le Télégramme de Brest :  Nathalie Arthaud. La lutte pour programme

Article de presse
15/02/2012

.Elle est candidate au nom de Lutte Ouvrière, assumant ainsi la relève d'Arlette Laguiller, six fois candidate pour le compte de cette formation trotskiste. Aujourd'hui, Nathalie Arthaud semble encalminée entre 0 et 1 %.

0ù en êtes-vous dans votre recherche des 500 parrainages nécessaires pour valider votre candidature ?

Nous ne sommes pas loin du but. Nous sommes tout à fait optimistes et nous espérons que les engagements que nous avons obtenus seront transformés en parrainages effectifs.

Pourquoi votre candidature ne recueille-t-elle pas davantage d'écho auprès de l'électorat populaire ?

C'est peut-être le sentiment qu'on peut avoir au vu des seuls sondages. Mais je peux vous garantir que quand nous défendons l'idée d'interdire les licenciements, d'imposer l'indexation des salaires sur les prix, et d'imposer le contrôle des comptes des entreprises par les travailleurs, ce sont des idées qui passent bien auprès des classes populaires. Cela ne se traduit pas en termes d'intentions de vote, mais, concernant celles-ci, il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte. Comme par exemple le fait de ne pas être connue.

Jean-Luc Mélenchon a-t-il réussi son hold-up sur les voix qui se portaient traditionnellement sur la candidate de Lutte Ouvrière ?

Peut-être. Il est plus connu et plus médiatisé que je ne le suis. Mais nous ne sommes pas sur le même terrain. Jean-Luc Mélenchon pense qu'il s'agit de choisir le bon gouvernement, et donc de bien voter pour que le sort des travailleurs change. Nous, nous ne disons pas cela. Nous pensons qu'aucun gouvernement n'a changé le sort des travailleurs et que tout va dépendre de notre capacité à renouer avec les luttes, avec les mobilisations puissantes pour contrer les licenciements et les fermetures d'entreprises. Voilà pourquoi nous mettons en avant un programme de lutte. Je crois que cela crée une différence sensible avec les autres candidats, et particulièrement avec Jean-Luc Mélenchon. Par ailleurs, on a entendu Mélenchon expliquer que son modèle était François Mitterrand que nous avons toujours combattu. Nous pensons en effet que les gouvernements Mitterrand ont une responsabilité considérable dans l'écoeurement et la démoralisation de la classe ouvrière.

Comment expliquez-vous que la candidate du Front national recueille aujourd'hui le plus grand nombre d'intentions de vote dans les classes populaires ?

Cela vient de loin. L'attirance des classes populaires pour les idées du Front national a été générée par les différents gouvernements dirigés par les socialistes. Ils ont déçu. Combien de travailleurs ont cru en Mitterrand et en sa promesse de « changer la vie » ? Combien de travailleurs se sont dit qu'avec Jospin, ce serait moins pire ? Combien parmi eux se sont sentis trahis par ces gouvernements qui se sont finalement comportés comme la droite en laissant les patrons faire ce qu'ils voulaient, en les laissant fermer les usines, en leur laissant les mains libres ? Cet écoeurement a conduit à ouvrir un chemin aux idées du Front national. C'est ainsi quelque chose qui n'est pas nouveau, et dont la responsabilité incombe intégralement à ces dirigeants socialistes, souvent épaulés par le Parti communiste.

Si vous êtes élue présidente de la République, quelle sera votre première décision ?

Si j'étais en capacité de peser, ce serait l'interdiction de licenciement, afin de faire en sorte qu'en cette période de crise, les aléas, les hauts et les bas de cette économie soient payés par le patronat, les actionnaires et les plus fortunés qui devront garantir les emplois et les salaires à 100 %.

Propos recueillis par Philippe Reinhard