour la Mafia, ou au moins pour un bon nombre de mafieux. Mussolini voulait d&#233;montrer que sa dictature ne tol&#233;rait pas qu'une partie du pays &#233;chapp&#226;t &#224; son contr&#244;le. Il d&#233;p&#234;cha dans l'&#238;le le pr&#233;fet Mori, qui eut pour instruction de faire la guerre &#224; l'organisation mafieuse avec tous les moyens de l'&#201;tat. Celui-ci proc&#233;da &#224; de v&#233;ritables op&#233;rations militaires, menant &#224; des arrestations et d&#233;portations massives de centaines de mafieux. Nombre de ceux-ci ne virent d'issue que dans la fuite, vers les &#201;tats-Unis notamment. La r&#233;pression du pr&#233;fet Mori, qui gagna dans l'affaire le surnom de &#171; pr&#233;fet de fer &#187;, fit dispara&#238;tre une partie de la d&#233;linquance mafieuse, mais en fait elle ne s'en prit gu&#232;re qu'&#224; l'&#233;chelon des ex&#233;cutants, des hommes de main, des familles qui contr&#244;laient telle ou telle partie du territoire. L'&#233;chelon plus &#233;lev&#233; des financiers et des grands latifundiaires non seulement ne fut pas touch&#233;, mais ceux-ci se donn&#232;rent des repr&#233;sentants au sein du parti et du pouvoir fascistes. Le &#171; pr&#233;fet de fer &#187; lui-m&#234;me tomba en disgr&#226;ce et en fait le compromis habituel entre la Mafia et le pouvoir se maintint, m&#234;me s'il &#233;tait moins visible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la semi-clandestinit&#233; de cette p&#233;riode, la Mafia put donc resurgir avec force d&#232;s le d&#233;barquement anglo-am&#233;ricain de 1943, qu'elle facilita, et la fin du pouvoir fasciste dans l'&#238;le. Elle reprit alors rapidement le contr&#244;le du territoire en disposant de l'appui des autorit&#233;s d'occupation, contentes de trouver des interlocuteurs disposant d'une autorit&#233; et capables de contr&#244;ler la population. Une partie de la Mafia appuya m&#234;me un &#233;ph&#233;m&#232;re mouvement pour l'ind&#233;pendance de la Sicile, d&#233;clarant vouloir en faire le cinquanti&#232;me &#201;tat des USA.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais surtout, la Mafia affirma son pouvoir de plus belle sur les campagnes siciliennes, au moment&#173; o&#249;, avec la fin de la guerre, le mouvement paysan reprenait de l'ampleur. Syndicalistes paysans et militants du Parti communiste organisaient de nouvelles occupations sur les terres des latifundiaires, dont l'emprise s'&#233;tait plut&#244;t renforc&#233;e dans la p&#233;riode fasciste. Une convergence se fit alors jour entre les forces de r&#233;pression de l'&#201;tat dit d&#233;mocratique qui se mettait en place et la Mafia. D&#232;s 1944 &#224; Villalba, fief du boss mafieux Calogero Vizzini, celui-ci fit tirer sur un meeting du dirigeant communiste Li Causi. L'&#233;pisode le plus connu est cependant le massacre de Portella della Ginestra, le 1er mai 1947, lorsque la bande de Salvatore Giuliano ouvrit le feu sur les paysans rassembl&#233;s &#224; cet endroit pour un meeting, faisant plus d'une dizaine de morts. Mais c'est tous les jours que les syndicalistes paysans risquaient leur vie, menac&#233;s par des mafieux eux-m&#234;mes couverts par de nombreux complices au sein de l'appareil d'&#201;tat et jusqu'&#224; Rome.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Salvatore Giuliano lui-m&#234;me, dont la bande fut utilis&#233;e par la Mafia, sera tu&#233; en 1950 par son lieutenant Pisciotta, qui lui-m&#234;me mourra en prison quatre ans plus tard apr&#232;s avoir bu un caf&#233; empoisonn&#233;. Dans toutes ces affaires, les complicit&#233;s remontent jusqu'au ministre de l'Int&#233;rieur de l'&#233;poque, Mario Scelba, l'homme fort de la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne. Ces assassinats successifs, en &#233;liminant des t&#233;moins g&#234;nants, permirent d'&#233;viter qu'on en sache plus sur ceux qui les avaient couverts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'ordre &#187; ainsi r&#233;tabli, la p&#233;riode qui s'ouvre avec l'apr&#232;s-Seconde Guerre mondiale sera faste. Les ann&#233;es cinquante et soixante restent c&#233;l&#232;bres comme celles du &#171; sac de Palerme &#187;, p&#233;riode o&#249; un certain nombre d'entreprises du b&#226;timent, dont celles du mafieux Francesco Vassallo, firent des affaires d'or gr&#226;ce &#224; leurs relations avec tous les &#171; d&#233;cideurs &#187; d&#233;mocrates-chr&#233;tiens. C'est cependant globalement une p&#233;riode incertaine pour Cosa nostra car, dans ces ann&#233;es cinquante et soixante, l'emprise de la Mafia sur la soci&#233;t&#233; sicilienne semble diminuer. L'expansion &#233;conomique de cette p&#233;riode, le d&#233;veloppement de l'industrie, des services, des emplois de la fonction publique, mais aussi l'&#233;migration massive vers un Nord qui manque de bras, permettent en effet &#224; toute une partie de la soci&#233;t&#233; de ne plus d&#233;pendre d'elle. Dans cette soci&#233;t&#233; qui semble aller de l'avant, &#171; l'homme d'honneur &#187; n'inspire plus le m&#234;me respect. M&#234;me si Cosa nostra poursuit ses activit&#233;s habituelles, son r&#244;le diminue, au moins re&#173;la&#173;ti&#173;vement au d&#233;veloppement du reste de la soci&#233;t&#233;. Malheureusement, ce ne sera qu'une parenth&#232;se.