Renault-Sovab :  Nous ne sommes pas de la chair à produire

Echo d'entreprise
20/03/2020

Rassemblement de travailleurs de la Sovab Printemps 2019 - LO

Lundi matin 16 mars, dans les ateliers de l’usine Renault Sovab de Batilly qui produit des fourgons Master, il n’était pas question d’arrêter la production pour lutter contre la propagation du coronavirus.

La veille, dimanche, la direction avait appelé des volontaires de l’équipe de nuit pour venir travailler une partie de la matinée et des nouveaux intérimaires ont débarqués pour remplacer les ouvriers restés chez eux pour garder leurs enfants.

Par une réunion de 5 minutes dans chaque secteur, les chefs expliquaient que tout était sous contrôle, qu’il suffisait de se laver les mains et que chaque salarié qui se sentait mal devait se signaler.

La plupart d’entre nous étaient estomaqués de la légèreté avec laquelle la direction répondait aux inquiétudes de centaine de travailleurs. Nous nous côtoyons de près sur les chaînes, dans les vestiaires et au self. Nous nous échangeons les outils, les visseuses, les claviers, les téléphones…

En fait, en guise de mesures de protection, il n’y avait rien de mis en place, à part la recommandation de ne pas se serrer la main. Et en ce qui concerne le nettoyage de l’usine, les prestations ont largement diminué ces dernières années ce qui est pire en période d’épidémie.

Ce n’est que l’après-midi à 15 h que la direction a soudainement annoncé la fermeture du site jusqu’au moins la fin de la semaine.

Mais deux jours après, Pénicaud, la ministre du travail, exhortait les entreprises à reprendre le travail, la Sovab annonce déjà une reprise dans un premier temps partielle, en se moquant complétement du délai de confinement nécessaire pour enrayer la propagation du virus.

Elle projette de faire travailler 50 salariés pour sortir le millier de Masters en attente de retouche, en disant que « l’État n’a jamais interdit l’activité industrielle. Sovab n’est pas hors la loi, et nous sommes en lien avec la préfecture ».

Les retoucheurs et ceux qui valident les véhicules qui sortent des chaînes sont fortement sollicités pour travailler les jours fériés, pendant les périodes de vacances, pour faire des heures supplémentaires les samedis et les dimanches soir. C’est à cause du manque de personnel chronique sur les lignes de montage et de l’interdiction formelle d’arrêter la chaîne que le parc des retouches est un tonneau des danaïdes ! Cette fois, la direction dépasse les bornes en mettant en cause leur santé.

Les 6 syndicats de l’usine sont unanimement contre la reprise. Ils estiment que les conditions de travail ne permettent pas de protéger les salariés, mais la direction n’en a cure.

Elle veut passer en force, contre l’avis des salariés de plus en plus inquiets par la contamination qui prend chaque jour de l’ampleur. Cela se mesure par le nombre impressionnant de messages de soutien que s’échangent les travailleurs de l’usine. C’est un début de résistance. Pour garantir notre santé, on ne pourra compter que sur nous-mêmes.