Le Proletkult

 

Un courant se fit jour qui pensait qu'il était temps d'œuvrer pour l'édification d'une culture proprement "prolétarienne". Surtout parmi certains qui étaient politiquement nés avec la révolution, des jeunes portés par les événements, des ouvriers s'ouvrant à la culture et certain intellectuels fraîchement "convertis au communisme" mais n'ayant que des idées approximatives, voire schématiques sur ce qu'impliquait construire la société socialiste de l'avenir

 

L'organisation Proletkult catalysa cette conception. Il affirmait qu'il fallait faire émerger une culture prolétarienne digne de l'homme nouveau socialiste, qui s'érigerait face à la psychologie individualiste de la bourgeoisie. Et déclarait : "toute la culture du passé peut être considérée comme bourgeoise et qu'à l'exception des sciences naturelles et même elles non sans réserve, rien en elle n'est digne d'être maintenu en vie".

 

 La position des bolcheviks

 

Cette position n'était pas du tout partagée par Lénine et Trotsky. "Il est fondamentalement faux, assurait Trotsky, d'opposer la culture bourgeoise et l'art bourgeois à la culture prolétarienne et à l'art prolétarien. Ces derniers n'existeront en fait jamais, parce que le régime prolétarien est temporaire et transitoire. La signification historique et la grandeur morale de la révolution prolétarienne résident dans le fait que celle-ci pose les fondations d'une culture qui ne sera pas une culture de classe mais la première culture vraiment humaine." La "culture prolétarienne" ne serait jamais que la culture d'une classe que la société condamne à l'inculture.

Mais les bolcheviks avaient du mal à convaincre de nombreux artistes qui défendaient avec ferveur la doctrine du Proletkult. Se développa donc un style figuratif, parce que jugé par eux plus accessible au peuple (ce qui n'était pas faux), reconnaissable à l'omniprésence des machines, de l'acier, du personnage du prolétaire ou de la travailleuse émancipée.

Le Proletkult se dépensa cependant pour la culture. Il fonda tout un réseau de clubs, de cercles littéraires, de studios de théâtre, de centres d'éducation, d'alphabétisation.

Le gouvernement ne lui mettait pas de bâton dans les roues. Même si celui-ci prétendait vouloir prendre en charge l'ensemble des affaires culturelles et éducatives ce qui rentrait en contradiction avec la volonté de permettre aux masses d'avoir accès à la culture sans qu'on leur impose un mode de pensée, qui plus est assez sectaire.

Mais lorsque la population s'impliqua davantage et qu'un nombre plus grand d'intellectuels finit par accepter de collaborer, le gouvernement se décida à mieux encadrer le Proletkult. Il fut intégré en octobre 1920 au sein du Narkompros où il continua d’exister un temps.