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, les ann&#233;es soixante-dix repr&#233;sentent un tournant. Alors que la p&#233;riode d'expansion &#233;conomique touche &#224; sa fin, les activit&#233;s les plus parasitaires n'en prennent que plus d'importance. La collusion avec la municipalit&#233; d&#233;mocrate-chr&#233;tienne permet de profiter des adjudications de terrain, et de mettre la main sur les march&#233;s publics. La Mafia pr&#233;l&#232;ve sa d&#238;me, le pizzo, sur la plupart des affaires, qu'il s'agisse des march&#233;s agroalimentaires ou de la construction d'une route. On peut v&#233;rifier alors que la Mafia et les mafieux ont fait un saut d&#233;cisif : la &#171; bourgeoisie mafieuse &#187; est devenue une bourgeoisie d'affaires implant&#233;e dans l'immobilier et le b&#226;timent, les travaux publics et les finances. En m&#234;me temps la Mafia s'ouvre au commerce international, prenant une position de premier plan dans le trafic de drogue dont l'expansion devient mondiale. Son organisation clandestine, sa pratique des armes et de l'intimidation, ses liens avec les &#171; familles &#187; de Cosa nostra aux &#201;tats-Unis, sont pour cela des atouts importants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout n'est pas pour autant simple au sein de Cosa nostra. L'existence d'une &#171; coupole &#187;, sorte de direction supr&#234;me r&#233;unissant les familles mafieuses et destin&#233;e &#224; trancher, en principe &#224; l'amiable, sur les d&#233;limitations de territoires et de domaines de comp&#233;tence, de toute &#233;vidence ne suffit pas &#224; r&#233;gler les conflits. Des guerres de mafia &#233;clatent donc p&#233;riodiquement entre familles, laissant des morts sur le terrain. P&#233;riodiquement aussi, des policiers ou des juges trop curieux ou croyant trop &#224; leur r&#244;le sont menac&#233;s ou &#233;limin&#233;s. L'&#201;tat ainsi d&#233;fi&#233; est alors contraint de r&#233;agir et les gouvernements de remettre &#224; l'ordre du jour la &#171; lutte contre la Mafia &#187;, limitant pour quelque temps la libert&#233; d'action de celle-ci, ou tout au moins ses apparitions trop voyantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;Camorra, &#8216;Ndrangheta et autres&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'histoire de la Camorra, la mafia de la r&#233;gion napolitaine, montre un parall&#233;lisme avec celle de son homologue sicilienne, m&#234;me si elle est n&#233;e dans un contexte urbain bien diff&#233;rent du contexte rural de l'&#238;le. L&#224; aussi, l'origine m&#234;me du mot Camorra est discut&#233;e par les historiens, qui semblent cependant donner la pr&#233;f&#233;rence &#224; une origine espagnole du mot, Guardu&#241;a. Il semble en tout cas qu'il ait d&#233;sign&#233; au moins depuis le 16e si&#232;cle les bandes de malfaiteurs r&#233;gnant dans les quartiers de Naples et y pr&#233;levant leur d&#238;me. C'est en 1820 que ces bandes se donn&#232;rent une structure, constituant la Bella societ&#224; riformata (la Bonne soci&#233;t&#233; conf&#233;d&#233;r&#233;e) au cours d'une r&#233;union tenue &#224; l'&#233;glise Santa Caterina a Formiello, dans le quartier de Porta Capuana &#224; Naples. De son c&#244;t&#233; le r&#233;gime royal, contr&#244;lant bien difficilement une ville socialement explosive, incapable d'y emp&#234;cher l'existence de bandes de d&#233;linquants mettant en coupe r&#233;gl&#233;e les quartiers, pr&#233;f&#233;rait les tol&#233;rer et &#233;ventuellement les utiliser. La police des Bourbons de Naples collabora avec ces bandes, les int&#233;grant m&#234;me partiellement &#224; ses effectifs et faisant de cette Camorra un instrument de contr&#244;le social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;tat unitaire, chaussant &#224; partir de 1860 les bottes de l'ancien &#201;tat des Bourbons, reprit aussi ses m&#233;thodes. Avec des hauts et des bas, les relations de complicit&#233;, de collaboration, ou au moins de respect r&#233;ciproque &#8211; l'un n'empi&#233;tant pas sur le domaine de l'autre &#8211; se maintinrent. L'organisation de la Camorra subit certains avatars : la Bella societ&#224; riformata se dissout officiellement en 1915. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les tentatives pour lui donner une organisation pyramidale sur le mod&#232;le sicilien ont &#233;chou&#233;. La Nuova camorra organizzata (Nouvelle Camorra organis&#233;e), lanc&#233;e par le boss Rafaele Cutolo dans les ann&#233;es soixante-dix comme une tentative de ressusciter la Bella societ&#224; riformata du 19e si&#232;cle, s'est heurt&#233;e &#224; la r&#233;sistance des concurrents, faisant exploser une sanglante guerre de clans. Il en r&#233;sulte n&#233;anmoins aujourd'hui un partage de fait du territoire entre les diff&#233;rentes familles. La Camorra a surv&#233;cu, gr&#226;ce &#224; la tol&#233;rance de l'&#201;tat et parce qu'elle a su suivre l'&#233;volution &#233;conomique, occupant les cr&#233;neaux offerts par les trafics en tout genre et celui de l'&#233;conomie souterraine, au point de devenir en plein 21e si&#232;cle une puissance peut-&#234;tre encore plus enracin&#233;e en Campanie que ne l'est en Sicile Cosa nostra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire de la &#8216;Ndrangheta calabraise, elle aussi, offre un parall&#233;lisme avec celle de son homologue sicilienne. Le mot d&#233;rive du