Un de nos lecteurs nous écrit (Finistère)

Les patrons et le virus

Brève
26/03/2020

Depuis dix jours toutes les entreprises qui ont fermé dans le Finistère, à de rares exceptions près, c'est parce que les salariés se sont mobilisés pour forcer le patron à fermer. Sinon ils pensaient tous continuer tranquillement leurs affaires, dans tous les secteurs qui n'ont pas été obligés de fermer formellement. Y compris les secteurs les plus improbables : genre des entreprises de livraison avec  des camions qui sillonnent les campagnes pour vendre des vêtements aux personnes âgées. On est loin du truc essentiel à la survie de la nation. Ben la patronne leur a dit qu'elles devaient continuer à bosser alors qu'elles risquaient de contaminer plein de personnes de plus de 70 ans !

Les filles qui font ça sont toutes VRP exclusives, elles n'ont même pas de fixe. Donc si elles ne vendent rien, elles n'ont pas de salaire, et ça ne coûte rien à l'employeur. Tout simplement...

Dans d'autres boîtes (dans la métallurgie par exemple) le patron a fait signer une feuille de demande de congés individuellement à chaque salarié en leur faisant croire que c'est une obligation légale ! Résultat : quinze jours de congés de perdus.

Sans parler de l'agroalimentaire, où les patrons ont embauché des intérimaires pour augmenter la production. Comme les gens ont acheté plein de trucs dans les supermarchés, maintenant il faut produire pour satisfaire la demande (pour satisfaire les profits surtout). Du coup, dans une usine au nord de Morlaix qui produit des surgelés, ils ont 5 lignes de production ouvertes sur 6, comme en période de Noël, une équipe de nuit et tout, pour produire plus. Et bien sûr, rien pour se protéger parce qu'on ne peut pas, dixit le patron. Juste un ordre des chefs de pas s'embrasser, pas s'approcher les uns des autres et respecter une distance d'un mètre en salle de pause, comme si c'était possible, surtout avec 5 lignes ouvertes au lieu de 3 en période normale. Et donc quand il y aura des malades, ça sera comme d'habitude de la faute des salariés qui n’auront pas respecté les consignes.

Sans parler de l'aide à domicile où dans une asso de Brest (600 salariées), l'employeur a fait faire par une salariée 700 masques en tissu pour les aides à domicile, parce que sinon elles n'ont rien du tout pour se protéger, et que, paraît-il c'est toujours mieux que rien. Elles doivent les laver chez elles tous les soirs, au risque de contaminer leur famille, bien entendu. Il n'y a que les aide-soignantes et les infirmières qui ont le droit à des masques, mais elles ne savent pas pour combien de temps.

Dans la grande distribution : dans un magasin les salariés qui font la mise en rayon ont demandé à travailler de nuit pour ne pas être en contact avec les clients. Refusé. Pas question de payer des majorations pour heures de nuit alors que les profits sont gigantesques en ce moment.

Et il y a la fameuse prime de la peur comme chez Castorama considéré comme secteur essentiel qui n'aurait pas dû fermer. C'est bien connu, c'est essentiel en ce moment d'acheter des clous et de la peinture. Les syndicats ont fait pression pour que tous les magasins ferment il y a une semaine. Maintenant les patrons vont chercher des volontaires avec cette prime de 1000€ pour rouvrir en click&collect. Mais si ce n'est pas rentable ils refermeront ! Ils ne prennent même plus la peine de cacher que la santé des salariés, ils s'en foutent : chaque salarié devra remplir une décharge pour dire qu'il n'est pas malade, mais sans faire de test. C'est proprement délirant.

La plupart des salariés comprennent la logique de ce qui se passe et sont prêts à s'opposer à leur employeur, y compris dans des secteurs où ça n'arrive pas souvent, à faire des droits de retrait…. Espérons que ça serve de révélateur et que certain-e-s s'en souviennent après.

Bref, je suis un peu énervé alors ça fait du bien de lire l'éditorial de Lutte Ouvrière en ce moment. Merci !

Bon courage,

Un lecteur de Lutte Ouvrière.

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