La République du Centre :  Farida Megdoud (Lutte ouvrière), travailleuse et « femme libre »

Article de presse
22/02/2010

Son visage symbolise l'image de Lutte ouvrière, parti vu comme sectaire de l'extérieur mais dont les militants sont toujours aux premières loges dans les luttes sociales. Farida Megdoud est tête de liste régionale.

Bien achalandé ce dimanche-là, le marché de Lamballe à Fleury-les-Aubrais. Une botte d'UMP, deux kilos de Front de gauche, tous alignés : « Elle est belle, elle est belle ma profession de foi ! »

Mais en tête de gondole, la mieux équipée, avec un petit kiosque qui prouve le professionnalisme de ceux qui font cela à longueur d'année, Lutte ouvrière. Ce jour-là, un froid de gueux. Justement, les gueux, les chômeurs, les travailleurs-travailleuses surexploités, c'est le fond de commerce de LO. Aux côtés de Patrick Lamiable, coéquipier des régionales, parka verte, bonnet qu'elle quitte en secouant ses cheveux courts et noirs bien coupés, Farida, frêle jeune femme aux fortes convictions, accepte de jouer le jeu du portrait. Qu'il est loin le temps où Arlette refusait même de recevoir au siège clandestin de LO à Paris ! Devant les usines, en grève ou non, les chèques postaux, sur les marchés, Farida Megdoud a le militantisme chevillé au corps. Ne comptez pas sur elle pour évoquer sa vie privée, mais sa jeunesse, oui.

Née en Kabylie

Naissance à Palestro à l'entrée de la Haute-Kabylie en Algérie, en 1961. Une famille de cultivateurs, et un grand-père qui est élu auprès de l'administration française. 1962, l'indépendance, la valise pour les harkis. « Ce fut un déchirement pour les familles. Honteux la façon dont la France a traité ces gens-là. »

Trop petite, Farida n'a aucun souvenir de l'Algérie. Au gré des mutations de son papa, gendarme, Farida Megdoud continue de voyager de Lorraine en Berry. Lycée à Bourges, études à Vierzon (elle a évité Vesoul !), et au bout un diplôme de céramiste. À la mort de son papa, Farida monte à Orléans en fac d'histoire. L'histoire avec Lutte ouvrière commence en 82 : la gauche fait basculer Farida à l'extrême gauche. « Avant, je n'étais pas politisée et là, je m'aperçois que la gauche, c'est le blocage des salaires. Elle dit que la grève chez Talbot est manipulée. » Dans la famille de la jeune femme, on est musulman par tradition. Ce ne sera pas sa tasse de thé : « J'avais l'aspiration d'être une femme libre, pas soumise, mais indépendante. » Orléans : durant neuf ans, elle travaille dans des classes d'insertion.

Contractuelle, elle est baladée de postes en postes, de Pithiviers à Ingré et maintenant à Orléans-La Source. Tout en dénonçant les classes surchargées, « devant les élèves je ne milite pas », dit-elle. Pour faire campagne aux quatre coins de la région, Vierzon, Châteauroux, Chartres, elle dit : « Je m'organise, je rattrape des heures. » Histoire de décompresser de la politique, Farida lit les Américains, Dos Passos, Steinbeck, fait du jogging, nage. Farida Megdoud, une travailleuse comme les autres ? Non, avec un plus : elle déteste l'injustice et le prouve.

Christian Bidault

© La Répubique du Centre (22-02-2010)