grec&lt;i&gt; andragath&#237;a&lt;/i&gt; (virilit&#233;, courage) et a d&#233;sign&#233; au cours du 19e si&#232;cle des organisations secr&#232;tes cr&#233;&#233;es par les paysans pour r&#233;sister au pouvoir des grands propri&#233;taires. R&#233;pondant aux extorsions des riches en pratiquant elles-m&#234;mes l'extorsion, ces associations devinrent de simples associations criminelles, mais dont les membres continuaient de jouir d'un certain respect de la part de la population. Les couches les plus riches, &#224; leur tour, firent affaire avec elles. L&#224; aussi, le pouvoir occulte de la &#8216;Ndrangheta put s'imposer comme une n&#233;cessit&#233; &#224; c&#244;t&#233; d'un pouvoir d'&#201;tat distant ou absent. Il connut de v&#233;ritables difficult&#233;s dans la p&#233;riode du fascisme, puis les boss locaux de la &#8216;Ndrangheta purent refaire surface &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale et avec le d&#233;barquement alli&#233;. Comme en Sicile, les autorit&#233;s d'occupation pr&#233;f&#233;r&#232;rent confier l'administration de nombreuses villes &#224; de tels hommes, capables d'exercer leur influence et de contr&#244;ler un territoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#8216;Ndrangheta est aussi l'organisation mafieuse qui a connu le d&#233;veloppement le plus spectaculaire ces derni&#232;res ann&#233;es. Discr&#232;te, bas&#233;e sur une structure familiale et des rites d'appartenance et de s&#233;lection qui la rendent difficilement p&#233;n&#233;trable, elle a pu &#233;tablir son contr&#244;le sur l'&#233;conomie agricole de la r&#233;gion calabraise. Puis, partie du sud de la p&#233;ninsule, elle a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler des pans respectables de l'&#233;conomie du Nord.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la Sacra corona unita &#8211; la mafia de la r&#233;gion des Pouilles &#8211; et m&#234;me &#224; la Stidda du sud de la Sicile, elles sont des organisations mafieuses &#224; l'histoire plus r&#233;cente, n&#233;es comme &#233;manations de la Camorra ou de Cosa nostra &#224; l'initiative de quelques familles de ces deux organisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces organisations mafieuses h&#233;ritent de leur histoire des caract&#233;ristiques communes. Un certain nombre semblent tenir du folklore, comme les proc&#233;dures d'admission au sein de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te, les rites d'initiation par lesquels les nouveaux membres doivent jurer fid&#233;lit&#233; &#224; la tradition, jurer ob&#233;issance aux chefs, accepter d'avance la sentence de mort en cas de trahison ou de r&#233;v&#233;lation de secrets de l'organisation. Tout cela r&#233;pond cependant bien moins au folklore et &#224; la tradition qu'&#224; une n&#233;cessit&#233;, s'agissant de constituer des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes pouvant agir efficacement en marge de la loi et se faire respecter aussi bien de leurs propres membres que de tous ceux avec qui elles entrent en affaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;tendue &#171; culture &#187; mafieuse vient se greffer sur ces n&#233;cessit&#233;s. Selon ses canons, &#171; l'homme d'honneur &#187; sicilien membre de Cosa nostra doit ob&#233;ir &#224; des principes : respecter la parole donn&#233;e, ne pas admettre la trahison, punir celui qui la pratique, &#234;tre juste dans ses arbitrages, accepter le sacrifice de soi pour la cause des &#171; amis &#187;, c'est-&#224;-dire de l'organisation. Cette morale qui se pr&#233;tend sp&#233;cifiquement sicilienne ne manque pas aussi d'emprunter au conformisme catholique : &#171; l'homme d'honneur &#187; devrait aussi &#234;tre un bon chr&#233;tien, n'avoir d'autre ambition que de faire bien vivre sa famille, respecter les femmes et par exemple se refuser &#224; exploiter la prostitution ou &#224; d&#233;voyer la jeunesse. Il est vrai que ces derniers &#171; principes &#187; ne tiennent pas longtemps quand ils entrent en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts de l'organisation, et notamment avec la n&#233;cessit&#233; de faire face &#224; la concurrence d'autres organisations ne faisant m&#234;me pas semblant d'avoir cette morale : entre risquer de laisser un &#171; march&#233; &#187; &#224; d'autres et transiger sur les principes, le choix est alors vite fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute cette pr&#233;tendue morale emprunte n&#233;cessairement &#224; l'histoire et &#224; la soci&#233;t&#233; dans laquelle &#233;voluent les bandes mafieuses, donnant &#224; chacune sa sp&#233;cificit&#233;. Sa fonction est de donner une certaine coh&#233;rence &#224; la bande, mais aussi une bonne conscience &#224; &#171; l'homme d'honneur &#187; et surtout &#224; son milieu familial et personnel. Munis de cette sorte d'id&#233;ologie mafieuse, ceux-ci peuvent d&#233;clarer qu'en agissant d'une fa&#231;on que la majeure partie de la soci&#233;t&#233; consid&#232;re comme criminelle, le mafieux ne fait que d&#233;fendre les siens, se conformer aux r&#232;gles traditionnelles. On pourrait certes retrouver des r&#232;gles analogues parmi les bandes de d&#233;linquants de toute la plan&#232;te. Mais le fait est que cette bande r&#233;ussit depuis plus d'un si&#232;cle &#224; vivre en osmose avec une partie de la