Un nouveau drame de l'immigration aux Comores

Communiqué
08/03/2010

Le naufrage d'un kwassa-kwassa près des côtes de Mayotte, survenu le 7 mars, a fait neuf morts, quatre femmes et cinq nourrissons. L'embarcation de fortune en provenance des Comores transportait 33 passagers.

Avant l'instauration des visas par le gouvernement Balladur en 1995, les habitants des trois autres îles de l'archipel des Comores pouvaient se rendre librement dans l'île française de Mayotte. Mais depuis la mise en place de cette absurde barrière administrative, ces populations soeurs y sont devenues étrangères.

Parce que n'ayant pas ce précieux sésame qu'est le visa, des centaines de pauvres des Comores, surtout ceux de l'île d'Anjouan, la plus proche de Mayotte, bravent en permanence le danger que représente la périlleuse traversée à bord de bateaux branlants, non sans avoir auparavant déboursé des sommes importantes pour payer les passeurs.

Ces personnes fuient la misère de leur pays avec l'espoir de trouver du travail, de se faire soigner ou de faire naître un bébé dans les hôpitaux de Mayotte. Des femmes enceintes figurent d'ailleurs souvent parmi les personnes qui tentent la traversée.

Près de 7 500 bébés naissent chaque année à Mayotte, dont 5 000 dans l'hôpital de Mamoudzou, la capitale. Une femme accouchant à Mayotte peut espérer que son enfant obtienne la nationalité française et puisse vivre à Mayotte, à La Réunion voire en France métropolitaine.

Ceux qui tentent le voyage vers Mayotte en connaissent les dangers, mais ils les bravent néanmoins, pour eux-mêmes et leurs enfants. Risquer sa vie et celle de ses proches en espérant un mieux hypothétique c'est le choix que font des centaines de milliers d'immigrants qui, de par le monde, fuient une misère intolérable. Arrivés à destination leur sort est souvent peu enviable. Ils vivent clandestinement, dans des conditions difficiles avec la peur d'être arrêtés et expulsés.

A Mayotte l'Etat français porte une lourde responsabilité dans les drames de l'immigration. Une double responsabilité en fait, celle d'avoir érigé une barrière meurtrière entre des populations qui durant des siècles avaient vécu ensemble mais aussi celle de maintenir sous domination des anciennes colonies (dont les Comores) en leur imposant un échange inégal auquel elles ne peuvent se soustraire.

Jean-Yves PAYET