Lannion (Côtes d'Armor) :  Lutte Ouvrière pour une autre organisation de la société

Article de presse
17/03/2014

Ronan LE TELLEC.

Yann Guéguen, tête de liste de Lutte ouvrière, ne croit pas qu'un maire puisse changer le quotidien des gens. Mais les élections sont l'occasion de promouvoir une autre organisation de la société.

Entretien

Yann Guéguen, de la liste « Lutte ouvrière ».

Pourquoi vous présentez-vous aux municipales à Lannion ?

Lutte ouvrière présente 204 listes à travers toute la France pour faire entendre le camp des travailleurs, et leur colère face aux coups répétés que l'on reçoit de la part de ce gouvernement et des grands patrons. Notre programme est national, c'est un programme de lutte. Il faut que les classes populaires renouent avec les luttes collectives et défendent des objectifs communs, ce sont l'interdiction des licenciements et un partage du travail entre tous, l'augmentation des salaires, des pensions, des allocations, des retraites. Quand les travailleurs renoueront avec ces luttes collectives, il leur faudra contrôler les comptes des entreprises pour savoir où va l'argent.

Plus localement, quelle serait votre première mesure si vous êtes élu ?

Je titularise tous les salariés précaires de la ville à plein-temps.

L'élection est locale, mais votre programme est national, pourquoi ?

Le problème du chômage et des conditions de vie des travailleurs ne se réglera pas dans une mairie. On n'améliore pas les conditions de vie en devenant maire. Ceux qui le promettent sont des menteurs, car les moyens financiers des mairies se réduisent. Notre programme est une base de propositions pour l'ensemble du monde du travail. Nous ne tenons pas un discours parce qu'on est en Bretagne et un autre adapté à une autre région. Pas plus que nous n'alimentons les débats qui mettent les travailleurs en opposition. (Silence) L'homme est capable de créer des coeurs artificiels, il est aussi capable de torture de façon bestiale comme en Syrie. Quand les peuples prendront le contrôle et seront capables de diriger la société, il faudra tirer tout le monde vers le haut. Nous sommes là, pour maintenir l'idée que c'est possible.

Avez-vous eu du mal à constituer notre liste ?

Non, cela a même été facile. Des militants, des amis, des connaissances nous ont rejoints. Et vous savez, nous distribuons régulièrement des tracts dans la rue, pas seulement en période électorale, mais toute l'année. Les gens sont d'accord avec ce que nous leur disons...

Mais, ils n'adhèrent pas en masse...

Si un mouvement comme le nôtre remplissait des salles, socialement ça se saurait. Mais on ne désespère pas.

Si vous êtes si convaincu de vos idées, comment vous expliquez-vous que Lutte ouvrière reste un petit parti ?

Plusieurs raisons. Parmi les causes, il y a d'abord un rejet de la politique. Les politiques se sont décrédibilisés. Il y a une responsabilité énorme des partis de gauche qui ont été au pouvoir. Ils ont bercé des générations entières d'illusions pour finement arriver à nous dire : « Et bien voilà, on fait ce qu'on peut ». Depuis la guerre de 14, l'histoire du mouvement ouvrier est marquée par les trahisons des partis qui à leur origine défendaient les intérêts des travailleurs et qui depuis se sont rangés dans le camp de la bourgeoisie... Résultat, aujourd'hui, des jeunes vivent dans la débrouille et sont totalement dépolitisés. Le niveau de nos intellectuels n'aide pas non plus à comprendre la réalité. Trotski disait ni rire, ni pleurer, comprendre. Aujourd'hui, on ne cherche plus à comprendre.

Vous faites très souvent référence à l'État pour résoudre le problème ?

Il y a assez de fortunes disponibles. Si l'État les ponctionnait, on pourrait financer des constructions utiles à tous, partout en France.

Mais n'est-ce pas répété une hiérarchie ?

Nous ne sommes pas contre les leaders ni une hiérarchie mais nous demandons à les contrôler pour mettre tout le monde sur un plan d'égalité. Nous sommes pour la démocratie ouvrière. Le communisme, c'est supprimer l'exploitation. Nos idées peuvent passer pour utopiques, mais quand on reprendra le mors aux dents, ce ne sera pas le cas. Nous nous battons aussi pour les droits des étrangers et des femmes ; aujourd'hui, ils régressent, ce n'est jamais bon signe.

Extrait du journal Ouest-France du 15 mars 2014