soci&#233;t&#233;, et m&#234;me avec une large fraction des couches dirigeantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;Mafia et &#233;conomie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le recours aux m&#233;thodes d'intimidation, &#224; l'assassinat et &#224; toutes les ressources que peut donner une existence en marge de la l&#233;galit&#233;, facilit&#233; par la tol&#233;rance ou m&#234;me la complicit&#233; des autorit&#233;s, a en tout cas r&#233;ussi aux organisations mafieuses. Celles-ci ont jou&#233; un r&#244;le &#233;conomique croissant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a vu comment en Sicile la vieille Mafia rurale a su devenir une v&#233;ritable mafia d'affaires, r&#233;gnant sur les adjudications de travaux publics et dans la construction immobili&#232;re, prenant une part dominante dans le commerce international de l'h&#233;ro&#239;ne, pr&#233;levant le pizzo sur une grande partie des activit&#233;s, et naturellement &#233;tablissant des liens avec le monde financier pour les besoins du recyclage de l'argent sale. Selon certaines &#233;tudes, le chiffre d'affaires global de Cosa nostra serait au moins de 20 milliards d'euros, l'&#233;quivalent d'un quart du PIB de la Sicile, et il ne ferait qu'augmenter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Campanie, le partage du territoire entre les familles de la Camorra leur permet de contr&#244;ler une grande partie de l'activit&#233; &#233;conomique. L'&#233;crivain Roberto Saviano, aujourd'hui menac&#233; de mort par le clan de Casal di Principe, qu'il a d&#233;nonc&#233; nomm&#233;ment, a d&#233;crit dans son livre&lt;i&gt; Gomorra&lt;/i&gt; l'&#233;ventail des activit&#233;s de l'organisation criminelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, &#224; partir des activit&#233;s traditionnelles de contr&#244;le des trafics de cigarettes ou de drogue, de la pratique du pr&#234;t usuraire &#224; la prostitution et &#224; l'immobilier, des travaux publics au pizzo sur les activit&#233;s du port, la Camorra est pass&#233;e &#224; des domaines plus vastes : le contr&#244;le des entreprises de sous-traitance du secteur textile, employant en grande partie des travailleurs au noir, et maintenant le vaste business du traitement des d&#233;chets, les repr&#233;sentants de commerce de la Camorra allant proposer dans toute l'Europe leurs services pour faire dispara&#238;tre les d&#233;chets industriels dans la campagne napolitaine, &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence mais en polluant gravement et irr&#233;m&#233;diablement celle-ci. L'emprise de la Camorra sur le territoire de la r&#233;gion n'a fait que se renforcer. L'augmentation du ch&#244;mage et la disparition des emplois industriels ne laissent en effet plus d'autre avenir &#224; une partie de la jeunesse que d'accepter de travailler, &#224; un niveau qui n'est souvent que celui d'hommes de main, pour la Camorra. L&#224; aussi le chiffre d'affaires annuel global de la Camorra serait au moins de 20 milliards d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, la &#8216;Ndrangheta calabraise a eu une expansion plus discr&#232;te que celle de ses s&#339;urs sicilienne et napolitaine, parce que plus silencieuse et moins ponctu&#233;e par les r&#232;glements de comptes et les assassinats. Mais elle n'en a pas &#233;t&#233; moins efficace. Les faits de Rosarno, en janvier 2010, au cours desquels ses hommes ont organis&#233; l'exp&#233;dition punitive contre les travailleurs immigr&#233;s employ&#233;s dans les plantations d'agrumes, ont montr&#233; qu'elle jouait toujours un r&#244;le de milice antiouvri&#232;re au service des patrons des plantations. Mais elle contr&#244;le en fait une grande partie du secteur agro-alimentaire, de la cueillette au transport et &#224; l'exportation. Il faut y ajouter bien s&#251;r l'immobilier et le racket des travaux publics, illustr&#233; par les diff&#233;rentes enqu&#234;tes sur l'adjudication des travaux de l'autoroute Salerne-Reggio de Calabre aux diverses familles de la &#8216;Ndrangheta. Mais la plus grande part du chiffre d'affaires de l'organisation vient du contr&#244;le qu'elle a pris, en sortant de sa r&#233;gion d'origine, sur le trafic de la coca&#239;ne dans le Nord, auquel elle devrait plus de 60 % de ses revenus. Ainsi parvenue &#224; la t&#234;te d'&#233;normes sommes d'argent liquide, la &#8216;Ndrangheta l'a blanchi en investissant dans l'immobilier et en cr&#233;ant des entreprises dans le secteur du b&#226;timent, s'assurant les march&#233;s par les moyens de la menace et du racket, d&#233;j&#224; lar&#173;gement mis en &#339;uvre en Calabre pour les travaux de l'autoroute cit&#233;e plus haut. Ainsi, une partie de l'Italie riche du Nord, autour de Milan, paye d&#233;sormais son pizzo aux clans venus de Calabre. Gr&#226;ce &#224; quoi l'organisation serait devenue la plus riche des organisations mafieuses, avec un chiffre d'affaires qui serait de 45 milliards d'euros en Italie. Mais la &#8216;Ndrangheta a maintenant &#233;largi son rayon d'action &#224; d'autres pays europ&#233;ens comme l'Allemagne, l'Espagne ou la France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi le chiffre d'affaires annuel global de l'ensemble des mafias italiennes pourrait approcher les 100 milliards d'euros. La Confesercenti, association professionnelle des petites entreprises, a m&#234;me estim&#233; le bilan global des mafias italiennes &#224; 135 milliards d'euros en 2009, dont 78 milliards de b&#233;n&#233;fice net. Ce chiffre d'affaires repr&#233;sente plus de 7 % du PIB italien. En effet il n'est plus de trafic qui leur &#233;chappe, du trafic d'organes &#224; celui des armes ou m&#234;me des produits radioactifs, du secteur sanitaire &#224; celui des jeux, des bo&#238;tes de nuit et &#224; l'exploitation des fili&#232;res d'immigration clandestine.