L'Union (Châlons-en-Champagne) :  Charlotte Cormerais, candidate Lutte ouvrière

Article de presse
06/06/2017

Candidate Lutte ouvrière dans la 4e circonscription, cette professeure en collège à Reims veut faire entendre la voix des travailleurs « qui ne prendront pas des coups éternellement ».

Pourquoi êtes-vous candidate dans une circonscription où vous ne vivez pas ?

Les découpages ne sont pas très rationnels et peu importe : tout le monde sait bien que les élections législatives ont une portée nationale. Avant le nouveau découpage, j’ai été candidate aux législatives dans la 3e circonscription de la Marne, une fois en Haute-Marne… Il faut pouvoir présenter des candidats partout. On tient à cette possibilité de voter pour un parti qui entend être la voix des travailleurs.

Est-ce que cela signifie qu’il est difficile de trouver des candidats LO ?

Non, on présente plus de 550 candidats à travers la France, même s’il est vrai qu’être candidat Lutte ouvrière n’apporte aucun avantage contrairement à d’autres partis, où ils se battent pour l’investiture… On tient à présenter des candidats issus du monde du travail et pour un salarié, cela peut-être difficile d’afficher des idées communistes vis-à-vis de son employeur.

L’absence de proportionnelle vous a toujours empêché d’avoir des députés à l’assemblée nationale (tout comme elle a longtemps barré la route du Front national), le regrettez-vous ?

C’est sûr, cela sélectionne les partis. Nous ne sommes pas dupes des limites de la République bourgeoise capitaliste actuelle. Mais on ne combat pas les idées du Front national aux élections, ou par le « vote utile ». La bataille, ce n’est pas sur ce terrain qu’il faut la mener. Ce que l’on défend, c’est la lutte de classe.

L’expression a-t-elle encore du sens alors que les salariés boudent de plus en plus les syndicats de gauche ?

Pendant que les travailleurs ne s’expriment pas par une combativité marquée, les capitalistes mènent leur combat ! Le programme de Macron, c’est la traduction politique de la lutte de classes. Baisser les salaires, virer les travailleurs, aller au-delà de ce que la loi permet en limitant les indemnités prud’homales. On ne peut pas rester dans le statut quo, à un moment il faut rendre les coups que l’on reçoit.

Par quels moyens ?

Je n’en connais pas d’autres que la force collective du travail. On fait tourner la société. C’est pour cela que nous sommes déterminés à lutter contre toutes les idées de division des travailleurs : la concurrence entre les travailleurs étrangers et français, l’opposition entre les hommes et les femmes, entre le public et le privé… Tout ce qui divise est un danger mortel. Un mouvement social d’ampleur viendra nécessairement. On ne prend pas éternellement des coups sans réagir. La réduction du temps de travail, les congés payés… ça a été obtenu par la lutte. Il y a une colère chez les Français mais elle peut être dévoyée…

Justement, on entend souvent que le vote Front national est un vote de colère…

Je ne suis pas dans la tête de leurs électeurs, mais pour un travailleur, exprimer sa colère par un vote FN est la pire façon de le faire. C’est se tirer une balle dans le pied. Le Front national, c’est la politique de la destruction, de la suppression des subventions aux associations. La colère est dévoyée sur les étrangers, sur l’Europe… Quand elle s’est déplacée sur le site de Whirlpool, on a entendu crier Marine Le Pen contre l’Europe mais a-t-elle parlé des profits de la bourgeoisie ?

«Vous députée», qu’elle sera votre première proposition de loi ?

La première chose à faire, c’est de défendre l’interdiction des licenciements. Dans la situation actuelle, on ne peut pas priver quelqu’un de son emploi et de son salaire. On a bien une loi qui permet d’interdire les expulsions locatives en hiver. C’est la même idée. On va nous dire que les entreprises sont en difficulté, très bien, posons les livres de comptes sur la table. Une entreprise, cela fonctionne avec le sang de ses employés, des heures de travail. La moindre des choses, c’est qu’ils aient un droit de regard. On défend l’idée que chacun rende public les infos dont il dispose : un plan de licenciement, ça se prépare bien à l’avance.

Vous parliez plus tôt du danger de la division, de la nécessité de faire bloc, n’est-ce pas le sempiternel problème de la gauche en France ?

À Lutte ouvrière, nous ne sommes pas de gauche, nous sommes communistes. Mélenchon, lui, n’est pas communiste, il le dit clairement, même s’il s’est servi du parti communiste comme d’un marchepied… En plus, on ne défend pas les mêmes choses. La France insoumise défend le protectionnisme, dénonce l’Europe de Merkel mais oublie les bons capitalistes bien Français… Ils défendent le changement par la réforme, mais ça ne changera rien au rapport de force. L’Internationale dit qu’il n’y a pas de sauveur suprême, ni Mélenchon, ni quiconque… Cela ne nous empêche pas de se retrouver dans la rue ensemble. De toute façon, l’union de la gauche, dans des perspectives électorales, cela ne fonctionne pas.

Propos recueillis par Justin Daniel Freeman