L'Alsace :  Tête de liste (5) Gilles Schaffar, la lutte pour l'internationalisme

Article de presse
02/03/2014

Une cinquième liste est en lice pour les élections municipales à Colmar, celle de Lutte ouvrière. L'occasion d'un portrait de son porte-drapeau : Gilles Schaffar.

Gilles Schaffar n'est pas tout à fait un inconnu sur la scène politique locale : il s'était déjà présenté aux législatives de 2012 dans la première circonscription du Haut-Rhin. Le voilà missionné par son parti, Lutte ouvrière, pour diriger une liste aux municipales de Colmar ; LO ayant décidé de se présenter dans le plus de villes possibles. « On m'a demandé de le faire. Chez nous, on ne joue pas des coudes pour arriver à quelque chose, il n'est pas question d'ego », précise le candidat.

Ce Colmarien de 35 ans a grandi dans une famille non politisée, mais toujours animée par « des discussions politiques ». Un père français, fraiseur-tourneur retraité ; une mère allemande, préparatrice en pharmacie également sortie de la « vie active » ; et une soeur aujourd'hui infirmière. La famille vit à Colmar, puis à Blodelsheim, où les parents sont encore installés.

« Epidermiquement contre le nationalisme »

Pour ses études de collège et lycée, Gilles Schaffar est envoyé dans un internat à Fribourg. « C'était la volonté de mes parents de me donner la langue, la double cul ture ». Il se lance dans le droit à Sarrebruck, une année, avant d'abandonner : « C'était très exigeant, peut-être un peu trop pour moi... Mais surtout j'avais des illusions . Je cherchais un travail qui serait juste, engagé et intéressant. Je pensais au métier d'avocat... ». Finalement non.

Le jeune homme va à Strasbourg en fac d'allemand et devient prof de lettres et d'allemand en lycée professionnel. Il enseigne actuellement au lycée Stoessel à Mulhouse. « C'est un boulot où je me sens utile. Les élèves sont essentiellement des garçons de milieux ouvriers, une jeunesse considérée comme la 5e roue du carrosse dans notre pays ». Dans son établissement, le candidat est militant syndical CGT.

C'est à l'âge de 17/18 ans, que Gilles Schaffar découvre Lutte ouvrière. « Un ami s'était engagé. Il testait ses nouvelles idées sur moi ». À l'époque, le jeune homme était « très sensible aux injustices. J'étais révolté par plein de choses... L'esclavage, la situation des Indiens d'Amérique du Nord, les guerres... Par le colonialisme dont j'ai compris qu'il n'était pas fini avec les grandes puissances qui maintiennent des pays dans le sous-développement en pillant leurs richesses. Tous ces sujets et sans doute aussi ma double nationalité franco-allemande ont fait que le nationalisme m'a toujours débecté. Les militants LO continuaient à mettre en avant les idées trotskistes, l'internationalisme, l'aspiration à une société mondiale, sans frontière, sans inégalité avec des niveaux de développement homogène. »

« L'exploitation des uns par les autres »

Mais le Colmarien reste « un peu défiant » face au discours de son copain de LO. « Je pensais que le communisme allait forcément avec autoritarisme et stalinisme. En fréquentant les militants, j'ai compris que c'était le Stalinisme qui était une déformation du communisme et j'ai vu que LO maintenait en vie les idées réellement communistes ». À 20 ans, il prend sa carte et s'engage à fond. « Depuis quinze ans, ma vie se confond avec mes idées. Les communistes ont envie de changer le monde. Malheureusement c'est un mouvement qui n'a fait que reculer depuis 50 ans. Quand on prend la mesure de ça, ce n'est pas un engagement qu'on mène à la légère ».

La base de tout, c'est le refus de « l'exploitation des uns par les autres ». Le but, c'est une société mondiale où « tout le monde travaille pour tout le monde », où « on demande à chacun selon ses moyens » et où « chacun reçoit selon ses besoins ». Pour Gilles Schaffar, croire qu'on transformera la société par les élections est un leurre. La solution, la fin du capitalisme passera forcément par la révolution. Gilles Schaffar réfute le terme de « grand soir », trop « caricatural », pour lui. La révolution qu'il « prépare » sera le moment où « la majorité des gens, ceux qui travaillent, prendront le pouvoir à la minorité qui détient les richesses et s'octroie la propriété privée des usines, des banques ».

Gilles Schaffar n'aime guère parler de lui. Il confie quand même son goût pour le sport en général, la course à pied en particulier ; son amour de la lecture et son dernier coup de coeur littéraire, « Chronique des pauvres amants » de Pratolini « sur la vie d'un quartier pauvre de Florence au moment de l'avènement du fascisme. En fait, c'est très joyeux ». Quand on lui demande de se définir en quelques mots, il bredouille et lâche : « Calme et passionné. Et puis voilà... J'aime la vie ».

Annick Woehl

© L'alsace, Dimanche le 02 Mars 2014

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