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;Mafia et pouvoir politique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;On l'a vu, d&#232;s les d&#233;buts du ph&#233;nom&#232;ne mafieux, les rapports entre celui-ci et le pouvoir politique ont &#233;t&#233; des rapports de complicit&#233; bien plus que d'affrontement. Pour la bourgeoisie sicilienne, la Mafia &#233;tait et est rest&#233;e un des instruments de sa domination de classe, et c'est aussi ce qu'elle est en Calabre ou en Campanie. Cela implique, d'une fa&#231;on ou d'une autre, qu'elle p&#233;n&#232;tre le pouvoir politique et en fasse jusqu'&#224; un certain point son instrument, ou en tout cas que ces deux pouvoirs parall&#232;les collaborent et parfois se confondent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La collaboration existe d'abord au niveau local, l&#224; o&#249; les &#233;lus politiques ne peuvent l'&#234;tre que s'ils disposent d'une client&#232;le &#233;lectorale &#224; laquelle ils rendent des services. La Mafia ou la Camorra, par leur implantation locale, peuvent fournir une telle client&#232;le ou, au contraire, retirer leur appui aux responsables politiques qui ne se montrent pas assez compr&#233;hensifs, ou tout simplement les supprimer. Des scandales &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement quand la collusion devient trop publique, mais en territoire mafieux elle est permanente et in&#233;vitable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il &#233;tait de notori&#233;t&#233; publique, pendant le long r&#232;gne de la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne, que celle-ci &#233;tait en Sicile le parti de la Mafia ou en tout cas soutenu par elle. La p&#233;riode r&#233;cente, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a &#233;t&#233; en effet celle de la collaboration la plus ouverte, no&#173;tamment sous le r&#232;gne des maires d&#233;mocrates-chr&#233;tiens de Palerme, Salvo Lima puis Vito Ciancimino, m&#234;me si par ailleurs l'&#201;tat central &#233;tait amen&#233; &#224; combattre les manifestations les plus visibles de la Mafia. Ajoutons qu'entre mafieux et politiciens bourgeois l'anticommunisme et l'anti&#173;syndicalisme ont toujours fourni un ciment, les premiers pouvant d'ailleurs se livrer &#224; de sales besognes que les seconds ne pouvaient pas se permettre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au niveau des dirigeants politiques nationaux, la collusion n'est bien s&#251;r pas aussi ouverte mais il est &#233;vident que des relations s'&#233;tablissent entre dirigeants de l'&#201;tat et dirigeants mafieux, ne serait-ce que par l'interm&#233;diaire des politiciens locaux les plus proches de ces milieux. Le cas le plus connu est celui de Giulio Andreotti, qui fut sept fois pr&#233;sident du Conseil et en tout cas membre de presque tous les gouvernements de 1954 &#224; 1992, et qui finit aujourd'hui tranquillement sa carri&#232;re politique en tant que s&#233;nateur &#224; vie de la R&#233;publique. Selon les d&#233;clarations d'un repenti, ce dirigeant de la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne auquel sa long&#233;vit&#233; a valu le surnom de &#171; l'inoxydable &#187; n'aurait pas h&#233;sit&#233; &#224; rencontrer directement le chef de la Mafia, Toto Riina, &#224; Palerme en septembre 1987, rencontre qui se serait termin&#233;e par un baiser, marque de confiance &#224; la mode mafieuse, entre les deux hommes. Les accusations de collusion ont donn&#233; lieu &#224; des proc&#232;s dont Andreotti n'est sorti sauf que gr&#226;ce au d&#233;passement du d&#233;lai de prescription. En effet les attendus du jugement ont bien consid&#233;r&#233; que la &#171; collaboration active &#187; entre Andreotti et Cosa nostra &#233;tait &#233;tablie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principal chef de Cosa nostra dans les ann&#233;es soixante-dix, Stefano Bontate, &#233;tait en effet un proche de Salvo Lima et de Vito Ciancimino, les maires de Palerme les plus compromis avec la Mafia mais qui &#233;taient aussi au sein de la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne les meilleurs soutiens d'Andreotti. De multiples faits attestaient donc la &#171; collaboration active &#187; dont parle le jugement. Les choses ne chang&#232;rent un peu que lorsque, au sein de Cosa nostra, le clan dit des corleonesi (de la ville de Corleone) commen&#231;a &#224; contester le pouvoir de Bontate. Apr&#232;s son assassinat en 1981 il fut remplac&#233; &#224; la t&#234;te de Cosa nostra par Toto Riina. Ce nouveau &#171; capo di tutti i capi &#187; (chef de tous les chefs) se montra moins enclin au compro&#173;mis et sous son r&#232;gne la collaboration entre l'organisation mafieuse et la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne devint plus difficile. Pourtant, toujours