L'Union (Reims) :  Le camp des travailleurs veut faire entendre sa voix

Article de presse
22/05/2017

Pour Lutte ouvrière, l’ensemble des autres candidats visent « à favoriser le patronat ».

À la main tendue de Macron, Lutte ouvrière répond par un poing levé. Thomas Rose, leader départemental et candidat dans la 2e circonscription de la Marne, ne fait pas dans la demi-mesure. « Pour nous, l’ensemble des candidats qui se sont présentés à la présidentielle et la plupart des courants qui se présentent aux législatives, visent, d’une manière ou d’une autre, à favoriser le patronat ». Le discours de Lutte ouvrière tranche avec les dispositions pro-entreprise et libérales de La République en Marche ! et des partis modérés. « On a vu ce que Macron donnait comme conseiller de Hollande et comme ministre de l’Économie ; son programme c’est clairement : Je détruis ce qui reste du code du travail, donc ce qui protège encore un peu les salariés, je favorise le patronat et les plus riches en enlevant de l’impôt sur la fortune le portefeuille des actionnaires. »

Interdiction des licenciements

En réponse, Lutte ouvrière propose un « autre choix de classe », celui « des travailleurs, des classes populaires, des retraités, des six millions de personnes qui sont privées plus ou moins totalement d’emploi, ce qui est un scandale ». Quelle serait la recette de Lutte ouvrière pour soigner le chômage de masse, mal endémique du pays depuis quarante ans ?

"On est contre ces discours qui mettent en accusation les travailleurs qui viennent de l’extérieur de la France"

Thomas Rose (LO)

Thomas Rose expose qu’il faudrait « interdire les licenciements » et « baisser la durée du travail » pour redistribuer les emplois. Le smic passerait à 1 800 euros grâce à des prélèvements sur les « fortunes » et les « profits des actionnaires ». Mais les entreprises, et notamment les PME, ne risqueraient-elles pas de succomber à ce traitement de choc ? « 1 800 euros, c’est trop ? C’est possible, mais dans ce cas, on demande à vérifier en mettant les comptes sur la table. Nous regarderons si les difficultés ne viennent pas plutôt des taux d’intérêt bancaires qui étranglent les entreprises, ou des clients que l’on appelle en fait donneurs d’ordre, ce qui est tout un symbole », répond Charlotte Cormerais, candidate dans la 4e circonscription. Lutte ouvrière milite en effet pour la transparence totale des comptes des entreprises.

Face à l’inévitable question sur la perte de compétitivité qu’induirait cette politique, Thomas Rose, a sa réplique. « On est contre la compétitivité. C’est la concurrence de tous contre tous, c’est de ça qu’on crève aujourd’hui. On est contre ces discours qui mettent en accusation les travailleurs qui viennent de l’extérieur de la France, ce sont nos frères de classe, les travailleurs détachés aussi. »

Des divergences majeures avec le mouvement de Mélenchon

Avec une jauge faible à la présidentielle, Nathalie Arthaud ayant recueilli moins de 1 % des suffrages, et un discours anticapitaliste, Lutte ouvrière n’aurait-il pas intérêt à se regrouper avec d’autres mouvements comme la France insoumise ? « Nos divergences sont majeures, notamment en matière de souverainisme : pour nous, les prolétaires n’ont pas de patrie », rappelle Vincent Varlet, candidat dans la 1ère. Plus qu’européen, le mouvement d’origine trotskiste est, ne l’oublions pas, internationaliste. À défaut de faire sa grande popularité, cela fait sa singularité sur la scène politique.

Julien Bouillé