Meeting Lille :  Ce camp qui toujours a vu, voit et verra rouge

Article de presse
15/05/2019

par Christian Canivez (Voix du Nord)

Lutter. Combattre. Renverser. Et s’armer le cas échéant. Hier soir à Lille, ils étaient un peu plus de 200 à assister au meeting de Nathalie Arthaud, pugnace tête de liste de Lutte ouvrière au scrutin européen.

Rouge. Rouge la tribune. Rouges les drapeaux installés de part et d’autre. Rouge enfin le discours. Discours rodé, inoxydable, inaltérable. Discours de combat. Celui que mène Lutte ouvrière depuis des décennies pour la défense des travailleurs. Contre le capital. Contre la bourgeoisie.

Jean-Pierre Mercier, ouvrier automobile et second sur la liste Lutte ouvriere, a chauffé à blanc la salle du Gymnase à Lille. Photo Florent Moreau - VDNPQR
Jean-Pierre Mercier, ouvrier automobile et second sur la liste Lutte ouvriere, a chauffé à blanc la salle du Gymnase à Lille. Photo Florent Moreau - VDNPQR

S’abstenir, c’est se taire, déserter le combat. Il faut montrer qu’on existe, l’important est de réveiller les consciences.

C’est qu’elles ont dû siffler, hier soir, les oreilles des Mulliez, Arnault, Pinault, Bolloré et autres grands patrons français. Et que dire des patrons de British Steel, les repreneurs d’Ascoval. Tour à tour « exploiteurs », « malfaiteurs », « aventuriers », « dominateurs », « profiteurs ». Hier soir, Léon Trotski ne se serait pas retourné dans sa tombe. Le révolutionnaire russe de 1917 y aurait retrouvé ses petits. « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous ! », pouvait ainsi, devant une assistance conquise d’avance, lancer Jean-Pierre Mercier, l’ouvrier automobile de Poissy, second sur la liste conduite par Nathalie Arthaud et véritable chauffeur de salle.

L’« héritière » d’Arlette Laguiller à la tête de Lutte ouvrière n’a rien perdu de sa hargne. Pour elle, le salut passe toujours par la révolution. Photo Florent Moreau - VDNPQR
L’« héritière » d’Arlette Laguiller à la tête de Lutte ouvrière n’a rien perdu de sa hargne. Pour elle, le salut passe toujours par la révolution. PHOTO FLORENT MOREAU

« Je suis convaincue que nous sommes les seuls encore à pointer du doigt les responsables de la misère ici et de la guerre ailleurs, les seuls à pointer du doigt les capitalistes, les bourgeois », commentait juste avant les discours Léonie, étudiante et jeune militante lilloise de 23 ans, convaincue, comme les révolutionnaires trotskistes d’il y a un siècle, que le monde changera seulement par la lutte, par la révolution.

"Montrer qu'on existe"

Et le discours servi par Nathalie Arthaud ne pouvait que lui convenir. C’est que la tête de la liste baptisée pour ce scrutin « Contre le grand capital, le camp des travailleurs », y est allée de ses saillies maintes fois répétées contre « un système capitaliste irresponsable », une « classe de parasites qu’il faut renverser ». N’oubliant pas, au passage, d’écorner souverainistes et protectionnistes de droite comme de gauche et même défenseurs de la transition écologique taxés de vouloir changer les habitudes du grand capital sans vouloir le renverser.

Nathalie Arthaud l’a dit et répété hier soir, elle n’attend pourtant rien de ce scrutin européen. « On aura très peu de chances d’être élu, mais s’abstenir, c’est se taire, déserter le combat. Il faut montrer qu’on existe, l’important est de réveiller les consciences. » Et la tête de liste de reconnaître, dans un regret à peine voilé, qu’avec la crise des Gilets jaunes, l’explosion sociale ne s’est pas faite... « Mais qu’elle se fera. » Le rouge hier soir semblait au final soupirer en jaune...