sous l'influence de celle-ci, l'&#201;tat fit un certain nombre de gestes en direction de la Mafia, comme l'annulation de certaines sentences ou le l&#226;chage visible du g&#233;n&#233;ral Dalla Chiesa qui, envoy&#233; en mission dans l'&#238;le en tant que super-pr&#233;fet, y mourut assassin&#233;. Dans ce contexte, le baiser entre Riina et Andreotti peut avoir &#233;t&#233; un geste de reconnaissance r&#233;ciproque entre deux chefs et l'on peut m&#234;me se demander lequel, au fond, &#233;tait le plus mafieux des deux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;cemment sont revenus &#224; la surface quelques &#233;l&#233;ments sur la &#171; guerre mafieuse &#187; de l'ann&#233;e 1992 au cours de laquelle les juges Falcone et Borsellino, engag&#233;s dans l'enqu&#234;te sur Cosa nostra, furent &#233;limin&#233;s dans des attentats spectaculaires. Cela commen&#231;a par l'assassinat de Salvo Lima, apparemment parce que, en tant qu'interm&#233;diaire consacr&#233; entre la Mafia et l'&#201;tat, il n'avait pas r&#233;ussi &#224; obtenir de ce dernier les mesures de cl&#233;mence qu'il avait promises aux &#171; parrains &#187;. On sait maintenant que Toto Riina fit parvenir au gouvernement, toujours par l'interm&#233;diaire de Vito Ciancimino, les douze conditions qu'il mettait pour finir la &#171; guerre &#187;, conditions comportant essentiellement l'assouplissement des proc&#233;dures engag&#233;es contre Cosa nostra. Les assassinats &#233;taient l&#224; pour d&#233;montrer qu'il ne plaisantait pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, on ne conna&#238;t pas les d&#233;tails de la n&#233;gociation qui s'en suivit. On peut seulement constater que tout cela d&#233;boucha quelques mois plus tard, au d&#233;but de 1993, sur l'arrestation de Riina, l&#226;ch&#233; &#224; son tour par son second Bernardo Provenzano. L'arrestation ne devait certainement rien au hasard puisque Provenzano succ&#233;da &#224; Riina et qu'avec lui des rapports moins conflictuels purent s'&#233;tablir. Entre-temps, la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne min&#233;e par les scandales commen&#231;ait &#224; dispara&#238;tre de la sc&#232;ne politique, mais il ressort de quelques documents et r&#233;v&#233;lations de repentis que Cosa nostra avait re&#231;u de nouvelles assurances : le nouveau parti qui allait &#234;tre lanc&#233; sous la direction d'un certain Silvio Berlusconi serait compr&#233;hensif vis-&#224;-vis de ses int&#233;r&#234;ts et elle recommandait donc de voter pour lui. Un des proches siciliens de Berlusconi, Marcello dell'Utri, qui allait &#234;tre condamn&#233; plus tard pour complicit&#233; d'association mafieuse, s'en portait garant. Moyennant quoi aux &#233;lections suivantes, en 1994, en Sicile le vote pour le nouveau parti Forza Italia rempla&#231;a sans coup f&#233;rir le vote d&#233;mocrate-chr&#233;tien et Berlusconi put devenir pr&#233;sident du Conseil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi la Mafia a de toute &#233;vidence de nombreux canaux pour influencer l'&#201;tat, et l'&#201;tat sait aussi en trouver pour contr&#244;ler la Mafia, du moins jusqu'&#224; un certain point. Il peut par exemple jouer un chef de clan contre un autre, ou bien d&#233;cider d'ignorer pendant des ann&#233;es l'endroit o&#249; se cache un boss, m&#234;me lorsque cet endroit n'est pas bien difficile &#224; trouver. Jusqu'au jour o&#249;, pour une raison ou pour une autre, cet accord tacite s'interrompt et l'on trouve inopin&#233;ment la cache du boss en question, comme cela s'est produit dans le cas de Riina, puis plus tard de Provenzano. Ce rapport ambigu, dans lequel l'&#201;tat et la Mafia se combattent sur la sc&#232;ne mais en fait se tol&#232;rent l'un l'autre, s'est maintenu pendant des ann&#233;es sous les gouvernements d&#233;mocrates-chr&#233;tiens et il se maintient aujourd'hui sous Berlusconi, avec des liens peut-&#234;tre plus &#233;troits encore.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;Le capital mafieux&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le chiffre d'affaires des activit&#233;s mafieuses cit&#233; plus haut, et plus encore le montant des b&#233;n&#233;fices, indique une r&#233;alit&#233; encore plus inqui&#233;tante : il existe un v&#233;ritable capital mafieux dont les taux de profit et la vitesse d'accumulation d&#233;passent largement ceux des autres capitaux. Et en effet, s'il s'agit de 80 milliards par an pour la seule Italie, une partie seulement de ces gains peut &#234;tre d&#233;pens&#233;e en consommation de luxe, achat de villas, de yachts ou de voitures haut de gamme. Et, comme on peut l'imaginer, pour Cosa nostra comme pour la Camorra et la &#8216;Ndrangheta, le probl&#232;me du recyclage et du placement des gains est un probl&#232;me aigu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe donc au sein de la Mafia un d&#233;partement financier dont le r&#244;le est tout d'abord de blanchir l'argent, puis de le placer et de le r&#233;investir, dans des activit&#233;s l&#233;gales ou non. C'est &#224; cette activit&#233; que s'est consacr&#233; notamment le banquier Michele Sindona dont l'ascension fulgurante, dans les ann&#233;es soixante et soixante-dix, a &#233;t&#233; parall&#232;le &#224; l'expansion des affaires de Cosa nostra. Li&#233; &#224; celle-ci, Sindona l'&#233;tait &#233;galement avec la D&#233;mocratie-Chr&#233;tienne et Andreotti, le Vatican et sa banque l'IOR (Institut des &#339;uvres de religion) pr&#233;sid&#233;e par l'&#233;v&#234;que Marcinkus, et enfin la banque Ambrosiano et son dirigeant Roberto Calvi. Sindona, qui par ailleurs affichait un anticommunisme &#224; toute &#233;preuve, semble surtout avoir &#233;t&#233; un pionnier en mati&#232;re de recyclage d'argent sale par l'interm&#233;diaire des paradis fiscaux, en en faisant profiter des amis, clients et autres relations, allant des parrains de Cosa nostra aux &#233;v&#234;ques et &#224; d'autres hauts personnages rencontr&#233;s &#224; l'influente loge ma&#231;onnique P2, ramassis de comploteurs r&#233;actionnaires dont il &#233;tait membre. Tout cela en ne d&#233;daignant pas au passage la sp&#233;culation financi&#232;re, se livrant par exemple en 1973 &#224; la sp&#233;culation contre la lire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1979, Sindona fit assassiner l'avocat Ambrosoli qui enqu&#234;tait sur ses affaires. Cela n'emp&#234;cha pas Sindona et Calvi, les v&#233;ritables banquiers de Cosa nostra &#224; cette &#233;poque, de finir assassin&#233;s eux aussi, le premier apr&#232;s avoir bu un caf&#233; empoisonn&#233; &#224; la prison o&#249; il purgeait sa peine pour le meurtre d'Ambrosoli, le second pendu sous un pont de Londres. Dans les deux cas, il semble que la Mafia se soit veng&#233;e pour la gestion hasardeuse des fonds confi&#233;s &#224; ses deux banquiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il reste que ce que l'on peut appeler &#171; l'accumulation de capital mafieux &#187; a &#233;videmment continu&#233; par la suite. C'est notamment sur ces circuits financiers qu'ont cherch&#233; &#224; enqu&#234;ter les juges Falcone et Borsellino, assassin&#233;s en 1992 par Cosa nostra. Et le fait est que, depuis les affaires Sindona et Calvi qui ont d&#233;fray&#233; la chronique dans les ann&#233;es quatre-vingt, les r&#233;v&#233;lations sur l'argent de la Mafia se sont faites plus rares.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que cet argent peut parfois refaire surface partiellement. Ainsi le gouvernement Berlusconi a fait appel en 2009 au retour des capitaux &#233;vad&#233;s, par la mesure dite du &#171; bouclier fiscal &#187; : les possesseurs de capitaux &#233;taient appel&#233;s &#224; rapatrier ceux-ci, moyennant l'acquittement d'une modeste taxe de 5 %, sans qu'il soit demand&#233; plus d'explications sur l'origine de leurs fonds. 85 milliards d'euros ont ainsi &#233;t&#233; &#171; r&#233;gularis&#233;s &#187;, dont 35 milliards seraient disponibles pour l'investissement en Italie&#8230; si leurs propri&#233;taires le veulent bien. Il y a peut-&#234;tre l&#224; une part du tr&#233;sor de la Mafia, m&#234;me s'il est &#233;vident que la plus grande part n'est pas l&#224; : il s'est &#233;vad&#233; dans les circuits internationaux de la finance, dans un paradis fiscal ou ailleurs, sur les comptes des plus grandes institutions financi&#232;res mondiales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis vingt ans, la mondialisation des &#233;changes financiers, la lev&#233;e de tout contr&#244;le sur les &#233;changes de capitaux, ont en effet aid&#233; les capitaux mafieux &#224; se fondre dans la masse d'argent qui chaque jour transite dans les institutions financi&#232;res mondiales sans qu'il soit plus possible d'y distinguer l'argent sale de l'argent propre, pour autant que ce dernier existe vraiment. Et, secret bancaire oblige, les institutions financi&#232;res quelles qu'elles soient pr&#233;f&#232;rent &#233;viter toute enqu&#234;te sur les fonds qu'elles manient. Les sommes de provenance illicite qui se retrouvent sur leurs comptes sont ainsi prot&#233;g&#233;es, au moins autant que les sommes &#233;manant des activit&#233;s licites ou pr&#233;sum&#233;es telles.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a name='8'&gt;&lt;/a&gt;De la d&#233;linquance moyen&#226;geuse &#224; celle du 21e si&#232;cle&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les organisations mafieuses italiennes ne sont certes pas la seule criminalit&#233; organis&#233;e existant dans le monde. Elles ont cependant h&#233;rit&#233; de leur histoire une position particuli&#232;re dans la soci&#233;t&#233; qui en fait un &#233;l&#233;ment permanent et qui explique leur long&#233;vit&#233;. Au total, elles ne repr&#233;sentent sans doute pas plus de quelques dizaines de milliers d'hommes, mais que leur position sociale rend inexpugnables. En Sicile, mais aussi en Calabre et en Campanie, les mafias b&#233;n&#233;ficient d'une organisation territoriale qui, conjugu&#233;e avec leurs moyens de r&#233;torsion violente, leur permet d'avoir un contr&#244;le &#233;troit de la soci&#233;t&#233;, que le pouvoir d'&#201;tat ne leur conteste pas. Elles n'en ont que plus facilement conquis une position dominante dans certains secteurs de l'&#233;conomie. Il en d&#233;coule aussi une p&#233;n&#233;tration au sein des organes du pouvoir politique qui va plus loin que la simple collusion ou la corruption de tel ou tel dirigeant : il s'agit d'une v&#233;ritable collaboration, dans laquelle le pouvoir d'&#201;tat et le pouvoir mafieux se compl&#232;tent&#173; bien plus qu'ils ne se combattent, additionnant leurs moyens de contr&#244;le