DNA :  Nathalie Arthaud, l'anticapitaliste

Article de presse
01/04/2012

Nathalie Arthaud: «Au premier (tour), il faut dire ce qu'on pense». Elle interviendra ce dimanche 2 avril à Strasbourg, en réunion publique (Palais de la musique et des congrès, 17 h). La candidate de Lutte ouvrière veut incarner « la colère des travailleurs » et le refus du système capitaliste.

- Dans quel esprit êtes-vous à trois semaines du premier tour ?

- Pour moi, c'est un moment intense et enthousiasmant. Je peux m'adresser, à grande échelle, aux travailleurs, leur proposer notre politique pour combattre les licenciements, les fermetures d'usine, les retraites trop modestes.

- La campagne officielle vous donne de l'antenne. Pour vous, c'est du témoignage ?

- Ni plus ni moins que les sept autres candidats qui ont peu de chance d'être élus. La différence, c'est que je témoigne dans une autre perspective : communiste révolutionnaire, je dis que cette politique capitaliste a fait son temps. On en voit aujourd'hui les méfaits, la catastrophe sociale qu'elle engendre. Je ne me fais pas d'illusion : ce n'est pas parce que je vais expliquer quelques minutes sur un plateau de télé ou de radio que cette dette, ce n'est pas aux travailleurs de la payer, mais à ceux qui en ont profité -- les grands groupes, les banquiers, etc. -- que cela va convaincre des millions de personnes, qui entendent, depuis des années, assener l'idée fausse que la dette impose de se serrer tous la ceinture ! Contrebalancer ces idées dominantes, c'est dur.

- Vous vous dites communiste révolutionnaire. Pourquoi ce vocabulaire ?

- Pour nous, être communiste, c'est avoir la perspective que les travailleurs eux-mêmes dirigent l'économie. Être communiste, c'est renverser le pouvoir dictatorial des grands groupes -- je veux parler de la General Motors, de Peugeot-Citroën, de Pétroplus, des fonds de pensions, par exemple -- renverser cette minorité qui détient les capitaux, pour que la production, l'énergie, la distribution, soient dirigées collectivement par les travailleurs. Le communisme, c'est une société sans exploitation, sans loi du profit et sans propriété privée des moyens de production.

- Quelle différence avec Jean-Luc Mélenchon dont le Front de gauche inclut le parti communiste ?

- Mélenchon n'est pas communiste. Il ne le revendique pas, d'ailleurs. Mitterrand aussi avait été soutenu par le parti communiste. Personne n'aurait osé dire qu'il était communiste. Comme lui, Mélenchon est dans la perspective d'une gauche gouvernementale. Or nous savons que la politique Mitterrand a laissé un goût amer aux travailleurs abandonnés par ces gouvernements-là. Derrière ses grands mots comme « révolution citoyenne », Jean-Luc Mélenchon, comme les autres, dit : « Votez pour moi ! »

- À Strasbourg, on est attentif à l'Europe. Qu'en pensez-vous ?

- L'Europe d'aujourd'hui est taillée sur mesure pour les grands groupes capitalistes. Les travailleurs, eux, peuvent crever ! Rien n'est prévu pour tirer les salaires vers le haut, pour permettre aux travailleurs de contrôler ce qui s'y passe. Et puis l'Europe d'aujourd'hui, c'est surtout un condominium franco-allemand, donc les pays les plus riches qui imposent leurs diktats aux pays les plus pauvres.

« Les profits doivent servir de variable d'ajustement, pas l'emploi ! »

- L'Alsace est agitée par le débat sur le nucléaire. Quelle est votre position ?

- Le problème n'est pas la technologie elle-même. Nous nous méfions de ces groupes -- Areva, EDF, etc. -- qui, comme n'importe quel patron, font des économies de bouts de chandelles, par exemple avec le recours à la sous-traitance en cascade, ce qui fait perdre le contrôle du processus de production et augmente le danger. Ce que nous dénonçons, c'est cette façon-là de gérer les choses.

- Pour vous, comment agir contre la pauvreté, le chômage, les fins de mois difficiles ?

- Il n'est pas normal que les grands groupes puissent disposer de l'emploi et de la vie des travailleurs. Il va falloir interdite les licenciements, y compris ceux des CDD et des intérimaires ! Qu'on embauche tous ces travailleurs qui font tourner les entreprises ! Les profits doivent servir d'ajustement, pas l'emploi ! Les dirigeants des grands groupes, eux, pourront toujours payer leurs factures et faire étudier leurs enfants. Priorité aux emplois, aux salaires, aux retraites, aux services publics ! Les richissimes actionnaires peuvent attendre.

- Que dites-vous à l'électeur de gauche qui voudrait voter utile ?

- Que ça, c'est au second tour ! Au premier, il faut dire ce qu'on pense. Que ce soit la gauche ou la droite au gouvernement, on sera toujours confronté au patronat rapace. Face à lui, il faudra s'unir et renouer avec les luttes. Ceux qui pensent ainsi doivent le dire, y compris dans cette élection-là, exprimer leur colère et imposer notre programme par les luttes.

Propos recueillis par Jacques Fortier

© Dna, Dimanche le 01 Avril 2012 / France

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