social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On l'a vu, ces organisations mafieuses venues en droite ligne du pass&#233; moyen&#226;geux et f&#233;odal n'ont pu survivre que parce que la r&#233;volution bourgeoise italienne, en particulier dans le Sud, n'a &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution incompl&#232;te. Le d&#233;veloppement &#233;conomique aurait pu les r&#233;duire &#224; un r&#244;le marginal s'il avait &#233;t&#233; assez fort pour entra&#238;ner finalement les bouleversements sociaux que la r&#233;volution de 1860 n'avait pas r&#233;alis&#233;s. Mais au contraire, celle-ci a d&#233;bouch&#233; sur le maintien du sous-d&#233;veloppement relatif des r&#233;gions du Sud et, avec celui-ci, d'un terreau fertile pour les mafias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont donc celles-ci qui ont su prendre &#224; leur fa&#231;on le train du d&#233;veloppement capitaliste. La Sicile et le Sud leur fournissaient une base &#224; partir de laquelle s'ins&#233;rer dans les trafics mondiaux. Leur position d'organisations d&#233;linquantes, mais bien ins&#233;r&#233;es dans la soci&#233;t&#233;, &#233;tait un atout pour exploiter les cr&#233;neaux que le commerce local et mondial pouvait laisser &#224; des organisations agissant en marge de la l&#233;galit&#233;, maniant les armes, l'intimidation et l'assassinat avec efficacit&#233; et professionnalisme et sans s'embarrasser de scrupules. De l'intimidation des paysans siciliens r&#233;ticents &#224; payer la gabelle, les organisations mafieuses ont ainsi pu passer &#224; l'extorsion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et au racket, &#224; la sp&#233;culation immobili&#232;re, avant de prendre une position dominante dans le trafic de drogue, dans le traitement ill&#233;gal des d&#233;chets industriels et dans bien d'autres trafics, sans oublier la sp&#233;culation financi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, s'il y a interp&#233;n&#233;tration entre l'&#201;tat et l'&#233;conomie, il y a aussi interp&#233;n&#233;tration entre cet &#201;tat parall&#232;le qu'est la Mafia et les circuits de l'&#233;conomie parall&#232;le, nationale et internationale, jusqu'au niveau o&#249; &#233;conomie parall&#232;le et &#233;conomie tout court, profits licites et profits illicites, se rejoignent et se fondent dans les canaux du syst&#232;me financier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si cette &#233;conomie parall&#232;le peut &#233;videmment faire la richesse de quelques-uns, elle repr&#233;sente globalement une &#233;norme ponction sur la soci&#233;t&#233;, dont elle contribue &#224; maintenir le sous-d&#233;veloppement et l'arri&#233;ration, la brutalit&#233; et l'inculture. On comprend que, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, cette situation ait suscit&#233; la r&#233;volte de ceux qui ne se r&#233;signaient pas devant une soci&#233;t&#233; ne leur proposant pas d'autre avenir que celui d'homme de main ou de soutien de la Mafia. Bien des militants ont pay&#233; de leur vie l'engagement contre la Mafia. On peut rappeler la figure de Giuseppe Impastato, militant d'extr&#234;me gauche assassin&#233; par Cosa nostra en 1978 pour avoir d&#233;nonc&#233; celle-ci publiquement dans son fief. Mais il faut parler aussi des juges, policiers ou journalistes qui, convaincus de servir ainsi la cause de la d&#233;mocratie, se sont engag&#233;s dans cette lutte contre la Mafia et y ont laiss&#233; la vie, comme Falcone, Borsellino et bien d'autres. Malheureusement, ceux-l&#224; auront finalement servi aussi d'alibi &#224; un &#201;tat et &#224; une bourgeoisie qui, loin de vraiment la combattre, vivent en osmose avec la Mafia et lui permettent d'exister. Les hommes politiques bourgeois ont besoin d'entretenir le mythe de l'existence d'un &#201;tat d&#233;mocratique o&#249; les lois seraient &#233;gales pour tous et o&#249; l'ill&#233;galit&#233; ne payerait pas. La &#171; lutte contre la Mafia &#187; qu'ils disent conduire, et le sacrifice de ceux qui la m&#232;nent avec sinc&#233;rit&#233; et d&#233;vouement, permettent, sinon de combattre vraiment cette organisation criminelle, du moins d'entretenir l'id&#233;e qu'ils le font.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; pieuvre &#187; mafieuse, si elle &#233;tait une survivance de la soci&#233;t&#233; pr&#233;capitaliste, a bien prosp&#233;r&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, prot&#233;g&#233;e en fait par l'&#201;tat et les hommes politiques bourgeois. Elle se porte encore mieux aujourd'hui, &#224; une &#233;poque o&#249; le capitalisme d&#233;&#173;cadent ac&#173;centue tous ses aspects parasitaires. Pour l'extirper, il ne faudra pas moins qu'une v&#233;ritable r&#233;volution sociale mettant fin au syst&#232;me capitaliste lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a vu &#224; plusieurs reprises dans le pass&#233; la Mafia se placer au premier rang des ennemis des prol&#233;taires, fournissant m&#234;me les troupes de choc pour les massacrer. Mais r&#233;ciproquement c'est bien la lutte du prol&#233;tariat, et elle seule, qui pourra balayer ce cancer de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;28 avril 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
			
			
		</content:encoded>
		
		
		

		

		

	</item>



</channel>

</rss>
